Synthèse des différences entre le calvinisme, l’arminianisme et le théisme ouvert

Homme dans labyrinthe

Introduction

Quand il m’a été demandé de donner ces conférences, on m’a suggéré de traiter des sujets abordés dans mon nouveau livre, publié au printemps dernier par Randall House, intitulé Grace, Faith, Free Will, à savoir les différences existant historiquement entre le calvinisme et l’arminianisme. Ces points concernent certains des enseignements clés de nos confessions distinctives.

Important : ce sont des différences entre chrétiens. Je ne veux pas, par conséquent, diaboliser ceux avec lesquels je ne vais pas être d’accord : il y a des calvinistes qui croient en la Bible, tout comme il y a des arminiens qui croient en la Bible. Nous devons souligner que tous les véritables chrétiens sont d’accord sur les vérités fondamentales qui donnent sens à la vie. Nos divergences sont plutôt faibles si nous les comparons au nombre de nos accords sur ces vérités fondamentales. Pourtant, ces différences sont importantes pour comprendre qui nous sommes et ce en quoi nous croyons.

Arrière-plan

Le calvinisme et l’arminianisme sont des conceptions différentes sur le sujet de la provision de Dieu pour le salut. Ces conceptions ont été définies de manière systématique par deux théologiens du passé.

Jean Calvin (mort en 1564), l’un des premiers produits de la Réforme protestante en Suisse, était un éminent théologien systématique. Sa formulation de la théologie reste l’un des systèmes doctrinaux les plus influents au sein du Christianisme, reconnu comme une autorité, en particulier au sein de groupes appelés « réformés » ou « presbytériens », ainsi que par certains « baptistes ».

Jacobus Arminius (mort en 1609), pasteur et théologien de l’Église Réformée de Hollande, admirateur de Calvin, arrive à une position différente de Calvin sur certains points de la la doctrine fondamentale du salut. Sa pensée, à travers ses divers développements, est la plus répandue au sein des confessions chrétiennes « méthodistes », certains « baptistes » (notamment les « baptises libres »), la plupart des confessions de « sainteté », [ainsi que les pentecôtistes].

Le calvinisme et l’arminianisme sont donc les représentations des deux systèmes de pensée concernant le salut qui s’étaient développés à partir de cette divergence doctrinale entre Calvin et Arminius.

Résumé des différences : Calvinisme

Bien que simplifiée, la définition traditionnelle de ces différences s’exprime par l’acronyme anglais T.U.L.I.P. qui est une représentation de la sotériologie (doctrine au sujet du salut) du calvinisme :

Dépravation Totale. L’accent est mis de manière à faire comprendre que les êtres humains ne sont pas en mesure d’avoir foi en Christ si Dieu n’a pas préalablement changé leur nature à travers la régénération. La nouvelle naissance précède la foi qui sauve !

Élection inconditionnelle. Dans l’éternité, avant que quoi que ce soit n’ait été créé, Dieu s’est tourné vers l’avenir et a choisi quelles personnes seront sauvées sans rien prendre en considération les concernant, pas même leur foi. Il a déterminé les « élus » pour le salut, et tous les autres pour la condamnation.

Expiation limitée. Cela signifie que Dieu a envoyé Son Fils mourir pour les péchés des élus uniquement. Cela signifie que Jésus n’est pas mort pour le monde entier.

Grâce Irrésistible. Lorsque dans l’histoire, les « élus » sont sauvés, cela se fait de manière à ce qu’ils ne puissent résister à l’oeuvre de régénération de Dieu. Toutes les personnes déchues résistent à Dieu, ainsi Dieu régénère les élus sans leur coopération. Ce n’est qu’après la régénération qu’ils sont amenées à la foi et à la soumission.

Persévérance. Ceux que Dieu a régénérés ne pourront jamais redevenir non régénérés, en raison de leur nature régénérée, et par le travail de la grâce que Dieu opère en eux.

Tous ces éléments vont logiquement de pair pour dire que le salut est issu du « décret » inconditionnel de Dieu, les décrets correspondant aux décisions prises par Dieu dans l’éternité conformément à ce qu’Il a prévu. Ainsi le salut provient de l’élection, non de la foi.

Résumé des différences : Arminianisme

Quelle est la position de l’arminianisme vis-à-vis de ces « 5 points du Calvinisme » ?

Dépravation totale ? Oui. La chute a affecté négativement la personne tout entière : physiquement, spirituellement, émotionnellement et mentalement.

Une personne déchue, dépravée n’est pas capable, sans l’œuvre surnaturelle de Dieu, d’avoir foi en Christ pour le salut. Notre traité des baptistes libres dit que nous « ne sommes pas disposés à obéir à Dieu, mais que nous sommes enclins au mal ». Cependant, là où le calvinisme affirme que la première œuvre de Dieu sur les êtres humains déchus doit être la régénération (de sorte que seuls les élus peuvent être sauvés), les arminiens disent que Dieu fait d’abord un travail qui rend capable par une grâce pré-régénérative qui permet à la personne non régénérée de répondre dans la foi à l’offre du salut en Christ. Cela rend la foi possible, mais ne garantit pas la foi ou n’entraîne pas la régénération avant que la foi ne soit exercée.

Élection inconditionnelle ? Les arminiens enseignent, au contraire, l’élection conditionnelle. Oui, dans l’éternité, Dieu a choisi de sauver certains et non pas tous, mais Il a choisi ceux qui remplissent la condition de la foi. Il a choisi de sauver les croyants et de ne pas sauver les incroyants. Tout comme pour le salut, l’élection provient de la foi.

Expiation limitée ? Les arminiens croient que la Bible enseigne l’expiation illimité : Jésus est mort pour tous, pour chaque être humain, ce qui rend le salut accessible à tous.

Grâce Irrésistible ? Non, il est possible de résister à la grâce rédemptrice de Dieu. La grâce qui rend capable, qui rend la foi possible pour les êtres humains dépravés, peut être reçue ou rejetée. Par Sa grâce, Il travaille à la fois avec ceux qui croiront et ceux qui ne croiront pas, afin de rendre la foi possible en dépit de la dépravation. En réponse, certains croient et sont sauvés ; d’autres, qui sont en capacité de pouvoir croire, ne le font pas et sont perdus.

Persévérance ? Les arminiens croient que la persévérance est elle-même conditionnelle. Une personne véritablement régénérée peut ou non persévérer dans la foi salvatrice.

Encore une fois, le système forme un tout logique : Dieu nous aime tous et a pourvu au salut de tous par l’œuvre rédemptrice de Christ, permettant à tous ceux qui entendent l’Évangile (en dépit de leur dépravation) de pouvoir y répondre par la foi. Cependant, Il respecte la liberté de chacun et ne force au salut pour personne. Chacun, après Son œuvre bienveillante de conviction, fait son propre choix, c’est-à-dire croire en Christ et être sauvé ou Le rejeter et rester perdu. Enfin chacun peut persévérer ou tomber en vertu de cette même liberté de choix. C’est le salut par la foi : le Dieu souverain et Tout-Puissant, qui a le contrôle final sur tout dans cet univers, a librement décidé (décrété) de pourvoir au salut à tous, et de ne sauver que ceux qui répondent (et qui persévèrent) dans la foi.

Le « problème » de la prescience : Théisme ouvert

Comment réconcilier les connaissances et les décisions de Dieu dans l’éternité avec ce que nous faisons dans le temps ? Si Dieu sait ce que nous allons faire demain, n’allons-nous pas le faire ? Si Dieu a connu d’avance ceux qui mettraient leur foi en Jésus-Christ, ont-ils un autre choix ?

Il existe actuellement un mouvement en théologie (que je définis comme néo-arminien) appelé « théisme ouvert », qui nie le fait que Dieu connaisse à l’avance les décisions libres que prennent les êtres humains. Leur argumentation est intéressante. Ils disent que si Dieu sait d’avance quelle décision je vais prendre, alors c’est cette décision qu’il me faudra prendre, car si j’en prenais une autre, Dieu aurait tort ! Ainsi, afin de protéger notre liberté, ils ont opté pour la position théologiquement radicale consistant à nier le fait que Dieu connaisse l’avenir ! Comment réagissons-nous à cette énigme logique ?

Tout d’abord, nous faisons une distinction entre certitude, contingence et nécessité. Une « nécessité » est une chose qui ne peut être que comme elle est, en vertu du principe de cause à effet. Une « contingence » est une chose qui peut être ou ne pas être. Elle n’a pas à être « nécessairement » ce qu’elle est ; toute libre décision se trouve dans cette catégorie. En revanche une « certitude » est ce qui était, ce qui est, ou ce qui sera : un simple fait en d’autres termes.

Remarque : tous les événements sont des certitudes (des faits). Certains événements sont à la fois des certitudes et des nécessités, comme les lois de la physique, par exemple. En revanche, certains événements sont à la fois des certitudes et des contingences : si les membres de l’équipe des Flames veulent perdre leur prochain match, il est certain qu’ils le perdront (mais seulement s’ils le veulent) ; mais qu’ils gagnent ou qu’ils perdent est une contingence, selon la façon dont eux et l’autre équipe joueront, la décision des arbitres, etc. Cependant aucun événement ne peut être à la fois une contingence et une nécessité.

Nous croyons tous qu’il existe vraiment de libres décisions qui sont des contingences. Nous pouvons vraiment choisir une voie ou une autre pour toutes sortes de choses, futiles ou importantes, morales ou immorales. Bien que Dieu sache quelle voie nous allons choisir, Sa connaissance n’entraîne pas nos choix. Il ne connaît les choix que nous ferons qu’en vertu du fait que nous allons les faire. Il peut savoir quelque chose à l’avance sans pour autant que cette connaissance ferme la porte à d’autres possibilités.

Comparer la connaissance de Dieu à la nôtre peut nous aider. Bien que nous ne puissions pas connaître l’avenir, nous pouvons connaître le passé. Par exemple, je sais quel costume j’ai mis plus tôt ce matin. Devais-je mettre celui-ci ? Aurais-je pu en choisir un autre ? Bien sûr. Est-il certain que j’aie choisi celui-ci ? Oui. Cependant personne n’irait penser qu’étant donné que je sais avec certitude que je porterai ce costume, je n’aurais pas pu en porter un autre car cela m’amènerait à commettre une erreur ! Si j’avais décidé d’en porter un autre, je saurais présentement que je porterais ce dernier.

De la même façon, la connaissance de Dieu d’un fait futur n’est pas la cause de ce fait. Cela ne signifie pas non plus que le fait doive être comme il sera. Il sait que les États-Unis vont entrer en guerre contre l’Irak uniquement si, en fait, cela est amené à se produire. Lorsque des contingences sont en jeu, de libres décisions sont prises par les personnes concernées, le moment venu. La connaissance préalable de Dieu de ces décisions ne les provoquent pas et ne ferme pas plus la porte à d’autres possibilités que ne peut le faire ma connaissance du passé. Il sait quel est le choix que je ferai seulement si je vais vraiment faire ce choix.


Article original : PICIRILLI, Robert. Calvinisme, arminianisme et théologie du salut : Première conférence : Calvinisme contre arminianisme. In : Global Training Resources [en ligne]. 2016-11 [consulté le 2020-06-26]. Disponible à l’adresse : https://globaltrainingresources.org/blog/resources/calvinisme-et-arminianisme-la-doctrine-du-salut/?lang=fr. Reproduit avec autorisation.

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