Les cinq articles des remontrants

Allégorie Synode de Dordrecht

[Ce document a été rédigé en 1610 par les remontrants, les partisans de Jacobus Arminius, à l'attention des États de Hollande. Les cinq articles des remontrants ont été discutés lors du Synode de Dordrecht (1618-1619). À cette occasion, un document plus détaillé sur chacun des cinq articles, L'opinion des remontrants (1618) fut présenté en complément. La somme de ces deux écrits traduit la position théologique officielle des premiers remontrants et constitue une référence importante de la théologie arminienne.]

Article 1

Que Dieu a décidé, avant la fondation du monde, par un décret éternel et inchangeable en Jésus-Christ, son Fils, de sauver en lui, selon lui et par lui, du milieu de l’humanité déchue et pécheresse, ceux qui par la grâce du Saint-Esprit croient en son Fils Jésus-Christ et qui dans l’obéissance de la foi et par la même grâce persévéreraient jusqu’à la fin. Par contre, il laisse subsister dans le péché et sous sa colère les inconvertis et les incroyants, et les condamne comme des étrangers à Christ, selon la parole du saint évangile en Jean 3.36 : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne se confie pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui, comme dans d’autres textes.

Article 2

Qu’ainsi, Jésus-Christ, le Sauveur du monde, est mort pour tous et pour chaque homme. Il a ainsi obtenu pour tous, par sa mort sur la croix, la réconciliation et le pardon des péchés, mais de telle sorte que personne en dehors du croyant ne jouit réellement de ce pardon des péchés, selon notamment la parole de l’évangile en Jean 3.16 : Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle; et en 1 Jean 2.2 : Il est lui-même victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier.

Article 3

Que l’homme ne possède pas la foi qui sauve en lui-même, ni par la force de sa volonté, parce que, du fait de son égarement et du péché, il ne peut rien vouloir, penser ou faire qui soit réellement bon (comme notamment la foi qui sauve). Il lui est nécessaire d’être régénéré et renouvelé par Dieu en Christ par le Saint-Esprit dans son intelligence, ses sentiments ou sa volonté dans toutes ses capacités, pour qu’il puisse bien comprendre, penser et vouloir le vrai bien et l’accomplir selon la parole de Christ en Jean 15.5 : Moi, je suis le cep; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire.

Article 4

Que cette grâce de Dieu est le commencement, le progrès et l’achèvement de tout ce qui est bien, au point que l’homme né de nouveau ne peut penser, vouloir ou faire le bien sans cette grâce prévenante qui l’assiste, le réveille, le suit et coopère avec lui. Sans elle, il ne peut pas non plus résister à la tentation au mal. Ainsi, toute bonne œuvre ou action que l’on puisse s’imaginer doit être attribuée à la grâce de Dieu en Christ. Pourtant, concernant le mode d’opération de cette grâce, elle n’est pas irrésistible, car il est écrit de beaucoup qu’ils ont résisté au Saint-Esprit, Actes 7 et ailleurs.

Article 5

Que ceux qui ont été incorporés à Christ par une vraie foi et qui, de la sorte, sont devenus participants de son Esprit vivifiant, possèdent une force abondante pour combattre contre Satan, le péché, le monde et leur propre chair et obtenir la victoire. Bien sûr, cela se fera toujours par l’assistance du Saint-Esprit. Jésus-Christ les assiste dans toutes leurs tentations par son Esprit et leur prête main forte. Dans la mesure où ils sont prêts au combat et désirent son aide sans être passifs, ils ne pourront être séduits ou ravis hors des mains de Christ par la ruse ou par la violence de Satan, selon la parole de Christ : Personne ne peut les arracher de ma main (Jean 10.29). Mais quant à savoir s’ils sont capables par négligence d’abandonner leur commencement de la vie chrétienne, de retourner en ce présent siècle mauvais, de se détourner de la sainte doctrine qui leur fut enseignée, de perdre la bonne conscience, et de négliger la grâce, cela devra d’abord être déterminé à partir des Saintes Écritures, avant que nous puissions l’enseigner avec une pleine persuasion intérieure.

Ces articles, ainsi présentés et enseignés, les remontrants les jugent conformes à la Parole de Dieu, propices à l'édification, et, ce faisant, suffisants pour le salut, de sorte qu'il n'est pas nécessaire ou édifiant de s'élever plus haut ou de descendre plus bas.


Source du texte original complet :  SCHAFF, Phillip.  The Five Arminian Articles. A.D. 1610. In  : The Creeds of Christendom. vol.  3, Grand Rapids, MI :  Baker Books, , p. 545-549. Disponible à l’adresse :  https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xv.html

Source de la traduction des articles : EGBERTS, Egbert. Une tulipe peu ordinaire : le calvinisme en question. Olonzac : Éditions l’Oasis, 1990, p. 45-46.

Abonnez-vousRecevez nos publications régulières par email

Suivez-nous également sur notre page facebook
retour en haut du site