Dieu attire-t-il uniquement certaines personnes à lui (laissant ainsi périr les autres) ? (Jean 6:44 ; Jean 6:65)

Choix d'une personne parmi d'autres

« Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6:44)

« C’est bien pour cela que je vous ai dit : Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est accordé par le Père. » (Jn 6:65)

Problématique

Les interprétations calvinistes comprennent ces passages comme des références à la grâce irrésistible : si le Père donne quelqu’un au Fils, alors il l’amènera à la vie éternelle. La logique de leur approche est la suivante :

  1. Tous ceux que le Père donne à Christ arriveront assurément à Christ (Jn 6:37)
  2. Si le Père donne les personnes à Christ, alors Christ les ressuscitera assurément au dernier jour (Jn 6:39). Cette résurrection se réfère à la vie éternelle.
  3. Par conséquent, lorsque le Père donne un individu à Christ, celui-ci (car tous ne sont pas donnés) obtiendra assurément la vie éternelle.

Bruce Ware, un calviniste notoire, écrit à ce sujet : « L’objectif des paroles de Jésus au verset 37 était de permettre aux juifs l’ayant rejeté de conclure qu’ils n’étaient pas compris dans le groupe de personnes que le Père avait donné à Christ. S’ils l’avaient été, ils seraient venus à lui. Leur incrédulité et leur dureté de cœur étaient la preuve qu’ils ne faisaient pas partie de ceux que le Père a donnés à Jésus. Jésus dit bien : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi ». Par conséquent, certains sont donnés à Jésus par le Père, alors que d’autres non. [1]WARE, Bruce. Perspectives on Election. Nashville, TN : Broadman & Holman Publishers, 2006, p. 42-43. » Dans le même ordre d’idées, J. Ramsey Michaels écrit : « Ceux qui « viennent à Jésus » sont ceux que le Père lui a donnés, et personne d’autre. [2]MICHAELS, J. R.. The Gospel of John. Grand Rapids, MI; Cambridge, UK : William B. Eerdmans Publishing Company, 2010, p. 377. »

Qui plus est, les calvinistes soulignent que Jésus a dit : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire […] nul ne peut venir à moi, si cela ne lui a été donné par le Père » (Jn 6:44 ; Jn 6:65). Les interprétations calvinistes prétendent que ces passages soutiennent les doctrines de l’élection inconditionnelle et de la grâce irrésistible. Est-ce vraiment le cas ?

Réponse

Les deux interprétations arminiennes

1. Jésus fait référence à l’AT, les juifs fidèles qui viennent à Christ

Dans cette optique, le « tous » dont parle Jésus fait référence à ceux qui ont reçu l’enseignement de l’Ancien Testament qui provient du Père. Ceux qui ont foi dans le Père, auront foi en Jésus. Dans Jn 6:45, Jésus dit : « quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » Ce sont ces personnes que le Père « attire » (Jn 6:44). L’acte d’attirance n’est donc pas un événement irrésistible (comme le prétendent les calvinistes), mais plutôt l’effet produit sur ceux ayant eu foi dans les écritures de l’Ancien Testament.
La principale difficulté de cette approche est que Jésus utilise des termes qui ont une portée universelle : « monde » (Jn 6:33), « celui » (Jn 6:35), « quiconque » (Jn 6:40), « cela » (Jn 6:47), « quelqu’un » (Jn 6:51), « monde » (Jn 6:51) et « celui » (Jn 6:54, Jn 6:56-58). C’est pour cela que nous considérons que cette interprétation n’est pas tenable [NDLR : Néanmoins, cette interprétation pourrait expliquer une partie de ce que Jésus voulait exprimer dans ce chapitre].

2. Ceux qui « viennent » à Jésus et sont « attirés » par le Père sont ceux qui « entendent » et sont « enseignés » du Père (Jn 6:45) et en conséquence décident de « croire » (Jn 6:40)

Voici une exégèse verset par verset de cette interprétation :

(Jn 6:37) « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi […] »

Le terme « tous » est ici neutre et singulier. Il fait référence au groupe auquel appartient tous les croyants. Cependant, la deuxième partie du verset fait référence aux personnes de manière individuelle : « et je ne mettrai pas dehors celui [masculin, singulier] qui vient à moi. » Cette deuxième partie explique comment les individus peuvent faire partie du « tous ». Ils ont la responsabilité de « venir » à Jésus par la foi. Les calvinistes ne croient pas qu’il s’agisse d’un appel universel qui appellerait donc tout homme à venir au Christ. Il considère plutôt qu’il s’agit d’une « déclaration semblant universelle [3]MICHAELS, J. R.. The Gospel of John. Grand Rapids, MI; Cambridge, UK : William B. Eerdmans Publishing Company, 2010, p. 377. Gras ajouté. ».

Plus loin, au verset 45, nous découvrons qui sont ceux qui « viendront » à Christ. Jésus dit : « […] quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi » (Jn 6:45). Ainsi, lorsque Jésus dit que le Père « donnera » des personnes au Fils, il fait référence à ceux qui seront prêts à « entendre » et à être « enseignés » par le Père, et non à ceux qui auraient été élus sans condition avant la fondation du monde.

(Jn 6:38-39) « car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de tous ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. »

Si quelqu’un met réellement sa foi en Dieu, Jésus promet que cette personne ne périra jamais. Cependant, la foi est un élément essentiel dans cette promesse. Plus loin, Jésus a dit : « Lorsque j’étais avec eux [dans le monde], je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture soit accomplie » (Jn 17:12). Il est clair que Judas a été « donné » à Jésus, et pourtant, Judas a péri. Pourquoi ? Parce que Dieu aurait échoué ? Certainement pas ! Judas a été « donné » à Jésus et même « choisi » par Jésus (Jn 6:70), mais pourtant il a refusé de mettre sa confiance en Christ.

(Jn 6:40) « La volonté de mon Père, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. »

Les calvinistes mettent généralement l’accent sur le verset 39 (« je ne perde aucun de tous ceux qu’il m’a donnés »). Cependant, notez bien ce que Jésus dit ici : C’est la volonté de Dieu que tous (« quiconque ») aient la foi (« voit le Fils et croit en lui »). La volonté de Dieu n’est pas que ceux qui ont la foi aient la foi, mais que quiconque a la foi « ait la vie éternelle ».

(Jn 6:44) « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour. »

Le mot grec traduit par « attirer » (helkō) est le même mot utilisé pour désigner les pêcheurs qui « tirent » leurs filets (cf. Jn 21:6 ; Jn 21:11) ou encore lorsque Pierre « tire » son épée (Jn 18:10). Il est également utilisé pour désigner les hommes qui étaient traînés de force quelque part (Actes 21:30 ; Jc 2:6).

Ce mot est également celui utilisé pour parler de l’attirance à Christ. En Jean 12, nous lisons : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai (helkō) tous les hommes à moi. » (Jn 12:32). Si cette expression évoquait une grâce irrésistible, alors elle impliquerait l’universalisme [NDT : c-a-d que tous les hommes sont sauvés] ! Plus loin, Jean écrit : « [L’Esprit Saint] convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement » (Jn 16:8). De toute évidence nous avons la capacité d’ignorer l’attirance et la conviction que Dieu provoque dans notre vie (cf. Lc 7:30 ; Mt 22:3 ; Mr 23:37 ; Ac 7:51). À la fin de Jean 6, Jésus dit : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l’un de vous est un démon ! » (Jn 6:70). Le « choix » ne peut pas se référer à une élection inconditionnelle suivi d’une grâce irrésistible, car Judas a été l’une des personnes de ce « choix » et cela ne l’a pas empêché de périr en apostat (Jn 17:12).

Comment les calvinistes abordent-ils ce problème ?

1. Tous les hommes signifie tous types d’hommes

Jean Chrysostome[4]CHRYSOSTOM, Jean. Homilies on John. 67.3., Jean Calvin[5]CALVIN, Jean. The Gospel according to St. John. Trans. T. H. L. Parker. Grand Rapids, I, 1959; II, 1961., D. A. Carson[6]CARSON, D. A.. The Gospel According to John. Grand Rapids, MI : Inter-Varsity Press, 1991, p. 293. Carson écrit : « Le contexte montre assez clairement, cependant, que 12:32 se réfère à « tous les hommes sans distinction » (c’est-à-dire pas seulement les juifs) plutôt qu’à « tous les hommes sans exception »., Leon Morris [7]MORRIS, L.. The Gospel according to John. Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publishing Co, 1995, p. 531–532.  Morris écrit : « Il parle d’une religion universelle plutôt qu’étroitement nationaliste. La mort de Jésus signifierait la fin du particularisme. En vertu de cette mort, « tous les hommes» et non les seuls Juifs seraient attirés. », Merrill Tenney [8]TENNEY, M. C.. John, 1981. In : F. E. Gaebelein (Ed.). The Expositor’s Bible Commentary: John and Acts. Grand Rapids, MI : Zondervan Publishing House, 1981, vol. 9, p. 131. Tenney écrit : « Le Christ attire les hommes à lui sans discrimination, sans égard à la nationalité, la race ou le statut. », et Colin Kruse [9]KRUSE, C. G.. John: an introduction and commentary. Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2003, vol. 4, p. 268. Kruse écrit, « tous les peuples d’origines ethniques différentes mettraient leur foi en lui, un exemple de cela étant les Grecs à la recherche de Jésus (p. 20-22). » estiment que « tous les hommes » dans Jean 12:32 signifie tous les types d’hommes (c’est-à-dire toutes les ethnies), et non pas tous les hommes de la Terre. Ils soulignent le fait qu’il y avait des « grecs » dans l’auditoire de Jésus (Jean 12:20), et qu’ils voulaient d’ailleurs s’entretenir avec Jésus (Jn 12:21). Cette position n’est cependant pas appuyée par le texte. Dans Jean 12:31, Jésus parle bien du « jugement de ce monde » qui s’étend à tous les hommes individuellement. Ce jugement général est mis en contraste avec son offre de salut général. Plus loin, Jésus affirme qu’il est « venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde » (Jean 12:47).

2. Tous les hommes fait référence à tous les croyants attirés par le Père de Jean 6:44

J. Ramsey Michael écrit : « L’important n’est pas que chaque être humain soit « attiré », mais que tous ceux qui sont attirés par le Père soient attirés par le Fils.[10]MICHAELS, J. R.. The Gospel of John. Grand Rapids, MI; Cambridge, UK : William B. Eerdmans Publishing Company, 2010, p. 700. ». Cependant, cela ne rend pas, une fois de plus, justice à la formulation : « tous les hommes » qui signifie chaque individu sur Terre.
Les arminiens sont d’accord sur le fait que personne ne pourrait venir à Christ sans la conviction et l’attirance que Dieu fait naitre chez la personne (c’est ce que les arminiens appellent la grâce prévenante). C’est à cette grâce là que Jésus fait référence lorsqu’il dit : « […] nul ne peut venir à moi, si cela ne lui a été donné par le Père » (Jn 6:65). Cependant, nous ne sommes pas d’accord sur le fait que cette attirance soit irrésistible. Si l’on regarde de plus près ce passage, de quelle manière le Père « attire-t-il » les hommes à lui ? Par un changement dans le cœur de l’homme qui est irrésistible ? Ce n’est pas ce que le texte dit. Jean 6:45 nous dit que Dieu attire les hommes parce qu’ils ont « entendu » et « reçu son enseignement ». Cela signifie que Dieu « attire » les hommes à travers sa révélation se trouvant dans les Écritures.

(Jean 6:45) « Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Ainsi quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. »

Jésus cite Ésaïe 54:13 (ou peut-être Jérémie 31:34). Auparavant, Jésus a déclaré aux chefs religieux qu’ils ne l’avaient pas reconnu parce qu’ils n’avaient pas écouté le Père à travers l’enseignement des Écritures de l’Ancien Testament. Jésus leur a dit : « Et le Père qui m’a envoyé a rendu lui-même témoignage de moi. Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez point vu sa face […] Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie […] Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu’il a écrit à mon sujet. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? » (Jn. 5:37 ; Jn 5:39-40 ; Jn 5:46-47). Ce passage nous apprend que le Père « attire » les hommes par la révélation qu’il donne à l’humanité, et non à travers un changement intérieur irrésistible.


Article original : ROCHFORD, James M.. (Jn. 6:44, 65) Does this passage teach that God will only draw some people to Jesus and leave others for judgment?. In : Evidence Unseen [en ligne]. [consulté le 2020-07-27]. Disponible à l’adresse : https://www.evidenceunseen.com/bible-difficulties-2/nt-difficulties/john-acts/jn-644-65-does-this-passage-teach-that-jesus-will-only-draw-some-people-to-god-and-leave-others-for-judgment/

Source des citations bibliques, sauf indication contraire : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

Références

Références
1WARE, Bruce. Perspectives on Election. Nashville, TN : Broadman & Holman Publishers, 2006, p. 42-43.
2MICHAELS, J. R.. The Gospel of John. Grand Rapids, MI; Cambridge, UK : William B. Eerdmans Publishing Company, 2010, p. 377.
3MICHAELS, J. R.. The Gospel of John. Grand Rapids, MI; Cambridge, UK : William B. Eerdmans Publishing Company, 2010, p. 377. Gras ajouté.
4CHRYSOSTOM, Jean. Homilies on John. 67.3.
5CALVIN, Jean. The Gospel according to St. John. Trans. T. H. L. Parker. Grand Rapids, I, 1959; II, 1961.
6CARSON, D. A.. The Gospel According to John. Grand Rapids, MI : Inter-Varsity Press, 1991, p. 293. Carson écrit : « Le contexte montre assez clairement, cependant, que 12:32 se réfère à « tous les hommes sans distinction » (c’est-à-dire pas seulement les juifs) plutôt qu’à « tous les hommes sans exception ».
7MORRIS, L.. The Gospel according to John. Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publishing Co, 1995, p. 531–532.  Morris écrit : « Il parle d’une religion universelle plutôt qu’étroitement nationaliste. La mort de Jésus signifierait la fin du particularisme. En vertu de cette mort, « tous les hommes» et non les seuls Juifs seraient attirés. »
8TENNEY, M. C.. John, 1981. In : F. E. Gaebelein (Ed.). The Expositor’s Bible Commentary: John and Acts. Grand Rapids, MI : Zondervan Publishing House, 1981, vol. 9, p. 131. Tenney écrit : « Le Christ attire les hommes à lui sans discrimination, sans égard à la nationalité, la race ou le statut. »
9KRUSE, C. G.. John: an introduction and commentary. Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2003, vol. 4, p. 268. Kruse écrit, « tous les peuples d’origines ethniques différentes mettraient leur foi en lui, un exemple de cela étant les Grecs à la recherche de Jésus (p. 20-22). »
10MICHAELS, J. R.. The Gospel of John. Grand Rapids, MI; Cambridge, UK : William B. Eerdmans Publishing Company, 2010, p. 700.
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