Questions fréquentes sur l’arminianisme

FAQ

Sommaire

1. Qu'est-ce que l'« arminianisme classique » ?

L'« arminianisme classique » n'a aucun lien avec l'« Arménie ». Il s'agit d'un courant théologique chrétien associé au théologien néerlandais du XVIIe siècle Jacobus Arminius (†1609). Je l'appelle également « synergisme évangélique », « synergisme » se référant à la « coopération » entre Dieu et ses créatures ; car les croyances d'Arminius ne lui sont pas propres, elles existaient avant lui. Par exemple, le théologien anabaptiste Balthasar Hubmaier défendait à peu près les mêmes croyances environ un siècle avant Arminius.

En bref, l'arminianisme classique est la conviction que Dieu veut réellement que tout le monde soit sauvé. C'est la raison pour laquelle Dieu a envoyé, pour tous les êtres humains sans distinction, son Fils Jésus vivre, mourir et ressusciter sur terre. La croyance arminienne affirme également que Dieu ne sauve pas les êtres humains sans leur libre consentement, mais qu’il leur procure une « grâce prévenante » (grâce qui précède et prépare) permettant de libérer leur volonté de l'esclavage du péché et de les rendre ainsi libres d'entendre, de comprendre et de répondre à l'appel de l'Évangile. La grâce de Dieu est toujours résistible, ainsi l'élection au salut, la « prédestination », est conditionnelle : Dieu décrète que tous ceux qui croient seront sauvés et sait à l'avance qui croira.

L'arminianisme classique est une branche de la théologie protestante et considère donc que le salut est un don gratuit de la grâce de Dieu. Celui-ci n'est en aucun cas issu d’un quelconque mérite provenant de l’homme ; le salut ne peut être qu'accepté. Selon Arminius et tous les arminiens classiques, la justification des pécheurs par Dieu s’effectue seulement « par la grâce par le moyen de la foi » et uniquement sur la base des œuvres de Christ. La grâce de Dieu en, et par Jésus est la cause effective du salut et de la justification, alors que la foi est la cause instrumentale.

2. L’arminianisme est-il une église ou une dénomination ?

Ce n’est ni une église, ni une dénomination en soi. Cependant il existe de nombreuses dénominations dans lesquelles l'arminianisme classique est intégré en tant que théologie du salut ou de diverses manières au sein de confessions de foi. John Wesley, le fondateur du méthodisme, était un arminien comme la plupart de ses disciples. Le méthodisme, sous toutes ses formes y compris celles qui ne portent pas directement cette appellation, est généralement arminien. Les églises méthodistes calvinistes ont autrefois existé. Elles suivaient la position du compagnon de route de Wesley, George Whitefield. Pour autant que je sache, elles ont toutes disparu ou ont fusionné avec des dénominations de tradition réformées-calvinistes. « Officiellement », les dénominations de tendance arminienne sont celles de tradition dite « de la sainteté » (par exemple, l'Église du Nazaréen) et celles de tradition pentecôtiste (par exemple, les Assemblées de Dieu). L'arminianisme est également la croyance générale des baptistes libres également appelés baptistes généraux. De nombreuses assemblées « de Frères » [anabaptistes-piétistes] sont également arminiennes. Cependant, il est important de noter que l’on peut trouver des arminiens dans de nombreuses autres dénominations qui ne sont pas « officiellement » arminiennes d’un point de vue historique, comme le sont, par exemple, de nombreuses conventions et conférences baptistes.

3. Pourquoi désigner une théologie par le nom d'un homme ? Pourquoi ne pas tout simplement se dire « chrétiens » ?

Ce serait l'idéal, mais il est trop tard pour cela. Les arminiens ne vouent pas un culte à Arminius, il n'était rien d'autre qu'un représentant et un éminent défenseur d'une position biblique sur le salut. Les arminiens n'utilisent cette étiquette que pour se distinguer des calvinistes et des luthériens, deux traditions protestantes qui, historiquement et théologiquement, s'en tiennent à ce que l'on appelle le « monergisme » et rejettent ainsi toute forme de « synergisme » dans le processus du salut. Le « monergisme » est la croyance en ce que le salut n'implique aucune coopération entre Dieu et le pécheur ; Dieu sauve le pécheur sans son libre consentement.

Les arminiens n’ont pas un profond attachement à l'étiquette « arminianisme ». Beaucoup ne l'utilisent même pas. Cependant, c'est une position et une étiquette théologique qui est en général représentée faussement par ses détracteurs, en particulier par les calvinistes conservateurs, de sorte que ceux qui se savent arminiens ressentent le besoin de présenter une défense face à ces fausses accusations et représentations. Certains préfèrent se qualifier simplement de « non-calvinistes », mais cela me semble moins pertinent qu’« arminiens », du fait que « non-calviniste » est un terme plus ambigu. En effet les luthériens, par exemple, sont également « non-calvinistes » bien qu'ils affirment leur opposition envers le synergisme évangélique, tout comme les calvinistes.

Les arminiens ne sont donc pas un mouvement, un parti ou un clan de chrétiens. Ce sont simplement des chrétiens protestants qui, contrairement à beaucoup d'autres, croient en une grâce restauratrice qui libère la volonté des hommes pour leur permettre de résister ou d'accepter la grâce salvatrice.

4. Pourquoi l'intérêt pour l'arminianisme est-il devenu, aujourd'hui, si croissant ? Pourquoi créer des blogs et publier des livres autour d’une « théologie faite par l'homme » ?

Depuis les années 1990, l'arminianisme et la théologie arminienne ont subi de nouvelles pressions de la part des partisans déclarés du calvinisme, soit la croyance que Dieu élit les personnes au salut sans condition, que le Christ est mort uniquement pour les élus et que la grâce salvatrice est irrésistible. Ces nouveaux calvinistes radicaux n'étaient pas disposés à adopter une approche « vivre et laisser vivre » envers les autres théologies évangéliques. Au contraire, ils ont tenté de marginaliser, voire parfois d'exclure les arminiens du mouvement évangélique, en allant jusqu’à présenter l'arminianisme comme plus « catholique » que réellement « protestant ». Un éminent théologien calviniste, rédacteur en chef d'un mensuel évangélique, a déclaré dans un article qu’il n’est pas plus cohérent de se dire « arminien évangélique » que de se dire « catholique évangélique ».

Au cours des trente dernières années, le calvinisme a connu une forte croissance dans le christianisme évangélique américain. Parallèlement à cette croissance, une image de plus en plus négative des arminiens est apparue, les faisant passer pour des chrétiens hérétiques et non des chrétiens authentiquement évangéliques. L'évangélisme américain a longtemps été œcuménique envers les chrétiens protestants de perspectives théologiques différentes. Aujourd'hui, soudainement, de nombreux évangéliques réformés/calvinistes jugent l'arminianisme comme « humaniste », « centré sur l'homme », « hétérodoxe », « au bord du précipice de l'hérésie », « n’honorant pas la Bible », etc. Ainsi, progressivement, les arminiens évangéliques ont ressenti le besoin de défendre leur théologie contre les idées reçues issues de distorsions et de déclarations mensongères.

Toute théologie est « faite par l'homme », y compris le calvinisme. Par contre cela ne veut pas dire que les théologies ne soient que des inventions humaines. Elles se veulent être les tentatives les plus abouties des hommes, d’interpréter la Bible sous la direction du Saint-Esprit, de la tradition chrétienne et de la raison. De nombreux calvinistes prétendent que le calvinisme est une « transcription de l'Évangile », ce que les arminiens rejettent aussi bien pour le calvinisme que pour toute autre théologie, y compris l'arminianisme. Nous, théologiens, interprètes de la Bible, ne sommes que des « vases d’argiles », comme l'apôtre Paul l'a affirmé, cherchant à suivre la lumière de la Parole de Dieu où qu’elle nous conduise.

5. N'existe-t-il pas un « juste milieu » entre le calvinisme et l'arminianisme ?

Non, il n'existe pas de juste milieu qui soit logique et cohérent. En réalité, l'arminianisme est déjà le juste milieu entre le calvinisme et le « semi-pélagianisme ». Cette dernière doctrine est une hérésie (ainsi déclarée par le deuxième synode d'Orange en 529, synode approuvé par tous les réformateurs) selon laquelle les pécheurs sont capables d'exercer une bonne volonté envers Dieu sans la nécessité de l’assistance de la grâce de Dieu.

En accord avec le semi-pélagianisme qui reste encore une position extrêmement populaire au sein du christianisme américain, l’arminianisme croit et affirme que les pécheurs ont un libre arbitre. En accord avec le calvinisme, l’arminianisme croit et affirme qu’en ce qui concerne le salut, le libre arbitre dépend de la provision de l’assistance de la grâce prévenante de Dieu. Livrés à eux-mêmes, sans le pouvoir libérateur de la grâce, les pécheurs n'exercent jamais une bonne volonté envers Dieu, mais sous l’influence de la grâce libératrice et habilitante, plusieurs se tournent vers Dieu qui a fait le premier pas en les appelant à se repentir et à croire.

Contrairement au semi-pélagianisme mais en accord avec le calvinisme, l'arminianisme croit et affirme que l'initiative du salut provient de Dieu et qu’ainsi la possibilité même du salut dépend de Dieu. Contrairement au calvinisme et en accord avec le semi-pélagianisme, l’arminianisme croit et affirme que les pécheurs peuvent résister à la grâce de Dieu et que, pour être sauvés, ils doivent accepter librement cette grâce.

6. Quelle est la différence entre l'arminianisme et le wesleyanisme ?

Tous les arminiens ne sont pas des wesleyens. En tout cas, Arminius ne l'était pas ! Il a vécu un siècle avant Wesley. Les baptistes libres, de nombreux pentecôtistes (par exemple, les Assemblées de Dieu) et les restaurationnistes (par exemple, les églises du Christ) sont arminiens sans être wesleyens. Mais tous les wesleyens que je connais sont des arminiens, bien qu'ils n'apprécient pas forcément cette étiquette. Les wesleyens ajoutent à l'arminianisme l'idée de « perfection chrétienne » que les wesleyens peuvent définir de manière différente. Les arminiens non-wesleyens ne croient donc pas en une « sanctification complète ». De façon intéressante, mon analyse m'amène à penser qu'Arminius aurait sûrement été d'accord avec Wesley et les wesleyens sur ce sujet.

7. L'arminianisme implique-t-il de croire au libre arbitre absolu ? Si oui, comment Dieu a-t-il pu inspirer les auteurs des livres de la Bible ?

Non, l'arminianisme n'implique pas, et n'a jamais inclus la croyance dans le « libre arbitre absolu ». Même Dieu n'a pas un libre arbitre absolu. La volonté de Dieu est régie par son caractère. L'arminianisme se focalise sur le péché et le salut. Il affirme, en ce qui concerne le libre arbitre, que la volonté du pécheur est liée au péché jusqu'à ce qu'elle soit libérée par la grâce prévenante de Dieu. Donc, on parle de « volonté libérée » ou d’« arbitre libéré », mais pas de « libre arbitre » ! L'arminianisme ne comporte aucun dogme spécifique sur la question de savoir si Dieu manipulerait la volonté des hommes et dans quelle mesure, en vue de la réalisation de ses plans (par exemple, la rédaction des Écritures).

8. L'arminianisme ne dépossède-t-il pas Dieu de sa souveraineté ?

Pas du tout : l’arminianisme affirme simplement que Dieu est souverain sur sa propre souveraineté. En d'autres mots, Dieu peut limiter son pouvoir afin de donner aux humains la possibilité, jusqu'à un certain point, de s'opposer à sa volonté. Tout ce qui se passe, selon l'arminianisme, relève de la volonté souveraine de Dieu : soit de la volonté antérieure de Dieu, soit de la volonté conséquente de Dieu. La volonté antérieure de Dieu est que tous soient sauvés ; la volonté conséquente de Dieu (en conséquence à la chute) est que tous ceux qui croient soient sauvés.

[En savoir plus : La souveraineté de Dieu]

9. L'arminianisme ne mène-t-il pas au théisme ouvert ?

C’est en effet ce que pensent les théistes ouverts et les calvinistes. Néanmoins, les tenants de l'arminianisme classique ne le pensent absolument pas. Selon l'arminianisme classique, Dieu connaît exhaustivement le futur, car il est déjà connu dans sa pensée alors même qu'il n’est pas encore établi. Comment Dieu peut-il connaître les décisions et les actions libres futures qui ne sont déterminées d’aucune façon ? Il s'agit là d'un mystère avec lequel les arminiens classiques sont prêts à vivre. En effet, les arminiens croient que la prescience (la prescience divine simple, c’est-à-dire sans déterminisme divin intégral) est enseignée dans l'Écriture et ils considèrent que cette position est la seule valable face à l'ensemble des alternatives qui sont à leurs yeux erronées. Cependant, au sein de ce mystère, il n'existe pas de contradiction logique. Des mystères apparaissent à un moment ou à un autre au sein de toutes les théologies, tout comme au sein des sciences naturelles.

[En savoir plus : Synthèse des différences entre le calvinisme, l’arminianisme et le théisme ouvert]

10. Un arminien peut-il dissiper le mystère de la prescience divine par la voie du molinisme ?

Certains arminiens classiques le pensent alors que d'autres non. Deux questions qui restent ouvertes alimentent ce débat interne. La première est d'ordre philosophique : « La notion de liberté libertaire contre-factuelle est-elle un concept viable ? » La seconde est d’ordre théologique : « Dieu peut-il utiliser une science moyenne pour organiser les actions humaines sans les déterminer ? » Les arminiens classiques sont divisés sur ces deux questions.

11. L'arminianisme n'implique-t-il pas que « l'élément décisif du salut » est la libre décision du pécheur d'accepter le Christ, donnant ainsi aux personnes sauvées une raison d’avancer un mérite au moins partiel de leur salut ?

Non, en aucun cas on ne considère une personne recevant un cadeau gratuit comme méritante simplement parce qu'elle a accepté le cadeau. Un cadeau même accepté reste un cadeau. Ceci est intuitif pour la plupart des personnes. Seuls les calvinistes font exception en accusant l'arminianisme de transférer le mérite du salut dans la libre acceptation de l’homme. Pourtant, ces mêmes calvinistes ne permettraient jamais à une personne à qui ils offrent un cadeau de prétendre qu'elle le mérite simplement parce qu'elle l'a accepté.

[En savoir plus : Pourquoi certains ont-ils la foi tandis que d'autres ne l'ont pas ?]

12. L'arminianisme ne mène-t-il pas à une théologie libérale ?

Pas plus que le calvinisme ne le pourrait. Friedrich Schleiermacher, le « père de la théologie libérale », était un calviniste qui est devenu libéral sans jamais s’être rallié à l'arminianisme. Beaucoup, peut-être même la plupart des libéraux du XIXe siècle ont été instruits dans le calvinisme et, voyant les conséquences que le calvinisme induisait sur le caractère de Dieu, ont décidé de se tourner vers la théologie libérale sans avoir au préalable considéré l'arminianisme.

L'arminianisme évangélique est une théologie conservatrice. Certains arminiens évangéliques sont même fondamentalistes. La plupart n'ont jamais été tentés par la théologie libérale. Il n'y a pas de lien logique ou historique entre l'arminianisme classique et la théologie libérale.

13. Le premier principe de l'arminianisme est-il le libre arbitre ?

Pas du tout, le premier principe est que Dieu s'est révélé en Jésus-Christ ou, en d'autres termes, que Jésus-Christ est la révélation pleine et parfaite du caractère de Dieu. Les arminiens adhèrent au libre arbitre libertaire, c’est-à-dire la possibilité de faire ou ne pas faire un choix, uniquement parce que ce concept 1) est implicitement présent dans l’ensemble de l'Écriture, 2) permet de ne pas rendre Dieu responsable du péché 3) est une réalité vécue et nécessaire à la responsabilité morale. Enfin, on pourrait ajouter que tous les pères de l'Église avant Augustin ont présumé l'existence du libre arbitre libertaire.

[En savoir plus : L'arminianisme est une théologie centrée sur Dieu]

14. Comment l'arminianisme explique-t-il Romains 9 ?

C'est sans doute l'une des questions les plus posées par les calvinistes les plus stricts, mais aussi par de nombreux arminiens ne connaissant que l'interprétation calviniste du passage de Romains 9.

Premièrement, il faut avoir conscience que ce passage n'a jamais été interprété comme un enseignement de la double prédestination inconditionnelle qu'au début du Ve siècle avec Augustin. Pendant quatre siècles, les chrétiens ont lu le Nouveau Testament, y compris Romains 9, sans jamais recourir à une telle interprétation.

Deuxièmement, il est important de lire Romains 9 dans son contexte : Romains 9 à 11 est un même « bloc de pensée ». Les divisions en chapitre ne figuraient pas dans les autographes originaux. Avant cet ajout dans les autographes, personne n'aurait commencé à lire Romains 9 pour s'arrêter au dernier verset de ce chapitre. Romains 10 et 11 complètent la pensée de Romains 9 et nous permet de comprendre que Paul ne parlait pas du salut des personnes d'une manière individuelle mais de peuples et de leur utilité dans le plan du salut.

Les interprétations arminiennes de Romains 9-11 ne sont pas difficiles à trouver. Cependant, pour moi, le plus important sur ce sujet est l’affirmation de Wesley concernant l'interprétation calviniste de Romains 9 : « Quoi qu’il [Romains 9] signifie, il ne peut pas signifier cela ! » Il ne se contentait pas simplement d'écarter cette interprétation. Ce qu’il affirmait, et je suis d'accord avec lui, est que si l'interprétation calviniste de Romains 9 est vraie, alors Dieu est moralement monstrueux par son action de damnation arbitraire, et en aucun cas comme Jésus-Christ qui pleura sur Jérusalem en disant « J’ai voulu [...] et vous ne l’avez pas voulu » (Mt 23:37-39).

[En savoir plus : Commentaire de Romains 9]

15. Pourquoi n'y a-t-il pas de prédicateurs ou de leaders célèbres qui se font porte-parole de l’arminianisme comme le font John Piper, John McArthur, R. C. Sproul ou Matt Chandler pour le calvinisme ?

Il ne s'agit pas vraiment d'une question relative à l'arminianisme en tant que système de croyances, mais plutôt en lien avec sa popularité dans la période actuelle. Il y a trente ans en arrière, cette même question aurait pu se poser concernant Bill Gothard et les non-gothardites. « Pourquoi les non-gothardites » n'ont-ils pas de porte-paroles influents contrairement aux gothardites ? Gothard et son mouvement « Basic Youth Conflicts Seminar » a fait une irruption soudaine et triomphante au sein du milieu évangélique, puis a fini par pratiquement disparaître.

Chaque fois qu'un discours inhabituel ou atypique, même s'il n’a rien de nouveau, est proclamé haut et fort, souvent par deux ou trois proclamateurs très persuasifs, il gagne rapidement de nouveaux adeptes. On ne peut tirer aucune conclusion du fait que les positions alternatives ne produisent pas de nouveaux discours ou mouvements avec la même ferveur. Habituellement, ces nouveaux discours ou mouvements sont extrêmes et proclamés par des extrémistes. Ils acquièrent des partisans, principalement composés de personnes attirées par les extrêmes. Au bout d'un certain temps, l'extrémisme s'estompe, le mouvement mûrit et les angles tranchants sont arrondis. La majorité des partisans du « nouveau discours/mouvement » travaille à éloigner le ministère de positions extrêmes. Cependant les médias aiment les extrêmes, alors les extrémistes focalisent toute l'attention sur eux !

Je considère comme une bonne chose que peu d'arminiens soient devenus des absolutistes tapageurs du même acabit que les leaders de « Young, Restless, and Reformed Movement » qui, selon moi, sont pour beaucoup des fondamentalistes.

16. Qu'est-ce qui fait qu'une personne peut se considérer arminienne ? L'étiquette étant peu utilisée en dehors du cercle wesleyen.

De nombreux théologiens qui, selon moi, sont arminiens dans la mesure où leur sotériologie correspond au profil de l'arminianisme classique, évitent voire rejettent complètement cette étiquette. Je soupçonne que c'est à cause de la manière dont elle a été déformée par ses critiques principalement calvinistes. Il y a quelques années, j'ai rencontré Thomas Oden et nous avons discuté ensemble. Il refusait l'étiquette « arminienne » bien qu'il soit méthodiste et que son livre The Transforming Power of Grace présente l'un des meilleurs exposés de la théologie arminienne que je n’aie jamais lu. Mon défunt ami Stanley Grenz m'a avoué qu'il était arminien, mais m'a demandé de ne le dire à personne. À l'époque, il était un collègue de J. I. Packer, un ferme opposant à l'arminianisme. Au fil des années, j'ai rencontré des méthodistes libres, des pentecôtistes et d'autres encore m’affirmant qu'ils n'étaient pas arminiens, alors qu'ils affirmaient tous les éléments historiques de l'arminianisme classique. Pour moi, c'est comme un presbytérien qui affirme la Confession de Foi de Westminster en disant qu'il n'est pas calviniste. (J'ai d’ailleurs entendu cela récemment.)

Selon moi, une personne est arminienne lorsqu'elle : 1) est classiquement protestante, 2) affirme la dépravation totale des humains. C’est-à-dire que l’homme est impuissant pour se sauver lui-même ou contribuer à son salut par un quelconque mérite. Un pécheur est donc totalement dépendant de la grâce prévenante qui provient d’un mouvement libre de la volonté vers Dieu, 3) affirme l'élection conditionnelle et la prédestination basées sur la prescience, 4) affirme l'expiation universelle, 5) affirme que la grâce est toujours résistible, et 6) affirme que Dieu n'est en aucune façon et en aucun cas l'auteur du péché et du mal mais affirme que ceux-ci ne sont permis que par la volonté conséquente de Dieu.

[En savoir plus : Test : Êtes-vous arminien sans même le savoir ?]

17. À quel endroit la « grâce prévenante » est-elle enseignée dans la Bible ?

Bien que le terme lui-même ne soit pas mentionné explicitement dans la Bible, plusieurs passages y font référence. Il s'agit donc d'un concept théologique conçu, tout comme la « Trinité », pour exprimer un sujet présent dans les Écritures. Ce concept permet d'expliquer ce qui, sans lui, semblerait contradictoire. Jean 12:32 est peut-être le verset biblique le plus clair concernant la grâce prévenante. Il s'agît d'une grâce résistible qui convainc, appelle, illumine et donne la capacité aux pécheurs de pouvoir se repentir et croire en Christ afin d'être sauvés. Dans ce verset, Jésus affirme qu’une fois élevé, il attirera tous les hommes à lui. Le mot grec traduit par « tous » est pantas qui fait clairement référence à tout le monde de manière inclusive, et non uniquement à « certains », par exemple, « les élus ». Le mot grec traduit par « attirer » est très débattu. Les calvinistes affirment généralement qu'il est préférable de traduire ce mot par « contraindre ». Cependant, si c'était là son sens, la conséquence qui en résulterait serait l'universalisme.

La croyance en la grâce prévenante ne dépend pas de textes-preuves. En effet, elle est enseignée implicitement du début à la fin des Écritures. La grâce prévenante est le seul moyen de donner une explication cohérente à cet enchaînement d'idées clairement biblique : 1) Personne ne cherche Dieu (dépravation totale), 2) L'initiative du salut appartient à Dieu, 3) La capacité de l’homme à exercer une volonté bonne envers Dieu vient de Dieu, 4) Le salut est un don de Dieu et non le résultat de l'œuvre de l’homme, et 5) Les hommes sont capables de résister à l'offre de salut de Dieu. C’est tout cela qui est résumé dans l'expression « grâce prévenante ». Les arminiens ne sont pas d'accord entre eux sur tous les détails que comprend cette expression, comme le fait de savoir dans quelle mesure ou quelle quantité cette grâce prévenante est fournie à chaque personne. Cependant, tous s'accordent à dire que la croix de Jésus-Christ a mystérieusement réalisé quelque chose en lien avec la grâce prévenante, bien qu’un certain désaccord persiste autour du rôle de l'évangélisation (la communication de l'évangile) dans l’impact de la grâce prévenante sur les pécheurs.

[En savoir plus : Exposé de la théologie arminienne - grâce prévenante]

18. L'arminianisme classique n’affirme-t-il pas finalement la même chose que le calvinisme sur la souveraineté de Dieu ? En effet, si Dieu savait tout ce qui allait arriver et a créé ce monde malgré tout, ne peut-on pas dire que tout a été prédéterminé par le biais de la création ?

C'est une très bonne question, mais qui repose sur une mauvaise compréhension de la prescience divine. L'arminianisme classique ne croit pas que Dieu ait « prévisualisé » tous les mondes possibles pour ensuite choisir le nôtre pour le créer. Dieu a choisi de créer un monde et d'y inclure des créatures créées à son image et à sa ressemblance, ayant la libre volonté de pouvoir l'aimer et lui obéir ou non. La connaissance que Dieu a de ce qui se passe dans ce monde « correspond » (c'est le meilleur terme) à ce qui se passe. Elle ne provoque pas ou ne rend pas nécessaire ce qui se passe. Il est vrai que nous ne pouvons pas expliquer intégralement la prescience de Dieu sans glisser vers le déterminisme. Cependant, les mystères du libre arbitre, c’est-à-dire la possibilité de pouvoir faire ou non un choix, et de la prescience divine non déterminante sont des mystères beaucoup plus faciles à accepter que n'importe quelle forme de déterminisme divin qui, étant donné la réalité de notre monde, jette inévitablement des ténèbres sur le caractère de Dieu.

19. Comment un arminien pourrait-il expliquer à un profane les quelques idées déterminantes distinguant l'arminianisme du calvinisme ?

Il y en a trois. Premièrement, Dieu est absolument et inconditionnellement bon d'une manière que nous pouvons qualifier nous-mêmes de bon. En d'autres termes, la bonté de Dieu ne viole pas notre intuition fondamentale de ce qu’est la bonté. Deuxièmement, la volonté conséquente de Dieu n'est pas la volonté antécédente de Dieu. Dieu a décidé antécédemment à la chute de permettre la rébellion humaine et ses conséquences. Tous les péchés et maux sont permis par Dieu par sa volonté conséquente et ne sont en aucun cas conçus, ordonnés ou rendus certains selon sa volonté antécédente. Troisièmement, le salut des individus n'est pas déterminé par Dieu, mais est pourvu, par l'expiation et la grâce prévenante, et est accompli par Dieu, via la régénération et la justification par grâce par le moyen de la foi.

[En savoir plus : Comparaison synthétique entre l'arminianisme et le calvinisme]


A propos de l'auteur : Roger Olson est un théologien chrétien de confession évangélique baptiste, arminien convaincu et influencé par le piétisme. Depuis 1999, il est titulaire de la chaire professorale Foy Valentine de théologie chrétienne et d’éthique du George W. Truett Theological Seminary, à l'Université Baylor. Avant de rejoindre l’Université Baylor, il fut enseignant au sein de l’Université Bethel à St. Paul, dans le Minnesota. Il est diplômé de l'université de Rice (doctorat en études religieuses) et du North American Baptist Seminary (aujourd'hui Sioux Falls Seminary). Au milieu des années 90, il fut rédacteur en chef de la Christian Scholar's Review et a contribué à l’édition de Christianity Today pendant plusieurs années. Ses articles ont été publiés dans ces deux publications mais aussi dans Christian Century, Theology Today, Dialog, Scottish Journal of Theology et de nombreux autres périodiques théologiques. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages, dont : 20th Century Theology (co-écrit avec feu Stanley J. Grenz), The Story of Christian Theology, The Westminster Handbook to Evangelical Theology, Arminian Theology, Reformed and Always Reforming, et Against Calvinism. Il aime voyager, lire (la théologie, la philosophie et les romans historiques) et faire du sport.

Source : OLSON, Roger E.. Arminianism FAQ Everything You Always Wanted to Know. Franklin, TN : Seedbed. 2014. Disponible à l’adresse : https://my.seedbed.com/product/arminianism-faq-by-roger-e-olson/

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