Le calvinisme est impossible

Situation impossible

Cela va sans dire, par « impossible » je ne veux pas dire que le calvinisme n’existe pas. J’utilise ici le mot « impossible » dans un sens certes très inhabituel, mais je l’emprunte au théologien calviniste Charles Hodge (1797-1878). Hodge fut à tous égards le théologien protestant conservateur américain le plus influent du dix-neuvième siècle et un calviniste convaincu voire agressif. Sa Théologie systématique en trois volumes (1871-1873) est encore rééditée bien plus d’un siècle après sa première publication. Elle a servi de modèle en matière de théologie systématique évangélique conservatrice jusqu’au milieu du vingtième siècle. James Pettigru, ancien étudiant de Charles Hodge, a fondé le Séminaire baptiste du Sud dans une orientation calviniste.

Charles Hodges
Charles Hodges

Dans le premier volume de sa Théologie systématique Hodge a posé les bases de la méthode correcte de la théologie, c’est à dire inductive. La Bible est au théologien ce que la nature est au scientifique : une réserve de faits à étudier et qui doivent être organisés de façon systématique. Néanmoins, fidèle aux principes philosophiques de l’école écossaise du sens commun, Hodge a affirmé que le théologien ou la théologienne doit tenir compte d’un certain nombre de présuppositions.

Dans le chapitre III, intitulé « Le réalisme », Hodge s’exprime sur le « rôle particulier de la Raison en matière de religion » et défend l’idée selon laquelle la raison est nécessaire à la réception de la Révélation. « L’Impossible ne peut pas être cru », écrit-il, puis il explique ce qui est impossible : « […]

1. Est impossible ce qui implique une contradiction ; par exemple, que ce qui est ne soit pas ; que le juste soit faux et le faux juste.

2. Il est impossible que Dieu fasse, approuve ou ordonne ce qui est moralement inadéquat.

3. Il est impossible qu’Il nous demande de croire ce qui contredit une loi de la conscience, quelle qu’elle soit, qu’il a inscrite dans notre nature.

4. Il est impossible qu’une vérité en contredise une autre. Il est par conséquent impossible que Dieu révèle une chose comme vraie si elle contredit une vérité clairement identifiée, que ce soit par l’intuition, l’expérience ou une révélation antérieure […] »

Eh bien, ne prenez pas la chose à la légère et tâchez de bien comprendre. Je ne sais pas si tous les calvinistes seraient d’accord avec Hodge à propos de ces lois axiomatiques de la pensée. Retenons que le grand Hodge y croyait et en a fait un élément de son système théologique. Je crois qu’il avait raison. Ces quatre axiomes doivent être suivis rigoureusement pour que la théologie soit prise au sérieux.

Malheureusement, Hodge lui-même ne les a pas suivis. Plus loin dans sa Théologie systématique il les a laissés de côté et il a enseigné une théologie de la souveraineté de Dieu qui s’avère être, selon ses propres critères, littéralement impossible.

Voilà le talon d’Achille du calvinisme selon les principes premiers énoncés par Hodge comme allant de soit. D’après la doctrine de la divine providence du calvinisme (y compris celle de Hodge), Dieu est le principe déterminant de toute chose. Tout ce qui arrive, sans exception, est la volonté de Dieu. Certes, de nombreux calvinistes emploient le mot « permission », mais ce dont il s’agit en fait selon eux, c’est une « permission décidée », efficace, qui rend toute chose, y compris le péché et le mal, inévitable. Le péché et le mal, comme toute chose, sont décrétés d’avance et rendus certains par Dieu. Ensuite, leur doctrine calviniste de la prédestination (y compris chez Hodge) affirme que les pécheurs condamnés à l’enfer, les « réprouvés », méritent leur sort. Pourquoi ? Parce qu’ils ont péché volontairement et selon leur nature. Ce qui a été dit plus haut de la doctrine de la Providence complète et inclusive s’en retrouve totalement mis de côté. Pourquoi et comment ont-ils péché ? Parce que Dieu leur a retiré le bien et la grâce dont ils avaient besoin pour ne pas pécher. C’est flagrant chez Calvin, Edwards, Hodge, Boettner et de nombreuses sommités calvinistes plus récentes. Dans quel monde une personne est-elle coupable et digne de damnation (à l’enfer éternel) pour avoir fait ce qu’elle ne pouvait pas éviter de faire ?

Je crois que le calvinisme est impossible parce qu’il ne se contente pas d’impliquer que Dieu fait ce qui est mal. Dans ce système, Dieu crée des personnes humaines à sa propre image et à sa propre ressemblance dans le seul but de les expédier en enfer pour sa propre gloire. Ou alors, dans certaines versions du calvinisme, Dieu choisit de passer outre certaines personnes déchues, créées à son image et à sa ressemblance et sélectionnées par Lui pour la damnation (les « réprouvés ») alors qu’il aurait pu les sauver (parce qu’il est tout-puissant et pleinement souverain dans sa providence complète et inclusive).

Bref, l’affirmation « Dieu est bon » perd toute signification dans le calvinisme parce qu’il n’existe aucune analogie à cette conception de la bonté. Revenons aux quatre principes fondamentaux d’Hodge. Le quatrième implique fortement que l’intuition est un facteur à prendre en considération pour déterminer ce qui est possible ou pas. Il n’existe aucune pensée humaine de ce qui est bon qui soit semblable au concept de « bon » dans l’affirmation « Dieu est bon » dite par un calviniste. Lorsqu’ils sont contraints d’expliquer leur position, la plupart des calvinistes affirment que tout ce que Dieu fait est bon parce que c’est Dieu qui le fait. On appelle « volontarisme » l’idée selon laquelle Dieu n’a pas un caractère permanent, éternel et immuable mais qu’il est totalement libre de faire ce qu’il désire. Quoi qu’il en soit, « Dieu est bon », dit dans un contexte calviniste, est une affirmation purement informative et totalement impossible.

Le calvinisme est impossible, à en juger par les principes préalables de Hodge, parce qu’il implique (au moins) une contradiction entre deux doctrines : la Providence (exhaustive, inclusive, méticuleuse, « pointilleuse ») et la double prédestination défendue sur la base du fait que les réprouvés méritent leur destinée éternelle de damnation en enfer parce qu’ils pèchent volontairement. De plus il est impossible parce qu’il vide de toute signification informative l’affirmation « Dieu est bon » qui, dans un contexte calviniste, devient un bavardage sans aucun sens. Et pourtant, tous les calvinistes formulent cette affirmation comme si elle contenait une information. Or, ce n’est pas le cas.


Article original : OLSON, Roger E., MARET, Frédéric [trad.]. Calvinism is Impossible. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2020-04-09 [consulté le 2020-06-17]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2020/04/calvinism-is-impossible/

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