L’arminianisme est une théologie centrée sur Dieu

Prière ciel


Critique du calvinisme réformé envers l’arminianisme

L’une des critiques les plus couramment professés par les détracteurs de l’arminianisme est qu’il s’agit d’une « théologie centrée sur l’homme »[1]J’utiliserai parfois cette expression sous sa forme non-inclusive car c’est la formulation habituellement utilisée. Elle signifie, bien entendu, « centrée sur l’humanité ».. Michael Horton, professeur de théologie au Westminster Theological Seminary (campus d’Escondido) et rédacteur en chef du magazine Modern Reformation, est l’un des réformés opposés à l’arminianisme qui porte fréquemment cette accusation. J’ai eu plusieurs longues conversations avec Horton au sujet de l’arminianisme classique et des stéréotypes que lui et d’autres réformés ont au sujet de cette théologie. Malgré cela, jusqu’à ce jour, il maintient que l’arminianisme est « centré sur l’homme ». Presque tous les articles du (tristement) célèbre numéro spécial sur l’arminianisme publié dans Modern Reformation en juin 1992 reprennent cette caricature. L’article d’Horton ne fait pas exception. Dans son article « Evangelical Arminianism », il dit qu’« un évangélique ne peut être arminien, pas plus qu’il ne peut être catholique »[2]HORTON, Michael. Evangelical Arminians. In : Modern Reformation. Mai/Juin 1992, p. 18.. Le théologien et rédacteur en chef du magazine Westminster, pour sa part, qualifie l’arminianisme de « message centré sur l’humain, sur le potentiel humain et la relative impuissance divine »[3]Ibid., p. 16..

Horton n’est pas le seul à porter cette accusation. Plusieurs auteurs de ce numéro « Arminianisme » de Modern Reformation émettent une critique semblable. Par exemple, Kim Riddlebarger, à la suite de B. B. Warfield, affirme que la liberté humaine est la base centrale de l’arminianisme, son « premier principe » qui régit tout le reste[4]Ibid., p. 23.. Ce qui revient à dire, d’une manière quelque peu différente, « centré sur l’homme ». Le théologien luthérien Rick Ritchie porte également une accusation similaire à la page 12 de ce numéro[5]Ibid., p. 12.. De même, le théologien Alan Maben cite Charles Spurgeon disant que « l’arminianisme est par sa nature une religion et une hérésie qui rejette Dieu pour s’exalter soi-même » et que l’homme en est la vedette principale[6]Ibid., p. 21..

Le théologien évangélique, feu James Montgomery Boice, était un de mes professeurs durant mes études de théologie. Dans son livre Whatever Happened to the Gospel of Grace ? (Crossway, 2001), cet homme qui de son vivant était le pasteur de la dixième plus grande église presbytérienne de Philadelphie, a écrit que sous l’influence de l’arminianisme, le christianisme évangélique contemporain est devenu « centré sur soi et […] épris de ses propres prétendues capacités spirituelles[7]BOICE, James Montgomery. Whatever Happened to the Gospel of Grace. Wheaton : Crossway, 2001, p. 168. ». Selon lui, les arminiens ne peuvent pas donner la gloire à Dieu seul car ils doivent garder un morceau de gloire pour eux-mêmes étant donné que la volonté humaine joue un rôle dans le salut. Il conclut en affirmant qu’« une personne qui pense ainsi ne comprend pas que la nature humaine est pleinement asservie et esclave du péché[8]Ibid., p. 167. ».

Le théologien coréen réformé Sung Wook Chung, qui a fait ses études de théologie à Princeton, écrit que l’arminianisme « exalte le pouvoir autonome et la volonté souveraine des êtres humains en niant ainsi la souveraineté absolue de Dieu et son libre arbitre. L’arminianisme considère également l’homme comme le centre de l’univers et le but de toutes choses[9]CHUNG, Sung Wook. Recovering God’s Sovereign Grace: The Arminian Captivity of the Modern Evangelical Church. In : Modern Reformation. Janvier/Février 1995, p. 2-3. ». Al Mohler, directeur du Southern Baptist Theological Seminary, écrit dans The Coming Evangelical Crisis que « la tradition arminienne est centrée sur l’humain[10]HUGUES, R. Kent, ARMSTRONG, John H.. The Coming Evangelical Crisis: Current Challenges to the Authority of Scripture and the Bible. Chicago : Moody, 1997, p. 34. ». Dans ce même ouvrage, Gary Johnson qualifie l’arminianisme de « foi centrée sur l’homme » et déclare que « lorsque la théologie devient anthropologie, elle n’est plus qu’une forme de mondanité[11]Ibid., p. 63. ».

Richard Mueller, spécialiste en orthodoxie protestante, propose une présentation subtile de cette critique dans son ouvrage sur Arminius intitulé God, Creation and Providence in the Thought of Jacob Arminius[12]MUELLER, Richard. God, Creation and Providence in the Thought of Jacob Arminius. Grand Rapids : Baker, 1991.. Mueller écrit que « la pensée d’Arminius témoigne […] d’une plus grande confiance dans la nature et les capacités naturelles de l’homme […] que la théologie prônait par ses contemporains réformés[13]Ibid., p. 233. ». Il poursuit en accusant Arminius de confondre nature et grâce et de placer la création au centre de la théologie au lieu de la rédemption. Il ajoute qu’Arminius avait tendance à « comprendre la création comme représentation du but ultime de Dieu[14]Ibid. ». Une lecture attentive de l’interprétation de Mueller concernant la théologie d’Arminius nous révèle qu’il l’accuse d’être anthropocentrique (centrée sur l’homme) plutôt que centrée sur Dieu et sur sa grâce. En revanche, une lecture attentive d’Arminius nous révèle à quel point cette compréhension est erronée.

Analyse de la critique

Que veulent dire toutes ces personnes lorsqu’elles accusent l’arminianisme d’être « centré sur l’homme » ou « centré sur l’humain » ? Et que signifie pour eux une théologie centrée sur Dieu (comme l’est prétendument la leur) ? Dans ce contexte de nouvelle vague calviniste représentée par exemple par les chrétiens « young, restless, Reformed », il est important de clarifier ces termes. En effet, on entend de plus en plus, comme une sorte de mantra, que les théologies non calvinistes seraient centrées sur l’homme alors  que la théologie réformée, elle, serait centrée sur Dieu. Leur principal maître à penser, John Piper, parle fréquemment du « théocentrisme de Dieu lui-même » faisant référence au fait que le but ultime de la création et la rédemption est la gloire de Dieu. Ce qui implique pour eux, exprimée parfois de manière explicite, que l’arminianisme n’est pas à la hauteur de cette vision élevée de Dieu. La nouvelle vague de calvinistes, sans tenir compte du sens de ces termes, utilise souvent ces clichés et ces schibboleths.

Lorsque les opposants à l’arminianisme accusent cette théologie d’être centré sur l’homme, il semblerait qu’ils s’appuient principalement sur trois éléments. Premièrement, cette théologie se concentrerait excessivement sur la bonté et les capacités humaines, particulièrement en ce qui concerne la rédemption. En d’autres termes, elle ne prendrait pas suffisamment en compte la dépravation de l’humanité et accorderait donc trop d’importance à la contribution de l’homme au salut. Une autre façon de dire cela reviendrait à dire que la théologie arminienne ne donne pas à Dieu seul toute la gloire du salut. Deuxièmement, l’arminianisme limiterait Dieu en suggérant que la volonté de Dieu pourrait être contrecarrée par les décisions et les actions humaines. En d’autres termes, la souveraineté et le pouvoir de Dieu ne seraient pas pris suffisamment au sérieux. Troisièmement, l’arminien mettrait un accent démesuré sur l’épanouissement et le bonheur de l’homme et cela au détriment du dessein de Dieu qui est de se glorifier en toutes choses. Une autre façon d’exprimer cela serait de dire que l’arminianisme aurait une notion sentimentale de Dieu et de l’humanité dans laquelle le but principal de Dieu est de rendre les humains heureux et épanouis.

Ces critiques ciblent des points légitimes, mais il est faux de dire que l’arminianisme classique les soutient. Il est d’ailleurs très rare que les opposants appuient leurs accusations en citant des théologiens arminiens ou Arminius lui-même. Lorsqu’ils parlent d’« arminianisme », il semble qu’ils se réfèrent plutôt à la religion populaire qui est, il est vrai, en grande partie semi-pélagienne. Certains, notamment Horton, mentionnent Charles Finney, revivaliste du XIXe siècle, comme étant responsable de l’entraînement du christianisme américain vers une spiritualité centrée sur l’homme. La question de savoir si Finney est un bon représentant de l’arminianisme est plus que discutable. Je suis d’accord avec Horton et les autres pour dire que le christianisme populaire en Amérique, y compris chez ceux que se qualifient d’« évangéliques », est bien trop centré sur l’homme. Cependant, je ne suis pas d’accord avec eux pour dire que l’arminianisme classique l’est également. Cela m’amène à penser que la plupart d’entre eux ne savent en réalité pas grand-chose sur l’arminianisme.

L’arminianisme serait centré sur les capacités humaines

Aux yeux de ces critiques réformés, que doit professer une théologie pour être considérée comme véritablement centrée sur Dieu ? Premièrement, il faudrait insister sur la dépravation humaine le plus possible de sorte que les humains soient incapables, même avec une assistance surnaturelle de Dieu, de pouvoir coopérer avec la grâce de Dieu pour le salut. En d’autres termes, la grâce doit être irrésistible. Une autre façon de dire cela est que Dieu doit rendre totalement incapables les pécheurs qui sont élus puis les contraindre à accepter sa miséricorde sans la moindre coopération de leur part. Même la possibilité de résister à cette miséricorde serait de trop. Cela fait partie intégrante du haut calvinisme, autrement dit du calvinisme en cinq points. Selon Boice et d’autres, la théologie n’est centrée sur Dieu que si la décision humaine ne joue aucun rôle dans le salut. Le revers de la médaille, bien entendu, est que le choix de Dieu concernant les personnes sauvées doit être purement arbitraire et cela amène à considérer que Dieu veut réellement damner une partie importante de l’humanité car il pourrait les sauver étant donné que dans cette perspective le salut est absolument inconditionnel. En d’autres termes, le calvinisme est peut-être effectivement centré sur Dieu, mais le Dieu qui est au centre est moralement équivoque et donc difficilement digne d’adoration.

L’arminianisme professerait une souveraineté faible de Dieu

Deuxièmement, il semblerait que, pour les réformés s’opposant à l’arminianisme, une théologie centrée sur Dieu se doit de considérer Dieu comme la réalité déterminante. Cela comprend le fait que Dieu ordonne, conçoit, gouverne et détermine le péché ainsi que le mal qui sont incorporés dans son plan, son dessein et sa volonté. La volonté parfaite de Dieu est toujours accomplie, même si, paradoxalement, cela le chagrine de la voir (comme John Piper se plaît à l’affirmer). L’unique vision de la souveraineté de Dieu capable de satisfaire les réformés opposés à l’arminianisme est la providence méticuleuse. Il s’agit d’une conception de la providence dans laquelle Dieu planifie et rend certain toutes choses, incluant les décisions les plus infimes de chaque créature mais surtout incluant la chute de l’humanité et toutes ses conséquences, dont les tourments éternels des pécheurs en enfer. Bien entendu, le revers de tout cela est que le Dieu au centre est, une fois de plus, au mieux, moralement équivoque et au pire, monstrueux [NDLR : Olson précise dans d’autres écrits que ces critiques abruptes portent sur ce qu’il considère être les conséquences logiques du calvinisme, bien qu’aucun calviniste ne partagent son raisonnement[15]« [Les chrétiens non calvinistes] considèrent que la théologie pleinement calviniste de la souveraineté de Dieu conduit logiquement et inévitablement à une distorsion du caractère de Dieu. Bien sûr, aucun calviniste ne l’admet, mais là n’est pas la question. […] [L]es calvinistes affirment la bonté et l’amour parfaits de Dieu, mais leur croyance en une providence méticuleuse et en une souveraineté absolue et déterminante (déterminisme) sape cette affirmation. Ils semblent vouloir avoir le beurre et l’argent du beurre. […] [J]’ai conscience que les calvinistes ne pensent pas que leur vision de la souveraineté de Dieu fait de lui un monstre moral, mais je conclus de cela qu’ils n’ont pas poussé leur réflexion jusqu’à ses conclusions logiques […] » OLSON, Roger. Against Calvinism. Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 82-85.]. Le théologien David Bentley Hart l’exprime ainsi :

Il faut songer au prix de cette centralité sur Dieu : Elle nous oblige à croire et à aimer un Dieu dont les fins adviendront non seulement en dépit (mais aussi entièrement par le biais) de toutes les cruautés, toutes les souffrances fortuites, toutes les catastrophes, toutes les trahisons et tous les péchés que le monde ait connu. Elle nous oblige à croire qu’un enfant mourant d’une mort atroce à cause de la diphtérie, qu’une jeune mère ravagée par le cancer, que des dizaines de milliers d’Asiatiques engloutis en un instant par la mer, que des millions de personnes assassinées dans des camps de la mort et des goulags et de famines forcées (et ainsi de suite) sont des nécessités spirituelles. Il est en effet étrange de poursuivre [une théologie centrée sur Dieu] […] au prix d’un Dieu rendu repoussant sur le plan moral.[16]HART, David Bentley. The Doors of the Sea. Grand Rapids : Eerdmans, 2005, p. 99.

L’arminianisme négligerait la gloire de Dieu

Troisièmement, pour satisfaire les réformés s’opposant à l’arminianisme, le théocentrisme de Dieu lui-même nécessite que les êtres humains soient de simples pions utilisés par Dieu dans son dessein dont l’objectif est sa propre gloire. Le bonheur et l’épanouissement des humains ne peuvent être considérés comme ayant une autre valeur pour Dieu. Cela signifie qu’il est très difficile de considérer que Dieu aie de l’amour pour tous les hommes. Nous serions amenés à dire, comme John Piper et d’autres, que Dieu aime les humains en tant que moyen de s’aimer lui-même et que le Christ est mort davantage pour Dieu lui-même que pour les pécheurs. Le problème c’est que la Bible parle très souvent de l’amour de Dieu pour les hommes (Jean 3:16 et de nombreux autres versets similaires) et affirme explicitement que Christ est mort pour les pécheurs (Romains 5:8). Bien qu’elle ne soit pas canonique, la déclaration d’Irénée, père de l’église primitive, selon laquelle « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant » mérite d’être considérée comme vraie. Il est certainement possible d’avoir une théologie centrée sur Dieu sans que cela implique que les personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu et aimées par Dieu (au point qu’il envoya son Fils mourir pour eux) n’aient aucune valeur pour lui. A vrai dire, certains théologiens réformés tels que John Piper violent ironiquement ce troisième principe du théocentrisme de Dieu, exigé par certains opposants à l’arminianisme. Son prétendu « hédonisme chrétien » affirme que le bonheur et l’épanouissement de l’homme sont importants théologiquement parlant, bien que ce ne le soit pas pour Dieu. Son mantra est « Dieu est plus glorifié en nous lorsque nous sommes plus satisfaits en lui ». Malgré ce dicton et son hédonisme chrétien, dans l’ensemble et en général, Piper suit la ligne de pensée calviniste typique selon laquelle le bonheur et l’épanouissement humains ne devraient avoir que peu ou pas de valeur en rapport à la gloire de Dieu. Un autre aspect négatif de cette pensée, en dehors de l’accent mis par la Bible sur l’amour et le soin de Dieu pour les hommes, est l’image de Dieu qu’elle offre. Dans cette théologie, le Dieu au centre est finalement narcissique, un grand égoïste qui se glorifie en démontrant sa puissance notamment en envoyant des millions de personnes en enfer simplement pour démontrer son attribut de justice.

Fragilité de la critique : la vertu et la gloire de Dieu

Le sens que l’on peut tirer de tout cela est simplement qu’il n’est pas très utile de construire une théologie centrée sur Dieu si le Dieu en son centre est une puissance pure ayant un caractère moral équivoque. La « gloire » est un terme équivoque. Lorsqu’elle est dissociée de la vertu, elle n’est pas digne d’une dévotion. De nombreux monarques de l’histoire ont été « glorieux » tout en étant assoiffés de sang et cruels. La vraie gloire, la meilleure gloire, la gloire qui est juste et digne d’adoration, d’honneur et de dévotion inclut nécessairement la bonté. Le pouvoir sans la bonté n’est pas vraiment glorieux, même si on peut le qualifier ainsi. Ce qui rend un être ou une chose digne d’adoration n’est pas la puissance pure mais la bonté. Entre Mère Teresa et Adolf Hitler, quelle personne est la plus respectable et inspirante ? Ce dernier a conquis la plus grande partie de l’Europe. La première n’avait que peu de pouvoir si ce n’est le témoignage de sa vie. Malgré cela, la plupart diraient que Mère Teresa était plus « glorieuse » qu’Adolf Hitler. Dieu est glorieux parce qu’il est à la fois grand et bon et sa bonté, comme sa grandeur, doivent avoir une certaine résonance avec nos meilleures et plus hautes notions de bonté, sinon elles sont dénuées de sens.

Tout cela pour dire que l’on pourrait appliquer le proverbe « celui qui vit dans une maison de verre ne doit jeter de pierres à personne » à ceux qui critiquent l’arminianisme sur ce sujet. Ils parlent, en effet, sans cesse de la gloire de Dieu et de son propre théocentrisme mais cela en le vidant de sa bonté et le privant ainsi de sa véritable gloire. Leur théologie est peut-être centrée sur Dieu, mais le Dieu qui est en son centre est indigne d’en être le centre. Mieux vaut une théologie centrée sur l’homme qu’une théologie qui tourne autour d’un être à peine distinguable du diable.

L’arminianisme est une théologie centrée sur Dieu

Malgré ce que ces critiques avancent, je soutiens pour ma part que l’arminianisme classique place Dieu au centre de sa théologie tout autant que le calvinisme, si ce n’est plus. Le Dieu qui est au centre de cette théologie, dont la gloire, contrairement à ce que prétendent les critiques, est la fin ou le but principal de toute chose, n’est pas moralement équivoque, et c’est là le point principal de l’arminianisme. La théologie arminienne a la malheureuse réputation d’être fondée sur la liberté humaine. Cela n’a jamais été le cas. Le véritable arminianisme croit certes en la liberté humaine mais pour une raison particulière : préserver la bonté de Dieu et donc sa réputation au sein de ce monde où le mal est partout. Il n’y a donc qu’une seule raison pour laquelle l’arminianisme classique met l’accent sur le libre arbitre, mais celle-ci a deux facettes. Premièrement, pour préserver et soutenir la bonté de Dieu. Deuxièmement, pour établir sans équivoque la responsabilité de l’homme concernant le péché et le mal. Cela n’a strictement rien à voir avec une quelconque volonté d’affirmer une autonomie de la créature suggérée par les philosophies humanistes ou encore d’affirmer un mérite concernant le salut. Il n’a jamais été question au sein de l’arminianisme de vanter les mérites de l’homme mais plutôt de vanter la bonté de Dieu qui crée, gouverne et sauve.

Pourquoi Arminius et l’arminianisme classique ont-ils rejeté le calvinisme ? Certainement pas parce qu’il est centré sur Dieu. Comme je vais le démontrer, la théologie d’Arminius était entièrement centrée sur Dieu dans tous les sens du terme. Arminius et ses disciples ont rejeté le calvinisme parce que, comme Arminius lui-même l’a dit, il « rend répugnante la nature de Dieu[17]ARMINIUS, James. “A Declaration of Sentiments” The Works of James Arminius. Grand Rapids : Baker, 1996 [Ces trois volumes ont été publié à l’origine à Londres, respectivement en 1825, 1828 et 1875], vol. 1, p. 623.». Pourquoi cela ? Selon Arminius (et en accord avec les arminiens classiques), le calvinisme implique que « Dieu pèche réellement. Parce que, conformément à cette doctrine, il provoque le péché par un acte le rendant inévitable, et cela de son propre dessein et de son intention première, sans que l’homme ait auparavant été conduit à commettre cet acte par un péché ou une défaillance humaine[18]Ibid., p. 630.. » Donc, « sur la base d’une telle conception, nous pouvons déduire que Dieu est le seul pécheur. Car on ne peut pas dire que l’homme, qui est poussé par une force irrésistible à commettre un péché, (c’est-à-dire à perpétrer un acte qui lui a été interdit), pèche lui-même[19]Ibid.». Enfin, « Il s’ensuit également, comme conséquence légitime, que le péché n’est pas le péché, puisque quoi que fasse Dieu, cela ne peut être le péché, et aucun de ses actes ne peut être appelé ainsi[20]Ibid.».

Toute personne ayant lu les sermons de John Wesley « De la libre grâce » et « Predestination Calmly Considered » peut se rendre compte qu’il rejette le calvinisme pour les mêmes raisons qu’Arminius avança avant lui. Dans le premier sermon, il décrit la double prédestination (qui, selon lui, est nécessairement induite par la doctrine de l’élection inconditionnelle du calvinisme classique) comme « un blasphème [qui] devrait alerter les chrétiens[21]WESLEY, John. De la libre grâce. ». Selon lui, cette doctrine « détruit d’un coup tous [les] attributs [de Dieu] » et « représente le Dieu très saint comme étant pire que le diable, tout à la fois plus cruel et plus injuste[22]Ibid.». Dans « Predestination Calmly Considered », Wesley rejette le calvinisme s’appuyant sur cette seule raison : non pas du fait que cette doctrine nie le libre arbitre de l’homme mais du fait qu’elle « anéantit la justice de Dieu ». Il parla comme s’il prêchait à un calviniste en lui disant : « Tu penses qu’Il [Dieu] les enverra [les réprouvés] dans le feu éternel, parce qu’ils n’ont pas fui le péché ! C’est-à-dire, en termes explicites, parce qu’ils n’ont pas reçu cette grâce que Dieu avait décrétée qu’ils ne devaient jamais recevoir ! Ô quelle étrange justice ! Quelle image du Juge de toute la terre tu dépeins ![23]ARMINIUS, James. Letters, Essays, Dialogs and Addresses. In : The Works of John Wesley. Zondervan, n. d., vol. 10, p. 221. ». Toute personne ayant lu les théologiens contemporains adhérant à l’arminianisme classique a conscience que la principale raison de leur rejet du calvinisme est la même : le calvinisme compromet la bonté de Dieu et entache son honneur. L’arminianisme ne repose en rien ses fondations sur la valorisation du libre arbitre humain en soi. Je mets au défi les opposants de l’arminianisme classique de démontrer le contraire.

Réponses à la critique

L’arminianisme affirme la dépravation totale

Pour clarifier et défendre le fait que l’arminianisme soit centré sur Dieu, commençons par répondre à la première raison que les critiques avancent pour soutenir que la théologie arménienne serait centrée sur l’homme : la condition humaine et la participation au salut. La théologie arminienne classique, définie par la pensée d’Arminius lui-même et celle de ses partisans, a toujours mis l’accent sur la dépravation humaine aussi fortement que le calvinisme et a toujours attribué l’entièreté du mérite du salut à Dieu seul. Toute personne ayant lu Arminius de lui-même ne peut contester ce point. Le rédacteur en chef de The Works of James Arminius. Baker, 1996 (publié à l’origine en Angleterre en 1828) déclare à juste titre que « si un arminien contemporain exprimait les convictions qu’Arminius lui-même a professées sur ce point, il serait directement qualifié de calviniste[24]ARMINIUS, James. Twenty-five Public Disputations. In : Works. vol. 2, p. 189, Notes de l’éditeur. ». Sur ce sujet, Arminius a écrit concernant la condition humaine « sous la domination du péché » que : « Dans cet état, le libre-arbitre de l’homme envers le véritable bien n’est pas seulement atteint, mutilé, malade, abîmé et […] affaibli ; mais il est également […] emprisonné, détruit et perdu : Et ses capacités ne sont pas simplement affaiblies et impuissantes sans l’assistance de la grâce, mais en réalité le libre-arbitre n’a pas le moindre pouvoir si ce n’est lorsque animé par la grâce divine[25]Ibid., p. 192. ». De peur que l’on puisse mal comprendre, il accentue même son argument en affirmant que l’homme dans sa nature actuelle, à cause de la chute, est « totalement mort dans le péché[26]Ibid., p. 194. ». Ce n’est pas le seul endroit au sein de ses volumineux travaux qu’Arminius décrit d’une telle manière la condition humaine sans la grâce surnaturelle. Dans presque tous ses écrits, discours et publications, il affirme cela d’une manière abondante ! Il ne fait aucun doute qu’Arminius affirmait la dépravation aussi fortement que les calvinistes.

Qu’en est-il du libre arbitre ? Qu’en est-il de la contribution humaine au salut ? Arminius n’a-t-il pas attribué à la personne humaine un bien qui amène Dieu à la sauver ? Je vais donner à Arminius la parole pour répondre à ces questions. Aussitôt après avoir présenté le remède divin à la dépravation humaine, que l’on appelle communément la « grâce prévenante » qui réveille la personne morte dans le péché pour lui donner conscience de la miséricorde de Dieu, Arminius affirme que « le tout premier commencement de toute chose bonne, de même que son progrès, sa continuation et sa consolidation, et même sa persévérance, ne proviennent pas de nous, mais de Dieu par l’Esprit Saint[27]Ibid., p. 194. ». Il ne s’agit pas d’une citation isolée prise hors contexte. Arminius fait constamment référence à Dieu comme étant la source de tout ce qui est bon dans l’homme en attribuant à la grâce toute initiative et capacité pour le bien. Dans « A Letter Addressed to Hippolytus A Collibus », Arminius parle de grâce et de libre arbitre :

J’avoue que l’esprit d’un homme naturel et charnel est obscur et sombre, que ses affections sont corrompues et excessives, que sa volonté est rebelle et désobéissante, et que l’homme lui-même est mort dans ses péchés. Et j’ajoute que tout enseignant qui attribue à la grâce cette action obtiendra ma plus haute approbation, pourvu qu’il plaide ainsi la cause de la grâce, sans faire injure à la justice de Dieu et sans retirer tout libre arbitre à ceux qui font le mal[28]ARMINIUS, James. Works. vol. 2, p. 700–701..

Le contenu de cette assertion établit clairement que la raison pour laquelle Arminius affirme le libre arbitre est de ne pas être amené à saper la bonté de Dieu en faisant de lui l’auteur du péché et du mal. Selon Arminius, le libre arbitre de l’homme est toujours la cause du péché et du mal alors que Dieu n’en est jamais la cause, même d’une manière indirecte. Cependant, il faut également prendre en considération qu’Arminius affirme, dans sa doctrine de la providence, qu’une créature ne peut rien faire sans la permission et le consentement de Dieu. Voilà l’unique raison pour laquelle il affirme le libre arbitre.

Qu’en est-il des premiers arminiens comme les remontrants ? Les opposants à l’arminianisme prétendent parfois que la véritable définition de l’arminianisme se retrouve dans la théologie des remontrants qui étaient les premiers défenseurs d’Arminius après sa mort. Par cohérence, on devrait conclure que le vrai calvinisme se retrouve dans la théologie des scolastiques réformés après Calvin. En réalité au tant l’« arminianisme » que le « calvinisme » doivent être définis par leurs fondateurs et leurs disciples les plus fidèles. Je soutiens donc que le véritable arminianisme classique a toujours été fidèle et cohérent avec la pensée d’Arminius et vice versa. Je l’ai d’ailleurs démontré dans mon livre : Myths and Realities[29]OLSON, Roger. Arminian Theology: Myths and Realities. Downers Grove : InterVarsity, 2006..

L’expression normative de la théologie des remontants se trouve dans La confession des remontrants de 1621 rédigé par Simon Episcopius, fondateur du séminaire des remontrants au Pays-Bas. En total accord avec Arminius, la Confession affirme que l’humain déchu est dans l’incapacité totale d’avoir la foi qui sauve de lui-même. Il est totalement dépendant de la grâce pour pouvoir effectuer le moindre bien. Dans l’article concernant la création du monde, des anges et des hommes, il est affirmé que « tout ce que l’homme possède de bon, il le doit entièrement à Dieu et […] il est tenu […] de le lui rendre et de le lui consacrer pleinement[30]ELLIS, Mark A. [trad.]. The Arminian Confession of 1621. Wipf & Stock, 2005, ch. 5, art. 6, p. 56. ». Quant à la condition humaine, la Confession dit de la grâce que « sans elle, nous ne pourrions ni nous défaire du joug misérable du péché, ni faire quelque chose de réellement bon dans toute religion, et enfin ni échapper à la mort éternelle ou au châtiment du péché. Nous pourrions encore moins obtenir, sans elle ou par nous-mêmes, le salut éternel[31]Ibid., p. 68-69. ». Il n’y a rien de « centré sur l’homme » dans cette Confession. Certains des remontrants postérieurs, comme Philip Limborch, correspondant à la catégorie d’« arminien de la tête », proposée par Alan Sell en opposition à celle d’« arminien du cœur », se sont orientés vers un semi-pélagianisme qui est centré sur l’homme. Toutefois, la plupart des arminiens ont suivi la voie d’Arminius, d’Episcopius et de Wesley et des théologiens méthodistes du XIXe siècle comme Richard Watson qui affirmait que la repentance même est un don de Dieu[32]WATSON, Richard. Theological Institutes, Or, a View of the Evidences, Doctrines, Morals and Institutions of Christianity. New York : Lane & Scott, 1851, p. 99..

Toute personne lisant les arminiens classiques avec une approche charitable et non une approche suspicieuse et hostile ne pourra s’empêcher de constater que leur approche comportant la centralité de Dieu met l’accent sur la dépendance absolue des humains à la grâce de Dieu concernant toutes choses bonnes. Chacun d’entre eux répète de manière régulière ce principe qui attribue la totalité du salut, du début à la fin, à la grâce surnaturelle de Dieu. Bien sûr, la plupart des réformés opposés à l’arminianisme ne se satisferont pas de cela. Ils diront encore, comme Boice, que si le pécheur, bien qu’ayant été rendu capable par la grâce prévenante, fait encore le libre choix d’accepter la miséricorde de Dieu pour son salut, alors celui-ci est centré sur l’homme et non sur Dieu. La seule chose que je peux répondre à cela est que c’est ridicule. Le point que Boice et d’autres font continuellement valoir est que dans le système arminien, la personne sauvée peut se vanter du fait qu’elle n’a pas résisté à la grâce de Dieu alors que d’autres ont résisté. Tous les théologiens arminiens, d’Arminius à Wesley en passant par Wiley, ont souligné qu’une personne qui reçoit le don du salut ne peut légitimement se vanter d’avoir accepté ce cadeau. La totalité de la gloire d’un tel don revient à celui qui donne et aucune gloire n’est perçue par celui qui le reçoit.

L’arminianisme affirme la souveraineté de Dieu sur sa création

La deuxième objection soulevée par les opposants à l’arminianisme concerne les prétendues limitations de Dieu à travers son manque de souveraineté et de puissance. Le directeur du Southern Baptist Theological Seminary, Al Mohler, écrit dans The Coming Evangelical Crisis que « le Dieu arminien ne dispose finalement pas d’une réelle omniscience, omnipotence et souveraineté transcendante[33]HUGUES, R. Kent, ARMSTRONG, John H.. The Coming Evangelical Crisis: Current Challenges to the Authority of Scripture and the Bible. Chicago : Moody, 1997, p. 34. ». Je soutiens que cette objection n’a aucune valeur. Quiconque lit Arminius ou ses fidèles partisans, les arminiens classiques, ne pourrait tirer une telle conclusion. Tous affirment la souveraineté de Dieu sur sa création, incluant une providence spécifique, et tous soulignent également la puissance de Dieu qui se limite seulement par sa propre bonté. Ce qui peut déconcerter les réformés non-arminiens (et potentiellement d’autres), c’est l’hypothèse arminienne sous-jacente de l’autolimitation volontaire de Dieu dans son rapport à l’humanité. Cependant, le fait que Dieu se limite lui-même ne signifie en aucun cas qu’il est limité dans son essence. Selon la théologie arminienne, Dieu est souverain sur sa souveraineté et sa bonté encadre sa puissance. Dans le cas contraire, Dieu serait une puissance pure, brute et sans personnalité. Comme je l’ai soutenu précédemment, cela le rendrait indigne d’adoration.

Comme je l’ai fait précédemment, je vais poursuivre avec la position d’Arminius lui-même. Que croyait-il concernant la souveraineté et la puissance de Dieu ? Tout d’abord, il a fait remarquer à juste titre que, bien qu’il affirme la souveraineté absolue de Dieu sur la création, « la proclamation de la souveraineté n’a aucune gloire en soi, sauf si celle-ci est utilisée à des fins glorieuses[34]ARMINIUS, James. Examination of the Theses of Dr. Franciscus Gomarus Respecting Predestination. In : Works, vol. 3, p. 632. ». Dans ses « Private Disputations » et « Public Disputations », Arminius a fait beaucoup d’efforts pour confirmer et professer ce qu’on appelle le théisme chrétien classique incluant les attributs traditionnels qui lui sont rattachés, comme la toute-puissance et la souveraineté. Une énonciation plus ferme des attributs incommunicables de Dieu peut difficilement être trouvée. Concernant la souveraineté, Arminius déclare que « Satan et les hommes méchants ne peuvent non seulement accomplir, mais ne peuvent même pas initier la moindre action en l’absence de la permission de Dieu[35]ARMINIUS, James. Examination of Dr. Perkins’s Pamphlet on Predestination. In : Works, vol. 3, p. 369. ».

Ces déclarations d’Arminius sur la souveraineté de Dieu pourraient être troublantes même pour certains arminiens. Il attribuait sans équivoque tout pouvoir à Dieu en niant ainsi que les créatures aient la capacité d’accomplir la moindre chose, y compris le mal, indépendamment de Dieu. Face à leurs opposants accusant l’arminianisme de limiter Dieu pour exalter l’autonomie humaine, les arminiens ont répondu :

Je reconnais volontiers que Dieu est la cause de toutes les actions accomplies par les créatures. Cependant j’exige que cela soit compris de telle manière que l’action de Dieu n’enlève rien à la liberté de la créature afin que la culpabilité du péché ne soit pas transférée à Dieu. C’est-à-dire qu’il doit être démontré que Dieu est bien responsable de l’acte mais uniquement au sens où il permet l’acte de péché, et non dans le sens où Dieu serait en même temps celui réalisant et permettant un tel acte[36]Ibid., p. 415..

Arminius affirme donc la doctrine du concursus divinus, selon laquelle la créature ne peut agir sans la permission et le soutien de Dieu. Dieu a voulu doter les humains d’un libre arbitre ce qui implique, à regret, d’accompagner les créatures dans leurs actes pécheurs parce qu’elles ne peuvent agir indépendamment de lui. Cependant, il ne conçoit, ne suggère et ne rend certain le moindre péché ou un quelconque mal.

Concernant ce point, dans « A Letter Addressed to Hippolytus A Collibus », Arminius s’est évertué à affirmer la souveraineté divine, ainsi que le pouvoir et le contrôle providentiel sur la création. Il pense qu’il est accusé d’avoir « des opinions corrompues en ce qui concerne la Providence de Dieu » car il a nié que « Adam a nécessairement péché du fait du décret de Dieu[37]ARMINIUS, James. Works, vol. 2, p. 698. ». En d’autres mots, il a rejeté le point de vue habituel des calvinistes selon lequel Dieu a prédestiné et rendu certain le péché d’Adam. Cependant, malgré son rejet de la nécessité de la chute d’Adam, il enseigne une vision ferme et élevée de la providence de Dieu :

J’évite avec le plus grand soin deux causes d’offense, – que Dieu ne soit pas présenté comme l’auteur du péché, – et que sa liberté ne soit pas soustraite à la volonté humaine : Si quelqu’un sait éviter ces deux offenses, il n’attribuera aucun acte à la providence de Dieu, que je ne sois moi aussi heureux de lui attribuer, pourvu qu’il ait une juste considération pour la prééminence divine[38]Ibid., p. 697-698..

Ce que l’on peut déduire clairement de cet extrait est que sa raison de vouloir que la liberté ne soit pas soustraite de la volonté humaine n’a qu’un unique motif : que Dieu ne soit pas présenté comme l’auteur du péché. Il n’avait pas d’autre intérêt concernant cette autonomie ou ce libre arbitre humain. Son théocentrisme s’articulait autour de deux axes : La bonté sans faille de Dieu et la dépendance absolue de la créature envers Dieu dans le cadre de tout ce qui est bon. On ne peut pas passer à côté de ces points, car ils apparaissent pratiquement à toutes les pages de ses travaux.

Qu’en est-il de La confession des remontrants de 1621[39]ELLIS, Mark A. [trad.]. The Arminian Confession of 1621. Wipf & Stock, 2005., la déclaration de foi officielle des remontrants, les disciples d’Arminius ? A-t-elle glissé vers une théologie centrée sur l’homme, comme le prétendent les critiques ? Dans son chapitre « Sur la providence de Dieu, ou sa préservation et son gouvernement des choses », la Confession affirme que « rien n’arrive dans le monde par hasard ou par inadvertance, c’est-à-dire sans que Dieu ne le sache, ou qu’il l’ignore, l’observe passivement, ou encore moins qu’il le regarde passivement à contrecœur, c’est-à-dire à contrecœur sans avoir eu la volonté de permettre l’événement[40]Ibid., p. 63. ». La conclusion concrète de la doctrine de la providence, selon la Confession, est que le vrai croyant « rendra toujours grâce à Dieu dans la prospérité, et en outre, dans l’avenir […] placera librement et continuellement toute son espérance en Dieu, son Père fidèle[41]Ibid. ».

Concernant la toute-puissance de Dieu, la Confession déclare que Dieu « est omnipotent, ou d’une puissance invincible et insurmontable, car il peut faire tout ce qu’il veut, même si les créatures ne le veulent pas. En effet, il peut toujours faire plus que ce qu’il veut vraiment, et donc il pourrait faire tout ce qui n’implique pas de contradiction, c’est-à-dire qui n’est pas contradictoire en lui-même face à certaines vérités, ni contradiction à la nature divine[42]Ibid., p. 48. ». Que peut-on demander de plus à une doctrine de la toute-puissance ? Certains critiques réformés peuvent et semblent demander l’omnicausalité divine. Le problème avec cette conception est qu’elle conduit Dieu à être la cause du mal. Encore une fois, un tel Dieu ne peut se trouver en même temps au centre d’un système valorisant la vertu et la bonté. Le fait est que les doctrines d’Arminius et des remontrants sur la souveraineté et la puissance de Dieu sont aussi élevées et fermes qu’il est possible de l’être, sans pour autant faire de Dieu l’auteur du péché et du mal.

Qu’en est-il des arminiens postérieurs à ces éléments historiques ? Sont-ils restés fidèles à cette haute vision de la doctrine de la suprématie de Dieu en, et sur toutes choses ? Tout en affirmant la position d’Arminius et des premiers remontrants, sur cette doctrine, comprenant le contrôle de Dieu sur toutes choses dans la création, Richard Watson avertit à juste titre que « la souveraineté de Dieu est une doctrine scripturaire que personne ne peut nier ; cependant il ne doit pas s’ensuivre que les concepts formés par les hommes sur cette doctrine soient reçus également comme scripturaires[43]WATSON, Richard. Theological Institutes, Or, a View of the Evidences, Doctrines, Morals and Institutions of Christianity. New York : Lane & Scott, 1851, p. 442. ». Par exemple, Watson affirme que Dieu aurait pu empêcher la chute d’Adam et toutes les conséquences néfastes, mais qu’il a jugé préférable de permettre cette chute[44]Ibid., p. 435.. Le fait que Dieu l’ait simplement permise et qu’il n’ait ni prédestiné ni causé cette chute est un point de divergence avec la conception habituelle des réformés. Watson rejette donc toute conception dans laquelle Dieu serait, d’une manière ou d’une autre l’auteur du péché en raison de l’incompatibilité que cela génère avec la bonté de Dieu[45]Ibid., p. 429.. Cependant, nous pouvons noter que le fait qu’il affirme que Dieu aurait pu empêcher la chute indique sa haute conception de la toute-puissance et de la souveraineté de Dieu. Là encore, chez Watson, nous retrouvons cette hypothèse subtile et précise de l’autolimitation volontaire de Dieu. Cela afin que le Dieu qui se trouve au centre de la théologie reste bon et digne d’une pleine adoration.

Nous pouvons conclure de tout ce développement que la théologie arminienne classique n’est en rien centrée sur l’homme. Le principal objectif d’Arminius n’était pas du tout d’élever l’humanité aux côtés ou au-dessus de Dieu. Personne ne peut lire avec impartialité les travaux d’Arminius et finir avec cette impression. Sa principale volonté était de placer la bonté de Dieu à côté ou comme à travers sa puissance sans la diminuer du moindre degré. Pour cela, il s’est appuyé sur l’idée d’une autolimitation volontaire de Dieu. Ce principe est perceptible un peu partout à travers de nombreuses allusions mais sans en donner une formulation explicite. Le théologien réformé Richard Mueller a, à juste titre, dévoilé et mis en lumière ce principe de la pensée d’Arminius. Il constate que les deux impulsions de la pensée d’Arminius qui sont d’une égale importance sont : le droit absolu de Dieu à exercer sa puissance et son contrôle, et la libre limitation de sa puissance en faveur de l’intégrité de la création :

Tant dans l’acte de création que dans l’établissement d’une alliance, Dieu s’engage librement envers ses créatures. Dieu n’est pas, en premier lieu, contraint de créer, mais il le fait uniquement en raison de sa libre volonté de communiquer sa bonté ; il n’est pas non plus, en second lieu, contraint d’offrir à l’homme quoi que ce soit en échange de son obéissance, dans la mesure où l’acte de création implique un droit et un pouvoir total sur la créature. Néanmoins, dans les deux cas, l’accomplissement sans contrainte de l’acte conduit à l’établissement de limites concernant l’exercice de la puissance divine : en accordant l’acte de création, Dieu ne peut réprouver ses créatures de manière inconditionnelle et sans cause les concernant ; en accordant l’établissement d’une alliance, Dieu ne peut ni retirer ni annuler ses promesses.[46]MUELLER, Richard. God, Creation and Providence in the Thought of Jacob Arminius. Grand Rapids : Baker, 1991, p. 243.

Le fait est que cette limitation de la puissance et du contrôle souverain de Dieu visant à disposer de ses créatures comme il l’entend provient de ce qu’il s’impose, soit en raison de sa nature, soit en raison des promesses de son alliance. Cela n’équivaut en rien à une théologie centrée sur l’homme ! En réalité, on pourrait soutenir à juste titre que certaines doctrines réformées concernant la nécessité de la création, incluant la rédemption et la damnation, dans le but de la pleine manifestation des attributs de Dieu et la démonstration parfaite de sa gloire, équivalent à une théologie centrée sur la création qui prive Dieu de sa liberté en lui rendant le monde nécessaire.

L’arminianisme affirme la gloire de Dieu au centre de tout

La troisième allégation portée contre la théologie arminienne supposée démontrer son anthropocentrisme est qu’elle serait axée sur le bonheur et l’épanouissement de l’homme au détriment de la gloire de Dieu. Certains théologiens réformés affirment que le Dieu de l’arminianisme est un Dieu faible et sentimental qui n’est là que pour servir les besoins et les désirs de l’homme. Dans la théologie arminienne, l’homme serait devenu glorieux au détriment de Dieu. Ce n’est rien d’autre qu’une vulgaire calomnie. Cette accusation est peut-être valable pour une grande partie de la religion populaire américaine, mais absolument pas pour l’arminianisme classique qui professe que la finalité principale de toutes choses est la gloire de Dieu.

Comme auparavant, je vais commencer par exposer la pensée d’Arminius. Quiconque a lu ses « Private Disputations », ses « Public Disputations » ou ses « Orations » se doit d’admettre qu’Arminius fait de la gloire de Dieu le but ultime de toute chose, notamment la création, la providence, le salut, l’Eglise et la résurrection. Dans ses « Private Disputations », il déclare explicitement que Dieu est la cause de toute bénédiction et que la « finalité » de cette bénédiction est double : « (1.) une démonstration de la glorieuse sagesse, bonté, justice, puissance, et également perfection totale de Dieu ; et (2.) sa glorification par les bienheureux[47]ARMINIUS, James. Works, vol. 2, p. 321. ». De peur que quelqu’un puisse penser qu’il rendrait Dieu dépendant de la création ou que celle-ci soit nécessaire à Dieu, Arminius déclare dans « Apology or Defence » que tout ce que Dieu fait ad extra est absolument libre, même sa propre glorification par la création et la rédemption : « Dieu a librement décrété la création du monde, et l’a créé librement : Et, dans ce sens, toutes choses sont faites d’une manière contingente au regard du décret divin ; car il n’y avait pas la moindre nécessité de fixer le décret de Dieu, puisqu’il procède de sa propre pure et libre […] volonté[48]ARMINIUS, James. Works, vol. 1, p. 758. ». En d’autres termes, il n’y a que la croyance d’Arminius en la liberté libertaire, tant celle de Dieu que de ses créatures, qui permet une contingence absolue et donc la liberté de la création. Qu’est-ce qui est le plus glorieux ? Un Dieu qui se glorifie par un acte créateur absolument libre ou un Dieu, comme celui de Jonathan Edwards, qui ne peut faire autrement que ce qu’il fait ?

Je ne saurais choisir une citation d’Arminius sur la gloire de Dieu comme étant la finalité principale de toutes choses, tant elles sont nombreuses et couvrent des contextes très variés. Voici un exemple typique provenant de ses « Private Disputations » où il couvre le Loci Theologici et conclut que tout dans le ciel et sur la terre est pour la gloire de Dieu. Cet extrait concerne la sanctification mais il faut noter que l’on trouve une position similaire en ce qui concerne la justification et tout autre chose que fait Dieu. La sanctification, déclare Arminius, « est un acte gracieux de Dieu [… pour] que l’homme puisse vivre la vie de Dieu, en louant la justice et la grâce glorieuse de Dieu […][49]ARMINIUS, James. Works, vol. 2, p. 408. ». Puis, « La finalité [de l’objectif] est que l’homme croyant, consacré à Dieu en tant que Prêtre et Roi, le serve dans sa nouvelle vie, pour la gloire du nom divin […][50]Ibid., p. 409. ». De même, la « finalité » de l’Eglise est « la gloire de Dieu[51]Ibid., p. 412. » et la « finalité » des sacrements est « la gloire de Dieu[52]Ibid., p. 436. » et « La finalité principale [du culte] est la gloire de Dieu et du Christ […][53]Ibid., p. 447. ». Dans ses « Public Disputations », Arminius reproduit ce schéma qui consiste à affirmer que tout ce qui est bon et saint est une œuvre de Dieu et sa finalité ou son objectif est la gloire de Dieu.

J’ai dit précédemment qu’Arminius a affirmé que tout ce qui se trouve au ciel et sur la terre est pour la gloire de Dieu. Il y a cependant une seule et unique exception à cette règle. Dans sa discussion sur le péché, il affirme, plus précisément ici en ce qui concerne le premier péché, que « Il n’y avait pas de finalité à ce péché[54]Ibid., p. 373. ». L’homme qui a péché et le diable ont tous deux proposé une finalité ou un objectif le concernant. Mais ultimement, il n’existe pas d’objectif interne à la volonté de Dieu qui permettrait que cet acte ne soit pas un péché. Au contraire, le premier péché, comme tous les péchés, n’a pas d’explication en dehors d’un usage abusif par l’homme de son libre arbitre. Cependant, Dieu a une finalité en le permettant qui concerne « les actes glorieux qui pourraient en découler pour Dieu[55]Ibid. ». En d’autres termes, si le péché est loin de glorifier Dieu, la rédemption des pécheurs, le glorifie.

Le temps et l’espace ne me permettent pas de développer davantage l’emphase mise par Arminius sur la gloire de Dieu en tant que finalité et principal objectif de toutes bonnes choses existant dans la création. Tout ce que je peux encore faire, c’est encourager les sceptiques à lire ses « Orations » dans Works vol. 1 où il ne cesse de répéter le même refrain « [pour] la gloire de Dieu et le salut des hommes ». De peur que quelqu’un puisse penser qu’il donne un même niveau d’importance à ces deux finalités, il affirme dans Orations II que le salut n’a qu’un seul but : « que Dieu puisse recevoir nos chants d’adoration pour l’éternité[56]ARMINIUS, James. Works. vol. 1, p. 372. ».

On ne trouve chez Arminius aucun indice permettant de penser que sa préoccupation pour l’autonomie humaine concerne l’homme lui-même. La seule raison pour laquelle Arminius affirme le libre arbitre libertaire est pour dissocier le péché de Dieu afin de rendre le pécheur seul responsable. Son unique préoccupation est la gloire de Dieu en toutes choses. Il ne fait aucun doute qu’il serait pleinement d’accord avec la réponse à la première question du petit catéchisme de Westminster « Quelle est la principale fin de l’homme ? […] La principale fin de l’homme est de glorifier Dieu et de se réjouir en lui éternellement. »

Le temps ne me permet pas de reproduire une longue énumération des affirmations sur la prééminence de la gloire de Dieu par les théologiens postérieurs à Arminius. Je me contenterai de dire que tous les arminiens classiques ont toujours été en accord avec Arminius sur ce point. Je mets au défi les opposants à l’arminianisme de trouver un théologien arminien classique qui aurait élevé l’humanité telle une fin en soi ou fait de la principale finalité pour Dieu la gloire de l’homme. Cela n’existe tout simplement pas.

Conclusion

Je conclus par cette observation : La différence entre les théologies arminiennes et calvinistes ne réside pas dans le fait que l’une serait centrée sur l’homme et l’autre sur Dieu. Le véritable arminianisme est tout aussi centré sur Dieu que le calvinisme peut l’être. Une lecture honnête des théologiens arminiens classiques, passant d’Arminius à Thomas Oden, ne peut légitimement nier que chacun d’entre eux affirme avec clarté que toute la création et la rédemption sont centrées sur Dieu. Ainsi, la différence entre ces deux systèmes réside plutôt dans la nature et le caractère du Dieu qui se trouve au centre de tout. Le Dieu qui se trouve au centre du haut calvinisme classique (comprenant la TULIP) est un être de pouvoir et de contrôle qui est moralement équivoque et qui se distingue très peu du diable. Le diable veut que toutes les personnes aillent en enfer alors que le Dieu du calvinisme veut seulement que certaines personnes, peut-être la grande majorité, aillent en enfer. Le diable est l’instrument de Dieu pour semer le chaos et l’horreur dans le monde, pour la gloire de Dieu. Alors que le Dieu qui se trouve au centre de l’arminianisme classique est le Dieu de Jésus-Christ, rempli d’amour et de compassion mais aussi rempli de justice et de colère contre le mal. Il limite volontairement son pouvoir, ce qui permet des actes de rébellion de la part de ses créatures. Cependant, il reste la source de tout bien pour sa gloire et son honneur pour lesquels tout existe, excepté le péché.


Article original : OLSON, Roger E.. Arminianism is God-centered theology. In : Roger E. Olson: My evangelical arminian theology musings [en ligne]. Patheos, 2014-12-07 [consulté le 2020-06-18]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2010/11/arminianism-is-god-centered-theology/

Références

Références
1J’utiliserai parfois cette expression sous sa forme non-inclusive car c’est la formulation habituellement utilisée. Elle signifie, bien entendu, « centrée sur l’humanité ».
2HORTON, Michael. Evangelical Arminians. In : Modern Reformation. Mai/Juin 1992, p. 18.
3Ibid., p. 16.
4Ibid., p. 23.
5Ibid., p. 12.
6Ibid., p. 21.
7BOICE, James Montgomery. Whatever Happened to the Gospel of Grace. Wheaton : Crossway, 2001, p. 168.
8Ibid., p. 167.
9CHUNG, Sung Wook. Recovering God’s Sovereign Grace: The Arminian Captivity of the Modern Evangelical Church. In : Modern Reformation. Janvier/Février 1995, p. 2-3.
10HUGUES, R. Kent, ARMSTRONG, John H.. The Coming Evangelical Crisis: Current Challenges to the Authority of Scripture and the Bible. Chicago : Moody, 1997, p. 34.
11Ibid., p. 63.
12MUELLER, Richard. God, Creation and Providence in the Thought of Jacob Arminius. Grand Rapids : Baker, 1991.
13Ibid., p. 233.
14Ibid.
15« [Les chrétiens non calvinistes] considèrent que la théologie pleinement calviniste de la souveraineté de Dieu conduit logiquement et inévitablement à une distorsion du caractère de Dieu. Bien sûr, aucun calviniste ne l’admet, mais là n’est pas la question. […] [L]es calvinistes affirment la bonté et l’amour parfaits de Dieu, mais leur croyance en une providence méticuleuse et en une souveraineté absolue et déterminante (déterminisme) sape cette affirmation. Ils semblent vouloir avoir le beurre et l’argent du beurre. […] [J]’ai conscience que les calvinistes ne pensent pas que leur vision de la souveraineté de Dieu fait de lui un monstre moral, mais je conclus de cela qu’ils n’ont pas poussé leur réflexion jusqu’à ses conclusions logiques […] » OLSON, Roger. Against Calvinism. Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 82-85.
16HART, David Bentley. The Doors of the Sea. Grand Rapids : Eerdmans, 2005, p. 99.
17ARMINIUS, James. “A Declaration of Sentiments” The Works of James Arminius. Grand Rapids : Baker, 1996 [Ces trois volumes ont été publié à l’origine à Londres, respectivement en 1825, 1828 et 1875], vol. 1, p. 623.
18Ibid., p. 630.
19Ibid.
20Ibid.
21WESLEY, John. De la libre grâce.
22Ibid.
23ARMINIUS, James. Letters, Essays, Dialogs and Addresses. In : The Works of John Wesley. Zondervan, n. d., vol. 10, p. 221.
24ARMINIUS, James. Twenty-five Public Disputations. In : Works. vol. 2, p. 189, Notes de l’éditeur.
25Ibid., p. 192.
26Ibid., p. 194.
27Ibid., p. 194.
28ARMINIUS, James. Works. vol. 2, p. 700–701.
29OLSON, Roger. Arminian Theology: Myths and Realities. Downers Grove : InterVarsity, 2006.
30ELLIS, Mark A. [trad.]. The Arminian Confession of 1621. Wipf & Stock, 2005, ch. 5, art. 6, p. 56.
31Ibid., p. 68-69.
32WATSON, Richard. Theological Institutes, Or, a View of the Evidences, Doctrines, Morals and Institutions of Christianity. New York : Lane & Scott, 1851, p. 99.
33HUGUES, R. Kent, ARMSTRONG, John H.. The Coming Evangelical Crisis: Current Challenges to the Authority of Scripture and the Bible. Chicago : Moody, 1997, p. 34.
34ARMINIUS, James. Examination of the Theses of Dr. Franciscus Gomarus Respecting Predestination. In : Works, vol. 3, p. 632.
35ARMINIUS, James. Examination of Dr. Perkins’s Pamphlet on Predestination. In : Works, vol. 3, p. 369.
36Ibid., p. 415.
37ARMINIUS, James. Works, vol. 2, p. 698.
38Ibid., p. 697-698.
39ELLIS, Mark A. [trad.]. The Arminian Confession of 1621. Wipf & Stock, 2005.
40Ibid., p. 63.
41Ibid.
42Ibid., p. 48.
43WATSON, Richard. Theological Institutes, Or, a View of the Evidences, Doctrines, Morals and Institutions of Christianity. New York : Lane & Scott, 1851, p. 442.
44Ibid., p. 435.
45Ibid., p. 429.
46MUELLER, Richard. God, Creation and Providence in the Thought of Jacob Arminius. Grand Rapids : Baker, 1991, p. 243.
47ARMINIUS, James. Works, vol. 2, p. 321.
48ARMINIUS, James. Works, vol. 1, p. 758.
49ARMINIUS, James. Works, vol. 2, p. 408.
50Ibid., p. 409.
51Ibid., p. 412.
52Ibid., p. 436.
53Ibid., p. 447.
54Ibid., p. 373.
55Ibid.
56ARMINIUS, James. Works. vol. 1, p. 372.
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