Exposé de la théologie arminienne (avec appui scripturaire)

Bible ouverte

[Voici un exposé de 7 points doctrinaux caractéristiques de la théologie arminienne. Cinq de ces points recoupent les Cinq articles des remontrants sur les aspects sotériologiques. D'autre part, deux points se rapportent à la souveraineté de Dieu et au libre arbitre humain.]

1. La souveraineté de Dieu

Dieu est omnipotent et souverain, Il a le pouvoir et l’autorité de faire ce qu’il veut. Il n’y aucune chose en dehors de Lui-même et son propre jugement qui peuvent contrarier Sa volonté et Ses actions (Gn 18:14 ; Ex 3:14 ; Ps 50:10-12 ; Es 40:13-14 ; Jr 32:17, 27 ; Mt 19:26 ; Lc 1:37 ; Ac 17:24-25 ; Rm 11:34-36 ; Ep 3:20 ; 2Co 6:18 ; Ap 1:8, 4:11). Rien ne peut arriver sans qu’Il ne le fasse ou ne le permette.

2. Le libre-arbitre de l'être humain

Les hommes ont un libre arbitre pour une multitude de choses, hormis pour le bien spirituel. Nous entendons par « libre » que les hommes le sont, si par rapport à une action donnée, ils peuvent au minimum décider de faire ou de ne pas faire cette action. Les hommes sont souvent face à des choix réels et sont donc en mesure de faire des choix. Lorsqu’il est libre, le choix spécifique que quelqu’un fait n’a pas été efficacement prédéterminé ou rendu nécessaire par quelqu’un ou quelque chose d’autre que la personne elle-même. De fait, si l'action d'une personne est rendue nécessaire par quelqu'un (ou quelque chose) d'autre, et qu'elle ne peut donc pas éviter de faire cette action, alors elle n'a pas fait de choix, au sens fort du terme, et n'était donc pas libre.

L’Écriture indique très clairement que les hommes ont des choix et font des choix sur une multitude de choses ( Dt 30:19 ; Jos 24:15 ; 2S 24:12 ; 1R 18:23- 25 ; 1Ch 21:10 ; Ac 15:22, 25 ; Ph 1:22). De plus, elle parle explicitement du libre arbitre des hommes (Ex 36:3 ; Lv 7:16, 22:18-23, 23:38 ; Nb 15:3, 29:39 ; Dt 12:6, 17, 16:10 ; 2Ch 31:14, 35:8 ; Esd 1:4, 6, 3:5, 7:16, 8:28 ; Ez 46:12 ; Am 4:5 ; 2Co 8:3 ; Phm 1:14 ; 1Co 7:37) et elle atteste que les êtres humains transgressent la volonté de Dieu, sans que Dieu n’ait prédéterminé leur volonté ou leurs actions pour le péché. En outre, le fait que Dieu considère les personnes responsables de leurs choix et actions implique que ces choix et actions sont libres.

Néanmoins, il est important de noter que les Arminiens ne croient pas à un libre arbitre sans la moindre limite. Il y a beaucoup de choses pour lesquelles nous ne sommes absolument pas libres. Nous ne pouvons pas, par exemple, choisir de voler en battant des bras. Nous ne nions pas non plus que nos actions libres soient influencées par toutes sortes de causes. Toutefois, quand nous sommes libres, nous pouvons résister à ces causes et nous avons donc un véritable choix dans ce que nous faisons. Dans ce cadre, nous ne sommes pas poussés irrésistiblement à agir d'une certaine manière par Dieu ou par quelqu'un (ou quelque chose) d'autre que nous-mêmes.

3. La dépravation totale de l'homme

[Cf. article n°3 de la Remontrance]

L’humanité a été créée à l’image de Dieu, qui est bon et droit, mais elle a été déchue de son état originel sans péché en conséquence d’un acte de désobéissance volontaire. Cette chute a mené les êtres humains dans un état de dépravation totale, qui se caractérise par le péché, la culpabilité, la séparation avec Dieu et la condamnation divine (Rm 3:23, 6:23 ; Ep 2:1-3).

La dépravation totale ne signifie pas que les êtres humains sont aussi mauvais qu’ils pourraient l’être, mais que le péché touche chaque partie de leur être. Par conséquent, ils ont désormais une nature pécheresse qui les incline naturellement vers le péché. Ainsi, chacun de nous est foncièrement corrompu dans son cœur.

Comme le dit l’Écriture : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? » (Jr 17:9 ; Gn 6:5 ; Mt 19:17 ; Lc 11:13). En effet, les hommes et les femmes sont spirituellement morts par leurs péchés (Ep 2:1-3 ; Col 2:13) et sont esclaves du péché (Rm 6:17-20). L’Apôtre Paul dit : « Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien » (Rm 7:18). Ailleurs il témoigne, « Il n’y a point de juste, pas même un seul ; nul n’est intelligent, nul ne cherche Dieu ; Tous sont égarés, tous sont pervertis ; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul » (Rm 3:10-12, 1:18-32 ; Ep 4:17-22).

Dans leur état naturel actuel, les êtres humains sont hostiles à Dieu et ne peuvent pas se soumettre à sa Loi, ni lui plaire (Rm 8:7-8). Ainsi, nous ne sommes pas capables de penser, de vouloir, ni de réaliser un quelconque bien spirituel par nous-mêmes. Nous ne pouvons rien faire qui mérite la faveur de Dieu et nous ne pouvons rien faire pour nous sauver du jugement et de la condamnation de Dieu que nous méritons à cause de notre péché. Nous ne pouvons même pas croire l’Évangile par nous-mêmes (Jn 6:44). Si quelqu’un est sauvé, c’est que Dieu était à l’initiative.

4. L'expiation pour tous

[Cf. article n°2 de la Remontrance]

Comme indiqué précédemment, en raison de la dépravation totale, personne ne peut être sauvé sans que Dieu en prenne l’initiative. La bonne nouvelle est que, « Dieu est amour » (1Jn 4:8, 16), « L’Éternel est bon envers tous, Et ses compassions s’étendent sur toutes ses œuvres » (Ps 145:9). Il aime même ses ennemis (Mt 5:38-48), Il « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Ti 2:4), « […] ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance » (2Pi 3:9). Il ne prend pas plaisir à la mort des méchants, mais désire qu’ils se repentent de leurs péchés et vivent (Ez 18:23, 32). Dieu a pris cette initiative nécessaire en envoyant son Fils unique mourir pour les péchés du monde. Comme Jean 3:16-18 nous le dit si magnifiquement : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n’est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ».

Dieu a pourvu au pardon des péchés et au salut de tous par la mort substitutive de Jésus-Christ pour l’humanité pécheresse. En effet, par la grâce de Dieu, Jésus « a souffert la mort pour tous » (He 2:9). Comme le dit 1 Jean 2:2 « Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier ». Après la déclaration de 1 Timothée 2:4 indiquant que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité », l'épître poursuit : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. C’est là le témoignage rendu en son propre temps » (1Ti 2:5-6). En effet, « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19:10), « Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » (1Ti 1:15), « le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde » (1Jn 4:14 ; Jn 4:42). Dieu est « le Sauveur de tous les hommes » (1Ti 4:10), Jésus est « l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jn 1:29), qui « est mort pour des impies » (Rm 5:6) et « est mort pour tous » (2Co 5:14-15) « Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses » (2Co 5:19). Jésus mourut même pour ceux qui le rejettent Lui et sa parole, le renient et périssent (Lc 22:17-21 ; Jn 12:46-48 ; Rm 14:15 ; 1Co 8:11 ; 2Pi 2:1 ; He 10:29). La provision de l’expiation est valable pour autant de personnes que ceux pour lesquelles la condamnation du péché est valable, c’est-à-dire tout le monde (Rm 3:22-25, 5:18).

Toutefois, même si Jésus est mort pour tous et a rendu accessible la provision de l’expiation à tous, l'application effective de l’expiation est conditionnée par la foi en Jésus-Christ. Cela signifie que le pardon des péchés, le statut de justifié et le salut éternel ne sont accordés qu’à ceux qui placent leur confiance en Jésus, le Sauveur. Ce point est indiqué clairement dans Jean 3:16-18 cité précédemment. Par amour, Dieu a sacrifié son Fils unique pour le monde entier, afin que ceux de ce monde qui croient en Jésus et son sacrifice expiatoire bénéficient de ce sacrifice expiatoire pour leur propre salut. Le corolaire est que ceux du monde qui rejettent ce sacrifice expiatoire par incrédulité n’en bénéficient pas, et donc restent condamnés et périssent. De nombreux passages définissent clairement que la foi est la condition et le moyen par lequel le pardon, la vie éternelle et le salut sont reçus (Lc 8:12 ; Jn 1:12, 3:36, 5:24, 6:40, 47, 20:31 ; Ac 16:31 ; Rm 1:16, Rm 3-4, 10:9-10 ; 1Co 1:21 ; Ga 2:16 ; Ga 3 ; Ep 2:8-9 ; 1Ti 1:16). Puisque la provision de l’expiation est pour tous, le salut est accessible à tous. Ainsi, l’Écriture décrit parfois la justification comme une possibilité offerte à tous (Rm 3:22-2, 5:18), même si tous ne seront finalement pas sauvés.

Bien que Dieu désire que tous croient et soient sauvés par le sang du Christ, beaucoup périront, non pas par absence de l’accessibilité du salut, mais parce qu’ils rejettent l’offre de salut qui leur est faite par la mort de Christ. En effet, ils n’ont « pas cru au nom du seul Fils de Dieu » (Jn 3:18). De même, les passages de l’Écriture faisant référence à Dieu ou au Christ comme le Sauveur du monde et de tous (Jn 4:42; 1Ti 4:10; 1Jn 4:14) ne signifient pas que tous seront effectivement sauvés. Ils montrent simplement que le Père et le Fils ont pourvu au salut pour tous, bien que celui-ci ne devienne effectif uniquement pour ceux qui croient. Comme dit 1 Timothée 4:10 , « nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants ». De même, Tite 2:11 est en mesure d’encourager les croyants à présenter un bon témoignage de Christ aux incroyants pour cette même raison : « Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée ».

En effet, c’est l’expiation illimitée du Christ qui sert de fondement nécessaire à l’offre authentique du salut pour tous mentionné dans l’Évangile et en conformité avec le commandement de prêcher la Bonne Nouvelle à tous. Par exemple, s’adressant à un large public juif, l’apôtre Pierre a fondé son appel à la repentance sur l’œuvre du Christ. Quand il leur a assuré que Dieu a envoyé Christ pour détourner chacun d’eux de leur péché, il a évidemment sous-entendu que cette œuvre était pour chacune des personnes de son auditoire:

« Mais Dieu a accompli de la sorte ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous ses prophètes, que son Christ devait souffrir. Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, afin que des temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur, et qu’il envoie celui qui vous a été destiné, Jésus-Christ, que le ciel doit recevoir jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes. […] C’est à vous premièrement que Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de ses iniquités. » (Actes 3:18-21, 26)

Comme Luc 24:45-47 le rapporte : « Alors il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils comprennent les Écritures. Et il leur dit: Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, et qu’il ressusciterait des morts le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (voir également Mt 28:18-20 ; Ac 17:30).

5. Libéré pour croire par la grâce de Dieu

[Cf. articles n°3-4 de la Remontrance]

5.1. La dépravation de l’humanité et la grâce de Dieu

Comme nous l’avons noté, parce que les êtres humains sont déchus et pécheurs, ils ne sont pas capables de penser, de vouloir, ni d'accomplir un quelconque bien spirituel par eux-mêmes, notamment croire l’Évangile de Christ. Par conséquent, désirant le salut de tous et ayant pourvu à l’expiation pour tous, Dieu poursuit son initiative salutaire en appelant chacun, partout dans le monde, à se repentir et croire à l’Évangile (Ac 17:30 ; Mt 28:18-20), et en permettant à ceux qui entendent l’Évangile de pouvoir répondre positivement par la foi.

Sans l’aide provenant de la grâce, l’homme ne pourrait pas faire le choix de plaire à Dieu ou de croire à la promesse du salut offerte par l’Évangile. Comme Jésus l’a dit dans Jean 6:44 : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ». Heureusement grâce à Dieu, Jésus a également annoncé, « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12:32). Le Père et le Fils attirent tous les hommes à Jésus, leur permettant ainsi de se tourner vers Christ par la foi.

Alors que les pécheurs soient aveugles à la vérité de l’Évangile (2Co 4:4), Jésus est venu dans leur monde en tant que « véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme » (Jn 1:9 ; Jn 12.36). Cette lumière pour laquelle Jean-Baptiste est venu rendre témoignage, « afin que tous crussent par lui » (Jn 1:7). Nous voyons donc Jésus s’adresser à des personnes ne voulant pas croire en lui pour être sauvés (Jn 5:34-40), tout en leur adressant comme exhortation : « La lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous. Marchez, pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point : celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière » (Jn 12:35-36).

Ainsi, Dieu a fait briller la lumière dans le cœur de ses apôtres « pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ » (2Co 4:6), et l’apôtre Paul reçut la grâce « d’annoncer aux païens les richesses incompréhensibles de Christ, et de mettre en lumière quelle est la dispensation du mystère caché de tout temps en Dieu qui a créé toutes choses » (Ep 3:8-9). Ceci renvoie à l’Évangile de la grâce de Dieu, qui « est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1:16). La puissance du Saint-Esprit agit pour permettre à ceux qui entendent le message de l’Évangile de croire. Car :

« La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons. [Note : Paul applique Dt 30:12, qui indique la capacité d’obéir à la parole de Dieu, au message de l’Évangile, indiquant donc que ceux qui entendent l’Évangile ont la capacité de le croire !] Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car c’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice, et c’est en confessant de la bouche qu’on parvient au salut, selon ce que dit l’Écriture : Quiconque croit en lui ne sera point confus. Il n’y a aucune différence, en effet, entre le Juif et le Grec, puisqu’ils ont tous un même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent. Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » (Romains 10:8-13)

De plus, « la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ » (Rm 10:17). Elle ne cause pas nécessairement la foi, puisque : « ils n’ont pas obéi à la bonne nouvelle » (Rm 10:16) bien qu’ils l’avaient pourtant entendue (Rm 10:18).

Dieu offre aux pécheurs sa merveilleuse grâce salvatrice à travers son Fils, mais il leur permet de choisir de l’accepter ou de la rejeter. Concernant Israël, le Dieu qui aime et qui travaille pour le salut de tous dit : « J’ai tendu mes mains tout le jour vers un peuple rebelle et contredisant » (Rm 10:21).

Poursuivant la mission de Jésus pour sauver le monde, le Saint-Esprit est venu « [convaincre] le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement » (Jn 16:8). Alors que les incroyants ont « l’intelligence obscurcie, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur » (Ep 4:18), le Seigneur leur ouvre le cœur afin qu’ils puissent répondre positivement à l’Évangile (Ac 16:14). Sa bonté amène les cœurs durs et impénitents à se repentir (Rm 2:4-5).

Dans sa souveraineté, il a placé les êtres humains dans le monde dans le but même « qu’ils [cherchent] le Seigneur, et qu’ils [s’efforcent] de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous » (Ac 17:27). En somme, Dieu appelle tous les hommes du monde entier à se repentir et à croire à l’Évangile, en permettant à ceux qui entendent l’Évangile de lui répondre positivement par la foi. Il attire tous les êtres humains vers la foi en Jésus, transperce les ténèbres de leur cœur et de leur esprit à l’éclat de Sa lumière. Il communique son immense puissance par l’Évangile qui excite la foi chez ceux qui le reçoivent. Il les bénit par Sa bonté, les convainc par Son Esprit, dispose leur cœur à l’écoute de son Évangile, et les pousse à Le chercher en se tenant proche de chacun.

5.2. La grâce prévenante et le libre arbitre libéré

Dans le langage théologique traditionnel, nous appelons cela la grâce prévenante de Dieu. Le terme « prévenant » signifie simplement « qui précède ». Ainsi, la « grâce prévenante » fait référence à la grâce de Dieu qui précède le salut, y compris la phase du salut connue sous le nom de « régénération », qui est le départ de la vie spirituelle accordée à tous ceux qui mettent leur foi en Christ (Jn 1:12-13). La grâce prévenante est aussi parfois appelée grâce habilitante ou grâce pré-régénératrice. C’est une faveur imméritée de Dieu envers les humains totalement dépravés, qui sont indignes de la bénédiction divine et incapables de chercher Dieu ou d’avoir foi en Lui par leur seuls moyens. Par exemple, Actes 18:27 (« [Paul] profita beaucoup à ceux qui avaient cru par la grâce » (version Martin)) indique que nous croyons par grâce, désignant ainsi la grâce prévenante (ayant logiquement lieu avant la foi) comme le moyen par lequel nous croyons. C’est la grâce qui, entre autres, libère notre volonté afin de nous permettre d’avoir foi en Christ et en son Évangile. Comme le dit Tite 2:11 : « Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée ».

Nous parlons ainsi d'un libre arbitre libéré par la grâce afin de souligner que les hommes n’ont pas dans leur nature déchue un libre arbitre en ce qui concerne la foi en Christ. Dieu doit agir par grâce pour libérer notre volonté, afin de nous rendre capable de croire dans son Fils qu’il a envoyé pour le salut de tous. Lorsque notre libre arbitre est libérée, nous pouvons soit accepter la grâce salvatrice de Dieu dans la foi, soit la rejeter pour notre propre ruine. En d’autres termes, la grâce salvatrice de Dieu est résistible, c’est-à-dire que le Seigneur administre sa vocation, son dessein et son appel gracieux de telle manière qu'il est possible de le rejeter.

5.3. La résistibilité de la grâce

La résistibilité de la grâce salvatrice de Dieu est clairement énoncée dans l’Écriture, comme certains des passages mentionnés précédemment en témoignent. En effet, la Bible est remplie d’exemples si tristes de personnes rejetant la grâce de Dieu qui leur est offerte. Dans Ésaïe 5:1-7, Dieu indique qu’Il n’aurait pu faire plus de choses pour qu’Israël produise de bons fruits. Mais si la grâce irrésistible est une chose que Dieu administre habituellement, alors il aurait pu facilement la mettre en place pour garantir qu’Israël produise de bons fruits. De nombreux passages de l’Ancien Testament évoquent la façon dont Dieu a renouvelé sa grâce envers Israël encore et encore, à laquelle les israélites ont résisté de manière répétitive (2R 17:7-23 ; Jr 25:3-11, 26:1-9, 35:1-19). Le passage de 2 Chroniques 36:15-16 nous apprend que la persévérance de Dieu à tendre la main aux gens de son peuple, qui ne cessaient pourtant de la rejeter, était fondée sur l'amour et la compassion qu'Il avait pour eux. Cette main est authentiquement tendue qu'à la condition que la grâce qu’Il leur accordait leur permettait réellement de se repentir et d’éviter ainsi son jugement. Ainsi, si cette grâce était authentique, elle était résistible, étant donné que ces gens ont subi le jugement de Dieu .

Néhémie 9 est un témoignage frappant du fait que Dieu cherchait continuellement à atteindre Israël par Sa grâce bien qu’elle fut accueillie avec résistance et rejet. Nous n’avons pas le temps de passer en revue l’intégralité du passage (le lecteur est encouragé à le faire), mais nous allons relever certains éléments clés et attirer l’attention sur les points les plus importants. Néhémie 9:20 dit : « Tu leur donnas ton bon esprit pour les rendre sages [Israël] », puis suit dans Néhémie 9:21-25 une liste conséquente des œuvres de grâce de Dieu envers Israël. Enfin Néhémie 9:26-31 nous apprend que :

« Néanmoins, ils se soulevèrent et se révoltèrent contre toi. Ils jetèrent ta loi derrière leur dos, ils tuèrent tes prophètes qui les conjuraient de revenir à toi, et ils se livrèrent envers toi à de grands outrages. Alors tu les abandonnas entre les mains de leurs ennemis, qui les opprimèrent. Mais, au temps de leur détresse, ils crièrent à toi ; et toi, tu les entendis du haut des cieux, et, dans ta grande miséricorde, tu leur donnas des libérateurs qui les sauvèrent de la main de leurs ennemis. Quand ils eurent du repos, ils recommencèrent à faire le mal devant toi. Alors tu les abandonnas entre les mains de leurs ennemis, qui les dominèrent. Mais, de nouveau, ils crièrent à toi ; et toi, tu les entendis du haut des cieux, et, dans ta grande miséricorde, tu les délivras maintes fois. Tu les conjuras de revenir à ta loi ; et ils persévérèrent dans l’orgueil, ils n’écoutèrent point tes commandements, ils péchèrent contre tes ordonnances, qui font vivre celui qui les met en pratique, ils eurent une épaule rebelle, ils raidirent leur cou, et ils n’obéirent point. Tu les supportas de nombreuses années, tu leur donnas des avertissements par ton esprit, par tes prophètes ; et ils ne prêtèrent point l’oreille. Alors tu les livras entre les mains des peuples étrangers. Mais, dans ta grande miséricorde, tu ne les anéantis pas, et tu ne les abandonnas pas, car tu es un Dieu compatissant et miséricordieux. » (Néhémie 9:26-31)

Le texte affirme que Dieu a donné son Esprit pour rendre Israël sage (Ne 9:20) et qu’Il a envoyé ses prophètes pour l’avertir et l’encourager à revenir à Lui. Dieu a conçu ses actions dans le but qu’Israël revienne à Lui et à sa Loi. Malgré tout, ils se sont rebellés. Cela nous montre que Dieu a permis que son intention ne soit pas atteinte, car il permet aux êtres humains de choisir de se livrer ou non à sa grâce.

De manière intrigante, le mot « supporta » dans Néhémie 9:30 est la traduction d’un mot hébreu qui signifie habituellement quelque chose comme « attirer, pousser, presser » et a été traduit dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, utilisée par l’église primitive, avec le même mot que celui utilisé dans Jean 6:44 (« Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire »). Une meilleure traduction de Néhémie 9:30 pourrait être : « Durant de nombreuses années tu les attiras et les avertis par ton Esprit à travers tes prophètes. Pourtant ils n’ont pas tendu l’oreille ». Le texte parle d’un dessein divin résistible, qui a pour volonté d’amener les hommes à se tourner vers le Seigneur dans la repentance.

Étienne a également fourni un bon exemple de la résistibilité de la grâce quand il a dit à ses compatriotes juifs : « Hommes au cou raide, incirconcis de cœur et d’oreilles ! Vous vous opposez toujours au Saint Esprit. Ce que vos pères ont été, vous l’êtes aussi. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Ils ont tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, que vous avez livré maintenant, et dont vous avez été les meurtriers, vous qui avez reçu la loi d’après des commandements d’anges, et qui ne l’avez point gardée ! » (Actes 7:51-53).

Luc 7:30 nous dit que « les pharisiens et les docteurs de la loi, en ne se faisant pas baptiser par lui, ont rendu nul à leur égard le dessein de Dieu ». Et Jésus, qui a parlé aux hommes avec l’intention de les sauver (Jn 5:34), a constaté qu’ils refusaient de venir à lui pour avoir la vie (Jn 5:40). Lui qui est venu pour détourner tous les juifs de leurs péchés (Ac 3:26), a clairement constaté que tous les Juifs ne croyaient pas en Lui. Il s’est lamenté sur la réticence de son peuple à recevoir sa grâce, en disant : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Lc 13:34 ; Ez 24:13 ; Mt 23:37 ; Rm 2:4-5 ; Za 7:11-14 ; He 10:29 ; Jd 4 ; 2Co 6:1-2 ; Ps 78:40-42).

Les arminiens diffèrent entre eux au sujet de quelques-uns des détails sur la façon dont la grâce prévenante de Dieu fonctionne, probablement parce que l’Écriture elle-même n’en donne pas une description détaillée. Certains arminiens croient que Dieu permet continuellement et en tout temps à chacun de pouvoir croire afin de bénéficier de l’expiation. D’autres croient que Dieu donne seulement la capacité de croire en Christ à des moments précis, qu'il choisit selon Son bon plaisir et Sa sagesse. D’autres encore croient que la grâce prévenante accompagne chacune des actions spécifiques de Dieu envers les hommes, les rendant ainsi capables de répondre positivement à chaque appel venant de Lui. Cependant, tous les arminiens s’accordent sur le fait que les hommes sont incapables de croire en Dieu sans l’intervention de Sa grâce et qu’Il accorde Sa grâce qui attire vers le salut à toute personne ayant une responsabilité morale. Relativement à l’Évangile, l’évêque arminien du XVIIe siècle, Laurence Womack, a fort bien dit : « À tous ceux à qui la parole de foi est prêchée, le Saint-Esprit accorde, ou est prêt à accorder, autant de grâce que nécessaire, selon les degrés appropriés, pour permettre leur conversion ».

6. L'élection conditionnelle

[Cf. article n°1 de la Remontrance]

6.1. Introduction et différentiation entre élection inconditionnelle et conditionnelle

Il existe deux interprétations principales de la doctrine de l’élection pour le salut. La première considère que l’élection est conditionnelle, alors que la seconde considère l’élection comme inconditionnelle.

Pour que l’élection soit inconditionnelle, il faut que le choix de Dieu concernant ceux qu’il va sauver ne soit pas en lien avec leur personne. Il faut qu’aucune chose les concernant ne contribue d’une manière ou d’une autre à la décision de les choisir. Cela semble rendre arbitraire le choix de Dieu de sauver une personne en particulier plutôt qu’une autre. Cette position implique également une réprobation inconditionnelle et arbitraire. Le choix de Dieu de ne pas sauver certaines personnes et ainsi de les condamner pour leur péché n’est pas lié à une raison provenant de leur personne. Il semble que cette conséquence logique contredise l’esprit de nombreux passages mettant l’accent sur le péché comme cause de la condamnation divine, ou ceux mettant l'accent sur le désir de Dieu que tous se repentent et soient sauvés (Gn 18:25 ; Dt 11:26-28, 30:15 ; 2Ch 15:1-2 ; Ps 145:19 ; Ez 18:20-24 ; Jn 3:16-18).

Pour que l’élection soit conditionnelle, il faut que le choix de Dieu concernant ceux qu’il va sauver ait quelque chose en lien avec leur personne. C’est-à-dire qu’une partie de la raison de Son choix les concerne. La Bible enseigne que Dieu choisit pour le salut ceux qui croient en Jésus-Christ et s’unissent donc à lui. Désirant le salut de tous, offrant l’expiation à tous, et prenant l’initiative d’amener tous les hommes au salut en envoyant l’Évangile et en permettant à ceux qui l’entendent de Lui répondre positivement par la foi, Dieu a choisi de sauver ceux qui croient en l’Évangile et en Jésus-Christ (Jn 3:15-16, 3:36, 4:14, 5:24, 5:40, 6:47, 6:50-58, 20:31 ; Rm 3:21-30, 4:3-5, 9-16, 20-24, 5:1-2, 9:30-33, 10:4, 9-13 ; 1Co 1:21, 15:1-2 ; Ga 2:15-16, 3:2-14, 22-28 ; Ep 1:13, 2:8 ; Ph 3:9 ; He 3:6, 14, 18-19, 4:2-3, 6:12 ; 1Jn 2:23-25, 5:10-13, 20). Cette vérité biblique claire et fondamentale équivaut à dire que l’élection au salut est conditionnelle à la foi.

Étant donné que le salut est par la foi (Ep 2:8), l’élection pour le salut est également par la foi. Cela est expliqué de manière explicite dans 2 Thessaloniciens 2:13, « Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut, par la sanctification de l’Esprit et par la foi en la vérité ». Ou selon Jean 14:21 (ayant comme position implicite le fait que l’amour du Christ et l’obéissance à ses commandements proviennent de la foi), « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui ». Ou encore, dans les paroles de 1 Corinthiens 8:3, « si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui ».

Nous trouvons diverses autres expressions indiquant que le statut d’élu-sauvé est attribué par la foi, c’est-à-dire, accordé par Dieu en réponse à la foi. Les croyants sont justifiés par la foi (Rm 3-4 ; Ga 3), adoptés comme enfants de Dieu par la foi (Jn 1:12 ; Ga 3:26), héritiers de Dieu par la foi (Rm 4:13-16 ; Ga 3:24-29 ; Tt 3:7 ; Rm 8:16-17). Ils reçoivent la vie spirituelle (= régénérée) par la foi (Jn 1:12-13, 3:14-16, 5:24, 39-40 [Notez que le fait d’être sauvé est assimilé à être amené à la vie spirituelle, et il est indiqué que cela découle de la foi] ; Col 2:12 ; 1Tm 1:16 ; Tt 3:7), sanctifiés par la foi (Ac 26:18), reçoivent le Saint-Esprit par la foi (Jn 4:14, 7:38-39 ; Ac 2:33 ; Rm 5:1, 5 ; Ep 1:13-14 ; Ga 3:1-6, 14). Ils sont habités par le Père, le Fils et le Saint-Esprit par la foi (Jn 14:15-17, 23, 17:20-23 ; Ep 3:14-17), et sont unis au Christ par la foi (Jn 6:53-57, 14:23, 17:20-23 ; Ep 1:13-14 ; Ep 2 ; Ep 3:17 ; Ga 3:26-28 ; Rm 6 ; 1Co 1:30 ; 2Co 5:21).

6.2. L’élection conditionnelle dans le contexte des bénéfices de la grâce

Nous devons faire attention à bien saisir ce qu’exprime les différentes expressions du statut des élus au sein des bénéfices de la grâce. La justification, par exemple, désigne le fait d’être en bonne relation avec Dieu. Elle repose sur le principe de Lui appartenir en tant qu’élu. L’adoption et la filiation est aussi une expression courante dans l’Ancien Testament concernant l’élection du peuple de Dieu à travers son alliance (Ex 4:22-23). Elle consiste à appartenir à Dieu de la manière la plus profonde qu’il soit pour un être humain. L’héritage, autre bénéfice de l'élection, découle directement de cette adoption. Les fils, qui appartiennent à Dieu, sont les héritiers de ses bénédictions et des promesses de l’alliance (Rm 8:16-17). La vie spirituelle est également en lien avec l'élection car c’est une des bénédictions prévues par l’alliance. Son lien est encore plus important, car Jean 17:3 révèle non seulement que ceux qui appartiennent à Jésus reçoivent la vie éternelle, mais que la vie éternelle est la connaissance de Dieu et de Christ, qui symbolise une relation d’alliance privée impliquant le fait d'être élu : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. »

Le fait que l’Esprit Saint soit donné aux croyants conditionnellement à la foi en Christ est également un soutien profond à l’élection conditionnelle. En effet, dans l’Écriture la présence de Dieu par le Saint-Esprit est la marque de l’élection. Comme Moïse le prie dans Exode 33:15-16: « Si tu ne marches pas toi-même avec nous, ne nous fais point partir d’ici. Comment sera-t-il donc certain que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? Ne sera-ce pas quand tu marcheras avec nous, et quand nous serons distingués, moi et ton peuple, de tous les peuples qui sont sur la face de la terre ? ». Ou comme Paul le dit dans Romains 8:9-11, « Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ». Le don de l’Esprit communique l’élection, et avoir l’Esprit fait d’une personne un élu. Etant donné que l’Esprit est donné aux croyants par la foi, nous pouvons déduire que l’élection conditionnelle à la foi. [...]

Le dernier bénéfice de la grâce indiqué dans la liste mentionnée précédemment est l’union avec Christ. Il s'agit du bénéfice le plus fondamental de tous, car il sert de fondement à tous les autres. Ainsi Ephésiens 1:3 dit au sujet des bénédictions de l’Église, Dieu « nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ! ». L’expression « en Christ » indique l’union avec Christ qui est un état introduit par la foi, comme nous l'avons déjà précisé. Dans Ephesiens 1:3, l’union avec Christ est indiquée comme la condition de la bénédiction de Dieu sur l’Église. C’est-à-dire que Dieu a béni l’Église de toute bénédiction spirituelle en conséquence de son union avec Christ. Romains 9:7, « En Isaac sera nommée pour toi une postérité », signifie clairement que la descendance d’Abraham serait nommée en conséquence de l’existence en Isaac, c’est-à-dire, ceux qui sont liés à Isaac seront considérés comme descendance d’Abraham.

L’une des bénédictions spirituelles de l’Église est l’élection elle-même (Ep 1:4). Donc, si Dieu a béni l’Église de toute bénédiction spirituelle en raison de son union à Christ, et que l’élection est une de ces bénédictions, cela signifie que l’élection est conditionnelle à l’union à Christ et par conséquent à la foi qui est le moyen par lequel cette union s’établit. Plus directement, par la suite, Éphésiens 1:4 indique explicitement la condition de l’élection en utilisant l’expression « en lui [Christ] » : « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde ». Tout comme Dieu nous bénissant en Christ à travers chaque bénédiction spirituelle indique que Dieu nous a bénis parce que nous sommes en Christ (Ep 1:3), Dieu nous choisissant en Christ indique que Dieu nous a choisis en raison de notre union avec Christ (Ep 1:4). Ce passage affirme clairement que l’élection est conditionnelle. Elle est conditionnée à l’union avec Christ. Le fait que l’union avec Christ soit conditionnée par notre foi en Lui a comme corolaire de rendre également l’élection conditionnée par la foi en Christ.

Le notion « avant la fondation du monde » dans Éphésiens 1:4, nous renvoie à une divergence entre les arminiens concernant la nature de l’élection conditionnelle.

6.3. L’élection par la prescience de Dieu – position arminienne traditionnelle

La conception traditionnelle conçoit l’élection conditionnelle comme individuelle : Dieu choisit avant la fondation du monde chaque individu dont il a connu d’avance qu’il s’unirait librement à Christ par la foi et qu’il persévérerait dans cette foi-union. Ce point de vue semble trouver un appui important dans deux passages concernant l’élection.

Romains 8:29 dit : « Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères ». Il ne fait aucun doute que la prescience de Dieu des êtres humains est exhaustive. Elle inclut une connaissance antérieure de chaque être, ainsi que le fait de savoir pour chaque être s’il croira ou non. Dans Romains 8:29, la prescience divine est présentée comme la source de la prédestination. Compte tenu de tout ce que nous avons dit jusqu’ici, beaucoup trouveront que la prescience de Dieu concernant la foi des croyants est l’élément préconnu le plus naturel en tant que facteur déterminant Sa décision de les sauver et de les prédestiner à être conformes à l’image du Christ.

Le second passage essentiel qui soutient que l’élection est liée à la prescience divine de la foi est 1 Pierre 1:1-2, qui mentionne le statut d’élu comme étant « selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l’Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants, et qu’ils participent à l’aspersion du sang de Jésus Christ […] ». Ici, le statut d’élu est explicitement décrit comme étant basé sur la prescience de Dieu. Là encore, beaucoup de personnes pensent que c’est essentiellement la prescience de la foi des croyants qui est la raison de l’élection divine. [...]

6.4. L’élection collective – position arminienne alternative

La position arminienne non traditionnelle est connue sous le nom d’élection collective (ou élection corporative). Cette position souligne que l’élection du peuple de Dieu dans l’Ancien Testament était liée au choix d’un individu représentant le groupe élu. En d’autres mots, le groupe est élu à travers son représentant, et une personne intègre le groupe si elle se trouve être associer à son représentant (Gn 15:18, 17:7-10, 19,  21:12, 24:7, 25:23, 26:3-5, 28:13-15 ; Dt 4:37, 7:6-8, 10:15 ; Ml 1:2-3). Il faut noter que des personnes n'étant pas affiliés par nature au représentant israélite du groupe pouvaient malgré tout intégrer le groupe et ainsi se joindre à l'élection en prenant part à leur identité (cf. Rahab et Ruth).

Il y eut toute une série de « représentants » de l’alliance dans l’Ancien Testament. Abraham, Isaac et Jacob par exemple. La sélection de chaque nouveau représentant donnait lieu à une nouvelle définition du peuple de Dieu reposant sur l’identité du nouveau représentant de l’alliance (Rm 9:6-13). En définitive, Jésus-Christ est venu en tant que représentant de la Nouvelle Alliance (Rm 3-4 ; Rm 8 ; Ga 3-4 ; He 9:15, 12:24). Il est l’Élu (Mc 1:11, 9:7, 12:6 ; Lc 9:35, 20:13, 23:35 ; Ep 1:6 ; Col 1:13) et quiconque s’unit à Lui vient partager son identité, son histoire, son élection et les bénédictions de l’alliance. Nous devenons cohéritiers de Christ (Rm 8:16-17 ; Ga 3:24-29). Ainsi, l’élection est « en Christ » (Ep 1:4), et la notre en conséquence de notre union avec lui par la foi. Tout comme le peuple de Dieu dans l’Ancienne Alliance a été élu en Jacob/Israël, de même le peuple de Dieu dans la Nouvelle Alliance est élu en Christ.

Certains ont considéré à tort la mention de Paul dans Romains 9, concernant l’élection spécifique des représentants de l’Ancienne Alliance, comme enseignement d'une élection inconditionnelle de chacun des membres du peuple de Dieu. Or, l’élection du représentant de l’alliance est particulière. En effet, l'élection du représentant rend possible celle d'autres personnes dans la mesure où elles s'associent à lui. Ainsi, ce passage ne soutient pas un  principe selon lequel chaque membre du peuple élu aurait été choisi personnellement de la même manière que le représentant. En cohérence avec la grande insistance qu’il a mise dans l’épître aux Romains sur le fait que le salut et la justification doit se faire par la foi en Christ, Paul fait appel à l’élection spécifique d’Isaac et de Jacob par Dieu afin de défendre le droit de Dieu de rendre l’élection effective par la foi en Christ plutôt que par les œuvres ou l’ascendance. Cette interprétation est confirmé par la conclusion du passage le confirme qui en se référant à l’état de la justification des élus dit : « Que dirons-nous donc ? Les païens, qui ne cherchaient pas la justice, ont obtenu la justice, la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, qui cherchait une loi de justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres » (Rm 9:30-32b).

La métaphore de l’olivier de Paul dans Romains 11:17-24 nous donne une excellente image sur la façon dont l’élection est comprise par les partisans de l’élection collective. L’olivier représente le peuple élu de Dieu. Les individus se greffent au peuple élu et participent à l’élection et à ses bénédictions par la foi ou, à l’inverse, ils sont retranchés du peuple élu de Dieu et de ses bénédictions par leur incrédulité. L’élection se porte sur le groupe (c’est-à-dire le peuple de Dieu), et les individus participent à l’élection par le biais de leur incorporation (par la foi) au groupe élu, qui existe et persiste dans toute l’histoire du salut. Éphésiens 2:11-22 atteste également que les païens qui croient en Christ sont en Lui, et sont ainsi incorporés à la communauté d’Israël, devenant concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu et possesseurs des alliances de la promesse (Ep 2:11-22). [...]

6.5. Synthèse de la théologie arminienne concernant l’élection conditionnelle

En résumé, il existe deux interprétations arminiennes de l’élection conditionnée par la foi. La première est l’élection individuelle. Il s'agit de l'interprétation traditionnel affirmant que Dieu a choisi individuellement chaque croyant sur la base de Sa préconnaissance de la foi de chacun d'eux. La seconde est l’élection corporative. Il s'agit de la principale alternative qui interprète l’élection au salut comme étant avant tout celle de l’Église en tant que peuple (ou personne morale) puis concerne les individus uniquement à travers leur foi-union avec Christ l’Élu. [...]

L’élection conditionnelle est soutenue dans l’Écriture par :

  1. Des déclarations directes.
  2. Le fait que le salut est décrit comme étant par la foi.
  3. Les diverses expressions du statut d’élus qui sont attribuées par la foi.
  4. La présentation de l’élection comme fondée sur la prescience de Dieu, qu’elle soit en rapport avec la foi individuelle des hommes ou en rapport avec l’élection du Christ et de Son corps auquel chaque individu peut être incorporé par la foi.
  5. Le fait que l’élection soit « en Christ », qui est une position elle-même conditionnelle à la foi.
  6. Le fait que terme d’élu qui n’est appliqué qu’aux croyants actuels et non aux non-croyants qui croiraient par la suite.
  7. Le désir de Dieu du salut de tous.
  8. La provision de l’expiation pour tous.
  9. La proclamation de l’appel de l’Évangile à tous.
  10. L’attirance de tous vers la foi en Christ.
  11. Le libre arbitre humain (libéré par la grâce divine).
  12. Les nombreuses mises en garde sur l’abandon de la foi qui aurait pour conséquence la perte du statut d’élu et donc de la bénédiction du salut.

La doctrine de l’élection conditionnelle centre l’élection sur Christ en la conditionnant à notre union avec Lui, et ne réduit donc pas le rôle de Christ à un moyen par lequel l’élection serait accomplie. Qui plus est, l’élection conditionnelle souligne l’initiative gracieuse de Dieu pour le salut envers les personnes totalement dépravées que nous sommes, nous encourageant ainsi à l’humilité et à la louange. En effet, quelle merveilleuse grâce Dieu manifeste par Sa décision de choisir ceux qui méritent l’enfer pour les adopter dans Sa famille, et leur offrir le salut et toute bénédiction spirituelle. Un don gratuit reçu par la foi (condition non méritoire de l’élection). Toutefois, cette gratuité pour nous a coûté un grand prix pour Dieu. Il a sacrifié son propre Fils pour pouvoir nous choisir. Par conséquent, cela a aussi exigeait un grand prix pour Jésus-Christ, qui est mort pour nous afin que nous puissions être choisis par Dieu. Toute louange et gloire à Dieu seul !

7. La sécurité en Christ

[Cf. article n°5 de la Remontrance]

7.1. Introduction et résumé historique de la position arminienne concernant la sécurité en Christ

À la base, la « sécurité en Christ » signifie que le salut d’une personne est en sécurité tant qu’elle est en Christ, c’est-à-dire aussi longtemps qu’elle met sa confiance en Christ et se trouve donc dans une foi-union avec Lui. La sécurité du salut doit être fondée sur Christ, sur les promesses de Sa parole et sur notre relation de foi avec Lui, et non sur un décret divin inconnaissable par lequel Dieu aurait choisi certaines personnes pour le salut de manière inconditionnelle. Un décret divin inconditionnel qui ne peut pas être connu avant la fin de sa vie ou la fin des temps ne garantit en rien l’assurance du salut et ne procure aucune confiance aux croyants.

Les arminiens ont quelques divergences en leur sein sur le sujet de la nature spécifique de la sécurité du salut. Il demeure encore quelques questions sur le fait de savoir si Arminius croyait à la possibilité de l’apostasie (un mot signifiant abandonner la foi) pour les véritables croyants ou s’il était indécis sur la question. Cependant la plupart des spécialistes s’accordent tout de même à affirmer qu’Arminius croyait que les véritables croyants pouvaient abandonner leur foi en Christ et donc abandonner le salut. De même, les premiers arminiens, connus sous le nom de remontrants et partisans d’Arminius dans les débats théologiques de la Hollande du XVIIe siècle, étaient à l’origine indécis quant à savoir si les vrais croyants pouvaient commettre l’apostasie. Mais ils sont finalement arrivés à la conclusion que l'apostasie est une réelle possibilité.

Traditionnellement, les arminiens ont donc cru que les vrais croyants peuvent abandonner la foi en Christ et ainsi périr comme des incroyants en perdant leur salut. La théologie arminienne a donc de manière générale adopté cette position doctrinale. Cependant, le fait qu’il y a un doute sur la propre position d’Arminius, et celle des premiers arminiens, ainsi que le fait que la première déclaration confessionnelle de la théologie arminienne, connue sous le nom des Cinq articles des remontrants, indique explicitement une incertitude au sujet de la possibilité de l’apostasie chez les vrais croyants, suggère que ce point doctrinal n’est pas un point constitutif de la théologie arminienne. Par conséquent, il semble judicieux de considérer comme arminiens toutes personnes en accord avec l’arminianisme sur tous les autres points hormis celui-ci. Pour être plus précis, nous pourrions les définir comme des « arminiens à 4 points » ou des « arminiens modérés », mais des arminiens quand même. Les arminiens modérés croient que la sécurité en Christ signifie en quelque sorte que Dieu s’assurera que les croyants n’abandonneront jamais leur foi et par conséquent ne périront jamais comme des incroyants.

Nous allons maintenant exposer la position arminienne traditionnelle qui affirme la possibilité de l’apostasie. Il s’agit de la position arminienne historique et distinctive, même si elle n’est pas essentielle à la qualification d’arminien.

7.2. La nécessité de la persévérance dans la foi

Tous les arminiens (tout comme les calvinistes traditionnels) conviennent que persévérer dans la foi est nécessaire pour le salut final. En effet, la thèse niant la nécessité de la persévérance (défendue par ceux que l’on appelle parfois « calvinistes modérés ») était pratiquement inexistante jusqu’au XXe siècle. Quant à la conviction considérant que persévérer dans la foi est nécessaire pour le salut final, mais qu’il est impossible pour les vrais croyants de se détourner de leur foi, il est surement tout aussi significatif qu’elle n’est plaidée dans aucun écrit chrétien existant avant le XVIe siècle !

Bien que ces considérations historiques ne puissent pas être décisives en matière de théologie, elles suggèrent une forte prudence à l’égard de ceux qui tiennent ces positions très récentes et amènent un certain appui à la thèse arminienne traditionnelle.

Le fait que le salut est conditionnel à la foi et que la condamnation est en partie conditionnelle à l’incrédulité (Jn 3:16-18, 3:36) implique que rester dans la foi est nécessaire pour le salut final. En d’autres termes, les croyants seront sauvés, mais les incroyants périront. Si quelqu’un passe d’incroyant à croyant, alors il sera sauvé, et si quelqu’un passe de croyant à incroyant, alors il sera perdu. Nous apercevons ce principe plutôt clairement dans Ézéchiel 33:13-19,

« Lorsque je dis au juste qu’il vivra, -s’il se confie dans sa justice et commet l’iniquité, toute sa justice sera oubliée, et il mourra à cause de l’iniquité qu’il a commise. Lorsque je dis au méchant : Tu mourras ! - s’il revient de son péché et pratique la droiture et la justice, s’il rend le gage, s’il restitue ce qu’il a ravi, s’il suit les préceptes qui donnent la vie, sans commettre l’iniquité, il vivra, il ne mourra pas. Tous les péchés qu’il a commis seront oubliés ; il pratique la droiture et la justice, il vivra. Les enfants de ton peuple disent: La voie du Seigneur n’est pas droite. C’est leur voie qui n’est pas droite. Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, il mourra à cause de cela. Si le méchant revient de sa méchanceté et pratique la droiture et la justice, il vivra à cause de cela. » (Ézéchiel 33:13-19)

Ou encore, dans Deutéronome 29:18-20,

« Qu’il n’y ait parmi vous ni homme, ni femme, ni famille, ni tribu, dont le coeur se détourne aujourd’hui de l’Éternel, notre Dieu, pour aller servir les dieux de ces nations-là. Qu’il n’y ait point parmi vous de racine qui produise du poison et de l’absinthe. Que personne, après avoir entendu les paroles de cette alliance contractée avec serment, ne se glorifie dans son cœur et ne dise : J’aurai la paix, quand même je suivrai les penchants de mon cœur, et que j’ajouterai l’ivresse à la soif. L’Éternel ne voudra point lui pardonner. Mais alors la colère et la jalousie de l’Éternel s’enflammeront contre cet homme, toutes les malédictions écrites dans ce livre reposeront sur lui, et l’Éternel effacera son nom de dessous les cieux. » (Deutéronome 29:18-20)

La parole prophétique rapportée dans 2 Chronique 15:2 énonce également ce principe mais d’une autre manière : « Écoutez-moi, Asa, et tout Juda et Benjamin ! L’Éternel est avec vous quand vous êtes avec lui ; si vous le cherchez, vous le trouverez ; mais si vous l’abandonnez, il vous abandonnera ».

Dans le Nouveau Testament, un principe similaire s’applique envers la foi en Christ et le salut. 2 Timothée 2:12 déclare très clairement, « si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui ; si nous le renions, lui aussi nous reniera ». Et par contraste à la persécution et à la tromperie spirituelle, Jésus déclare : « celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (Mt 24:13). En effet, l’une des principales préoccupations du Discours sur le mont des Oliviers du Seigneur est d’exhorter ses disciples à être attentifs, vigilants et à persévérer dans leur fidélité à Jésus en dépit des pressions ou tentations diverses pouvant les égarer, de peur qu’ils ne soient exclus de son royaume et du salut (Mt 24:4, 13, 24, 26, 42-51,  25:1-13, 26-30).

Il existe de nombreux avertissements dans le Nouveau Testament, témoignant de la possibilité de l’apostasie. Il serait incohérent de lancer des avertissements contre une chose impossible. La thèse affirmant que l’apostasie est impossible et que les avertissements permettraient d’assurer que les vrais croyants y obéiront est insoutenable. En effet, dans ce cas le croyant sait qu’il est averti contre quelque chose qu’il ne peut pas faire et contre des conséquences qu’il ne pourra jamais expérimenter, ce qui rend caduque toute motivation d’obéir aux avertissements.

7.3. La persévérance inconditionnelle face aux enseignements bibliques

Il y a quelques passages bibliques pouvant donner l’impression d’une assurance inconditionnelle du salut pour les croyants. Ces passages soutiendraient, selon certains, que Dieu veillera à ce que les croyants ne se détournent jamais de leur foi. Pourtant l’idée que les croyants puissent abandonner leur foi et perdre le salut est une préoccupation omniprésente dans le Nouveau Testament. Cela est mentionnée dans de nombreux passages, que ce soit explicitement ou implicitement. Par conséquent, les passages qui peuvent sembler inconditionnels parce qu’ils n’énoncent pas explicitement une condition devraient supposer la condition de persévérance dans la foi et la capacité de renoncer à la foi et non pas supposer que Dieu ne permettra pas au croyant de renier sa foi. Les passages qui font directement référence à l’apostasie, ceux qui indiquent la conditionnalité et l’incertitude concernant l’atteinte du salut final des croyants actuels, ainsi que ceux qui avertissent les croyants sur le fait de se détourner du Christ et donc de périr, manifestent tous la possibilité pour des véritables croyants de faire naufrage dans leur foi.

Dans Marc 8:38, Jésus a averti ses disciples, « Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges ». Ailleurs il les avertit encore, « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? » (Mt 5:13). Dans Matthieu 6:15, Jésus dit, « si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ». La signification de cet avertissement est illustrée avec clarté dans la parabole du serviteur impitoyable, dans laquelle un roi pardonne à son serviteur mais retire ensuite son pardon, car le serviteur ne pardonne pas à son tour son compagnon de service. La conclusion de la parabole est frappante : « Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié ; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur. » (Mt 18:32-35). Le message est clair : même si les péchés d’une personne ont été pardonnés et, donc par conséquent, cette personne est sauvée, Dieu retirera le pardon de cette personne si elle-même ne pardonne pas à ses frères et sœurs dans la foi, révoquant ainsi son salut.

Cependant, puisque le salut et la justification s’obtiennent par la foi et non par les œuvres, et que la foi produit l’obéissance (Rm 1:5, 14:23, 16:26 ; Ga 5:6 ; 1Th 1:3 ; Jn 2:14-26), ces passages ne devraient pas être considérés comme indiquant que le péché en lui-même peut entraîner la perte du salut, que ce soit par un péché quelconque ou uniquement par les péchés les plus monstrueux. Il s’agit plutôt, au contraire, du refus continu de se repentir des péchés qui manifeste qu’en réalité la personne ne se confie plus en Christ comme Seigneur et Sauveur (quand bien même elle continuerait de l’affirmer). C’est donc l’abandon de la foi authentique qui mène au rejet pratique de la Seigneurie du Christ et donc à la perte du salut, malgré une quelconque profession. Comme Paul le mentionne dans Tite 1:16, il y en a qui « font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres ».

En effet, Jésus a déclaré que le Père retranche tout homme en Lui qui ne porte pas de fruit et exhorte ses disciples à demeurer en Lui, car cela les amènera à porter du fruit (Jn 15:1-6). Nous avons ici une image de quelqu’un qui étant en Christ, avait un état de salut, puis sorti du Christ, c’est-à-dire, sorti de cet état de salut (union avec Christ) passe à un état de non-sauvé. Comme Jésus le déclare dans Jean 15:6, « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent ». Il s'agit d'une image au sujet du jugement final. Puisque l’union avec Christ et l’obéissance sont par la foi, l’incapacité de produire des fruits révèle que la foi a été abandonnée et le Père retire l’apostat effectif de l’union avec Christ. C’est en partie pourquoi Jésus exhorte ses disciples à demeurer en Lui, ce qui signifie essentiellement de continuer à avoir foi en Lui. Cette exhortation n'aurait pas le moindre sens s’il leur était impossible de l’abandonner.

Dans Son explication de la parabole du semeur dans l’évangile de Luc, Jésus indique que la foi apporte le salut (Lc 8:12), mais il parle aussi de certains qui « entendent la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont point de racine, ils croient pour un temps, et ils succombent » (Luc 8:13). Il évoque également ceux qui ne produisent pas de fruits arrivant à maturité, car ils sont « étouffés par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie » (Lc 8:7-14). Toutes les réactions infidèles à la parole de Dieu dans la parabole sont mises en contraste avec une réaction fidèle, persévérant conformément à la parole (Lc 8:15). De toute évidence, tenir fermement à la parole est implicitement recommandé par la parabole et se détourner de la parole est implicitement condamné. Cependant, si ceux qui se détournent le font vis à vis d’une fausse foi quelconque, il ne serait pas cohérent de représenter ce renoncement comme mauvais. Au contraire, la parabole met plutôt en garde contre la tentation de s’éloigner de la vraie foi et exhorte à la persévérance dans cette même vraie foi. Comme Jésus l’a dit à un homme qui a promis de le suivre après qu’il puisse faire ses adieux à sa famille, « quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu » (Lc 9:62).

7.4. Le sujet de l’apostasie dans les épitres du NT

[N.D.L.R. : Les épitres du Nouveau Testament contiennent de nombreuses références à la possibilité de l'apostasie (Rm 11:20-23 ; 1Co 15:1-2 ; 1Th 3:5 ; He 6 ; 2Pi 2 ; etc.). Découvrez une liste commentée de ces passages : Le sujet de l'apostasie dans les épîtres du Nouveau Testament]

7.5. L’assurance du salut et la persévérance

Malgré toutes ces mises en garde et ces avertissements présents dans le Nouveau Testament au sujet de l’apostasie et la perte du salut, les chrétiens ont de bonnes raisons d’avoir une assurance solide de leur salut. Avant d’expliquer pourquoi, il serait utile de se pencher sur le fait que le Nouveau Testament parle d’un salut en trois temps : passé, présent et futur. Les croyants ont été sauvés dans le passé lorsqu’ils ont pour la première fois mis leur confiance en Christ et sont ainsi venus prendre part au salut accompli par la croix (nous pouvons dire que nous sommes sauvés par la mort et la résurrection de Jésus, tout comme nous pouvons dire durant un match sportif que l’équipe avec le meilleur score gagne, bien que le match ne soit pas encore terminé). C’est pourquoi l’Écriture parle parfois des croyants comme ayant été sauvés dans le passé (Rm 8:24 ; Ep 2:5 ; Ep 8 ; 2Ti 1:8-9 ; Tt 3:4-7). Toutefois, elle parle aussi des croyants comme étant sauvés dans le présent (1Co 1:18, 15:2 ; 2Co 2:15). Ou même de la jouissance d’un état présent de salut (Ep 2:5-8 ; la construction grecque dans ces versets indique un état présent de salut résultant du salut passé) étant donné que nous jouissons de nombreuses bénédictions spirituelles dans le présent, comme nous en avons déjà discuté dans la section « Élection conditionnelle ». Mais aussi par la sanctification qui est un processus continu de croissance en Christ et une conformité croissante à son image (Rm 6:12-23, 2:1-2 ; 2Co 3:18 ; Ep 4:21-24 ; Ph 3:12-14).

Néanmoins, nous n’avons pas encore ces bénédictions du salut dans leur plénitude. C’est le concept bien connu du « le déjà et le pas encore ». C’est-à-dire que nous avons dès maintenant, mais partiellement les bénédictions du salut de Dieu, et que nous les recevrons pleinement quand le Christ reviendra et amènera la plénitude du Royaume de Dieu et la plénitude de notre nouvel être éternel. C’est ainsi que parle le Nouveau Testament du salut futur (Rm 5:9-10, 6:22, 8:11-13, 16-19, 23-25, 13:11 ; Ga 5:5 ; Ph 3:10-11, 3:20-21 ; 1Th 1:10, 5:9 ; He 9:28 ; 1Pi 1:5). Les chrétiens deviendront pleinement et définitivement sauvés dans ce futur, au moment où Jésus reviendra.

Le fait que le salut complet et définitif est à venir dans le futur nous explique pourquoi la persévérance dans la foi est nécessaire. Le fait qu’il existe une expérience substantielle, bien que partielle, du salut passé et présent nous explique pourquoi les chrétiens peuvent avoir une solide assurance du salut. Tout d’abord, nous pouvons avoir la pleine assurance de notre salut passé et présent (1Jn 5:13). Si une personne croit, alors il peut savoir qu’il a été sauvé et est sauvé à travers les nombreuses promesses dans l’Écriture affirmant que Dieu sauve ceux qui croient. (Cela pose un sérieux problème à la position de la persévérance inévitable, qui soutient que les vrais croyants ne peuvent pas abandonner le Christ, et donc, que les croyants professants qui tombent n’ont jamais été de véritables croyants. En effet, si quelqu’un peut se tromper lui-même ainsi que son entourage sur le fait qu’il soit croyant, par son éventuelle chute, il démontre qu’il n’a jamais été réellement croyant, comment pourrions-nous savoir que nous ne sommes pas dans ce cas ? Que nous nous trompons sur notre témoignage et qu’en réalité nous n’avons pas la foi et ne sommes pas sauvés ?)

De plus, notre salut présent nous apporte les prémisses de toutes sortes de bénédictions divines, et nous savons que ces bénédictions nous serons données pleinement lors du retour de Christ ; à condition que nous persévérions dans la foi jusqu’à son retour. Ces promesses de plénitude nous encouragent et fortifient notre persévérance dans la foi. En fait, Dieu protège notre relation de foi avec Lui de toute force extérieure qui voudrait nous arracher de Christ ou de notre foi (Jn 10:27-29 ; Rm 8:31-39 ; 1Co 10:13). Dieu nous préserve donc dans le salut aussi longtemps que nous demeurons en Christ (cf. 1Pi 1:3-5 et d’autres nombreux passages que nous avons évoqués dans cet article sur le sujet du salut conditionnel à la foi). De même que le Saint-Esprit nous a donné le pouvoir de croire en Christ, il nous donne la capacité de pouvoir persévérer dans la foi en Christ (Ga 5:16-25 ; Ep 3:14-21 ; 1Co 10:13). De plus, puisque Christ est mort pour tous, nous pouvons affirmer que Christ est mort pour nous et que Dieu veut notre salut (ce que ne pourrait pas affirmer la position de l’élection inconditionnelle, étant donné que dans cette position, la grâce est irrésistible et l’expiation limitée. Dans ces conditions, il n’est possible pour quelqu’un de savoir s’il est élu et que Christ est mort pour lui uniquement s’il a persévéré jusqu’à la fin).

7.6. Conclusion concernant la sécurité en Christ

Ainsi, les croyants peuvent avoir une assurance solide et ferme du salut, mais non une assurance absolue ou inconditionnelle. Alors que certains pourraient trouver cela troublant, il faut avoir conscience qu’une fausse sécurité est bien plus troublante et dangereuse. Elle pourrait conduire des chrétiens à manquer de vigilance envers ce qui est nécessaire à la persévérance, et donc potentiellement de chuter et périr. C’est quand quelqu’un pense que le feu ne peut pas le brûler qu’il est beaucoup plus susceptible de jouer avec le feu et de se brûler. Par ailleurs, il est rare que la vie offre une assurance inconditionnelle de quoi que ce soit, et cela ne nous n’empêche pas d’avoir une grande assurance pour de nombreuses choses, malgré l’absence d’une assurance inconditionnelle. Dans notre vie quotidienne, nous avons régulièrement une grande assurance pour des choses futures qui sont néanmoins conditionnelles au fait que nous devons continuer à remplir les conditions pour cette chose, par exemple simplement en continuant à vouloir en être le bénéficiaire. De la même manière, les chrétiens peuvent avoir une assurance totale de leur salut passé et présent, et une grande assurance quant à leur salut définitif futur, qui est néanmoins conditionnées par leur persistance à satisfaire la condition de ce salut définitif, à savoir, la foi.

Admirablement, Dieu promet aux vrais chrétiens de leur donner la capacité de persévérer dans la foi et qu’aucune chose extérieure ne pourra les arracher loin de Lui. À travers notre salut présent, nous avons l’assurance absolue que Dieu nous permettra de persévérer pour le salut définitif et que Dieu désire que nous y arrivions. Il ne garantit pas qu’il nous fera persévérer irrésistiblement. Tout comme la grâce de Dieu est résistible avant que nous croyions, elle continue d’être résistible pendant que nous croyons.

« Or, à celui qui peut vous préserver de toute chute et vous faire paraître devant sa gloire irrépréhensibles et dans l’allégresse, à Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus Christ notre Seigneur, soient gloire, majesté, force et puissance, dès avant tous les temps, et maintenant, et dans tous les siècles ! Amen ! » (Jude 1:24-25)


Article original : ABASCIANO, Brian. The FACTS of Salvation: A Summary of Arminian Theology/the Biblical Doctrines of Grace. In : Society of Evangelical Arminians [en ligne]. 2013-10-2 [consulté le 2020-05-19]. Disponible à l’adresse : http://evangelicalarminians.org/the-facts-of-salvation-a-summary-of-arminian-theologythe-biblical-doctrines-of-grace/

Source des citations bibliques : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

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