Qui a écrit les Évangiles ? Anonymat ou attribution traditionnelle (Matthieu, Marc, Luc et Jean)

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[Les Évangiles ont-ils été écrits anonymement, puis attribués plus tard à Matthieu, Marc, Luc et Jean ?
Cet article examine les titres des manuscrits, les indices internes et le témoignage des Pères de l’Église afin d’évaluer la fiabilité de l’attribution traditionnelle et de répondre aux objections modernes.]

1 Introduction

Pratiquement tout ce que nous savons de Jésus provient des quatre Évangiles du Nouveau Testament. Ces textes sont de loin nos sources historiques les plus anciennes et les plus fiables concernant la vie, le ministère et les enseignements de Jésus. Puisque ces écrits sont centraux dans notre compréhension de Jésus, il est essentiel de connaître leur origine. Il est important que nous sachions qui a rédigé les Évangiles, que les auteurs étaient bien placés pour savoir de quoi ils parlaient et que ce qu'ils rapportent est vrai. Alors, posons-nous les questions suivantes : Qui a exactement écrit les Évangiles ? Étaient-ils bien placés pour savoir de quoi ils parlaient ? Et leurs récits sont-ils fiables ?

La réponse traditionnelle à ces questions est que les Évangiles ont été rédigés par Matthieu, un collecteur d'impôts devenu disciple de Jésus ; Marc, compagnon de l'apôtre Paul puis de Pierre ; Luc, généralement considéré comme médecin et compagnon de Paul ; et enfin Jean, partenaire de pêche de Pierre et disciple de Jésus. Si cette tradition est correcte, Matthieu et Jean sont alors des témoins oculaires directs d'une grande partie de ce qu'ils relatent. Marc et Luc, quant à eux, transmettraient des témoignages de seconde main, mais provenant de témoins oculaires, et donc très proches des événements décrits.

Or, cette réponse traditionnelle a été vivement critiquée au cours des dernières décennies par le monde universitaire, à tel point qu'elle est rarement évoquée, même par des érudits chrétiens ostensiblement conservateurs. Aujourd'hui, les quatre Évangiles sont généralement considérés comme des sources tardives et anonymes présentant une image largement légendaire de Jésus. Bart Ehrman résume bien cette position actuelle lorsqu'il déclare : « Le premier point à souligner concernant Matthieu, Marc, Luc et Jean est que tous les quatre sont totalement anonymes. Les auteurs n'indiquent jamais qui ils sont. Ils ne se nomment jamais. Ils ne donnent aucune identification personnelle directe, quelle qu'elle soit1EHRMAN, Bart D. Jesus Before the Gospels: How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Savior. New York: HarperOne, 2016, p. 106.. »

Ceci contraste avec le témoignage de l'Église primitive, qui considérait ces documents comme des sources crédibles provenant des apôtres et de leurs disciples immédiats. Les auteurs antiques étaient unanimes à attribuer les Évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean. Cette étude vise à réfuter la thèse répandue selon laquelle les Évangiles auraient été anonymes. Je soutiendrai que les témoins antiques ont été trop facilement ignorés par les érudits modernes, que les objections à leur fiabilité ne tiennent pas, et qu'en réalité il s’agit de preuves solides en faveur de la paternité traditionnelle des Évangiles. Je soutiendrai également que diverses considérations internes aux Évangiles étayent fortement cette attribution traditionnelle.

2 Indices manuscrits : les titres et l’absence d’anonymat

2.1 Clarifier la thèse : que signifie « anonymat » ?

La recherche néotestamentaire contemporaine affirme en effet massivement que les quatre Évangiles canoniques auraient été rédigés de manière anonyme. Mais avant de pouvoir évaluer cette idée, il convient de clarifier ce que l'on entend par « anonyme ». Selon certains, un document est anonyme lorsque l’auteur ne s'identifie pas nommément dans le corps du texte. Évidemment, selon cette définition, les Évangiles apparaissent comme anonymes. Mais dans ce cas, Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien le serait aussi. En réalité, il n'est pas rare que des auteurs ne s'identifient pas eux-mêmes dans le corps du texte. Cela tient souvent au fait que ce n'est tout simplement pas nécessaire, puisque le nom de l'auteur figure déjà sur la couverture ou sous le titre. Pourtant, personne ne considère sérieusement ces œuvres comme anonymes.

Dans cette étude, j'utiliserai plutôt l'expression « anonymat des Évangiles » pour désigner l'idée selon laquelle les auteurs originaux des Évangiles seraient inconnus, aussi bien pour nous aujourd'hui que pour leurs premiers destinataires. Autrement dit, les noms que nous leur attribuons n’existaient pas lors de la rédaction initiale, mais auraient été ajoutés bien plus tard. C'est cette conception de l'anonymat que je vais critiquer ici, et non une définition triviale et bénigne selon laquelle les auteurs des Évangiles ne se nommeraient tout simplement pas dans le texte.

J'utiliserai trois catégories de preuves pour réfuter l'idée que les Évangiles sont anonymes. Premièrement, je soutiendrai que les titres de ces documents dans la tradition manuscrite constituent une preuve solide contre leur anonymat. Deuxièmement, je soutiendrai que des indices internes aux Évangiles eux-mêmes concordent avec les attributions traditionnelles à Matthieu, Marc, Luc et Jean. Enfin, je soutiendrai qu'il existe des preuves testimoniales anciennes et significatives identifiant les auteurs, ce qui remet en cause la thèse de l'anonymat.

2.2 Les Évangiles ont-ils été un jour anonymes ?

La preuve la plus évidente de la paternité traditionnelle réside peut-être dans les titres mêmes de ces documents, présents dans la quasi-totalité des copies existantes. Ils sont toujours intitulés : L’Évangile selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. La thèse de l’anonymat soutient que ces titres ont été ajoutés tardivement, à la fin du IIe siècle, mais il n’existe en réalité aucune preuve manuscrite venant étayer cette affirmation. Nous ne possédons aucun exemplaire anonyme. La seule exception possible est le papyrus P1, qui contient des portions de l’Évangile selon Matthieu, y compris le début, mais sans titre. Toutefois, comme les titres étaient parfois attachés aux rouleaux sous forme d'étiquettes, il est tout à fait plausible que cet identifiant ait simplement été perdu dans le cas de P1. Si les Évangiles avaient été initialement anonymes, on s'attendrait à trouver un grand nombre de manuscrits anciens dépourvus de noms. Or, ce n'est pas le cas. Cela appuie donc l'idée que les noms ont toujours été associés à ces documents.

En outre, l’idée selon laquelle les titres auraient été ajoutés plus tard est peu plausible. En effet, dès qu’il y avait plus d’un Évangile, les premiers chrétiens avaient besoin d’un moyen pratique pour les distinguer. Comme le dit Brant Pitre: « Suggérer qu’aucun titre n’a été ajouté aux Évangiles avant la fin du IIe siècle ne tient absolument pas compte du fait que plusieurs Évangiles circulaient déjà avant que Luc ne pose sa plume sur le papyrus, et qu'il était donc nécessaire, d'un point de vue pratique, d'identifier ces livres2PITRE, Brant. The Case for Jesus: The Biblical and Historical Evidence for Christ. New York: Image Books, 2016, p. 20.. » Simon Gathercole va encore plus loin en affirmant : « Lorsque les Évangiles quittaient leur contexte d’origine et étaient lus ailleurs, il est difficile d’imaginer que certains auditeurs ne se soient pas demandé : « Qui dit cela ? » […] Même avant que plusieurs Évangiles soient réunis au sein d'une même communauté, les chrétiens pouvaient très bien vouloir savoir d'où provenait tel ou tel [Évangile]. Ainsi, il n’est pas nécessaire de supposer que les noms sont devenus importants qu’à partir du moment où deux ou plusieurs Évangiles ont été rassemblés3GATHERCOLE, Simon. The Alleged Anonymity of the Canonical Gospels. The Journal of Theological Studies, vol. 69, no. 2, October 2018, p. 447–476.. »

Un autre indice important contre cette thèse est la présence d'une dépendance littéraire entre les Évangiles synoptiques. Il est peu probable que ces Évangiles se soient appuyés les uns sur les autres si leurs auteurs étaient inconnus. C'est particulièrement vrai dans le cas de Luc, qui affirme avoir soigneusement sélectionné ses sources et obtenu ses informations auprès de témoins oculaires. Puisqu'il a manifestement utilisé d'autres Évangiles pour écrire le sien, il est difficile d'imaginer que ces Évangiles aient été anonymes. Les propos de Gathercole sont une nouvelle fois éclairants : « C’est une chose de supposer que les chrétiens d’une congrégation du Ier siècle se contentaient de faire confiance à ce qu’ils entendaient, sans poser la question « qui le dit ? ». C’en est une autre (et cela dépasse ce que je suis personnellement prêt à croire) que d’imaginer qu’un enquêteur se voulant rigoureux comme Luc aurait pu, sans aucun témoignage, suivre (de très près, selon les normes antiques) un récit totalement anonyme4GATHERCOLE, Simon. The Alleged Anonymity of the Canonical Gospels. The Journal of Theological Studies, vol. 69, no. 2, October 2018, p. 11.. »

2.3 L’objection de l’absence d’auto-identification : un anachronisme moderne

Les sceptiques insistent souvent sur le fait que les auteurs des Évangiles ne s'identifient jamais explicitement dans leurs écrits et parlent toujours d'eux-mêmes à la troisième personne. Randel Helms affirme ainsi : « Nulle part dans leurs textes, les quatre Évangiles ne mentionnent le nom de leurs auteurs5HELMS, Randel McGraw. Who Wrote the Gospels? Altadena: Millenium Press, 1997, p. 3.. » De même, Michael Kok affirme que « Matthieu, en tant que personnage du texte, ne parle jamais à la première personne. Le lecteur n’a pas l’impression que c’est Matthieu qui raconte les événements de l’Évangile6KOK, Michael J. Tax Collector to Gospel Writer: Exploring the Life of Matthew in the New Testament and Early Christian Literature. Eugene: Wipf & Stock, 2023, p. 23.. »

Toutefois, de telles objections sont profondément anachroniques. Elles découlent d'attentes modernes quant à l'apparence d'un témoignage oculaire et d'une méconnaissance des conventions d'écriture de l'Antiquité. Jules César, par exemple, parle de lui-même à la troisième personne dans La Guerre des Gaules. Quelqu'un doute-t-il sérieusement que Jules César soit l'auteur de cette œuvre ? De même, Xénophon ne se nomme jamais comme auteur de l'Anabase. Tacite ne se désigne jamais comme l'auteur des Annales. Plutarque, quant à lui, ne mentionne jamais son nom dans aucune des nombreuses biographies qu’il a rédigées. Comme le souligne Mike Licona : « Il n'était pas rare que les auteurs antiques omettent leur nom dans leurs œuvres. Plutarque était un auteur grec qui a écrit plus de 50 biographies entre la fin du Ier et le début du IIe siècle. Son nom n'est présent dans aucune d’entre elles. C'est la tradition, transmise à travers les siècles, qui nous renseigne sur l'auteur de ces biographies. Et personne ne remet en question le fait que ces biographies sont bien de Plutarque7LICONA, Michael R. Fish Tales: Bart Ehrman’s Red Herrings and the Resurrection of Jesus. In : COPAN, Paul et CRAIG, William Lane, éd. Come Let Us Reason: New Essays in Christian Apologetics. Nashville: B&H Academic, 2012, p. 140.. »

3 Indices internes : profils d’auteurs et « signatures » narratives

3.1 Des auteurs improbables : un obstacle à l’hypothèse d’une invention

L’examen des éléments internes des textes rend très difficile la compréhension de la raison pour laquelle Marc et Luc auraient été choisis comme auteurs des Évangiles qui portent leurs noms par ceux qui auraient inventé cette attribution. En effet, aucun d’eux n’a été témoin oculaire et aucun n’a joui d’une grande notoriété dans l’Église primitive. Craig Blomberg affirme : « Il est difficile de croire que les traditions les plus anciennes auraient uniformément associé les deux premiers Évangiles à Marc et Luc sans raison historique valable, car ni l’un ni l’autre n’étaient perçus comme des figures significatives du christianisme du Ier siècle8BLOMBERG, Craig L. The Historical Reliability of the New Testament: Countering the Challenges to Evangelical Christian Beliefs. Nashville: B&H Academic, 2016, p. 9.. » En effet, Marc était notamment connu pour avoir abandonné Paul lors d'un de ses voyages missionnaires. Quant à Matthieu, dont l’Évangile présente le style le plus judaïque, il constituerait également un choix d’auteur étrange dans le cas d’une invention. En effet, Matthieu est identifié dans l’Évangile comme un collecteur d’impôts des Romains, un métier très mal vu par les Juifs. Il serait donc étrange, voire contre-productif, d'inventer qu'un collecteur d'impôts ait écrit un Évangile destiné principalement à un public juif. Toutes ces données s'expliquent facilement si l'on admet que les Évangiles synoptiques sont attribués à Matthieu, Marc et Luc, en raison du fait que ce sont bien eux qui les ont écrits. Il est difficile d'imaginer pourquoi ces trois noms auraient été choisis s'ils ne correspondaient pas aux auteurs réels de ces textes.

3.2 Les Synoptiques : signatures internes et cohérence des attributions

D'autres considérations internes rendent également l'anonymat peu probable. L'auteur de l'Évangile selon Matthieu, par exemple, semble avoir un penchant pour les questions d'argent. Il s'efforce d'inclure des paraboles sur ce sujet (Mt 8:21-35 ; 20:1-16). Il évoque également l'histoire de Pierre qui trouve un « sicle » dans la bouche d'un poisson. Il prend également grand soin de mentionner les types de pièces de monnaie spécifiques dans son récit (Mt 5:26 ; 10:29 ; 17:24, 27 ; 18:28 ; 20:2, 9, 10, 13 ; 22:19). Il souligne également que Jésus a dit à ses disciples de ne pas emporter d'« or », d'« argent » ou de « monnaie » lorsqu'ils se rendaient dans les villages environnants (Mt 10:9). Il est peu probable qu'il s'agisse d'une simple coïncidence que l'unique évangile montrant un tel intérêt pour l'argent soit attribué à un collecteur d'impôts. Comme l'écrit Edgar Goodspeed, « si quelqu'un exigeait une signature de Matthieu le collecteur d'impôts, cela y ressemble fortement. […] On est frappé par plusieurs caractéristiques de l'Évangile de Matthieu qui militent clairement en faveur d'une paternité de collecteur d'impôts9GOODSPEED, Edgar J. Matthew: Apostle and Evangelist. Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 1959, p. 59–60.. »

De même, l’Évangile selon saint Marc mentionne Pierre bien plus souvent que les autres Évangiles. En effet, dans plusieurs récits parallèles où les autres Évangiles mentionnent simplement « les disciples », Marc cite spécifiquement Pierre. Après la résurrection, le jeune homme au tombeau dit aux femmes d'avertir les disciples et Pierre, que le Seigneur les rencontrera bientôt. Cela corrobore les nombreux témoignages externes qui affirment que Pierre fut le mentor de Marc et que sa prédication a servi de base à l’Évangile de Marc.

L’auteur de l’Évangile selon saint Luc était sans doute connu, car il s’adresse à Théophile par son nom dans la préface. Ce dernier était vraisemblablement le mécène pour lequel l’Évangile a été rédigé. Il est difficile d'imaginer que Théophile ignorait l'identité de l'auteur. Comme le souligne Harold Riley, « Quoi qu’il en soit de Matthieu et de Marc, Luc, lui, n’a certainement pas publié son Évangile de manière anonyme. On n’écrit pas à une personne nommément désignée, Théophile, en disant « il m’a semblé bon d’écrire », sans révéler son identité10RILEY, Harold. Preface to Luke. Macon: Mercer University Press, 1993, p. 109.. »

3.3 Jean : le disciple bien-aimé et la coda éditoriale (Jn 21:24)

Il est également peu probable que l’auteur de l’Évangile selon saint Jean soit resté inconnu. Il est en effet identifié comme « le disciple que Jésus aimait » dans Jean 21:24. Les sceptiques connaissent bien ce verset, mais ils soulignent que l’auteur semble se distinguer du disciple bien-aimé. Bart Ehrman objecte ainsi : « Pour une raison que je n'ai jamais pu comprendre, les lecteurs interprètent souvent ce verset comme signifiant que le disciple bien-aimé prétend avoir écrit l'Évangile de Jean. Or, ce n'est absolument pas le cas. L'auteur ne peut pas être le disciple lui-même, car il établit clairement une distinction entre lui-même (« nous » savons) et le disciple bien-aimé (que « son » témoignage est vrai)11EHRMAN, Bart D. Jesus Before the Gospels: How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Savior. New York: HarperOne, 2016, p. 108.. »

Richard Bauckham soutient, pour sa part, que le disciple bien-aimé a bel et bien écrit ce verset. Il explique longuement que Jean 21:24 est un idiome qu'il appelle « le « nous » du témoignage faisant autorité ». L'idée est qu'un auteur se désigne lui-même par un pronom pluriel, tel que « nous », plutôt que par le pronom singulier « je », afin de souligner son autorité et, par conséquent, d'accroître sa crédibilité. Il en déduit que « Jean 21:24 emploie un idiome johannique particulier que l'on retrouve ailleurs dans les écrits johanniques (c'est-à-dire l'Évangile et les trois lettres de Jean) en Jean 3:11 ; 1Jean 1:1-5 ; 4:14 ; et 3Jean 9-10, 1212BAUCKHAM, Richard. Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony. 2nd ed. Grand Rapids: Eerdmans, 2017, p. 370–371.. » et que « [Jean utilise] la première personne du pluriel (pronoms et verbes) comme substitut du « je »13BAUCKHAM, Richard. Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony. 2nd ed. Grand Rapids: Eerdmans, 2017, p. 371.. »

Personnellement, je suis plutôt d'accord avec Ehrman contre Bauckham sur le fait que Jean 21:24 n'a pas été écrit par le disciple bien-aimé. Cependant, je suis en profond désaccord avec lui lorsqu’il en déduit que ce disciple n’a pas écrit l’Évangile selon saint Jean. Ehrman semble supposer que soit l’intégralité de l’Évangile a été écrite par Jean soit rien a été écrit par lui, ce qui est une fausse dichotomie. Il est tout à fait plausible que Jean ait écrit la majeure partie de l’Évangile, mais que cette coda de Jean 21:24 ait été rédigée par quelqu’un d’autre. Cette hypothèse est renforcée par le fait que le verset affirme que le disciple bien-aimé a écrit « ces choses », tout en distinguant la personne qui parle dans ce verset du disciple. Pourquoi supposer avec Ehrman que chaque mot a été écrit par un seul auteur, alors que le contenu du quatrième Évangile lui-même contredit fortement cette hypothèse ? Comme le souligne Lydia McGrew : « Il est difficile de voir comment le verset 24 pourrait être plus explicite quant au fait que le disciple que Jésus aimait a écrit l'Évangile. […] L'argument de [Bauckham] concernant ce qu'il appelle le « nous du témoignage faisant autorité » est fascinant et mérite d'être examiné. […] Si je ne suis pas entièrement convaincue par son explication du verset 21:24, c'est parce qu'il ne fournit aucun exemple où ce « nous » est immédiatement suivi d'un passage à la troisième personne. Cela ne signifie pas que la troisième personne en elle-même soit problématique ou qu'il soit peu probable qu'elle ait été écrite par l'auteur […] mais simplement que la combinaison « nous » et « son » dans la même phrase me semble plus probablement l'œuvre d'un rédacteur autre que l'auteur principal. Il pourrait donc y avoir une courte coda de deux ou trois versets rédigée par une autre main. Néanmoins, même si l'on admet que Jean 21:24 n'est pas de Jean, ce verset affirme que le disciple que Jésus aimait est bel et bien l'auteur de ce qui précède14McGREW, Lydia. The Eye of the Beholder: The Gospel of John as Historical Reportage. DeWard Publishing, 2021, p. 129–130.. »

Je propose donc que la version de l’Évangile selon saint Jean dont nous disposons soit une version légèrement postérieure, publiée après la mort de l’apôtre, avec quelques clarifications éditoriales, dont celle du verset 21:24. Mon raisonnement se base sur le verset précédent, qui dit : « Là-dessus, le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n'avait pas dit à Pierre qu'il ne mourrait point; mais : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? » Cela donne l'impression que l'éditeur de l'Évangile a voulu corriger la rumeur selon laquelle Jean vivrait jusqu'au retour de Jésus, sans doute motivé par la mort récente de l'apôtre. Cette hypothèse d'une double édition de l'Évangile de Jean permet d'expliquer plusieurs faits, notamment :

  • La distinction qui semble être établie entre l'auteur de l'Évangile de Jean et l'auteur de Jean 21:24.
  • L’Évangile semble décrire la porte des Brebis, près de la piscine de Bethesda, comme encore existante (Jean 5:2), alors qu'elle avait été détruite en 70 apr. J.-C.
  • L’Évangile canonique daterait probablement des années 90, à l’époque de la mort de Jean.

Le fait que l'éditeur tienne à préciser que Jésus n'a jamais dit que Jean ne mourrait pas suggère que l'identité de l'auteur était largement connue. Si l’identité du « disciple bien-aimé » était restée obscure, l’éditeur n’aurait pas ressenti le besoin de clarifier les propos de Jésus. De plus, le fait que cette précision ait été apportée peu après la mort de Jean renforce l’idée que le disciple que Jésus aimait était bien connu comme étant l’apôtre Jean. Autrement dit, l’Évangile selon saint Jean n’a jamais été considéré comme anonyme. Comme le conclut Bauckham : « Ces versets ne laissent aucune ambiguïté, pour les premiers lecteurs ou auditeurs de cette forme finale de l’Évangile, quant à l’identité de l’auteur ou du disciple bien-aimé. Ils présupposent que son identité était connue15BAUCKHAM, Richard. The Testimony of the Beloved Disciple: Narrative, History, and Theology in the Gospel of John. Grand Rapids: Baker Academic, 2007, p. 80.. »

4 Indices externes : témoignage patristique, diffusion et stabilité de l’attribution

4.1 Une chaîne patristique précoce et convergente

Dans une étude précédente16PALLMANN, David. The Synoptic Problem Part 3: The External Evidence for Matthean Priority [vidéo en ligne]. YouTube, 2023. [consulté le 18 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=WfOLK2g0DD8., j'ai passé en revue les témoignages anciens relatifs aux Évangiles de manière détaillée. Afin de rendre cette étude aussi concise que possible, je me limiterai ici à une brève présentation de ces témoignages. Papias fournit le témoignage le plus ancien connu sur la rédaction des Évangiles. Écrivant entre 90 et 130 apr. J.-C., il rapporte : « Et voici ce que disait le presbytre : Marc, qui était l'interprète de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n'avait pas entendu ni accompagné le Seigneur ; mais plus tard, comme je l'ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte, Marc n'a pas commis d'erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n'a eu en effet qu'un seul but, celui de ne rien laisser de côté de ce qu'il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu'il écrivait. […] Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia (de Jésus) et chacun les interpréta comme il en était capable17Histoire ecclésiastique, III, 29. Traduction G. Bardy. Disponible à l’adresse : https://lirelesperes.fr/read/papias/49?range=3&verset=15.. »

Au milieu du IIe siècle, Irénée écrit : « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Église. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l’Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il séjournait à Éphèse18Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, 1, 1.. »

Vers la fin du IIe siècle, Clément d’Alexandrie rapporte : « [L]es Evangiles qui comprennent les généalogies ont été écrits d’abord et que celui selon Marc le fut dans les circonstances suivantes : Pierre ayant prêché la doctrine publiquement à Rome et ayant exposé l’Evangile par l’Esprit, ses auditeurs, qui étaient nombreux, exhortèrent Marc, en tant qu’il l’avait accompagné depuis longtemps et qu’il se souvenait de ses paroles, à transcrire ce qu’il avait dit ; il le fit et transcrivit l’Evangile à ceux qui le lui avaient demandé. Ce que Pierre, ayant appris, il ne fit rien par ses conseils, pour l’en empêcher ou pour l’y pousser. Quant à Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Évangiles , poussé par ses disciples et divinement inspiré par l’Esprit, il fit un Evangile spirituel19Cité dans Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 5-7.. »

Au début du IIIe siècle, Tertullien écrit : « J’affirme tout d’abord que les documents de l’Évangile ont pour auteurs les apôtres et que cette tâche de promulguer l’Évangile leur a été imposée par le Seigneur lui-même. En bref, parmi les apôtres, Jean et Matthieu implantent en nous la foi, tandis que, parmi les hommes apostoliques, Luc et Marc la réaffirment20Contre Marcion IV, II, 1-.. »

Origène, à la même époque, affirme : « J’ai appris comme étant de la tradition, en ce qui concerne les quatre Évangiles qui sont les seuls incontestés dans l’Église de Dieu qui est sous le ciel, que le premier écrit est celui selon Matthieu, publicain d’abord, puis apôtre de Jésus-Christ ; il fut destiné à ceux qui avaient passé du judaïsme à la foi, et fut composé en langue hébraïque. Le second est celui selon Marc, qui l’a fait selon les indications de Pierre […]. Le troisième est celui selon Luc, l’Évangile loué par Paul et composé pour les gentils. Après tous vient celui selon Jean […]21cité dans Histoire ecclésiastique VI, 25, 4-.. »

Plus tard encore, Augustin déclare : « Ces quatre Evangélistes, bien connus dans l'univers entier, dont le nombre mystérieux, égal aux quatre parties du monde, indique peut-être en quelque façon, que l'Église est répandue par toute la terre, ont écrit dans cet ordre, suivant le témoignage de la Tradition : d'abord saint Matthieu, puis saint Marc, ensuite saint Luc et enfin saint Jean22Saint Augustin. Accord des évangélistes, Livre I, Chap. 2. Disponible à l’adresse : https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/saints/augustin/comecr2/accord.htm#_Toc38076184.. »

4.2 Justin Martyr : une attestation implicite d’un corpus de quatre Évangiles

Enfin, il convient aussi de mentionner Justin Martyr, qui est très ancien. Il fait référence aux Évangiles comme étant : « Des mémoires que j’affirme avoir été rédigés par les apôtres [de Jésus] et par ceux qui les ont suivis23JUSTIN MARTYR. Dialogue with Trypho, 103.8. NDT : La version française ne semble pas distinguer les apôtres de par ceux qui les ont suivis, contrairement à la version grecque qui fait cette distinction.. » Bien qu'il ne nomme pas les auteurs, Justin semble reconnaître l'existence d'au moins quatre Évangiles. Il affirme également que deux d'entre eux auraient été rédigés par des apôtres et deux autres par des disciples des apôtres. Cette information correspond parfaitement à la tradition selon laquelle les Évangiles auraient été écrits par Matthieu et Jean (apôtres), ainsi que par Marc et Luc (compagnons des apôtres). Comme l'écrit Charles E. Hill, « l'usage du pluriel par Justin Martyr  semble indiquer qu'il reconnaissait au moins quatre Évangiles : au moins deux écrits par des apôtres et au moins deux par des disciples d'apôtres24HILL, Charles E. Who Chose the Gospels? Probing the Great Gospel Conspiracy. Oxford: Oxford University Press, 2010, p. 132.. »

4.3 Hébreux : le profil d’un écrit réellement anonyme

Comparons ces éléments avec le cas de l'épître aux Hébreux, qui est véritablement anonyme. Ce texte constitue un cas d'école intéressant, car son anonymat est incontesté. Elle peut ainsi nous indiquer à quoi devrait ressembler notre corpus de preuves permettant d'affirmer légitimement qu'un texte est anonyme. Dans divers manuscrits anciens et chez plusieurs auteurs de l'Antiquité, l'épître aux Hébreux est parfois attribuée à personne, parfois à Paul, à Timothée ou encore à Luc. Que devons-nous donc attendre des textes anonymes de cette époque ? Nous devrions nous attendre à trouver à la fois des copies anonymes du texte et des désaccords dans les sources externes concernant son auteur. C'est précisément ce que nous constatons pour l'épître aux Hébreux. Ce n'est toutefois pas le cas pour les Évangiles. À une exception possible près (concernant Matthieu), dès que les manuscrits des Évangiles comportent un titre, ils sont attribués sans exception aux quatre mêmes auteurs. De plus, tous les témoins externes s’accordent à dire que Matthieu, Marc, Luc et Jean en sont les auteurs. Cela ne correspond pas du tout à ce que l'on devrait observer si ces documents avaient été anonymes à l'origine. Comme le résume Brant Pitre : « Voilà ce que l’on obtient avec un livre véritablement anonyme du Nouveau Testament : des manuscrits réellement anonymes, et de véritables débats antiques sur son auteur. Mais c’est précisément ce que l’on ne trouve pas à propos des Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Aucun manuscrit anonyme, et […] aucun débat parmi les chrétiens primitifs sur qui les a écrits. […] En somme, la théorie des Évangiles anonymes souffre non seulement d’un manque de preuves manuscrites, mais aussi d’un manque de logique25PITRE, Brant. The Case for Jesus: The Biblical and Historical Evidence for Christ. New York: Image Books, 2016, p. 22.. »

4.4 Gaïus et Cérinthe : un contre-exemple tardif et incertain

La seule exception possible aux débats d'attribution serait Gaïus de Rome, qui aurait attribué le quatrième Évangile à Cérinthe. Cette idée est toutefois extrêmement incertaine. Les données sont en effet très confuses. Nous ne possédons aucun écrit de sa main et il est difficile de savoir quoi que ce soit de certain à son sujet. L’idée que Gaïus ait affirmé que Cérinthe était l’auteur du quatrième Évangile provient d’un écrit du XIIe siècle rédigé par Dionysius Bar Salibi. Ce dernier affirme qu'Hippolyte aurait écrit une œuvre réfutant Gaïus dans laquelle il aurait contredit son affirmation selon laquelle Cérinthe aurait rédigé l'Évangile selon Jean. Plusieurs problèmes se posent immédiatement. L’information nous parvient indirectement, au minimum de troisième main, et près de mille ans après les faits. Même si Bar Salibi rapporte fidèlement un écrit d'Hippolyte, ce qui n'est pas garanti, il est tout à fait possible que cet écrit soit fictif ou pseudépigraphe. Et même si Hippolyte a réellement écrit ce texte, nous ne savons pas s'il a rapporté correctement les propos de Gaïus. De plus, Hippolyte a vécu plus d’un siècle après Gaïus, ce qui rend ses affirmations sur ce dernier encore plus incertaines. De surcroît, le fait que Gaïus ait été respecté dans l’Église primitive par des figures qui acceptaient clairement l’attribution johannique du quatrième Évangile laisse fortement penser qu’il n’en était pas l’auteur. Par exemple, Eusèbe, en évoquant Gaïus, ne mentionne nullement une telle position. C. E. Hill résume la question de manière tranchée : « L’image courante de Gaïus comme d’un presbytre romain influent et défenseur de l’orthodoxie à Rome, qui aurait voulu renforcer une méfiance ancienne envers l’Évangile selon saint Jean, teinté de gnosticisme, est une pure invention de l’imagination critique moderne26HILL, Charles E. The Fourth Gospel in the Second Century. In : LIERMAN, John [éd.]. Challenging Perspectives on the Gospel of John. Tübingen: Mohr Siebeck, 2006, p. 144.. » Il est donc très douteux que Gaïus constitue un véritable contre-exemple à l'attribution unanime du quatrième Évangile à Jean. Il ne fournit certainement pas non plus de contre-exemple à l’attribution unanime des Évangiles synoptiques à Matthieu, Marc et Luc.

4.5 La force explicative de l’unanimité : diffusion, divergences et indépendance

Selon moi, ces témoignages externes anciens constituent la preuve la plus convaincante contre la thèse de l’anonymat des Évangiles, et en faveur de leur attribution traditionnelle. Ces témoins sont répartis sur un large territoire géographique, ce qui rend hautement improbable l’idée qu’ils se soient tous copiés mutuellement27Papias à Hiérapolis (Turquie), Justin à Rome (Italie), Irénée à Lyon (France), Clément et Origène à Alexandrie (Égypte), Tertullien à Carthage (Afrique).. Leur indépendance relative est d'autant plus probable que l'on observe des divergences apparentes entre eux concernant, par exemple, la datation ou l'ordre de rédaction des Évangiles. Comme le soulignent Timothy et Lydia McGrew, « l'accord général des sources anciennes sur un certain nombre de points est remarquable et ne peut être ignoré, d'autant plus que les divergences entre ces sources sur d'autres points suggèrent fortement qu'elles ne se contentent pas de se copier les unes les autres28MCGREW, Timothy et MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane et MORELAND, J. P., éd. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 602.. » Il faut donc expliquer pourquoi l’ensemble de l’Église primitive attribue unanimement les Évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean. Et selon moi, la meilleure explication, c’est tout simplement qu’elle disait vrai.

5 Réponses aux objections : Papias, la tradition et la thèse de l’anonymat

[Note éditoriale :
Après avoir exposé les preuves manuscrites, internes et patristiques en faveur de l’attribution traditionnelle des Évangiles, il convient désormais d’examiner les objections principales formulées par la critique moderne. Celles-ci visent principalement la fiabilité de la tradition la plus ancienne, en particulier le témoignage de Papias, souvent jugé tardif ou peu fiable.

Nous analyserons successivement les objections chronologiques, identitaires, transmissives et critiques de crédibilité, afin d’évaluer si elles rendent plausible l’hypothèse d’une attribution tardive.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe : Les premières attributions des Évangiles sont-elles fiables ? Papias et la tradition ancienne

Voir également l'article complémentaire : Les Évangiles étaient-ils anonymes à l’origine ? Réponse critique à la thèse moderne
]

6 Conclusion

Cette étude remet en cause l’idée selon laquelle les Évangiles auraient été anonymes à l’origine. Nous avons examiné trois lignes de preuves distinctes qui remettent en cause cette thèse. Premièrement, nous avons constaté que les manuscrits des Évangiles qui nous sont parvenus portent tous les mêmes titres, ce qui suggère qu'ils les ont toujours portés. Deuxièmement, nous avons constaté que les indices internes sont en accord avec les attributions traditionnelles de leur auteur. Troisièmement, nous avons observé qu’il existe un témoignage externe ancien et solide attribuant unanimement les quatre Évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean. En outre, nous avons répondu aux objections soulevées par des sceptiques de premier plan quant à la fiabilité de ce témoignage historique, et nous avons montré que leurs critiques ne résistent pas à l’examen. Au terme de cette analyse, nous pouvons légitimement conclure que l’explication la plus cohérente est que les Évangiles ont été attribués à Matthieu, Marc, Luc et Jean, car ce sont bien eux qui les ont écrits. Je finirai par les paroles éloquentes de Martin Mosse :  « Discréditer les premiers Pères de l’Eglise soulève inévitablement la question suivante (qui est bien trop souvent laissée sans réponse) : comment auraient-ils tous pu se tromper à ce point ? À une époque où le martyre était un risque permanent, on s'attendrait certainement à ce que les Pères aient pris le plus grand soin de vérifier les traditions historiques auxquelles ils avaient un accès bien plus direct que nous et pour la vérité desquelles ils étaient prêts à donner leur vie pour leur foi, et s’attendaient que leurs familles et leurs descendants fassent de même. Ils avaient la motivation la plus forte qui soit pour vérifier les faits et les traditions de leur foi auprès des témoins les plus anciens et les plus fiables – bien plus que ce qui nous incombe aujourd’hui, de notre point de vue beaucoup plus détaché. […] Par conséquent, le rejet arbitraire du témoignage patristique soulève des problèmes considérables en matière de psychologie et de comportement humain, sans parler de la méthode historique, qui, s’ils sont ignorés, laissent le problème sérieusement ouvert29MOSSE, Martin. The Three Gospels. Southend: Southend Press, 2007, p. 19–20.. »

 


Source : PALLMANN, David. Who Wrote the Gospels?: The Case for Matthew, Mark, Luke and John [vidéo en ligne]. YouTube, 2023. [consulté le 18 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=BfQ60UaKhsg

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Une réflexion sur « Qui a écrit les Évangiles ? Anonymat ou attribution traditionnelle (Matthieu, Marc, Luc et Jean) »

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