Témoignages d'ex-calvinistes - n°3

Je suis enfin prêt à raconter mon témoignage. [...] Merci à ceux qui prennent le temps de lire mon histoire. Mon histoire n'est pas terminée, mais elle a atteint un point crucial hier, alors je pense qu'il est temps. [...]

Comment êtes-vous devenu calviniste ?

J'ai grandi dans une église baptiste calviniste depuis l'âge de 11 ans. Les 5 points du calvinisme (TULIP) étaient enseignés régulièrement avec beaucoup d'enthousiasme et l'on parlait de l'arminianisme avec mépris. Pourtant, ce n'est qu'à l'université que j'ai commencé à comprendre et à embrasser plus pleinement les « doctrines de la grâce » et TULIP. Je savais que l'arminianisme était le pendant du calvinisme, mais je n'avais jamais étudié cette doctrine sérieusement. Pourquoi étudier de fausses doctrines ?

J'ai appris que nombre de mes opinions antérieures sur l'arminianisme étaient fondées sur des suppositions ou des informations erronées. Par exemple, je pensais que les arminiens croyaient que des idées extra-bibliques comme le libre arbitre et l'équité étaient plus importantes que des idées bibliques comme l'élection, la prédestination et la souveraineté divine. Pour être honnête, ce point de vue a parfois été renforcé par des arminiens mal informés que j'ai rencontrés. Il me semblait que l'arminianisme était la position par défaut adoptée par les évangéliques non éduqués, en raison de l'attrait de la nature humaine pour la liberté plutôt que la souveraineté de Dieu. Cependant, une fois qu'un croyant se plonge dans l'étude des Écritures, il réalise que sa perspective initiale n'est pas en accord avec la vision biblique. Parfois, il persiste en choisissant de retenir seulement les parties de la Bible avec lesquelles il est d'accord, en ignorant délibérément le reste.

D'un point de vue pratique, je voyais des problèmes avec la notion arminienne selon laquelle n'importe qui peut être sauvé. Cela encourage à se fier à la persuasion charnelle plutôt qu'au Saint-Esprit, puisque Dieu a déjà fait sa part et que c'est maintenant à nous de conclure l'affaire. J'avais entendu dire que « l'arminien »  Charles Finney avait introduit des techniques d'évangélisation humanistes telles que l'« appel à l'autel » et le « banc du pénitent ». Ces techniques sont devenues des outils populaires dans les églises arminiennes pour obliger les personnes non régénérées à prendre des « décisions » pour le Christ et les déclarer ainsi sauvées. Ce type de manœuvre suppose que les hommes ne sont plus totalement dépravés, mais qu'ils ont juste besoin d'un peu d'encouragement pour surmonter leur réticence à se manifester. C'est pourquoi j'ai ouvertement critiqué les ministères évangéliques arminiens modernes tels que Billy Graham et Louis Palau. Les arminiens invitaient prématurément les incroyants à réciter la « prière du pécheur » et les déclaraient sauvés alors qu'ils ne l'étaient pas.

Comble de l'ironie, les arminiens croyaient également que l'on pouvait perdre son salut, ce qui signifiait que l'on devait continuer à le mériter, ce qui remettait en question le fait qu'ils prêchaient le véritable évangile du salut par la foi seule. En bref, tout ce qui était néfaste dans le christianisme je l'associais aux arminiens. En grandissant, j'ai donc eu une impression très négative de la théologie arminienne. À mes yeux, les arminiens étaient bien intentionnés mais mal informés et n'étaient certainement pas des étudiants sérieux de la Bible. Comment pourraient-ils l'être ? La souveraineté et l'élection de Dieu sont enseignées tout au long de la Bible. Romains 9 représentait une victoire éclatante pour le calvinisme.

Qu'est-ce qui vous a paru le plus attirant dans le calvinisme ?

Durant ma jeunesse, j'ai trouvé un grand réconfort dans la doctrine de la sécurité éternelle. Si le salut ne dépendait que de moi ne serait-ce qu'en partie, il est certain que je serais perdu ! J'ai également appris à aimer la doctrine de l'élection dans la mesure où elle impliquait que Dieu m'aimait personnellement et spécifiquement d'une manière unique. Même si cela me gênait quelque peu de songer que Dieu n'aimait pas tout le monde de cette manière, je me satisfaisais de laisser planer un mystère sur ce point. Qui suis-je pour contester avec Dieu ? J'étais simplement heureux de faire partie des chanceux (je veux dire des élus).

Mon église comptait de nombreux chrétiens matures qui connaissaient la Parole. C'était une église de prière et d'évangélisation. Nous soutenions les missionnaires et avions à cœur d'atteindre notre environnement avec l'Évangile. J'aimais mon église et je n'en connaissais aucune qui accomplissait mieux l'œuvre du royaume. Certes, je ne connaissais pas vraiment d'autres églises.

À l'université, j'ai commencé à rencontrer des chrétiens de différents horizons théologiques. La plupart, je suppose, étaient arminiens, toutefois, lorsque je mentionnais l'élection, ils ne cherchaient pas à remettre en question ma sotériologie. Certains considéraient qu'il s'agissait d'une doctrine qui divisait, d'autres qu'elle n'était pas importante, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un voulant débattre de ma compréhension des « doctrines de la grâce ». L'un de mes pasteurs avait donné un fascicule intitulé « Les 5 points du calvinisme » de David Steele et le nombre de passages bibliques contenus dans ce fascicule avait vraiment affermi ma confiance dans le fait que le calvinisme était incontestable. Je relisais de temps à autre les textes de preuve, comme un antidote, chaque fois que je commençais à avoir des doutes à propos du calvinisme. Hélas, je n'ai jamais rencontré d'étudiant en théologie sérieux voulant développer l'arminianisme à partir de la Parole de Dieu. Lorsque nous abordions le sujet, le débat se détournait rapidement de l'Écriture pour s'orienter vers la philosophie à propos des « robots », des « marionnettes » et de l'« amour véritable ». Cela me rebuta rapidement. Mon opinion des arminiens est donc devenue de plus en plus cynique. J'en ai déduit que les arminiens étaient soit théologiquement paresseux, soit simplement dans le déni de la difficile vérité de l'élection inconditionnelle. J'ai alors développé un sentiment de supériorité théologique.

Après l'université, je suis retourné dans mon église calviniste et j'ai commencé à y servir activement. J'ai continué à fréquenter mes amis arminiens d'autres églises. Je savais qu'ils étaient arminiens, mais nous parlions rarement de ce sujet. Même lorsque nous avons mûri dans le Seigneur, personne ne remit en question mon calvinisme. Lorsque j'essayais de soulever la question, je me heurtais généralement à peu de réactions. Ils voulaient probablement éviter le conflit, appréciant mon amitié plus que ma doctrine, mais cela me confortait dans mon opinion sur les arminiens.

Notre église a nommé un nouveau pasteur dont la thèse de doctorat portait sur Jonathan Edwards et le Grand Réveil. Il avait grandi en tant qu'arminien jusqu'à ce que son exégèse de Romains 9 le contraigne à accepter le calvinisme. Après quoi, il en est venu à apprécier le calvinisme. J'ai beaucoup progressé en suivant son enseignement et en apprenant à étudier la Parole. Je suis devenu responsable des jeunes, professeur des jeunes adultes de l'école du dimanche et, plus tard, diacre.

Contrairement à la plupart des églises baptistes de notre région, nous croyions en la pluralité des anciens. Le site web de notre église mettait en avant le fait que nous étions « réformés mais dispensationnels », une combinaison curieuse pour de nombreux visiteurs. J'aimais le fait que nous n'étions pas liés à une tradition, mais que nous nous efforcions d'être bibliques, même si cela signifiait de ne pas correspondre aux cases conventionnelles. J'étais pleinement persuadé que j'étais du bon côté du débat sotériologique, même si je n'avais jamais sérieusement rencontré un adversaire de taille dans ce débat.

Lorsque notre pasteur est parti, l'église a appelé le seul ancien restant à devenir le nouveau pasteur principal et m'a ensuite appelé à devenir pasteur associé en 2009. Bien que je n'aie jamais été au séminaire, je prenais la Parole de Dieu au sérieux et j'avais été bien formé par mes anciens pasteurs calvinistes. Le problème n'était pas que je ne comprenais pas le calvinisme, le problème était que je n'avais jamais été sérieusement mis à l'épreuve dans mes convictions. J'avais accepté des réponses superficielles aux questions débattues parce que je n'avais pas reconnu qu'il y avait de la profondeur dans le débat. J'avais parcouru les Écritures en étant déjà convaincu que l'élection inconditionnelle était vraie, de sorte qu'il était facile de la retrouver dans les Écritures lorsqu'on la cherchait. Je n'arrivais pas à voir au-delà de ma lentille calviniste. Pour moi, le calvinisme était biblique et la discussion s'arrêtait là. Pour reconsidérer le calvinisme, il fallait que les Écritures m'indiquent la voie à suivre.

Dans mes prédications et mes enseignements, je défendais constamment les doctrines de la grâce, c'est-à-dire les 5 points du calvinisme. J'avais un sentiment de supériorité bien développé par rapport à ceux qui s'en tenaient à la théologie arminienne, malgré le fait que je n'avais jamais étudié la théologie arminienne ! Dans ma classe d'école du dimanche pour adultes, j'avais enseigné « Les attributs de Dieu » de A.W. Pink. J'ai enseigné le livre d'Hébreux et j'ai réussi à expliquer que tous les passages d'avertissement étaient hypothétiques ou ne s'adressaient pas aux vrais croyants. Pendant des années, j'ai entendu mes collègues pasteurs citer des enseignants comme Luther, Calvin, Owen, Edwards, Spurgeon, Sproul, Piper et MacArthur. Ils faisaient la promotion des organisations telles Ligonier Ministries et Gospel Coalition. Bien que je n'étais pas un lecteur assidu, je connaissais ces hommes et j'étais convaincu que la grande majorité des érudits et des théologiens étaient de mon côté. Cet « appel à l'autorité » était encourageant, bien que j'aie toujours été plutôt enclin à remettre l'autorité en question. De plus, comme les calvinistes étaient encore minoritaires dans le christianisme évangélique, même ce désir d'aller à contre-courant était satisfait avec mon calvinisme.

Pourquoi avez-vous commencé à remettre en question vos convictions calvinistes ?

En 2016, j'ai décidé de donner un cours d'école du dimanche pour adultes à partir de la série de The Gospel Coalition intitulée « Les 9 marques d'une église en bonne santé. « J'ai commencé par le livret intitulé L'Évangile de Ray Ortlund, Jr. Dès le début, j'ai été frappé par sa définition de l'évangile, qualifiée de « message essentiel autour duquel se rassemblent les croyants de la Bible ». Ortlund l'exprime ainsi :

« Dieu, par la vie parfaite, la mort expiatoire et la résurrection corporelle de Jésus-Christ, sauve tout son peuple de la colère de Dieu et le rétablit dans la paix avec lui, promettant le rétablissement complet de l'ordre créé pour toujours - tout cela à la louange de la gloire de sa grâce ».

Ce qui m'a frappé dans cette déclaration évangélique soigneusement élaborée, c'est l'absence totale de foi ou de toute réponse de la part de l'homme. En un mot, elle était totalement « monergique ». Pour être impartiale, Ortlund a fait précéder sa définition en précisant que ce message doit être proclamé et cru, mais il n'avait pas établi de lien supplémentaire entre foi et salut. En outre, pour être exact, le but de sa brochure n'était pas de fournir une définition solide de l'Évangile, mais plutôt de montrer comment l'Église vit l'Évangile, ce qui est un sujet important. Je doute qu'Ortlund ait eu l'intention de susciter la controverse en négligeant de mentionner la foi, mais son monergisme manifeste me surpris et me fit réfléchir. Quel est le rôle de la foi dans le salut ? Pourquoi la Bible parle-t-elle tant de la foi si le salut est uniquement une œuvre de Dieu (monergisme divin) ? En tant que calviniste, je croyais que Dieu sauve par la régénération. La foi est le résultat de la régénération. Elle n'est que secondairement et indirectement la condition du salut. Cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas importante. Elle est nécessaire au salut, mais elle est le résultat de la régénération. Puisque tous ceux qui sont régénérés croient, la question clé pour déterminer qui sera sauvé n'est pas de savoir qui croira, mais plutôt qui sera régénéré. En pensant à ces choses, j'ai commencé à me demander : « Est-ce bien biblique ? ». C'est cette question qui m'a éloigné du calvinisme.

J'ai commencé à repenser à mes amis arminiens. Pourquoi croyaient-ils au synergisme alors qu'il était si clair dans l'Écriture que Dieu est souverain sur tout, en particulier sur le salut ? Comme je n'étais pas sûr qu'un de mes amis arminiens puisse ou veuille répondre à mes questions avec profondeur, j'ai décidé de chercher ma réponse sur des sites web arminiens en ligne. J'ai trouvé ce site : arminianperspectives.wordpress.com. La première surprise que j'ai découverte, fut que les arminiens classiques croient en la dépravation totale. Comment se fait-il que je ne le savais pas ? Peut-être avais-je d'autres malentendus sur l'arminianisme. J'ai continué à lire.

Plus je lisais, plus je me rendais compte qu'il y avait des arminiens qui prenaient au sérieux l'exégèse biblique. Ils ne reculaient pas devant les textes-problèmes calvinistes difficiles. J'ai lu plusieurs exégèses arminiennes de Romains 9 et de Jean 6 et ce fut comme si une lumière s'était allumée dans ma tête. J'ai découvert ce qu'étaient l'élection collective et la grâce prévenante, des termes que je n'avais jamais entendus auparavant. Soudain, toutes les inquiétudes et tous les doutes latents que j'avais à propos du calvinisme ont commencé à faire surface. Dieu décrète-t-il le péché ? Comment la prière peut-elle changer quoi que ce soit dans un univers déterministe ? Dieu aime-t-il vraiment tout le monde et veut-il que tout le monde soit sauvé ? Pourquoi l'Écriture nous met-elle en garde contre l'égarement ?

J'étais devenu expert dans l'art de réprimer mes doutes par respect pour la transcendance de Dieu. J'avais adhéré aux tensions et aux mystères inhérents au calvinisme, mais je percevais maintenant une autre solution, qui donnait plus de sens aux textes bibliques. Même Jean 6 et Romains 9, que je considérais comme des preuves solides de la grâce irrésistible, de l'élection inconditionnelle et de la préservation des saints, me paraissaient soudain plus clairs, comme si je les lisais pour la première fois sans parti pris. Bien sûr, nous avons tous des préjugés, mais pour la première fois, je l'admettais.

J'avais tellement de questions. J'ai commencé à harceler l'hébergeur de questions. Je ne comprenais pas la grâce prévenante. Je ne comprenais pas comment elle agissait. Est-ce que tout le monde est totalement dépravé jusqu'à ce qu'il soit rendu capable de croire ? Quand sont-ils rendus capables de croire ? S'agit-il d'un moment précis, comme la régénération, ou d'un processus progressif ? J'avais l'habitude de penser que le libre arbitre était une construction philosophique créée par l'homme pour nous aider à nous sentir mieux dans notre peau. En gros, je pensais que c'était une illusion, mais comme Dieu est bon et qu'il m'aime, il n'y a pas de problème. Il est vrai que je ne connaissais pas très bien le compromis calviniste connu sous le nom de compatibilisme, même si, en y repensant, il est clair que mes collègues pasteurs étaient tous compatibilistes. Peut-être qu'une compréhension plus solide du « déterminisme doux » m'aurait protégé de l'arminianisme, bien que je ne pense pas que cela soit le cas.

J'ai commencé à me demander : « Et si j'avais eu tort pendant tout ce temps ? Dieu a-t-il vraiment créé certains êtres humains comme des vases de colère et de damnation pour se glorifier ? Existe-t-il une meilleure façon de comprendre Romains 9 ? Peut-être que parfois, ce que je considère comme une interprétation claire du texte est en fait biaisé par des présupposés ? Et si Dieu aimait vraiment le monde entier ? Et si la raison pour laquelle nous proclamons l'Évangile à tous est que tous peuvent être sauvés par l'Évangile ? Et si le Christ était vraiment la propitiation, non seulement pour mes péchés, mais aussi pour ceux du monde entier ? Vous voulez dire que la lecture normale de ces textes pourrait être vraie ? J'étais bouleversé.

Il est essentiel que je me soumette toujours à Dieu, même lorsque je rencontre des « paroles difficiles » dans la Bible. Je dois m'humilier devant Dieu et me rappeler qu'il est grand et que je suis petit. Il ne me doit pas d'explication. Je ne suis pas en mesure de déterminer en dernier ressort ce qui est bon et juste. C'est pourquoi, lorsque je ne comprends pas, je m'accroche à ce que je sais être vrai. C'était le calvinisme. Pourtant ce n'est pas le calvinisme que j'aimais, c'était la Parole de Dieu. Je trouve un grand réconfort à me soumettre à la Parole parce qu'elle est vraie même lorsque mes pensées et mes sentiments sont erronés et ne sont pas fiables. Ainsi, lorsque j'ai considéré que la Parole pouvait en réalité me dire que Dieu aime le monde et désire que tous soient sauvés, qu'il a envoyé son Fils pour permettre à tous d'être sauvés, qu'il invite tout le monde à être sauvé et qu'il accorde la grâce et la foi librement au monde, j'ai éprouvé un sentiment merveilleusement libérateur. J'ai eu l'impression qu'on me présentait à nouveau mon Dieu.

Quel type de soutien ou d'opposition avez-vous rencontré en remettant en question vos convictions calvinistes ?

Même si j'étais ravi de redécouvrir des textes bibliques clés, ces découvertes ont en même temps fait naître un sentiment de peur au fond de mes tripes. Que diraient mes collègues pasteurs ? Que dirait ma congrégation ? Que dirait ma famille ? Je soupçonnais que beaucoup d'entre eux étaient dans la même situation dans laquelle je m'étais trouvé. Le calvinisme était tout ce qu'ils connaissaient. Néanmoins, j'étais presque sûr que les autres anciens déclareraient que je devais démissionner de mon poste de pasteur. « Les pasteurs doivent être en plein accord avec les articles de foi », peut-on lire dans notre constitution. Je n'avais pas l'intention de quitter mon église. J'aimais les gens qui y vivaient. J'ai grandi dans cette église. Je ne pouvais pas m'imaginer célébrer le culte ailleurs. C'était ma famille. Révéler mon changement de position entraînerait sans aucun doute de la déception et de la douleur. J'étais déchiré.

J'ai fini par aborder le sujet lors d'une réunion d'anciens à l'automne 2016 et j'ai finalement révélé l'étendue de mes interrogations en janvier 2017. Après plus de 30 ans d'engagement calviniste, je ne me considérais plus comme un calviniste ! Les anciens ont été choqués et inquiets, ce qui est compréhensible. À ma grande surprise, les anciens ont décidé de me permettre de poursuivre mon ministère à condition que je ne prêche ni n'enseigne la théologie arminienne. Nous avons eu quelques discussions sur le sujet, mais leur approche consistait principalement à me laisser étudier de mon côté, en espérant que je finirais par changer d'avis. Mon approche consistait à prêcher la Parole et à éviter les étiquettes. Cette approche s'est poursuivie pendant trois ans jusqu'à ce que, ironiquement, par la providence de Dieu, chacun de mes collègues pasteurs soit appelé à partir par divers moyens et que je sois finalement le seul pasteur restant, un pasteur arminien dans une église calviniste !

Lorsque j'ai finalement révélé mon secret à la congrégation, il n'est pas surprenant que beaucoup aient été choqués, déçus et même en colère qu'on leur ait caché cela si longtemps. Comme je m'en doutais, la question doctrinale centrale était le P de TULIP, la persévérance des saints. Je suis convaincu que si je m'étais contenté d'un arminianisme en 4 points ou d'un traditionalisme comme le font de nombreux baptistes, la réaction aurait été bien différente. Mais je ne pouvais pas adapter mes convictions pour obtenir une réception plus favorable. Je suis obligé de me soumettre aux Écritures.

Certains membres voulaient que je démissionne immédiatement. La plupart d'entre eux estimaient que ce n'était pas une question importante et voulaient que je continue à être pasteur. D'autres étaient même d'accord avec moi. Néanmoins, personne ne voulait aller jusqu'à me demander, à moi et à ma famille, de quitter l'église. Je ne voulais pas partir. C'était ma famille et les familles sont censées régler leurs différends. Je me suis rendu compte que j'avais eu tort de garder ce secret si longtemps. Il était également évident que le fait de rester pasteur diviserait ma famille ecclésiastique. J'ai donc décidé de démissionner de mon poste de pasteur, mais de rester à son service. Ce dimanche, j'ai été élu diacre et je me réjouis de travailler avec les membres de mon église pour déterminer dans quelle direction nous devrions chercher un pasteur pour me remplacer.

Ces trois dernières années, j'ai reçu un mélange de soutien et d'opposition, mais je suis particulièrement reconnaissant envers ma femme compréhensive qui s'avère être issue d'un milieu arminien à quatre points ! Je suppose que je ne l'ai pas correctement examinée au cours de la procédure de séduction ! Je suis aussi particulièrement reconnaissant à l'un de mes collègues diacres qui reste un calviniste convaincu mais qui m'a gracieusement impliqué dans de sérieuses discussions doctrinales. Grâce à nos débats vigoureux, nous avons en fait grandi dans notre amour l'un pour l'autre. C'est un modèle que j'espère voir se répéter.

Qu'est-ce qui vous a amené à abandonner le calvinisme ?

Tout simplement, j'ai acquis la conviction que la Bible n'enseigne pas le calvinisme. Elle n'enseigne pas que la régénération précède la foi. Elle n'enseigne pas que le Christ est mort uniquement pour les élus. J'ai même abandonné le seule pétale à laquelle la plupart des baptistes s'accrochent, la persévérance des saints. Comme je l'ai dit, ce fut de loin le plus difficile à avaler pour ma congrégation. Je me suis finalement rendu au fait que l'interprétation la plus simple et la plus claire des passages d'avertissement est qu'ils avertissent les croyants d'un danger réel et pas seulement de la perte de la récompense, mais du plus grand des dangers, la mort éternelle (Romains 6:23). Je suis également rassuré en sachant que je crois toujours à la sécurité éternelle « en Christ ». Bien que je continue à croire que si cela ne dépendait que de moi, je chuterais, Dieu me préserve heureusement dans la mesure où je coopère à sa préservation. Je ne me préserve pas par ma propre volonté ou mon propre pouvoir. Je suis gardé par la puissance de Dieu !

Ma prière est que mon église et d'autres réalisent que la sotériologie, bien qu'importante, n'est pas un sujet sur lequel nous devrions nous diviser. Pour grandir dans la foi, les croyants doivent discuter de ces différences plutôt que de les balayer sous le tapis au nom de l'unité. Les croyants doivent s'attaquer aux questions difficiles si nous voulons développer une foi solide. Les croyants peuvent être en désaccord sur les points les plus fins de la sotériologie tant que nous prêchons le même évangile qui est celui du salut par la seule grâce de Dieu, par la seule foi, en la personne et l'œuvre expiatoire achevée du seul Christ, selon les seules Ecritures, pour la seule gloire de Dieu. Pourtant, lorsque nous sommes en désaccord, nous ne devons jamais oublier de parler avec amour dans le but d'édifier et de ne pas insister pour que notre interlocuteur accepte toutes les implications logiques que nous percevons dans sa théologie. De nombreux croyants se satisfont du mystère et des contradictions apparentes et nous devrions nous satisfaire de leur satisfaction.

En observant ce débat en ligne et en personne au cours des quatre dernières années, j'ai conclu que le problème réside principalement dans notre besoin manifeste de défendre le caractère de Dieu. Parce que chaque partie croit que le caractère de Dieu est en jeu (l'amour ou la puissance de Dieu), elle se hâte de vaincre son adversaire dans le but de défendre Dieu. Mais voilà : les deux camps sont d'accord pour dire que Dieu est grand et qu'il mérite d'être adoré. Même si vous ne voyez pas en quoi le « Dieu calviniste » est digne d'être adoré ou en quoi le « Dieu arminien » est vraiment souverain, acceptez le fait que beaucoup le peuvent et le font. Alors dépassez cela et adorez-Le ensemble !

« Si vous avez une autre attitude, Dieu vous la révélera ; mais continuons à vivre selon le niveau auquel nous sommes parvenus. » (Phil. 3:15-16)

 


Article original : STEELE, Dana. X-Calvinist Corner Files: A New Addition (Testimony # 51). In : Society of Evangelical Arminians [en ligne]. 2020-05-12 [consulté le 2023-05-19]. Disponible à l’adresse : https://evangelicalarminians.org/x-calvinist-corner-files-a-new-addition-testimony-51/

Source des citations bibliques : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.