Pourquoi ne voulons-nous pas reconnaître que nos théologies sont faillibles ?

Pièce Puzzle

Oui, je l’admets : Je suis faillibiliste. Je le suis en ce qui concerne les êtres humains (hormis lorsqu’ils sont infailliblement inspirés par Dieu). Je définis la « théologie » comme une réflexion humaine portant sur la révélation infaillible de Dieu. (Ou, dans le cas de la théologie philosophique : une réflexion humaine sur Dieu limitée par ce que la raison, sans l’aide de la révélation biblique, est capable de savoir sur Lui.) En d’autres termes, je suppose que toutes les théologies (en dehors de l’Écriture elle-même) sont faillibles parce qu’elles sont créées par des êtres humains finis et déchus.

Hormis le cas où une personne cite les Écritures dans leur langue d’origine, les Écritures sont interprétées de façon humaine. Il n’existe pas la moindre affirmation sur la signification des Écritures qui ne soit pas une interprétation humaine. « Cette interprétation dont on ne peut sortir » s’applique à tout système théologique ainsi qu’à toute déclaration doctrinale.

Cela ne veut pas dire que toutes les théologies se valent ; certaines sont certainement de meilleures interprétations que d’autres. Certaines sont tout simplement incohérentes et d’autres (ou les mêmes) n’ont que peu ou pas de rapport avec le sens évident des passages bibliques sur lesquelles elles se basent. Cependant, même les meilleurs systèmes théologiques ne sont que l’interprétation de l’Écriture (peut-être influencé par l’expérience humaine de Dieu) et non la Parole de Dieu elle-même. Et pourtant, les évangéliques conservateurs en particulier ont tendance à l’oublier. Ils ont donc tendance à considérer un système ou une tradition théologique comme s’il était infaillible et donc égal en autorité à l’Écriture.

Je suis souvent perplexe face à cette manière évangélique de penser qui se base sur deux affirmations concernant l’Écriture et la doctrine :

  1. Toutes les déclarations doctrinales ne sont vraies et ne font autorité que dans la mesure où elles reflètent fidèlement le sens de l’Écriture (sola ou prima scriptura)
  2. Une déclaration de foi ou un système théologique conçu par l’homme (par exemple, la théologie systématique de Hodge) est incontestable

Il y a quelques années, le directeur d’une éminente université évangélique conservatrice avait déclaré par écrit que si un membre du corps enseignant avait des réserves sur une partie quelconque de la déclaration de foi du collège, il devait démissionner. Pourtant, pendant son mandat, quelqu’un trouva une grave faiblesse dans la déclaration de foi de l’université. Le directeur et le conseil d’administration l’ont donc révisée. À ma connaissance, le directeur de cette université n’a jamais tiré de leçon de cet incident ou du moins n’a pas laissé cet incident affecter sa conviction que tout membre du corps enseignant ayant des réserves, même mineures, sur la déclaration de foi devrait démissionner.

J’espère que vous percevrez de votre côté la contradiction. Si l’on s’en tient à la sola ou prima scriptura (le principe des Écritures) et que l’on croit que seule l’Écriture est infaillible et qu’en même temps on traite une déclaration de foi ou de croyance comme incorrigible, il y a contradiction. On m’a enseigné dans un séminaire évangélique que toutes les croyances et confessions de foi ont une autorité secondaire par rapport à l’Écriture elle-même et sont ouvertes à la révision chaque fois qu’il peut être démontré qu’elles sont incompatibles avec l’Écriture. J’ai très rarement été témoin d’une organisation évangélique conservatrice pratiquant réellement ce principe protestant. Ils ont plutôt tendance à élever les déclarations doctrinales et les systèmes de théologie à un niveau équivalent à celui de l’Écriture elle-même. (Certes, les conservateurs ajoutent des éléments supplémentaires à leurs déclarations de foi, mais ce n’est pas ce dont je parle ici. Je parle de corriger les éléments existants.)

Ma question est la suivante : pourquoi ne voulons-nous pas, nous les évangéliques, reconnaître simplement que nos systèmes de théologie et nos déclarations de foi sont faillibles afin de continuellement les réexaminer à la recherche d’éventuelles erreurs et pouvoir les réviser à la lumière d’une interprétation nouvelle et fidèle des Écritures ? Cela peut signifier, par exemple, de définir une méthode permettant à un membre d’un corps enseignant chrétien de remettre en question un élément de la déclaration de foi de l’établissement (sur la base des Écritures) sans craindre d’être licencié. Il devrait en être de même pour toutes les dénominations, les églises et les organisations chrétiennes.

Appliquons maintenant cela à notre débat calviniste/arminien. En tant qu’arminien classique, j’admets ouvertement que mon système théologique est humain et non une « transcription de l’évangile » comme l’affirme Spurgeon concernant le calvinisme et donc faillible et probablement imparfait. Je n’ai encore jamais découvert un système théologique qui ne contienne pas certains problèmes non résolus, voire insolubles. Selon moi, quiconque prétend avoir un tel système se rapproche certainement de l’idolâtrie.

Pour déterminer parmi ces nombreux systèmes théologiques divergents lequel adopter, nous devons différencier les problèmes avec lesquels nous pouvons vivre et ceux avec lesquels nous ne pouvons pas vivre. Par exemple, dans le cas du calvinisme et de l’arminianisme. Selon moi (et aussi selon l’opinion d’un éminent théologien calviniste que je connais), les deux systèmes peuvent s’appuyer sur des éléments solides provenant des Écritures. Les deux ont également des problèmes (ce qui n’est pas surprenant étant donné qu’ils sont tous deux conçus de façon humaine). La question est donc : avec lesquels de ces problèmes puis-je vivre ? Pour moi, la réponse est simple. [NDLR : Olson préconise ce principe uniquement dans le cas où l’Écriture ne semblerait pas suffisamment claire pour départager des interprétations divergentes. Un article en anglais plus détaillé sur ce sujet : ici.]

Que se passerait-il, cependant, si les deux camps de ce débat évangélique admettaient ouvertement que leurs systèmes sont des interprétations faillibles de l’Écriture et non des « transcriptions de l’Évangile » (ce qui revient à dire égal à l’Écriture en termes d’autorité) et admettait également que les partisans de l’autre camp ne sont pas des personnes malavisées, insincères, stupides ou autres, mais des personnes qui cherchent sincèrement à cerner le sens de l’Écriture là où il n’est pas aussi clair que nous le souhaiterions ?

Je pense qu’il existe des partisans de ces deux théologies qui font preuve d’une telle humilité, mais le problème est qu’il existe aussi des partisans de ces deux théologies qui ne font pas preuve d’une telle humilité et qui soutiennent la supériorité de leur système. Certains vont même jusqu’à considérer que si une personne est en désaccord avec leur position théologique cela revient à dire qu’elle est en désaccord avec l’Écriture. Le théologien suisse Emil Brunner a appelé cela « theologismus », soit confondre la théologie avec la Parole de Dieu elle-même.

Ceci se produirait si l’on appliquait ce principe d’humilité : la paix, la réconciliation et la coopération fraternelle jailliraient de toutes parts ! Pourquoi ne le faisons-nous pas ? Parce que nous nous sommes tellement investis personnellement dans nos systèmes théologiques ? Parce que nous en avons fait des idoles ? Je pense que la réponse est un peu des deux.

Est-ce que je préconise une indifférence à l’égard de la doctrine et de la théologie ? Pas du tout. Je peux défendre mes croyances et argumenter contre celles des autres sans laisser entendre que les miennes sont équivalentes à la Parole de Dieu alors que les leurs sont stupides ou hérétiques. Ceci n’est peut être pas dit aussi crûment, mais on comprend bien le message quand un calviniste de premier plan dit que les non-calvinistes « n’honorent pas la Parole de Dieu ».

Permettez-moi de sortir de ma zone de confort et d’oser mentionner un problème de la théologie arminienne, puis de mettre au défi un calviniste engagé de faire de même. Une chose avec laquelle je me bats concernant l’arminianisme est le mystère du libre arbitre. Je ne sais pas comment il opère. Il semble qu’il y ait besoin d’une sorte d’effet sans cause [NDLR : en lien avec le concept philosophique d’autodéterminisme]. (Je ne pense pas que ce soit une contradiction, mais c’est un mystère.) Et je ne sais pas exactement comment Dieu peut connaître d’avance avec une certitude absolue des décisions libertariennes qui n’ont pas encore été prises. Cela semble être un mystère et donc un problème dans la mesure où j’aimerais beaucoup avoir une réponse à ces questions, mais je n’en ai pas. Ces éléments de l’arminianisme classique me causent une certaine dissonance cognitive. Je peux vivre avec cela ; du moins plus facilement qu’avec les problèmes que je perçois dans les théologies alternatives.

Ai-je des candidats au défi du côté des calvinistes classiques ?


Article original : OLSON, Roger E.. Why Can’t We All Just Admit Our Theologies are Flawed?. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2010-09-27 [consulté le 2020-05-31]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2010/09/why-cant-we-all-just-admit-our-theologies-are-flawed/

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