La doctrine de la sécurité éternelle : problèmes de logique

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[Cet article propose une contre-argumentation à la doctrine de la sécurité éternelle. La variante de cette doctrine considérée ici est celle qui stipule qu'un seul moment de foi suffit pour garantir une entrée définitive dans le royaume éternel de Dieu peu importe la persévérance ultérieure dans la foi. On peut remarquer que cette variante s'éloigne des positions théologiques qui défendent la nécessité de la persévérance telle la position calviniste ou celle de la plupart des arminiens 4 points, et ce, même si la persévérance doit être irrésistible dans ces cas là.]

Introduction

Comme pour toute doctrine, les croyants défendent leurs positions en invoquant Écritures et logique. Les arguments des partisans de la sécurité éternelle, très axés sur la logique, doivent donc être évalués avec rigueur. Nous sommes des êtres rationnels, sensibles à ce qui semble donner du sens à notre existence.

La publicité exploite cette disposition : en associant un produit à des célébrités ou à la beauté, elle laisse entendre à tort que nous leur ressemblerons en l’utilisant. Manger des céréales donne peut-être de l’énergie, mais ne rend ni plus beau ni plus sportif.

Ce type de raisonnement illogique, simple sophisme, abonde et trompe ceux qui manquent de discernement. La littérature sur la sécurité éternelle y recourt largement, faute d’appuis bibliques suffisants, et doit donc chercher sa démonstration en dehors du texte biblique. [Nous examinerons ici plusieurs de ces appels à la logique censés soutenir la doctrine de la sécurité éternelle.]

1. Examen de l'argument : « Si la vie éternelle peut être perdue, comment peut-elle être éternelle ? »

Cette logique repose sur le sens du mot éternel. Si quelque chose est éternel, comment pourrait-il se terminer ? C'est là une question pertinente, à laquelle il est possible de répondre ainsi :

[...] Si je reçois en cadeau une perle éternelle de grand prix, elle est à moi ; J'« ai » une perle éternelle. C'est quelque chose que je devrais chérir et dont je devrais me réjouir ! Mais que se passe-t-il si je l'échange contre quelque chose que je préfère avoir ? Et si je cessais de chérir le cadeau ou Celui qui me l'a donné ? Et si je devenais alors négligent et que je la perdais ? Même si je la jette, la perle reste éternelle ! Elle cesse juste d'être en ma possession !

Ceux qui s’appuient sur le mot « éternel » ne voient pas que la qualité « éternelle » est liée à la « vie » et non au fait que nous « l'ayons » ou que nous la « possédions » ! La « vie » elle, est « éternelle », indépendamment de ce qu'est le croyant ! Avoir la vie éternelle ne veut pas dire que nous en avons la possession irrévocable !

Que nous acceptions Christ et le don de la vie éternelle n'a aucune incidence sur la nature du don de la « vie éternelle ». L'objet du don reste éternel, que nous le possédions ou non ! La nature de la « vie » est « éternelle », qu'une personne croie ou non en Christ.

L'argument d'un don éternel est intéressant, mais il n'établit pas le caractère éternel de la possession de ce don, c'est-à-dire de la sécurité éternelle !

2. Examen de l'argument : « Comment une personne peut-elle être née de nouveau et devenir non-née ? »

Cet argument prend différentes formes comme : « Comment une brebis peut-elle devenir un bouc ? » « Comment quelqu'un qui a été adopté peut-il devenir non-adopté ? »

En ce qui concerne le premier argument « Comment un né peut-il devenir un non-né ». Nous répondons : Il n'y pas une analogie dans la condition humaine qui puisse suggérer l'idée qu'une personne puisse devenir « non-née ». Il existe par contre un événement de la condition humaine qui existe et qui semble être ignoré dans l'argumentation : la mort. Dans cette mesure, ne serait-il pas plus logique de dire que ce qui est  spirituellement peut mourir spirituellement ? Il en va de même de la logique de l'adoption. Nous ne devenons pas « non-adoptés », par contre nous pouvons concrètement être désavoués ou déshérités !

L'argument le plus illogique dans ce lot de propositions est : « Comment une brebis peut-elle devenir un bouc ? » En effet, les mêmes personnes qui croient que cela n'est pas possible dans ce sens, n'ont aucun mal à croire qu'un bouc peut devenir une brebis ! Pour aller jusqu'au bout de leur pensée, il faudrait dire que si la nature d'une personne ne peut être changée, alors la régénération et la nouvelle-naissance sont impossibles ! En somme, ceci reviendrait à dire qu'il est impossible d'être sauvé !

Le raisonnement fallacieux qui consiste à dire qu'il faut « dé-naître» ou être « dés-adopté » pour que la nature du croyant redevienne un incroyant, ignore qu'un processus puisse cesser sans qu’il existe forcément un processus d'inversion.

Par exemple, un timbre poste devient sans valeur pour un bureau de poste une fois qu'il est oblitéré. Ainsi, un timbre n'a pas besoin de retourner à l'état « non-imprimé » pour perdre sa valeur postale. [...]

3. Examen de l’argument : « Lorsque Jésus a payé pour mes péchés sur la croix il y a 2 000 ans, mes péchés étaient des péchés futurs. Cela signifie-t-il donc que tous mes péchés futurs sont déjà pardonnés ? »

Le plus grand défaut de ce raisonnement est qu’il repose sur l’hypothèse non démontrée selon laquelle le péché, tant passé que futur, d’une personne aurait été payé de manière inconditionnelle sur la croix du Calvaire.

Cet argument illustre bien une tendance fréquente : en l’absence d’une déclaration explicite et sans ambiguïté des Écritures, certains renforcent leur point de vue en érigeant une construction humaine au rang de vérité divine ! [...]

La théorie de la substitution pénale de la réconciliation a émergé dans le cadre du déterminisme théologique calviniste. Sa logique interne est la suivante : si la réconciliation repose sur une expiation du péché humain par un paiement intégral et définitif, alors elle ne peut être appliquée qu’à un groupe restreint de personnes. Dans cette perspective, seuls les élus bénéficient de ce paiement, et leur salut serait déjà accompli, indépendamment de leur foi ou de leur réponse à l’Évangile. [...]

Quelle que soit la raison permettant à Christ d'accorder son pardon, une chose est claire : ce pardon est présenté comme une provision qui implique des conditions pour être imputée. Dans les Écritures, le paiement pour les péchés n’est jamais décrit comme couvrant sans distinction tous les péchés futurs. Il est plutôt associé aux « péchés passés » (Romains 3:25 ; 2 Pierre 1:9) et suppose la repentance pour un pardon et une purification continus (1 Jean 1:9).

Si le Christ avait déjà pardonné par anticipation toutes nos fautes futures, pourquoi aurions-nous besoin de Lui comme Avocat aujourd’hui devant le Juge ? (1 Jean 2:1) Cette contradiction met en évidence l’impossibilité de concilier la théorie calviniste du paiement avec l’offre universelle du salut, sans glisser vers l’universalisme.

D’ailleurs, il n’existe aucune déclaration explicite dans les Écritures affirmant que la mort de Jésus a littéralement « payé » tous nos péchés. Cette terminologie ambiguë gagnerait à être abandonnée au profit d’une compréhension plus fidèle du texte biblique : la réconciliation repose sur une « provision » de pardon qui fait de l’Évangile une bonne nouvelle pour tous.

Une provision n’est ni un paiement couvrant tous les péchés, ni une transaction limitée à quelques-uns comme l’affirme la thèse calviniste. Elle est destinée au monde entier et requiert des conditions pour être appliquée. Contrairement à un paiement inconditionnel, une provision exige une réponse. Elle est universelle dans son intention, mais conditionnelle dans son application.

Si nous reconnaissons que certains ne seront pas sauvés, et si nous croyons que Jésus est mort pour « tout homme » et pour le « monde entier », alors nous devons conclure que la réconciliation est fondamentalement provisionnelle, et non un paiement passé, inconditionnel et limité. Une réconciliation provisionnelle appelle à la repentance et à la foi comme condition (et non comme mérite) pour recevoir ses bienfaits.

Ce n'est pas un salut « par les œuvres », mais le salut par grâce, au moyen d'une foi authentique.

4. Examen de l'argument : « Je ne peux rien faire de moi-même pour être sauvé, donc je ne peux rien faire pour ne pas être sauvé ! »

Puisque faire de bonnes œuvres ne vous a pas sauvé, alors le péché ne peut pas vous faire perdre le salut. Cela semble être une logique incontestable. « Je ne peux rien faire pour me sauver » ! Est-ce vrai? Serions-nous soit sauvés soit perdus de manière fataliste ? [...] Pourquoi Dieu nous dirait-il de fuir la colère à venir si nous ne pouvons pas choisir d'y échapper ?

Ces déclarations faites pour défendre la sécurité éternelle se fondent sur une logique effectivement valable dans un cadre fataliste, [c'est à dire un cadre déterministe où les moyens déterminant une fin n'importent pas]. Par contre, si vous croyez que pour devenir chrétien il faut se repentir et croire au Seigneur Jésus et à son œuvre sur la croix pour nous, vous avez admis qu'il y a des conditions au salut. La logique de l'argument que nous n'avons rien à faire s'effondre alors d'elle-même ! Car en réalité vous deviez faire quelque chose pour être sauvé, vous disposiez d'un moyen privilégié pour ce faire, cela s'appelle la foi !

[...] Nous devons avoir la foi pour plaire à Dieu, il n'y a pas de salut sans la foi. Bien qu'il nous y aide par sa grâce, Dieu ne croit pas plus pour nous qu'il ne se repent pour nous ! C'est clairement quelque chose que nous devons faire ! Il est donc logique de dire que les mêmes conditions qui sont requises pour recevoir le salut doivent être présentes afin de maintenir le salut.

Si vous considérez une dépendance continue à la grâce et la miséricorde de Dieu comme étant une œuvre, comme vous voulez, moi j'appelle cela la foi.

Je ne revendique pas un mérite, et ma foi ne prétend pas au mérite. L'autre aspect de la question est que si je rejette ma foi en faveur de l'incrédulité (le péché), je renonce aux avantages actuels d'une relation avec Christ purifiant de tout péché. (1 Jean 1:7) Nous sommes sauvés par la grâce, par le moyen de la foi. (Éphésiens 2:8) Nous devons avoir la foi pour avoir le salut, car sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. (Hébreux 11:6). Si nous cessons d'avoir la foi, la seule conclusion est que la condition du salut n'est plus présente, et donc nous abandonnons le salut. Cela devrait nous amener à croire en l'exigence énoncée tout au long du Nouveau Testament qui nous exhorte et nous avertit que nous devons rester, demeurer et persévérer dans la foi pour être sauvés. [...]

[En complément sur ce sujet, voir : L'homme participe-t-il à l'œuvre du salut ?]

5. Examen de l'argument : « Nous mourons tous, c'est la preuve que nous péchons tous. Ainsi, le fait de pécher n'est pas problématique en soi ! »

[...] Dieu a dit à Adam et Eve qu'ils pouvaient manger de n'importe quel fruit du jardin, sauf de l'arbre de la connaissance. Ils étaient prévenus que le jour où ils en mangeraient, ils mourraient ! Satan arriva et tenta Eve et dit : « Le jour où tu en mangeras, tu ne mourras certainement pas »!

Remarquez que Dieu dit que le salaire du péché, c'est la mort, et que le diable dit : « vous ne mourrez certainement pas ». Les tenants de la sécurité éternelle se rangent apparemment plutôt du côté du diable en disant comme lui : « Vous ne mourrez certainement pas ».

Mais attendez! Sont-ils morts le « jour » où ils en ont mangés, comme Dieu l'a dit ? Pas physiquement, mais la mort spirituelle a été immédiate ! A partir de là, ils ont eu une nature déchue qui s'est transmise à toute leur postérité. Dieu les a retirés du jardin afin qu'ils ne puissent plus manger de l'Arbre de Vie. Vous voyez, nous sommes toujours sous la malédiction de la chute, nous n'avons pas accès à l'Arbre de Vie. Leur argumentation repose visiblement sur un raisonnement fallacieux.

Les Écritures nous disent donc pourquoi les justes meurent encore, et ce n'est pas lié à quelque chose qui dépend d'eux.

[...] [Nous mourrons physiquement car nous sommes touchés par la malédiction originelle qui est indépendante du péché actuel. Il n'y donc aucune lien logique entre la réalité du péché actuel et l'idée que le péché ne serait pas problématique en soit.]

6. Il est moins risqué pour un croyant de ne pas croire en la sécurité éternelle que d'y croire

[En l'absence d'une conviction nette par rapport à une doctrine sur la base des données bibliques, il est utile d'évaluer le risque associé à la croyance en cette doctrine. Pour cela, il suffit de considérer ce qu'il advient au final à l'adhérent de cette doctrine et son alternative dans le cas où celles-ci s'avèrent fausses. En appliquant ce principe à la doctrine de la sécurité éternelle considérons ce qui se passe alors :]

« Si vous ne croyez pas en la sécurité éternelle et donc que vous aspirez à une vie de persévérance dans la foi et que vous découvrez au ciel que vous vous êtes trompé et que cette doctrine était vraie, vous ne perdez rien. En fait, vous étiez simplement en sécurité inconditionnelle toute votre vie sans l'avoir réalisé !

En revanche, si vous vous conformez aux enseignements de la doctrine de la sécurité éternelle et que vous vous retrouvez devant Dieu pour découvrir que cette doctrine était fausse, alors vous avez tout à perdre. »

Du seul point de vue du bon sens, cela est risqué de croire en la sécurité éternelle qui affirme que la persévérance dans la foi est optionnelle. Si vous enseignez la sécurité éternelle aux autres et qu'ils découvrent que cette doctrine est fausse lorsqu'ils se tiendront devant le trône du jugement de Dieu, vous aurez leur sang sur les mains ! Mon ami, en toute logique vous prenez un risque à croire en la sécurité éternelle; risque que vous ne prenez pas dans le cas contraire !

Conclusion

Les Écritures sont notre source et notre règle de foi. Ainsi la logique n'est utile que si elle est appliquée correctement et lorsqu'elle est conforme aux Écritures. [...] Notre interprétation des Écritures ne doit pas aboutir à des contradictions logiques prêtant à confusion. Dieu n'est pas illogique, quant au diable, il est l'auteur de la confusion. Ainsi beaucoup de gens en viennent à être convaincus de cette fausse doctrine de la sécurité éternelle à cause de leur manque de discernement. Pourtant, il y a un véritable manque de preuves bibliques en faveur de cette doctrine. Toute doctrine qui ne peut être soutenue à la fois par les Écritures et la logique doit être considérée comme hétérodoxe et rejetée.

[Pour un examen critique scripturaire de cette doctrine, voir : Une fois sauvé toujours sauvé : problèmes pratiques]
[Pour une analyse des développements historiques de cette doctrine, voir : La doctrine de la sécurité éternelle, développements et formes actuelles]


Article original : PATON, Jeff. Eternal security and logic. In : Eternal Security [en ligne]. 2013. Disponible à l’adresse : https://eternalsecurity.us/logic%20of%20eternal_security.htm

Source des citations bibliques : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.