Examen critique de la théologie du processus

Terre main

Théologie du processus et christianisme

Robert Jenson, théologien luthérien, dit un jour en plaisantant que l'unique problème de la théologie du processus est qu'elle constitue une alternative attrayante à la foi chrétienne. Je suis d'accord avec lui.

Par contre, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je ne dis pas que les personnes qui croient à la théologie du processus ne peuvent pas être chrétiennes. De nombreux chrétiens ont une théologie profondément tordue. Peut-être même que la majorité des chrétiens ont une théologie profondément défectueuse !

Ce que je dis, c'est qu'un chrétien qui croit en la théologie du processus est chrétien en dépit de sa théologie, et non pas à cause d'elle. Encore une fois, je dirais la même chose de beaucoup d'autres chrétiens adhérant à d'autres théologies. Ne me relancez pas là-dessus...

Alors pourquoi Jenson affirma cela et pourquoi je suis d'accord avec lui ?

Je ne peux pas parler pour Jenson, mais je suppose que son affirmation repose sur les mêmes raisons que les miennes. (J'ai lu et côtoyé suffisamment de Jenson pour pouvoir dire que cette supposition est crédible).

Une théologie relationnelle particulière

Avant de m'expliquer, laissez-moi préciser que de très nombreuses personnes que je connais pensent croire à la théologie du processus alors que ce n'est pas vraiment le cas. Comme beaucoup d'étiquettes et de catégories théologiques, avec le temps, la « théologie du processus » a été élargie afin de couvrir beaucoup plus d'aspects qu'elle ne couvrait à l'origine. De nombreuses personnes prétendent donc croire à cette théologie sans savoir finalement ce qu'elle est, historiquement et théologiquement, ou ce qu'elle implique logiquement.

Quand je parle de « théologie du processus », j'entends le type de théologie (soi-disant) chrétienne se basant sur la philosophie d'Alfred North Whitehead (éventuellement remaniée par Charles Hartshorne) et représenté, de manière prototypique, par John Cobb, David Griffin, Norman Pittenger, Delwin Brown, et autres.

Alfred Whitehead
Alfred Whitehead

 

En d'autres termes, la « théologie du processus » n'est pas n'importe quelle théologie relationnelle. C'est une théologie relationnelle particulière, mais pas la seule. J'ajouterais même, pas la meilleure. Par exemple, la théologie relationnelle de Jürgen Moltmann est, de mon point de vue, bien meilleure que la théologie du processus.

Beaucoup de personnes ont simplement suivi un cours comprenant un peu de la théologie du processus, ou lu un livre écrit par un théologien de ce mouvement, ou juste entendu parler de la théologie du processus, et ont pris ainsi le train en marche sans réellement savoir tout ce que cette théologie implique. Ainsi, ce n'est pas parce que vous vous dites adhérent de la théologie du processus que vous l'êtes vraiment.

Modèle type de la théologie du processus

Quels sont donc les éléments essentiels de la théologie du processus ? La description en dix points que je vais vous proposer se base sur la version du « modèle type » reposant sur le consensus des théologiens les plus connus et les plus influents adhérant à cette théologie, dont certains ont été mentionnés précédemment.

  1. La théologie du processus suppose que pour être, il faut être en relation. C'est une vision du monde relationnelle et organique.
  2. La théologie du processus affirme que Dieu n'est pas une exception aux règles ontologiques de base, mais qu'il en est le principal exemple.
  3. La théologie du processus affirme que l'omnipotence est une erreur théologique. Dieu n'est pas et ne peut pas être omnipotent. Le seul pouvoir de Dieu est le pouvoir d'influence (pouvoir de persuasion).
  4. La théologie du processus est une forme de naturalisme théiste. Elle ne fait pas de place au surnaturel ou aux interventions divines (miracles).
  5. La théologie du processus nie la creatio ex nihilo (création à partir de rien) et affirme le panenthéisme classique (Dieu et le monde sont mutuellement interdépendants). Il y a un sens dans lequel Dieu est dépendant du monde (au-delà d'un principe d'autolimitation).
    Classic and process theism
    Théisme classique et du processus

     

  6. La théologie du processus se réfère à Dieu comme étant « dipolaire ». Dieu a donc deux « pôles » (ou « natures »), un primordial et un conséquent. Le pôle primordial de Dieu est uniquement potentiel et consiste en des idéaux. Le pôle conséquent de Dieu est actuel et consiste en l'expérience de Dieu. Le monde apporte l'expérience à Dieu. Dieu n'a pas d'expérience dans son pôle primordial. (Le théologien Austin Farrer appelle cela l'absence d'« actualité antérieure en Dieu » de la théologie du processus).
  7. La théologie du processus considère Dieu comme radicalement temporel. Dieu apprend au fur et à mesure que l'histoire se déroule. La manière avec laquelle l'histoire se déroule dépend en fin de compte des créatures (occasions actualisées). (« Dieu propose, mais l'homme dispose »).
  8. La théologie du processus réduit l'activité créatrice de Dieu à la réalisation de l'ordre et de l'harmonie dans la mesure de ce qui est possible. Dieu n'est pas le créateur réel du monde ou de toute occasion actualisée (les événements de base de la réalité). Dieu ne peut créer qu'avec la coopération des créatures.
  9. La théologie du processus considère que Jésus-Christ est différent en degré, mais pas en nature des autres créatures. Sa « divinité » consiste à incarner l'activité auto-expressive de Dieu (« Logos ») qui est une « transformation créatrice ». Il n'est donc pas Dieu incarné dans un sens tout à fait unique, impossible à tout autre créature.
  10. La théologie du processus nie la garantie de la victoire finale de Dieu ou du bien sur le mal. L'avenir n'apportera rien de fondamentalement nouveau pour autant que nous le sachions. En fin de compte, le résultat final dépend de nous, pas de Dieu. Dieu fait toujours de son mieux, mais il ne peut rien garantir.

Critique de la théologie du processus

Je pense avoir présenté un résumé succinct et précis des principaux points de la théologie du processus. Bien entendu, certains adhérents au « processus » peuvent remettre en cause un ou deux de mes points, ou vouloir en rajouter un ou deux. Je vais maintenant exposer pourquoi je pense que cette théologie n'est pas une forme de théologie chrétienne.

  1. La théologie du processus a pour autorité ultime en matière de foi non pas la révélation divine, mais la philosophie et, en particulier, la métaphysique organique de Whitehead (ou éventuellement celle remaniée par Hartshorne). Cette métaphysique devient le « lit de Procuste » sur lequel la révélation doit s'adapter. La révélation n'est pas simplement influencée par cette philosophie ou intégrée à celle-ci, cette philosophie devient plutôt l'âme et le fondement de la révélation.
  2. La théologie du processus rejette l'idée que Jésus-Christ est Dieu, ou le Sauveur dans un sens acceptable. Sa christologie tend à être soit adoptionniste, soit nestorienne (comme c'est le cas pour Norman Pittenger).
  3. La théologie du processus donne très peu de place, voire aucune, à la Trinité. Les tentatives des théologiens du processus visant à inclure la Trinité dans leur théologie ont été très faibles et basculent essentiellement vers le modalisme. (Le théologien du processus catholique Joseph Bracken a tenté de développer une théologie du processus trinitaire, cependant je ne pense pas qu'elle soit concluante).
  4. La théologie du processus rejette les miracles, y compris la résurrection corporelle/le tombeau vide de Jésus-Christ.
  5. La théologie du processus constitue une accommodation radicale à la modernité séculaire.
  6. La théologie du processus rejette l'efficacité de la prière pétitionnaire.
  7. La théologie du processus ne possède pas d'eschatologie réaliste.
  8. La théologie du processus rend Dieu dépendant du monde, et cela, non dans une perspective d'autolimitation volontaire (contrairement à la théologie relationnelle de Moltmann, par exemple).
  9. La théologie du processus fait du salut l'actualisation de l'« objectif originel » de Dieu et tombe ainsi dans une sorte de pélagianisme (excepté que pour la plupart des théologiens du processus, tout le monde est ou sera « sauvé » dans le sens traditionnel de réconciliation avec Dieu).
  10. La théologie du processus est tellement ésotérique qu'elle est incompréhensible pour le plus grand nombre. Elle utilise les termes conventionnels du christianisme, mais la signification qu'elle leur donne est si différente que seules les personnes imprégnées de la philosophie du processus peuvent la comprendre correctement. Les significations n'ont vraiment que peu, voire aucune, ressemblance avec celles issues du christianisme orthodoxe.

Peut-on trouver quelque chose de récupérable dans la théologie du processus ? En tout cas, rien que je ne puisse trouver ailleurs.

Conclusion

Alors, pourquoi donc la théologie du processus est-elle si populaire ? Je suppose que c'est parce qu'elle semble répondre à la question de la théodicée. Si la théologie du processus est véridique, il n'y a plus de questionnement concernant la théodicée. Le mal existe parce que Dieu n'est pas omnipotent et que les créatures, ayant le libre arbitre et un certain degré d'égocentrisme, s'opposent souvent à l'objectif originel de Dieu à leur égard. Toutefois je ne suis pas sûr que cette théologie puisse expliquer des maux aussi monstrueux que l'holocauste.

Certes, la théologie du processus résout la question de la théodicée mais cela à un coût bien trop élevé. Le Dieu de la théologie du processus n'est pas vraiment digne d'adoration. Pour être digne d'adoration, Dieu doit être à la fois grand et bon (et non pas l'un au détriment de l'autre). Le Dieu de la théologie du processus n'est pas assez grand pour être digne d'adoration. Il est suffisamment grand pour être admirable, mais pas pour être adoré.

Une meilleure réponse à la question de la théodicée se trouve sans doute dans le concept d'autolimitation de Dieu au sein de la création. C'est l'alternative que présente Moltmann, entre autres. Je recommande vivement le livre de Greg Boyd intitulé Is God to Blame ? aux personnes sensibles à la théologie du processus mais qui cherchent une alternative plus orthodoxe. (Aux personnes qui reprochent à Boyd son théisme ouvert, je précise que ce livre en particulier ne repose pas sur ce sujet).


Article original : OLSON, Roger E.. Why I Am Not a Process Theologian. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2013-12-04 [consulté le 2021-09-15]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2013/12/why-i-am-not-a-process-theologian/

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