Étude sur le déterminisme théologique dans le calvinisme

Homme ciel

La présente étude a pour objectif d’introduire et d’évaluer la théologie calviniste en matière de providence divine et de sotériologie.

Tout d’abord, nous présenterons doctrinalement les formes orthodoxes du calvinisme, ainsi que certaines de ses formes révisées au sujet de la providence divine. Nous verrons que le calvinisme orthodoxe est caractérisé, sans le moindre doute, par un déterminisme théologique. Nous mentionnerons ensuite les appuis scripturaires généralement invoqués pour soutenir ce déterminisme.

Puis, nous consacrerons de l’espace à l’examen de la terminologie utilisée par les calvinistes pour présenter leur vision déterministe. Nous verrons comment, dans un sens restreint, certains mots ou expressions permettent aux calvinistes d’exprimer le déterminisme tout en paraissant soutenir des principes propre au libertarianisme. Nous verrons ainsi dans quelle mesure les calvinistes se permettent de déclarer, par exemple, que « l’homme n’est pas un robot », ou que « Dieu permet le mal ».

Enfin, nous évoquerons les problèmes inhérents au déterminisme théologique calviniste : 1. Dieu semble être responsable du péché qu’il détermine 2. La condamnation des hommes déterminée par Dieu semble être injuste. 3. En conséquence, l’amour de Dieu envers les hommes semble être limité et 4. semble être arbitraire. Nous évaluerons succinctement chacun des arguments apportés généralement par les calvinistes orthodoxes à ces problèmes. Nous évaluerons également la pertinence de certaines variantes doctrinales du calvinisme ainsi que des formes révisées du calvinisme face à ces problèmes.

Sommaire

1 Les formes de calvinisme

1.1 Le calvinisme historique

La position sotériologique introduite au XVIe siècle par Calvin, précisée notamment par Théodore de Bèze et d’autres plus tard[1]Après les Canons du synode de Dordrecht et la Confession de foi de Westminster, nous pourrions citer l’œuvre de théologiens tels Francis Turretin, John Owen, Bénédict Pictet, Jonathan Edwards, Charles Hodge ou B.B. Warfield., correspond à ce que l’on peut appeler le calvinisme orthodoxe. Cette même position est partagée par une grande partie des calvinistes contemporains anglo-saxons tels Paul Helm, R. C. Sproul, Timothy J. Keller ou encore pour la francophonie Henri Blocher et Paul Wells.

Le calvinisme historique et orthodoxe peut légitimement être présenté comme un déterminisme théologique. C’est-à-dire qu’il affirme que tout ce qui se passe dans le monde arrive du fait que Dieu a déterminé (ou décrété) éternellement, immuablement, souverainement, universellement et efficacement que ces choses devaient arriver[2]ASSEMBLÉE DE WESTMINSTER. Les Textes de Westminster : quel est le but principal de la vie de l'homme?. Aix-en-Provence : Kerygma, 1988. Disponible à l’adresse : https://leboncombat.fr/wp-content/uploads/2013/09/Confession-de-Foi-de-Westminster.pdf. « De toute éternité et selon le très sage et saint conseil de sa propre volonté, Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive. »[3]BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh, UK : Banner of Truth Trust, 2021, p. 100. « [Le décret de Dieu] détermine l'occurrence certaine de toutes les choses qui se produisent. »[4]BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine of Predestination. Grand Rapids : Eerdmans, 1932, p. 46. « [R]ien ne peut avoir fixé et réglé [les événements menant au salut] si ce n'est le bon plaisir de Dieu, la grande cause première, ordonnant librement et immuablement tout ce qui se passe. »[5]HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI. : Zondervan Publ. House, 1973, p. 165. « La théologie réformée insiste sur la souveraineté de Dieu en vertu de laquelle il a souverainement déterminé de toute éternité ce qui arrivera. »[6]ANDERSON, James N. Calvinism And First Sin. In : Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 204. « Il faut admettre d'emblée, et sans aucune gêne, que le calvinisme est bel et bien attaché au déterminisme divin : l'opinion selon laquelle tout est déterminé en définitive par Dieu. Je ne discuterai pas de ce point, car il peut être amplement documenté par des sources calvinistes de référence. Je considère qu'il s'agit d'un point sur lequel la grande majorité des calvinistes et leurs opposants sont en accord. ». Dans ce schéma, la prescience divine est conditionnée par la prédétermination divine[7]STRONG. Augustus H.. Systematic Theology. Valley Forge: Judson Press, 1907, vol. 1, p. 357. « Aucun événement non-décrété ne peut être connu d’avance. [...] Dieu ne peut pas connaître à l'avance les événements, à moins qu'il ne les ait décrétés comme des certitudes du futur. [...] Il connaît d'avance l'avenir qu'il a décrété, et il le connaît d'avance parce qu'il l'a décrété. »[8]CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, vol. 3, chap. 23, sec. 6, p. 888. « Mais si Dieu prévoit les événements futurs parce qu'il a déterminé qu'ils arriveront, il est fou de discuter et de débattre de ce que fait sa prescience, lorsqu'il est clair que tout advient par la décision de sa volonté. »[9]SHEDD, William G. T.. Dogmatic Theology. Grand Rapids : Zondervan, 1969, p. 396-397. « Le décret divin est la condition nécessaire de la prescience divine. Si Dieu ne décide pas d'abord ce qui arrivera, il ne peut pas savoir ce qui arrivera. ».

Le calvinisme historique affirme que Dieu détermine la volonté de l’homme pour que celui-ci choisisse toujours ce que Dieu décrète. Cependant, le calvinisme historique ne s’avance pas de manière définitive sur la manière exacte avec laquelle Dieu peut déterminer la volonté de l’homme[10]HELM, Paul. Calvin at the Center. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 268. « Ainsi, l'univers créé est un endroit beaucoup plus plat et uniforme pour Edwards qu'il ne l'était pour Calvin. Il est en tout point soumis à la loi, la loi de causalité universelle, qui elle-même est soumise au décret divin ; ainsi, si l'on considère la position occasionnaliste d'Edwards, il est soumis au décret divin. Le déterminisme d'Edwards est par conséquent beaucoup plus développé et avoué que celui de Calvin ou même de ses successeurs orthodoxes réformés comme Gill. Bien sûr, ses objectifs sont tout à fait conformes au calvinisme, mais (dans ce travail au moins) il vise à argumenter philosophiquement contre l'arminianisme […] ».

1.2 Le calvinisme développé par Edwards

Jonathan Edwards[11]Il existe d’autres développements ultérieurs du calvinisme (par exemple par John Owen) non mentionnés dans ce texte dans la mesure où ces derniers n’apportent pas de nouveautés sur la question du déterminisme. est le théologien philosophe qui, au XVIIIe siècle, affirma que le déterminisme théologique s’accomplit par une forme de déterminisme naturel[12]HELM, Paul. Edwards and The Freedom of the Will. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2011-02-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/02/edwards-and-freedom-of-will.html. « Je pense qu'il est juste de dire qu'aucune affirmation aussi explicite que celle-ci ne se trouve dans la pensée réformée avant Edwards. Pour Edwards, opérant dans un monde de plus en plus influencé par les sciences naturelles émergentes et par l'empiriste John Locke, l'action humaine est le résultat d'une sorte de cause, une "volition", qui est à son tour le résultat de certaines croyances et désirs. De tels liens de causalité, de nature différente, imprègnent nécessairement toute la création. ». Selon un point de vue déterministe, lorsqu’un homme fait un choix, il le fait en relation avec sa volonté ou son désir le plus fort. Or Edwards a introduit l’idée que la volonté la plus forte est déterminée par divers facteurs naturels (génétiques, sociaux, environnementaux, contextuels). Ainsi, selon Edwards, Dieu orchestre des facteurs naturels pour que l’homme désire faire les choix pour lesquels il est déterminé théologiquement.

Edwards apporte des précisions philosophiques sur un concept théologique. Toutefois, sa vision reste cohérente avec le calvinisme historique. Il est difficile de savoir exactement quels sont les théologiens calvinistes qui adhèrent aux précisions d’Edwards. En effet, tous ne se sont pas nécessairement étendus sur ces précisions philosophiques. La question, se pose d’ailleurs au sujet de Calvin lui-même[13]Ibid. « Bien que je pense qu'il est plausible de supposer que Calvin avait une vision d'une liberté compatibiliste telle qu'Edwards l'a adoptée, il n'en avise ses lecteurs d’aucun mot. ».

Si ce que propose Jonathan Edwards est un développement qui précise dans un certain sens la nature du déterminisme théologique d'une manière qui ne fait pas consensus chez les calvinistes, son œuvre est toutefois reconnue par tous comme authentiquement calviniste. Cette position distincte jouit, à notre époque, d'une réelle influence par la promotion de figures contemporaines populaires comme John Piper, par exemple.

Étant donné que tant le calvinisme historique qu'edwardsien assume un déterminisme, et que l'explication de ce concept ne semble pas avoir une influence notable sur ses problématiques[14]PICIRILLI, Robert. Free Will Revisited. Eugene, OR : Wipf & Stock Publishers, 2017, p. 5. « [L]e déterminisme, quelle que soit sa source, ne tient pas compte de la liberté humaine, puisque les choix humains ne déterminent rien. », nous considérerons ces deux développements comme étant des formes orthodoxes de calvinisme.

1.3 Le calvinisme antinomique

Une position révisée et non-orthodoxe du calvinisme, mais néanmoins populaire chez les calvinistes non-théologiens, est basée sur une antinomie[15]ROGER, Olson. The Problem of Irrational, Unteachable. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. 2015-04-26 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2015/04/the-problem-of-irrational-unteachable-christians/. « L'obscurantisme anti-intellectuel est un problème persistant chez les chrétiens. L'idéal du "saint fou" perdure parmi nous. Ici, sur ce blog, il surgit chaque fois que je critique le calvinisme en utilisant la logique. Tôt ou tard, un calviniste fait appel non seulement au mystère mais aussi à l'irrationalité. Je ne dis pas que tous les calvinistes font cela, mais certains le font - surtout lorsque j'expose les incohérences internes. »[16]BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 61. « [Face aux objections du déterminisme les calvinistes] réagissent avec embarras, commencent à confesser leurs limites rationnelles, plaident pour le mystère face à l'inconnu, et certains se rapprochent dangereusement de l'admission de l'irrationalité. ». Cette position affirme que la contradiction du déterminisme avec la responsabilité humaine doit être acceptée, même en l'absence de la moindre justification logique, en raison du fait qu'il s'agirait de deux affirmations bibliques. James Packer a présenté cette position au travers de son livre Evangelism and the Sovereignty of God (1961). Edwin Palmer a aussi notablement adopté cette approche[17]PALMER, Edwin H.. The Five Points of Calvinism. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 104. « Le calviniste admet librement que sa position est illogique, ridicule, insensée et absurde. [...] Le calviniste défend deux positions apparemment contradictoires. [...] Il ne peut pas concilier les deux ; mais comme la Bible enseigne clairement les deux, il accepte les deux. »[18]OLSON, Roger E.. Arminian Theology: Myths and Realities. Downers Grove: InterVarsity Press, 2006, p. 100. « Palmer, comme de nombreux calvinistes, prétendait embrasser l'antinomie - une sorte de paradoxe - sans essayer d'utiliser la raison pour le résoudre. ». Dans cette étude nous appellerons cette position « calvinisme antinomique ».

Les calvinistes orthodoxes reprochent à la position antinomique son absence de justification[19]PIPER, John. A Response to J.I. Packer on the So-Called Antinomy Between the Sovereignty of God and Human Responsibility. In: Desiring God [en ligne]. 1976-03-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/a-response-to-j-i-packer-on-the-so-called-antinomy-between-the-sovereignty-of-god-and-human-responsibility. Les non-calvinistes acquiescent et prolongent cette critique en rappelant qu’un mystère doit être différentié d'une contradiction, comme nous le verrons plus loin.

1.4 Le calvinisme libertarien

De nos jours, il apparaît que certains calvinistes non-théologiens, se disent être légitimement calvinistes tout en refusant le strict déterminisme théologique[20]WRIGHT, Cart. Are Calvinists Determinists?. In : Arminian Theology [en ligne]. 2012-08-12 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://arminiantheologyblog.wordpress.com/2012/08/12/are-calvinists-determinists/ « Il y a peu de temps, j’ai eu une discussion avec un calviniste [...] affirmant “Depuis quand les calvinistes s'en tiennent-ils au strict déterminisme causal ? Les calvinistes ne sont pas des déterministes purs et durs. Nous ne pensons pas que Dieu cause tout.” »[21]FLOWERS, Leighton. We are not Determinists !. In : Soteriology 101 [en ligne]. 2016-05-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://soteriology101.com/2016/05/08/we-are-not-determinists/ « Il n'est pas rare qu'un calviniste me dise qu'il pense que je représente mal le calvinisme parce que je le présente comme s'il était "trop déterministe".[...] Ce que beaucoup de calvinistes jeunes (ou peu informés) semblent ne pas comprendre, c'est que le compatibilisme [...] est une forme de déterminisme. ». Un ouvrage d’Oliver Crisp, Deviant Calvinism [Le calvinisme déviant] (2014) s’est fait l’écho de cette ligne de pensée calviniste révisée, non-orthodoxe et probablement peu représentée dans le milieu académique. Crisp affirme que cette déviance n’entre pas en contradiction avec les confessions réformées[22]CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3. « Notre tâche dans cette section du chapitre était de montrer que le calvinisme libertarien n'est pas incompatible avec la Confession, qu'il s'agit d'une interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes sur le sujet, et non que c'est la seule interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes ou même que c'est la meilleure ou la plus plausible interprétation des déclarations confessionnelles pertinentes. », ce que plusieurs théologiens calvinistes notables contestent[23]JONES, Mark. An Analysis of "Deviant Calvinism" (Part 1). In : Reformation 21 [en ligne]. 2015-12-05 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.reformation21.org/blogs/deviant-calvinism-a-review.php[24]HELM, Paul. Freedom, Liberty and the Westminster Confession. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2014-10-15 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2014/10/freedom-liberty-and-westminster.html[25]DE YOUNG, KEVIN. A More Generous Calvinism?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2015-30-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/a-more-generous-calvinism-2/.

Le « libertarianisme » ou « l'auto-détermination », correspondent à la conception commune de la liberté et de la responsabilité morale qui lui est associée dans la culture occidentale[26]KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7 « Dans des écrits des vingt-cinq dernières années, j'ai soutenu que cette vision libertarienne représente l'idée traditionnelle du libre arbitre qui a été discutée pendant des siècles où les philosophes ont débattu « du problème du libre arbitre et du déterminisme ». De plus, je pense que cette vision libertarienne est celle que de nombreuses personnes ordinaires ont à l'esprit lorsqu'elles croient intuitivement qu'il existe une sorte de conflit entre le libre arbitre et le déterminisme. »[27]PIPER, John. Providence. Wheaton, IL : Crossway, 2020, p. 214. Disponible à l'adresse : https://document.desiringgod.org/providence-en.pdf « Des millions de gens ordinaires portent dans leur esprit l'hypothèse informée culturellement (et non bibliquement) que l'auto-détermination ultime est essentielle à leur humanité moralement responsable. [...] [L]e terme qu'ils utilisent est le libre arbitre. Ce terme est perçu avec des sentiments et des associations si positifs dans notre culture qu'il est pratiquement incontesté en tant qu'hypothèse consensuellement acceptée. ». Cette conception se réfère au « libre arbitre libertarien » qui consiste en la capacité de choix contraire et qui s'oppose en cela au déterminisme. Dans cette mesure, on parle alors « d'incompatibilisme » entre libre arbitre et déterminisme[28]KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7 « Nous, les libertariens, croyons généralement qu'un libre arbitre incompatible avec le déterminisme est nécessaire pour que nous soyons vraiment moralement responsables de nos actions, de sorte que la véritable responsabilité morale, ainsi que le libre arbitre, sont incompatibles avec le déterminisme. ».

Le « calvinisme libertarien » est basé sur la notion de libre arbitre libertarien. Cependant, cette position maintient l’élection inconditionnelle, la grâce irrésistible et la persévérance des saints. Ainsi, l’homme est responsable moralement des actions qu’il réalise, et non responsable moralement des actions que Dieu détermine (grâce irrésistible et persévérance). Bien que cette étiquette théologique soit récente, Crisp affirme qu’elle aurait quelques racines historiques remontant à John Girardeau (XIXe s.) et William Cunningham (début du XXe s.)[29]CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3..

Par souci de cohérence, certaines doctrines en lien avec le déterminisme sont également révisées dans le calvinisme libertarien. Par exemple, la prescience concerne aussi bien les aspects déterminés par Dieu que les choix déterminés par l’homme que Dieu « découvre » en quelque sorte. Dieu les permet puisqu'il les utilise dans son plan sans les avoir prédéterminés.

2 Les soutiens bibliques au déterminisme

Nous allons brièvement mentionner certains des textes bibliques les plus utilisés par les calvinistes pour affirmer le déterminisme. Nous évoquerons aussi certains contre-arguments.

2.1 La souveraineté sans limites de Dieu

« Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut » (Psaumes 115:3)

De multiples textes bibliques mentionnent que Dieu est pleinement souverain et que personne ne peut le limiter. Néanmoins, cette pleine souveraineté n’implique en rien le déterminisme. Un être pleinement souverain peut souverainement décider de créer des êtres pouvant faire des choix non déterminés. Si c’est ce que Dieu veut, alors il peut le faire.

2.2 Les Proverbes

« Le cœur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Éternel ; il l’incline partout où il veut » (Proverbes 21:1)

Les Proverbes contiennent de nombreux passages qui pourraient suggérer une forme de déterminisme. Cependant, lorsque l'on se réfère aux livres des Proverbes, il est indispensable de comprendre la nature et la portée d'un proverbe.

Les Proverbes sont un genre littéraire qui renvoie à une sagesse générale et non à un verdict définitif sur tous les aspects de la vie. Plusieurs d’entre eux trouvent des limites lorsque l’on cherche à les appliquer comme s’ils avaient une portée universelle et contraignante. Si nous considérons littéralement et universellement Proverbes 21:1, nous devrions conclure que le cœur d’un roi accomplit toujours ce que Dieu décrète. Dans ce cas, quel sens donnerions-nous à un passage montrant l’irritation de Dieu quant aux choix d'un certain roi ? « L'Éternel fut irrité contre Salomon, parce qu’il avait détourné son cœur de l’Éternel [...] » (1R 11:9).

De ce fait, les non-calvinistes pensent que les Proverbes ne permettent pas d’étayer des vérités universelles telles que la détermination méticuleuse de chaque action humaine par Dieu, comme l’enseigne le calvinisme.

2.3 L'absence de changement en Dieu

« Car je suis l’Eternel, je ne change pas [...] » (Malachie 3:1)

A plusieurs reprises nous retrouvons dans la Bible l'idée que Dieu ne change pas. Néanmoins, ces affirmations n'impliquent pas une conception déterministe. L'objectif de ces textes est de faire référence à la fiabilité de Dieu et non à une absence de dynamisme impliquant une forme de déterminisme. Dieu ne change pas car il demeure fidèle à qui il est et à sa parole.

2.4 La dépendance de l’homme à Dieu

« Vous devriez dire, au contraire : Si Dieu le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou cela. » (Jacques 4:15)

Plusieurs passages bibliques évoquent l’idée que l’homme est totalement dépendant de Dieu dans ses actions. Néanmoins, cela n’implique pas nécessairement le déterminisme. La notion de permission divine est tout à fait adéquate pour expliquer ces textes. Par sa prescience et son omnipotence, Dieu a la capacité de laisser un événement advenir ou non.

2.5 L’accomplissement des objectifs de Dieu par l’homme malgré lui

« [C]et homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. » (Actes 2:23)

Certains passages mentionnent le fait que des hommes ont accompli malgré eux un but divin. La crucifixion de Christ en est probablement l’illustration la plus parlante. Néanmoins, ici aussi, la prescience, la permission divine et l’omnipotence sont peut-être des moyens interprétatifs plus crédibles que le déterminisme. Ce que nous voyons, c'est que Jésus fut providentiellement protégé jusqu’à un moment décidé par Dieu. « Ils cherchaient donc à se saisir de lui, et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue » Jn 6:30 et « Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l'instant plus de douze légions d'anges ? » Mt 26:53. Le déterminisme n’est pas le seul moyen pour un Dieu omnipotent, omniscient, et plein de sagesse d’accomplir ses buts même à travers les mauvaises intentions de l’homme.

2.6 Selon Éphésiens 1, tout serait déterminé

« En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant le plan de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté » (Éphésiens 1:11)

Bien que ce passage puisse, isolément, être un appui valable du déterminisme, il n’en demeure pas moins que d’autres interprétations possibles existent. Tout d’abord, si nous donnons au terme « toutes choses » une portée universelle, la conception arminienne de la providence s'applique adéquatement : rien ne peut arriver sans que Dieu le détermine OU le permette. Ensuite, il se pourrait que l'expression « toutes choses » n’aie pas une portée universelle et soit restreinte par son contexte. Par exemple, la même expression se trouve dans le passage « [Dieu] opère toutes choses en tous » (1Co 12:6) et ne se réfère qu'aux dons de l’Esprit. Dans cette mesure, Ephésiens 1:11 pourrait avoir une signification déterministe, mais seulement au sujet d'événements spécifiques comme l'établissement de l'Église en tant que regroupement des Juifs et des non-juifs.

2.7 Selon Romains 9, la double prédestination serait déterminée

« Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? [...] Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère prêts pour la perdition, et s’il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire ? » (Romains 9:19-24)

Tout d’abord, Romains 9 ne semble pas, à proprement parler, traiter du déterminisme. En effet, rien n'y suggère que Dieu aurait prédéterminé chaque événement ayant eu lieu dans le monde. Néanmoins, ce passage est populaire, car les calvinistes considèrent qu’il soutient fortement la double prédestination inconditionnelle. Les non-calvinistes, pour leur part, considèrent généralement que dans ce passage, Paul défend le salut par la foi pour tous (juifs et non-juifs) et la prérogative de Dieu dans à sa souveraineté de déterminer les conditions du salut.

En particulier, Paul enseigne que ce n’est ni l'ascendance ethnique ni une haute éthique qui permet de devenir membre du peuple de Dieu. Ainsi, les juifs incrédules doivent se soumettre à la volonté divine qui est de sauver par la foi en Christ et ne doivent pas se reposer sur leur appartenance ethnique ou leur propre justice. Dans ces conditions, ils ne peuvent reprocher à Dieu de ne pas être sauvés s'ils résistent pertinemment à sa volonté. C'est dans ce sens que les paroles « Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? » semblent devoir être comprises. La propre conclusion de Paul du chapitre 9, sans aucun appel à une logique déterministe, tend à confirmer cette compréhension :

« Que dirons-nous donc? Les païens, qui ne cherchaient pas la justice, ont obtenu la justice, la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, qui cherchait une loi de justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres » (Romains 9:30-32)

D'autre part, si ce passage devait soutenir une double prédestination inconditionnelle, nous pourrions nous questionner sur le sens de l’expression : « supporter avec une grande patience ». Si tout ce qui arrive provient du décret déterminant de Dieu, pourquoi des événements semblent, dans un certain sens, le décevoir ou le contrarier ?

2.8 Conclusion sur les soutiens bibliques du déterminisme théologique

Ce survol superficiel de certains textes bibliques n’a pas vocation à fournir une critique détaillée des interprétations calvinistes. L’objectif est simplement d’évoquer les clés interprétatives distinctives entre calvinistes et non-calvinistes. Alors que les calvinistes ont tendance à considérer une pleine souveraineté comme impliquant le déterministe, les non-calvinistes considèrent la souveraineté uniquement comme la prérogative de Dieu à faire ce qu’il veut. Dieu peut vouloir laisser une autonomie limitée à certaines de ses créatures. Nous avons également vu que le facteur contextuel est important, car il arrive qu’un passage concerne une problématique de l’époque de l’écrit qui n’est plus forcément une problématique actuelle.

3 Une terminologie calviniste équivoque

Nous allons tenter d’éclaircir les termes, concepts et expressions que les calvinistes peuvent utiliser pour exprimer leur position déterministe. Le seul objectif de ce chapitre est de démontrer que bien que la signification de certains éléments de langage calviniste puisse suggérer, à tort, une adhésion à une liberté humaine au sens fort, en réalité les termes en question sont définis de telle manière à être cohérents avec un déterminisme théologique exhaustif.

3.1 Dieu est souverain

La souveraineté de Dieu est principalement définie comme le droit de Dieu d'exercer son pouvoir sur sa création, et secondairement, mais pas nécessairement, comme l'exercice de ce droit[30]OKE, Norman R.. Divine Sovereignty. In : Beacon Dictionary of Theology. Kansas City, MO: Beacon Hill Press of Kansas City, 1983, p. 171. Disponible à l'adresse : https://www.whdl.org/en/browse/resources/9391. « Premièrement, [la souveraineté de Dieu] peut être considérée comme le droit divin d'exercer totalement sa gouvernance; deuxièmement, son sens peut être étendu jusqu'à inclure l'exercice de ce droit par Dieu. Quant au premier aspect, il n'y a pas de débat. Une divergence d'opinion surgit en ce qui concerne le deuxième aspect. »[31]EASTON, Matthew G.. Sovereignty. In : Illustrated Bible Dictionary. London : Thomas Nelson, 1897. Disponible à l'adresse : https://www.biblestudytools.com/dictionaries/eastons-bible-dictionary/sovereignty.html. « [La souveraineté de Dieu] est son droit absolu de faire toutes choses selon son bon plaisir. »[32]LEONARD, William. Sovereignty of God. In : Holman Bible Dictionary. Nashville, TN : Broadman & Holman, 1991. Disponible à l'adresse : https://www.studylight.org/dictionaries/eng/hbd/s/sovereignty-of-god.html. « [La souveraineté de Dieu est l'enseignement ] [...] que toutes choses viennent de Dieu et dépendent de Dieu. [...] [Ceci] ne signifiant pas que tout ce qui se passe dans le monde est la volonté de Dieu. ».

Le mot « souveraineté » est souvent utilisé par les calvinistes, pour caractériser l'exercice du droit souverain de Dieu par le biais du déterminisme théologique[33]FRIESEN, Garry, MAXSON, Robin J.. Decision Making & the Will of God: A Biblical Alternative to the Traditional View. Portland, OR: Multnomah Press, 1980, p. 32, « La volonté souveraine de Dieu peut être définie comme le plan prédéterminé de Dieu concernant tout ce qui se passe dans l'univers. ». Or cette interprétation n'est pas la seule qui soit compatible avec la définition de la souveraineté divine[34]BIGNON, Guillaume. Why this Calvinist doesn't make much of divine "Sovereignty". In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-07-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/07/why-this-calvinist-doesnt-make-much-of.html « Dire que Dieu est souverain peut se contenter, modestement, de signifier qu'il a le pouvoir et l'autorité ultimes sur les affaires humaines. Mais le fait qu'il ait une telle souveraineté sur les humains ne nous dit pas grand-chose sur la mesure dans laquelle Dieu exerce effectivement sa souveraineté. Les arminiens de tous bords sont parfaitement à l'aise pour affirmer que Dieu est "souverain", mais ils nient que Dieu utilise sa souveraineté sur les affaires humaines en déterminant le résultat des choix libres des humains. ». Ainsi, lorsque ce terme est utilisé avec cette connotation déterministe, il fait état d'un abus de langage équivoque.

3.2 Certains événements sont contingents

Nous pourrions penser que le fait que le calvinisme parle et affirme la contingence[35]Contingence. In : Philosophie Magazine [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.philomag.com/lexique/contingence « [L]a contingence désigne la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas, ou encore qu’elle soit autrement qu’elle n’est. » de certains événements est une preuve que certains événements ne seraient pas déterminés par Dieu. Cependant, cela provient d’un écart de sens entre la compréhension commune de ce terme et la définition qu’en donne un philosophe déterministe.

Lorsqu’une personne non-initiée entend que le choix d’un humain a été contingent, elle comprend généralement que l’humain en question pouvait dans les mêmes circonstances faire ou ne pas faire ce choix. Toutefois, pour certains philosophes, cela signifie seulement que le choix en question n’était pas une nécessité conséquente à la nature de l’agent. Ainsi, la scolastique réformée distingue deux types de nécessité, la nécessité absolue (ou du conséquent) qui ne peut être contingente, et la nécessité hypothétique (ou de la conséquence ou relative) qui peut également être contingente dans le seul sens métaphysique[36]VAN ASSELT, Willem. Reformed Thought on Freedom. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 38. « Dans cette ontologie, la contingence de l'effet peut être associée à une nécessité hypothétique de l'effet [...] [L]a distinction entre la nécessité absolue (simpliciter : necessitas consequentis) et la nécessité relative (secundum quid : necessitas consequentiae) a permis aux scolastiques réformés de montrer comment la nécessité et la contingence/liberté sont à certains égards compatibles au lieu d'être carrément contradictoires. ».

Pour simplifier, la scolastique affirme que la seule chose qui n’est pas métaphysiquement contingente, c'est Dieu[37]Selon la conception épistémologique, certains éléments abstraits comme les principes de logique ou les mathématiques pourraient aussi faire partie de cette catégorie.. En effet, Dieu ne pouvait pas ne pas exister ou être différent de ce qu’il est. Dieu existe par une nécessité absolue. Tout le reste aurait pu ne pas exister ou exister autrement, donc tout le reste est contingent. Le fait que Dieu ait déterminé tout le reste et que l’homme ne détermine rien, n’affecte pas ce sens précis de la définition de la contingence[38]PRECIADO, Michael Patrick. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR: Pickwick Publications, 2019, p. 83. « [La nécessité relative] préserve la contingence, car Dieu aurait pu décréter qu'Adam ne tombe pas [dans le péché]. Si Dieu l'avait décrété, alors Adam ne serait pas tombé. Cela signifie qu'Adam aurait pu agir autrement si Dieu l'avait décrété. ».

Ainsi, quand le théologien calviniste énonce que les causes secondes sont contingentes, il veut seulement dire que Dieu aurait pu déterminer les causes secondes différemment qu’elles le sont, mais ne veut pas dire que les causes secondes (ici les humains) déterminent eux-mêmes leur choix[39]WHITE, Heath. Theological Determinism and the “Authoring Sin” Objection. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 90. « Le déterminisme théologique soutient, en effet, que la volonté de Dieu détermine tout fait contingent. Il ne s'ensuit pas que Dieu porte la même intention que les faits contingents. Tout ce qui arrive est une conséquence, en fait une conséquence déterministe, de l'action de la causalité primaire de Dieu, sans que cela soit forcément une conséquence intentionnelle. »[40]JAEGER, Lydia. Diverses formes de nécessité dans L’Institution chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, Revue Réformée, 2003, p. 54-69. Disponible à l'adresse : https://www.academia.edu/27936280/DIVERSES_FORMES_DE_NECESSITE_DANS_LINSTITUTION_CHRETIENNE « Pour Calvin, la distinction entre ces deux niveaux de nécessité [absolue et hypothétique] va de pair avec la contingence du monde, au sens fort du terme : non seulement le monde est dépendant de Dieu et ne peut nullement prétendre à aucune forme d’aséité, mais aussi Dieu aurait pu (au moins dans une large mesure) choisir de décider autrement qu’il ne l’a fait. La nécessité de décret [hypothétique] n’équivaut donc pas à la nécessité logique [absolue] ; le décret de Dieu aurait pu être autre. ». Calvin confirme cette idée dans son Institution en affirmant comme « S. Augustin, que la volonté de Dieu est la nécessité de toutes choses, et qu’il faut nécessairement que ce qu’il a ordonné et voulu advienne, comme tout ce qu’il a prévu adviendra certainement[41]CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, vol. 3, chap. 23, sec. 8, p. 427. ».

3.3 Le calvinisme n’est pas un fatalisme

Le fatalisme est une position affirmant que la détermination d’une finalité ne dépend pas de la détermination des moyens. Le déterminisme théologique, pour sa part, affirme que les finalités sont déterminées par l’intermédiaire de la détermination des moyens[42]The Encyclopedia of Christianity. Grand Rapids, MI : Eerdmans Publishing, 2005, vol. 4, p. 180. « Le fatalisme, dans son sens le plus courant, ne doit pas être confondu avec la prédestination. Le fatalisme affirme une nécessité abstraite sans tenir compte des antécédents causaux et est donc diamétralement opposé à la prédestination, dans laquelle les causes et les effets, les fins et les moyens, sont déterminés les uns par rapport aux autres. L'utilisation des moyens est rendue inutile par le fatalisme, mais pas par la prédestination. [N.D.L.R. : Dans un sens moins courant, le fatalisme est parfois identifié comme un mode de détermination provenant d’une force aveugle.] ». Cette compréhension de la différence déterminisme théologique / fatalisme est celle qui est affirmée par les théologiens calvinistes[43]BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 88. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=y3KUDgAAQBAJ&pg=PA88 « Beaucoup de malentendus surgissent en confondant la doctrine chrétienne de la prédestination avec la doctrine païenne du fatalisme. Il n'y a, en réalité, qu'un seul point d'accord entre les deux, c'est que tous deux supposent la certitude absolue de tous les événements futurs. La différence essentielle entre eux est que le fatalisme n'a pas de place pour un Dieu personnel. La prédestination soutient que les événements arrivent parce qu'un Dieu infiniment sage, puissant et saint les a nommés ainsi. Le fatalisme soutient que tous les événements se produisent par le travail d'une force aveugle, inintelligente, impersonnelle, non morale, qui ne peut être distinguée de la nécessité physique, et qui nous porte impuissants à sa portée comme un fleuve puissant porte un morceau de bois. »[44]CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/ « Par « fatalisme », je me réfère à l'enseignement selon lequel tous les événements sont prédéterminés (1) par des forces impersonnelles et (2) effectués indépendamment des moyens, de sorte que quoi qu'une personne fasse, la même fin en résultera. Par « déterminisme », je me réfère surtout au déterminisme théologique ou divin. C'est l'enseignement que le Dieu personnel de la Bible a intelligemment et immuablement prédéterminé tous les événements, y compris toutes les pensées, décisions et actions humaines, et cela en prédéterminant à la fois les fins et les moyens de ces fins. ».. Illustrons cette différence par un exemple :

Imaginons que Jean s’apprête à boire un café. L'explication du fatalisme est que Jean est déterminé à boire du café (la finalité) et il le boira qu'il le veuille ou non. L'explication du déterminisme théologique est que Dieu détermine la volonté de Jean (le moyen) de sorte à ce que sa volonté coïncide avec le fait déterminé par Dieu que Jean boive un café (la finalité).

Ainsi le fait que le calvinisme ne soit pas fataliste ne veut pas dire qu’il n’est pas pleinement déterministe. Nous pouvons même noter, comme certains calvinistes eux-mêmes, que le déterminisme laisse finalement moins de place à une liberté (au sens fort) que le fatalisme[45]CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/ « Plusieurs supposent qu'il y a plus de liberté dans le "déterminisme" et que les choses sont plus déterminées dans le "fatalisme". C'est faux. Les choses sont plus déterminées dans le déterminisme divin que dans tout autre schéma. Dans le cadre du "fatalisme", un événement est prédéterminé de telle manière que le même résultat se produit "peu importe ce que vous faites", c'est-à-dire, quels que soient les moyens. Cependant, sous le déterminisme divin, bien que ce que vous fassiez "soit important", "ce que vous voulez" est également prédéterminé. Et cela "compte" parce qu'il existe une relation définie entre "ce que vous voulez" et son résultat, mais cette relation est également déterminée et contrôlée par Dieu. ».

De même, quand le calvinisme affirme que l'action de l'homme affecte l'avenir, comme par la prière, il faut simplement comprendre que Dieu a déterminé le moyen (la prière) pour atteindre un but, et non une marque d'autonomie humaine[46]REZKALLA, Paul. Why Pray if God Has Already Decided Everything?. In: The Gospel Coalition [en ligne]. 2017-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/article/why-pray-if-god-has-already-determined-everything/. « Certaines choses se sont produites uniquement parce que nous avons prié pour elles ; elles ne se seraient pas produites si nous n'avions pas prié pour elles. [...] Il est vrai que Dieu a déterminé tous les résultats, mais il a également déterminé les moyens par lesquels ces résultats auront lieu. Si Dieu a déterminé qu'une femme serait guérie d'un cancer, il a également déterminé les prières en sa faveur, sans parler de la naissance des oncologues qui l'opéreront et de l'ouverture d'une école de médecine dans la région. Les prières représentent l'un des nombreux moyens que Dieu détermine. » .

3.4 Le calvinisme n’est pas de l’hyper-calvinisme

L'hyper-calvinisme est une forme de calvinisme qui interprète le déterminisme théologique dans une perspective fataliste[47]WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 231. « La Bible suppose partout qu'en matière de salut, Dieu est totalement souverain et que les hommes sont réellement responsables. C'est le "compatibilisme". Selon cette vérité, Dieu utilise des "moyens" pour accomplir sa fin de sauver son peuple - la prédication, l'écoute et la foi en l'Évangile (Rom. 10:8-15). Une réaction extrême aux erreurs du système arminien, appelée hyper-calvinisme, nie que Dieu utilise les moyens de prêcher, d'entendre et de faire confiance pour convertir son peuple. L'hyper-calvinisme est la négation non biblique de la responsabilité des chrétiens de prêcher l'évangile ainsi que de la responsabilité des non-chrétiens de se repentir et de croire en Jésus. ». Comme nous venons de l'évoquer, le fatalisme considère que les finalités sont déterminées sans que les moyens ne le soient nécessairement.

Cette forme de calvinisme diverge de l'orthodoxie au sujet du rôle de l’homme dans sa conversion, ou de l'utilité de partager l’Évangile à des personnes dont on ne peut savoir si elles sont élues. Par exemple, certains hyper-calvinistes peuvent remettre en cause l’importance de l’évangélisation, car ils ne croient pas que la conversion d’une personne (la finalité) dépend potentiellement de la détermination de l’œuvre d’évangélisation (le moyen).

Comme nous le constatons, le fait que le calvinisme soit différent de l’hyper-calvinisme ne permet pas de déduire que le calvinisme n’est pas déterministe, mais simplement qu'il n'est pas fataliste.

3.5 Le calvinisme n’est pas un déterminisme dur, mais un déterminisme doux

La différence entre le déterminisme doux et dur (ou souple et mou) ne réside pas dans le périmètre exhaustif ou la force du déterminisme[48]HENDRYX, John. Compatibilism. In: Monergism [en ligne]. 2021 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/topics/free-will/compatibilism. « Il convient de noter que cette position [le déterminisme doux / compatibilisme] n'est pas moins déterministe que le déterminisme dur. Il est manifeste que ni le déterminisme doux ni le déterminisme dur ne croient que l'homme a un libre arbitre [libertarien]. Nos choix ne sont nos choix que parce qu'ils sont volontaires, et non contraints. Nous ne faisons pas de choix contraires à nos désirs ou à notre nature. Le compatibilisme est en contradiction directe avec le libre arbitre libertarien. »[49]FEINBERG, John S.. No One Like Him. Wheaton, IL: Crossway, 2001, p. 635-636. « Les déterministes doux sont d'accord [avec le déterminisme dur] pour dire que tout ce qui se passe est causalement déterminé [...] ». L’unique différence est que le déterminisme doux affirme le compatibilisme (le déterminisme est compatible avec le libre arbitre) alors que le déterminisme dur rejette le compatibilisme (le déterminisme est incompatible avec le libre arbitre).

Par exemple, un adhérent au déterminisme dur ne condamne donc pas moralement les individus, car il ne trouve aucun fondement à cela en raison du déterminisme. Dans cette mesure, les condamnations judiciaires, par exemple, ont uniquement une portée « utilitaire ». La punition a pour seul objectif de devenir une cause déterminante permettant à l’agent d’être déterminé vers le « bien ».

Ces deux formes de déterminisme affirment donc un mode identique de détermination des actions et des évènements. Le calvinisme reste de ce fait un déterminisme à part entière.

3.6 L’homme a le libre-arbitre

Le calvinisme énonce généralement que l’homme a le libre-arbitre, ou qu’il agit librement, volontairement ou sans contrainte[50]SPROUL, R. C.. Do We Have Free Will?. In: Ligonier [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/podcasts/ultimately-with-rc-sproul/do-we-have-free-will « Nous [les calvinistes] croyons que l'homme a le libre arbitre. Je ne connais pas un seul augustinien dans toute l'histoire de l'Église qui n'ait pas affirmé avec force que nous avons le libre arbitre. Nous sommes des créatures volitives. Dieu nous a donné une intelligence et un cœur, et il nous a donné une volonté. Nous exerçons constamment cette volonté. Nous faisons des choix tout au long de la journée, et nous choisissons ce que nous voulons. Nous choisissons librement. Personne ne nous contraint. ». Tout cela doit être compris à la lumière du déterminisme et du compatibilisme. Comme nous l’avons vu, le déterminisme affirme que l’homme choisit ce qu’il veut, bien que ce qu’il veut soit préalablement déterminé par Dieu. Ce type de liberté issue du déterminisme est appelée la liberté de spontanéité, et doit être soigneusement distingué de la notion liberté d'indifférence qui postule que la liberté implique la capacité de faire ou ne pas faire une chose[51]NASH, Ronald. Life's Ultimate Questions: An Introduction to Philosophy. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2010, p. 463. « On peut dire que les êtres humains sont libres dans deux sens différents. La liberté d'indifférence explique la liberté humaine comme la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. [...] Pour être véritablement libre dans le cadre de l'"indifférence", une personne doit avoir la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. La liberté de spontanéité, en revanche, explique la liberté humaine comme la capacité de faire ce que l'on veut faire. Selon cette seconde conception, la question de la capacité de la personne à faire autre chose que ce qu'elle fait n'est pas pertinente, car la question clé est de savoir si elle est capable de faire ce qu'elle a le plus envie de faire. La liberté d'indifférence est une définition incompatibiliste de la liberté, tandis que la liberté de spontanéité est une forme de compatibilisme. ». Nous pourrions dire que dans ce contexte de « spontanéité », la notion de liberté ou de contrainte fait essentiellement référence à une expérience psychologique. Ainsi, par libre-arbitre le calviniste ne cherche pas à dire que l’homme détermine certains de ses choix sans ayant été lui-même préalablement déterminé par une cause externe[52]FEINBERG, John.No One Like Him. Wheaton, IL: Crossway, 2001, p. 637. « un acte est libre, bien que causalement déterminé, si cet acte correspond à ce que l'agent voulait faire. ».

Certains calvinistes vont jusqu’à dire que l’homme s’autodétermine, mais cela aussi doit simplement se comprendre comme une expérience psychologique d’absence de contrainte[53]SPROUL, R. C.. What Is Free Will?. In : Ligonier [en ligne]. 2019-07-01 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/chosen-by-god/what-is-free-will « Rappelez-vous que j'ai dit [...] que notre choix est à la fois libre et déterminé. Mais ce qui le détermine, c'est moi, et c'est ce que nous appelons l'autodétermination. L'autodétermination n'est pas la négation de la liberté, mais l'essence de la liberté. [...] [N]ous choisissons toujours selon nos désirs. J'irai même jusqu'à dire que nous devons toujours choisir selon l'inclination la plus forte du moment. »[54]HELM, Paul. John Calvin’s Ideas. Oxford : Oxford University Press, 2004, p. 164-165. « Calvin parle sans réserve de l'autodétermination de la volonté. [...] [C]e langage peut sembler placer Calvin dans le camp du libertarianisme ou de la causalité agentive. Cependant, Calvin semble redéfinir l'idée d'autodétermination [...] comme étant l'absence de coercition, et cela semble le placer dans le camp compatibiliste [...]. ».

3.7 Le libre arbitre avait une signification différente durant la Réforme

Comme le soulignent à juste titre certains calvinistes, lorsque les réformateurs ont explicitement dénié l’existence du libre arbitre, ils faisaient souvent référence à la capacité de faire le bien spirituel plutôt qu’à la capacité philosophique de faire un choix[55]HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 229. « Lorsque Calvin et Luther nient le libre arbitre, ils n'ont pas en tête des questions métaphysiques [...] mais plutôt la disposition spirituelle découlant du péché qui est, logiquement parlant, neutre sur la question du déterminisme et du libertarianisme. ». Néanmoins, au-delà de ce vocabulaire, les spécialistes sont unanimes pour identifier un déterminisme dans les écrits des réformateurs. En particulier, l’approche de Calvin est réputée compatibiliste et donc déterministe[56]Ibid. p. 230. « Il est donc raisonnable de conclure que, bien que Calvin n'avoue pas le déterminisme par ces mots précis, il adopte néanmoins une perspective largement déterministe. »[57]HELM, Paul. Calvin the Compatibilist. In : Calvin at the Centre. New York : Oxford University Press, 2010, p. 227-272. http://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199532186.001.0001. L’approche de Luther (différente de la position officielle du luthéranisme) nie généralement le libre arbitre dans son aspect philosophique et est donc elle aussi déterministe[58]VESTRUCCI, Andrea. Recalibrating the Logic of Free Will with Martin Luther. Theology and Science. 2020, vol. 18, n° 3, p. 358-382. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1080/14746700.2020.1786216[59]LUTHER, Martin. De Servo Arbitrio. Chap. 7, p. 113. In : O’Hare. The Facts About Luther. TAN Books, 1987, p. 266-267. « L’homme est comme un cheval. Est-ce que Dieu saute en selle ? Le cheval est obéissant et s’adapte à chaque mouvement du cavalier et va où il le veut. […] Par conséquent, la nécessité, et non le libre arbitre, est le principe directeur de notre conduite. ».

3.8 Dieu permet le mal

Certains calvinistes affirment parfois que Dieu « permet » le mal. Il s’agit d’un usage terminologique pour indiquer que Dieu détermine le mal d’une manière différente qu’il détermine le bien[60]BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 225. « Cela signifie que l'un [le déterminisme] n'est pas censé exclure l'autre [la permission] ; au contraire, les deux sont censés décrire les véritables aspects du contrôle de Dieu sur le mal, à savoir, d'une part, que Dieu le contrôle pleinement et, d'autre part, que Dieu ne l'approuve pas pour lui-même et que son mode d'action pour l'engendrer diffère de celui qu'il utilise pour engendrer le bien. C'est tout. Le langage de la permission n'est pas un moyen de diminuer le contrôle divin du mal ou d'excuser Dieu pour son implication dans celui-ci. »[61]GORDON, Bruce, TRUEMAN, Carl. The Oxford Handbook of Calvin and Calvinism. Oxford : Oxford University Press, 2021, p. 46-47. « L'attachement de Calvin à la particularité de la providence de Dieu l'amène à reconnaître une relation plus forte entre la volonté de Dieu et les mauvaises actions que ne le suppose la distinction entre vouloir et permettre. Au contraire, dit Calvin, Dieu est le principe déterminant de toutes les actions humaines, bonnes ou mauvaises. [...] Calvin parle cependant parfois d'actions ou d'événements de Dieu "pliant" la volonté de Dieu. Il y a même des exemples, comme dans l'histoire de Job, où Calvin lui-même écrit que "le Seigneur permet à Satan d'affliger son serviteur" (Calvin 1960, 2.4.2). [...] Bien que Calvin n'utilise pas expressément la distinction vouloir/permettre (pour garder Dieu isolé du mal et du péché), il admet une certaine différence entre la volonté de Dieu du bien et la "volonté" de Dieu du mal. Cette différence se trouve dans la position intentionnelle de Dieu envers ce que Dieu réalise. Lorsque Dieu détermine que quelque chose de mauvais doit arriver (que ce soit un péché individuel ou un mal impersonnel) Dieu ne vise pas le mal lui-même, mais le résultat finalement bon vers lequel Dieu dirige ce mal. [...] Quelle que soit la nature de l'action, le décret de Dieu est toujours parfaitement efficace et causalement suffisant [...] ». Généralement, l’idée revient à affirmer que Dieu détermine le mal « en se retirant » de l’homme et ainsi l’homme est en quelque sorte déterminé uniquement par le fonctionnement de sa nature sans la présence de Dieu, ou en l'absence des choses que Dieu a retiré de lui directement ou indirectement. Cependant, il faut noter que le déterminisme n’est pas moins fort dans ce cas précis, il s'applique simplement par d'autres biais.

Dans cette perspective, le mot « permission » semble pour le moins équivoque. Certe, ce qui est déterminé est dans un sens également permis. En effet, par analogie, nous pourrions dire qu'un père reveillant son enfant, lui permet d'être réveillé. Néanmoins, dans le cadre de la problèmatique du mal, il nous semble que le terme de « permission » sous-entend tacitement une définition plus large que ce sens limité. Ainsi, sans explicitement mettre une lumière cette restriction de sens, le terme peut paraître trompeur, et faussement suggérer que, selon le calvinisme, la chute et le mal ne serait pas déterminé par Dieu.

3.9 Dieu n'est pas l’auteur du mal

Certains calvinistes affirment que Dieu n'est pas l’auteur du mal[62]MATHIS, David. Does God ‘Author’ Sin?. In: Desiring God [en ligne]. 2007-08-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-author-sin « Le terme auteur est presque universellement condamné dans la littérature théologique. Il est rarement défini, mais il semble signifier à la fois que Dieu est la cause efficiente du mal et qu'en causant le mal, il fait effectivement quelque chose de mal. Ainsi, [la Confession de foi de Westminster] affirme que Dieu "n'est ni ne peut être l'auteur ou l'approbateur du péché" (5:4). ». Ce que veulent dire les calvinistes, c’est que Dieu n’est pas la cause directe du mal[63]MATHIS, David. Does God ‘Cause’ Sin?. In: Desiring God [en ligne]. 2007-08-30 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-cause-sin « Il est intéressant de noter que Calvin utilise le terme de cause, en se référant à l'action de Dieu dans l'apparition du mal, quand il fait la distinction entre Dieu en tant que "cause éloignée" et l'action humaine en tant que "cause immédiate". Soutenant ainsi que Dieu n'est pas "l'auteur du péché", il affirme que "la cause immédiate est une chose, la cause éloignée en est une autre". ». Quand Dieu détermine une personne à commettre un assassinat, c’est bien Dieu qui a déterminé l’assassin à commettre le meurtre. Cependant, c’est l’assassin qui a commis le meurtre.

L’auteur est donc la cause directe ou efficiente (l’agent humain) et non pas la cause déterminante ou efficace (Dieu). Nous devons reconnaître que cela a un certain sens logique. Pourtant, sans précision, cette affirmation pourrait également laisser penser que la cause directe n’était pas déterminée, ou que Dieu n’a pas déterminé le mal, ce qui n’est pas le cas.

3.10 L’homme n’est pas un robot

Les calvinistes affirment que l’homme n’est pas un robot ou une marionnette[64]DEYOUNG, Kevin. Does Calvinism Teach Puppet Theology?. In: The Gospel Coalition [en ligne]. 2013-03-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/does-calvinism-teach-puppet-theology/ « Mes analogies de type marionnette ou robot ne sont pas valable [pour décrire le calvinisme], et aucun calviniste ne devrait les utiliser. [...] Dieu n'est pas un marionnettiste qui tire sur des ficelles pour que nous fassions ce qu'il veut indépendamment de notre volonté ou de notre action. Sa volonté précède notre volonté, mais elle ne l'efface pas. ». Cela pourrait laisser penser, à tort, que l'homme n'est pas déterminé dans ses choix. Pourtant, selon le calvinisme, la volonté de l'homme est pleinement déterminée par le décret divin (déterminisme théologique). Dans cette mesure, si l’homme n’est pas un robot, c'est parce qu’il a une volonté et une conscience, mais l’homme reste déterminé à faire ce qu’il fait tout comme le robot. Le robot agit par un algorithme déterminé par l'homme, l'humain par sa volonté déterminée par Dieu. Ainsi, bien que leur expérience respective soit différente, les deux sont pleinement déterminés par un agent extérieur.

Bien entendu, les capacités relatives à la conscience et à la sensibilité humaine permettent également de déterminer l’homme dans des états que seuls des êtres relationnels et rationnels peuvent atteindre. Par exemple, un robot ne peut pas se trouver dans des états émotionnels engendrés par l’amour, la crainte ou la peur. Mais encore une fois, dans le cadre déterministe, même les états propres à l’homme restent sous l’emprise du système de détermination.

3.11 L’homme est responsable du mal

Les calvinistes affirment généralement que l’homme est responsable du mal[65]WARE, Bruce. The Compatibility of Determinism and Human Freedom. In: Founders Ministries [en ligne]. 2012-01-13 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://founders.org/2012/01/13/the-compatibility-of-determinism-and-human-freedom/ « Ce que nous avons pu voir, cependant, c'est un témoignage biblique remarquable du fait que la détermination par Dieu de ce que les gens font est compatible dans l'Écriture avec le fait qu'ils réalisent ces actions déterminées avec une liberté et une responsabilité humaines authentiques. ». Cette affirmation repose entièrement sur celle du compatibilisme[66]Ibid. « Selon cette vision [compatibiliste] de la liberté, un agent est libre de faire un choix si et seulement si, au moment où il fait ce choix, il n'est pas contraint ou forcé dans son choix mais choisit plutôt selon son désir le plus profond, son inclination la plus forte, ou selon ce qu'il désire le plus. Bien sûr, puisque l'agent choisit en fonction de son désir le plus profond ou de son inclination la plus forte, cela n'a aucun sens d'imaginer que sa liberté consiste en sa capacité à faire autrement, n'est-ce pas ? ». Si l’homme est pleinement déterminé par Dieu à faire le mal, le compatibilisme soutient qu'il reste néanmoins responsable car lorsqu’il fait le mal, c’est ce qu’il veut faire. Cependant, comme nous le verrons, le compatibilisme est peu convaincant, laissant ainsi l’affirmation de responsabilité morale, dans un contexte déterministe, sans justification valable.

3.12 L’homme est incapable de faire le bien

Le calvinisme insiste sur l’état de la nature de l’homme. Il avance que dans l’état déchu, l’homme ne peut plus faire le bien ([non] posse [non] peccare)[67]HORTON, Michael. For Calvinism. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2011, p. 45. « Avant la chute, l'humanité avait la capacité naturelle et morale d'obéir à Dieu avec une fidélité totale et une liberté de volonté. Après la chute, nous avons toujours la capacité naturelle, mais non plus morale, de le faire. [...]. Nous avons tout l'"équipement" nécessaire pour aimer Dieu et nos voisins. Néanmoins, la chute nous a rendus moralement incapables d'utiliser ces dons d'une manière qui pourrait nous rendre la faveur de Dieu. ». Cela pourrait vouloir dire que l’homme, parce qu’il est dans une nature déchue, ne peut pas se déterminer vers le bien. Néanmoins, cela serait contradictoire avec le concept de déterminisme théologique qui postule que l’homme est déterminé par Dieu dans toutes ses actions.

Une manière moins équivoque d’exprimer ce point dans le cadre du calvinisme déterministe serait de dire que l’homme ne peut plus être déterminé volontairement par Dieu à faire le bien dans son état déchu. Croire que la chute a pour conséquence que l’homme ne peut plus se déterminer lui-même (au sens libertarien) au bien spirituel est cohérent avec l’arminianisme ou le calviniste libertarien, par exemple.

Sur ce point encore, la capacité ou incapacité de l’homme ne limite pas la portée du déterminisme, mais limite les possibilités d’événements pouvant être déterminés par Dieu au sein d’un état donné de la nature humaine. La capacité ou l'incapacité de l'homme pourra aussi limiter la façon dont l’homme sera déterminé par Dieu face à une situation donnée. Cela peut paraître déroutant mais il s'agit d'une implication logique du cadre déterministe avancé par le calvinisme orthodoxe.

3.13 L’homme à la capacité naturelle de faire le bien

À l’inverse, dans d’autres contextes, le calvinisme avance que les hommes ont la capacité naturelle de faire le bien et de répondre à l’Évangile. Il faut ici comprendre ce qui est entendu par « naturelle ». Ce que le calvinisme veut dire c’est que face à l’évangile, l’homme est physiquement (ou naturellement) en capacité d’y répondre. Ce n’est pas comme s’il lui était demandé de voler en battant des bras.

Néanmoins, bien qu’il en ait la capacité physique, le calvinisme affirme que l’homme n’a pas la capacité morale pour le bien spirituel. C’est-à-dire qu’il est en incapacité de vouloir répondre positivement à l’Évangile, bien que rien ne l’empêche physiquement de le faire[68]HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI : Zondervan, 1973, p. 341. « Depuis la chute, les hommes ont la capacité naturelle de faire tout ce qui est exigé d'eux, mais sont dépourvus de la capacité morale de le faire. Par capacité naturelle, il [Edwards] entendait la possession par tout agent libre responsable, comme condition de sa responsabilité, de toutes les facultés constitutionnelles nécessaires pour lui permettre d'obéir à la loi de Dieu. Par capacité morale, il entendait l'état moral inhérent à ces facultés, la juste disposition du cœur, nécessaire à l'accomplissement de ces devoirs. ». Ainsi, cette « capacité naturelle » ne doit en rien être comprise comme un concept soutenant le libre arbitre libertarien. De même que la « capacité morale » au bien spirituel n’induit pas le libre arbitre libertarien, mais simplement la possibilité pour Dieu de déterminer l’homme vers ce type de bien.

3.14 La terminologie de la Confession de foi de Westminster

La Confession de foi de Westminster (1646) a une influence prépondérante dans les églises presbytériennes et réformées. Au premier abord, cette confession semble traduire un point de vue partiellement libertarien. Toutefois un examen attentif de sa terminologie fait nettement apparaitre une position compatibiliste, c'est-à-dire pleinement déterministe. Se référer à l'annexe B pour une étude détaillée de la terminologie de cette confession.

3.15 Conclusion sur l’aspect équivoque de la terminologie calviniste

En dépit de l’aspect équivoque de certaines terminologies employées, le calvinisme historique affirme et assume l'idée que Dieu est la cause déterminante de tout événement. De nombreuses personnes, même calvinistes, peuvent facilement être induites en erreur par ces subtilités de terminologie et certains concepts équivoques. Comme nous l'avons exposé, pour comprendre correctement le calvinisme orthodoxe, ces subtilités et concepts doivent être interprétés à la lumière du déterminisme et du compatibilisme.

4 Les problèmes inhérents au déterminisme

Le déterminisme qui est un principe fort du calvinisme orthodoxe induit certaines difficultés. Les non-calvinistes perçoivent dans ce concept des problèmes et des contradictions qui, selon eux, disqualifient le calvinisme en tant que doctrine biblique. Les calvinistes s’opposent à cet avis en proposant diverses réponses à ces problèmes.

4.1 Un Dieu qui paraît commettre des péchés

4.1.1 Exposition de la problématique

Le déterminisme implique que tout est déterminé soit d’une manière mystérieuse (déterminisme théologique) soit par l'entremise de facteurs naturels agencés par Dieu (déterminisme théologique et naturel). Ainsi tous les péchés et tous les maux de l’humanité ont été déterminés par Dieu. Nous pouvons alors nous demander si Dieu, en tant que cause déterminante, n’est pas condamnable du fait du péché et du mal qu’Il détermine.

4.1.2 Tentative d’apologie

4.1.2.1 Dieu n’est pas soumis à la loi des hommes

(a) Argument calviniste

Certains calvinistes affirment que commettre un péché consiste à violer une loi à laquelle nous sommes soumis[69]JOHNSON, Daniel M.. Calvinism And The Problem Of Evil. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « En quoi l'activité souveraine de Dieu diffère-t-elle de façon notable de celle des humains ? Une différence sur laquelle les calvinistes ont fortement insisté est d'ordre moral : Dieu est le maître du cosmos, la source de toute existence et de toute bonté, et il existe par lui-même ; contrairement aux êtres humains. L'une des conséquences de cette différence est que Dieu n'est soumis à aucune loi extérieure et qu'Il est donc par définition incapable d'agir en rébellion contre une telle loi. Les êtres humains, en revanche, sont soumis à la loi de Dieu. Certains calvinistes ont identifié la rébellion comme l'essence du péché. McCann, par exemple, soutient que le fait de provoquer volontairement le mal n'est ni nécessaire ni suffisant pour commettre un acte répréhensible. L'acte répréhensible exige une désobéissance consciente à un commandement divin. Il s'ensuit que Dieu ne fait pas de mal en provoquant le mal puisqu'il n'a aucune loi à laquelle répondre et qu'ainsi il n'agit donc pas de manière rebelle. ». Cependant, la loi de Dieu s’applique aux hommes et non à Dieu. Ainsi, Dieu ne transgresse aucune loi et ne commet donc aucun péché.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Il semble difficile de penser qu’il n’existerait pas certaines mesures universelles s’appliquant à tout être rationnel et relationnel. Cela n'implique pas que ces lois universelles se situent hors et au-dessus de Dieu, mais plutôt qu'elles s'appliquent à Lui, au moins dans un certain degré, bien qu'elles proviennent de Lui. En effet, si l’on veut définir la bonté, l’amour, la gloire, etc. d’un être, nous devons utiliser des éléments concrets et compréhensibles permettant d’évaluer les qualificatifs cités.

4.1.2.2 Dieu n’a pas de mauvaises intentions en déterminant le mal

(a) Argument calviniste

Un autre argument consiste en l’affirmation que Dieu n’a pas de mauvaise intention en déterminant le mal[70]WELTY, Greg. Molinist Gunslingers : God and the Authorship of Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « [S]i par "auteur du péché" nous entendons que Dieu est l'auteur du mal, l'agent qui accomplit effectivement l'acte pécheur et avec des intentions mauvaises, alors non, Dieu n'est pas l'auteur du péché. Edwards dit que "ce serait un reproche et un blasphème de supposer que Dieu est l'auteur du péché" dans ce sens. [...] En revanche, selon Edwards, Dieu est l'auteur du péché dans le sens où il a ordonné l'existence du péché. Il est "celui qui dispose et ordonne le péché". Il est "celui qui dispose de l'état des événements, de sorte que, pour des fins et des buts sages, saints et très bons, le péché [...] s'ensuivra très certainement et infailliblement". Donc, si par "auteur du péché" nous entendons "celui qui ordonne que le mal moral se produise effectivement", alors oui (dit Edwards), cela semble être l'enseignement récurrent de l'Écriture. Mais puisque Dieu n'est pas l'auteur du péché au sens premier du terme, il n'a aucune culpabilité morale ou ne mérite aucun blâme à ce sujet. ». Au contraire, quand Dieu détermine la chute, par exemple, ce n’est pas avec l’intention de générer de la souffrance, mais avec l’intention de créer un bien supérieur (manifester sa grâce, sa justice, sa gloire, etc.) au travers du mal déterminé. Lorsqu’une personne est accusée d’un mal, l’action n’est pas décorrélée de l’intention. Par exemple, un policier qui tue un braqueur durant un braquage ne le fait pas avec la volonté de faire du mal au braqueur, mais avec la volonté de protéger des innocents.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Cet argument semble bien pouvoir, au moins théoriquement, disculper Dieu de l’accusation d’être condamnable en raison du péché et du mal qu’Il détermine. Néanmoins, lorsqu'on considère l'ensemble du péché et le mal que Dieu auraient déterminés et leurs conséquences, il semble difficile de distinguer en pratique le bien supérieur les justifiant. De même, nous devons saisir que l'analogie du policier peut s'appuyer sur le principe de moindre mal, dans la mesure où celui-ci fait face à une situation qu'il n'a pas lui-même déterminé. Un tel contexte n'existe, cependant, pas dans le déterminisme théologique. Cette explication est donc peu vraisemblable pour le non-calviniste.

D'un autre coté, il faut remarquer que l'argument de la « bonne intention » n’a pas pour effet de démontrer que l’homme est responsable du mal que Dieu a déterminé. Le fait que Dieu ne soit pas responsable du mal n'implique pas nécessairement que l'homme le soit. Dans cette perspective, il semble que personne ne puisse légitimement être tenu responsable du mal. Or, si nous ne démontrons pas que l’homme est responsable de ses actes, sa condamnation à une peine éternelle semble difficilement justifiable, ce qui affecterait le caractère moral de Dieu.

De plus, dans un tel cadre, les textes bibliques exprimant une tristesse ou une déception de Dieu envers les hommes n'auraient guère de sens. Tout au plus, Dieu pourrait être triste de n'avoir à sa seule disposition le décret du mal en vue d'un plus grand bien, mais il ne pourrait, de manière cohérente, être déçu du fait que l'homme accomplisse les actions pour lesquelles il a été déterminé par Dieu. Pourtant le chrétien est exhorté à ne pas « attriste[r] [...] le Saint-Esprit de Dieu ».

4.2 Une condamnation qui paraît injuste

4.2.1 Exposition de la problématique

Si l’homme est déterminé à faire le mal, il semble difficile de l'en tenir pour responsable. Si la chute a été déterminée, si les péchés personnels des hommes ont été déterminés et si le fait qu’ils ne se repentent pas a également été déterminé, il semble difficilement soutenable de justifier leur condamnation à des souffrances, en particulier, éternelles et définitives. Ainsi, le jugement de Dieu envers le pécheur semble injuste.

4.2.2 Tentative d’apologie

Face aux problèmes évoqués, le compatibilisme est sans aucun doute le concept le plus important de la défense calviniste. Comme le terme l’indique, l’objectif du compatibilisme est d’affirmer que deux notions qui peuvent sembler contradictoires sont, en réalité, compatibles entre elles.

4.2.2.1 Introduction au compatibilisme

Le compatibilisme stipule que le déterminisme est compatible avec une certaine liberté humaine. Notons que la liberté humaine compatibiliste ne correspond pas au libre arbitre au sens commun (c'est-à-dire libertarien) qui affirme que, dans les mêmes circonstances, l’homme à la capacité d’agir autrement. La liberté compatibiliste est une « liberté » uniquement dans la mesure où la volonté humaine ne fait pas l'expérience psychologique d'être contrainte par une source externe. Dans ce cadre, l’homme agit, certes, volontairement, mais sa volonté est néanmoins déterminée par une source externe[71]MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « Selon un courant du compatibilisme classique, la liberté n'est rien de plus que la capacité d'un agent à faire ce qu'il veut en l'absence d'obstacles qui pourraient se dresser sur son chemin. [...] En règle générale, la référence des compatibilistes classiques en matière d'action entravée ou gênée est l'action contrainte. L'action contrainte survient lorsqu'une personne est contrainte par une source externe d'agir contrairement à sa volonté. Pour le compatibiliste classique, le libre arbitre est donc une capacité à faire ce que l'on veut. Il est donc plausible de conclure que la vérité du déterminisme n'implique pas que les agents manquent de libre arbitre puisqu'elle n'implique pas que les agents ne fassent jamais ce qu'ils souhaitent faire, ni que les agents soient nécessairement empêchés d'agir. La cohérence du compatibilisme est ainsi établie. Mais dans quelle mesure la version compatibiliste classique du libre arbitre est-elle convaincante ? ». En particulier, dans le déterminisme théologique calviniste, Dieu détermine la volonté de l'homme de sorte que l'homme choisisse toujours ce que Dieu veut.

Certains calvinistes peuvent parfois présenter le compatibilisme sous une forme équivoque. Pour eux, le compatibilisme signifierait la compatibilité entre souveraineté divine et libre arbitre[72]CARSON, D. A. How Long, O Lord?. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2006, p. 179.[73]WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 83.[74]PICIRILLI, Robert E.. Grace, Faith, Free Will : Contrasting Views of Salvation: Calvinism and Arminianism. Nashville, TN : Randall House Publication, 2002, p. 60. « De nombreux calvinistes professent un "compatibilisme" qui tente de combiner le déterminisme avec la liberté humaine en redéfinissant la "liberté" comme signifiant la liberté de faire ce que l'on désire, plutôt que la liberté de faire quelque chose de différent de ce que l'on fait.. Cette formulation ne correspond pas au compatibilisme car, comme nous l'avons déjà vu, la pleine souveraineté n’implique pas nécessairement le déterminisme théologique. D’autre part, le libre arbitre du compatibilisme correspond à une liberté déterminée (sans être coercitive), et celle-ci ne légitime pas nécessairement la responsabilité morale qui est l’enjeu de la problématique.

Le concept du compatibilisme reste limité dans son utilisation. En effet, l’objectif de l’appel au compatibilisme n’est pas seulement de défendre une certaine liberté, mais surtout de défendre la responsabilité morale[75]BEROFSKY, Bernard. Classical Compatibilism. In : TIMPE, Kevin. [ed.], GRIFFITH, Meghan. [ed.], LEVY, Neil. [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 41. « [C]ertains philosophes utilisent le terme "compatibilisme" pour désigner l'opinion selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale ou avec le libre arbitre compris dans un sens selon lequel le libre arbitre est nécessaire à la responsabilité morale. Il n'existe ainsi aucune définition communément admise du "compatibilisme classique". Ainsi, pour celui qui est chargé d'attribuer une signification au "compatibilisme classique", il est plus fructueux et moins arbitraire de commencer par reconnaître la présupposition centrale de l'existence de ce concept. ». Le semi-compatibilisme propose une formulation plus adaptée en stipulant que le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale de l’homme[76]FISHER, John M.. Semicompatibilism. In : TIMPE, Kevin [ed.], GRIFFITH, Meghan [ed.], LEVY, Neil [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 5. « En ce qui concerne le déterminisme causal, le semi-compatibilisme est l'opinion selon laquelle le déterminisme causal est compatible avec la responsabilité morale, indépendamment de la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement. Là encore, le semi-compatibilisme ne prend pas position sur la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement ; il est donc compatible à la fois avec le compatibilisme classique [...] et le rejet du compatibilisme classique. ». Des défenseurs calvinistes notables, lorsqu’ils se réfèrent au compatibilisme se réfèrent en pratique plutôt au semi-compatibilisme[77]HELM, Paul. Theological Compatibilism: A Case of Faith Seeking Understanding. In: Helm’s Deep [en ligne]. 2009-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2009/05/theoogical-comptibilism-case-of-faith.html « L'ordination et le soutien par Dieu de toute chose jusque dans ses moindres détails, y compris chaque action humaine, est un type de déterminisme doux, la doctrine selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale humaine. »[78]WINGARD, John C. JR. Confession of a Reformed Philosopher: Why I Am a Compatibilist about Determinism and Moral Responsibility. In : Themelios [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/themelios/article/confession-of-a-reformed-philosopher/ « Tout d'abord, soyons clairs sur la nature du problème pour lequel le compatibilisme est censé être la solution. Le problème de la liberté et du déterminisme, comme on l'appelle souvent, est au fond la question de savoir si la liberté moralement significative (ou l'agence libre), et la responsabilité morale dont cette liberté est censée être une condition nécessaire, sont compatibles avec le déterminisme causal en ce qui concerne les actes des agents humains. »[79]ALEXANDER, David E., JOHNSON, Daniel M.. Introduction. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 4. « Les calvinistes affirment que la responsabilité morale et toute sorte de libre arbitre nécessaire à la responsabilité morale sont compatibles avec toute sorte de déterminisme impliqué par les vues calvinistes de la providence. »[80]HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « [Calvin] considère que sa vision déterministe est compatible avec la responsabilité humaine. »[81]BIGNON, Guillaume. Does Compatibilism Entail Determinism? A Pragmatic Argument From Purpose in Evil. In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-27 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://theologui.blogspot.com/2014/11/does-compatibilism-entail-determinism.html « Les calvinistes sont également appelés compatibilistes du fait de leur conviction que ce type de déterminisme [provenant de la providence divine] est compatible avec la responsabilité morale humaine. ». Cette formulation nous semble effectivement plus pertinente.

La légitimité de la responsabilité morale humaine est donc le principal enjeu des théories compatibilistes. Néanmoins, il est hautement questionnable que leur représentation du libre arbitre ou du processus de choix puisse soutenir valablement une responsabilité morale[82]MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « Considérons l'objection incompatibiliste suivante : [...] L'explication compatibiliste classique du libre arbitre est inadéquate. Le déterminisme est incompatible avec le libre arbitre et la responsabilité morale parce que le déterminisme est incompatible avec la capacité de pouvoir agir autrement. ». Nous allons décrire maintenant sur quels éléments reposent le concept du compatibilisme dans l’argumentaire calviniste.

4.2.2.2 Un « mystère » biblique

(a) Argument calviniste

Les calvinistes avancent généralement que le concept du compatibilisme découle de la révélation biblique. Celle-ci affirmerait les deux concepts paradoxaux en question, en l'occurrence, le déterminisme théologique et le libre arbitre soutenant la responsabilité morale de l'homme. Ainsi, tout chrétien considérant la Bible comme une révélation fiable devrait accepter le compatibilisme comme un « mystère biblique ».

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Un mystère n’est pas un fait qui contredit la raison, mais qui la dépasse. Cela doit donc concerner des éléments ne pouvant être découverts en l’absence de révélation, et dont certains aspects ne pourraient être pleinement appréhendés[83]SPROUL, R. C.. Choisis par Dieu. Trois-Rivières : Éditions Impact, 2021, p. 45-46. Disponible à l’adresse : https://fr.ligonier.org/wp-content/uploads/2021/03/PDF_Choisis-par-Dieu.pdf « Il est facile de confondre mystère et contradiction. Nous ne comprenons ni l’un ni l’autre. Personne ne saisit une contradiction, car les contradictions sont intrinsèquement inintelligibles. Pas même Dieu ne peut comprendre une contradiction. Les contradictions n’ont aucun sens. Personne ne peut leur donner un sens. Les mystères peuvent être compris. Le Nouveau Testament nous révèle des choses qui nous étaient cachées et insaisissables à l’époque vétérotestamentaire. [...] Nous n’avons pas encore atteint les limites de la découverte humaine. Nous savons également qu’au ciel des choses nous étant encore cachées nous seront révélées. Il reste que, même au ciel, nous ne saisirons pas pleinement la signification de l’infinité. [...] Il n’a aucune place pour les contradictions. Il se peut que des mystères soient vrais. Les contradictions ne peuvent jamais l’être, ni ici-bas dans notre esprit ni là-haut dans celui de Dieu. ». Cependant, le déterminisme semble contredire la responsabilité morale de l’agent déterminé. Pour prétendre à un mystère biblique, le compatibilisme ne peut pas se limiter à affirmer la conclusion voulue, il doit au contraire la justifier en démontrant qu’il existe une certaine cohérence, même partielle, entre les éléments apparemment contradictoires. Par exemple, le mystère de la Trinité ne se contente pas d’affirmer que Dieu est à la fois un et plusieurs, mais justifie son affirmation en distinguant l’être divin de son existence en trois personnes (hypostases) distinctes[84]SPROUL, R. C.. Contradiction vs. Paradox. In : Ligonier [en ligne]. 2004-02-27 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/devotionals/contradiction-vs-paradox « Beaucoup de gens croient à tort que lorsque nous confessons la doctrine de la Trinité, nous confessons une contradiction. La doctrine de la Trinité, telle qu'elle est traditionnellement formulée, stipule que Dieu est un en essence et trois en personne. Mais ce n'est pas une contradiction parce que la manière (ou la relation) dont Dieu est un n'est pas la même que la manière dont il est trois. Dieu est un en essence, mais trois en personne. Si nous disions que Dieu était un en essence et trois en essence, nous aurions une contradiction dans l'être même de Dieu et devrions donc rejeter cet enseignement. La doctrine de la Trinité n'est pas une contradiction. C'est plutôt un mystère, une sorte de paradoxe, quelque chose qui semble à première vue être une contradiction, mais qui, lorsqu'on l'examine plus en profondeur, ne l'est vraiment pas. La foi chrétienne a beaucoup de paradoxes, mais pas de contradictions. ».

Cette exigence de non-contradiction ne devrait pas être comprise comme un manque de considération de la révélation biblique. Au contraire, il s’agit d’un principe herméneutique qui rend honneur à la révélation en exigeant que ce principe soit suffisamment cohérent pour avoir du sens[85]SPROUL, R. C.. Knowing Scripture. In : Ligonier [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/knowing-scripture « Derrière le principe de l'analogie de la foi se cache la confiance préalable que la Bible est la Parole inspirée de Dieu. Si elle est la Parole de Dieu, elle doit donc être cohérente et consistante. Les cyniques, cependant, disent que la cohérence est le fléau des esprits faibles. Si cela était vrai, nous devrions alors dire que le plus faible esprit de tous est l'Esprit de Dieu. Or, il n'y a rien d'intrinsèquement petit ou faible à trouver dans la cohérence. S'il s'agit de la Parole de Dieu, on peut à juste titre s'attendre à ce que la Bible entière soit cohérente, intelligible et homogène. Nous partons du principe que Dieu, en raison de son omniscience, ne serait jamais coupable de se contredire. Il est donc insultant pour le Saint-Esprit de choisir une interprétation d'un passage particulier qui met inutilement ce passage en conflit avec ce qu'il a révélé ailleurs. Le principe directeur de l'herméneutique ou de l'interprétation réformée est donc l'analogie de la foi. »[86]BLOCHER, Henri. The ‘Analogy of Faith’ in the Study of Scripture: In Search of Justification and Guidelines. Scottish Bulletin of Theology. 1987, vol. 5, n°1, p. 17-38. Disponible à l’adresse : https://biblicalstudies.org.uk/pdf/sbet/05-1_017.pdf « À toutes les étapes de l'histoire biblique, la cohérence est hautement valorisée et attribuée à tout enseignement censé provenir de Dieu. [...] La loi du Seigneur est pure, c'est-à-dire parfaitement homogène, et complètement purgée de scories que l'argent et l'or raffinés ; toutes ses ordonnances vont ensemble comme une dans leur légèreté (Ps. 19:9). [...] En fait, toute la logique de l'appel de notre Seigneur à l'Écriture dans son argumentation [contre les tentations de Satan] (et de même de ses apôtres) s'effondrerait instantanément si la présupposition de cohérence scripturaire était supprimée. »[87]HODGE, Charles. Systematic Theology. Grand Rapids : Eerdmans, 1940, vol. 1, p. 51. « [L'impossible est incroyable et ne peut donc pas être un objet de foi. L'impossible ne peut pas être vrai; mais la raison en prononçant une chose impossible doit agir rationnellement et non capricieusement. Ses jugements doivent être guidés par des principes qui s'imposent à la conscience commune des hommes. Ces principes sont les suivants : 1. Est impossible ce qui implique une contradiction ; par exemple, que ce qui est ne soit pas ; que le juste soit faux et le faux juste. 2. Il est impossible que Dieu fasse, approuve ou ordonne ce qui est moralement inadéquat. 3. Il est impossible qu'Il nous demande de croire ce qui contredit une loi de la conscience, quelle qu'elle soit, qu'il a inscrite dans notre nature. 4. Il est impossible qu'une vérité en contredise une autre. Il est par conséquent impossible que Dieu révèle une chose comme vraie si elle contredit une vérité clairement identifiée, que ce soit par l'intuition, l'expérience ou une révélation antérieure. ».

C’est, par exemple, en raison de ce principe que certains passages sont définis comme anthropomorphiques ou métaphoriques.

Toutefois, seul le « calvinisme antinomique » considère qu’il n’est pas nécessaire de justifier, un minimum, l’affirmation du compatibilisme. Le calvinisme orthodoxe, lui, propose une argumentation, car il considère également que le mystère biblique doit être justifié par une démonstration cohérente.

4.2.2.3 L’analogie de l’auteur et des personnages d’un livre

(a) Argument calviniste

Pour justifier le compatibilisme, le calvinisme orthodoxe avance généralement deux éléments :

  • Une personne est responsable de ses actes parce qu’elle agit volontairement (bien que sa volonté soit déterminée).
  • De plus, sa volonté est déterminée par Dieu. La causalité provient donc d’une dimension différente de la nôtre et de ce fait permettrait une réelle compatibilité, supérieure à celle résultant d'une causalité naturelle. (Cet argument va à l'encontre des principes du calvinisme d’Edwards).

Une analogie populaire, et considérée comme pertinente par de nombreux calvinistes, est celle de l’auteur d’un livre et de ses personnages[88]ANDERSON, James, Calvinism and the First Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 209. « Un modèle bien plus approprié [que le modèle de Domino] serait ce que nous pourrions appeler le modèle "Auteur de la providence". Dans ce cadre, les actes de création et de providence de Dieu sont analogues à la rédaction humaine d'un roman. Au niveau ultime, l'auteur détermine tout ce qui se passe dans son roman. Nous pouvons dire que l'auteur du roman a ordonné que les actions pécheresses aient lieu dans le monde qu'il a créé, mais l'auteur lui-même ne commet aucune action pécheresse et n'approuve aucune d'elles. Au sens large, le romancier est la cause première et ultime suffisante de tout ce qui se passe dans sa création. Pourtant, en même temps, cette causalité d'auteur opère à un niveau très différent des causes intranarratives. »[89]JOHNSON, Daniel. Divine Providence. In : Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2017-01-25]. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/providence-divine/ « Une analogie utile peut être établie ici avec la relation entre l'auteur d'une histoire et les personnages qui la composent. L'auteur n'entre pas dans l'histoire elle-même, et n'agit pas sur les personnages de manière à les forcer à faire ce qu'ils font. Au contraire, il les crée à travers leurs actions, afin qu'ils puissent se comporter librement dans le monde du roman. Dans le récit traditionnel, la relation de Dieu à ses créatures est similaire à celle de l'auteur. »[90]MCCANN, Hugh. The Author of Sin?. Faith and Philosophy. 2005, vol. 22, n° 2, p. 146. Cité à l'adresse : https://iep.utm.edu/theo-det/ « L'auteur d'un roman ne fait jamais faire quelque chose à ses créatures, il ne fait que les faire faire. Il en va de même entre nous et Dieu. ». Elle repose sur la présentation du fait que lorsque nous lisons un livre, nous considérons les personnages du livre comme responsables de leurs actes et non l’auteur du livre. Cependant, les personnages sont déterminés par l’auteur. Selon les calvinistes, cette analogie démontre deux choses :

  • Les personnages du livre sont responsables, car ils font ce qu’ils veulent faire, même si ce qu’ils veulent faire est déterminé par l’auteur.
  • De plus, les personnages sont déterminés par l’auteur qui se trouve dans une dimension différente de la leur.
(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Bien que nous reconnaissions qu’une analogie possède toujours des limites, nous pensons que celle-ci, lorsqu’elle est bien comprise, se retourne contre le compatibilisme :

Imaginons, un roman dans lequel l’auteur mentionne à l’intérieur de son histoire que les personnages sont déterminés par un écrivain qui se trouve dans une autre dimension. Étant donné que ce fait devient partie intégrante de l’histoire, il est fort à parier que le lecteur remettra en cause la responsabilité des personnages déterminés.

Chacun peut réfléchir à sa propre expérience en tant que lecteur de romans pour confirmer ou infirmer ce qui vient d’être dit. Il nous semble donc raisonnable d’affirmer que la responsabilité perçue des personnages d’un roman repose sur le fait que le lecteur fait « comme si » les personnages n'étaient pas déterminées et avaient le libre arbitre libertarien.

De cette analogie de l'auteur et des personnages, il apparait plutôt le principe suivant : lorsque la détermination d'un être provient d'une dimension toute différente de ce dernier, celui-ci ne semble pas, dans sa dimension propre, posséder une liberté suffisante pour être responsable de ses actes.

4.2.2.4 L’analyse conditionnelle de la capacité d'agir autrement

(a) Argument calviniste

Un argument compatibilisme classique, repris par les calvinistes, est celui de « l'analyse conditionnelle »[91]BIGNON, Guillaume. The Distasteful Conditional Analysis of Ability. In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://theologui.blogspot.com/2014/11/the-distasteful-conditional-analysis.html « Traditionnellement, les compatibilistes ont cherché à affirmer une sorte de principe de possibilités des alternatives, en interprétant la notion de "capacité" en des termes compatibles avec le déterminisme. C'est ce qu'ils appellent "l'analyse conditionnelle de la capacité". Ils admettent que dans le cadre du déterminisme, au moment du choix, étant donné que toutes les choses sont ce qu'elles sont, une personne ne peut pas choisir autrement puisqu'elle est, après tout, déterminée. Néanmoins, ils soutiennent que si, conditionnellement, et contrairement aux faits, la personne avait voulu, choisi ou tenté de faire un choix différent, elle aurait alors agi autrement. Les compatibilistes soutiennent que le libre arbitre et la responsabilité morale requièrent ce type de capacité conditionnelle, et ne requièrent pas le sens [libertarien] plus catégorique de la capacité, qui pour sa part entre en conflit avec le déterminisme et donc entraîne l'incompatibilisme. ». Cet argument avance que dans le cadre déterministe, il existe un sens restreint, dans lequel nous pouvons dire que l'homme à la capacité d'agir autrement. Cette capacité est conditionnelle, c'est-à-dire que la personne aurait agi autrement uniquement si ses dispositions internes avaient été différentes. Néanmoins, les calvinistes assument que la personne ne peut pas modifier ses dispositions internes, car celles-ci sont déterminés préalablement par Dieu. Voici une analogie illustrant cet argument :

  1. Une personne ne pouvant physiquement bouger ses bras ne peut être tenu responsable de ne pas en enlacer une autre, car même si elle le voulait, elle ne pourrait pas le faire.
  2. Une personne physiquement apte à enlacer une personne pourrait être tenu responsable de son choix, car bien que déterminé à faire l'un ou l'autre choix, les deux choix lui restent physiquement possibles.
(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Les non-calvinistes sont d'accord pour dire qu'une personne ayant une contrainte physique empêchant un choix ne peut être tenu pour responsable. Néanmoins, dans le cadre déterministe, il est difficile de voir en quoi la contrainte physique devrait être plus problématique que le déterminisme interne pour soutenir la responsabilité morale humaine. En effet, nous pourrions également appliquer l'analyse conditionnelle à la contrainte physique « si la personne n'avait pas été physiquement inapte à ... alors elle aurait pu ... ». Si le déterministe reconnait que l'analyse conditionnelle n'est pas légitime en ce qui concerne la contrainte physique, il est difficile de saisir pourquoi elle serait légitime en ce qui concerne les dispositions internes, étant donné que l'agent déterminé n'a pas plus de capacité d'auto-détermination sur l'un que sur l'autre. La seule distinction notable, mais pas suffisante selon nous, est qu'en l'absence de contrainte physique, l'agent peut avoir une expérience psychologique lui faisant croire qu'il pourrait s'auto-déterminer.

Ainsi, les non-calvinistes maintiennent que pour soutenir la responsabilité morale, il est nécessaire d'une part qu'un agent puisse agir autrement si ses dispositions internes étaient différentes, et d'autre part que l'agent puisse influencer ses dispositions internes dans un sens libertarien.

4.3 Un amour qui paraît limité

4.3.1 Exposition de la problématique

Dans la perspective déterministe, l’amour de Dieu pour les réprouvés semble être un concept inapproprié. En effet, comment une personne qui en aime une autre pourrait déterminer sa souffrance éternelle ? Ceci semble d’autant plus problématique lorsque cet être est tout puissant et n’est limité par aucune contrainte (et ne s’en impose aucune à Lui-même) étant donné qu’Il détermine les détails de toutes choses.

4.3.2 Tentative d’apologie

4.3.2.1 La grâce est libre

(a) Argument calviniste

Une défense face à la difficulté de l’amour limité consiste à affirmer que pour qu’une grâce reste une grâce, celle-ci ne doit pas être une obligation pour son auteur. Ainsi, cela n’aurait pas de sens de reprocher à Dieu de ne pas donner sa grâce à tous les hommes, car cela impliquerait que Dieu a le devoir de donner sa grâce à tous, ce qui est contraire au concept même de grâce (libre)[92]MALET, Nicole. Dieu selon Calvin. Lausanne : L’age d’homme, 1977, p. 114. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=8eZV62Z6-koC&pg=PA114 « Jamais Calvin ne traite de prédestination des réprouvés en même temps que des élus sans en souligner le caractère profondément mystérieux. Le mystère est double. Le choix que fait Dieu des élus est purement gratuit, il dépend absolument de son bon plaisir. Mais ce qui choque le plus les adversaires de la doctrine de la prédestination, c'est l'injustice qu'elle semble impliquer : pourquoi les uns sont-ils sauvés, non les autres ? Calvin donne toujours à cette question une double réponse : la première consiste à affirmer que l'inégalité dans la prédestination démontre que la bonté de Dieu est vraiment gratuite. L'autre, qui est plutôt un refus de réponse, c'est que le conseil étroit est "secret". »[93]CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Genève : Guers, 1818, vol. 2, 3.21.6, p. 19-21. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=Q9pdR5Fp3fgC&pg=PA400 « Cependant ce fut une faveur singulière de Dieu de ce qu'il daigna les préférer à tout le reste du monde , comme il est dit dans le Psaume 147:20. Qu'il n'a point fait cette grâce à aucun des peuples. C'est pourquoi ils ne connoissent point ses ordonnances. Et ce n'est pas sans raison, si j'ai dit qu'il nous faut ici remarquer deux degrés. Car déjà dans le choix qu'il a fait de tout le peuple d'Israël, il n'est attaché à aucune loi dans l'exercice de sa grâce et de sa miséricorde. Tellement que vouloir l'obliger à l'exercer également envers les autres peuples, c'est trop usurper sur ses droits, attendu que cette égalité de grâce montre que sa bonté est purement gratuite. ». D’autant plus que, si l’on admet le compatibilisme, l’homme est pleinement responsable de sa situation et donc il n’est pas injuste que Dieu refuse sa grâce à certains.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Si et seulement si nous admettons le compatibilisme, il est vrai qu’on ne peut considérer comme une injustice le fait que certains ne reçoivent pas la grâce. Cependant, la critique ne porte pas sur la notion de justice, mais sur la notion d’amour.

De même, si Dieu donnait sa grâce à tous, cela n’impliquerait pas que sa grâce ne soit plus libre car soumise à une obligation. En effet, Dieu pourrait décider librement de donner sa grâce à tous.

Parfois les calvinistes évoquent des analogies pour marquer le fait que l’élection inconditionnelle n’a rien de contradictoire avec le caractère de Dieu. Par exemple, le fait de donner à un mendiant en particulier et non à d’autres n’a rien d’injuste[94]BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 116. Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/blog/common-objections-reformed-doctrine-predestination « Nous pouvons donner à un mendiant et pas à un autre car nous ne devons rien ni à l'un ni à l'autre. »[95]SPROUL, R. C.. Unconditional election. In: Ligonier [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/what-is-reformed-theology/unconditional-election « Dieu, comme un gouverneur dans un État, peut permettre que certains criminels coupables se voient infliger la pleine mesure de leur peine. Mais le gouverneur a aussi le droit de gracier, d'accorder la clémence exécutive qu'il déclare. La personne qui bénéficie de la clémence bénéficie de la miséricorde. Si le gouverneur commue la peine d'une personne, cela signifie-t-il qu'il est obligé de le faire pour toutes les autres ? Par quelle règle de justice ? Par quelle règle de droiture est-ce le cas ? Aucune. ».

Cependant, cette analogie ne dépeint pas correctement la réalité qu’elle prétend illustrer. Une meilleure analogie à l’élection inconditionnelle serait de parler d’un homme au milieu de mourants, qui possède un nombre illimité de remèdes et décide de n’en donner qu’à certains sans raison les concernant. De surcroît, les personnes mourantes seraient dans cette situation car l’homme aux remèdes les aurait préalablement « déterminés » à être mourants.

4.4 Un amour qui paraît arbitraire

4.4.1 Exposition de la problématique

Enfin, le fait que seuls certains soient déterminés à être sauvés, et cela, sans aucune raison les concernant, semble rendre arbitraire l’amour de Dieu pour certains (les élus).

4.4.2 Tentative d’apologie

4.4.2.1 Le bon plaisir de Dieu

(a) Argument calviniste

Les calvinistes avancent généralement que l’élection n’a rien d’arbitraire puisque le choix des élus par Dieu repose sur son bon plaisir[96]WARE, Bruce. Divine Election to Salvation: Unconditional, Individual, and Infralapsarian. In : BRAND, Chad O. [ed.]. Perspectives on Election: Five Views. Nashville, TN : B&H Academic, 2006, p. 4. « L'élection inconditionnelle au salut peut être définie comme le choix gracieux de Dieu, fait dans l'éternité passée, de ceux qu'il sauverait par la foi à travers la mort expiatoire de son Fils. Un choix basé non sur ce que les élus feraient, sur un choix quelconque qu'ils feraient, sur la façon dont ils pourraient être bons ou mauvais, ou sur quoi que ce soit d'autre de spécifiquement vrai à leur sujet (c'est-à-dire leurs qualités, caractères, décisions ou actions) par rapport aux autres, mais basé uniquement sur le propre plaisir et la propre volonté de Dieu. ».

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Il y a un sous-entendu infondé voulant que l’affirmation du bon plaisir démontrerait que le choix n’est pas arbitraire. Cela est faux. Il est en effet possible au travers du bon plaisir de choisir arbitrairement des éléments. La question qu’il faut se poser est plutôt : sur quoi est basé le bon plaisir de ce choix ? Le calviniste pourrait simplement dire que c’est un mystère, mais en réalité, il affirme plus que cela en avançant que le bon plaisir ne repose « sur aucun élément propre à la personne choisie ». C’est bien cette précision qui rend le choix de Dieu arbitraire. Si les humains sont choisis sans aucune raison qui les concerne ou les distingue, alors il ne semble pas raisonnable de vouloir se défendre de l’accusation de choix arbitraire.

4.5 Conclusion sur les problèmes inhérents au déterminisme

Bien que les tenants du déterminisme théologique puissent proposer une réponse logique à la problématique du décret des péchés, cela n’implique pas que leur argumentaire soit convaincant.

Qui plus est, la réponse à d’autres problématiques comme la justice divine et l’amour de Dieu parait encore moins convaincante. Pour l'essentiel, celle-ci repose sur le compatibilisme. Or, ce dernier concept doit avoir suffisamment de sens et de solidité pour permettre de se référer aux affirmations du calvinisme sans que celles-ci soient contradictoires ou portent atteinte à la justice et la bonté de Dieu. Les évaluations non-calvinistes proposées démontrent que le compatibilisme ne paraît pas se justifier de manière convaincante pour rendre crédible la conclusion qu'il supporte.

D'ailleurs, même en admettant le compatibilisme nous avons constaté que l’amour de Dieu semble être limité et arbitraire.

5 Les variantes doctrinales du calvinisme face au déterminisme

5.1 L’ordre des décrets divins

Le calvinisme donne beaucoup d’importance à l’ordre logique des décrets divins. On parle ici d’ordre logique, et non temporel, dans le classement des décrets divins. Il existe deux positions principales :

  • Le haut calvinisme (supralapsarianisme) affirme que l'élection des hommes a eu lieu avant le décret de la chute.
  • Le bas calvinisme (infralapsarianisme) affirme que l'élection des hommes a eu lieu après le décret de la chute.

Probablement que la grande majorité des calvinistes d’aujourd’hui est infralapsarienne[97]WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 246, 248. « Les infralapsariens [...] représentent la voix majoritaire des calvinistes [...]. [L]a tradition confessionnelle calviniste est résolument infralapsarienne, et ce même si les calvinistes n'ont jamais jugé opportun de condamner le supralapsarisme en le qualifiant d'hérésie. ». En effet, les infralapsiens pensent que cet ordre des décrets représente mieux l'amour de Dieu, car il démontrerait qu'originellement Dieu ne désirait la condamnation de personne[98]PHILIPS, Richard. Lapsarian Views. In : The Gospel Coalition [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/essay/lapsarian-views/ « C'est sur la base du principe selon lequel, sans un décret préalable de péché, un Dieu aimant n'aurait pas décrété la réprobation pour certaines de ses créatures, que la majorité des réformés défendent l'opinion infralapsarienne. ».

Or, les deux positions sont pleinement déterministes[99]BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 118. « [L]a différence ne se trouve pas [...] dans le fait de savoir si la chute de l'homme a été décrétée ou si elle a été simplement l'objet de la prescience divine. Il se peut que cela ait été, comme le dit le Dr Dijk, le point de divergence originel ; mais, assurément, quiconque affirme que la chute n'a pas été décrétée mais seulement prévue par Dieu, serait maintenant considéré comme s'inscrivant dans une ligne arminienne plutôt que réformée. Les supra et infralapsariens admettent tous deux que la chute est incluse dans le décret divin et que la prétérition est un acte de la volonté souveraine de Dieu. ». Ainsi, sans adhésion au compatibilisme, l’apport de l’infralapsarianisme semble relativement faible puisque dans l’une ou l’autre des positions, tous les événements, dont la chute et le mal, furent déterminés par Dieu.

5.2 La portée de l'expiation

Il existe également deux positions différentes au sujet de la portée de l’expiation :

  • Le calvinisme 5 points affirme que la mort de Christ a provisionné et crédité le pardon uniquement pour les péchés des élus.
  • Le calvinisme 4 points affirme que la mort de Christ a provisionné le pardon pour les péchés de tous, bien que le pardon ne soit crédité qu'aux élus[100]MCGOWAN, Andrew. The Dictionary of Historical Theology. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2000, p. 12. « l'Amyraldisme implique une double volonté de Dieu, par laquelle il veut le salut de toute l'humanité à la condition de la foi, mais veut le salut des élus spécifiquement et inconditionnellement. [...] La difficulté théologique de la volonté de Dieu ayant été frustrée par le fait que tous ne sont pas sauvés est résolue par l'argument selon lequel Dieu n'a voulu leur salut qu'à la condition de la foi. Lorsqu'un individu n'a pas la foi, alors Dieu n'a pas voulu le salut de cette personne. ».

L'objectif du calvinisme 4 points est de démontrer que Dieu a un amour et une volonté salvifique également pour les réprouvés[101]DAVENANT, John, ALLPORT, Josiah. An Exposition of the Epistle of St. Paul to the Colossians. London : Hamilton, Adams and Company, 1832, p. 388. « Lors de la nomination ou de l'ordination même d'un Rédempteur, Dieu avait envers moi un certain regard d'amour commun qu'il n'avait pas envers les démons. Ceci apparaîtra plus nettement si nous considérons en quoi consiste la rédemption. Il s'agit du paiement du juste prix dû pour nous captifs, non que nous soyons effectivement délivrés sur la base du paiement du prix, mais nous sommes délivrés dès que nous croyons au Rédempteur. C'est cette ordination de la mort de Christ ou d'un prix satisfaisant, qui découlait de l'amour commun de Dieu envers toute l'humanité, et par conséquent, il est juste de dire qu'elle est étendue, sous cette condition, à tous les hommes individuellement. Et nous pensons que c'est à cela que le célèbre passage fait référence, Jean 3.16, Dieu aime tant le monde, etc. ». Or, dans la mesure où dans ce schéma, Dieu ne fournit pas aux réprouvés les moyens permettant que l’œuvre du Christ puisse leur être créditée, il ne semble pas y avoir une marque d’amour significative de Dieu à leur égards. De même, cette variante n'influe pas sur la problématique de la culpabilité humaine dans un cadre déterministe.

5.3 Conclusion sur les variantes doctrinales du calvinisme

Les variantes doctrinales passées en revue ne semblent pas avoir d’effet notable en tant que réponses aux problèmes du déterminisme calviniste. Les variantes doctrinales du calvinisme semblent pertinentes uniquement si les réponses du calvinisme face aux difficultés du déterminisme le sont. Or ces réponses reposent essentiellement sur le concept de compatibilisme qui selon notre analyse n’est pas convaincant.

6 Evaluation du calvinisme révisé

Certains ont proposé des alternatives aux positions calvinistes orthodoxes dans la manière de traiter les points problématiques que nous avons passés en revue. Ces alternatives constituent des formes révisées de calvinisme. Nous pouvons faire la remarque que ces démarches de révisions ont tendance, en soi, à donner du crédit aux critiques non-calvinistes. Néanmoins, comme nous allons le voir, les non-calvinistes considèrent généralement ces révisions soit comme peu pertinentes soit comme insuffisantes pour éviter elles-aussi d'impacter négativement une représentation équilibrée du caractère de Dieu.

6.1 Le cas du calvinisme antinomique

Les partisans du « calvinisme antinomique » admettent la contradiction entre le déterminisme et la responsabilité morale. Ils semblent également admettre que la tentative d'explication du compatibilisme échoue, car ils considèrent que cette contradiction reste inexplicable. Néanmoins, ils avancent que cette contradiction n'est qu'apparente, même si elle semble insoluble, puisque les deux vérités en question seraient bibliques[102]PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « [L'antinomie] est une incompatibilité apparente entre deux vérités apparentes. [...] Vous voyez que chacune des deux vérités sont vraies, mais vous ne voyez pas comment elles peuvent être vraies en même temps. Une antinomie n'est ni dispensable ni compréhensible. [...] Elle est inévitable, et elle est insoluble. Nous ne l'inventons pas, et nous ne pouvons pas l'expliquer. Il n'existe pas non plus de moyen de s'en débarrasser, si ce n'est en falsifiant les faits mêmes qui nous y ont conduits. ».

Le premier problème de cette position, comme le soulèvent certains calvinistes eux-mêmes, est qu'elle n'explique pas comment distinguer une contradiction apparente ou « antinomique » d'une réelle contradiction[103]HELM, Paul. The Providence of God. Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1994, p. 65. « Dans ces conditions, quelle est la différence entre une incohérence apparente et une incohérence réelle ? Comment savoir que ce que l'on appelle une antinomie ne pourrait pas s'avérer être une incohérence réelle ? ». Le second problème est que cette position semble confondre les données bibliques de l'interprétation qui en est faîte. Les non-calvinistes ne reprochent pas au calvinisme déterministe les textes bibliques utilisés, mais l'interprétation particulière de ceux-ci. Si la Bible est la Parole de Dieu, et que Dieu tient a révéler dans la Bible à l'homme des informations élémentaires telles que la responsabilité humaine ou certains traits de Son propre caractère, il le peut le faire de manière à être compris. Dans cette mesure une pleine contradiction dénuée d'explication devrait remettre en cause l'interprétation biblique. Confondre une interprétation avec le texte lui-même et ne pas considérer la contradiction comme un principe herméneutique disqualifiant, semble être une méthode pouvant soutenir tous types de dérives théologiques.

Pour se justifier, les partisans du « calvinisme antinomique » font également référence à la grandeur divine qui dépasse naturellement l'entendement humain[104]PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « Nous ne devons en aucun cas nous étonner de trouver de tels mystères dans la Parole de Dieu, car le Créateur est incompréhensible pour ses créatures. Un Dieu que nous pourrions comprendre de manière exhaustive, et dont la révélation de Lui-même ne nous confronterait à aucun mystère, serait un Dieu à l'image de l'homme, et donc un Dieu imaginaire, pas du tout le Dieu de la Bible. ». Les non-calvinistes ne nient pas que la nature divine contienne divers aspects ne pouvant être pleinement appréhendés par l'homme, comme la relation de Dieu au temps, Sa prescience ou Son omnipotence. Néanmoins, il ne semble pas raisonnable de soutenir le principe du dépassement de l'entendement au sujet des attributs fondamentaux que Dieu nous a lui-même révélé, comme sa bonté, son amour et sa justice, en particulier par l'incarnation en Christ. Si par principe, nous admettons qu'il est impossible de connaître, même imprécisément de tels attributs, alors nous devrions admettre que nous ne connaissons rien qui puisse nous être utile dans notre relation avec lui. En particulier, une telle position empêcherait d'avoir des motifs d'adoration ou d'obéissance envers Dieu[105]LEWIS, C. S.. Le Problème de la Souffrance. Saint-Cénéré : Éditions Pierre Téqui, 2020, chap. 3. « [S]i le jugement moral de Dieu diffère du nôtre à tel point que ce qui est "noir" pour nous puisse être "blanc" pour Lui, l’appeler bon n’a plus pour nous aucun sens ; en effet, dire "Dieu est bon", tout en professant que cette Bonté est totalement différente de la nôtre, revient simplement à dire, en réalité : "Dieu est nous ne savons quoi". Et un attribut de Dieu absolument inconnu ne peut nous fournir aucun motif moral de L’aimer ni de Lui obéir. S’Il n’est pas (au sens où nous entendons ce mot) "bon", nous Lui obéirons peut-être, mais seulement par crainte, comme nous serions également prêts à obéir à un Démon tout-puissant. »?

Enfin, que nous admettions ou non le principe de l'antinomie, cette révision du calviniste partage les mêmes problèmes que la version libertarienne que nous allons évoquer ci-après.

6.2 Le cas du calvinisme libertarien

En adoptant un mode de providence semblable à l'arminianisme, le calvinisme libertarien n’est pas confronté aux difficultés les plus aigües du déterministe calviniste. Il ne s’appuie pas sur le compatibilisme, car il affirme que lorsque l’homme est déterminé par Dieu, ce dernier ne peut être tenu pour responsable de son action. Étant donné que le calvinisme libertarien considère que l’homme est déterminé uniquement dans le cadre de la régénération et de la persévérance, il est exempt de tension au sujet du péché et du mal.

Cependant, en maintenant l'élection inconditionnelle et la grâce irrésistible, le calvinisme libertarien continue à faire face aux difficultés concernant l’amour de Dieu. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, l’élection inconditionnelle semble rendre l’amour de Dieu restreint et arbitraire, et cela, même en l’absence de la doctrine du déterminisme exhaustif.

7 Bilan général

Nous avons tout d’abord rappelé que le calvinisme « orthodoxe » est déterministe. Nous avons aussi mentionné deux de ses formes révisées en vogues chez les calvinistes non-théologiens. Puis nous avons évalué certains des supports scripturaires les plus utilisés par les calvinistes pour soutenir le déterminisme. Nous avons alors passé en revue la terminologie nettement équivoque utilisée par les calvinistes au sujet du déterminisme. Celle-ci semble rendre le déterminisme du calvinisme plus proche du libertarianisme dans sa présentation et donc plus acceptable pour les non-théologiens.

Nous avons vu qu’il existe plusieurs difficultés inhérentes au déterminisme du calvinisme. Ce dernier rend notamment la notion de justice et d’amour de Dieu équivoque. La défense du déterminisme repose essentiellement sur le concept du compatibilisme. Or nous avons pu apporter une brève critique de fond sur ses principales justifications. En particulier, nous avons souligné que l’affirmation du « mystère » biblique, au sujet du compatibilisme, n’est légitime qu’en démontrant que les doctrines déterministes du calvinisme ne conduisent pas à une contradiction, mais à un dépassement de la raison.

Nous avons également observé que les variantes doctrinales du calvinisme sur l’ordre des décrets ou sur l’extension de l’expiation n'apportent aucune réponse supplémentaire. De même, les formes révisées du calvinisme ne résolvent pas tous les problèmes induits par le déterminisme et offrent toujours une vision limitée de l’amour et de la bonté de Dieu.

Un tableau récapitulatif de cette étude est donné en annexe A, ci-dessous.

Annexe A - Tableau récapitulatif des formes de calvinisme

Calvinisme historiqueCalvinisme edwardsienCalvinisme antinomiqueCalvinisme libertarien
Forme de calvinismeOrthodoxieOrthodoxieRévisionRévision
Théologiens ayant énoncé la positionCalvin, BlocherEdwards, PiperPacker, PalmerCrisp
Mode de providenceDéterminisme théologiqueDéterminisme théologique et naturelDéterminisme théologiqueDéterminisme uniquement sotériologique
Responsabilité humaineCompatibilismeCompatibilismeAntinomieIncompatibilisme
Problèmes induits selon les non-calvinistesCompromission de la justice, la bonté et l’amour de Dieu.Compromission de la justice, la bonté et l’amour de Dieu.Absence de cohérence contraire à une herméneutique soutenable. Limitation de la bonté et de l’amour de Dieu.Limitation de la bonté et de l’amour de Dieu.

Annexe B - Terminologie de la confession de foi de Westminster

Certains éléments de la Confession de foi de Westminster (CFW) pourraient laisser penser qu’elle n’est pas déterministe. Néanmoins, comme nous allons le voir, si nous appréhendons correctement sa terminologie, nous pouvons comprendre que les éléments semblant soutenir le libre-arbitre libertarien soutiennent en réalité le compatibilisme.

B.1 Déterminisme divin et liberté humaine

Tout d’abord, comme l’enseignent de nombreux réformés[106]BIGNON, Guillaume. A word on Oliver Crisp's "Deviant Calvinism". In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-02 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/a-word-on-oliver-crisps-deviant.html[107]ANDERSON, James. Libertarian Calvinism?. In: Analogical Thoughts [en ligne]. 2015-02-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.proginosko.com/2015/02/libertarian-calvinism/[108]HELM, Paul. The Westminster Standard - II. In: Helm’s Deep [en ligne]. 2018-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2018/01/the-westminster-standard-ii.html, nous pouvons reconnaître aisément la position déterministe de cette confession ne serait-ce que par le point suivant :

« De toute éternité et selon le très sage et saint conseil de sa propre volonté, Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive [...] Bien qu'il sache tout ce qui peut ou doit arriver [...] Dieu cependant n'a pas décrété telle chose parce qu'il la prévoyait comme future ou parce qu'elle devait arriver étant données les conditions préalables [...] » (CFW 3:1-2)

La confession stipule clairement que Dieu décrète tout ce qui arrive et que son décret ne contient aucunement des actions humaines dont Dieu aurait seulement la préscience. Elle adopte donc le déterminisme théologique qui exclut le libre-arbitre libertarien.

Néanmoins, parallèlement, la confession affirme dans la même section :

« Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive [...] de telle manière, cependant, que Dieu n'est pas l'auteur du péché [...], qu'il ne fait pas violence à la volonté des créatures, et que leur liberté ou la contingence des causes secondes sont bien plutôt établies qu'exclues. » (CFW 3:1)

Sans élément de décryptage, nous pourrions légitimement penser que cela signifie que Dieu ne détermine pas le mal, et que l’homme n’est pas déterminé par Dieu. Cela contredirait ce que nous avons précédemment lu. C’est ici que la définition calviniste de ces termes a une importance capitale.

Comme nous l’avons vu, dire que « Dieu n’est pas l’auteur du péché » n’implique pas que Dieu ne détermine pas le péché, mais que Dieu n’est pas la cause directe du péché. D'autre part, même, quand il est dit que Dieu ne fait pas violences à la volonté des créatures et qu’Il établit leur liberté, il faut se référer à la définition compatibiliste de cette liberté qui est de faire ce que l’on veut, bien que ce que l’on veut soit déterminé par Dieu.

Enfin, pour ce qui concerne l’affirmation de la « contingence » des causes secondes, celle-ci implique seulement que Dieu aurait pu déterminer les causes secondes différemment et non pas que l’homme, en tant que cause, aurait pu déterminer de lui-même ses choix différemment.

Utilisons l’analogie suivante pour illustrer ces différentes subtilités :

  • Dieu détermine un homme à commettre un assassinat avec un couteau afin de le condamner pour manifester sa gloire.
  • Tout d’abord, c’est l’homme déterminé qui commet l’assassinat (la cause directe) et non Dieu (la cause déterminante, mais éloignée).
  • Ensuite, l’homme a une volonté ayant un objectif mauvais, alors que la volonté de Dieu a un objectif positif : manifester sa gloire.
  • D’autre part, Dieu va déterminer l’homme à vouloir commettre le meurtre, ainsi l’assassin va librement faire ce qu’il veut faire, bien que ce soit Dieu qui ait décrété cette volonté meurtrière. Ainsi selon le calvinisme, à la lumière de ces distinctions Dieu n’est pas l’auteur du meurtre.
  • Enfin, cet événement est contingent dans la mesure où Dieu aurait pu le décréter d'une manière différente. Par exemple, Il aurait pu décréter que le meurtre soit commis avec un fusil plutôt qu'un couteau, ou même ne pas le décréter.

B.2 Capacité morale et capacité métaphysique

Analysons maintenant deux autres extraits :

« [...] Dieu créa l'être humain à son image [...], ayant une âme raisonnable et immortelle revêtus de connaissance, de justice et de vraie sainteté. La Loi de Dieu était inscrite dans leur cœur et ils avaient le pouvoir de l'accomplir. Cependant, laissés à la liberté de leur propre volonté qui était capable de changement, ils avaient la possibilité de transgresser la Loi. » (CFW 4:2)

« Nos premiers parents, séduits par l'astuce de Satan et ayant succombé à la tentation, ont péché en mangeant le fruit défendu. Il a plu à Dieu, selon son conseil sage et saint, de le permettre : il l'avait inclus dans son dessein pour manifester sa propre gloire. » (CFW 6:1)

Nous pourrions légitimement déduire que, d’après cet article, au moment précis de l’acte de la chute, Adam et Eve pouvaient dans les mêmes circonstances choisir de ne pas pécher. De même, l’action de Dieu n’aurait été que de permettre que la chute n’advienne en l’ayant vu d’avance.

Néanmoins, dans le même temps relatif à la chute, la confession affirme :

« La puissance sans limites, la sagesse insondable et l'infinie bonté de Dieu se manifestent elles-mêmes dans sa providence jusqu'à s'étendre même à la première chute et à tous les autres péchés des anges et des hommes [...] et cela, non pas en les leur permettant seulement mais parce que, sous certains rapports, il les tient en bride, et dispose d'eux et les gouverne, de multiples manières, en vue de ses propres fins qui sont saintes ; cependant, seule la créature est coupable et non pas Dieu qui, étant très saint et juste, ne peut ni être l'auteur du péché, ni l'approuver. » (CFW 5:4)

La version anglaise de cette confession[109]Westminster Confession of Faith A.D. 1647. In : SCHAFF, Philip. The Creeds of Christendom. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2007, vol. 3, p. 601-673. Disponible à l’adresse : https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xvii.ii.html est encore plus explicite, car le terme « dispose d’eux » correspond dans la version anglaise à « les ordonne ». Ce passage est clair, la chute n’est pas « seulement » permise, mais elle a été ordonnée et décrétée par Dieu.

Cela semble contradictoire. D’un côté, il est dit qu’Adam et Eve avaient la possibilité de ne pas transgresser la loi, de l'autre, en vertu du décret providentiel de Dieu, ils ne pouvaient pas ne pas transgresser la loi.

La contradiction se résout dès lors que nous comprenons que dans l’esprit réformé, il existe plusieurs aspects distincts de la liberté. CFW 4:2 s’exprime sur la capacité morale de l'homme alors que CFW 5:4 s’exprime sur la capacité métaphysique de Dieu. En d’autres mots, Adam, avant la chute, avait la capacité physique et la capacité morale de pouvoir faire le bien. C’est-à-dire qu’il n’avait aucun empêchement physique et aucun empêchement « psychologique / spirituel » de pouvoir choisir le bien. Cet aspect, dans un sens, contrôle les possibilités de choix. La capacité métaphysique est l’aspect qui va déterminer l’issue d’un choix, et cette capacité, selon le calvinisme, n’est aucunement en Adam, mais en Dieu seul. Ainsi bien qu’Adam fût libre physiquement et moralement, l’issue de ses choix se trouve uniquement dans le décret secret de Dieu.

Nous pouvons nous demander pourquoi distinguer liberté morale et physique, si en finalité, l’issue des choix dépend d’une capacité qui ne dépend aucunement d’Adam. Dans la mesure où notre conclusion peut sembler difficile à admettre, il nous semble utile de la confirmer en citant les commentaires de l’ouvrage réformé A Reformed View of Freedom de Michael Patrick Preciado sur ces articles de la confession :

« La distinction entre les pouvoirs moraux et métaphysiques est faite de diverses manières. Turretin distingue entre la liberté d'indépendance (capacité métaphysique) et la liberté de péché et de misère (capacité morale). Calvin distingue entre la prédestination secrète de Dieu (capacité métaphysique) et la nature morale originelle d'Adam (capacité morale). Witsius fait la distinction entre la capacité d'Adam à accomplir toute justice (capacité morale) et son absence de capacité à agir indépendamment de Dieu (capacité métaphysique). Van Asselt, Bac et Velde nous disent que les scolastiques réformés distinguaient entre la nécessité de l'immuabilité (capacité métaphysique) et la nécessité morale (capacité morale). La distinction est énoncée et nuancée de différentes manières, mais sa substance fait partie de la tradition réformée.

 

En conclusion, CFW 4:2 enseigne qu'Adam était libre au sujet de la nécessité morale. Ce point enseigne que sa condition morale à sa création était telle qu'il avait le pouvoir d'accomplir la loi de Dieu tout en ayant la possibilité de la transgresser. L'article se concentre sur la liberté d'Adam par rapport à la nécessité morale. L'article ne discute pas et n'affirme pas qu'Adam avait la capacité de faire autrement que le décret et la providence de Dieu. CFW 3 et 5 enseignent clairement que le décret et la providence de Dieu sont une nécessité de l'immuabilité. Ces points enseignent également qu'Adam n'était pas libre face à cette nécessité d'immuabilité [...][110]RECIADO, Michael Patrick. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR: Pickwick Publications, 2019, p. 179-180.. »

B.3 Nécessité absolue et nécessité relative

Enfin, abordons un dernier extrait :

« Dieu a doté la volonté de l'homme d'une liberté naturelle qui n'est ni contrainte ni déterminée au bien, ou au mal, par quelque nécessité absolue de nature. Dans son état d'innocence, l'homme avait la liberté et le pouvoir de vouloir et de faire ce qui était bon et très agréable à Dieu, mais cependant, il pouvait en déchoir. Par sa chute dans l'état de péché, l'homme a perdu toute capacité de vouloir un quelconque bien spirituel en vue du salut [...] » (CFW 9:1-3)

Nous ne reviendrons pas sur la capacité de vouloir et faire ce qui est bon, car nous avons traité précédemment la distinction entre la capacité physique et morale ouvrant les choix possibles, et la capacité métaphysique déterminant l’issue des choix par le décret secret de Dieu. Ici, nous allons nous intéresser à l’affirmation du fait que la liberté naturelle de l’homme n’est « ni contrainte ni déterminée [...] par quelque nécessité absolue de nature ».

Tout d’abord, dans un cadre déterministe-compatibiliste, l’absence de contrainte s’explique facilement. En effet, le déterminisme affirme que l’homme est déterminé à vouloir ce qu’il fait. En effet, c’est la volonté qui est déterminée à faire un choix, et non pas un choix sans la volonté de vouloir ce choix. Néanmoins, en même temps, cet article affirme que liberté ne serait pas déterminée, ce qui semble contredire l’idée de déterminisme.

Ici encore, il faut lire précisément l’affirmation de l’article. Il n’affirme pas que la liberté n’est pas déterminée, mais qu’elle n’est pas déterminée par une nécessité absolue. Cela n'exclut pas qu'elle puise être déterminée par un autre type de nécessité. Nous devons donc comprendre ce qu’est la « nécessité absolue » et ce qui la distingue de la nécessité déterminant les choix de la liberté humaine. En reprenant les travaux de Turretin, Paul Helm explique cette distinction :

« [Turretin] fait les remarques suivantes. “Il convient d'établir un contraste entre la nécessité absolue et la nécessité hypothétique [...]. Dieu se veut nécessairement, mais les autres choses sont libres, car les choses créées (par rapport à Dieu) sont contingentes. La liberté de Dieu consiste en des actes spontanés et indifférents. Les actes indifférents sont ceux que Dieu "veut tellement qu'il aurait pu les refuser." (An ita illa velit, ut potueruit ea nolle). (...) Dieu ne peut pas se passer de sa sagesse, qui est donc une nécessité absolue, mais il peut se passer de la planète Terre, qui n'est donc qu’une nécessité hypothétique. Le terme "contingent" s'entend par référence à l'essence divine. Aucune chose créée n'est nécessaire pour Dieu mais contingente (car il pourrait s'en passer)[111]HELM, Paul. It Ain’t Necessarily So - Second Half. In: Helm’s Deep [en ligne]. 2011-12-31 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/12/it-aint-necessarily-so-second-half.html. »

Calvin, lui-même, suivait la scolastique à ce sujet :

« On voit ainsi comment ce qui pourrait se passer d’une façon ou d’une autre a été déterminé par le conseil de Dieu. Nous voyons donc que les distinctions des scolastiques n’ont pas été inventées de toutes pièces ; il y a une nécessité simple ou absolue et une nécessité relative, comme aussi une nécessité conséquente et de conséquence[112]CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, vol. 1, chap. 26, sec. 9, p. 157-158.. »

Ce qu’il faut vraisemblablement comprendre dans cet article c’est que l’issue d’un choix humain pouvait être différent à l’égard de la nature de l’agent ou de la nature de Dieu. Néanmoins, l’issue a été déterminée par le décret volontaire et libre de Dieu. La liberté de l’homme est déterminée non pas par une nécessité absolue, mais par une nécessité hypothétique (terminologie de Turretin) ou relative (terminologie de la scolastique selon Calvin) provenant du décret de Dieu.

B.4 Conclusion sur la terminologie de la confession de foi de Westminster

L’analyse de cette confession pourrait se poursuivre, mais à travers ces quelques commentaires, nous avons fourni les clés de compréhension nécessaires. Nous avons exposé le fait que selon la confession, la liberté de l’homme se limite aux possibilités de choix que sa nature lui offre, néanmoins, ce qui détermine le choix est le décret préalable de Dieu. Ainsi toute décision humaine incluant la chute et le mal sont une nécessité relative au décret divin.

Il existe certains débats au sein du mouvement calviniste sur le fait de savoir si la lecture déterministe est la seule grille de lecture possible. Le calvinisme libertarien, se définissant lui-même comme un calvinisme non consensuel (déviant), affirme qu’excepté l’acte de conversion et de persévérance, l’homme n’est pas déterminé. Il tente également d’avancer que cette position n’est pas contradictoire avec la Confession de foi de Westminster. Néanmoins, il ne s’agit pas de la lecture consensuelle. Ainsi, de nombreux calvinistes notables considèrent cette position contradictoire, notamment en raison de (CFW 3:1-2).

Références

Références
1Après les Canons du synode de Dordrecht et la Confession de foi de Westminster, nous pourrions citer l’œuvre de théologiens tels Francis Turretin, John Owen, Bénédict Pictet, Jonathan Edwards, Charles Hodge ou B.B. Warfield.
2ASSEMBLÉE DE WESTMINSTER. Les Textes de Westminster : quel est le but principal de la vie de l'homme?. Aix-en-Provence : Kerygma, 1988. Disponible à l’adresse : https://leboncombat.fr/wp-content/uploads/2013/09/Confession-de-Foi-de-Westminster.pdf. « De toute éternité et selon le très sage et saint conseil de sa propre volonté, Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive. »
3BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh, UK : Banner of Truth Trust, 2021, p. 100. « [Le décret de Dieu] détermine l'occurrence certaine de toutes les choses qui se produisent. »
4BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine of Predestination. Grand Rapids : Eerdmans, 1932, p. 46. « [R]ien ne peut avoir fixé et réglé [les événements menant au salut] si ce n'est le bon plaisir de Dieu, la grande cause première, ordonnant librement et immuablement tout ce qui se passe. »
5HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI. : Zondervan Publ. House, 1973, p. 165. « La théologie réformée insiste sur la souveraineté de Dieu en vertu de laquelle il a souverainement déterminé de toute éternité ce qui arrivera. »
6ANDERSON, James N. Calvinism And First Sin. In : Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 204. « Il faut admettre d'emblée, et sans aucune gêne, que le calvinisme est bel et bien attaché au déterminisme divin : l'opinion selon laquelle tout est déterminé en définitive par Dieu. Je ne discuterai pas de ce point, car il peut être amplement documenté par des sources calvinistes de référence. Je considère qu'il s'agit d'un point sur lequel la grande majorité des calvinistes et leurs opposants sont en accord. »
7STRONG. Augustus H.. Systematic Theology. Valley Forge: Judson Press, 1907, vol. 1, p. 357. « Aucun événement non-décrété ne peut être connu d’avance. [...] Dieu ne peut pas connaître à l'avance les événements, à moins qu'il ne les ait décrétés comme des certitudes du futur. [...] Il connaît d'avance l'avenir qu'il a décrété, et il le connaît d'avance parce qu'il l'a décrété. »
8CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, vol. 3, chap. 23, sec. 6, p. 888. « Mais si Dieu prévoit les événements futurs parce qu'il a déterminé qu'ils arriveront, il est fou de discuter et de débattre de ce que fait sa prescience, lorsqu'il est clair que tout advient par la décision de sa volonté. »
9SHEDD, William G. T.. Dogmatic Theology. Grand Rapids : Zondervan, 1969, p. 396-397. « Le décret divin est la condition nécessaire de la prescience divine. Si Dieu ne décide pas d'abord ce qui arrivera, il ne peut pas savoir ce qui arrivera. »
10HELM, Paul. Calvin at the Center. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 268. « Ainsi, l'univers créé est un endroit beaucoup plus plat et uniforme pour Edwards qu'il ne l'était pour Calvin. Il est en tout point soumis à la loi, la loi de causalité universelle, qui elle-même est soumise au décret divin ; ainsi, si l'on considère la position occasionnaliste d'Edwards, il est soumis au décret divin. Le déterminisme d'Edwards est par conséquent beaucoup plus développé et avoué que celui de Calvin ou même de ses successeurs orthodoxes réformés comme Gill. Bien sûr, ses objectifs sont tout à fait conformes au calvinisme, mais (dans ce travail au moins) il vise à argumenter philosophiquement contre l'arminianisme […] »
11Il existe d’autres développements ultérieurs du calvinisme (par exemple par John Owen) non mentionnés dans ce texte dans la mesure où ces derniers n’apportent pas de nouveautés sur la question du déterminisme.
12HELM, Paul. Edwards and The Freedom of the Will. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2011-02-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/02/edwards-and-freedom-of-will.html. « Je pense qu'il est juste de dire qu'aucune affirmation aussi explicite que celle-ci ne se trouve dans la pensée réformée avant Edwards. Pour Edwards, opérant dans un monde de plus en plus influencé par les sciences naturelles émergentes et par l'empiriste John Locke, l'action humaine est le résultat d'une sorte de cause, une "volition", qui est à son tour le résultat de certaines croyances et désirs. De tels liens de causalité, de nature différente, imprègnent nécessairement toute la création. »
13Ibid. « Bien que je pense qu'il est plausible de supposer que Calvin avait une vision d'une liberté compatibiliste telle qu'Edwards l'a adoptée, il n'en avise ses lecteurs d’aucun mot. »
14PICIRILLI, Robert. Free Will Revisited. Eugene, OR : Wipf & Stock Publishers, 2017, p. 5. « [L]e déterminisme, quelle que soit sa source, ne tient pas compte de la liberté humaine, puisque les choix humains ne déterminent rien. »
15ROGER, Olson. The Problem of Irrational, Unteachable. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. 2015-04-26 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2015/04/the-problem-of-irrational-unteachable-christians/. « L'obscurantisme anti-intellectuel est un problème persistant chez les chrétiens. L'idéal du "saint fou" perdure parmi nous. Ici, sur ce blog, il surgit chaque fois que je critique le calvinisme en utilisant la logique. Tôt ou tard, un calviniste fait appel non seulement au mystère mais aussi à l'irrationalité. Je ne dis pas que tous les calvinistes font cela, mais certains le font - surtout lorsque j'expose les incohérences internes. »
16BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 61. « [Face aux objections du déterminisme les calvinistes] réagissent avec embarras, commencent à confesser leurs limites rationnelles, plaident pour le mystère face à l'inconnu, et certains se rapprochent dangereusement de l'admission de l'irrationalité. »
17PALMER, Edwin H.. The Five Points of Calvinism. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 104. « Le calviniste admet librement que sa position est illogique, ridicule, insensée et absurde. [...] Le calviniste défend deux positions apparemment contradictoires. [...] Il ne peut pas concilier les deux ; mais comme la Bible enseigne clairement les deux, il accepte les deux. »
18OLSON, Roger E.. Arminian Theology: Myths and Realities. Downers Grove: InterVarsity Press, 2006, p. 100. « Palmer, comme de nombreux calvinistes, prétendait embrasser l'antinomie - une sorte de paradoxe - sans essayer d'utiliser la raison pour le résoudre. »
19PIPER, John. A Response to J.I. Packer on the So-Called Antinomy Between the Sovereignty of God and Human Responsibility. In: Desiring God [en ligne]. 1976-03-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/a-response-to-j-i-packer-on-the-so-called-antinomy-between-the-sovereignty-of-god-and-human-responsibility
20WRIGHT, Cart. Are Calvinists Determinists?. In : Arminian Theology [en ligne]. 2012-08-12 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://arminiantheologyblog.wordpress.com/2012/08/12/are-calvinists-determinists/ « Il y a peu de temps, j’ai eu une discussion avec un calviniste [...] affirmant “Depuis quand les calvinistes s'en tiennent-ils au strict déterminisme causal ? Les calvinistes ne sont pas des déterministes purs et durs. Nous ne pensons pas que Dieu cause tout.” »
21FLOWERS, Leighton. We are not Determinists !. In : Soteriology 101 [en ligne]. 2016-05-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://soteriology101.com/2016/05/08/we-are-not-determinists/ « Il n'est pas rare qu'un calviniste me dise qu'il pense que je représente mal le calvinisme parce que je le présente comme s'il était "trop déterministe".[...] Ce que beaucoup de calvinistes jeunes (ou peu informés) semblent ne pas comprendre, c'est que le compatibilisme [...] est une forme de déterminisme. »
22CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3. « Notre tâche dans cette section du chapitre était de montrer que le calvinisme libertarien n'est pas incompatible avec la Confession, qu'il s'agit d'une interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes sur le sujet, et non que c'est la seule interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes ou même que c'est la meilleure ou la plus plausible interprétation des déclarations confessionnelles pertinentes. »
23JONES, Mark. An Analysis of "Deviant Calvinism" (Part 1). In : Reformation 21 [en ligne]. 2015-12-05 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.reformation21.org/blogs/deviant-calvinism-a-review.php
24HELM, Paul. Freedom, Liberty and the Westminster Confession. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2014-10-15 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2014/10/freedom-liberty-and-westminster.html
25DE YOUNG, KEVIN. A More Generous Calvinism?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2015-30-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/a-more-generous-calvinism-2/
26KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7 « Dans des écrits des vingt-cinq dernières années, j'ai soutenu que cette vision libertarienne représente l'idée traditionnelle du libre arbitre qui a été discutée pendant des siècles où les philosophes ont débattu « du problème du libre arbitre et du déterminisme ». De plus, je pense que cette vision libertarienne est celle que de nombreuses personnes ordinaires ont à l'esprit lorsqu'elles croient intuitivement qu'il existe une sorte de conflit entre le libre arbitre et le déterminisme. »
27PIPER, John. Providence. Wheaton, IL : Crossway, 2020, p. 214. Disponible à l'adresse : https://document.desiringgod.org/providence-en.pdf « Des millions de gens ordinaires portent dans leur esprit l'hypothèse informée culturellement (et non bibliquement) que l'auto-détermination ultime est essentielle à leur humanité moralement responsable. [...] [L]e terme qu'ils utilisent est le libre arbitre. Ce terme est perçu avec des sentiments et des associations si positifs dans notre culture qu'il est pratiquement incontesté en tant qu'hypothèse consensuellement acceptée. »
28KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7 « Nous, les libertariens, croyons généralement qu'un libre arbitre incompatible avec le déterminisme est nécessaire pour que nous soyons vraiment moralement responsables de nos actions, de sorte que la véritable responsabilité morale, ainsi que le libre arbitre, sont incompatibles avec le déterminisme. »
29CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3.
30OKE, Norman R.. Divine Sovereignty. In : Beacon Dictionary of Theology. Kansas City, MO: Beacon Hill Press of Kansas City, 1983, p. 171. Disponible à l'adresse : https://www.whdl.org/en/browse/resources/9391. « Premièrement, [la souveraineté de Dieu] peut être considérée comme le droit divin d'exercer totalement sa gouvernance; deuxièmement, son sens peut être étendu jusqu'à inclure l'exercice de ce droit par Dieu. Quant au premier aspect, il n'y a pas de débat. Une divergence d'opinion surgit en ce qui concerne le deuxième aspect. »
31EASTON, Matthew G.. Sovereignty. In : Illustrated Bible Dictionary. London : Thomas Nelson, 1897. Disponible à l'adresse : https://www.biblestudytools.com/dictionaries/eastons-bible-dictionary/sovereignty.html. « [La souveraineté de Dieu] est son droit absolu de faire toutes choses selon son bon plaisir. »
32LEONARD, William. Sovereignty of God. In : Holman Bible Dictionary. Nashville, TN : Broadman & Holman, 1991. Disponible à l'adresse : https://www.studylight.org/dictionaries/eng/hbd/s/sovereignty-of-god.html. « [La souveraineté de Dieu est l'enseignement ] [...] que toutes choses viennent de Dieu et dépendent de Dieu. [...] [Ceci] ne signifiant pas que tout ce qui se passe dans le monde est la volonté de Dieu. »
33FRIESEN, Garry, MAXSON, Robin J.. Decision Making & the Will of God: A Biblical Alternative to the Traditional View. Portland, OR: Multnomah Press, 1980, p. 32, « La volonté souveraine de Dieu peut être définie comme le plan prédéterminé de Dieu concernant tout ce qui se passe dans l'univers. »
34BIGNON, Guillaume. Why this Calvinist doesn't make much of divine "Sovereignty". In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-07-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/07/why-this-calvinist-doesnt-make-much-of.html « Dire que Dieu est souverain peut se contenter, modestement, de signifier qu'il a le pouvoir et l'autorité ultimes sur les affaires humaines. Mais le fait qu'il ait une telle souveraineté sur les humains ne nous dit pas grand-chose sur la mesure dans laquelle Dieu exerce effectivement sa souveraineté. Les arminiens de tous bords sont parfaitement à l'aise pour affirmer que Dieu est "souverain", mais ils nient que Dieu utilise sa souveraineté sur les affaires humaines en déterminant le résultat des choix libres des humains. »
35Contingence. In : Philosophie Magazine [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.philomag.com/lexique/contingence « [L]a contingence désigne la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas, ou encore qu’elle soit autrement qu’elle n’est. »
36VAN ASSELT, Willem. Reformed Thought on Freedom. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 38. « Dans cette ontologie, la contingence de l'effet peut être associée à une nécessité hypothétique de l'effet [...] [L]a distinction entre la nécessité absolue (simpliciter : necessitas consequentis) et la nécessité relative (secundum quid : necessitas consequentiae) a permis aux scolastiques réformés de montrer comment la nécessité et la contingence/liberté sont à certains égards compatibles au lieu d'être carrément contradictoires. »
37Selon la conception épistémologique, certains éléments abstraits comme les principes de logique ou les mathématiques pourraient aussi faire partie de cette catégorie.
38PRECIADO, Michael Patrick. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR: Pickwick Publications, 2019, p. 83. « [La nécessité relative] préserve la contingence, car Dieu aurait pu décréter qu'Adam ne tombe pas [dans le péché]. Si Dieu l'avait décrété, alors Adam ne serait pas tombé. Cela signifie qu'Adam aurait pu agir autrement si Dieu l'avait décrété. »
39WHITE, Heath. Theological Determinism and the “Authoring Sin” Objection. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 90. « Le déterminisme théologique soutient, en effet, que la volonté de Dieu détermine tout fait contingent. Il ne s'ensuit pas que Dieu porte la même intention que les faits contingents. Tout ce qui arrive est une conséquence, en fait une conséquence déterministe, de l'action de la causalité primaire de Dieu, sans que cela soit forcément une conséquence intentionnelle. »
40JAEGER, Lydia. Diverses formes de nécessité dans L’Institution chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, Revue Réformée, 2003, p. 54-69. Disponible à l'adresse : https://www.academia.edu/27936280/DIVERSES_FORMES_DE_NECESSITE_DANS_LINSTITUTION_CHRETIENNE « Pour Calvin, la distinction entre ces deux niveaux de nécessité [absolue et hypothétique] va de pair avec la contingence du monde, au sens fort du terme : non seulement le monde est dépendant de Dieu et ne peut nullement prétendre à aucune forme d’aséité, mais aussi Dieu aurait pu (au moins dans une large mesure) choisir de décider autrement qu’il ne l’a fait. La nécessité de décret [hypothétique] n’équivaut donc pas à la nécessité logique [absolue] ; le décret de Dieu aurait pu être autre. »
41CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, vol. 3, chap. 23, sec. 8, p. 427.
42The Encyclopedia of Christianity. Grand Rapids, MI : Eerdmans Publishing, 2005, vol. 4, p. 180. « Le fatalisme, dans son sens le plus courant, ne doit pas être confondu avec la prédestination. Le fatalisme affirme une nécessité abstraite sans tenir compte des antécédents causaux et est donc diamétralement opposé à la prédestination, dans laquelle les causes et les effets, les fins et les moyens, sont déterminés les uns par rapport aux autres. L'utilisation des moyens est rendue inutile par le fatalisme, mais pas par la prédestination. [N.D.L.R. : Dans un sens moins courant, le fatalisme est parfois identifié comme un mode de détermination provenant d’une force aveugle.] »
43BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 88. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=y3KUDgAAQBAJ&pg=PA88 « Beaucoup de malentendus surgissent en confondant la doctrine chrétienne de la prédestination avec la doctrine païenne du fatalisme. Il n'y a, en réalité, qu'un seul point d'accord entre les deux, c'est que tous deux supposent la certitude absolue de tous les événements futurs. La différence essentielle entre eux est que le fatalisme n'a pas de place pour un Dieu personnel. La prédestination soutient que les événements arrivent parce qu'un Dieu infiniment sage, puissant et saint les a nommés ainsi. Le fatalisme soutient que tous les événements se produisent par le travail d'une force aveugle, inintelligente, impersonnelle, non morale, qui ne peut être distinguée de la nécessité physique, et qui nous porte impuissants à sa portée comme un fleuve puissant porte un morceau de bois. »
44CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/ « Par « fatalisme », je me réfère à l'enseignement selon lequel tous les événements sont prédéterminés (1) par des forces impersonnelles et (2) effectués indépendamment des moyens, de sorte que quoi qu'une personne fasse, la même fin en résultera. Par « déterminisme », je me réfère surtout au déterminisme théologique ou divin. C'est l'enseignement que le Dieu personnel de la Bible a intelligemment et immuablement prédéterminé tous les événements, y compris toutes les pensées, décisions et actions humaines, et cela en prédéterminant à la fois les fins et les moyens de ces fins. ».
45CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/ « Plusieurs supposent qu'il y a plus de liberté dans le "déterminisme" et que les choses sont plus déterminées dans le "fatalisme". C'est faux. Les choses sont plus déterminées dans le déterminisme divin que dans tout autre schéma. Dans le cadre du "fatalisme", un événement est prédéterminé de telle manière que le même résultat se produit "peu importe ce que vous faites", c'est-à-dire, quels que soient les moyens. Cependant, sous le déterminisme divin, bien que ce que vous fassiez "soit important", "ce que vous voulez" est également prédéterminé. Et cela "compte" parce qu'il existe une relation définie entre "ce que vous voulez" et son résultat, mais cette relation est également déterminée et contrôlée par Dieu. »
46REZKALLA, Paul. Why Pray if God Has Already Decided Everything?. In: The Gospel Coalition [en ligne]. 2017-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/article/why-pray-if-god-has-already-determined-everything/. « Certaines choses se sont produites uniquement parce que nous avons prié pour elles ; elles ne se seraient pas produites si nous n'avions pas prié pour elles. [...] Il est vrai que Dieu a déterminé tous les résultats, mais il a également déterminé les moyens par lesquels ces résultats auront lieu. Si Dieu a déterminé qu'une femme serait guérie d'un cancer, il a également déterminé les prières en sa faveur, sans parler de la naissance des oncologues qui l'opéreront et de l'ouverture d'une école de médecine dans la région. Les prières représentent l'un des nombreux moyens que Dieu détermine. »
47WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 231. « La Bible suppose partout qu'en matière de salut, Dieu est totalement souverain et que les hommes sont réellement responsables. C'est le "compatibilisme". Selon cette vérité, Dieu utilise des "moyens" pour accomplir sa fin de sauver son peuple - la prédication, l'écoute et la foi en l'Évangile (Rom. 10:8-15). Une réaction extrême aux erreurs du système arminien, appelée hyper-calvinisme, nie que Dieu utilise les moyens de prêcher, d'entendre et de faire confiance pour convertir son peuple. L'hyper-calvinisme est la négation non biblique de la responsabilité des chrétiens de prêcher l'évangile ainsi que de la responsabilité des non-chrétiens de se repentir et de croire en Jésus. »
48HENDRYX, John. Compatibilism. In: Monergism [en ligne]. 2021 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/topics/free-will/compatibilism. « Il convient de noter que cette position [le déterminisme doux / compatibilisme] n'est pas moins déterministe que le déterminisme dur. Il est manifeste que ni le déterminisme doux ni le déterminisme dur ne croient que l'homme a un libre arbitre [libertarien]. Nos choix ne sont nos choix que parce qu'ils sont volontaires, et non contraints. Nous ne faisons pas de choix contraires à nos désirs ou à notre nature. Le compatibilisme est en contradiction directe avec le libre arbitre libertarien. »
49FEINBERG, John S.. No One Like Him. Wheaton, IL: Crossway, 2001, p. 635-636. « Les déterministes doux sont d'accord [avec le déterminisme dur] pour dire que tout ce qui se passe est causalement déterminé [...] »
50SPROUL, R. C.. Do We Have Free Will?. In: Ligonier [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/podcasts/ultimately-with-rc-sproul/do-we-have-free-will « Nous [les calvinistes] croyons que l'homme a le libre arbitre. Je ne connais pas un seul augustinien dans toute l'histoire de l'Église qui n'ait pas affirmé avec force que nous avons le libre arbitre. Nous sommes des créatures volitives. Dieu nous a donné une intelligence et un cœur, et il nous a donné une volonté. Nous exerçons constamment cette volonté. Nous faisons des choix tout au long de la journée, et nous choisissons ce que nous voulons. Nous choisissons librement. Personne ne nous contraint. »
51NASH, Ronald. Life's Ultimate Questions: An Introduction to Philosophy. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2010, p. 463. « On peut dire que les êtres humains sont libres dans deux sens différents. La liberté d'indifférence explique la liberté humaine comme la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. [...] Pour être véritablement libre dans le cadre de l'"indifférence", une personne doit avoir la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. La liberté de spontanéité, en revanche, explique la liberté humaine comme la capacité de faire ce que l'on veut faire. Selon cette seconde conception, la question de la capacité de la personne à faire autre chose que ce qu'elle fait n'est pas pertinente, car la question clé est de savoir si elle est capable de faire ce qu'elle a le plus envie de faire. La liberté d'indifférence est une définition incompatibiliste de la liberté, tandis que la liberté de spontanéité est une forme de compatibilisme. »
52FEINBERG, John.No One Like Him. Wheaton, IL: Crossway, 2001, p. 637. « un acte est libre, bien que causalement déterminé, si cet acte correspond à ce que l'agent voulait faire. »
53SPROUL, R. C.. What Is Free Will?. In : Ligonier [en ligne]. 2019-07-01 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/chosen-by-god/what-is-free-will « Rappelez-vous que j'ai dit [...] que notre choix est à la fois libre et déterminé. Mais ce qui le détermine, c'est moi, et c'est ce que nous appelons l'autodétermination. L'autodétermination n'est pas la négation de la liberté, mais l'essence de la liberté. [...] [N]ous choisissons toujours selon nos désirs. J'irai même jusqu'à dire que nous devons toujours choisir selon l'inclination la plus forte du moment. »
54HELM, Paul. John Calvin’s Ideas. Oxford : Oxford University Press, 2004, p. 164-165. « Calvin parle sans réserve de l'autodétermination de la volonté. [...] [C]e langage peut sembler placer Calvin dans le camp du libertarianisme ou de la causalité agentive. Cependant, Calvin semble redéfinir l'idée d'autodétermination [...] comme étant l'absence de coercition, et cela semble le placer dans le camp compatibiliste [...]. »
55HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 229. « Lorsque Calvin et Luther nient le libre arbitre, ils n'ont pas en tête des questions métaphysiques [...] mais plutôt la disposition spirituelle découlant du péché qui est, logiquement parlant, neutre sur la question du déterminisme et du libertarianisme. »
56Ibid. p. 230. « Il est donc raisonnable de conclure que, bien que Calvin n'avoue pas le déterminisme par ces mots précis, il adopte néanmoins une perspective largement déterministe. »
57HELM, Paul. Calvin the Compatibilist. In : Calvin at the Centre. New York : Oxford University Press, 2010, p. 227-272. http://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199532186.001.0001
58VESTRUCCI, Andrea. Recalibrating the Logic of Free Will with Martin Luther. Theology and Science. 2020, vol. 18, n° 3, p. 358-382. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1080/14746700.2020.1786216
59LUTHER, Martin. De Servo Arbitrio. Chap. 7, p. 113. In : O’Hare. The Facts About Luther. TAN Books, 1987, p. 266-267. « L’homme est comme un cheval. Est-ce que Dieu saute en selle ? Le cheval est obéissant et s’adapte à chaque mouvement du cavalier et va où il le veut. […] Par conséquent, la nécessité, et non le libre arbitre, est le principe directeur de notre conduite. »
60BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 225. « Cela signifie que l'un [le déterminisme] n'est pas censé exclure l'autre [la permission] ; au contraire, les deux sont censés décrire les véritables aspects du contrôle de Dieu sur le mal, à savoir, d'une part, que Dieu le contrôle pleinement et, d'autre part, que Dieu ne l'approuve pas pour lui-même et que son mode d'action pour l'engendrer diffère de celui qu'il utilise pour engendrer le bien. C'est tout. Le langage de la permission n'est pas un moyen de diminuer le contrôle divin du mal ou d'excuser Dieu pour son implication dans celui-ci. »
61GORDON, Bruce, TRUEMAN, Carl. The Oxford Handbook of Calvin and Calvinism. Oxford : Oxford University Press, 2021, p. 46-47. « L'attachement de Calvin à la particularité de la providence de Dieu l'amène à reconnaître une relation plus forte entre la volonté de Dieu et les mauvaises actions que ne le suppose la distinction entre vouloir et permettre. Au contraire, dit Calvin, Dieu est le principe déterminant de toutes les actions humaines, bonnes ou mauvaises. [...] Calvin parle cependant parfois d'actions ou d'événements de Dieu "pliant" la volonté de Dieu. Il y a même des exemples, comme dans l'histoire de Job, où Calvin lui-même écrit que "le Seigneur permet à Satan d'affliger son serviteur" (Calvin 1960, 2.4.2). [...] Bien que Calvin n'utilise pas expressément la distinction vouloir/permettre (pour garder Dieu isolé du mal et du péché), il admet une certaine différence entre la volonté de Dieu du bien et la "volonté" de Dieu du mal. Cette différence se trouve dans la position intentionnelle de Dieu envers ce que Dieu réalise. Lorsque Dieu détermine que quelque chose de mauvais doit arriver (que ce soit un péché individuel ou un mal impersonnel) Dieu ne vise pas le mal lui-même, mais le résultat finalement bon vers lequel Dieu dirige ce mal. [...] Quelle que soit la nature de l'action, le décret de Dieu est toujours parfaitement efficace et causalement suffisant [...] »
62MATHIS, David. Does God ‘Author’ Sin?. In: Desiring God [en ligne]. 2007-08-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-author-sin « Le terme auteur est presque universellement condamné dans la littérature théologique. Il est rarement défini, mais il semble signifier à la fois que Dieu est la cause efficiente du mal et qu'en causant le mal, il fait effectivement quelque chose de mal. Ainsi, [la Confession de foi de Westminster] affirme que Dieu "n'est ni ne peut être l'auteur ou l'approbateur du péché" (5:4). »
63MATHIS, David. Does God ‘Cause’ Sin?. In: Desiring God [en ligne]. 2007-08-30 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-cause-sin « Il est intéressant de noter que Calvin utilise le terme de cause, en se référant à l'action de Dieu dans l'apparition du mal, quand il fait la distinction entre Dieu en tant que "cause éloignée" et l'action humaine en tant que "cause immédiate". Soutenant ainsi que Dieu n'est pas "l'auteur du péché", il affirme que "la cause immédiate est une chose, la cause éloignée en est une autre". »
64DEYOUNG, Kevin. Does Calvinism Teach Puppet Theology?. In: The Gospel Coalition [en ligne]. 2013-03-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/does-calvinism-teach-puppet-theology/ « Mes analogies de type marionnette ou robot ne sont pas valable [pour décrire le calvinisme], et aucun calviniste ne devrait les utiliser. [...] Dieu n'est pas un marionnettiste qui tire sur des ficelles pour que nous fassions ce qu'il veut indépendamment de notre volonté ou de notre action. Sa volonté précède notre volonté, mais elle ne l'efface pas. »
65WARE, Bruce. The Compatibility of Determinism and Human Freedom. In: Founders Ministries [en ligne]. 2012-01-13 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://founders.org/2012/01/13/the-compatibility-of-determinism-and-human-freedom/ « Ce que nous avons pu voir, cependant, c'est un témoignage biblique remarquable du fait que la détermination par Dieu de ce que les gens font est compatible dans l'Écriture avec le fait qu'ils réalisent ces actions déterminées avec une liberté et une responsabilité humaines authentiques. »
66Ibid. « Selon cette vision [compatibiliste] de la liberté, un agent est libre de faire un choix si et seulement si, au moment où il fait ce choix, il n'est pas contraint ou forcé dans son choix mais choisit plutôt selon son désir le plus profond, son inclination la plus forte, ou selon ce qu'il désire le plus. Bien sûr, puisque l'agent choisit en fonction de son désir le plus profond ou de son inclination la plus forte, cela n'a aucun sens d'imaginer que sa liberté consiste en sa capacité à faire autrement, n'est-ce pas ? »
67HORTON, Michael. For Calvinism. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2011, p. 45. « Avant la chute, l'humanité avait la capacité naturelle et morale d'obéir à Dieu avec une fidélité totale et une liberté de volonté. Après la chute, nous avons toujours la capacité naturelle, mais non plus morale, de le faire. [...]. Nous avons tout l'"équipement" nécessaire pour aimer Dieu et nos voisins. Néanmoins, la chute nous a rendus moralement incapables d'utiliser ces dons d'une manière qui pourrait nous rendre la faveur de Dieu. »
68HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI : Zondervan, 1973, p. 341. « Depuis la chute, les hommes ont la capacité naturelle de faire tout ce qui est exigé d'eux, mais sont dépourvus de la capacité morale de le faire. Par capacité naturelle, il [Edwards] entendait la possession par tout agent libre responsable, comme condition de sa responsabilité, de toutes les facultés constitutionnelles nécessaires pour lui permettre d'obéir à la loi de Dieu. Par capacité morale, il entendait l'état moral inhérent à ces facultés, la juste disposition du cœur, nécessaire à l'accomplissement de ces devoirs. »
69JOHNSON, Daniel M.. Calvinism And The Problem Of Evil. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « En quoi l'activité souveraine de Dieu diffère-t-elle de façon notable de celle des humains ? Une différence sur laquelle les calvinistes ont fortement insisté est d'ordre moral : Dieu est le maître du cosmos, la source de toute existence et de toute bonté, et il existe par lui-même ; contrairement aux êtres humains. L'une des conséquences de cette différence est que Dieu n'est soumis à aucune loi extérieure et qu'Il est donc par définition incapable d'agir en rébellion contre une telle loi. Les êtres humains, en revanche, sont soumis à la loi de Dieu. Certains calvinistes ont identifié la rébellion comme l'essence du péché. McCann, par exemple, soutient que le fait de provoquer volontairement le mal n'est ni nécessaire ni suffisant pour commettre un acte répréhensible. L'acte répréhensible exige une désobéissance consciente à un commandement divin. Il s'ensuit que Dieu ne fait pas de mal en provoquant le mal puisqu'il n'a aucune loi à laquelle répondre et qu'ainsi il n'agit donc pas de manière rebelle. »
70WELTY, Greg. Molinist Gunslingers : God and the Authorship of Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « [S]i par "auteur du péché" nous entendons que Dieu est l'auteur du mal, l'agent qui accomplit effectivement l'acte pécheur et avec des intentions mauvaises, alors non, Dieu n'est pas l'auteur du péché. Edwards dit que "ce serait un reproche et un blasphème de supposer que Dieu est l'auteur du péché" dans ce sens. [...] En revanche, selon Edwards, Dieu est l'auteur du péché dans le sens où il a ordonné l'existence du péché. Il est "celui qui dispose et ordonne le péché". Il est "celui qui dispose de l'état des événements, de sorte que, pour des fins et des buts sages, saints et très bons, le péché [...] s'ensuivra très certainement et infailliblement". Donc, si par "auteur du péché" nous entendons "celui qui ordonne que le mal moral se produise effectivement", alors oui (dit Edwards), cela semble être l'enseignement récurrent de l'Écriture. Mais puisque Dieu n'est pas l'auteur du péché au sens premier du terme, il n'a aucune culpabilité morale ou ne mérite aucun blâme à ce sujet. »
71MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « Selon un courant du compatibilisme classique, la liberté n'est rien de plus que la capacité d'un agent à faire ce qu'il veut en l'absence d'obstacles qui pourraient se dresser sur son chemin. [...] En règle générale, la référence des compatibilistes classiques en matière d'action entravée ou gênée est l'action contrainte. L'action contrainte survient lorsqu'une personne est contrainte par une source externe d'agir contrairement à sa volonté. Pour le compatibiliste classique, le libre arbitre est donc une capacité à faire ce que l'on veut. Il est donc plausible de conclure que la vérité du déterminisme n'implique pas que les agents manquent de libre arbitre puisqu'elle n'implique pas que les agents ne fassent jamais ce qu'ils souhaitent faire, ni que les agents soient nécessairement empêchés d'agir. La cohérence du compatibilisme est ainsi établie. Mais dans quelle mesure la version compatibiliste classique du libre arbitre est-elle convaincante ? »
72CARSON, D. A. How Long, O Lord?. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2006, p. 179.
73WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 83.
74PICIRILLI, Robert E.. Grace, Faith, Free Will : Contrasting Views of Salvation: Calvinism and Arminianism. Nashville, TN : Randall House Publication, 2002, p. 60. « De nombreux calvinistes professent un "compatibilisme" qui tente de combiner le déterminisme avec la liberté humaine en redéfinissant la "liberté" comme signifiant la liberté de faire ce que l'on désire, plutôt que la liberté de faire quelque chose de différent de ce que l'on fait.
75BEROFSKY, Bernard. Classical Compatibilism. In : TIMPE, Kevin. [ed.], GRIFFITH, Meghan. [ed.], LEVY, Neil. [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 41. « [C]ertains philosophes utilisent le terme "compatibilisme" pour désigner l'opinion selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale ou avec le libre arbitre compris dans un sens selon lequel le libre arbitre est nécessaire à la responsabilité morale. Il n'existe ainsi aucune définition communément admise du "compatibilisme classique". Ainsi, pour celui qui est chargé d'attribuer une signification au "compatibilisme classique", il est plus fructueux et moins arbitraire de commencer par reconnaître la présupposition centrale de l'existence de ce concept. »
76FISHER, John M.. Semicompatibilism. In : TIMPE, Kevin [ed.], GRIFFITH, Meghan [ed.], LEVY, Neil [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 5. « En ce qui concerne le déterminisme causal, le semi-compatibilisme est l'opinion selon laquelle le déterminisme causal est compatible avec la responsabilité morale, indépendamment de la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement. Là encore, le semi-compatibilisme ne prend pas position sur la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement ; il est donc compatible à la fois avec le compatibilisme classique [...] et le rejet du compatibilisme classique. »
77HELM, Paul. Theological Compatibilism: A Case of Faith Seeking Understanding. In: Helm’s Deep [en ligne]. 2009-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2009/05/theoogical-comptibilism-case-of-faith.html « L'ordination et le soutien par Dieu de toute chose jusque dans ses moindres détails, y compris chaque action humaine, est un type de déterminisme doux, la doctrine selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale humaine. »
78WINGARD, John C. JR. Confession of a Reformed Philosopher: Why I Am a Compatibilist about Determinism and Moral Responsibility. In : Themelios [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/themelios/article/confession-of-a-reformed-philosopher/ « Tout d'abord, soyons clairs sur la nature du problème pour lequel le compatibilisme est censé être la solution. Le problème de la liberté et du déterminisme, comme on l'appelle souvent, est au fond la question de savoir si la liberté moralement significative (ou l'agence libre), et la responsabilité morale dont cette liberté est censée être une condition nécessaire, sont compatibles avec le déterminisme causal en ce qui concerne les actes des agents humains. »
79ALEXANDER, David E., JOHNSON, Daniel M.. Introduction. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 4. « Les calvinistes affirment que la responsabilité morale et toute sorte de libre arbitre nécessaire à la responsabilité morale sont compatibles avec toute sorte de déterminisme impliqué par les vues calvinistes de la providence. »
80HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « [Calvin] considère que sa vision déterministe est compatible avec la responsabilité humaine. »
81BIGNON, Guillaume. Does Compatibilism Entail Determinism? A Pragmatic Argument From Purpose in Evil. In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-27 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://theologui.blogspot.com/2014/11/does-compatibilism-entail-determinism.html « Les calvinistes sont également appelés compatibilistes du fait de leur conviction que ce type de déterminisme [provenant de la providence divine] est compatible avec la responsabilité morale humaine. »
82MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « Considérons l'objection incompatibiliste suivante : [...] L'explication compatibiliste classique du libre arbitre est inadéquate. Le déterminisme est incompatible avec le libre arbitre et la responsabilité morale parce que le déterminisme est incompatible avec la capacité de pouvoir agir autrement. »
83SPROUL, R. C.. Choisis par Dieu. Trois-Rivières : Éditions Impact, 2021, p. 45-46. Disponible à l’adresse : https://fr.ligonier.org/wp-content/uploads/2021/03/PDF_Choisis-par-Dieu.pdf « Il est facile de confondre mystère et contradiction. Nous ne comprenons ni l’un ni l’autre. Personne ne saisit une contradiction, car les contradictions sont intrinsèquement inintelligibles. Pas même Dieu ne peut comprendre une contradiction. Les contradictions n’ont aucun sens. Personne ne peut leur donner un sens. Les mystères peuvent être compris. Le Nouveau Testament nous révèle des choses qui nous étaient cachées et insaisissables à l’époque vétérotestamentaire. [...] Nous n’avons pas encore atteint les limites de la découverte humaine. Nous savons également qu’au ciel des choses nous étant encore cachées nous seront révélées. Il reste que, même au ciel, nous ne saisirons pas pleinement la signification de l’infinité. [...] Il n’a aucune place pour les contradictions. Il se peut que des mystères soient vrais. Les contradictions ne peuvent jamais l’être, ni ici-bas dans notre esprit ni là-haut dans celui de Dieu. »
84SPROUL, R. C.. Contradiction vs. Paradox. In : Ligonier [en ligne]. 2004-02-27 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/devotionals/contradiction-vs-paradox « Beaucoup de gens croient à tort que lorsque nous confessons la doctrine de la Trinité, nous confessons une contradiction. La doctrine de la Trinité, telle qu'elle est traditionnellement formulée, stipule que Dieu est un en essence et trois en personne. Mais ce n'est pas une contradiction parce que la manière (ou la relation) dont Dieu est un n'est pas la même que la manière dont il est trois. Dieu est un en essence, mais trois en personne. Si nous disions que Dieu était un en essence et trois en essence, nous aurions une contradiction dans l'être même de Dieu et devrions donc rejeter cet enseignement. La doctrine de la Trinité n'est pas une contradiction. C'est plutôt un mystère, une sorte de paradoxe, quelque chose qui semble à première vue être une contradiction, mais qui, lorsqu'on l'examine plus en profondeur, ne l'est vraiment pas. La foi chrétienne a beaucoup de paradoxes, mais pas de contradictions. »
85SPROUL, R. C.. Knowing Scripture. In : Ligonier [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/knowing-scripture « Derrière le principe de l'analogie de la foi se cache la confiance préalable que la Bible est la Parole inspirée de Dieu. Si elle est la Parole de Dieu, elle doit donc être cohérente et consistante. Les cyniques, cependant, disent que la cohérence est le fléau des esprits faibles. Si cela était vrai, nous devrions alors dire que le plus faible esprit de tous est l'Esprit de Dieu. Or, il n'y a rien d'intrinsèquement petit ou faible à trouver dans la cohérence. S'il s'agit de la Parole de Dieu, on peut à juste titre s'attendre à ce que la Bible entière soit cohérente, intelligible et homogène. Nous partons du principe que Dieu, en raison de son omniscience, ne serait jamais coupable de se contredire. Il est donc insultant pour le Saint-Esprit de choisir une interprétation d'un passage particulier qui met inutilement ce passage en conflit avec ce qu'il a révélé ailleurs. Le principe directeur de l'herméneutique ou de l'interprétation réformée est donc l'analogie de la foi. »
86BLOCHER, Henri. The ‘Analogy of Faith’ in the Study of Scripture: In Search of Justification and Guidelines. Scottish Bulletin of Theology. 1987, vol. 5, n°1, p. 17-38. Disponible à l’adresse : https://biblicalstudies.org.uk/pdf/sbet/05-1_017.pdf « À toutes les étapes de l'histoire biblique, la cohérence est hautement valorisée et attribuée à tout enseignement censé provenir de Dieu. [...] La loi du Seigneur est pure, c'est-à-dire parfaitement homogène, et complètement purgée de scories que l'argent et l'or raffinés ; toutes ses ordonnances vont ensemble comme une dans leur légèreté (Ps. 19:9). [...] En fait, toute la logique de l'appel de notre Seigneur à l'Écriture dans son argumentation [contre les tentations de Satan] (et de même de ses apôtres) s'effondrerait instantanément si la présupposition de cohérence scripturaire était supprimée. »
87HODGE, Charles. Systematic Theology. Grand Rapids : Eerdmans, 1940, vol. 1, p. 51. « [L'impossible est incroyable et ne peut donc pas être un objet de foi. L'impossible ne peut pas être vrai; mais la raison en prononçant une chose impossible doit agir rationnellement et non capricieusement. Ses jugements doivent être guidés par des principes qui s'imposent à la conscience commune des hommes. Ces principes sont les suivants : 1. Est impossible ce qui implique une contradiction ; par exemple, que ce qui est ne soit pas ; que le juste soit faux et le faux juste. 2. Il est impossible que Dieu fasse, approuve ou ordonne ce qui est moralement inadéquat. 3. Il est impossible qu'Il nous demande de croire ce qui contredit une loi de la conscience, quelle qu'elle soit, qu'il a inscrite dans notre nature. 4. Il est impossible qu'une vérité en contredise une autre. Il est par conséquent impossible que Dieu révèle une chose comme vraie si elle contredit une vérité clairement identifiée, que ce soit par l'intuition, l'expérience ou une révélation antérieure. »
88ANDERSON, James, Calvinism and the First Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 209. « Un modèle bien plus approprié [que le modèle de Domino] serait ce que nous pourrions appeler le modèle "Auteur de la providence". Dans ce cadre, les actes de création et de providence de Dieu sont analogues à la rédaction humaine d'un roman. Au niveau ultime, l'auteur détermine tout ce qui se passe dans son roman. Nous pouvons dire que l'auteur du roman a ordonné que les actions pécheresses aient lieu dans le monde qu'il a créé, mais l'auteur lui-même ne commet aucune action pécheresse et n'approuve aucune d'elles. Au sens large, le romancier est la cause première et ultime suffisante de tout ce qui se passe dans sa création. Pourtant, en même temps, cette causalité d'auteur opère à un niveau très différent des causes intranarratives. »
89JOHNSON, Daniel. Divine Providence. In : Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2017-01-25]. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/providence-divine/ « Une analogie utile peut être établie ici avec la relation entre l'auteur d'une histoire et les personnages qui la composent. L'auteur n'entre pas dans l'histoire elle-même, et n'agit pas sur les personnages de manière à les forcer à faire ce qu'ils font. Au contraire, il les crée à travers leurs actions, afin qu'ils puissent se comporter librement dans le monde du roman. Dans le récit traditionnel, la relation de Dieu à ses créatures est similaire à celle de l'auteur. »
90MCCANN, Hugh. The Author of Sin?. Faith and Philosophy. 2005, vol. 22, n° 2, p. 146. Cité à l'adresse : https://iep.utm.edu/theo-det/ « L'auteur d'un roman ne fait jamais faire quelque chose à ses créatures, il ne fait que les faire faire. Il en va de même entre nous et Dieu. »
91BIGNON, Guillaume. The Distasteful Conditional Analysis of Ability. In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://theologui.blogspot.com/2014/11/the-distasteful-conditional-analysis.html « Traditionnellement, les compatibilistes ont cherché à affirmer une sorte de principe de possibilités des alternatives, en interprétant la notion de "capacité" en des termes compatibles avec le déterminisme. C'est ce qu'ils appellent "l'analyse conditionnelle de la capacité". Ils admettent que dans le cadre du déterminisme, au moment du choix, étant donné que toutes les choses sont ce qu'elles sont, une personne ne peut pas choisir autrement puisqu'elle est, après tout, déterminée. Néanmoins, ils soutiennent que si, conditionnellement, et contrairement aux faits, la personne avait voulu, choisi ou tenté de faire un choix différent, elle aurait alors agi autrement. Les compatibilistes soutiennent que le libre arbitre et la responsabilité morale requièrent ce type de capacité conditionnelle, et ne requièrent pas le sens [libertarien] plus catégorique de la capacité, qui pour sa part entre en conflit avec le déterminisme et donc entraîne l'incompatibilisme. »
92MALET, Nicole. Dieu selon Calvin. Lausanne : L’age d’homme, 1977, p. 114. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=8eZV62Z6-koC&pg=PA114 « Jamais Calvin ne traite de prédestination des réprouvés en même temps que des élus sans en souligner le caractère profondément mystérieux. Le mystère est double. Le choix que fait Dieu des élus est purement gratuit, il dépend absolument de son bon plaisir. Mais ce qui choque le plus les adversaires de la doctrine de la prédestination, c'est l'injustice qu'elle semble impliquer : pourquoi les uns sont-ils sauvés, non les autres ? Calvin donne toujours à cette question une double réponse : la première consiste à affirmer que l'inégalité dans la prédestination démontre que la bonté de Dieu est vraiment gratuite. L'autre, qui est plutôt un refus de réponse, c'est que le conseil étroit est "secret". »
93CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Genève : Guers, 1818, vol. 2, 3.21.6, p. 19-21. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=Q9pdR5Fp3fgC&pg=PA400 « Cependant ce fut une faveur singulière de Dieu de ce qu'il daigna les préférer à tout le reste du monde , comme il est dit dans le Psaume 147:20. Qu'il n'a point fait cette grâce à aucun des peuples. C'est pourquoi ils ne connoissent point ses ordonnances. Et ce n'est pas sans raison, si j'ai dit qu'il nous faut ici remarquer deux degrés. Car déjà dans le choix qu'il a fait de tout le peuple d'Israël, il n'est attaché à aucune loi dans l'exercice de sa grâce et de sa miséricorde. Tellement que vouloir l'obliger à l'exercer également envers les autres peuples, c'est trop usurper sur ses droits, attendu que cette égalité de grâce montre que sa bonté est purement gratuite. »
94BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 116. Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/blog/common-objections-reformed-doctrine-predestination « Nous pouvons donner à un mendiant et pas à un autre car nous ne devons rien ni à l'un ni à l'autre. »
95SPROUL, R. C.. Unconditional election. In: Ligonier [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/what-is-reformed-theology/unconditional-election « Dieu, comme un gouverneur dans un État, peut permettre que certains criminels coupables se voient infliger la pleine mesure de leur peine. Mais le gouverneur a aussi le droit de gracier, d'accorder la clémence exécutive qu'il déclare. La personne qui bénéficie de la clémence bénéficie de la miséricorde. Si le gouverneur commue la peine d'une personne, cela signifie-t-il qu'il est obligé de le faire pour toutes les autres ? Par quelle règle de justice ? Par quelle règle de droiture est-ce le cas ? Aucune. »
96WARE, Bruce. Divine Election to Salvation: Unconditional, Individual, and Infralapsarian. In : BRAND, Chad O. [ed.]. Perspectives on Election: Five Views. Nashville, TN : B&H Academic, 2006, p. 4. « L'élection inconditionnelle au salut peut être définie comme le choix gracieux de Dieu, fait dans l'éternité passée, de ceux qu'il sauverait par la foi à travers la mort expiatoire de son Fils. Un choix basé non sur ce que les élus feraient, sur un choix quelconque qu'ils feraient, sur la façon dont ils pourraient être bons ou mauvais, ou sur quoi que ce soit d'autre de spécifiquement vrai à leur sujet (c'est-à-dire leurs qualités, caractères, décisions ou actions) par rapport aux autres, mais basé uniquement sur le propre plaisir et la propre volonté de Dieu. »
97WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 246, 248. « Les infralapsariens [...] représentent la voix majoritaire des calvinistes [...]. [L]a tradition confessionnelle calviniste est résolument infralapsarienne, et ce même si les calvinistes n'ont jamais jugé opportun de condamner le supralapsarisme en le qualifiant d'hérésie. »
98PHILIPS, Richard. Lapsarian Views. In : The Gospel Coalition [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/essay/lapsarian-views/ « C'est sur la base du principe selon lequel, sans un décret préalable de péché, un Dieu aimant n'aurait pas décrété la réprobation pour certaines de ses créatures, que la majorité des réformés défendent l'opinion infralapsarienne. »
99BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 118. « [L]a différence ne se trouve pas [...] dans le fait de savoir si la chute de l'homme a été décrétée ou si elle a été simplement l'objet de la prescience divine. Il se peut que cela ait été, comme le dit le Dr Dijk, le point de divergence originel ; mais, assurément, quiconque affirme que la chute n'a pas été décrétée mais seulement prévue par Dieu, serait maintenant considéré comme s'inscrivant dans une ligne arminienne plutôt que réformée. Les supra et infralapsariens admettent tous deux que la chute est incluse dans le décret divin et que la prétérition est un acte de la volonté souveraine de Dieu. »
100MCGOWAN, Andrew. The Dictionary of Historical Theology. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2000, p. 12. « l'Amyraldisme implique une double volonté de Dieu, par laquelle il veut le salut de toute l'humanité à la condition de la foi, mais veut le salut des élus spécifiquement et inconditionnellement. [...] La difficulté théologique de la volonté de Dieu ayant été frustrée par le fait que tous ne sont pas sauvés est résolue par l'argument selon lequel Dieu n'a voulu leur salut qu'à la condition de la foi. Lorsqu'un individu n'a pas la foi, alors Dieu n'a pas voulu le salut de cette personne. »
101DAVENANT, John, ALLPORT, Josiah. An Exposition of the Epistle of St. Paul to the Colossians. London : Hamilton, Adams and Company, 1832, p. 388. « Lors de la nomination ou de l'ordination même d'un Rédempteur, Dieu avait envers moi un certain regard d'amour commun qu'il n'avait pas envers les démons. Ceci apparaîtra plus nettement si nous considérons en quoi consiste la rédemption. Il s'agit du paiement du juste prix dû pour nous captifs, non que nous soyons effectivement délivrés sur la base du paiement du prix, mais nous sommes délivrés dès que nous croyons au Rédempteur. C'est cette ordination de la mort de Christ ou d'un prix satisfaisant, qui découlait de l'amour commun de Dieu envers toute l'humanité, et par conséquent, il est juste de dire qu'elle est étendue, sous cette condition, à tous les hommes individuellement. Et nous pensons que c'est à cela que le célèbre passage fait référence, Jean 3.16, Dieu aime tant le monde, etc. »
102PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « [L'antinomie] est une incompatibilité apparente entre deux vérités apparentes. [...] Vous voyez que chacune des deux vérités sont vraies, mais vous ne voyez pas comment elles peuvent être vraies en même temps. Une antinomie n'est ni dispensable ni compréhensible. [...] Elle est inévitable, et elle est insoluble. Nous ne l'inventons pas, et nous ne pouvons pas l'expliquer. Il n'existe pas non plus de moyen de s'en débarrasser, si ce n'est en falsifiant les faits mêmes qui nous y ont conduits. »
103HELM, Paul. The Providence of God. Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1994, p. 65. « Dans ces conditions, quelle est la différence entre une incohérence apparente et une incohérence réelle ? Comment savoir que ce que l'on appelle une antinomie ne pourrait pas s'avérer être une incohérence réelle ? »
104PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « Nous ne devons en aucun cas nous étonner de trouver de tels mystères dans la Parole de Dieu, car le Créateur est incompréhensible pour ses créatures. Un Dieu que nous pourrions comprendre de manière exhaustive, et dont la révélation de Lui-même ne nous confronterait à aucun mystère, serait un Dieu à l'image de l'homme, et donc un Dieu imaginaire, pas du tout le Dieu de la Bible. »
105LEWIS, C. S.. Le Problème de la Souffrance. Saint-Cénéré : Éditions Pierre Téqui, 2020, chap. 3. « [S]i le jugement moral de Dieu diffère du nôtre à tel point que ce qui est "noir" pour nous puisse être "blanc" pour Lui, l’appeler bon n’a plus pour nous aucun sens ; en effet, dire "Dieu est bon", tout en professant que cette Bonté est totalement différente de la nôtre, revient simplement à dire, en réalité : "Dieu est nous ne savons quoi". Et un attribut de Dieu absolument inconnu ne peut nous fournir aucun motif moral de L’aimer ni de Lui obéir. S’Il n’est pas (au sens où nous entendons ce mot) "bon", nous Lui obéirons peut-être, mais seulement par crainte, comme nous serions également prêts à obéir à un Démon tout-puissant. »
106BIGNON, Guillaume. A word on Oliver Crisp's "Deviant Calvinism". In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-02 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/a-word-on-oliver-crisps-deviant.html
107ANDERSON, James. Libertarian Calvinism?. In: Analogical Thoughts [en ligne]. 2015-02-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.proginosko.com/2015/02/libertarian-calvinism/
108HELM, Paul. The Westminster Standard - II. In: Helm’s Deep [en ligne]. 2018-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2018/01/the-westminster-standard-ii.html
109Westminster Confession of Faith A.D. 1647. In : SCHAFF, Philip. The Creeds of Christendom. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2007, vol. 3, p. 601-673. Disponible à l’adresse : https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xvii.ii.html
110RECIADO, Michael Patrick. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR: Pickwick Publications, 2019, p. 179-180.
111HELM, Paul. It Ain’t Necessarily So - Second Half. In: Helm’s Deep [en ligne]. 2011-12-31 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : http://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/12/it-aint-necessarily-so-second-half.html
112CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, vol. 1, chap. 26, sec. 9, p. 157-158.
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