Étude sur le déterminisme théologique dans le calvinisme

Homme ciel


La présente étude vise à introduire et à évaluer la théologie calviniste en ce qui concerne la providence divine et la sotériologie.

Tout d’abord, nous présenterons doctrinalement les formes orthodoxes du calvinisme, ainsi que certaines de ses variantes révisées en matière de providence divine. Nous mettrons en évidence que le calvinisme classique se caractérise de manière indéniable par un déterminisme théologique. Nous présenterons ensuite les principaux fondements scripturaires invoqués pour justifier cette position.

Puis, nous consacrerons de l’espace à l’examen de la terminologie utilisée par les calvinistes pour présenter leur vision déterministe. Nous verrons comment, dans un sens restreint, certains termes ou expressions leur permettent d’affirmer une vision déterministe tout en donnant l’impression de maintenir certains principes du libertarianisme. Nous verrons ainsi dans quelle mesure les calvinistes se permettent de déclarer, par exemple, que « l’homme n’est pas un robot », ou que « Dieu permet le mal ».

Enfin, nous évoquerons les problèmes inhérents au déterminisme théologique calviniste : 1. Dieu semble être responsable du péché qu’il détermine 2. La condamnation des hommes déterminée par Dieu semble être injuste 3. L’amour de Dieu envers les hommes semble être limité et 4. semble être arbitraire. Nous évaluerons succinctement chacun des arguments généralement apportés par les calvinistes orthodoxes pour y répondre. Nous évaluerons également la pertinence de certaines variantes doctrinales du calvinisme ainsi que des formes révisées du calvinisme face à ces problèmes.

Sommaire

1 Les formes de calvinisme

1.1 Le calvinisme historique

Bien que la Réforme ait d’abord été marquée par une diversité de voix, une orthodoxie réformée s’est progressivement affirmée1SELDERHUIS, Herman J. [éd.]. A Companion to Reformed Orthodoxy. Leiden : Brill, 2010, p. 2. « L’orthodoxie réformée fut un développement naturel né du besoin de systématiser et d’enseigner la théologie de Luther, Melanchthon, Bucer, Zwingli, Calvin et d’autres. ». La formulation sotériologique que l’on associe à Calvin, développée par Théodore de Bèze et reprise par d’autres théologiens réformés, en est devenue l’un des fondements majeurs2TOON, Peter. The Emergence of Hyper-calvinism in English Nonconformity 1689–1765. London : The Olive Tree, 1967, p. 143. « Dans cette étude, nous avons réservé le terme « calvinisme » à la théologie de Jean Calvin. Nous avons utilisé le terme « haut calvinisme » pour décrire le résultat du durcissement du calvinisme par Bèze et de nombreux théologiens réformés après lui. À partir de 1600 environ, le haut calvinisme fut dans de nombreux cas combiné, voire tempéré, par la théologie fédérale. Le grand document puritain, la Confession de foi de Westminster, combinait le haut calvinisme et la théologie fédérale, [...]. Bien sûr, il y avait des degrés de haut calvinisme parmi les puritains ainsi que la présence d'un calvinisme modéré. Certains théologiens étaient des supralapsaires, mais la majorité des puritains étaient des infralapsaires. [...] Pourtant, tous les hauts calvinistes du XVIIe siècle considéraient les « cinq points du calvinisme » formulés au synode de Dordrecht comme contenant l'essence de la pensée protestante. [...] À cela, beaucoup ont ajouté une théologie fédérale, une vision selon laquelle la Bible est inerrante et un accent sur l'assurance du salut. ». Cette orientation doctrinale est encore largement partagée par de nombreux calvinistes contemporains du monde anglophone, parmi lesquels John Piper ou Timothy J. Keller3CRISP, Oliver. Saving Calvinism. Downers Grove : IVP Academic, 2016, p. 42. « Les calvinistes possèdent une vision particulière de Dieu et de ses desseins, que l’on désigne parfois comme la souveraineté absolue de Dieu. De grands penseurs réformés comme Kuyper et Jonathan Edwards ont su électriser des générations de chrétiens en montrant ce que signifie être absolument captivé par la glorification de Dieu en toutes choses. Aujourd’hui, des auteurs populaires comme John Piper et Tim Keller ont tenté de présenter cette même vision à une nouvelle génération. [...] Calvin, comme on le dit souvent, n’était qu’un parmi plusieurs penseurs réformés de la Réforme, dont des figures telles que Huldrych Zwingli, Martin Bucer, Pierre Martyr Vermigli, Théodore de Bèze, John Knox, Heinrich Bullinger et Thomas Cranmer. ». La tradition réformée existe également en francophonie, avec des penseurs tels qu’Henri Blocher et Paul Wells4BERTHOUD, Jean-Marc. L'Ecole et la famille contre l'utopie: Les annales d'un combat. Lausanne : L'Âge d'homme, 1997, p. 257. « Les figures de proue de cette tradition [réformée d'étude de la Bible] sont en France des érudits de haut niveau tels : Auguste Lecerf, Pierre Marcel, Pierre Courthial, Henri Blocher, Paul Wells et mon propre frère Pierre Berthoud. ».

Le calvinisme historique affirme que la totalité des événements qui se produisent dans l'univers découle de la détermination (ou du décret) de Dieu, de manière souveraine et immuable5CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 177. « [L]a volonté de Dieu est la cause première et principale de toutes choses. »6ASSEMBLÉE DE WESTMINSTER. Les Textes de Westminster : quel est le but principal de la vie de l'homme?. Aix-en-Provence : Kerygma, 1988. Disponible à l’adresse : https://leboncombat.fr/wp-content/uploads/2013/09/Confession-de-Foi-de-Westminster.pdf. « De toute éternité et selon le très sage et saint conseil de sa propre volonté, Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive. »7BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh, UK : Banner of Truth Trust, 2021, p. 100. « [Le décret de Dieu] détermine l'occurrence certaine de toutes les choses qui se produisent. »8BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine of Predestination. Grand Rapids : Eerdmans, 1932, p. 46. « [R]ien ne peut avoir fixé et réglé [les événements menant au salut] si ce n'est le bon plaisir de Dieu, la grande cause première, ordonnant librement et immuablement tout ce qui se passe. »9HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI : Zondervan Publ. House, 1973, p. 165. « La théologie réformée insiste sur la souveraineté de Dieu en vertu de laquelle il a souverainement déterminé de toute éternité ce qui arrivera. »10SPROUL, R. C.. Chosen by God. Wheaton, IL : Tyndale House Publishers, 1986, p. 15. « De dire que Dieu prédétermine tout ce qui arrive est une conséquence nécessaire de sa souveraineté. [...] De dire que Dieu prédétermine toutes choses, c’est simplement affirmer que Dieu est souverain sur toute sa création. ». Dans ce modèle théologique, la prescience divine est conditionnée par la prédétermination divine11STRONG, Augustus H.. Systematic Theology. Valley Forge: Judson Press, 1907, vol. 1, p. 357. « Aucun événement non-décrété ne peut être connu d’avance. [...] Dieu ne peut pas connaître à l'avance les événements, à moins qu'il ne les ait décrétés comme des certitudes du futur. [...] Il connaît d'avance l'avenir qu'il a décrété, et il le connaît d'avance parce qu'il l'a décrété. »12CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.6, p. 888. « Mais si Dieu prévoit les événements futurs parce qu'il a déterminé qu'ils arriveront, il est fou de discuter et de débattre de ce que fait sa prescience, lorsqu'il est clair que tout advient par la décision de sa volonté. »13SHEDD, William G. T.. Dogmatic Theology. Grand Rapids : Zondervan, 1969, p. 396-397. « Le décret divin est la condition nécessaire de la prescience divine. Si Dieu ne décide pas d'abord ce qui arrivera, il ne peut pas savoir ce qui arrivera. ».

En raison de sa doctrine du décret universel, le calvinisme rejette les deux principes fondamentaux du libertarianisme : d'une part, que l'homme soit la source ultime de ses choix, et d'autre part, qu'il ait la capacité d'agir autrement. Il adopte ainsi une perspective résolument déterministe14PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, chap. 4. Ainsi, bien que le terme « déterminisme » soit historiquement anachronique, il décrit avec justesse la théologie du calvinisme orthodoxe et historique15HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « Il est raisonnable de conclure que bien que Calvin n'adhère pas explicitement au déterminisme en tant que tel, il adopte néanmoins une perspective largement déterministe. »16ANDERSON, James N.. Calvinism And First Sin. In : Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 204. « Il faut admettre d'emblée, et sans aucune gêne, que le calvinisme est bel et bien attaché au déterminisme divin : l'opinion selon laquelle tout est déterminé en définitive par Dieu. Je ne discuterai pas de ce point, car il peut être amplement documenté par des sources calvinistes de référence. Je considère qu'il s'agit d'un point sur lequel la grande majorité des calvinistes et leurs opposants sont en accord. ».

Le calvinisme historique enseigne que Dieu détermine la volonté de l’homme de sorte que celui-ci choisisse toujours ce que Dieu a décrété17CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 1.16.8, p. 178. « Des témoignages nets et nombreux prouvent que les hommes ne font rien que Dieu n'ait décidé dans son conseil secret et quelles que soient leurs agitations, ils ne peuvent pas aller au-delà de ce qu'il a déterminé. »18CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 1.18.1, p. 156. « Nous en concluons que, non seulement le ciel et la terre comme toutes les créatures insensibles sont gouvernés par sa providence, mais aussi les plans et les initiatives des hommes au point que Dieu les dirige vers le but qu'il a proposé. »19CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 175. « La main de Dieu gouverne les affections intérieures tout autant qu’Il supervise les actions extérieures ; et Dieu n’aurait pas accompli par la main de l’homme ce qu’il avait décrété, s’il n’avait agi dans leurs cœurs pour les amener à vouloir avant qu’ils n’agissent. »20FRAME, John. Scientia Media. In : ELWEL, Walter A. [ed.] Evangelical Dictionary of Theology. Grand Rapids, MI : Baker Academic, 2001, p. 1075. « Les réformés s'accordent à dire que Dieu sait ce qui se produirait dans toutes les conditions, mais ils rejettent l'idée que cette connaissance soit finalement fondée sur les décisions autonomes de l'homme. Selon eux, les décisions humaines sont elles-mêmes les effets des décrets éternels de Dieu. ». Il ne précise toutefois pas de manière définitive le moyen exact par lequel cette détermination s’opère21HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 268. « Ainsi, l'univers créé est un endroit beaucoup plus plat et uniforme pour Edwards qu'il ne l'était pour Calvin. Il est en tout point soumis à la loi, la loi de causalité universelle, qui est elle-même soumise au décret divin ; ainsi, si l'on considère la position occasionnaliste d'Edwards, il est soumis au décret divin. Le déterminisme d'Edwards est par conséquent beaucoup plus développé et avoué que celui de Calvin ou même de ses successeurs orthodoxes réformés comme Gill. Bien sûr, ses objectifs sont tout à fait conformes au calvinisme, mais (dans ce travail au moins) il vise à argumenter philosophiquement contre l'arminianisme […] ».22MADUEME, Hans. From Sin to the Soul: A Dogmatic Argument for Dualism. In : The Christian Doctrine of Humanity, Grand Rapids, MI : Zondervan, 2018, p. 86. « [Le déterminisme théologique (c'est-à-dire le déterminisme causal divin) tel que je le définis n'implique pas le déterminisme causal physique. Lorsque Dieu décrète le péché, sa règle souveraine n'agit pas comme l'une des nombreuses autres causes "intramondaines" (des causes créaturielles qui existent dans notre monde). ». Il affirme néanmoins un compatibilisme selon lequel déterminisme théologique et responsabilité humaine coexistent23ALEXANDER, David E., JOHNSON, Daniel M.. Introduction. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 5. « Les calvinistes affirment que la responsabilité morale et toute sorte de libre arbitre nécessaire à la responsabilité morale sont compatibles avec toute sorte de déterminisme impliqué par les vues calvinistes de la providence. »24HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « [Calvin] considère que sa vision déterministe est compatible avec la responsabilité humaine. » : bien que déterminé, l’homme demeure responsable s’il agit volontairement, c’est-à-dire sans éprouver de sentiment de contrainte25GORDON, Bruce, TRUEMAN, Carl. The Oxford Handbook of Calvin and Calvinism. Oxford : Oxford University Press, 2021, p. 53-54. « Les partisans du « libre arbitre » craignent que les humains ne puissent être véritablement responsables de leurs péchés s'ils sont réellement incapables d'agir autrement, s'ils sont totalement impuissants à éviter de pécher. En réponse à cette ligne de pensée, Calvin fait la distinction entre la contrainte et la nécessité. Calvin admet que les humains agissent sans contrainte et que toute action sous contrainte ne serait pas libre. Mais cela ne signifie pas que nous agissons sans nécessité, et c'est par nécessité, et non par contrainte, que nous péchons. [...] Les humains sont des agents causaux à part entière, responsables de leurs actes sur la base de l'attitude intentionnelle qu'ils adoptent à l'égard de leurs actions. [...] Selon les propres critères de Calvin, la détermination par Dieu de nos intentions mêmes ne devrait pas contredire le sentiment de liberté et de responsabilité, qui peut coexister avec la nécessité. ».

1.2 Le calvinisme edwardsien

Au XVIIIe siècle, le théologien et philosophe Jonathan Edwards s'avança avec précision sur le moyen du déterminisme théologique concernant la liberté humaine en affirmant qu'il s’accomplit par une forme de déterminisme naturel26HELM, Paul. Edwards and The Freedom of the Will. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2011-02-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/02/edwards-and-freedom-of-will.html. « Je pense qu'il est juste de dire qu'aucune affirmation aussi explicite que celle-ci ne se trouve dans la pensée réformée avant Edwards. Pour Edwards, opérant dans un monde de plus en plus influencé par les sciences naturelles émergentes et par l'empiriste John Locke, l'action humaine est le résultat d'une sorte de cause, une "volition", qui est à son tour le résultat de certaines croyances et désirs. De tels liens de causalité, de nature différente, imprègnent nécessairement toute la création. ». Selon ce point de vue déterministe, lorsqu’un homme fait un choix, il le fait en relation avec sa volonté ou son désir le plus fort, lui-même déterminé par divers facteurs naturels (génétiques, sociaux, environnementaux, contextuels)27FURLONG, Peter. The Challenges of Divine Determinism: A Philosophical Analysis. Cambridge, UK : Cambridge University Press, 2019, p. 29. « Selon la vue [du déterminisme créationnel], les événements de notre monde incluant les choix humains sont déterminés par des événements antérieurs. Selon cette vue, les libres choix humains sont déterminés par des états psychologiques antérieurs. [...] J'hésite à appeler cela un déterminisme physique, parce que ses adhérents peuvent ne pas adopter une conception entièrement naturaliste de la personne humaine. J’appelle plutôt cette vue [...] déterminisme naturel. [...] Étant donné que cette vue est couramment associée à l'un de ses champions, Johnathan Edwards, je l’appellerai déterminisme divin edwardsien. ». Ainsi, selon Edwards, Dieu coordonne les facteurs naturels de telle sorte que l’homme désire faire les choix auxquels il est déterminé par le décret universel de Dieu. Il apporte de ce fait des précisions philosophiques à un concept théologique28NEAL, Judisch. Theological determinism and the problem of evil. Religious Studies. 2008, vol. 44, n°2, p. 168. « Le déterminisme théologique d'Edwards se résume à ceci : tous les objets créés dépendent, à la fois pour leur existence et pour l'instanciation des propriétés qu'ils illustrent, de l'activité causale immédiate, totale et exclusive de Dieu. Les régularités légitimes dans la nature sont des expressions de la fidélité de Dieu à ordonner le monde d'une manière qui apparaît, sub specie temporalis, comme si tout événement était causalement nécessité par des événements antérieurs. ».

De nombreux calvinistes estiment que le déterminisme naturel de Jonathan Edwards s’écarte de l’orthodoxie calviniste classique29PRECIADO, Michael Patrick. Muller’s Compatibilism. Journal of Reformed Theology. 2024, vol. 18, p. 151–172. Disponible à l’adresse : https://brill.com/downloadpdf/view/journals/jrt/18/1-3/article-p151_8.pdf. « Considérons d’abord le déterminisme naturaliste. Il s'agit de l'opinion selon laquelle les lois de la physique et l'état de l'univers à un moment donné déterminent ou nécessitent hypothétiquement tout ce qui suit. Il est clair que les réformés orthodoxes n’étaient pas des déterministes dans ce sens. Les orthodoxes réformés étaient des théistes trinitaires et non des métaphysiciens naturalistes. ». Bien que, selon lui, Dieu ne dépende pas de sa création, certains comparent sa position à une forme de « panenthéisme », en raison de son insistance sur l’immanence divine30COOPER, John W.. Panentheism, the Other God of the Philosophers: From Plato to the Present. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 77. « [La théologie edwardsienne] est mieux interprétée philosophiquement comme un panenthéisme qui confine au panthéisme de Spinoza. ». Néanmoins, d'autres reconnaissent, la pleine authenticité calviniste de sa pensée31HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 268. « Ainsi, l'univers créé est un endroit beaucoup plus plat et uniforme pour Edwards qu'il ne l'était pour Calvin. Il est en tout point soumis à la loi, la loi de causalité universelle, qui est elle-même soumise au décret divin ; ainsi, si l'on considère la position occasionnaliste d'Edwards, il est soumis au décret divin. Le déterminisme d'Edwards est par conséquent beaucoup plus développé et avoué que celui de Calvin ou même de ses successeurs orthodoxes réformés comme Gill. Bien sûr, ses objectifs sont tout à fait conformes au calvinisme, mais (dans ce travail au moins) il vise à argumenter philosophiquement contre l'arminianisme […] ».. Il est difficile de savoir exactement quels sont les théologiens calvinistes qui adhèrent aux précisions d’Edwards. En effet, tous ne se sont pas prononcés en détail sur ces précisions philosophiques. La question, se pose d’ailleurs également à propos de Calvin lui-même32HELM, Paul. Edwards and The Freedom of the Will. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2011-02-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/02/edwards-and-freedom-of-will.html. « Bien que je pense qu'il est plausible de supposer que Calvin avait une vision d'une liberté compatibiliste telle qu'Edwards l'a adoptée, il n'en avise ses lecteurs d’aucun mot. ». Néanmoins, cette perspective singulière gagne aujourd'hui en influence grâce à la promotion de personnalités contemporaines populaires, à l'instar de R. C. Sproul33SPROUL, R. C.. The Meaning of Man’s Will. In: Ligonier [en ligne]. 2009-06-17 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://learn.ligonier.org/articles/the-meaning-of-mans-will.

Il est à noter qu'Edwards niait l'existence même du libre arbitre libertarien afin de soutenir son modèle déterministe34STORMS, Sam. The Will: Fettered Yet Free. In : Desiring God [en ligne]. 2004-07-01 [consulté le 2025-07-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/the-will-fettered-yet-free « Les libertariens rencontrés par Edwards insistaient sur le fait que la volonté doit exercer une certaine souveraineté sur elle-même, par laquelle elle se détermine ou s'oblige à agir et à choisir. Si la volonté peut être influencée par des impulsions ou des désirs antérieurs, elle conserve toujours le pouvoir indépendant de choisir à leur encontre. La volonté est libre de tout lien causal nécessaire avec quoi que ce soit d'antérieur au moment du choix. Edwards trouve cet argument à la fois incohérent et sujet à une régression infinie. [...] L'argument d'Edwards est que si la volonté choisit son choix ou détermine ses propres actes, elle doit être supposée choisir de choisir ce choix, et avant cela, elle devrait choisir de choisir de choisir ce choix, et ainsi de suite à l'infini. Par conséquent, le concept de liberté en tant qu'autodétermination se contredit lui-même en posant un choix non choisi (c'est-à-dire non autodéterminé) ou se ferme complètement au monde par une régression infinie. ». La scolastique réformée, quant à elle, maintenait cette liberté au niveau divin, afin de préserver la contingence de la création35VAN ASSELT, Willem J. Introduction to Reformed Scholasticism. Grand Rapids : Reformed Heritage Books, 2011, p. 199. « Pour les scolastiques réformés, le point le plus important de cette distinction entre nécessité et contingence était qu'elle dépend de la volonté ad extra de Dieu, dérivée de différents objets. Si la décision de la volonté divine s'adresse à des objets contingents ad extra, alors la volonté de Dieu est également contingente. En d'autres termes, Dieu veut de manière contingente tout ce qui est contingent. La réalité créée est donc la manifestation contingente de la liberté divine et n'émane pas nécessairement de l'essence de Dieu. Car si tel était le cas, toutes choses coïncideraient fondamentalement avec l'essence de Dieu, et le monde actuel serait un monde éternel et le seul monde possible. ». Dans la mesure où le calvinisme edwardsien ne contredit pas, sur le fond, la doctrine calviniste historique concernant la liberté humaine, et où les distinctions qu’il introduit n'affectent que marginalement les implications déterministes36PICIRILLI, Robert. Free Will Revisited. Eugene, OR : Wipf & Stock Publishers, 2017, p. 5. « [L]e déterminisme, quelle que soit sa source, ne tient pas compte de la liberté humaine, puisque les choix humains ne déterminent rien. », nous l’assimilerons ici à l’orthodoxie calviniste.

1.3 Le calvinisme antinomique

Une position révisée et non-orthodoxe du calvinisme, mais néanmoins populaire chez les calvinistes non-théologiens, est basée sur une antinomie37OLSON, Roger E.. The Problem of Irrational, Unteachable. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. 2015-04-26 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2015/04/the-problem-of-irrational-unteachable-christians/. « L'obscurantisme anti-intellectuel est un problème persistant chez les chrétiens. L'idéal du "saint fou" perdure parmi nous. Ici, sur ce blog, il surgit chaque fois que je critique le calvinisme en utilisant la logique. Tôt ou tard, un calviniste fait appel non seulement au mystère mais aussi à l'irrationalité. Je ne dis pas que tous les calvinistes font cela, mais certains le font - surtout lorsque j'expose les incohérences internes. »38BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 61. « [Face aux objections du déterminisme, les calvinistes] réagissent avec embarras, commencent à confesser leurs limites rationnelles, plaident pour le mystère face à l'inconnu, et certains se rapprochent dangereusement de l'admission de l'irrationalité. ». Cette position affirme que la contradiction du déterminisme avec la responsabilité humaine doit être acceptée, même en l'absence de la moindre justification logique, en raison du fait qu'il s'agirait de deux affirmations bibliques. James Packer a présenté cette position au travers de son livre Evangelism and the Sovereignty of God (1961)39PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Chicago, NG : Intervasity Press, 1961, p. 23-24. « L'homme est un agent moral responsable, bien qu'il soit aussi divinement contrôlé ; l'homme est divinement contrôlé, bien qu'il soit aussi un agent moral responsable. La souveraineté de Dieu est une réalité, et la responsabilité de l'homme aussi. L'antinomie à laquelle nous sommes confrontés n'est qu'une des nombreuses antinomies contenues dans la Bible. Nous pouvons être sûrs qu'elles trouvent toutes leur réconciliation dans la pensée et le conseil de Dieu, et nous pouvons espérer qu'au ciel nous les comprendrons nous-mêmes. Mais en attendant, notre sagesse est de maintenir avec une importance égale les deux vérités apparemment contradictoires dans chaque cas, de les maintenir ensemble dans la relation dans laquelle la Bible elle-même les place, et de reconnaître qu'il y a là un mystère que nous ne pouvons pas espérer résoudre en ce monde. ». Plusieurs autres comme Edwin Palmer ont aussi adopté cette approche40PALMER, Edwin H.. The Five Points of Calvinism. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 104. « Le calviniste admet librement que sa position est illogique, ridicule, insensée et absurde. [...] Le calviniste défend deux positions apparemment contradictoires. [...] Il ne peut pas concilier les deux ; mais comme la Bible enseigne clairement les deux, il accepte les deux. »41OLSON, Roger E.. Arminian Theology: Myths and Realities. Downers Grove : InterVarsity Press, 2006, p. 100. « Palmer, comme de nombreux calvinistes, prétendait embrasser l'antinomie (c'est-à-dire une sorte de paradoxe) sans essayer d'utiliser la raison pour le résoudre. ». Dans cette étude nous appellerons cette position « calvinisme antinomique ».

Les calvinistes orthodoxes reprochent à la position antinomique son absence de justification42HELM, Paul. The Providence of God. Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1994, p. 66. « Recourir à une antinomie pourrait justifier l'acceptation d'un non-sens. »43PIPER, John. A Response to J.I. Packer on the So-Called Antinomy Between the Sovereignty of God and Human Responsibility. In : Desiring God [en ligne]. 1976-03-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/a-response-to-j-i-packer-on-the-so-called-antinomy-between-the-sovereignty-of-god-and-human-responsibility. Les non-calvinistes se joignent à cette critique et la prolongent au calvinisme orthodoxe en rappelant qu’un mystère doit être différentié d'une contradiction, comme nous le verrons plus loin.

1.4 Le calvinisme libertarien

De nos jours, il apparaît que certains calvinistes non-théologiens, se disent être légitimement calvinistes tout en refusant le déterminisme théologique strict44DIGIACOMO, Ron. An essential tenet of reformed theology *is* determinism. The reformed need to embrace it. In : Philosophical Theology [en ligne]. 2023-12-03 [consulté le 2023-12-04]. Disponible à l’adresse : https://philosophical-theology.com/2023/03/12/an-essential-tenet-of-reformed-theology-is-determinism-the-reformed-need-to-embrace-it/. « Malheureusement, mais sans surprise, un nombre croissant de calvinistes deviennent involontairement des calvinistes libertariens. Beaucoup affirment les « cinq points », mais croient que nous sommes libres de choisir autrement. La trajectoire logique d'une telle théologie philosophique nie (a) la base déterminante de l'omniscience exhaustive de Dieu, (b) la garantie future de son décret, et (c) l'indépendance divine et son éternité unique. »45WRIGHT, Cart. Are Calvinists Determinists?. In : Arminian Theology [en ligne]. 2012-08-12 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://arminiantheologyblog.wordpress.com/2012/08/12/are-calvinists-determinists/. « Il y a peu de temps, j’ai eu une discussion avec un calviniste [...] affirmant : “Depuis quand les calvinistes s'en tiennent-ils au strict déterminisme causal ? Les calvinistes ne sont pas des déterministes purs et durs. Nous ne pensons pas que Dieu cause tout”. ». Un ouvrage d’Oliver Crisp, Deviant Calvinism [Le calvinisme déviant] (2014) s’est fait l’écho de cette ligne de pensée calviniste révisée, non orthodoxe et probablement peu représentée dans le milieu académique46ANDERSON, James, MANATA, Paul. Determined to Come Most Freely: Some Challenges for Libertarian Calvinism. Journal of Reformed Theology. 2017, vol. 11, n°3, p. 279. « Récemment, Oliver Crisp a présenté une explication philosophique éclairée de ce à quoi pourrait ressembler un calvinisme libertarien modéré. Crisp n'affirme pas lui-même adhérer au calvinisme libertarien ; il le propose plutôt comme une façon d'élargir l'ensemble des points de vue considérés comme admissibles pour les calvinistes, et comme une "branche d'olivier œcuménique" en direction des non-calvinistes libertariens. ». Bien que cette étiquette théologique soit récente, Crisp affirme qu’elle aurait quelques racines historiques remontant à John Girardeau (XIXe s.) et William Cunningham (début du XXe s.)47CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3.. En outre, Crisp soutient que cette déviance n’entre pas en contradiction avec les confessions réformées48CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3. « Notre tâche dans cette section du chapitre était de montrer que le calvinisme libertarien n'est pas incompatible avec la Confession, qu'il s'agit d'une interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes sur le sujet, et non que c'est la seule interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes ou même que c'est la meilleure ou la plus plausible interprétation des déclarations confessionnelles pertinentes. », ce que plusieurs théologiens calvinistes notables contestent49JONES, Mark. An Analysis of "Deviant Calvinism" (Part 1). In : Reformation 21 [en ligne]. 2015-12-05 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://reformation21.org/deviant-calvinism-a-review-php/50HELM, Paul. Freedom, Liberty and the Westminster Confession. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2014-10-15 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2014/10/freedom-liberty-and-westminster.html51DEYOUNG, Kevin. A More Generous Calvinism?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2015-30-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/a-more-generous-calvinism-2/52ANDERSON, James, MANATA, Paul. Determined to Come Most Freely: Some Challenges for Libertarian Calvinism. Journal of Reformed Theology. 2017, vol. 11, n°3, p. 294-297..

Le « libertarianisme » ou « l'auto-déterminisme » correspond à la conception commune de la liberté et de la responsabilité morale qui lui est associée53PIPER, John. Providence. Wheaton, IL : Crossway, 2020, p. 214. Disponible à l'adresse : https://document.desiringgod.org/providence-en.pdf. « Des millions de gens ordinaires portent dans leur esprit l'hypothèse informée culturellement (et non bibliquement) que l'auto-déterminisme ultime est essentiel à leur humanité moralement responsable. [...] [L]e terme qu'ils utilisent est le libre arbitre. Ce terme est perçu avec des sentiments et des associations si positifs dans notre culture qu'il est pratiquement incontesté en tant qu'hypothèse consensuellement acceptée. »54KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7. « Dans des écrits des vingt-cinq dernières années, j'ai soutenu que cette vision libertarienne représente l'idée traditionnelle du libre arbitre qui a été discutée pendant des siècles où les philosophes ont débattu "du problème du libre arbitre et du déterminisme". De plus, je pense que cette vision libertarienne est celle que de nombreuses personnes ordinaires ont à l'esprit lorsqu'elles croient intuitivement qu'il existe une sorte de conflit entre le libre arbitre et le déterminisme. »55MORELAND, J. P.. The Recalcitrant Imago Dei: Human Persons and the Failure of Naturalism. London : SCM Press, 2009, p. 41. « Dans le monde entier, il est largement reconnu que la compréhension commune et spontanée du libre arbitre humain est ce que les philosophes appellent la liberté libertarienne : on n'agit librement que si son action n'a pas été déterminée (directement ou indirectement) par des forces qui échappent à son contrôle, et on doit être libre d'agir ou de s'abstenir d'agir ; le choix est "spontané", il émane exclusivement de son auteur. ». Cette conception se réfère au « libre arbitre libertarien » qui consiste pour l'homme d'être la source ultime de ses choix et d'avoir la capacité de choix contraire. Cette conception s'oppose au déterminisme et traduit généralement une position « incompatibiliste » entre libre arbitre et déterminisme56KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7. « Nous, les libertariens, croyons généralement qu'un libre arbitre incompatible avec le déterminisme est nécessaire pour que nous soyons vraiment moralement responsables de nos actions, de sorte que la véritable responsabilité morale, ainsi que le libre arbitre, sont incompatibles avec le déterminisme. »57MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « L'explication compatibiliste classique du libre arbitre est inadéquate. Le déterminisme est incompatible avec le libre arbitre et la responsabilité morale parce que le déterminisme est incompatible avec la capacité de pouvoir agir autrement. ».

Le « calvinisme libertarien » est basé sur une position incompatibiliste. Dans ce cadre là, l'homme possède le libre arbitre libertarien, mais Dieu détermine tous les aspects en lien avec le salut des élus. De ce fait l’homme est responsable moralement des actions qu’il réalise, et non responsable moralement des actions que Dieu détermine en vue du salut des élus58CRISP, Oliver D.. Libertarian Calvinism. In : HUGH, McCann [ed.]. Free Will and Classical Theism: The Significance of Freedom in Perfect Being Theology. New York, Oxford Academic, 2017, chap. 4. « Le fait est que l’arminianisme et le calvinisme libertarien sont incompatibilistes [...]. Comme l’arminianisme, le calvinisme libertarien nie que le déterminisme divin soit compatible avec le libre arbitre humain. La différence entre les deux positions réside dans le fait que le calviniste libertarien affirme que certaines actions humaines sont déterminées par Dieu. Naturellement, ce sont des actions qui ne sont pas libres et dont les êtres humains déchus en question ne sont pas responsables. ».

Le calvinisme libertarien affirme donc un monergisme strictement sotériologique59OLSON, Roger E.. Review of Oliver Crisp's "Deviant Calvinism" Part Three. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. 2014-12-24 [consulté le 2021-11-05]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/12/review-of-oliver-crisps-deviant-calvinism-part-three/. « [Le calvinisme libertarien] n'est pas acceptable pour les arminiens en raison de son monergisme sotériologique. ». Le monergisme divin sotériologique a pu exister dans le calvinisme, et a défini la pensée luthérienne60MORELAND, J. P.. Miracles, Agency, and Theistic Science: A Reply to Steven B. Cowan. Philosophia Christi. 2001, vol. 4, n° 1, p. 155. « [T]out au long de l’histoire, il y a eu des calvinistes qui ont accepté la liberté libertarienne concernant les décisions non morales ou non salvifiques. »61STRATON, Timothy A.. Human Freedom, Divine Knowledge, and Mere Molinism: A Biblical, Historical, Theological, and Philosophical Analysis. Eugene : Wipf and Stock Publishers, 2020, p. 159. « Luther : La volonté d'une personne est asservie au péché et elle ne peut, sans la grâce de Dieu, répondre à l'Évangile. Cependant, hormis les questions liées au salut, les individus peuvent choisir librement. ». Toutefois, dans ces positions, l'homme restait pleinement responsable de l'ensemble de ses choix, qu'ils soient déterminés ou non par Dieu.

Par souci de cohérence, certaines doctrines liées au déterminisme sont également révisées dans le calvinisme libertarien. Par exemple, la prescience concerne aussi bien les aspects déterminés par Dieu que les choix déterminés par l’homme. Dieu les permet puisqu'il les utilise dans son plan sans tous les avoir prédéterminés62CRISP, Oliver D.. Libertarian Calvinism. In : HUGH, McCann [ed.]. Free Will and Classical Theism: The Significance of Freedom in Perfect Being Theology. New York : Oxford Academic, 2017, chap. 4. « L'arminien présume que Dieu élit sur la base de la prescience. Le calviniste libertairien nie cela, affirmant que Dieu élit selon "son bon plaisir et sa volonté" (Éph. 1:5), sans prendre en considération aucune action de la créature. C’est parce qu’il fait cela qu’il doit s’assurer que ceux qu’il élit soient rachetés, en provoquant effectivement leur régénération. ».

1.5 Autres formes

S'il existe d’autres développements ultérieurs du calvinisme orthodoxe (par exemple celui de John Owen), nous ne les considérons pas ici compte tenu du fait que ceux-ci n'introduisent pas d'explication novatrice sur le déterminisme63MULLER, Richard. Divine Will and Human Choice. Grand Rapids : Baker Academic, 2017, p. 19-22..

Citons la thèse de Richard Muller, selon laquelle une partie significative des réformés calvinistes adhérait au concept de « contingence synchronique », rejetant ainsi le déterminisme64MULLER, Richard. Divine Will and Human Choice. Grand Rapids : Baker Academic, 2017, p. 23-24. « Plusieurs [...] études [récentes] ont mobilisé le concept de « contingence simultanée » ou « synchronique » pour soutenir que la théologie réformée en développement au XVIIᵉ siècle défendait une théorie assez robuste du libre choix humain, en continuité avec diverses lignes d’argumentation présentes chez les scolastiques de la fin du Moyen Âge et chez les dominicains de l’époque moderne. Il ne faudrait pas non plus supposer que la théologie réformée en développement était monolithique sur cette question : parmi les réformés, on trouvait des définitions variées de la liberté et des appropriations diverses de l’ancienne tradition. »65Selon Muller, cette notion, formulée par Jean Duns Scot, s'inscrit dans une perspective non déterministe. Elle se caractérise essentiellement par l'affirmation que Dieu n'est pas contraint dans ses choix et qu’Il dispose d’une véritable capacité de choix contraire. Ce concept s’oppose aux formes de nécessitarisme véhiculées notamment par les théories leibniziennes ou certaines interprétations d’Edwards, qui suggèrent que Dieu lui-même serait soumis à un déterminisme dans ses décisions. Dans cette optique, Dieu aurait pu créer d’autres mondes possibles, et l’homme aurait pu faire des choix différents, si Dieu en avait ainsi décrété. Il en résulte une forme d’ouverture des possibles, de type « il aurait pu en être autrement », sans pour autant nier que les choix humains découlent nécessairement du décret divin.. À ce sujet, nous nous rangeons parmi ceux qui estiment que, au-delà du débat sémantique, cette thèse soutient une forme de déterminisme théologique qui rejette explicitement tout déterminisme naturel66PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, chap. 4..

Nous pouvons également citer une révision proposée par Millard Erickson, Gordon Lewis et Bruce Demarest. Ceux-ci proposent une variation de l'ordo salutis calviniste plaçant la conversion avant la régénération67BARRETT, Matthew. Salvation by Grace: The Case for Effectual Calling and Regeneration. Phillipsburg : P & R Publishing, 2013, p. xxiv. « La position modifiée qui a peut-être gagné le plus de popularité et de poids parmi les évangéliques contemporains est celle de Millard Erickson, Gordon Lewis et Bruce Demarest. […] [Cette] vision modifiée soutient que la régénération est conditionnée de manière causale par la conversion. Si les partisans de cette vision reconnaissent volontiers qu’ils s’inspirent non seulement du calvinisme, mais aussi de l’arminianisme, ils insistent néanmoins sur le fait qu’ils restent monergistes. ». Cette révision illustre le fait que dans un cadre déterministe, où Dieu est la cause ultime de tout, le lien logique entre les étapes du processus de salut devient secondaire. Même un ordo salutis apparemment illogique conduit inévitablement les hommes à leur destinée finale.

Enfin, mentionnons le calvinisme moliniste, défendu par des théologiens tels que Bruce A. Ware ou Kevin Keithley68WARE, Bruce A.. God’s Greater Glory: The Exalted God of Scripture and the Christian Faith. Wheaton : Crossway, 2004, p. 114–115.69KEATHLEY, Kenneth. Salvation and Sovereignty: A Molinist Approach. Nashville : B&H Publishing Group, 2010, chap. 3.. Cette approche vise à concilier le déterminisme divin avec la liberté libertarienne humaine, en affirmant que Dieu, au moyen de sa « connaissance moyenne » des choix libres possibles (contre-factuels), décrète l’ordre du monde. Toutefois, cette tentative suscite des objections quant à sa conformité à l’orthodoxie calviniste70VAN HORN, Luke. On Incorporating Middle Knowledge Into Calvinism: A Theological/Metaphysical Muddle?. JETS. 2010, vol. 55, n°4, p. 827. Disponible à l'adresse : https://etsjets.org/wp-content/uploads/2013/02/files_JETS-PDFs_55_55-4_JETS_55-4_807-827_VanHorn.pdf.

Ceci étant dit, dans cette étude, nous considérerons les développements historiques et edwardsiens comme représentant les principales formes orthodoxes de calvinisme. De même nous considérerons le « calvinisme antinomique » et le calvinisme libertarien comme représentant les principales formes révisées de calvinisme.

2 Les soutiens bibliques au déterminisme

Nous allons brièvement mentionner et commenter certains des textes bibliques les plus utilisés par les calvinistes pour affirmer le déterminisme.

2.1 La souveraineté sans limites de Dieu

« Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut » (Psaumes 115:3)

De multiples textes bibliques mentionnent que Dieu est pleinement souverain et que personne ne peut le limiter. Néanmoins, cette pleine souveraineté n’implique en rien le déterminisme. Un être pleinement souverain peut souverainement décider de créer des êtres capables de faire des choix non déterminés. Si tel est la volonté de Dieu, alors il peut le faire.

2.2 Les Proverbes

« Le cœur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Éternel ; il l’incline partout où il veut » (Proverbes 21:1)

Les Proverbes contiennent de nombreux passages qui pourraient suggérer une forme de déterminisme. Cependant, lorsque l'on se réfère aux livres des Proverbes, il est indispensable de comprendre leur nature et leur portée.

Les Proverbes sont un genre littéraire qui renvoie à une sagesse générale et non à un verdict définitif sur tous les aspects de la vie. Plusieurs d’entre eux trouvent des limites lorsque l’on cherche à les appliquer comme s’ils avaient une portée universelle et contraignante. Si nous considérons littéralement et dans une perspective universelle Proverbes 21:1, nous devrions conclure que le cœur d’un roi accomplit toujours ce que Dieu décrète. Dans ce cas, quel sens donnerions-nous à un passage montrant l’irritation de Dieu quant aux choix d'un roi ? « L'Éternel fut irrité contre Salomon, parce qu’il avait détourné son cœur de l’Éternel [...] » (1R 11:9). En l'occurrence, Pr 21:1 veut plus probablement enseigner que la puissance d'un roi terrestre est toute relative face à celle de Dieu. Le fait que Dieu puisse amener chaque roi à faire tout ce qu'il veut d'une manière ou d'une autre, n'implique pas qu'il le fasse constamment.

Ainsi, les non-calvinistes pensent que les Proverbes ne permettent pas d’étayer des vérités universelles telles que la détermination méticuleuse de chaque action humaine par Dieu, comme l’enseigne le calvinisme.

2.3 L'absence de changement en Dieu

« Car je suis l’Eternel, je ne change pas [...] » (Malachie 3:1)

De nombreux passages bibliques affirment que Dieu ne change pas. Pour les calvinistes orthodoxes, tout changement en Dieu compromettrait sa perfection. Son immutabilité s’appliquerait donc non seulement à son caractère, mais aussi à ses décisions et à l’ensemble de son plan déterminé. Ainsi, Dieu ne fait dépendre aucune de ses décisions en réponse à des choix ou actions humaines, car cela irait à l’encontre de sa perfection immuable71BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 59-60. « L’immutabilité de Dieu est un concomitant nécessaire de son aséité. C'est cette perfection de Dieu par laquelle il est dépourvu de tout changement, non seulement dans son être, mais aussi dans ses perfections, ainsi que dans ses desseins et ses promesses. En vertu de cet attribut, il est exalté au-dessus de tout devenir et est libre de toute accession ou diminution et de toute croissance ou décadence dans son être ou ses perfections. Ses connaissances et ses plans, ses principes moraux et ses volontés restent pour toujours les mêmes. [...] L’immuabilité divine ne doit pas être comprise comme impliquant l’immobilité, comme s’il n’y avait aucun mouvement en Dieu. Il est même courant en théologie de parler de Dieu comme d’un actus purus, d’un Dieu toujours en action. La Bible nous enseigne que Dieu entretient de multiples relations avec l’homme et, pour ainsi dire, vit sa vie avec eux. Il y a un changement autour de Lui, un changement dans les relations des hommes avec Lui, mais il n'y a aucun changement dans Son Être, Ses attributs, Son dessein, Ses motifs d'action ou Ses promesses. [...] Il est important de maintenir l'immutabilité de Dieu par rapport à la doctrine pélagienne et arminienne selon lesquelles Dieu est sujet au changement, non pas dans son être, mais dans sa connaissance et sa volonté, de sorte que ses décisions dépendent dans une large mesure des actions de l'homme. » (gras ajouté).

Il nous semble plutôt que l'absence de changement de Dieu se rapporte uniquement à son caractère et non à ses décisions et à ses actions qui seraient de fait pré-déterminées72GUNTON, Colin E.. Act and Being: Towards a Theology of the Divine Attributes. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2003, p. 126.. Dans cette perspective, les passages évoquant l'absence de changement en Dieu indiquent simplement que ce dernier a un caractère éternel et immuable qui conditionne ses décisions et ses actions. Précisons que le fait qu'elles ne soient pas déterminées par Dieu n'empêche pas qu'elles soient toutes préconnues par lui. Dieu ne peut donc faire, ni même souhaiter quelque chose qui soit en contradiction avec son caractère73PELIKAN, Jaroslav. The Christian Tradition, vol. 1, The Emergence of the Catholic Tradition: 100–600. Chicago, CH: University of Chicago Press, 1971, p. 52–53..

2.4 La dépendance de l’homme à Dieu

« Vous devriez dire, au contraire : Si Dieu le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou cela. » (Jacques 4:15)

Plusieurs passages bibliques évoquent l’idée que l’homme est totalement dépendant de Dieu dans ses actions. Néanmoins, cela n’implique pas nécessairement le déterminisme. La notion de permission divine est tout à fait adéquate pour expliquer ces textes. Par sa prescience et son omnipotence, Dieu a la capacité de laisser un événement advenir ou non.

2.5 L’accomplissement des objectifs de Dieu par l’homme malgré lui

« [C]et homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. » (Actes 2:23)

Certains passages mentionnent le fait que des hommes ont accompli malgré eux un but divin. La crucifixion de Christ en est probablement l’illustration la plus parlante. Néanmoins, ici aussi, la prescience, la permission divine et l’omnipotence sont peut-être des moyens interprétatifs plus crédibles que le déterminisme. Ce que nous voyons, c'est que Jésus fut providentiellement protégé jusqu’à un moment décidé par Dieu. « Ils cherchaient donc à se saisir de lui, et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue » Jn 6:30 et « Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l'instant plus de douze légions d'anges ? » Mt 26:53. Le déterminisme n’est pas le seul moyen pour un Dieu omnipotent, omniscient, et plein de sagesse d’accomplir ses buts même à travers les intentions mauvaises de l’homme.

2.6 Selon Éphésiens 1, tout serait déterminé

« En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant le plan de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté » (Éphésiens 1:11)

Les calvinistes considèrent ce verset comme l'un des plus probants pour appuyer la notion de déterminisme théologique74FEINBERG, John. God Ordains All Things. In : BASINGER, David, BASINGER, Randall [eds.]. Predestination and Free Will: Four Views of Divine Sovereignty and Human Freedom. Downers Grove, IL : IVP, 1986, p. 29. « Selon ce verset, les croyants sont donc prédestinés au salut conformément au dessein de Dieu, qui réalise toutes choses selon le conseil de sa volonté. La clause élargit donc la portée du verset pour englober non seulement l'élection au salut, mais aussi tout le reste. ». Toutefois, d’autres interprétations possibles et plausibles existent. Tout d’abord, si nous donnons au terme « toutes choses » une portée universelle, la conception arminienne de la providence s'applique adéquatement : rien ne peut arriver sans que Dieu le détermine OU le permette. Ensuite, il se pourrait que l'expression « toutes choses » n’ait pas une portée universelle et soit restreinte par son contexte. Par exemple, dans le passage « [Dieu] opère toutes choses en tous » (1Co 12:6), la même expression ne se réfère qu'aux dons de l’Esprit. Dans cette mesure, Éphésiens 1:11 pourrait avoir une signification déterministe, mais uniquement en ce qui concerne des événements spécifiques, comme l'établissement de l'Église comme regroupement de Juifs et de non-Juifs.

2.8 Selon Romains 9, la double prédestination serait déterminée

« Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? [...] Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère prêts pour la perdition, et s’il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire ? » (Romains 9:19-24)

Romains 9 ne traite pas directement du déterminisme. Rien dans ce passage n’indique que Dieu aurait prédéterminé chaque événement dans le monde. Cependant, les calvinistes l’utilisent fréquemment pour soutenir la double prédestination inconditionnelle, tandis que les non-calvinistes y voient plutôt une défense du salut par la foi pour tous (Juifs et non-Juifs) et une affirmation de la souveraineté de Dieu dans l’établissement des conditions du salut.

Paul insiste ici sur le fait que l’appartenance ethnique ne garantit pas l’intégration au peuple de Dieu. Les Juifs incrédules doivent accepter la volonté divine, qui est de sauver par la foi en Christ, plutôt que de s’appuyer sur leur ascendance ou le légalisme. Dès lors, ils ne peuvent reprocher à Dieu leur exclusion s’ils persistent à résister à sa volonté. Ainsi, l’interrogation « Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? » semble devoir être comprise dans ce contexte. La conclusion de Paul au chapitre 9 confirme cette interprétation sans faire référence à une logique déterministe :

« Que dirons-nous donc? Les païens, qui ne cherchaient pas la justice, ont obtenu la justice, la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, qui cherchait une loi de justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres » (Romains 9:30-32)

Enfin, si ce passage soutenait une double prédestination inconditionnelle, que signifierait l’expression « supporter avec une grande patience » ? De manière plus générale, si tout découle du décret déterminant de Dieu, pourquoi certains événements semblent le contrarier ou l’attrister ? Au mieux, Dieu pourrait faire preuve de patience envers les effets de son propre décret universel, mais le texte semble suggérer plus naturellement une patience envers des événements extérieurs à lui.

2.9 Conclusion sur les soutiens bibliques du déterminisme théologique

Ce survol superficiel de certains textes bibliques n’a pas vocation à fournir une critique détaillée des interprétations calvinistes. L’objectif est simplement d’évoquer les clés interprétatives utilisées. Alors que les calvinistes ont tendance à considérer une pleine souveraineté comme impliquant le déterminisme, les non-calvinistes considèrent la souveraineté uniquement comme la prérogative de Dieu à faire ce qu’il veut. Dieu peut vouloir laisser une autonomie limitée à certaines de ses créatures. Nous avons également vu que le facteur contextuel est important, car il arrive qu’un passage concerne une problématique de l’époque de l’écrit qui n’est plus forcément une problématique actuelle.

3 Une terminologie calviniste équivoque

Nous allons tenter d’éclaircir les termes, concepts et expressions que les calvinistes peuvent utiliser pour exprimer leur position déterministe. L'objectif de ce chapitre est de démontrer que si la signification de certains éléments de langage calviniste peut suggérer, à tort, une adhésion à une liberté humaine au sens fort, en réalité ces termes sont définis de telle manière à être cohérents avec un déterminisme théologique exhaustif.

3.1 « Le calvinisme n’est pas un fatalisme »

Le fatalisme est une position affirmant que la détermination d’une finalité ne dépend pas de la détermination des moyens. Le déterminisme théologique, pour sa part, affirme que les finalités sont déterminées par l’intermédiaire de la détermination des moyens75The Encyclopedia of Christianity. Grand Rapids, MI : Eerdmans Publishing, 2005, vol. 4, p. 180. « Le fatalisme, dans son sens le plus courant, ne doit pas être confondu avec la prédestination. Le fatalisme affirme une nécessité abstraite sans tenir compte des antécédents causaux, et est donc diamétralement opposé à la prédestination, dans laquelle les causes, et les effets, les fins et les moyens, sont déterminés les uns par rapport aux autres. Si l'utilisation des moyens est rendue inutile par le fatalisme, elle n'est pas rendue inutile par la prédestination. [N.D.L.R. : Dans un sens moins courant, le fatalisme est parfois identifié à un mode de détermination provenant d’une force aveugle.] ». Cette compréhension de la différence déterminisme théologique / fatalisme est celle qui est affirmée par les théologiens calvinistes76BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 88. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=y3KUDgAAQBAJ&pg=PA88. « Beaucoup de malentendus surgissent en confondant la doctrine chrétienne de la prédestination avec la doctrine païenne du fatalisme. Il n'y a, en réalité, qu'un seul point d'accord entre les deux, c'est que tous deux supposent la certitude absolue de tous les événements futurs. La différence essentielle entre elles est que le fatalisme n'a pas de place pour un Dieu personnel. La prédestination soutient que les événements arrivent parce qu'un Dieu infiniment sage, puissant et saint les a nommés ainsi. Le fatalisme soutient que tous les événements se produisent par le travail d'une force aveugle, inintelligente, impersonnelle, non morale, qui ne peut être distinguée de la nécessité physique, et qui nous porte impuissants à sa portée comme un morceau de bois à la portée d'un fleuve puissant. »77CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/. « Par "fatalisme", je me réfère à l'enseignement selon lequel tous les événements sont prédéterminés (1) par des forces impersonnelles et (2) effectués indépendamment des moyens, de sorte que quoi qu'une personne fasse, la même fin en résultera. Par "déterminisme", je me réfère surtout au déterminisme théologique ou divin. C'est l'enseignement que le Dieu personnel de la Bible a intelligemment et immuablement prédéterminé tous les événements, y compris toutes les pensées, décisions et actions humaines, et cela en prédéterminant à la fois les fins et les moyens de ces fins. ». Illustrons cette différence par un exemple :

Imaginons que Jean s’apprête à boire un café. L'explication situationnelle du fatalisme est que Jean est déterminé à boire du café (la finalité) et qu'il le veuille ou non, il le boira. L'explication du déterminisme théologique est que Dieu détermine la volonté de Jean (le moyen) de sorte à ce que sa volonté coïncide avec le fait déterminé par Dieu que Jean boive un café (la finalité).

Ainsi, le fait que le calvinisme ne soit pas fataliste ne signifie pas qu’il n’est pas pleinement déterministe. Nous pouvons même noter, comme certains calvinistes eux-mêmes, que le déterminisme laisse finalement moins de place à la liberté (au sens fort) que le fatalisme78CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/. « Plusieurs supposent qu'il y a plus de liberté dans le "déterminisme" et que les choses sont plus déterminées dans le "fatalisme". C'est faux. Dans le déterminisme divin, les choses sont plus déterminées que dans tout autre schéma. Dans le cadre du "fatalisme", un événement est prédéterminé de telle manière que le même résultat se produit "peu importe ce que vous faites", c'est-à-dire quels que soient les moyens. Cependant, dans le déterminisme divin, même si ce que vous faites "importe", "ce que vous faites" est également prédéterminé. Et cela "importe" parce qu'il existe une relation définie entre "ce que vous faites" et son résultat, mais cette relation est également déterminée et contrôlée par Dieu. ».

De même, quand le calvinisme affirme que l'action de l'homme affecte l'avenir, comme par la prière, il faut simplement comprendre que Dieu a déterminé le moyen (la prière) pour atteindre un but, et non une marque d'autonomie humaine79REZKALLA, Paul. Why Pray if God Has Already Decided Everything?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2017-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/article/why-pray-if-god-has-already-determined-everything/. « Certaines choses se sont produites uniquement parce que nous avons prié pour elles ; elles ne se seraient pas produites si nous n'avions pas prié pour elles. [...] Il est vrai que Dieu a déterminé tous les résultats, mais il a également déterminé les moyens par lesquels ces résultats auront lieu. Si Dieu a déterminé qu'une femme serait guérie d'un cancer, il a également déterminé les prières en sa faveur, sans parler de la naissance des oncologues qui l'opéreront et de l'ouverture d'une école de médecine dans la région. Les prières représentent l'un des nombreux moyens que Dieu détermine. ».

3.2 « Le calvinisme n’est pas de l’hyper-calvinisme »

L'hyper-calvinisme est une forme de calvinisme qui interprète le déterminisme théologique dans une perspective fataliste80WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 231. « La Bible suppose partout que, en matière de salut, Dieu est totalement souverain et que les hommes sont réellement responsables. C'est le "compatibilisme". Selon cette vérité, Dieu utilise des "moyens" (la prédication, l'écoute et la foi en l'Évangile (Rm 10:8-15)) pour accomplir sa fin : sauver son peuple. Une réaction extrême aux erreurs du système arminien, appelée hyper-calvinisme, nie que Dieu utilise les moyens de la prédication, de l'écoute et de la confiance en l'Évangile pour convertir son peuple. L'hyper-calvinisme est la négation non biblique de la responsabilité des chrétiens de prêcher l'évangile ainsi que de la responsabilité des non-chrétiens de se repentir et de croire en Jésus. ». Comme nous venons de l'évoquer, le fatalisme considère que les finalités sont déterminées sans que les moyens ne le soient nécessairement.

Cette forme de calvinisme diverge de l'orthodoxie au sujet du rôle de l’homme dans sa conversion, ou de l'utilité de partager l’Évangile à des personnes dont on ne peut savoir si elles sont élues. Par exemple, certains hyper-calvinistes peuvent remettre en cause l’importance de l’évangélisation, car ils ne croient pas que la conversion d’une personne (la finalité) dépend potentiellement de la détermination de l’œuvre d’évangélisation (le moyen)81TOON, Peter. The Emergence of Hyper-calvinism in English Nonconformity 1689–1765. Eugene, OR: Wipf and Stock Publishers, 1967, p. 143. « L'hyper-calvinisme a conduit ses adeptes à considérer que l'évangélisation n'était pas nécessaire et à mettre beaucoup l'accent sur l'introspection afin de découvrir si l'on était élu ou non. ».

Le fait que le calvinisme soit différent de l’hyper-calvinisme ne permet pas de déduire que le calvinisme n’est pas déterministe, mais simplement qu'il n'est pas fataliste.

3.3 « Le calvinisme n’est pas un déterminisme dur, mais un déterminisme doux »

La différence entre le déterminisme doux et dur (ou souple et mou) ne réside pas dans l'exhaustivité ou la force du déterminisme82HENDRYX, John. Compatibilism. In : Monergism [en ligne]. 2021 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/topics/free-will/compatibilism. « Il convient de noter que cette position [le déterminisme doux / compatibilisme] n'est pas moins déterministe que le déterminisme dur. Il est manifeste que ni le déterminisme doux ni le déterminisme dur ne croient que l'homme a un libre arbitre [libertarien]. Nos choix ne sont nos choix que parce qu'ils sont volontaires, et non contraints. Nous ne faisons pas de choix contraires à nos désirs ou à notre nature. Le compatibilisme est en contradiction directe avec le libre arbitre libertarien. »83FEINBERG, John S.. No One Like Him. Wheaton, IL : Crossway, 2001, p. 635-636. « Les déterministes doux sont d'accord [avec le déterminisme dur] pour dire que tout ce qui se passe est causalement déterminé [...]. ». L’unique différence est que le déterminisme doux affirme le compatibilisme (c'est-à-dire que le déterminisme est compatible avec la responsabilité humaine) alors que le déterminisme dur le rejette (c'est-à-dire que le déterminisme est incompatible avec la responsabilité humaine)84FLOWERS, Leighton. We are not Determinists !. In : Soteriology 101 [en ligne]. 2016-05-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://soteriology101.com/2016/05/08/we-are-not-determinists/. « Il n'est pas rare qu'un calviniste me dise qu'il pense que je représente mal le calvinisme parce que je le présente comme s'il était "trop déterministe".[...] Ce que beaucoup de calvinistes jeunes (ou peu informés) semblent ne pas comprendre, c'est que le compatibilisme [...] est une forme de déterminisme. ».

Par exemple, un adhérent au déterminisme dur ne condamne pas moralement les individus, car il ne trouve aucun fondement à cela en raison du déterminisme. Dans cette mesure, les condamnations judiciaires, par exemple, ont uniquement une portée « utilitaire ». La punition a pour seul objectif de devenir une cause déterminante permettant à l’agent d’être déterminé vers le « bien ».

Le mode de détermination des actions et des événements est donc identique dans le déterminisme dur et doux. Le calvinisme, en tant que déterminisme doux, reste de ce fait un déterminisme à part entière.

3.4 « Certains événements sont contingents »

Nous pourrions penser que le fait que le calvinisme parle et affirme la contingence85Contingence. In : Philosophie Magazine [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.philomag.com/lexique/contingence. « [L]a contingence désigne la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas, ou encore qu’elle soit autrement qu’elle n’est. » de certains événements prouve que certains événements ne seraient pas déterminés par Dieu. Cependant, cela provient d’un écart de sens entre la compréhension commune de ce terme et la définition qu’en donne un philosophe déterministe.

Lorsqu’une personne non-initiée entend que le choix d’un humain a été contingent, elle comprend généralement que l’humain en question pouvait, dans les mêmes circonstances, faire ou ne pas faire ce choix. Toutefois, pour certains philosophes, cela signifie seulement que le choix en question n’était pas une nécessité conséquente à la nature de l’agent. Ainsi, la scolastique réformée distingue deux types de nécessité : la nécessité absolue (ou du conséquent), qui ne peut être contingente, et la nécessité hypothétique (ou de la conséquence ou relative) qui peut également être contingente dans le seul sens métaphysique86VAN ASSELT, Willem. Reformed Thought on Freedom. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 38. « Dans cette ontologie, la contingence de l'effet peut être associée à une nécessité hypothétique de l'effet [...]. [L]a distinction entre la nécessité absolue (simpliciter : necessitas consequentis) et la nécessité relative (secundum quid : necessitas consequentiae) a permis aux scolastiques réformés de montrer comment la nécessité et la contingence/liberté sont à certains égards compatibles au lieu d'être carrément contradictoires. ».

Pour simplifier, la scolastique affirme que la seule chose qui n’est pas métaphysiquement contingente, c'est Dieu87Selon la conception épistémologique, certains éléments abstraits comme les principes de logique ou les mathématiques pourraient aussi faire partie de cette catégorie.. En effet, Dieu ne pouvait pas ne pas exister ou être différent de ce qu’il est. Dieu existe par une nécessité absolue. Tout le reste aurait pu ne pas exister ou exister autrement, donc tout le reste est contingent. Le fait que Dieu ait déterminé tout le reste et qu'ainsi l’homme se trouve dans un monde au sein duquel tout a été préalablement et exhaustivement déterminé par Dieu, n’affecte pas ce sens précis de la définition de la contingence88PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, p. 83. « [La nécessité relative] préserve la contingence, car Dieu aurait pu décréter qu'Adam ne tombe pas [dans le péché]. Si Dieu l'avait décrété, alors Adam ne serait pas tombé. Cela signifie qu'Adam aurait pu agir autrement si Dieu l'avait décrété. ».

Ainsi, quand le théologien calviniste énonce que les causes secondes sont contingentes, il veut seulement dire que Dieu aurait pu déterminer les causes secondes différemment qu’elles le sont, mais ne veut pas dire que les causes secondes (ici les humains) déterminent elles-mêmes leur choix89WHITE, Heath. Theological Determinism and the “Authoring Sin” Objection. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 90. « Le déterminisme théologique soutient, en effet, que la volonté de Dieu détermine tout fait contingent. Il ne s'ensuit pas que Dieu porte la même intention que les faits contingents. Tout ce qui arrive est une conséquence, en fait une conséquence déterministe, de l'action de la causalité primaire de Dieu, sans que cela soit forcément une conséquence intentionnelle. »90JAEGER, Lydia. Diverses formes de nécessité dans L’Institution chrétienne. Revue Réformée, 2003, vol. 54, p. 54-69. Disponible à l'adresse : https://www.academia.edu/27936280/DIVERSES_FORMES_DE_NECESSITE_DANS_LINSTITUTION_CHRETIENNE. « Pour Calvin, la distinction entre ces deux niveaux de nécessité [absolue et hypothétique] va de pair avec la contingence du monde, au sens fort du terme : non seulement le monde est dépendant de Dieu et ne peut nullement prétendre à aucune forme d’aséité, mais aussi Dieu aurait pu (au moins dans une large mesure) choisir de décider autrement qu’il ne l’a fait. La nécessité de décret [hypothétique] n’équivaut donc pas à la nécessité logique [absolue] ; le décret de Dieu aurait pu être autre. ». Calvin confirme cette idée dans son Institution en affirmant comme « Augustin, que "la volonté de Dieu est la nécessité de toutes choses". Il faut obligatoirement que ce qu’il a ordonné et voulu arrive, et que ce qu'il a prévu arrive certainement91CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.8, p. 890. ».

3.5 « Dieu est souverain »

La souveraineté de Dieu est principalement définie comme le droit de Dieu d'exercer son pouvoir sur sa création92OKE, Norman R.. Divine Sovereignty. In : Beacon Dictionary of Theology. Kansas City, MO : Beacon Hill Press of Kansas City, 1983, p. 171. « Premièrement, [la souveraineté de Dieu] peut être considérée comme le droit divin d'exercer totalement sa gouvernance ; deuxièmement, son sens peut être étendu jusqu'à inclure l'exercice de ce droit par Dieu. En ce qui concerne le premier aspect, il n'y a pas de débat. En revanche, une divergence d'opinion surgit concernant le deuxième aspect. »93EASTON, Matthew G.. Sovereignty. In : Illustrated Bible Dictionary. London : Thomas Nelson, 1897. Disponible à l'adresse : https://www.biblestudytools.com/dictionaries/eastons-bible-dictionary/sovereignty.html. « [La souveraineté de Dieu] est son droit absolu de faire toutes choses selon son bon plaisir. »94LEONARD, William. Sovereignty of God. In : Holman Bible Dictionary. Nashville, TN : Broadman & Holman, 1991. Disponible à l'adresse : https://www.studylight.org/dictionaries/eng/hbd/s/sovereignty-of-god.html. « [La souveraineté de Dieu est l'enseignement ] [...] que toutes choses viennent de Dieu et dépendent de Dieu. [...] [Ceci] ne signifiant pas que tout ce qui se passe dans le monde est la volonté de Dieu. ». Le mot « souveraineté » est souvent utilisé par les calvinistes pour caractériser l'exercice du droit souverain de Dieu par le biais du déterminisme théologique95FRIESEN, Garry, MAXSON, Robin J.. Decision Making & the Will of God: A Biblical Alternative to the Traditional View. Portland, OR : Multnomah Press, 1980, p. 32. « La volonté souveraine de Dieu peut être définie comme le plan prédéterminé de Dieu concernant tout ce qui se passe dans l'univers. »96SPROUL, R. C.. Chosen by God. Wheaton, IL : Tyndale House Publishers, 1986, p. 15. « De dire que Dieu prédétermine tout ce qui arrive est une conséquence nécessaire de sa souveraineté. [...] De dire que Dieu prédétermine toutes choses, c’est simplement affirmer que Dieu est souverain sur toute sa création. ». Or, cette interprétation n'est pas la seule qui soit compatible avec la définition de la souveraineté divine97BIGNON, Guillaume. Why this Calvinist doesn't make much of divine "Sovereignty". In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-07-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/07/why-this-calvinist-doesnt-make-much-of.html. « Dire que Dieu est souverain peut se contenter, modestement, de signifier qu'il a le pouvoir et l'autorité ultimes sur les affaires humaines. Mais le fait qu'il ait une telle souveraineté sur les humains ne nous dit pas grand-chose sur la mesure dans laquelle Dieu exerce effectivement sa souveraineté. Les arminiens de tous bords sont parfaitement à l'aise pour affirmer que Dieu est "souverain", mais ils nient que Dieu utilise sa souveraineté sur les affaires humaines en déterminant le résultat des choix libres des humains. ». Ainsi, lorsqu'il est utilisé avec cette connotation déterministe, le terme « souveraineté » constitue un abus de langage équivoque.

3.6 « Dieu n'est pas l’auteur du mal »

Certains calvinistes affirment que Dieu n'est pas l’auteur du péché98MATHIS, David. Does God ‘Author’ Sin?. In : Desiring God [en ligne]. 2007-08-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-author-sin. « Le terme "auteur" est presque universellement condamné dans la littérature théologique. Il est rarement défini, mais il semble signifier que Dieu est la cause efficiente du mal et qu'en causant le mal, il fait effectivement quelque chose de mal. C'est pourquoi [la Confession de foi de Westminster] affirme que Dieu "n'est ni ne peut être l'auteur ou l'approbateur du péché" (5:4). ». Ce qu'ils veulent dire, c’est que Dieu n’est pas la cause directe du péché99MATHIS, David. Does God ‘Cause’ Sin?. In : Desiring God [en ligne]. 2007-08-30 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-cause-sin. « Il est intéressant de noter que Calvin utilise le terme de "cause", en se référant à l'action de Dieu dans l'apparition du mal, quand il fait la distinction entre Dieu en tant que "cause éloignée" et l'action humaine en tant que "cause immédiate". Soutenant ainsi que Dieu n'est pas "l'auteur du péché", il affirme que "la cause immédiate est une chose, la cause éloignée en est une autre". ». Quand Dieu détermine une personne à commettre un assassinat, c’est bien Dieu qui a déterminé l’assassin à commettre le meurtre. Cependant, c’est l’assassin qui a commis le meurtre.

Pour ces théologiens, « l’auteur » d'une action en est donc la cause directe (l’agent humain) et non pas la cause initiale (ou ultime) (Dieu). D'une part, la logique de cette convention paraît très discutable. D'autre part, sans précision, l'affirmation que « Dieu n'est pas l'auteur du péché » pourrait également laisser penser que Dieu n’a pas déterminé le péché, ce qui n'est pas le cas. En effet, le calvinisme affirme que Dieu est la cause initiale du péché toutefois sans en être le responsable (semi-compatibilisme).

Nous pouvons noter, que d'autres calvinistes respectent une convention terminologique plus juste, considérant le terme « d'auteur » d'un acte pour qualifier celui qui en est la cause initiale. Cette compréhension reste alignée avec la perspective semi-compatibiliste selon laquelle Dieu n'est pas responsable du mal dont il est la cause initiale. Ce faisant, Calvin a affirmé que Dieu était l'auteur du mal100CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 176. « Combien est insensé et frêle le soutien de la justice divine offert par la suggestion que les maux viennent à l'existence, non par Sa volonté, mais par Sa permission. [...] C'est un refuge tout à fait frivole que de dire que Dieu les permet par omission, alors que l'Écriture le montre non seulement consentant, mais auteur de ces maux. ». Toutefois, il déclare dans le même ouvrage que Dieu n'est pas l'auteur du mal, certainement pour souligner que Dieu n'est pas la cause directe du mal101CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 169. « Premièrement, il faut observer que la volonté de Dieu est la cause de toutes les choses qui arrivent dans le monde ; et pourtant, Dieu n'est pas l'auteur du mal. ». De même, Zwingli a affirmé que Dieu est l'auteur du péché102JAMES, Frank A. III. Neglected Sources of the Reformation Doctrine of Predestination Ulrich Zwingli and Peter Martyr Vermigli. Modern Reformation. 1998, vol. 7. « [...] Dieu est absous de toute culpabilité personnelle, ainsi Zwingli peut affirmer que Dieu est "l'auteur, le moteur et l'instigateur" du péché humain. ». Des théologiens calvinistes contemporains ont aussi pu affirmer que Dieu est l'auteur du mal ou du péché103CHEUNG, Vincent. The Author of Sin. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2005-05-31 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/01/the-author-of-sin/« Quand quelqu’un prétend que ma vision de la souveraineté divine fait de Dieu l’auteur du péché, ma réaction est : "Et alors ? [...]". [I]l n’y a aucun problème biblique ou rationnel à ce qu’il soit l’auteur du péché. ».

3.7 « Dieu permet le mal »

Certains calvinistes affirment parfois que Dieu « permet » le mal104EDWARDS, Jonathan. A Careful and Strict Inquiry into the Modern Prevailing Notions of that Freedom of Will. In : Works of President Edwards. New York : Leavitt & Allen, 1858, vol. 2, partie. 1, sec. 9, p. 157. Disponible a l'adresse : https://books.google.fr/books?id=PSlmUO9JLscC. « Si par "Auteur du péché" on entend le pécheur, l’agent ou l’acteur du péché, ou celui qui accomplit une chose mauvaise, alors il serait injurieux de supposer que Dieu est l’auteur du péché. En ce sens, je nie absolument que Dieu soit l’auteur du péché. Mais si par "Auteur du péché" on entend celui qui le permet, ou celui qui ne fait pas obstacle au péché ; et en même temps, le dispensateur de l’ordre des événements, de telle manière que, pour des fins et des objectifs sages, saints et excellents, le péché, s’il est permis ou non entravé, suivra très certainement et infailliblement : je dis, si c’est tout ce que l’on entend par “être l’auteur du péché”, alors je ne nie pas que Dieu soit l’auteur du péché (bien que je n’aime pas et rejette cette expression, car son usage et sa coutume tendent à lui donner un autre sens). Ce n’est pas une injure pour le Très-Haut d’être ainsi l’auteur du péché. »105TALBOT, Mark, PIPER, John [ed.], TAYLOR, Justin [ed.]. Suffering and the Sovereignty of God. Wheaton, IL : Crossway Books, 2006, p. 41-42. « Dieu accomplit toutes choses conformément à sa volonté. Ce n'est pas simplement que Dieu parvient à tourner les aspects mauvais de notre monde en bien pour ceux qui l'aiment ; c'est plutôt qu'il provoque lui-même ces aspects mauvais […]. Cela inclut le fait que Dieu a même permis la brutalité nazie à Birkenau et Auschwitz, ainsi que les meurtres terribles de Dennis Rader et même les abus sexuels d'un jeune enfant. »106TALBOT, Mark, PIPER, John [ed.], TAYLOR, Justin [ed.]. Suffering and the Sovereignty of God. Wheaton, IL : Crossway Books, 2006, p. 70-77. « La préordination de Dieu est la raison ultime pour laquelle tout se produit, y compris l'existence de toutes les personnes et choses mauvaises et la survenue de tout acte ou événement mauvais. Ainsi, il n'est pas inapproprié de considérer Dieu comme le créateur, l'envoyeur, celui qui permet, et parfois même l'instigateur du mal. »107PIPER, John. Spectacular Sins: And Their Global Purpose in the Glory of Christ. Wheaton : Crossway, 2008, p. 54. « Ainsi, lorsque je dis que tout ce qui existe (y compris le mal) est ordonné par un Dieu infiniment saint et tout-sage pour faire briller plus intensément la gloire de Christ, je veux dire que, d’une manière ou d’une autre, Dieu s’assure que toutes choses servent à glorifier son Fils […]. Par "ordonner", j’entends que Dieu a soit causé directement quelque chose, soit l’a permis pour des desseins sages. »108SHEDD, William Greenough Thayer. Calvinism: Pure and Mixed, A Defence of the Westminster Standards. New York : Charles Scribner's Sons, 1893, p. 32-33. « Dieu, par sa providence, a permis que certains des anges tombent volontairement et irrémédiablement dans le péché et la damnation […] ordonnant cela, ainsi que tous leurs péchés, à sa gloire. ». Il s’agit d’un usage terminologique pour indiquer que Dieu déterminerait le mal d’une manière différente qu’il déterminerait le bien109BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 225. « Cela signifie que l'un [le déterminisme] n'est pas censé exclure l'autre [la permission] ; au contraire, les deux sont censés décrire les véritables aspects du contrôle de Dieu sur le mal, à savoir, d'une part, que Dieu le contrôle pleinement et, d'autre part, que Dieu ne l'approuve pas pour lui-même et que son mode d'action pour l'engendrer diffère de celui qu'il utilise pour engendrer le bien. C'est tout. Le langage de la permission n'est pas un moyen de diminuer le contrôle divin du mal ou d'excuser Dieu pour son implication dans celui-ci. »110GORDON, Bruce, TRUEMAN, Carl. The Oxford Handbook of Calvin and Calvinism. Oxford : Oxford University Press, 2021, p. 46-47. « L'attachement de Calvin à la particularité de la providence de Dieu l'amène à reconnaître une relation plus forte entre la volonté de Dieu et les mauvaises actions que ne le suppose la distinction entre vouloir et permettre. Au contraire, dit Calvin, Dieu est le principe déterminant de toutes les actions humaines, bonnes ou mauvaises. [...] Cependant, Calvin parle parfois de Dieu qui "gouverne" [Calvin 2009, 1.16.2] les actions ou les événements pour qu'ils correspondent à sa volonté. Il y a même des exemples, comme dans l'histoire de Job, où Calvin lui-même écrit que "le Seigneur abandonne son serviteur Job à Satan pour qu'il l'afflige" [Calvin 2009, 2.4.2]. [...] Bien que Calvin n'utilise pas expressément la distinction vouloir/permettre (pour garder Dieu isolé du mal et du péché), il admet une certaine différence entre la volonté de Dieu du bien et la "volonté" de Dieu du mal. Cette différence se trouve dans la position intentionnelle de Dieu envers ce que Dieu réalise. Lorsque Dieu détermine que quelque chose de mauvais doit arriver (que ce soit un péché individuel ou un mal impersonnel), Dieu ne vise pas le mal lui-même, mais le résultat finalement bon vers lequel Dieu dirige ce mal. [...] Quelle que soit la nature de l'action, le décret de Dieu est toujours parfaitement efficace et causalement suffisant [...]. ». L’idée est que Dieu déterminerait le mal « en se retirant » de l’homme. Ainsi l’homme serait en quelque sorte déterminé uniquement par le fonctionnement de sa propre nature indépendamment de la présence de Dieu, ou en l'absence des choses que Dieu aurait retirées de lui directement ou indirectement. Cependant, il faut noter que le déterminisme n’est pas moins fort lorsque Dieu détermine le mal de cette manière. Le déterminisme s'applique simplement par d'autres biais. En effet, bien que l'action de Dieu est de se retirer dans le déroulement du temps, c'est également Dieu qui, dans l'éternité, a déterminé comment l'agent agirait en conséquence de ce retrait.

Dans cette perspective, le mot « permission » semble pour le moins équivoque, y compris pour certains calvinistes111PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc., 2009, p. 162. « Il était clairement de la volonté de Dieu que le péché entre dans ce monde, sinon il ne serait pas entré, car rien ne se produit sauf ce que Dieu a éternellement décrété. De plus, il ne s’agissait pas d’une simple permission, car Dieu ne permet que ce qui accomplit son dessein. »112CHEUNG, Vincent. The Light of Our Minds. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2004 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/books/The%20Light%20of%20Our%20Minds.pdf. « Ceux qui voient qu’il est impossible de dissocier totalement Dieu de l’origine et de la continuation du mal tentent néanmoins d’éloigner Dieu du mal en disant qu’il se contente de “permettre” le mal, sans en être la cause. Cependant, puisque l’Écriture elle-même affirme que Dieu décrète activement toutes choses et que rien ne peut se produire en dehors de sa volonté et de sa puissance, il est insensé de dire qu’il se contente de permettre quelque chose : rien ne se produit par la seule permission de Dieu. ». Certes, ce qui est déterminé est également permis dans un sens. Par analogie, nous pourrions dire qu'un père réveillant son enfant, lui permet d'être réveillé. Néanmoins, dans le cadre de la problématique de l'origine du mal, il nous semble que le terme de « permission » implique tacitement un sens large et non un sens limité. Ainsi, sans mettre explicitement en lumière cette restriction de sens, le terme peut être trompeur et suggérer faussement que, selon le calvinisme, la chute et le mal ne seraient pas déterminés par Dieu113CHEUNG, Vincent. The Light of Our Minds. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2004 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/books/The%20Light%20of%20Our%20Minds.pdf. « Dieu contrôle tout ce qui existe et tout ce qui se produit. Il n’y a pas une seule chose qui arrive sans qu’il l’ait activement décrétée – pas même une seule pensée dans l’esprit de l’homme. Puisque cela est vrai, il en découle que Dieu a décrété l’existence du mal, et qu’il ne l’a pas simplement permis, comme si quoi que ce soit pouvait surgir et se produire en dehors de sa volonté et de sa puissance. Puisque nous avons démontré qu’aucune créature ne peut prendre de décisions totalement indépendantes, le mal n’aurait jamais pu commencer sans le décret actif de Dieu, et il ne peut pas continuer un seul instant de plus sans la volonté de Dieu. Dieu a décrété le mal en dernier ressort pour sa propre gloire, bien qu’il ne soit pas nécessaire de connaître ou d’expliquer cette raison pour défendre le christianisme face au problème du mal. ».

3.8 « L’homme a le libre-arbitre », « il s'autodétermine »

Le calvinisme énonce généralement que l’homme a le libre-arbitre, ou qu’il agit librement, volontairement ou sans contrainte114CALVIN, John. A Commentary on the Prophet Isaiah. Edinburgh : The Calvin Translation Society, 1847, vol 2, p. 235. « Si Dieu contrôle les intentions des hommes et dirige leurs pensées et leurs efforts vers les objectifs qui lui plaisent, cela ne signifie pas pour autant que les hommes cessent de concevoir des plans et de se lancer dans telle ou telle entreprise. Nous ne devons pas supposer qu’il y ait une contrainte violente, comme si Dieu les entraînait contre leur volonté ; mais d’une manière merveilleuse et inconcevable, il régule tous les mouvements des hommes, tout en leur laissant l’exercice de leur volonté. »115SPROUL, R. C.. Do We Have Free Will?. In : Ligonier [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/podcasts/ultimately-with-rc-sproul/do-we-have-free-will. « Nous[, les calvinistes,] croyons que l'homme a le libre arbitre. Je ne connais pas un seul augustinien dans toute l'histoire de l'Église qui n'ait pas affirmé avec force que nous avons le libre arbitre. Nous sommes des créatures volitives. Dieu nous a donné une intelligence et un cœur, et il nous a donné une volonté. Nous exerçons constamment cette volonté. Nous faisons des choix tout au long de la journée, et nous choisissons ce que nous voulons. Nous choisissons librement. Personne ne nous contraint. ». Tout cela doit toutefois être compris à la lumière du déterminisme et du compatibilisme. Comme nous l’avons vu, le déterminisme affirme que l’homme choisit ce qu’il veut, bien que ce qu’il veut soit préalablement déterminé par Dieu. Ce type de liberté issue du déterminisme est appelé la liberté de spontanéité, et doit être soigneusement distingué de la notion de liberté d'indifférence, qui postule que la liberté implique la capacité de faire ou de ne pas faire une chose116NASH, Ronald. Life's Ultimate Questions: An Introduction to Philosophy. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2010, p. 463. « On peut dire que les êtres humains sont libres dans deux sens différents. La liberté d'indifférence explique la liberté humaine comme la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. [...] Pour être véritablement libre dans le cadre de l'"indifférence", une personne doit avoir la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. La liberté de spontanéité, en revanche, explique la liberté humaine comme la capacité de faire ce que l'on veut faire. Selon cette seconde conception, la question de la capacité de la personne à faire autre chose que ce qu'elle fait n'est pas pertinente, car la question clé est de savoir si elle est capable de faire ce qu'elle a le plus envie de faire. La liberté d'indifférence est une définition incompatibiliste de la liberté, tandis que la liberté de spontanéité est une forme de compatibilisme. ». Nous pourrions dire que dans ce contexte de « spontanéité », la notion de liberté ou de contrainte fait essentiellement référence à une expérience psychologique. Ainsi, par « libre-arbitre », le calviniste ne cherche pas à dire que l’homme détermine certains de ses choix sans avoir été préalablement déterminé par une cause externe, comme le décret universel117FEINBERG, John. No One Like Him. Wheaton, IL : Crossway, 2001, p. 637. « [U]n acte est libre, bien que causalement déterminé, si cet acte correspond à ce que l'agent voulait faire. ».

De même, les conditions évoquées comme nécessaires au libre-arbitre dans le cadre compatibiliste doivent toutes s'interpréter comme des causes intermédiaires, elles-mêmes préalablement déterminées118MORELAND, J. P., CRAIG, William Lane. Philosophical Foundations for a Christian Worldview: 2nd Edition. Downers Grove, IL : IVP Academic, an imprint of InterVarsity Press, 2017, chap. Free will and determinism. Par exemple, dans le cadre compatibiliste, un agent n'est responsable que s'il agit pour certaines raisons. Néanmoins, lors de sa délibération, l'agent est déterminé à choisir ces raisons spécifiques.

Certains calvinistes vont même jusqu’à dire que « l’homme s’autodétermine ». Cela aussi doit simplement se comprendre comme une expérience psychologique d’absence de contrainte119SPROUL, R. C.. What Is Free Will?. In : Ligonier [en ligne]. 2019-07-01 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/chosen-by-god/what-is-free-will. « Rappelez-vous que j'ai dit [...] que notre choix est à la fois libre et déterminé. Mais ce qui le détermine, c'est moi, et c'est ce que nous appelons l'auto-déterminisme. L'auto-déterminisme n'est pas la négation de la liberté, mais l'essence de la liberté. [...] [N]ous choisissons toujours selon nos désirs. J'irai même jusqu'à dire que nous devons toujours choisir selon l'inclination la plus forte du moment. »120HELM, Paul. John Calvin’s Ideas. Oxford : Oxford University Press, 2004, p. 164-165. « Calvin parle sans réserve de l'auto-déterminisme de la volonté. [...] [C]e langage peut sembler placer Calvin dans le camp du libertarianisme ou de la causalité agentive. Cependant, Calvin semble redéfinir l'idée d'auto-déterminisme [...] comme étant l'absence de coercition, et cela semble le placer dans le camp compatibiliste [...]. ». D'autres encore affirment que l'homme possède des possibilités alternatives face à un choix dans un « sens divisé », c'est-à-dire sans considérer les facteurs connexes comme le décret divin, possibilités qui disparaissent cependant dans un « sens composé », intégrant justement ces facteurs121PRECIADO, Michael Patrick. Muller’s Compatibilism. Journal of Reformed Theology. 2024, vol. 18, p. 165–166. Disponible à l’adresse : https://brill.com/downloadpdf/view/journals/jrt/18/1-3/article-p151_8.pdf. « [C]ette simultanéité de la puissance s'entend au sens divisé, et non au sens composé. Il convient donc de définir ces termes. [...] [L]e sens divisé considère la volonté de manière absolue, les conditions requises pour l'action ayant été retirées. [...] Le sens composé considère la volonté avec les éléments nécessaires à l'action. Ces éléments sont, par exemple, le décret de Dieu, le concours de Dieu, le dernier jugement de l'intellect, etc. »122Bien que dans cette décomposition nous pouvons dire que l'homme a un libre arbitre libertarien au « sens divisé », nous ne ferons pas référence à cette idée dans la mesure où l'homme exerce ses choix toujours dans le « sens composé »..

3.6 « L’homme n’est pas un robot »

Les calvinistes affirment que l’homme n’est ni un robot ni une marionnette123DEYOUNG, Kevin. Does Calvinism Teach Puppet Theology?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2013-03-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/does-calvinism-teach-puppet-theology/. « Mes analogies de type marionnette ou robot ne sont pas valables [pour décrire le calvinisme], et aucun calviniste ne devrait les utiliser. [...] Dieu n'est pas un marionnettiste qui tire sur des ficelles pour que nous fassions ce qu'il veut indépendamment de notre volonté ou de notre action. Sa volonté précède notre volonté, mais elle ne l'efface pas. ». Cela pourrait laisser penser, à tort, que l'homme n'est pas déterminé dans ses choix. Pourtant, selon le calvinisme, la volonté de l'homme est pleinement déterminée par le décret divin (déterminisme théologique). Dans cette mesure, si l’homme n’est pas un robot, c'est parce qu’il a une volonté et une conscience, mais il reste déterminé à faire ce qu’il fait, à l'instar du robot. Le robot agit selon un algorithme déterminé par l'homme, tandis que l'homme agit selon sa volonté déterminée par Dieu. Ainsi, bien que leur expérience respective soit différente, les deux sont pleinement déterminés par un agent extérieur.

Bien entendu, les capacités relatives à la conscience et à la sensibilité humaine permettent également de déterminer l’homme dans des états que seuls des êtres relationnels et rationnels peuvent atteindre. Par exemple, un robot ne peut pas se trouver dans des états émotionnels engendrés par l’amour, la crainte ou la peur. Mais, dans le cadre déterministe, même les états émotionnels propres à l’homme restent soumis au système de détermination. De même, contrairement au robot, l'homme a besoin de raisons pour agir. Néanmoins, dans le cadre déterministe, ces raisons ne sont que des moyens déterminés permettant de déterminer l'action de l'homme.

De ce fait, selon la vision déterministe, aussi bien le robot que l'homme ne peuvent agir autrement qu'ils ne le font, au sens fort du terme. Le robot est déterminé par un programmeur qui, à l'aide d'un programme, définit les commandes permettant de le faire agir d'une certaine manière. Dans le cas de l'humain, le programmeur (en l'occurrence Dieu dans le déterminisme théologique) va définir, à l'aide de moyens mystérieux, les raisons permettant de conduire l'humain à agir d'une certaine manière.

3.10 « L’homme est responsable du mal »

Les calvinistes affirment généralement que l’homme est responsable du mal124WARE, Bruce. The Compatibility of Determinism and Human Freedom. In : Founders Ministries [en ligne]. 2012-01-13 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://founders.org/2012/01/13/the-compatibility-of-determinism-and-human-freedom/. « Cependant, ce que nous avons pu voir, c'est un témoignage biblique remarquable selon lequel la détermination par Dieu de ce que les gens font est compatible avec le fait qu'ils réalisent leurs actions déterminées avec une liberté et une responsabilité humaines authentiques. ». Cette affirmation repose entièrement sur celle du compatibilisme125WARE, Bruce. The Compatibility of Determinism and Human Freedom. In : Founders Ministries [en ligne]. 2012-01-13 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://founders.org/2012/01/13/the-compatibility-of-determinism-and-human-freedom/. « Selon cette vision [compatibiliste] de la liberté, un agent est libre de faire un choix si et seulement si, au moment où il fait ce choix, il n'est pas contraint ou forcé dans son choix, mais choisit selon sa volonté la plus profonde, son inclination la plus forte, ou selon ce qu'il désire le plus. Bien sûr, puisque l'agent choisit en fonction de son désir le plus profond ou de son inclination la plus forte, cela n'a aucun sens d'imaginer que sa liberté consiste en sa capacité à faire autrement, n'est-ce pas ? ». Si l’homme est pleinement déterminé par Dieu à faire le mal, le compatibilisme soutient qu'il reste néanmoins responsable, car lorsqu’il fait le mal, c’est ce qu’il veut faire. Cependant, comme nous le verrons plus loin, le compatibilisme est peu convaincant, laissant ainsi l’affirmation de responsabilité morale, dans un contexte déterministe, sans justification valable.

3.11 « L’homme est incapable de faire le bien »

Le calvinisme insiste sur l’état de la nature de l’homme. Il avance que dans l’état déchu, l’homme est enclin au mal et ne peut plus faire le bien ([non] posse [non] peccare)126HORTON, Michael. For Calvinism. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2011, p. 45. « Avant la chute, l'humanité avait la capacité naturelle et morale d'obéir à Dieu avec une fidélité totale et une liberté de volonté. Après la chute, nous avons toujours la capacité naturelle, mais non plus la capacité morale. [...]. Nous avons tout l'"équipement" nécessaire pour aimer Dieu et nos prochains. Néanmoins, la chute nous a rendus moralement incapables d'utiliser ces dons d'une manière qui pourrait nous octroyer la faveur de Dieu. ». Cela pourrait signifier que l’homme, parce qu’il est dans une nature déchue, ne peut pas se déterminer vers le bien. Néanmoins, cela serait contradictoire avec le concept de déterminisme théologique, qui postule que Dieu détermine l’homme dans toutes ses actions.

Une manière moins équivoque d’exprimer ce point dans le cadre du calvinisme déterministe serait de dire que l’homme ne peut plus être déterminé volontairement par Dieu à faire le bien dans son état déchu. Cette position peut être comparée à celle de l’arminianisme ou du calviniste libertarien, par exemple, qui soutient que l’homme ne peut plus se déterminer lui-même au bien spirituel depuis la chute.

Sur ce point encore, la capacité ou l'incapacité de l’homme ne limite pas la portée du déterminisme, mais limite les possibilités d’événements pouvant être déterminés par Dieu au sein d’un état donné de la nature humaine. La capacité ou l'incapacité de l'homme pourra aussi limiter la façon dont il sera déterminé par Dieu face à une situation donnée. Cela peut paraître déroutant, mais il s'agit d'une implication logique du cadre déterministe avancé par le calvinisme orthodoxe.

3.12 « L’homme à la capacité naturelle de faire le bien »

À l’inverse, dans d’autres contextes, le calvinisme avance que les hommes ont la capacité naturelle de faire le bien et de répondre à l’Évangile. Il faut ici comprendre ce qui est entendu par « naturelle ». Ici, le calvinisme veut dire que face à l’évangile, l’homme est physiquement (ou naturellement) en capacité d’y répondre. Il n'est, par exemple, pas question de lui demander de voler en battant des bras.

Néanmoins, bien qu’il en ait la capacité physique, le calvinisme affirme que l’homme n’a pas la capacité morale pour le bien spirituel. Autrement dit, il est en incapacité de vouloir répondre positivement à l’Évangile, bien que rien ne l’empêche physiquement de le faire127HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI : Zondervan, 1973, p. 341. « Depuis la chute, les hommes ont la capacité naturelle de faire tout ce qui est exigé d'eux, mais sont dépourvus de la capacité morale de le faire. Par capacité naturelle, [Edwards] entendait la possession par tout agent libre responsable, comme condition de sa responsabilité, de toutes les facultés constitutionnelles nécessaires pour lui permettre d'obéir à la loi de Dieu. Par capacité morale, il entendait l'état moral inhérent à ces facultés, la juste disposition du cœur, nécessaire à l'accomplissement de ces devoirs. ». Ainsi, cette « capacité naturelle » ne saurait être comprise comme un concept soutenant le libre arbitre libertarien. De même, que la « capacité morale » au bien spirituel n’induit pas le libre arbitre libertarien, mais simplement la possibilité pour Dieu de déterminer l’homme vers ce type de bien.

3.13 « La conversion ou la sanctification est synergique »

Le monergisme traduit le fait qu'une action est due à une seule personne128SPROUL, R. C.. The New Birth. In : Ligonier [en ligne]. 2007-03-01 [consulté le 2021-05-03] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/new-birth. « Une œuvre monergique est une œuvre réalisée individuellement, par une seule personne. Le préfixe mono signifie un. Le mot erg fait référence à une unité de travail. Des mots comme énergie sont construits sur cette racine. Un travail synergique est celui qui implique une coopération entre deux ou plusieurs personnes ou choses. Le préfixe "syn-" signifie "conjointement". ». Dans ces conditions, puisque tout dans l'univers procède de l'action de Dieu, tout est un monergisme divin129ROBINSON, Geoffrey D. Saved by Grace through Faith or Saved by Decree?: A Biblical and Theological Critique of Calvinist Soteriology. Eugene, OR : Wipf and Stock Publishers, 2022, p. 379. « [L]e cœur du calvinisme est un monergisme qui fait effectivement de Dieu le seul acteur de l'histoire humaine [...]. ». En particulier, d'après les calvinistes orthodoxes, toutes les étapes du processus du salut humain relèvent d'un monergisme divin130HORTON, Michael. For Calvinism. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2011, chap. Perseverance of the saints. « La doctrine de la persévérance des saints reflète la conviction que le salut est systématiquement monergique, c'est-à-dire uniquement dû à la grâce de Dieu, du début à la fin. ». Pourtant, certains calvinistes affirment que la conversion est synergique131SPROUL, R. C.. Willing to Believe: The Controvesy over Free Will. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2002, p. 73. « Une fois que la grâce opérant la régénération est donnée, le reste du processus est synergique. C’est-à-dire qu’après que l’âme a été changée par la grâce effective ou irrésistible, la personne elle-même choisit Christ. Dieu ne fait pas le choix à sa place. »132SPROUL, R. C.. Chosen by God. Wheaton : Tyndale House Publishers, Inc., 1986, p. 118. « la foi n’est pas monergique. »133BERKHOF, Louis. Systematic Theology. Eerdmans: Grand Rapids, 1949, p. 473, 490. « La régénération est donc à concevoir de manière monergique. Dieu seul œuvre, et le pécheur n'y a aucune part. Ceci, bien sûr, ne signifie pas que l'homme ne coopère pas aux étapes ultérieures de l'œuvre de rédemption. Il est tout à fait évident d'après les Écritures que c’est le cas. […] Toutefois, bien que Dieu seul soit l'auteur de la conversion, il est d'une grande importance de souligner le fait, face à une fausse passivité, qu'il y a aussi une certaine coopération de l'homme à la conversion. ». Certains calvinistes peuvent également affirmer que la sanctification est synergique134NASELLI, Andrew David. Keswick Theology: A Survey and Analysis of the Doctrine of Sanctification in the Early Keswick Movement. DBSJ. 2008, vol. 13, p. 54. Disponible à l'adresse : https://andynaselli.com/wp-content/uploads/2008_Keswick_theology.pdf. « Une vision monergique de la régénération est biblique, mais une vision monergique de la sanctification ne l’est pas. »135SPROUL, R. C.. No Shortcuts to Growth. In : Ligonier [en ligne]. 2021-10-04 [consulté le 2021-11-05]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/no-shortcuts-growth. « La sanctification, toutefois, engage également nos efforts. Elle est décrite comme synergique car elle résulte de l'œuvre commune de Dieu et de notre collaboration. ».

Si l'une des composantes d'une étape du processus de salut était initialement déclenchée par des intervenants distincts, alors cette étape serait synergique. Par exemple, pour la conversion, si Dieu causait le don de la foi et si l'homme causait l'acceptation de la foi, comme le croit-on en dehors du calvinisme. Or, dans le calvinisme, il est impossible que l'homme soit la cause initiale de quoi que ce soit.

Par conséquent, lorsque certains calvinistes affirment qu'une étape du processus de salut est synergique, ils veulent simplement dire que l'homme n'est pas inactif durant cette étape. Ils ne remettent toutefois pas en question l'idée que les actions des hommes sont prédéterminées. Il s'agit donc d'un synergisme apparent car basé sur la notion de compatibilisme, qui demeure entièrement déterministe.

3.14 « Durant la Réforme, le libre arbitre avait une signification différente »

Comme le soulignent à juste titre certains calvinistes, lorsque les réformateurs ont explicitement nié l’existence du libre arbitre, ils faisaient souvent référence à la capacité de faire le bien spirituel plutôt qu’à la capacité philosophique de faire un choix136HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 229. « Lorsque Calvin et Luther nient le libre arbitre, ils n'ont pas en tête des questions métaphysiques [...], mais plutôt la disposition spirituelle découlant du péché, qui est, logiquement parlant, neutre sur la question du déterminisme et du libertarianisme. ». Néanmoins, au-delà de ce vocabulaire, les spécialistes s'accordent à dire que les réformateurs ont prôné un déterminisme. En particulier, l’approche de Calvin est réputée compatibiliste et donc déterministe137HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « Il est donc raisonnable de conclure que, bien que Calvin n'avoue pas le déterminisme par ces mots précis, il adopte néanmoins une perspective largement déterministe. »138HELM, Paul. Calvin the Compatibilist. In : Calvin at the Centre. New York : Oxford University Press, 2010, p. 227-272. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199532186.001.0001. L’approche de Luther (légèrement différente de la position officielle du luthéranisme) est également réputée compatibiliste et donc déterministe139COUENHOVEN, Jesse. Predestination: A Guide for the Perplexed. London : loomsbury Publishing, 2018, p. 96. « Comme Augustin et Thomas d’Aquin, Luther a conclu que l’enseignement chrétien sur le péché et la grâce montre que, bien que la responsabilité humaine ne soit pas compatible avec la contrainte, elle peut être compatible avec le déterminisme divin. »140LUTHER, Martin, COLE, Henry [trad.]. Martin Luther on the Bondage of the Will: Written in Answer to the Diatribe of Erasmus on Free-will. London : Printed by T. Bensley for W. Simpkin and R . Marshall, 1823, p. 119-120. « [T]out ce que nous faisons, bien que cela puisse nous sembler être fait de manière mutable et contingente, est pourtant, en réalité, fait nécessairement et immuablement, selon la volonté de Dieu. ».

3.15 « Les réformés n'étaient pas compatibilistes »

Certains théologiens calvinistes, tels que Richard A. Muller, rejettent le déterminisme naturel du calvinisme edwardsien, le compatibilisme qui lui est associé, et surtout le nécessitarisme qui semble en découler. Muller part de l’hypothèse que les termes « déterminisme » et « compatibilisme » ne se réfèrent qu’au déterminisme et au compatibilisme de type naturel. Après avoir redéfini ces notions dans ce sens restreint, il conclut que les réformés, bien qu’affirmant un décret universel exhaustif dont provient la nécessité des actions humaines, ne peuvent être qualifiés de déterministes compatibilistes141MULLER, Richard A.. Providence, Freedom, and the Will in Early Modern Reformed Theology. Grand Rapids : Reformation Heritage Books, 2022, p. 249. « En bref, les définitions réformées traditionnelles ne correspondent ni aux définitions standard du compatibilisme ni à celles du libertarianisme. ».

Cependant cet argument ne résiste pas à l’analyse. Le compatibilisme, dans son acception philosophique contemporaine, désigne simplement l’idée que la liberté humaine peut coexister avec une forme de déterminisme — en l’occurrence, théologique — sans impliquer ni déterminisme naturel ni obligation pour Dieu de créer. Or, cette position est précisément celle que soutiennent de nombreux auteurs réformés tels que Voetius ou Turretin142PRECIADO, Michael Patrick. Le compatibilisme de Muller [Muller’s Compatibilism]. Arminianisme évangélique, 2025, [1ère ed. 2024]. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/ressoures/PRECIADO-Michael-P.-Le-compatibilisme-de-Muller.pdf. « À la lumière de ce que nous avons vu, il est clair que le terme « déterminisme » ne signifie pas nécessairement nécessité absolue. Cela signifie que l’affirmation de Muller selon laquelle les orthodoxes réformés n’étaient pas déterministes est correcte dans le sens de la nécessité absolue. Cependant, il se trompe dans le sens du déterminisme entendu comme nécessité hypothétique. Comme nous l’avons vu, les orthodoxes réformés affirment clairement la nécessité hypothétique. ».

Les réserves de Muller relèvent ainsi davantage d’un refus des étiquettes terminologiques que d’un désaccord doctrinal de fond. Son souci principal est d’éviter une interprétation erronée de la liberté divine — une préoccupation légitime, mais inutile, dans la mesure où les définitions modernes des termes « déterminisme » et « compatibilisme » n’impliquent aucunement que Dieu serait contraint dans ses décisions, et sont cohérents avec l'idée d'un déterminisme théologique. En définitive, les réformés orthodoxes peuvent être qualifiés de compatibilistes au sens philosophique actuel143PRECIADO, Michael Patrick. Le compatibilisme de Muller [Muller’s Compatibilism]. Arminianisme évangélique, 2025, [1ère ed. 2024]. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/ressources/PRECIADO-Michael-P.-Le-compatibilisme-de-Muller.pdf. « Aza Goudriaan, par exemple, observe que « Voetius, Van Mastricht et Driessen représentent tout ce que la terminologie moderne appelle le “déterminisme doux” ou le “compatibilisme”, en affirmant que “la liberté et le déterminisme sont compatibles l'un avec l'autre, et donc que la vérité du déterminisme n'élimine pas la liberté” . Il n'est donc pas anachronique de qualifier les orthodoxes réformés de compatibilistes. ».

3.16 La terminologie de la Confession de foi de Westminster

La Confession de foi de Westminster (1646) a exercé une influence prédominante au sein des églises presbytériennes et, de manière plus générale, dans l'ensemble de la théologie réformée contemporaine144DIXHOORN, C. Westminster assembly (act. 1643–1652). In : Oxford Dictionary of National Biography. Oxford : Oxford University Press, 2007. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1093/ref:odnb/92780. « La confession de foi de Westminster, dans ses versions originelles et amendées, est devenue « le symbole doctrinal le plus significatif de l'histoire protestante américaine » (Ahlstrom, 131). En effet, les confessions et catéchismes du synode, communément appelés les « Standards de Westminster », sont largement considérés comme les énoncés les plus précis et durables de la théologie réformée moderne. ». Au premier abord, cette confession semble traduire un point de vue partiellement libertarien. Toutefois, un examen attentif de sa terminologie révèle clairement une position compatibiliste, c'est-à-dire pleinement déterministe. Pour une étude détaillée de la terminologie de cette confession, se référer à l'annexe B.

3.17 Conclusion sur l’aspect équivoque de la terminologie calviniste

Malgré l'ambiguïté de certaines terminologies employées, le calvinisme historique affirme que Dieu est la cause déterminante de tout événement. De nombreuses personnes, même calvinistes, peuvent être facilement induites en erreur par ces subtilités de terminologie et certains concepts équivoques. Comme nous l'avons exposé, pour comprendre correctement le calvinisme orthodoxe, il faut interpréter ces subtilités et concepts à la lumière du déterminisme et du compatibilisme.

4 Les problèmes inhérents au déterminisme

Le déterminisme, qui est un principe fort du calvinisme orthodoxe, induit certaines difficultés. Les non-calvinistes perçoivent dans ce concept des problèmes et des contradictions qui, selon eux, disqualifient le calvinisme en tant que doctrine biblique. Les calvinistes s’opposent à cet avis en proposant diverses réponses à ces problèmes.

4.1 Un Dieu qui paraît commettre des péchés

4.1.1 Exposition de la problématique

Le déterminisme implique que tout est déterminé soit d’une manière mystérieuse (déterminisme théologique) soit par l'entremise de facteurs naturels agencés par Dieu (déterminisme théologique et naturel). Ainsi tous les péchés et tous les maux de l’humanité ont été déterminés par Dieu145SHEDD, William Greenough Thayer. Calvinism: Pure and Mixed, A Defence of the Westminster Standards. New York : Charles Scribner's Sons, 1893, p. 32-33, 38-39. « Le péché fait partie des "quoi que ce soit" qui sont "arrivés", et tous ces événements sont "ordonnés" [...] Rien n’arrive en dehors de son décret. Rien ne se produit par hasard. Même le mal moral, qu’il abhorre et interdit, survient selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu […] L’incapacité de l’homme à expliquer comment Dieu peut rendre les choses certaines sans les rendre contraignantes n’est pas une raison pour nier que [Dieu] puisse le faire ou qu’il l’ait fait. »146JAMES, Frank A. III. Neglected Sources of the Reformation Doctrine of Predestination Ulrich Zwingli and Peter Martyr Vermigli. Modern Reformation. 1998, vol. 7. « [...] Dieu est absous de toute culpabilité personnelle, ainsi Zwingli peut affirmer que Dieu est "l'auteur, le moteur et l'instigateur" du péché humain. »147LUTHER, Martin, COLE, Henry [trad.]. Martin Luther on the Bondage of the Will: Written in Answer to the Diatribe of Erasmus on Free-will. London : Printed by T. Bensley for W. Simpkin and R . Marshall, 1823, p. 119-120. « [Reprenant un point qu'Erasme lui reproche, Luther confirme sa croyance :] [...] que le libre arbitre est un terme vide, car Dieu agit en nous pour le bien et le mal. »148CLARK, Gordon H. Religion, Reason, and Revelation. Philadelphia : Presbyterian and Reformed, 1961, p. 237-238. « Qu'il soit dit sans équivoque que cette vision [du déterminisme théologique calviniste] fait certainement de Dieu la cause du péché. Dieu est la seule cause ultime de tout. Il n'y a absolument rien qui soit indépendant de lui. Lui seul est l'être éternel. Lui seul est tout-puissant. Lui seul est souverain. »149CLARK, Gordon H. Predestination. Unicoi, TE : Trinity Foundation, 2006, p. 18. « Certaines personnes ne souhaitent pas étendre le pouvoir de Dieu sur les choses mauvaises, et particulièrement sur les maux moraux [...]. La Bible enseigne [...] explicitement que Dieu crée le péché. »150SPROUL, R. C.. Almighty Over All: Understanding the Sovereignty of God. Grand Rapids : Baker Books, 1999, p. 54. « Je n’accuse pas Dieu de pécher ; je suggère qu'il a créé le péché. »151MACARTHUR, John. The Doctrine of Election, Part 1. In : Grace to You [en ligne]. 2004-09-19 [consulté le 2024-12-27]. Disponible à l’adresse : https://www.gty.org/library/sermons-library/90-273/The-Doctrine-of-Election-Part-1. « Tu es coupable. Tu es responsable. Tu l'as fait. Tu l'as fait de ta propre volonté. Mais Dieu avait prédéterminé que cela serait fait. Cela faisait partie de son plan prédéterminé et de sa prescience. Cela signifie que prédéterminer, connaître d'avance, ce n'est pas simplement avoir des informations sur ce qui va se passer, mais prédéterminer que cela se produira. »152CHEUNG, Vincent. The Author of Sin. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2005-05-31 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/01/the-author-of-sin/« Quand quelqu’un prétend que ma vision de la souveraineté divine fait de Dieu l’auteur du péché, ma réaction est la suivante : "Et alors ? [...]". [I]l n’y a aucun problème biblique ou rationnel à ce qu’il soit l’auteur du péché. »153TALBOT, Mark, PIPER, John [ed.], TAYLOR, Justin [ed.]. Suffering and the Sovereignty of God. Wheaton, IL : Crossway Books, 2006, p. 41-42. « Dieu accomplit toutes choses conformément à sa volonté. Ce n'est pas simplement que Dieu parvient à tourner les aspects mauvais de notre monde en bien pour ceux qui l'aiment ; c'est plutôt qu'il provoque lui-même ces aspects mauvais […] Cela inclut le fait que Dieu a même permis la brutalité nazie à Birkenau et Auschwitz, ainsi que les meurtres terribles de Dennis Rader et même les abus sexuels d'un jeune enfant. »154FRAME, John. Interview with John Frame on the Problem of Evil. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2008-08-20 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/justin-taylor/interview-with-john-frame-on-problem-of/. « La question, cependant, est de savoir si Dieu permet simplement le mal, ou si, en plus, il provoque réellement le mal dans un certain sens. Je pense que ce dernier est vrai. »155PIPER, John. Spectacular Sins: And Their Global Purpose in the Glory of Christ. Wheaton : Crossway, 2008, p. 24. « Dieu est capable, sans “tenter” de manière répréhensible, de faire en sorte qu’une personne accomplisse ce que Dieu a ordonné pour elle, même si cela implique le mal. »156CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.8, p. 890. « Le premier homme a chuté, parce que Dieu avait jugé cela opportun. Pourquoi l’a-t-il jugé tel, nous n'en savons rien ! […] L’homme trébuche donc selon ce qui avait été ordonné par Dieu; mais il trébuche à cause de sa méchanceté. »157PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc., 2009, p. 162. « Il était clairement de la volonté de Dieu que le péché entre dans ce monde, sinon il ne serait pas entré, car rien ne se produit sauf ce que Dieu a éternellement décrété. De plus, il ne s’agissait pas d’une simple permission, car Dieu ne permet que ce qui accomplit son dessein. »158GRUDEM, Wayne. Systematic Theology: An Introduction to Biblical Doctrine. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2009, p. 330. « Nous confessons que nous ne comprenons pas comment Dieu peut ordonner que nous accomplissions des actes mauvais tout en nous tenant responsables de ces actes, sans qu’il soit lui-même blâmé. »159PALMER, Edwin H.. The Five Points of Calvinism. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 24-25. « Toutes les choses qui arrivent dans le monde à tout moment et à travers toute l’histoire, qu’il s’agisse de la matière inorganique, de la végétation, des animaux, des hommes ou des anges (qu’ils soient bons ou mauvais), se produisent parce que Dieu les a ordonnées. Même le péché : la chute du diable du ciel, la chute d’Adam, et chaque pensée, parole ou action mauvaise dans toute l’histoire [...]. Bien que le péché et l’incrédulité soient contraires à ce que Dieu commande […], Dieu les a inclus dans son décret souverain (il les a ordonnés et a causé leur réalisation certaine). »160PIPER, John. Has God Predetermined Every Tiny Detail In the Universe, Including Sin?. In : Desiring God [en ligne]. 2010-04-24 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/interviews/has-god-predetermined-every-tiny-detail-in-the-universe-including-sin. « Dieu a-t-il prédéterminé chaque infime détail dans l’univers, tels que les particules de poussière dans l’air et tous nos péchés qui nous assaillent ? Oui […] La raison pour laquelle je le crois, c’est parce que la Bible dit : "On jette le sort dans le pan de la robe, Mais toute décision vient de l’Eternel." (Proverbes 16:33). »161HART, M. J., HILL, D. J. Introduction and Historical Overview. In : Does God Intend that Sin Occur?. Cham : Palgrave Macmillan, 2022, p. 6-14. Disponible à l'adresse : https://doi.org/10.1007/978-3-031-06570-5_1. Nous pouvons alors nous demander si Dieu, en tant que cause déterminante, n’est pas condamnable du fait du péché et du mal qu’Il détermine.

4.1.2 Tentative d’apologie

4.1.2.1 Dieu n’est pas soumis à la loi des hommes

(a) Argument calviniste

Selon certains calvinistes, commettre un péché consiste à violer une loi à laquelle nous sommes soumis162JOHNSON, Daniel M.. Calvinism And The Problem Of Evil. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « En quoi l'activité souveraine de Dieu diffère-t-elle de façon notable de celle des êtres humains ? Les calvinistes ont fortement insisté sur une différence d'ordre moral : Dieu est le maître du cosmos, la source de toute existence et de toute bonté, et il existe par lui-même, contrairement aux êtres humains. L'une des conséquences de cette différence est que Dieu n'est soumis à aucune loi extérieure et qu'Il est donc par définition incapable d'agir en rébellion contre une telle loi. Les êtres humains, en revanche, sont soumis à la loi de Dieu. Certains calvinistes ont identifié la rébellion comme l'essence du péché. McCann soutient par exemple que le fait de provoquer volontairement le mal n'est ni nécessaire ni suffisant pour commettre un acte répréhensible. Pour qu'un acte soit répréhensible, il faut qu'il y ait une désobéissance consciente à un commandement divin. Il s'ensuit que Dieu ne fait pas de mal en provoquant le mal puisqu'il n'a aucune loi à laquelle répondre et qu'ainsi il n'agit donc pas de manière rebelle. ». Cependant, la loi de Dieu s’applique aux hommes et non à Dieu. Ainsi, Dieu ne transgresse aucune loi et ne commet donc aucun péché.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Il semble difficile de penser qu’il n’existerait pas certaines mesures universelles s’appliquant à tout être rationnel et relationnel. Cela n'implique pas que ces lois universelles se situent hors et au-dessus de Dieu, mais plutôt qu'elles s'appliquent à Lui, au moins dans un certain degré, bien qu'elles proviennent de Lui. En effet, pour définir la bonté, l’amour, la gloire, etc. d’un être, nous devons utiliser des éléments concrets et compréhensibles permettant d’évaluer ces qualificatifs.

4.1.2.2 Dieu n’a pas de mauvaises intentions en déterminant le mal

(a) Argument calviniste

Un autre argument consiste en l’affirmation que Dieu n’a pas de mauvaise intention en déterminant le mal163WELTY, Greg. Molinist Gunslingers : God and the Authorship of Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « [S]i par "auteur du péché" nous entendons que Dieu est l'auteur du mal, l'agent qui accomplit effectivement l'acte pécheur et avec des intentions mauvaises, alors non, Dieu n'est pas l'auteur du péché. Edwards dit que "ce serait un reproche et un blasphème de supposer que Dieu est l'auteur du péché" dans ce sens. [...] En revanche, selon Edwards, Dieu est l'auteur du péché dans le sens où il a ordonné l'existence du péché. Il est "celui qui dispose et ordonne le péché". Il est "celui qui dispose de l'état des événements, de sorte que, pour des fins et des buts sages, saints et très bons, le péché [...] s'ensuivra très certainement et infailliblement". Donc, si par "auteur du péché" nous entendons "celui qui ordonne que le mal moral se produise effectivement", alors oui (dit Edwards), cela semble être l'enseignement récurrent de l'Écriture. Mais puisque Dieu n'est pas l'auteur du péché au sens premier du terme, il n'a aucune culpabilité morale ou ne mérite aucun blâme à ce sujet. ». Au contraire, quand Dieu détermine la chute, par exemple, ce n’est pas avec l’intention de générer de la souffrance, mais avec l’intention de faire advenir un bien supérieur (manifester sa grâce, sa justice, sa gloire, etc.) à travers le mal déterminé164PIPER, John. Spectacular Sins: And Their Global Purpose in the Glory of Christ. Wheaton : Crossway, 2008, p. 54. « Ainsi, lorsque je dis que tout ce qui existe — y compris le mal — est ordonné par un Dieu infiniment saint et tout-sage pour faire briller plus intensément la gloire de Christ, je veux dire que, d’une manière ou d’une autre, Dieu s’assure que toutes choses servent à glorifier son Fils […]. Par "ordonner", j’entends que Dieu a soit causé directement quelque chose, soit l’a permis pour des desseins sages. ». Lorsqu’une personne est accusée d’un mal, l’action n’est pas décorrélée de l’intention. Par exemple, un policier qui tue un braqueur durant un braquage ne le fait pas avec la volonté de lui faire du mal, mais avec la volonté de protéger des innocents.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Cet argument semble bien pouvoir, au moins théoriquement, disculper Dieu de l’accusation d’être condamnable en raison du péché et du mal qu’Il détermine. Néanmoins, lorsqu'on considère l'ensemble du péché et du mal que Dieu auraient déterminés et leurs conséquences, il semble difficile de distinguer en pratique le bien supérieur les justifiant. D'autre part, nous devons saisir que l'analogie du policier ne peut s'appuyer sur le principe de moindre mal que dans la mesure où celui-ci fait face à une situation qu'il n'a pas lui-même déterminé, le policier n'a pas décrété le passage à l'acte du braqueur. Or, un tel contexte n'existe pas dans le déterminisme théologique. Pour ces raisons, cette explication est peu vraisemblable pour les non-calvinistes.

De surcroît, il faut remarquer que l'argument de la « bonne intention » n’a pas pour effet de démontrer que l’homme est responsable du mal que Dieu a déterminé. Le fait que Dieu ne soit pas responsable du mal n'implique pas nécessairement que l'homme le soit. Or, si nous ne démontrons pas que l’homme est responsable de ses actes, sa condamnation à une peine éternelle semble difficilement justifiable, ce qui affecterait le caractère moral de Dieu.

Enfin, dans un tel cadre, les textes bibliques exprimant la tristesse ou la déception de Dieu envers les hommes n'auraient guère de sens. Tout au plus, Dieu pourrait être triste de n'avoir à sa seule disposition que le décret du mal en vue d'un plus grand bien. En effet, Dieu ne pourrait, de manière cohérente, être déçu du fait que l'homme accomplisse les actions qu'Il a lui-même déterminées. Cette conception des choses semble entrer en contradiction avec l'exhortation explicite faite au croyant de ne pas « attriste[r] [...] le Saint-Esprit de Dieu » (Ep 4:30).

4.2 Une condamnation qui paraît injuste

4.2.1 Exposition de la problématique

Si la chute a été déterminée, si les péchés personnels des hommes ont été déterminés et si le fait qu’ils ne se repentent pas a également été déterminé, il semble difficilement soutenable de justifier leur condamnation à des souffrances, en particulier, éternelles et définitives. Ainsi, le jugement de Dieu envers le pécheur semble injuste.

4.2.2 Tentative d’apologie

Face à ces problèmes, le compatibilisme est sans aucun doute le concept le plus important de la défense calviniste. Comme le terme l’indique, l’objectif du compatibilisme est d’affirmer que deux notions qui peuvent sembler contradictoires sont, en réalité, compatibles entre elles.

4.2.2.1 Introduction au compatibilisme

Le compatibilisme stipule que le déterminisme est compatible avec une certaine liberté humaine. Notons que la liberté humaine compatibiliste ne correspond pas au libre arbitre au sens commun (c'est-à-dire libertarien) qui affirme que, dans les mêmes circonstances, l’homme a la capacité d’agir autrement. La liberté compatibiliste est une « liberté » uniquement dans la mesure où la volonté humaine ne fait pas l'expérience psychologique d'être contrainte par une source externe. De plus la volonté humaine est mue par des raisons d'agir elles-mêmes déterminées. Dans ce cadre, l’homme agit, certes, volontairement, mais sa volonté est néanmoins déterminée par une source externe165MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « Selon un courant du compatibilisme classique, la liberté n'est rien de plus que la capacité d'un agent à faire ce qu'il veut en l'absence d'obstacles qui pourraient se dresser sur son chemin. [...] En règle générale, la référence des compatibilistes classiques en matière d'action entravée ou gênée est l'action contrainte. L'action contrainte survient lorsqu'une personne est contrainte par une source externe d'agir contrairement à sa volonté. Pour le compatibiliste classique, le libre arbitre est donc une capacité à faire ce que l'on veut. Il est donc plausible de conclure que la vérité du déterminisme n'implique pas que les agents manquent de libre arbitre puisqu'elle n'implique pas que les agents ne fassent jamais ce qu'ils souhaitent faire, ni que les agents soient nécessairement empêchés d'agir. La cohérence du compatibilisme est ainsi établie. Mais dans quelle mesure la version compatibiliste classique du libre arbitre est-elle convaincante ? ». En particulier, dans le déterminisme théologique calviniste, Dieu détermine la volonté de l'homme de sorte que celui-ci choisisse toujours ce que Dieu veut.

Certains calvinistes peuvent parfois présenter le compatibilisme de façon équivoque. Pour eux, le compatibilisme signifierait la compatibilité entre souveraineté divine et libre arbitre166CARSON, D. A.. How Long, O Lord?. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2006, p. 179.167WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 83.168PICIRILLI, Robert E.. Grace, Faith, Free Will : Contrasting Views of Salvation: Calvinism and Arminianism. Nashville, TN : Randall House Publication, 2002, p. 60. « De nombreux calvinistes professent un "compatibilisme" qui tente de combiner le déterminisme avec la liberté humaine en redéfinissant la "liberté" comme signifiant la liberté de faire ce que l'on désire, plutôt que la liberté de faire quelque chose de différent de ce que l'on fait. ». Cette formulation ne correspond pas au compatibilisme car, comme nous l'avons déjà vu, la pleine souveraineté n’implique pas nécessairement le déterminisme théologique. D’autre part, le libre arbitre du compatibilisme correspond à une liberté déterminée (sans être coercitive), et celle-ci ne légitime pas nécessairement la responsabilité morale qui est l’enjeu de la problématique169FRAME, John. The Doctrine of God. Phillipsburg : P&R Publishing Company, 2002, p. 199. « La doctrine selon laquelle Dieu contrôle toutes choses, y compris les décisions humaines, suscite généralement la question suivante : "Comment pouvons-nous alors être responsables de nos actes ?" Répondre à cette question a été une préoccupation majeure des théologiens qui écrivent sur la doctrine de Dieu. ».

Le concept du compatibilisme reste limité dans son utilisation. En effet, l’objectif de l’appel au compatibilisme n’est pas seulement de défendre une certaine liberté, mais surtout de défendre la responsabilité morale170BEROFSKY, Bernard. Classical Compatibilism. In : TIMPE, Kevin. [ed.], GRIFFITH, Meghan. [ed.], LEVY, Neil. [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 41. « [C]ertains philosophes utilisent le terme "compatibilisme" pour désigner l'opinion selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale ou avec le libre arbitre compris dans un sens selon lequel le libre arbitre est nécessaire à la responsabilité morale. Il n'existe ainsi aucune définition communément admise du "compatibilisme classique". Ainsi, pour celui qui est chargé d'attribuer une signification au "compatibilisme classique", il est plus fructueux et moins arbitraire de commencer par reconnaître la présupposition centrale de l'existence de ce concept. ». Le semi-compatibilisme propose une formulation plus adaptée en stipulant que le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale de l’homme171FISHER, John M.. Semicompatibilism. In : TIMPE, Kevin [ed.], GRIFFITH, Meghan [ed.], LEVY, Neil [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 5. « En ce qui concerne le déterminisme causal, le semi-compatibilisme est l'opinion selon laquelle le déterminisme causal est compatible avec la responsabilité morale, indépendamment de la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement. Là encore, le semi-compatibilisme ne prend pas position sur la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement ; il est donc compatible à la fois avec le compatibilisme classique [...] et le rejet du compatibilisme classique. ». Ainsi, des défenseurs calvinistes notables, lorsqu’ils se réfèrent au compatibilisme se réfèrent en pratique plutôt au semi-compatibilisme172HELM, Paul. Theological Compatibilism: A Case of Faith Seeking Understanding. In : Helm’s Deep [en ligne]. 2009-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2009/05/theoogical-comptibilism-case-of-faith.html. « L'ordination et le soutien par Dieu de toute chose jusque dans ses moindres détails, y compris chaque action humaine, est un type de déterminisme doux, la doctrine selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale humaine. »173WINGARD, John C. JR. Confession of a Reformed Philosopher: Why I Am a Compatibilist about Determinism and Moral Responsibility. In : Themelios [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/themelios/article/confession-of-a-reformed-philosopher/. « Tout d'abord, soyons clairs sur la nature du problème pour lequel le compatibilisme est censé être la solution. Le problème de la liberté et du déterminisme, comme on l'appelle souvent, est au fond la question de savoir si la liberté moralement significative (ou l'agence libre), et la responsabilité morale dont cette liberté est censée être une condition nécessaire, sont compatibles avec le déterminisme causal en ce qui concerne les actes des agents humains. »174ALEXANDER, David E., JOHNSON, Daniel M.. Introduction. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 5. « Les calvinistes affirment que la responsabilité morale et toute sorte de libre arbitre nécessaire à la responsabilité morale sont compatibles avec toute sorte de déterminisme impliqué par les vues calvinistes de la providence. »175HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « [Calvin] considère que sa vision déterministe est compatible avec la responsabilité humaine. »176BIGNON, Guillaume. Does Compatibilism Entail Determinism? A Pragmatic Argument From Purpose in Evil. In : TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-27 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/does-compatibilism-entail-determinism.html. « Les calvinistes sont également appelés compatibilistes du fait de leur conviction que ce type de déterminisme [provenant de la providence divine] est compatible avec la responsabilité morale humaine. ».

La légitimité de la responsabilité morale humaine est donc le principal enjeu des théories compatibilistes. Néanmoins, comme nous allons le voir, il est hautement questionnable que leur représentation du libre arbitre ou du processus de choix puisse soutenir valablement une responsabilité morale. Nous allons maintenant décrire sur quels éléments repose le concept de compatibilisme dans l’argumentaire calviniste.

4.2.2.2 Un « mystère » biblique

(a) Argument calviniste

Les calvinistes avancent généralement que le concept du compatibilisme découle de la révélation biblique. Celle-ci affirmerait les deux concepts paradoxaux en question, à savoir le déterminisme théologique et le libre arbitre, qui soutiennent la responsabilité morale de l'homme. Ainsi, tout chrétien considérant la Bible comme une révélation fiable devrait accepter le compatibilisme comme un « mystère biblique »177CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 124. « Comment il a été ordonné par la prescience et le décret de Dieu ce que serait l’avenir de l’homme, sans que Dieu soit impliqué comme complice de la faute, en tant qu’auteur ou approbateur de la transgression, est manifestement un secret dépassant tellement la compréhension de l’esprit humain que je n’ai pas honte de confesser mon ignorance. […] Je médite chaque jour sur ces mystères de ses jugements, sans que la curiosité de savoir davantage ne m’attire. »178CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.8, p. 890. « Le premier homme a chuté, parce que Dieu avait jugé cela opportun. Pourquoi l’a-t-il jugé tel, nous n'en savons rien ! […] L’homme trébuche donc selon ce qui avait été ordonné par Dieu; mais il trébuche à cause de sa méchanceté. ».

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Un mystère n’est pas un fait qui contredit la raison, mais qui la dépasse. Cela doit donc concerner des éléments ne pouvant être découverts en l’absence de révélation, et dont certains aspects ne pourraient être pleinement appréhendés179SPROUL, R. C.. Choisis par Dieu. Trois-Rivières : Éditions Impact, 2021, p. 45-46. Disponible à l’adresse : https://fr.ligonier.org/wp-content/uploads/2021/03/PDF_Choisis-par-Dieu.pdf. « Il est facile de confondre mystère et contradiction. Nous ne comprenons ni l’un ni l’autre. Personne ne saisit une contradiction, car les contradictions sont intrinsèquement inintelligibles. Pas même Dieu ne peut comprendre une contradiction. Les contradictions n’ont aucun sens. Personne ne peut leur donner un sens. Les mystères peuvent être compris. Le Nouveau Testament nous révèle des choses qui nous étaient cachées et insaisissables à l’époque vétérotestamentaire. [...] Nous n’avons pas encore atteint les limites de la découverte humaine. Nous savons également qu’au ciel des choses nous étant encore cachées nous seront révélées. Il reste que, même au ciel, nous ne saisirons pas pleinement la signification de l’infinité. [...] Il n’a aucune place pour les contradictions. Il se peut que des mystères soient vrais. Les contradictions ne peuvent jamais l’être, ni ici-bas dans notre esprit ni là-haut dans celui de Dieu. ». Cependant, le déterminisme semble contredire la responsabilité morale de l’agent déterminé. Pour prétendre à un mystère biblique, le compatibilisme ne peut pas se limiter à affirmer la conclusion voulue ; il doit au contraire la justifier en démontrant l’existence d’une certaine cohérence, même partielle, entre les éléments apparemment contradictoires. Par exemple, le mystère de la Trinité ne se contente pas d’affirmer que Dieu est à la fois un et plusieurs, mais il justifie cette affirmation en distinguant l’être divin de son existence en trois personnes (hypostases) distinctes180SPROUL, R. C.. Choisis par Dieu. Trois-Rivières : Éditions Impact, 2021, p. 43. « [La trinité] ne viole aucune loi de la logique. Elle passe le test objectif de la loi de la contradiction. Dieu est un seul en essence et en trois personnes. Il n’y a rien de contradictoire dans cela. Si nous disions que Dieu est un seul en essence et trois en essence, nous nous trouverions devant une contradiction véritable impossible à résoudre. Le christianisme serait alors désespérément irrationnel et absurde. La Trinité constitue un paradoxe, mais pas une contradiction. ».

Cette exigence du principe de non-contradiction ne devrait pas être comprise comme un manque de considération à l'égard de la révélation biblique. En effet, la cohérence de la révélation biblique est un axiome de l'herméneutique biblique qui est fondamental aux yeux des théologiens les plus éminents, y compris réformés181SPROUL, R. C.. Knowing Scripture. In : Ligonier [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/knowing-scripture. « Derrière le principe de l'analogie de la foi se cache la confiance préalable que la Bible est la Parole inspirée de Dieu. Si elle est la Parole de Dieu, elle doit donc être cohérente et consistante. Les cyniques, cependant, disent que la cohérence est le fléau des esprits faibles. Si cela était vrai, nous devrions alors dire que le plus faible esprit de tous est l'Esprit de Dieu. Or, il n'y a rien d'intrinsèquement petit ou faible à trouver dans la cohérence. S'il s'agit de la Parole de Dieu, on peut légitimement s'attendre à ce que la Bible entière soit cohérente, intelligible et homogène. Nous partons du principe que Dieu, en raison de son omniscience, ne serait jamais coupable de se contredire. Il est donc insultant pour le Saint-Esprit de choisir une interprétation d'un passage particulier qui mettrait inutilement ce passage en conflit avec ce qu'il a révélé ailleurs. Le principe directeur de l'herméneutique ou de l'interprétation réformée est donc l'analogie de la foi. »182BLOCHER, Henri. The ‘Analogy of Faith’ in the Study of Scripture: In Search of Justification and Guidelines. Scottish Bulletin of Theology. 1987, vol. 5, n°1, p. 17-38. Disponible à l’adresse : https://biblicalstudies.org.uk/pdf/sbet/05-1_017.pdf. « À toutes les étapes de l'histoire biblique, la cohérence est hautement valorisée et attribuée à tout enseignement censé provenir de Dieu. [...] La loi du Seigneur est pure, c'est-à-dire parfaitement homogène, et complètement purgée de scories l'image de l'argent et de l'or raffinés ; toutes ses ordonnances vont ensemble comme une dans leur légèreté (Ps. 19:9). [...] En fait, toute la logique de l'appel de notre Seigneur à l'Écriture dans son argumentation [contre les tentations de Satan] (et de même de ses apôtres) s'effondrerait instantanément si la présupposition de cohérence scripturaire était supprimée. »183HODGE, Charles. Systematic Theology. Grand Rapids : Eerdmans, 1940, vol. 1, p. 51. « [L'impossible est incroyable et ne peut donc pas être un objet de foi. L'impossible ne peut pas être vrai; mais la raison en prononçant une chose impossible doit agir rationnellement et non capricieusement. Ses jugements doivent être guidés par des principes qui s'imposent à la conscience commune des hommes. Ces principes sont les suivants : 1. Est impossible ce qui implique une contradiction ; par exemple, que ce qui est ne soit pas ; que le juste soit faux et le faux juste. 2. Il est impossible que Dieu fasse, approuve ou ordonne ce qui est moralement inadéquat. 3. Il est impossible qu'Il nous demande de croire ce qui contredit une loi de la conscience, quelle qu'elle soit, qu'Il a inscrite dans notre nature. 4. Il est impossible qu'une vérité en contredise une autre. Par conséquent, il est impossible que Dieu révèle une chose comme vraie si elle contredit une vérité clairement identifiée, que ce soit par l'intuition, l'expérience ou une révélation antérieure. »184BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 105. « [Les] propositions [de la dogmatique], non seulement ne doivent pas s'opposer à la vérité de la révélation, mais encore ne doivent pas se contredire entre elles, et aussi peu doivent-elles s'opposer à la réalité, c'est-à-dire qu'elles ne doivent pas être telles que pour les maintenir, il faille ou nier ou fausser les faits donnés par la réalité. »185BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 309. « Il n'y a pas de raison de douter que Dieu reconnait pour justes les vérités mathématiques et les lois logiques, non qu'elles se trouveraient au-dessus de Dieu, mais elles découlent de la pensée et de la volonté de Dieu. »186BARTH, Karl. Church Dogmatics. Edinburgh : Bloomsbury Publishing, 1956, vol. 4, p. 186. « Il n’y a en [Dieu] aucun paradoxe, aucune antinomie, aucune division, aucune incohérence, pas même la possibilité d’un tel paradoxe. Il est le Père des lumières chez qui il n’y a ni variabilité ni interaction entre la lumière et les ténèbres (Jacques 1:12). Ce qu'il est et ce qu'il fait, il l'est et le fait en pleine unité avec lui-même. ».

Toutefois, seul le « calvinisme antinomique » considère qu’il n’est pas nécessaire de justifier, ne serait-ce qu'un minimum, l’affirmation du compatibilisme. Le calvinisme orthodoxe, lui, propose une argumentation, car il considère également que le mystère biblique doit être justifié par une démonstration cohérente.

4.2.2.3 L’analogie de l’auteur et des personnages d’un livre

(a) Argument calviniste

Pour justifier le compatibilisme, le calvinisme orthodoxe avance généralement deux éléments :

  • Une personne est responsable de ses actes parce qu’elle agit volontairement (bien que sa volonté soit déterminée).
  • De plus, sa volonté est déterminée par Dieu. La causalité provient donc d’une dimension différente de la nôtre et de ce fait permettrait une réelle compatibilité, supérieure à celle résultant d'une causalité naturelle. (Cet argument va à l'encontre des principes du calvinisme d’Edwards).

Une analogie populaire, et considérée comme pertinente par de nombreux calvinistes, est celle de l’auteur d’un livre et de ses personnages187ANDERSON, James. Calvinism and the First Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 209. « Un modèle bien plus approprié [que le modèle de Domino] serait ce que nous pourrions appeler le modèle "Auteur de la providence". Dans ce cadre, les actes de création et de providence de Dieu sont analogues à la rédaction humaine d'un roman. Au niveau ultime, l'auteur détermine tout ce qui se passe dans son roman. Nous pouvons dire que l'auteur du roman a ordonné que les actions pécheresses aient lieu dans le monde qu'il a créé, mais l'auteur lui-même ne commet aucune action pécheresse et n'approuve aucune d'elles. Au sens large, le romancier est la cause première et ultime suffisante de tout ce qui se passe dans sa création. Pourtant, en même temps, cette causalité d'auteur opère à un niveau très différent des causes intranarratives. »188JOHNSON, Daniel. Divine Providence. In : Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2017-01-25]. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/providence-divine/. « Une analogie utile peut être établie ici avec la relation entre l'auteur d'une histoire et les personnages qui la composent. L'auteur n'entre pas dans l'histoire elle-même, et n'agit pas sur les personnages de manière à les forcer à faire ce qu'ils font. Au contraire, il les crée à travers leurs actions, afin qu'ils puissent se comporter librement dans le monde du roman. Dans le récit traditionnel, la relation de Dieu à ses créatures est similaire à celle de l'auteur. »189MCCANN, Hugh. The Author of Sin?. Faith and Philosophy. 2005, vol. 22, n° 2, p. 146. Cité à l'adresse : https://iep.utm.edu/theo-det/. « L'auteur d'un roman ne fait jamais faire quelque chose à ses créatures, il ne fait que les faire faire. Il en va de même entre nous et Dieu. ». Elle repose sur l'idée que lorsque nous lisons un livre, nous considérons les personnages du livre comme responsables de leurs actes et non l’auteur du livre. Cependant, les personnages sont déterminés par l’auteur. Selon les calvinistes, cette analogie démontre deux choses :

  • Les personnages du livre sont responsables, car ils font ce qu’ils veulent faire, même si ce qu’ils veulent faire est déterminé par l’auteur.
  • De plus, les personnages sont déterminés par l’auteur qui se trouve dans une dimension différente de la leur.
(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Bien que nous reconnaissions qu’une analogie possède toujours des limites, nous pensons qu’elle se retourne contre le compatibilisme lorsqu’elle est bien comprise :

L'explication de l'analogie calviniste repose sur la distance spatio-temporelle entre celui qui détermine (Dieu) et celui qui est déterminé (l'homme). Plus celui qui détermine l'action d'un agent est éloigné, moins nous avons l'impression que celui-ci surdétermine l'action190NEAL, Judisch. Theological determinism and the problem of evil. Religious Studies. 2008, vol. 44, n°2, p. 175. « [E]tant donné l'intuition qu'il y a quelque chose de répréhensible à ce que nos actions soient causées directement par un autre agent, on pourrait suggérer que si les effets immédiats de la volonté de Dieu étaient plus éloignés (disons dans l'espace ou dans le temps), nous serions assurés d'une sorte de tampon protecteur entre nos actions et les siennes, et cela donnerait suffisamment de « marge de manœuvre » pour le libre arbitre. ». En réalité, il ne s'agit que d'une impression. Pour s'en convaincre raccourcissons la distance spatio-temporelle entre l'auteur et ses personnages :

Imaginons donc un roman dans lequel l’auteur mentionne au sein de son histoire que les personnages sont déterminés par un écrivain. Étant donné que l'écrivain appartient maintenant à la même dimension de fiction que ses personnages, il est fort à parier que le lecteur mettra en doute la responsabilité des personnages déterminés.

Plus l'auteur est distant spatio-temporellement de son personnage et plus le lien déterministe semble être inexistant. Il nous semble donc raisonnable d’affirmer que la responsabilité perçue des personnages d’un roman repose sur la capacité du lecteur à faire « comme si » les personnages n'étaient pas déterminés par l'auteur et avaient en fait le libre arbitre libertarien.

4.2.2.4 L’analyse conditionnelle de la capacité d'agir autrement

(a) Argument calviniste

Un argument compatibiliste classique, repris par les calvinistes, est celui de « l'analyse conditionnelle »191BIGNON, Guillaume. The Distasteful Conditional Analysis of Ability. In : TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/the-distasteful-conditional-analysis.html. « Traditionnellement, les compatibilistes ont cherché à affirmer une sorte de principe de possibilités des alternatives, en interprétant la notion de "capacité" en des termes compatibles avec le déterminisme. C'est ce qu'ils appellent "l'analyse conditionnelle de la capacité". Ils admettent que, dans le cadre du déterminisme, au moment du choix, étant donné que toutes les choses sont ce qu'elles sont, une personne ne peut pas choisir autrement puisqu'elle est, après tout, déterminée. Néanmoins, ils soutiennent que si, conditionnellement, et contrairement aux faits, la personne avait voulu, choisi ou tenté de faire un choix différent, elle aurait alors agi autrement. Les compatibilistes soutiennent que le libre arbitre et la responsabilité morale requièrent ce type de capacité conditionnelle, et ne requièrent pas le sens [libertarien] plus catégorique de la capacité, qui pour sa part entre en conflit avec le déterminisme et donc entraîne l'incompatibilisme. ». Cet argument avance que, dans le cadre déterministe, il existe un sens restreint, dans lequel nous pouvons dire que l'homme a la capacité d'agir autrement. Cette capacité est conditionnelle, c'est-à-dire que la personne aurait agi autrement uniquement si ses dispositions internes192Par cohérence avec le déterminisme philosophique standard, nous utilisons la notion de dispositions internes bien que cette notion s'accorde mieux avec le calvinisme edwardsein. Pour avoir un exposé plus cohérent avec le calvinisme historique, remplacer « dispositions internes » par « décret divin ». avaient été différentes. Néanmoins, les calvinistes reconnaissent que la personne ne peut pas modifier ses dispositions internes, car celles-ci sont déterminées préalablement par Dieu. Voici une analogie illustrant cet argument :

  1. Une personne ne pouvant physiquement bouger ses bras ne peut être tenue responsable de ne pas enlacer une autre, car même si elle le voulait, elle ne pourrait pas le faire.
  2. Une personne physiquement apte à enlacer une personne pourrait être tenue responsable de son choix, car bien que déterminée à faire l'un ou l'autre choix, les deux choix lui restent physiquement possibles.
(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Les non-calvinistes s'accordent à dire qu'une personne ayant une contrainte physique empêchant un choix ne peut être tenue pour responsable. Néanmoins, dans le cadre déterministe, il est difficile de voir en quoi la contrainte physique devrait être plus problématique que le déterminisme interne pour soutenir la responsabilité morale humaine. En effet, nous pourrions également appliquer l'analyse conditionnelle à la contrainte physique « si la personne n'avait pas été physiquement inapte à ... alors elle aurait pu ... ». Si le déterminisme reconnaît que l'analyse conditionnelle n'est pas légitime en ce qui concerne la contrainte physique, il est difficile de saisir pourquoi elle le serait en ce qui concerne les dispositions internes, étant donné que l'agent déterminé n'a pas plus de capacité d'auto-déterminisme sur l'un que sur l'autre. La seule distinction notable, mais pas suffisante selon nous, est qu'en l'absence de contrainte physique, l'agent peut vivre une expérience psychologique lui faisant croire qu'il pourrait s'auto-déterminer.

Ainsi, les non-calvinistes soutiennent que pour qu'un agent soit responsable moralement, il faut d'une part qu'il puisse agir autrement si ses dispositions internes étaient différentes, et d'autre part qu'il puisse influencer ses dispositions internes dans un sens libertarien.

4.3 Un amour qui paraît limité

4.3.1 Exposition de la problématique

Dans la perspective déterministe, l’amour de Dieu pour les réprouvés semble être un concept inapproprié. En effet, comment une personne qui en aime une autre pourrait-elle déterminer sa souffrance éternelle ? Ceci semble d’autant plus problématique lorsque cet être est tout-puissant et n’est limité par aucune contrainte (et ne s’en imposant aucune à Lui-même) étant donné qu’Il détermine les détails de toutes choses.

4.3.2 Tentative d’apologie

4.3.2.1 La grâce est libre

(a) Argument calviniste

Une défense face à la difficulté de l’amour limité consiste à affirmer que pour qu’une grâce reste une grâce, celle-ci ne doit pas être une obligation pour son auteur. Ainsi, il serait injuste de reprocher à Dieu de ne pas donner sa grâce à tous les hommes, car cela impliquerait que Dieu a le devoir de le faire, ce qui est contraire au concept même de grâce (libre)193MALET, Nicole. Dieu selon Calvin. Lausanne : L'âge d’homme, 1977, p. 114. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=8eZV62Z6-koC&pg=PA114. « Jamais Calvin ne traite de prédestination des réprouvés en même temps que des élus sans en souligner le caractère profondément mystérieux. Le mystère est double. Le choix que fait Dieu des élus est purement gratuit, il dépend absolument de son bon plaisir. Mais ce qui choque le plus les adversaires de la doctrine de la prédestination, c'est l'injustice qu'elle semble impliquer : pourquoi les uns sont-ils sauvés, non les autres ? Calvin donne toujours à cette question une double réponse : la première consiste à affirmer que l'inégalité dans la prédestination démontre que la bonté de Dieu est vraiment gratuite. L'autre, qui est plutôt un refus de réponse, c'est que le conseil étroit est "secret". »194CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.21.6, p. 861. « Il n'en reste pas mois que cela a été une bénédiction extraordinaire que Dieu ait daigné choisir Israël et non les autres nations, comme cela est dit dans le psaume : « Il n'a pas fait de même pour toutes les nations; elles ne connaissent pas ses ordonnances » (Psaumes 147:20). Je n'ai pas dit, sans bonne raison, qu'il fallait noter ici une double distinction. Déjà dans l'élection peuple d'Israël, Dieu ne s'est pas astreint à une règle lorsqu'il a mis en oeuvre sa pure générosité. Vouloir l'obliger à appliquer la même règle pour tous serait usurper son droit, alors que l'inégalité même impliquée dans l'élection montre que sa bonté est vraiment gratuite. ». D’autant plus que, si l’on admet le compatibilisme, l’homme est pleinement responsable de sa situation et donc il n’est pas injuste que Dieu le laisse dans sa situation.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Si et seulement si nous admettons le compatibilisme, nous ne pouvons considérer comme une injustice le fait que certains ne reçoivent pas la grâce. Cependant, la critique ne porte pas sur la notion de justice, mais sur la notion d’amour.

De même, si Dieu donnait sa grâce à tous, cela n’impliquerait pas qu'elle ne soit plus libre car soumise à une obligation. En effet, Dieu pourrait décider librement d'accorder sa grâce à tous.

Parfois, les calvinistes évoquent des analogies pour marquer le fait que l’élection inconditionnelle n’est pas contradictoire avec le caractère de Dieu. Par exemple, le fait de donner à un mendiant en particulier et non à d’autres n’a rien d’injuste195BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 116. Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/blog/common-objections-reformed-doctrine-predestination. « Nous pouvons donner à un mendiant et pas à un autre car nous ne devons rien ni à l'un ni à l'autre. »196SPROUL, R. C.. Unconditional election. In : Ligonier [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/what-is-reformed-theology/unconditional-election. « Dieu, comme un gouverneur dans un État, peut permettre que certains criminels coupables se voient infliger la pleine mesure de leur peine. Mais le gouverneur a aussi le droit de gracier, d'accorder la clémence exécutive qu'il déclare. La personne qui bénéficie de la clémence bénéficie de la miséricorde. Si le gouverneur commue la peine d'une personne, cela signifie-t-il qu'il est obligé de le faire pour toutes les autres ? Par quelle règle de justice ? Par quelle règle de droiture est-ce le cas ? Aucune. ».

Cependant, cette analogie ne dépeint pas correctement la réalité qu’elle prétend illustrer. Une meilleure analogie de l’élection inconditionnelle serait de prendre l'exemple d’un homme au milieu de mourants, qui possède un nombre illimité de remèdes et décide de n’en donner qu’à certains sans raison les concernant. De plus, les personnes mourantes se trouveraient dans cette situation car l’homme aux remèdes les aurait préalablement « déterminés » à être mourantes197MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 241-242. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-I-Believe-in-Divine-Sivereignty-Contra-Piper.pdf.

4.3.2.2 La grâce commune

(a) Argument calviniste

Un autre argument calviniste affirme que Dieu aime tous les hommes, y compris les non-élus, par ce qu’ils appellent la « grâce commune ». Celle-ci se manifeste par une bienveillance générale envers l’humanité, à travers des bénédictions matérielles, des interventions providentielles ou encore des appels universels à la repentance et au salut — bien que sans la grâce nécessaire pour y répondre positivement198CARSON, D. A.. The Love of God. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2006-05-01 [consulté le 2025-05-27]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/sermon/the-love-of-god/.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Présenter la grâce commune comme expression de l’amour de Dieu envers les non-élus soulève une difficulté majeure : sans grâce salvatrice, cet amour paraît superficiel. Aimer véritablement, c’est vouloir le bien ultime de l’autre — en l’occurrence, son salut éternel. Or, si Dieu pouvait accorder à tous une grâce irrésistible menant au salut, mais choisit de ne pas le faire, son amour semble limité et équivoque199COX, Leo G.. Prevenient Grace - A Wesleyan View. Journal of the Evangelical Theological Society,‎ 1969, p. 147-148. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/Cox.-Prevenient-Grace.pdf.

Dans la logique calviniste, Dieu ne rend pas réellement possible pour tous d’accepter la grâce salvatrice, ce qui vide l’appel universel au salut de sa substance pour les non-élus. Certains calvinistes répondent à cette critique en soutenant que Dieu n’accorde pas cette grâce irrésistible avec regret, en raison de volontés concurrentes qu’il prend en compte — un point que nous examinerons ci-dessous.

4.3.2.3 Les volontés divines concurrentes

(a) Argument calviniste

Dieu peut vouloir le salut de tous tout en déterminant souverainement que seuls certains soient sauvés. Cette tension s'explique par une volonté supérieure : manifester pleinement sa gloire à travers la miséricorde envers les élus et la justice envers les réprouvés. L’amour divin pour tous est réel, mais subordonné à ce dessein ultime200PIPER, John. If God Desires All to Be Saved, Why Aren’t They?. In : Desiring God [en ligne]. 2023-04-06 [consulté le 2025-05-26]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/interviews/if-god-desires-all-to-be-saved-why-arent-they201MCCALL, Thomas. I Believe in Divine Sovereignty. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 209. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-I-Believe-in-Divine-Sivereignty-Contra-Piper.pdf.

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Dans une perspective non-calviniste, l’argument conserve une certaine pertinence, mais il est nuancé. Les non-calvinistes reconnaissent eux aussi l’existence de volontés multiples en Dieu. Toutefois, ils insistent sur le fait que Dieu veut sincèrement le salut de tous, même si ce désir n’aboutit pas nécessairement au salut de chacun. À la différence du calvinisme, cette tension s’explique essentiellement par la préservation de la liberté humaine, considérée comme indispensable à l’établissement d’une authentique relation d’amour. Ainsi, les non-calvinistes précisent que Dieu désire le salut de tous, mais « librement » : l’accomplissement de ce désir dépend donc, en partie, de la réponse de la créature202MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 240. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-We-Believe-in-Gods-Sovereign-Goodness.pdf. « Plutôt que l’universalisme, Piper choisit la stratégie mentionnée précédemment des « deux volontés de Dieu ». Permettez-moi d’être clair : le problème ici n’est pas qu’il existe des distinctions à l’intérieur de la volonté de Dieu. Le problème est plutôt que sa position sur cette question implique que les volontés de Dieu sont contradictoires. ».

En théologie calviniste, la coexistence de ces volontés divines pose un défi particulier, puisque toutes deux semblent déterminées exclusivement par le choix de Dieu. Cela soulève une question troublante : pourquoi Dieu, qui ressent une compassion sincère pour les non-élus, choisirait-il néanmoins leur condamnation éternelle uniquement pour manifester un aspect de sa gloire ? En effet, il est difficile de comprendre comment la condamnation inconditionnelle et déterminée d’un grand nombre d’individus pourrait accroître la gloire divine de façon cohérente et morale203MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 242. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-We-Believe-in-Gods-Sovereign-Goodness.pdf. « Piper affirme qu'" il existe une inclination sincère dans le cœur de Dieu pour épargner ceux qui ont commis une trahison contre son royaume". Alors pourquoi Dieu ne les sauve-t-il pas ? Pourquoi ne sauve-t-il pas ces pécheurs qu'il a prédéterminés à commettre une trahison contre lui ? La raison est que "la volonté de Dieu de sauver tous les hommes est freinée par son engagement à glorifier sa grâce souveraine". Mais puisque, étant donné (B**), Piper ne peut prétendre que Dieu agit ainsi parce qu'il en tire un bénéfice quelconque, nous sommes en droit de nous demander en quoi le compte des "deux volontés" pourrait être utile. L'œuvre de Dieu consistant à se glorifier ad extra n'est pas – et ne peut logiquement pas être – un avantage pour celui qui est déjà et nécessairement glorifié au maximum. En est-il de même pour les pécheurs ? Est-il vraiment vrai que « Dieu est le plus glorifié en nous lorsque nous sommes le plus satisfaits en lui » ? Dieu damne-t-il alors inconditionnellement les pécheurs en enfer pour leur bien ? Que signifie dire – et le dire d'une manière cohérente avec une telle théologie – que Dieu est bon ? ».

Cette difficulté peut être illustrée par une analogie : imaginons un père qui placerait volontairement ses enfants dans une situation de danger, sauvant certains et laissant périr les autres, uniquement pour mettre en valeur ses propres qualités. Même si ce père éprouve une compassion réelle, sa décision de sacrifier certains de ses enfants semble entachée d’une ambiguïté morale profonde204MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 241-242. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-We-Believe-in-Gods-Sovereign-Goodness.pdf.

De surcroît, quand bien même, nous admettrions que réduire les actions d'amour pour laisser place à des actions de colère soit nécessaire pour que la gloire de Dieu se manifeste pleinement (ce qui semble très discutable), il faut noter que selon le calvinisme, le sacrifice du Christ est déjà une manifestation satisfaisante de cette colère205Le catéchisme d'Heidelberg 1563. In : FATIO, Olivier. Confession et Catéchismes de la Foi Réformée. Genève : Labor et Fides, 1986, p. 135-178, Question 37. Disponible à l’adresse : https://acteurs.uepal.fr/public_files/file/i_6_le_catechisme_d_heidelberg.pdf206SPROUL, R. C.. La sainteté de Dieu. Quebec, CA : Editions Impact, 2020, p. 136. « L’expression la plus violente de la colère et de la justice de Dieu se voit dans la croix. [...] La croix a constitué l'exemple à la fois le plus horrible et le plus magnifique de la colère de Dieu. Son oeuvre rédemptrice est l'acte le plus juste et le plus empreint de grâce de toute l'Histoire. »207CHALLIES, Tim. God’s Mercy and God’s Wrath Meet at the Cross. In : Challies [en ligne]. 2012-08-16 [consulté le 2025-05-04]. Disponible à l’adresse : https://www.challies.com/articles/gods-mercy-and-gods-wrath-meet-at-the-cross/. « [A] la croix, nous voyons la colère et la miséricorde se rencontrer. Nous les voyons toutes deux dans leur plénitude glorieuse : la manifestation ultime de la colère et de la miséricorde de Dieu. [...] En regardant la croix, nous voyons Jésus-Christ purger la juste sentence d'un pécheur. [...] Il fait face à une mesure éternelle de colère pour ses péchés contre un être éternel. Là, sur la croix, il fait face à la justice et aux tourments de l'enfer. »208MACARTHUR, John. The Agony of the Cup. In : Grace to You [en ligne]. 2004-09-19 [consulté le 2011-04-24]. Disponible à l’adresse : https://www.gty.org/library/sermons-library/90-273/The-Doctrine-of-Election-Part-1. « Et le niveau de colère divine est stupéfiant, car notre Seigneur subira des éternités de colère, des éternités de châtiment divin. [...] Je veux dire que pour chaque pécheur pour lequel il est mort, il a subi sa colère éternelle. Pour les millions de pécheurs pour lesquels il est mort, il a subi un million d'éternités de colère. »209KELLER, Tim. Calvin on “He descended into Hell”. In : Reformedish [en ligne]. 2017-07-31 [consulté le 2024-04-24]. Disponible à l’adresse : https://derekzrishmawy.com/2017/07/31/calvin-on-he-descended-into-hell-guest-post-by-tim-keller/. « Les prédicateurs feraient bien de lire attentivement Calvin lorsqu'il explique la phrase du Symbole des Apôtres : "Il est descendu aux enfers" (Institutions II.16.8-12). Calvin soutient que cette "descente aux enfers" de Jésus ne se limitait pas à la mort physique et au tombeau. Il croit qu'elle reflète l'enseignement biblique selon lequel Jésus a souffert non seulement des souffrances corporelles, mais tous les tourments qu'une âme en enfer, séparée de la présence de Dieu, connaîtrait. ». Ainsi, dans ce paradigme, l'actualisation de la damnation des hommes n'est plus nécessaire à la manifestation de la justice et de la colère divine.

4.4 Un amour qui paraît arbitraire

4.4.1 Exposition de la problématique

Enfin, le fait que seuls certains soient déterminés à être sauvés, et cela, sans aucune raison les concernant, semble rendre arbitraire l’amour de Dieu pour certains (les élus).

4.4.2 Tentative d’apologie

4.4.2.1 Le bon plaisir de Dieu

(a) Argument calviniste

Les calvinistes avancent généralement que l’élection n’a rien d’arbitraire puisque le choix des élus par Dieu repose sur son bon plaisir210WARE, Bruce. Divine Election to Salvation: Unconditional, Individual, and Infralapsarian. In : BRAND, Chad O. [ed.]. Perspectives on Election: Five Views. Nashville, TN : B&H Academic, 2006, p. 4. « L'élection inconditionnelle au salut peut être définie comme le choix gracieux de Dieu, fait dans l'éternité passée, de ceux qu'il sauverait par la foi à travers la mort expiatoire de son Fils. Un choix basé non sur ce que les élus feraient, sur un choix quelconque qu'ils feraient, sur la façon dont ils pourraient être bons ou mauvais, ou sur quoi que ce soit d'autre de spécifiquement vrai à leur sujet (c'est-à-dire leurs qualités, caractères, décisions ou actions) par rapport aux autres, mais basé uniquement sur le propre plaisir et la propre volonté de Dieu. »211ASSEMBLÉE DE WESTMINSTER. Les Textes de Westminster : quel est le but principal de la vie de l'homme?. Aix-en-Provence : Kerygma, 1988. Disponible à l’adresse : https://leboncombat.fr/wp-content/uploads/2013/09/Confession-de-Foi-de-Westminster.pdf. « Avant que ne soit posé le fondement du monde, Dieu a choisi en Christ, selon son dessein éternel et immuable, et selon le conseil secret et le bon plaisir de sa volonté, les êtres humains prédestinés à la vie et à la gloire éternelle (Ep 1.4,9,11; Rm 8.30; 2 Tm 1.9; 1 Th 5.9). Il l'a fait par sa seule et pure grâce, par amour, et non par une considération préalable de leur foi, ou de leurs bonnes actions, ou de leur persévérance, ou de quelque autre condition ou cause que ce soit (Rm 9.11,13,16; Ep 1.4,9); le tout à la louange de sa grâce glorieuse (Ep 1.6,12). ».

(b) Évaluation non-calviniste de l’argument

Il y a un sous-entendu infondé voulant que l’affirmation du bon plaisir démontrerait que le choix n’est pas arbitraire. Or, cela est faux : en vertu du bon plaisir, il est en effet possible de choisir arbitrairement des éléments. La question à se poser est plutôt : sur quoi est basé le bon plaisir de ce choix ? Le calviniste pourrait simplement dire que c’est un mystère, mais en réalité, il affirme plus que cela en avançant que le bon plaisir ne repose « sur aucun élément propre à la personne choisie ». C’est bien cette précision qui rend le choix de Dieu arbitraire. Si les humains sont choisis sans aucune raison les concernant ou les distinguant, alors il semble que le choix ne puisse être qu'aléatoire. En effet, les raisons d'un choix entre deux éléments ne peuvent se trouver, directement ou indirectement, qu'en lien avec leurs caractéristiques propres. Dans le cas contraire, le choix est aléatoire ou arbitraire.

4.5 Conclusion sur les problèmes inhérents au déterminisme

Bien que les tenants du déterminisme théologique puissent proposer une réponse logique à la problématique du décret des péchés, cela n’implique pas que leur argumentaire soit convaincant. Qui plus est, la réponse à d’autres problématiques comme la justice et l’amour de Dieu parait encore moins convaincante. Or, ce dernier concept doit avoir suffisamment de sens et de solidité pour permettre de se référer aux affirmations du calvinisme sans que celles-ci soient contradictoires ou portent atteinte à la justice et la bonté de Dieu. Nous avons montré que ses principales justifications sont insuffisantes. D'ailleurs, même en admettant le compatibilisme, nous avons constaté que l’amour de Dieu semble être limité et arbitraire.

Soulignons enfin que nous n'avons évoqué ici que les problématiques d'ordre théologique. Le déterminisme pose en effet également des problèmes d'ordre philosophique212STRATTON, Timothy A., MORELAND, J. P.. An Explanation and Defense of the Free-Thinking Argument. Religions, 2022, vol. 13, n°10, p. 988. Disponible à l’adresse : https://dx.doi.org/10.3390/rel13100988213CRAIG, William Lane. God Directs All Things. In : JOWERS, Dennis W. [ed]. Four Views on Divine Providence, Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 60. « Quand vous réalisez que votre décision de croire au déterminisme a elle-même été déterminée, et que même votre prise de conscience actuelle de ce fait en ce moment même est également déterminée, une sorte de vertige s'installe, car tout ce que vous pensez, y compris cette pensée, échappe à votre contrôle. Le déterminisme pourrait être vrai, mais il est très difficile de voir comment il pourrait être rationnellement affirmé, car son affirmation mine la rationalité de cette affirmation. ».

5 Les variantes doctrinales du calvinisme face au déterminisme

5.1 L’ordre des décrets divins

Le calvinisme accorde une certaine importance à l’ordre logique des décrets divins. Il s'agit ici d’ordre logique, et non temporel, dans le classement des décrets divins. Il existe deux positions principales :

  • Le haut calvinisme (supralapsarianisme) affirme que l'élection des hommes a eu lieu avant le décret de la chute.
  • Le bas calvinisme (infralapsarianisme) affirme que l'élection des hommes a eu lieu après le décret de la chute.

La grande majorité des calvinistes d’aujourd’hui sont probablement infralapsariens214WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 246, 248. « Les infralapsariens [...] représentent la voix majoritaire des calvinistes [...]. [L]a tradition confessionnelle calviniste est résolument infralapsarienne, et ce même si les calvinistes n'ont jamais jugé opportun de condamner le supralapsarisme en le qualifiant d'hérésie. ». En effet, les infralapsariens estiment que cet ordre des décrets représente mieux l'amour de Dieu, car il démontrerait qu'à l'origine, Dieu ne désirait la condamnation d'aucun homme215PHILIPS, Richard. Lapsarian Views. In : The Gospel Coalition [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/essay/lapsarian-views/. « C'est sur la base du principe selon lequel, sans un décret préalable de péché, un Dieu aimant n'aurait pas décrété la réprobation pour certaines de ses créatures, que la majorité des réformés défendent l'opinion infralapsarienne. ».

Or, les deux positions sont pleinement déterministes216BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 118. « [L]a différence ne se trouve pas [...] dans le fait de savoir si la chute de l'homme a été décrétée ou si elle a été simplement l'objet de la prescience divine. Il se peut que cela ait été, comme le dit le Dr Dijk, le point de divergence originel ; mais, assurément, quiconque affirme que la chute n'a pas été décrétée mais seulement prévue par Dieu, serait maintenant considéré comme s'inscrivant dans une ligne arminienne plutôt que réformée. Les supra et infralapsariens admettent tous deux que la chute est incluse dans le décret divin et que la prétérition est un acte de la volonté souveraine de Dieu. ». Ainsi, sans adhésion au compatibilisme, l’apport de l’infralapsarianisme semble relativement faible puisque dans l’une ou l’autre des positions, tous les événements, dont la chute et le mal, furent déterminés par Dieu.

5.2 La portée de l'expiation

Dans le calvinisme, on parle d'une réconciliation de Dieu avec les hommes par le moyen d'une expiation des péchés humains, selon la théorie de la substitution pénale développée par les Réformateurs217ALLISON, Gregg. A History of the Doctrine of the Atonement. Southern Baptist Journal of Theology, 2007, vol. 11, n° 2, p. 10, 14-15. « Les Réformateurs ont introduit une autre conception de l’expiation, généralement appelée la théorie de la substitution pénale. [...] [L]a théorie de la substitution pénale de l’expiation, élaborée par les Réformateurs et développée par leurs successeurs ». Deux variantes doctrinales existent quant aux bénéficiaires potentiels de l'expiation, mais elles convergent quand à ses bénéficiaires effectifs :

1. L'expiation limitée (ou définie). Cette position affirme que la mort du Christ a pourvu le pardon uniquement pour les péchés des élus, et que ce pardon est effectivement appliqué aux élus seuls. Il s'agit de la position calviniste majoritaire, traditionnellement associée au calvinisme « cinq points »218MARCEL, Pierre-Charles [trad.]. Canons de Dordrecht : le solide fondement. Aix-en-Provence : Kerygma, 1998, chap. 2. « […] Dieu a voulu que Jésus-Christ, par le sang de la croix (par lequel il a confirmé la nouvelle alliance), rachetât efficacement du milieu de tout peuple, de toute nation et de toute langue, tous ceux, et ceux-là seulement, qui de toute éternité ont été élus au salut [...] ; qu'il [...] les purifiât par son sang de tout péché et originel et actuel [...] »..

2. L'expiation illimitée avec application limitée (ou définie), parfois appelée amyraldisme. Cette positon affirme que la mort du Christ a pourvu le pardon pour les péchés de tous, mais que ce pardon n'est effectivement appliqué qu'aux élus219MCGOWAN, Andrew. The Dictionary of Historical Theology. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2000, p. 12. « L'amyraldisme implique une double volonté de Dieu, par laquelle il veut le salut de toute l'humanité à la condition de la foi, mais veut le salut des élus spécifiquement et inconditionnellement. [...] La difficulté théologique de la volonté de Dieu ayant été frustrée par le fait que tous ne sont pas sauvés est résolue par l'argument selon lequel Dieu n'a voulu leur salut qu'à la condition de la foi. Lorsqu'un individu n'a pas la foi, alors Dieu n'a pas voulu le salut de cette personne. ». Cette position caractérise le calvinisme « quatre points ».

L'objectif du calvinisme à quatre points est de démontrer que Dieu manifeste également un amour et une volonté salvifique envers les réprouvés220DAVENANT, John, ALLPORT, Josiah. An Exposition of the Epistle of St. Paul to the Colossians. London : Hamilton, Adams and Company, 1832, p. 388. « Lors de la nomination ou de l'ordination même d'un Rédempteur, Dieu avait envers moi un certain regard d'amour commun qu'il n'avait pas envers les démons. Ceci apparaîtra plus nettement si nous considérons en quoi consiste la rédemption. Il s'agit du paiement du juste prix dû pour nous captifs, non que nous soyons effectivement délivrés sur la base du paiement du prix, mais nous sommes délivrés dès que nous croyons au Rédempteur. C'est cette ordination de la mort de Christ ou d'un prix satisfaisant, qui découlait de l'amour commun de Dieu envers toute l'humanité, et par conséquent, il est juste de dire qu'elle est étendue, sous cette condition, à tous les hommes individuellement. Et nous pensons que c'est à cela que le célèbre passage fait référence, Jean 3.16, Dieu aime tant le monde, etc. ». Or, dans la mesure où, dans ce schéma, Dieu ne confère pas aux réprouvés les moyens nécessaires pour que l’œuvre du Christ leur soit effectivement imputée, il ne semble pas y avoir de manifestation d’un amour salvifique particulier de Dieu à leur égard.

5.3 Conclusion sur les variantes doctrinales du calvinisme

Les variantes doctrinales passées en revue ne semblent pas avoir d’effet notable sur les problèmes du déterminisme calviniste. Ces variantes semblent pertinentes uniquement si les réponses du calvinisme face aux difficultés du déterminisme le sont également. Or, ces réponses reposent essentiellement sur le concept de compatibilisme qui, selon notre analyse, n’est pas convaincant.

6 Evaluation du calvinisme révisé

Certains ont proposé des alternatives aux positions calvinistes orthodoxes concernant le traitement des problèmes que nous avons passés en revue. Ces alternatives constituent des formes révisées du calvinisme. Nous pouvons faire la remarque que ces démarches de révision donnent, en soi, du crédit aux critiques non-calvinistes. Néanmoins, comme nous allons le voir, les non-calvinistes considèrent généralement ces révisions soit comme peu pertinentes, soit comme insuffisantes pour éviter elles aussi d'impacter négativement une représentation équilibrée du caractère de Dieu.

6.1 Le cas du calvinisme antinomique

Les partisans du « calvinisme antinomique » admettent la contradiction entre le déterminisme et la responsabilité morale. Ils semblent également admettre l'échec de la tentative d'explication du compatibilisme, car ils considèrent que cette contradiction reste inexplicable. Néanmoins, ils avancent que cette contradiction n'est qu'apparente, même si elle semble insoluble, car les deux vérités en question seraient bibliques221PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « [L'antinomie] est une incompatibilité apparente entre deux vérités apparentes. [...] Vous voyez que chacune des deux vérités sont vraies, mais vous ne voyez pas comment elles peuvent être vraies en même temps. Une antinomie n'est ni dispensable ni compréhensible. [...] Elle est inévitable, et elle est insoluble. Nous ne l'inventons pas, et nous ne pouvons pas l'expliquer. Il n'existe pas non plus de moyen de s'en débarrasser, si ce n'est en falsifiant les faits mêmes qui nous y ont conduits. ».

Le premier problème de cette position, comme le soulèvent certains calvinistes eux-mêmes, est qu'elle n'explique pas comment distinguer une contradiction apparente ou « antinomique » d'une réelle contradiction222HELM, Paul. The Providence of God. Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1994, p. 65. « Dans ces conditions, quelle est la différence entre une incohérence apparente et une incohérence réelle ? Comment savoir que ce que l'on appelle une antinomie ne pourrait pas s'avérer être une incohérence réelle ? ». Le second problème est que cette position semble confondre les données bibliques de l'interprétation qui en est faîte. Les non-calvinistes ne reprochent pas au calvinisme déterministe les textes bibliques utilisés, mais leur interprétation particulière. Si la Bible est divinement inspirée et que Dieu, par son intermédiaire, cherche à révéler à l'homme des informations élémentaires telles que la responsabilité humaine ou certains traits de Son propre caractère, Il peut le faire de manière compréhensible. Dans cette mesure, une pleine contradiction dénuée d'explication devrait remettre en cause l'interprétation biblique. Confondre une interprétation avec le texte lui-même et ne pas considérer la contradiction comme un principe herméneutique disqualifiant revient à ouvrir la porte à toutes les dérives théologiques.

Pour se justifier, les partisans du « calvinisme antinomique » font également référence à la grandeur divine qui dépasse naturellement l'entendement humain223PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « Nous ne devons en aucun cas nous étonner de trouver de tels mystères dans la Parole de Dieu, car le Créateur est incompréhensible pour ses créatures. Un Dieu que nous pourrions comprendre de manière exhaustive, et dont la révélation de Lui-même ne nous confronterait à aucun mystère, serait un Dieu à l'image de l'homme, et donc un Dieu imaginaire, pas du tout le Dieu de la Bible. ». Les non-calvinistes ne nient pas que la nature divine contienne des aspects divers qui dépassent notre entendement, comme la relation de Dieu au temps, Sa prescience ou Son omnipotence. Néanmoins, il ne semble pas raisonnable de soutenir le principe du dépassement de l'entendement au sujet des attributs fondamentaux que Dieu nous a lui-même révélés, comme sa bonté, son amour et sa justice, en particulier par l'incarnation du Christ. Si nous admettons par principe qu'il est impossible de connaître, même de manière imprécise, de tels attributs, alors nous devrions admettre que nous ne connaissons rien qui puisse nous être utile dans notre relation avec Dieu. En particulier, une telle position empêcherait d'avoir des motifs moraux d'adoration ou d'obéissance envers Dieu224LEWIS, C. S.. Le Problème de la Souffrance. Saint-Cénéré : Éditions Pierre Téqui, 2020, chap. 3. « [S]i le jugement moral de Dieu diffère du nôtre à tel point que ce qui est "noir" pour nous puisse être "blanc" pour Lui, l’appeler bon n’a plus pour nous aucun sens ; en effet, dire "Dieu est bon", tout en professant que cette Bonté est totalement différente de la nôtre, revient simplement à dire, en réalité : "Dieu est nous ne savons quoi". Et un attribut de Dieu absolument inconnu ne peut nous fournir aucun motif moral de L’aimer ni de Lui obéir. S’Il n’est pas (au sens où nous entendons ce mot) "bon", nous Lui obéirons peut-être, mais seulement par crainte, comme nous serions également prêts à obéir à un Démon tout-puissant. ».

Enfin, que nous admettions ou non le principe de l'antinomie, cette révision du calvinisme partage les mêmes problèmes que la version libertarienne que nous allons évoquer ci-après.

6.2 Le cas du calvinisme libertarien

En adoptant un mode de providence semblable à l'arminianisme, le calvinisme libertarien n’est pas confronté aux difficultés les plus aiguës du déterminisme calviniste. Il ne s’appuie pas sur le compatibilisme, car il affirme que lorsque l’homme est déterminé par Dieu, ce dernier ne peut être tenu pour responsable de son action. Étant donné que le calvinisme libertarien considère que l’homme est déterminé uniquement dans le cadre de la régénération et de la persévérance, il est exempt de tension au sujet du péché et du mal.

Cependant, en maintenant l'élection inconditionnelle, l'appel efficace, et la grâce irrésistible, il continue à faire face aux difficultés concernant l’amour de Dieu. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, l’élection inconditionnelle semble rendre l’amour de Dieu restreint et arbitraire, et cela, même en l’absence de la doctrine du déterminisme exhaustif.

7 Bilan général

Dans le cadre de notre évaluation de la théologie calviniste en matière de providence divine et de sotériologie, nous avons d’abord rappelé que le calvinisme « orthodoxe » repose sur un déterminisme strict. Nous avons également évoqué deux de ses formes révisées, populaires parmi les calvinistes non-théologiens.

Nous avons ensuite analysé certains des passages scripturaires les plus couramment utilisés par les calvinistes pour soutenir cette position déterministe, en passant en revue la terminologie souvent équivoque employée pour la présenter. Cette ambiguïté tend à rapprocher le déterminisme calviniste du libertarianisme, le rendant ainsi plus acceptable aux yeux des non-théologiens.

Nous avons relevé plusieurs difficultés inhérentes à ce déterminisme, notamment en ce qui concerne la conception de la justice et de l’amour de Dieu. La défense de ce déterminisme s’appuie essentiellement sur le compatibilisme. Pour que ce concept puisse être légitimement utilisé, il est nécessaire qu'il ne conduise pas à une contradiction, mais seulement à un dépassement de la raison, caractéristique d'un mystère biblique, point unanimement reconnu par les théologiens calvinistes eux-mêmes. Or nous avons avons montré qu'à ce jour, aucune de ses principales tentatives de justification n'a pu dissiper sa contradiction intrinsèque. Ceci prive cette défense de toute légitimité et force persuasive.

Nous avons également constaté que les variantes doctrinales calvinistes, qu’elles portent sur l’ordre des décrets ou la portée de l’expiation, n’apportent aucune solution supplémentaire. De même, les formes révisées du calvinisme laissent persister des problèmes fondamentaux liés au déterminisme et continuent de restreindre la compréhension de l’amour et de la bonté de Dieu.

En conclusion, notre évaluation des arguments calvinistes nous conduit à affirmer que le fondement déterministe des formes orthodoxes du calvinisme compromet la perception de la justice, de la bonté et de l’amour de Dieu. Quant aux formes révisées, bien qu'elles atténuent certaines difficultés, elles présentent encore une vision restreinte de la bonté et de l’amour de Dieu. Face à ces limitations, une réflexion renouvelée sur le rapport entre providence divine et liberté humaine semble nécessaire pour préserver une vision pleinement cohérente de Dieu.

Un tableau récapitulatif de cette étude est donné en annexe A, ci-dessous.

Annexe A - Tableau récapitulatif des formes de calvinisme

Calvinisme historiqueCalvinisme edwardsienCalvinisme antinomiqueCalvinisme libertarien
Forme de calvinismeOrthodoxieAssimilée à l'orthodoxieRévisionRévision
Théologiens ayant énoncé la positionCalvin, BlocherEdwards, SproulPacker, PalmerCrisp
Mode de providenceDéterminisme théologiqueDéterminisme théologique et naturelDéterminisme théologiqueMonergisme sotériologique
Responsabilité humaineCompatibilismeCompatibilismeAntinomieIncompatibilisme
Problèmes induits selon les non-calvinistesCompromission de la justice, la bonté et l’amour de Dieu.Compromission de la justice, la bonté et l’amour de Dieu.Absence de cohérence contraire à une herméneutique soutenable.

Limitation de la bonté et de l’amour de Dieu.

Limitation de la bonté et de l’amour de Dieu.

Annexe B - Terminologie de la confession de foi de Westminster

Certains éléments de la Confession de foi de Westminster (CFW) pourraient laisser penser qu’elle n’est pas déterministe. Néanmoins, comme nous allons le voir, si nous appréhendons correctement sa terminologie, nous pouvons comprendre que les éléments semblant soutenir le libre-arbitre libertarien soutiennent en réalité le compatibilisme.

B.1 Déterminisme divin et liberté humaine

Tout d’abord, comme l’enseignent de nombreux calvinistes225BIGNON, Guillaume. A word on Oliver Crisp's "Deviant Calvinism". In : TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-02 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/a-word-on-oliver-crisps-deviant.html226ANDERSON, James. Libertarian Calvinism?. In : Analogical Thoughts [en ligne]. 2015-02-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.proginosko.com/2015/02/libertarian-calvinism/227HELM, Paul. The Westminster Standard - II. In : Helm’s Deep [en ligne]. 2018-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2018/01/the-westminster-standard-ii.html, nous pouvons aisément reconnaître la position déterministe de cette confession, ne serait-ce que par le point suivant :

« De toute éternité et selon le très sage et saint conseil de sa propre volonté, Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive [...] Bien qu'il sache tout ce qui peut ou doit arriver [...] Dieu cependant n'a pas décrété telle chose parce qu'il la prévoyait comme future ou parce qu'elle devait arriver étant données les conditions préalables [...] » (CFW 3:1-2)

La confession stipule clairement que Dieu décrète tout ce qui arrive et que son décret n'inclut en aucun cas des actions humaines dont Dieu aurait seulement la préscience. Elle adopte donc le déterminisme théologique qui exclut le libre-arbitre libertarien.

Néanmoins, parallèlement, la confession affirme dans la même section :

« Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive [...] de telle manière, cependant, que Dieu n'est pas l'auteur du péché [...], qu'il ne fait pas violence à la volonté des créatures, et que leur liberté ou la contingence des causes secondes sont bien plutôt établies qu'exclues. » (CFW 3:1)

Sans élément de décryptage, nous pourrions légitimement penser que cela signifie que Dieu ne détermine pas le mal, et que l’homme n’est pas déterminé par Dieu. Cela contredirait pourtant ce que nous avons précédemment lu. C’est ici que la définition calviniste de ces termes est capitale.

Comme nous l’avons vu, dire que « Dieu n’est pas l’auteur du péché » ne signifie pas que Dieu ne détermine pas le péché, mais que Dieu n’en est pas la cause directe. D'autre part, quand il est dit que Dieu ne fait pas violence à la volonté des créatures et qu’Il établit leur liberté, il faut se référer à la définition compatibiliste de cette liberté qui consiste à faire ce que l’on veut, bien que ce que l’on veut soit déterminé par Dieu.

Enfin, concernant l’affirmation de la « contingence » des causes secondes, celle-ci implique seulement que Dieu aurait pu déterminer les causes secondes différemment et non pas que l’homme, en tant que cause, aurait pu déterminer de lui-même ses choix différemment.

Utilisons l’analogie suivante pour illustrer ces différentes subtilités :

  • Dieu détermine un homme à commettre un assassinat avec un couteau (en se retirant de lui, et en ayant déterminé que par ce retrait, l'homme accomplira nécessairement l'action en question) afin de le condamner pour manifester sa gloire.
  • Tout d’abord, c’est l’homme déterminé qui commet l’assassinat (la cause directe) et non Dieu (la cause déterminante, mais éloignée).
  • Ensuite, la volonté de l’homme vise un objectif mauvais, alors que la volonté de Dieu vise un objectif positif : manifester sa gloire.
  • D’autre part, Dieu va déterminer l’homme à vouloir commettre le meurtre, et l’assassin va ainsi librement faire ce qu’il veut faire, bien que ce soit Dieu qui ait décrété cette volonté meurtrière. Par conséquent, selon le calvinisme, à la lumière de ces distinctions Dieu n’est pas l’auteur du meurtre.
  • Enfin, cet événement est contingent dans la mesure où Dieu aurait pu le décréter différemment. Par exemple, Il aurait pu décréter que le meurtre soit commis avec un fusil au lieu d'un couteau, ou même ne pas le décréter.

B.2 Capacité morale et capacité métaphysique

Analysons maintenant deux autres extraits :

« [...] Dieu créa l'être humain à son image [...], ayant une âme raisonnable et immortelle revêtus de connaissance, de justice et de vraie sainteté. La Loi de Dieu était inscrite dans leur cœur et ils avaient le pouvoir de l'accomplir. Cependant, laissés à la liberté de leur propre volonté qui était capable de changement, ils avaient la possibilité de transgresser la Loi. » (CFW 4:2)

« Nos premiers parents, séduits par l'astuce de Satan et ayant succombé à la tentation, ont péché en mangeant le fruit défendu. Il a plu à Dieu, selon son conseil sage et saint, de le permettre : il l'avait inclus dans son dessein pour manifester sa propre gloire. » (CFW 6:1)

Nous pourrions légitimement déduire de cet article que, au moment précis de la chute, Adam et Ève pouvaient choisir de ne pas pécher dans les mêmes circonstances. De même, l’action de Dieu n’aurait été que de permettre que la chute n’advienne en l’ayant vue d’avance.

Néanmoins, dans le même temps relatif à la chute, la confession affirme :

« La puissance sans limites, la sagesse insondable et l'infinie bonté de Dieu se manifestent elles-mêmes dans sa providence jusqu'à s'étendre même à la première chute et à tous les autres péchés des anges et des hommes [...] et cela, non pas en les leur permettant seulement mais parce que, sous certains rapports, il les tient en bride, et dispose d'eux et les gouverne, de multiples manières, en vue de ses propres fins qui sont saintes ; cependant, seule la créature est coupable et non pas Dieu qui, étant très saint et juste, ne peut ni être l'auteur du péché, ni l'approuver. » (CFW 5:4)

La version anglaise de cette confession228Westminster Confession of Faith A.D. 1647. In : SCHAFF, Philip. The Creeds of Christendom. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2007, vol. 3, p. 601-673. Disponible à l’adresse : https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xvii.ii.html est encore plus explicite, car le terme « dispose d’eux » correspond dans la version anglaise à « les ordonne ». Ce passage est clair, la chute n’est pas « seulement » permise, mais elle a été ordonnée et décrétée par Dieu.

Cela semble contradictoire. D'une part, il est dit qu'Adam et Ève avaient la possibilité de ne pas transgresser la loi ; d'autre part, en vertu du décret providentiel de Dieu, ils ne pouvaient pas ne pas la transgresser.

La contradiction se résout dès lors que nous comprenons qu'il existe, dans l’esprit calviniste, plusieurs aspects distincts de la liberté. CFW 4:2 s’exprime sur la capacité morale de l'homme, tandis que CFW 5:4 s’exprime sur la capacité métaphysique de Dieu. En d’autres mots, avant la chute, Adam avait la capacité physique et la capacité morale de faire le bien. C’est-à-dire qu’il n’avait aucun empêchement physique et aucun empêchement « psychologique / spirituel » de pouvoir choisir le bien. Cet aspect, dans un sens, contrôle les possibilités de choix. La capacité métaphysique est l’aspect qui détermine l’issue d’un choix, et cette capacité, selon le calvinisme, n’est aucunement en Adam, mais en Dieu seul. Ainsi, bien qu’Adam fût libre physiquement et moralement, l’issue de ses choix se trouve uniquement dans le décret secret de Dieu.

Nous pouvons nous demander pourquoi distinguer la liberté morale et physique, si en finalité, l’issue des choix dépend d’une capacité qui ne dépend aucunement d’Adam. Dans la mesure où notre conclusion peut sembler difficile à admettre, il nous semble utile de la confirmer en citant les commentaires de l’ouvrage calviniste A Reformed View of Freedom de Michael Patrick Preciado sur ces articles de la confession :

« La distinction entre les pouvoirs moraux et métaphysiques est faite de diverses manières. Turretin distingue entre la liberté d'indépendance (capacité métaphysique) et la liberté de péché et de misère (capacité morale). Calvin distingue entre la prédestination secrète de Dieu (capacité métaphysique) et la nature morale originelle d'Adam (capacité morale). Witsius fait la distinction entre la capacité d'Adam à accomplir toute justice (capacité morale) et son absence de capacité à agir indépendamment de Dieu (capacité métaphysique). Van Asselt, Bac et Velde nous disent que les scolastiques réformés distinguaient entre la nécessité de l'immuabilité (capacité métaphysique) et la nécessité morale (capacité morale). La distinction est énoncée et nuancée de différentes manières, mais sa substance fait partie de la tradition calviniste.

 

En conclusion, CFW 4:2 enseigne qu'Adam était libre au sujet de la nécessité morale. Ce point enseigne que sa condition morale à sa création était telle qu'il avait le pouvoir d'accomplir la loi de Dieu tout en ayant la possibilité de la transgresser. L'article se concentre sur la liberté d'Adam par rapport à la nécessité morale. L'article ne discute pas et n'affirme pas qu'Adam avait la capacité de faire autrement que le décret et la providence de Dieu. CFW 3 et 5 enseignent clairement que le décret et la providence de Dieu sont une nécessité de l'immuabilité. Ces points enseignent également qu'Adam n'était pas libre face à cette nécessité d'immuabilité [...]229PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, p. 179-180.. »

B.3 Nécessité absolue et nécessité relative

Enfin, abordons un dernier extrait :

« Dieu a doté la volonté de l'homme d'une liberté naturelle qui n'est ni contrainte ni déterminée au bien, ou au mal, par quelque nécessité absolue de nature. Dans son état d'innocence, l'homme avait la liberté et le pouvoir de vouloir et de faire ce qui était bon et très agréable à Dieu, mais cependant, il pouvait en déchoir. Par sa chute dans l'état de péché, l'homme a perdu toute capacité de vouloir un quelconque bien spirituel en vue du salut [...] » (CFW 9:1-3)

Nous ne reviendrons pas sur la capacité de vouloir et faire ce qui est bon, car nous avons traité précédemment la distinction entre la capacité physique et morale ouvrant les choix possibles, et la capacité métaphysique déterminant l’issue des choix par le décret secret de Dieu. Ici, nous allons nous intéresser à l’affirmation selon laquelle la liberté naturelle de l’homme n’est « ni contrainte ni déterminée [...] par quelque nécessité absolue de nature ».

Tout d’abord, l’absence de contrainte dans un cadre déterministe-compatibiliste s’explique facilement. En effet, le déterminisme affirme que l’homme est déterminé à vouloir ce qu’il fait. En effet, c’est la volonté qui est déterminée à faire un choix, et non pas un choix sans la volonté de vouloir ce choix. Néanmoins, en même temps, cet article affirme que liberté ne serait pas déterminée, ce qui semble contredire l’idée de déterminisme.

Il faut ici encore lire précisément l’affirmation de l’article. Il n’affirme pas que la liberté n’est pas déterminée, mais qu’elle n’est pas déterminée par une nécessité absolue. Cela n'exclut pas qu'elle puisse être déterminée par un autre type de nécessité. Nous devons donc comprendre ce qu’est la « nécessité absolue » et en quoi elle se distingue de la nécessité déterminant les choix de la liberté humaine. Pour expliquer cette distinction, Paul Helm reprend les travaux de Turretin :

« [Turretin] fait les remarques suivantes. “Il convient d'établir un contraste entre la nécessité absolue et la nécessité hypothétique [...]. Dieu se veut nécessairement, mais les autres choses sont libres, car les choses créées (par rapport à Dieu) sont contingentes. La liberté de Dieu consiste en des actes spontanés et indifférents. Les actes indifférents sont ceux que Dieu "veut tellement qu'il aurait pu les refuser." (An ita illa velit, ut potueruit ea nolle). (...) Dieu ne peut pas se passer de sa sagesse, qui est donc une nécessité absolue, mais il peut se passer de la planète Terre, qui n'est donc qu’une nécessité hypothétique. Le terme "contingent" s'entend par référence à l'essence divine. Aucune chose créée n'est nécessaire pour Dieu mais contingente (car il pourrait s'en passer)230HELM, Paul. It Ain’t Necessarily So - Second Half. In : Helm’s Deep [en ligne]. 2011-12-31 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/12/it-aint-necessarily-so-second-half.html. »

Calvin, lui-même, suivait la scolastique à ce sujet :

« On voit ainsi comment ce qui pourrait se passer d’une façon ou d’une autre a été déterminé par le conseil de Dieu. Nous voyons donc que les distinctions (des scolastiques) n’ont pas été inventées de toutes pièces ; il y a une nécessité simple ou absolue et une nécessité relative, comme aussi une nécessité conséquente et de conséquence231CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 1.16.9, p. 159.. »

Ce qu’il faut vraisemblablement comprendre dans cet article c’est que l’issue d’un choix humain pouvait être différent à l’égard de la nature de l’agent ou de la nature de Dieu. Néanmoins, l’issue a été déterminée par le décret volontaire et libre de Dieu. La liberté de l’homme est déterminée non pas par une nécessité absolue, mais par une nécessité hypothétique (terminologie de Turretin) ou relative (terminologie de la scolastique selon Calvin) provenant du décret de Dieu.

B.4 Conclusion sur la terminologie de la confession de foi de Westminster

L’analyse de cette confession pourrait se poursuivre, mais à travers ces quelques commentaires, nous estimons avoir fourni les clés de compréhension nécessaires. Nous avons exposé le fait que, selon cette confession, la liberté de l’homme se limite aux possibilités de choix que sa nature lui offre, néanmoins, ce qui détermine le choix est le décret préalable de Dieu. Ainsi toute décision humaine incluant la chute et le mal sont une nécessité relative au décret divin.

Il existe certains débats au sein du mouvement calviniste sur la question de savoir si la lecture déterministe est la seule grille de lecture possible. Le calvinisme libertarien, se définissant lui-même comme un calvinisme non consensuel (déviant), affirme qu’excepté l’acte de conversion et de persévérance, l’homme n’est pas déterminé. Il tente également d’avancer que cette position n’est pas contradictoire avec la Confession de foi de Westminster. Néanmoins, il ne s’agit pas de la lecture consensuelle et de nombreux calvinistes notables considèrent cette position comme contradictoire avec CFW 3:1-2.

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Références

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  • 2
    TOON, Peter. The Emergence of Hyper-calvinism in English Nonconformity 1689–1765. London : The Olive Tree, 1967, p. 143. « Dans cette étude, nous avons réservé le terme « calvinisme » à la théologie de Jean Calvin. Nous avons utilisé le terme « haut calvinisme » pour décrire le résultat du durcissement du calvinisme par Bèze et de nombreux théologiens réformés après lui. À partir de 1600 environ, le haut calvinisme fut dans de nombreux cas combiné, voire tempéré, par la théologie fédérale. Le grand document puritain, la Confession de foi de Westminster, combinait le haut calvinisme et la théologie fédérale, [...]. Bien sûr, il y avait des degrés de haut calvinisme parmi les puritains ainsi que la présence d'un calvinisme modéré. Certains théologiens étaient des supralapsaires, mais la majorité des puritains étaient des infralapsaires. [...] Pourtant, tous les hauts calvinistes du XVIIe siècle considéraient les « cinq points du calvinisme » formulés au synode de Dordrecht comme contenant l'essence de la pensée protestante. [...] À cela, beaucoup ont ajouté une théologie fédérale, une vision selon laquelle la Bible est inerrante et un accent sur l'assurance du salut. »
  • 3
    CRISP, Oliver. Saving Calvinism. Downers Grove : IVP Academic, 2016, p. 42. « Les calvinistes possèdent une vision particulière de Dieu et de ses desseins, que l’on désigne parfois comme la souveraineté absolue de Dieu. De grands penseurs réformés comme Kuyper et Jonathan Edwards ont su électriser des générations de chrétiens en montrant ce que signifie être absolument captivé par la glorification de Dieu en toutes choses. Aujourd’hui, des auteurs populaires comme John Piper et Tim Keller ont tenté de présenter cette même vision à une nouvelle génération. [...] Calvin, comme on le dit souvent, n’était qu’un parmi plusieurs penseurs réformés de la Réforme, dont des figures telles que Huldrych Zwingli, Martin Bucer, Pierre Martyr Vermigli, Théodore de Bèze, John Knox, Heinrich Bullinger et Thomas Cranmer. »
  • 4
    BERTHOUD, Jean-Marc. L'Ecole et la famille contre l'utopie: Les annales d'un combat. Lausanne : L'Âge d'homme, 1997, p. 257. « Les figures de proue de cette tradition [réformée d'étude de la Bible] sont en France des érudits de haut niveau tels : Auguste Lecerf, Pierre Marcel, Pierre Courthial, Henri Blocher, Paul Wells et mon propre frère Pierre Berthoud. »
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  • 11
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    ANDERSON, James N.. Calvinism And First Sin. In : Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 204. « Il faut admettre d'emblée, et sans aucune gêne, que le calvinisme est bel et bien attaché au déterminisme divin : l'opinion selon laquelle tout est déterminé en définitive par Dieu. Je ne discuterai pas de ce point, car il peut être amplement documenté par des sources calvinistes de référence. Je considère qu'il s'agit d'un point sur lequel la grande majorité des calvinistes et leurs opposants sont en accord. »
  • 17
    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 1.16.8, p. 178. « Des témoignages nets et nombreux prouvent que les hommes ne font rien que Dieu n'ait décidé dans son conseil secret et quelles que soient leurs agitations, ils ne peuvent pas aller au-delà de ce qu'il a déterminé. »
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    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 1.18.1, p. 156. « Nous en concluons que, non seulement le ciel et la terre comme toutes les créatures insensibles sont gouvernés par sa providence, mais aussi les plans et les initiatives des hommes au point que Dieu les dirige vers le but qu'il a proposé. »
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    CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 175. « La main de Dieu gouverne les affections intérieures tout autant qu’Il supervise les actions extérieures ; et Dieu n’aurait pas accompli par la main de l’homme ce qu’il avait décrété, s’il n’avait agi dans leurs cœurs pour les amener à vouloir avant qu’ils n’agissent. »
  • 20
    FRAME, John. Scientia Media. In : ELWEL, Walter A. [ed.] Evangelical Dictionary of Theology. Grand Rapids, MI : Baker Academic, 2001, p. 1075. « Les réformés s'accordent à dire que Dieu sait ce qui se produirait dans toutes les conditions, mais ils rejettent l'idée que cette connaissance soit finalement fondée sur les décisions autonomes de l'homme. Selon eux, les décisions humaines sont elles-mêmes les effets des décrets éternels de Dieu. »
  • 21
    HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 268. « Ainsi, l'univers créé est un endroit beaucoup plus plat et uniforme pour Edwards qu'il ne l'était pour Calvin. Il est en tout point soumis à la loi, la loi de causalité universelle, qui est elle-même soumise au décret divin ; ainsi, si l'on considère la position occasionnaliste d'Edwards, il est soumis au décret divin. Le déterminisme d'Edwards est par conséquent beaucoup plus développé et avoué que celui de Calvin ou même de ses successeurs orthodoxes réformés comme Gill. Bien sûr, ses objectifs sont tout à fait conformes au calvinisme, mais (dans ce travail au moins) il vise à argumenter philosophiquement contre l'arminianisme […] ».
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    MADUEME, Hans. From Sin to the Soul: A Dogmatic Argument for Dualism. In : The Christian Doctrine of Humanity, Grand Rapids, MI : Zondervan, 2018, p. 86. « [Le déterminisme théologique (c'est-à-dire le déterminisme causal divin) tel que je le définis n'implique pas le déterminisme causal physique. Lorsque Dieu décrète le péché, sa règle souveraine n'agit pas comme l'une des nombreuses autres causes "intramondaines" (des causes créaturielles qui existent dans notre monde). »
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    ALEXANDER, David E., JOHNSON, Daniel M.. Introduction. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 5. « Les calvinistes affirment que la responsabilité morale et toute sorte de libre arbitre nécessaire à la responsabilité morale sont compatibles avec toute sorte de déterminisme impliqué par les vues calvinistes de la providence. »
  • 24
    HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « [Calvin] considère que sa vision déterministe est compatible avec la responsabilité humaine. »
  • 25
    GORDON, Bruce, TRUEMAN, Carl. The Oxford Handbook of Calvin and Calvinism. Oxford : Oxford University Press, 2021, p. 53-54. « Les partisans du « libre arbitre » craignent que les humains ne puissent être véritablement responsables de leurs péchés s'ils sont réellement incapables d'agir autrement, s'ils sont totalement impuissants à éviter de pécher. En réponse à cette ligne de pensée, Calvin fait la distinction entre la contrainte et la nécessité. Calvin admet que les humains agissent sans contrainte et que toute action sous contrainte ne serait pas libre. Mais cela ne signifie pas que nous agissons sans nécessité, et c'est par nécessité, et non par contrainte, que nous péchons. [...] Les humains sont des agents causaux à part entière, responsables de leurs actes sur la base de l'attitude intentionnelle qu'ils adoptent à l'égard de leurs actions. [...] Selon les propres critères de Calvin, la détermination par Dieu de nos intentions mêmes ne devrait pas contredire le sentiment de liberté et de responsabilité, qui peut coexister avec la nécessité. »
  • 26
    HELM, Paul. Edwards and The Freedom of the Will. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2011-02-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/02/edwards-and-freedom-of-will.html. « Je pense qu'il est juste de dire qu'aucune affirmation aussi explicite que celle-ci ne se trouve dans la pensée réformée avant Edwards. Pour Edwards, opérant dans un monde de plus en plus influencé par les sciences naturelles émergentes et par l'empiriste John Locke, l'action humaine est le résultat d'une sorte de cause, une "volition", qui est à son tour le résultat de certaines croyances et désirs. De tels liens de causalité, de nature différente, imprègnent nécessairement toute la création. »
  • 27
    FURLONG, Peter. The Challenges of Divine Determinism: A Philosophical Analysis. Cambridge, UK : Cambridge University Press, 2019, p. 29. « Selon la vue [du déterminisme créationnel], les événements de notre monde incluant les choix humains sont déterminés par des événements antérieurs. Selon cette vue, les libres choix humains sont déterminés par des états psychologiques antérieurs. [...] J'hésite à appeler cela un déterminisme physique, parce que ses adhérents peuvent ne pas adopter une conception entièrement naturaliste de la personne humaine. J’appelle plutôt cette vue [...] déterminisme naturel. [...] Étant donné que cette vue est couramment associée à l'un de ses champions, Johnathan Edwards, je l’appellerai déterminisme divin edwardsien. »
  • 28
    NEAL, Judisch. Theological determinism and the problem of evil. Religious Studies. 2008, vol. 44, n°2, p. 168. « Le déterminisme théologique d'Edwards se résume à ceci : tous les objets créés dépendent, à la fois pour leur existence et pour l'instanciation des propriétés qu'ils illustrent, de l'activité causale immédiate, totale et exclusive de Dieu. Les régularités légitimes dans la nature sont des expressions de la fidélité de Dieu à ordonner le monde d'une manière qui apparaît, sub specie temporalis, comme si tout événement était causalement nécessité par des événements antérieurs. »
  • 29
    PRECIADO, Michael Patrick. Muller’s Compatibilism. Journal of Reformed Theology. 2024, vol. 18, p. 151–172. Disponible à l’adresse : https://brill.com/downloadpdf/view/journals/jrt/18/1-3/article-p151_8.pdf. « Considérons d’abord le déterminisme naturaliste. Il s'agit de l'opinion selon laquelle les lois de la physique et l'état de l'univers à un moment donné déterminent ou nécessitent hypothétiquement tout ce qui suit. Il est clair que les réformés orthodoxes n’étaient pas des déterministes dans ce sens. Les orthodoxes réformés étaient des théistes trinitaires et non des métaphysiciens naturalistes. »
  • 30
    COOPER, John W.. Panentheism, the Other God of the Philosophers: From Plato to the Present. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 77. « [La théologie edwardsienne] est mieux interprétée philosophiquement comme un panenthéisme qui confine au panthéisme de Spinoza. »
  • 31
    HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 268. « Ainsi, l'univers créé est un endroit beaucoup plus plat et uniforme pour Edwards qu'il ne l'était pour Calvin. Il est en tout point soumis à la loi, la loi de causalité universelle, qui est elle-même soumise au décret divin ; ainsi, si l'on considère la position occasionnaliste d'Edwards, il est soumis au décret divin. Le déterminisme d'Edwards est par conséquent beaucoup plus développé et avoué que celui de Calvin ou même de ses successeurs orthodoxes réformés comme Gill. Bien sûr, ses objectifs sont tout à fait conformes au calvinisme, mais (dans ce travail au moins) il vise à argumenter philosophiquement contre l'arminianisme […] ».
  • 32
    HELM, Paul. Edwards and The Freedom of the Will. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2011-02-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/02/edwards-and-freedom-of-will.html. « Bien que je pense qu'il est plausible de supposer que Calvin avait une vision d'une liberté compatibiliste telle qu'Edwards l'a adoptée, il n'en avise ses lecteurs d’aucun mot. »
  • 33
    SPROUL, R. C.. The Meaning of Man’s Will. In: Ligonier [en ligne]. 2009-06-17 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://learn.ligonier.org/articles/the-meaning-of-mans-will
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    STORMS, Sam. The Will: Fettered Yet Free. In : Desiring God [en ligne]. 2004-07-01 [consulté le 2025-07-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/the-will-fettered-yet-free « Les libertariens rencontrés par Edwards insistaient sur le fait que la volonté doit exercer une certaine souveraineté sur elle-même, par laquelle elle se détermine ou s'oblige à agir et à choisir. Si la volonté peut être influencée par des impulsions ou des désirs antérieurs, elle conserve toujours le pouvoir indépendant de choisir à leur encontre. La volonté est libre de tout lien causal nécessaire avec quoi que ce soit d'antérieur au moment du choix. Edwards trouve cet argument à la fois incohérent et sujet à une régression infinie. [...] L'argument d'Edwards est que si la volonté choisit son choix ou détermine ses propres actes, elle doit être supposée choisir de choisir ce choix, et avant cela, elle devrait choisir de choisir de choisir ce choix, et ainsi de suite à l'infini. Par conséquent, le concept de liberté en tant qu'autodétermination se contredit lui-même en posant un choix non choisi (c'est-à-dire non autodéterminé) ou se ferme complètement au monde par une régression infinie. »
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    VAN ASSELT, Willem J. Introduction to Reformed Scholasticism. Grand Rapids : Reformed Heritage Books, 2011, p. 199. « Pour les scolastiques réformés, le point le plus important de cette distinction entre nécessité et contingence était qu'elle dépend de la volonté ad extra de Dieu, dérivée de différents objets. Si la décision de la volonté divine s'adresse à des objets contingents ad extra, alors la volonté de Dieu est également contingente. En d'autres termes, Dieu veut de manière contingente tout ce qui est contingent. La réalité créée est donc la manifestation contingente de la liberté divine et n'émane pas nécessairement de l'essence de Dieu. Car si tel était le cas, toutes choses coïncideraient fondamentalement avec l'essence de Dieu, et le monde actuel serait un monde éternel et le seul monde possible. »
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    OLSON, Roger E.. The Problem of Irrational, Unteachable. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. 2015-04-26 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2015/04/the-problem-of-irrational-unteachable-christians/. « L'obscurantisme anti-intellectuel est un problème persistant chez les chrétiens. L'idéal du "saint fou" perdure parmi nous. Ici, sur ce blog, il surgit chaque fois que je critique le calvinisme en utilisant la logique. Tôt ou tard, un calviniste fait appel non seulement au mystère mais aussi à l'irrationalité. Je ne dis pas que tous les calvinistes font cela, mais certains le font - surtout lorsque j'expose les incohérences internes. »
  • 38
    BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 61. « [Face aux objections du déterminisme, les calvinistes] réagissent avec embarras, commencent à confesser leurs limites rationnelles, plaident pour le mystère face à l'inconnu, et certains se rapprochent dangereusement de l'admission de l'irrationalité. »
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    PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Chicago, NG : Intervasity Press, 1961, p. 23-24. « L'homme est un agent moral responsable, bien qu'il soit aussi divinement contrôlé ; l'homme est divinement contrôlé, bien qu'il soit aussi un agent moral responsable. La souveraineté de Dieu est une réalité, et la responsabilité de l'homme aussi. L'antinomie à laquelle nous sommes confrontés n'est qu'une des nombreuses antinomies contenues dans la Bible. Nous pouvons être sûrs qu'elles trouvent toutes leur réconciliation dans la pensée et le conseil de Dieu, et nous pouvons espérer qu'au ciel nous les comprendrons nous-mêmes. Mais en attendant, notre sagesse est de maintenir avec une importance égale les deux vérités apparemment contradictoires dans chaque cas, de les maintenir ensemble dans la relation dans laquelle la Bible elle-même les place, et de reconnaître qu'il y a là un mystère que nous ne pouvons pas espérer résoudre en ce monde. »
  • 40
    PALMER, Edwin H.. The Five Points of Calvinism. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 104. « Le calviniste admet librement que sa position est illogique, ridicule, insensée et absurde. [...] Le calviniste défend deux positions apparemment contradictoires. [...] Il ne peut pas concilier les deux ; mais comme la Bible enseigne clairement les deux, il accepte les deux. »
  • 41
    OLSON, Roger E.. Arminian Theology: Myths and Realities. Downers Grove : InterVarsity Press, 2006, p. 100. « Palmer, comme de nombreux calvinistes, prétendait embrasser l'antinomie (c'est-à-dire une sorte de paradoxe) sans essayer d'utiliser la raison pour le résoudre. »
  • 42
    HELM, Paul. The Providence of God. Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1994, p. 66. « Recourir à une antinomie pourrait justifier l'acceptation d'un non-sens. »
  • 43
    PIPER, John. A Response to J.I. Packer on the So-Called Antinomy Between the Sovereignty of God and Human Responsibility. In : Desiring God [en ligne]. 1976-03-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/a-response-to-j-i-packer-on-the-so-called-antinomy-between-the-sovereignty-of-god-and-human-responsibility
  • 44
    DIGIACOMO, Ron. An essential tenet of reformed theology *is* determinism. The reformed need to embrace it. In : Philosophical Theology [en ligne]. 2023-12-03 [consulté le 2023-12-04]. Disponible à l’adresse : https://philosophical-theology.com/2023/03/12/an-essential-tenet-of-reformed-theology-is-determinism-the-reformed-need-to-embrace-it/. « Malheureusement, mais sans surprise, un nombre croissant de calvinistes deviennent involontairement des calvinistes libertariens. Beaucoup affirment les « cinq points », mais croient que nous sommes libres de choisir autrement. La trajectoire logique d'une telle théologie philosophique nie (a) la base déterminante de l'omniscience exhaustive de Dieu, (b) la garantie future de son décret, et (c) l'indépendance divine et son éternité unique. »
  • 45
    WRIGHT, Cart. Are Calvinists Determinists?. In : Arminian Theology [en ligne]. 2012-08-12 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://arminiantheologyblog.wordpress.com/2012/08/12/are-calvinists-determinists/. « Il y a peu de temps, j’ai eu une discussion avec un calviniste [...] affirmant : “Depuis quand les calvinistes s'en tiennent-ils au strict déterminisme causal ? Les calvinistes ne sont pas des déterministes purs et durs. Nous ne pensons pas que Dieu cause tout”. »
  • 46
    ANDERSON, James, MANATA, Paul. Determined to Come Most Freely: Some Challenges for Libertarian Calvinism. Journal of Reformed Theology. 2017, vol. 11, n°3, p. 279. « Récemment, Oliver Crisp a présenté une explication philosophique éclairée de ce à quoi pourrait ressembler un calvinisme libertarien modéré. Crisp n'affirme pas lui-même adhérer au calvinisme libertarien ; il le propose plutôt comme une façon d'élargir l'ensemble des points de vue considérés comme admissibles pour les calvinistes, et comme une "branche d'olivier œcuménique" en direction des non-calvinistes libertariens. »
  • 47
    CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3.
  • 48
    CRISP, Oliver. Deviant Calvinism. Minneapolis, MN : Fortress Press, 2014, chap. 3. « Notre tâche dans cette section du chapitre était de montrer que le calvinisme libertarien n'est pas incompatible avec la Confession, qu'il s'agit d'une interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes sur le sujet, et non que c'est la seule interprétation permise des déclarations confessionnelles pertinentes ou même que c'est la meilleure ou la plus plausible interprétation des déclarations confessionnelles pertinentes. »
  • 49
    JONES, Mark. An Analysis of "Deviant Calvinism" (Part 1). In : Reformation 21 [en ligne]. 2015-12-05 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://reformation21.org/deviant-calvinism-a-review-php/
  • 50
    HELM, Paul. Freedom, Liberty and the Westminster Confession. In : HELM'S DEEP: Philosophical theology [en ligne]. 2014-10-15 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2014/10/freedom-liberty-and-westminster.html
  • 51
    DEYOUNG, Kevin. A More Generous Calvinism?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2015-30-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/a-more-generous-calvinism-2/
  • 52
    ANDERSON, James, MANATA, Paul. Determined to Come Most Freely: Some Challenges for Libertarian Calvinism. Journal of Reformed Theology. 2017, vol. 11, n°3, p. 294-297.
  • 53
    PIPER, John. Providence. Wheaton, IL : Crossway, 2020, p. 214. Disponible à l'adresse : https://document.desiringgod.org/providence-en.pdf. « Des millions de gens ordinaires portent dans leur esprit l'hypothèse informée culturellement (et non bibliquement) que l'auto-déterminisme ultime est essentiel à leur humanité moralement responsable. [...] [L]e terme qu'ils utilisent est le libre arbitre. Ce terme est perçu avec des sentiments et des associations si positifs dans notre culture qu'il est pratiquement incontesté en tant qu'hypothèse consensuellement acceptée. »
  • 54
    KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7. « Dans des écrits des vingt-cinq dernières années, j'ai soutenu que cette vision libertarienne représente l'idée traditionnelle du libre arbitre qui a été discutée pendant des siècles où les philosophes ont débattu "du problème du libre arbitre et du déterminisme". De plus, je pense que cette vision libertarienne est celle que de nombreuses personnes ordinaires ont à l'esprit lorsqu'elles croient intuitivement qu'il existe une sorte de conflit entre le libre arbitre et le déterminisme. »
  • 55
    MORELAND, J. P.. The Recalcitrant Imago Dei: Human Persons and the Failure of Naturalism. London : SCM Press, 2009, p. 41. « Dans le monde entier, il est largement reconnu que la compréhension commune et spontanée du libre arbitre humain est ce que les philosophes appellent la liberté libertarienne : on n'agit librement que si son action n'a pas été déterminée (directement ou indirectement) par des forces qui échappent à son contrôle, et on doit être libre d'agir ou de s'abstenir d'agir ; le choix est "spontané", il émane exclusivement de son auteur. »
  • 56
    KANE, Robert. Libertarianism. In : Four Views on Free Will. Malden, MA : Blackwell, 2007, p. 7. « Nous, les libertariens, croyons généralement qu'un libre arbitre incompatible avec le déterminisme est nécessaire pour que nous soyons vraiment moralement responsables de nos actions, de sorte que la véritable responsabilité morale, ainsi que le libre arbitre, sont incompatibles avec le déterminisme. »
  • 57
    MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « L'explication compatibiliste classique du libre arbitre est inadéquate. Le déterminisme est incompatible avec le libre arbitre et la responsabilité morale parce que le déterminisme est incompatible avec la capacité de pouvoir agir autrement. »
  • 58
    CRISP, Oliver D.. Libertarian Calvinism. In : HUGH, McCann [ed.]. Free Will and Classical Theism: The Significance of Freedom in Perfect Being Theology. New York, Oxford Academic, 2017, chap. 4. « Le fait est que l’arminianisme et le calvinisme libertarien sont incompatibilistes [...]. Comme l’arminianisme, le calvinisme libertarien nie que le déterminisme divin soit compatible avec le libre arbitre humain. La différence entre les deux positions réside dans le fait que le calviniste libertarien affirme que certaines actions humaines sont déterminées par Dieu. Naturellement, ce sont des actions qui ne sont pas libres et dont les êtres humains déchus en question ne sont pas responsables. »
  • 59
    OLSON, Roger E.. Review of Oliver Crisp's "Deviant Calvinism" Part Three. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. 2014-12-24 [consulté le 2021-11-05]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/12/review-of-oliver-crisps-deviant-calvinism-part-three/. « [Le calvinisme libertarien] n'est pas acceptable pour les arminiens en raison de son monergisme sotériologique. »
  • 60
    MORELAND, J. P.. Miracles, Agency, and Theistic Science: A Reply to Steven B. Cowan. Philosophia Christi. 2001, vol. 4, n° 1, p. 155. « [T]out au long de l’histoire, il y a eu des calvinistes qui ont accepté la liberté libertarienne concernant les décisions non morales ou non salvifiques. »
  • 61
    STRATON, Timothy A.. Human Freedom, Divine Knowledge, and Mere Molinism: A Biblical, Historical, Theological, and Philosophical Analysis. Eugene : Wipf and Stock Publishers, 2020, p. 159. « Luther : La volonté d'une personne est asservie au péché et elle ne peut, sans la grâce de Dieu, répondre à l'Évangile. Cependant, hormis les questions liées au salut, les individus peuvent choisir librement. »
  • 62
    CRISP, Oliver D.. Libertarian Calvinism. In : HUGH, McCann [ed.]. Free Will and Classical Theism: The Significance of Freedom in Perfect Being Theology. New York : Oxford Academic, 2017, chap. 4. « L'arminien présume que Dieu élit sur la base de la prescience. Le calviniste libertairien nie cela, affirmant que Dieu élit selon "son bon plaisir et sa volonté" (Éph. 1:5), sans prendre en considération aucune action de la créature. C’est parce qu’il fait cela qu’il doit s’assurer que ceux qu’il élit soient rachetés, en provoquant effectivement leur régénération. »
  • 63
    MULLER, Richard. Divine Will and Human Choice. Grand Rapids : Baker Academic, 2017, p. 19-22.
  • 64
    MULLER, Richard. Divine Will and Human Choice. Grand Rapids : Baker Academic, 2017, p. 23-24. « Plusieurs [...] études [récentes] ont mobilisé le concept de « contingence simultanée » ou « synchronique » pour soutenir que la théologie réformée en développement au XVIIᵉ siècle défendait une théorie assez robuste du libre choix humain, en continuité avec diverses lignes d’argumentation présentes chez les scolastiques de la fin du Moyen Âge et chez les dominicains de l’époque moderne. Il ne faudrait pas non plus supposer que la théologie réformée en développement était monolithique sur cette question : parmi les réformés, on trouvait des définitions variées de la liberté et des appropriations diverses de l’ancienne tradition. »
  • 65
    Selon Muller, cette notion, formulée par Jean Duns Scot, s'inscrit dans une perspective non déterministe. Elle se caractérise essentiellement par l'affirmation que Dieu n'est pas contraint dans ses choix et qu’Il dispose d’une véritable capacité de choix contraire. Ce concept s’oppose aux formes de nécessitarisme véhiculées notamment par les théories leibniziennes ou certaines interprétations d’Edwards, qui suggèrent que Dieu lui-même serait soumis à un déterminisme dans ses décisions. Dans cette optique, Dieu aurait pu créer d’autres mondes possibles, et l’homme aurait pu faire des choix différents, si Dieu en avait ainsi décrété. Il en résulte une forme d’ouverture des possibles, de type « il aurait pu en être autrement », sans pour autant nier que les choix humains découlent nécessairement du décret divin.
  • 66
    PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, chap. 4.
  • 67
    BARRETT, Matthew. Salvation by Grace: The Case for Effectual Calling and Regeneration. Phillipsburg : P & R Publishing, 2013, p. xxiv. « La position modifiée qui a peut-être gagné le plus de popularité et de poids parmi les évangéliques contemporains est celle de Millard Erickson, Gordon Lewis et Bruce Demarest. […] [Cette] vision modifiée soutient que la régénération est conditionnée de manière causale par la conversion. Si les partisans de cette vision reconnaissent volontiers qu’ils s’inspirent non seulement du calvinisme, mais aussi de l’arminianisme, ils insistent néanmoins sur le fait qu’ils restent monergistes. »
  • 68
    WARE, Bruce A.. God’s Greater Glory: The Exalted God of Scripture and the Christian Faith. Wheaton : Crossway, 2004, p. 114–115.
  • 69
    KEATHLEY, Kenneth. Salvation and Sovereignty: A Molinist Approach. Nashville : B&H Publishing Group, 2010, chap. 3.
  • 70
    VAN HORN, Luke. On Incorporating Middle Knowledge Into Calvinism: A Theological/Metaphysical Muddle?. JETS. 2010, vol. 55, n°4, p. 827. Disponible à l'adresse : https://etsjets.org/wp-content/uploads/2013/02/files_JETS-PDFs_55_55-4_JETS_55-4_807-827_VanHorn.pdf
  • 71
    BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 59-60. « L’immutabilité de Dieu est un concomitant nécessaire de son aséité. C'est cette perfection de Dieu par laquelle il est dépourvu de tout changement, non seulement dans son être, mais aussi dans ses perfections, ainsi que dans ses desseins et ses promesses. En vertu de cet attribut, il est exalté au-dessus de tout devenir et est libre de toute accession ou diminution et de toute croissance ou décadence dans son être ou ses perfections. Ses connaissances et ses plans, ses principes moraux et ses volontés restent pour toujours les mêmes. [...] L’immuabilité divine ne doit pas être comprise comme impliquant l’immobilité, comme s’il n’y avait aucun mouvement en Dieu. Il est même courant en théologie de parler de Dieu comme d’un actus purus, d’un Dieu toujours en action. La Bible nous enseigne que Dieu entretient de multiples relations avec l’homme et, pour ainsi dire, vit sa vie avec eux. Il y a un changement autour de Lui, un changement dans les relations des hommes avec Lui, mais il n'y a aucun changement dans Son Être, Ses attributs, Son dessein, Ses motifs d'action ou Ses promesses. [...] Il est important de maintenir l'immutabilité de Dieu par rapport à la doctrine pélagienne et arminienne selon lesquelles Dieu est sujet au changement, non pas dans son être, mais dans sa connaissance et sa volonté, de sorte que ses décisions dépendent dans une large mesure des actions de l'homme. » (gras ajouté)
  • 72
    GUNTON, Colin E.. Act and Being: Towards a Theology of the Divine Attributes. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2003, p. 126.
  • 73
    PELIKAN, Jaroslav. The Christian Tradition, vol. 1, The Emergence of the Catholic Tradition: 100–600. Chicago, CH: University of Chicago Press, 1971, p. 52–53.
  • 74
    FEINBERG, John. God Ordains All Things. In : BASINGER, David, BASINGER, Randall [eds.]. Predestination and Free Will: Four Views of Divine Sovereignty and Human Freedom. Downers Grove, IL : IVP, 1986, p. 29. « Selon ce verset, les croyants sont donc prédestinés au salut conformément au dessein de Dieu, qui réalise toutes choses selon le conseil de sa volonté. La clause élargit donc la portée du verset pour englober non seulement l'élection au salut, mais aussi tout le reste. »
  • 75
    The Encyclopedia of Christianity. Grand Rapids, MI : Eerdmans Publishing, 2005, vol. 4, p. 180. « Le fatalisme, dans son sens le plus courant, ne doit pas être confondu avec la prédestination. Le fatalisme affirme une nécessité abstraite sans tenir compte des antécédents causaux, et est donc diamétralement opposé à la prédestination, dans laquelle les causes, et les effets, les fins et les moyens, sont déterminés les uns par rapport aux autres. Si l'utilisation des moyens est rendue inutile par le fatalisme, elle n'est pas rendue inutile par la prédestination. [N.D.L.R. : Dans un sens moins courant, le fatalisme est parfois identifié à un mode de détermination provenant d’une force aveugle.] »
  • 76
    BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 88. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=y3KUDgAAQBAJ&pg=PA88. « Beaucoup de malentendus surgissent en confondant la doctrine chrétienne de la prédestination avec la doctrine païenne du fatalisme. Il n'y a, en réalité, qu'un seul point d'accord entre les deux, c'est que tous deux supposent la certitude absolue de tous les événements futurs. La différence essentielle entre elles est que le fatalisme n'a pas de place pour un Dieu personnel. La prédestination soutient que les événements arrivent parce qu'un Dieu infiniment sage, puissant et saint les a nommés ainsi. Le fatalisme soutient que tous les événements se produisent par le travail d'une force aveugle, inintelligente, impersonnelle, non morale, qui ne peut être distinguée de la nécessité physique, et qui nous porte impuissants à sa portée comme un morceau de bois à la portée d'un fleuve puissant. »
  • 77
    CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/. « Par "fatalisme", je me réfère à l'enseignement selon lequel tous les événements sont prédéterminés (1) par des forces impersonnelles et (2) effectués indépendamment des moyens, de sorte que quoi qu'une personne fasse, la même fin en résultera. Par "déterminisme", je me réfère surtout au déterminisme théologique ou divin. C'est l'enseignement que le Dieu personnel de la Bible a intelligemment et immuablement prédéterminé tous les événements, y compris toutes les pensées, décisions et actions humaines, et cela en prédéterminant à la fois les fins et les moyens de ces fins. »
  • 78
    CHEUNG, Vincent. Determinism, Fatalism, and Pantheism. In : Vincent Cheung [en ligne] 2005-03-07 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l'adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/07/determinism-fatalism-and-pantheism/. « Plusieurs supposent qu'il y a plus de liberté dans le "déterminisme" et que les choses sont plus déterminées dans le "fatalisme". C'est faux. Dans le déterminisme divin, les choses sont plus déterminées que dans tout autre schéma. Dans le cadre du "fatalisme", un événement est prédéterminé de telle manière que le même résultat se produit "peu importe ce que vous faites", c'est-à-dire quels que soient les moyens. Cependant, dans le déterminisme divin, même si ce que vous faites "importe", "ce que vous faites" est également prédéterminé. Et cela "importe" parce qu'il existe une relation définie entre "ce que vous faites" et son résultat, mais cette relation est également déterminée et contrôlée par Dieu. »
  • 79
    REZKALLA, Paul. Why Pray if God Has Already Decided Everything?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2017-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/article/why-pray-if-god-has-already-determined-everything/. « Certaines choses se sont produites uniquement parce que nous avons prié pour elles ; elles ne se seraient pas produites si nous n'avions pas prié pour elles. [...] Il est vrai que Dieu a déterminé tous les résultats, mais il a également déterminé les moyens par lesquels ces résultats auront lieu. Si Dieu a déterminé qu'une femme serait guérie d'un cancer, il a également déterminé les prières en sa faveur, sans parler de la naissance des oncologues qui l'opéreront et de l'ouverture d'une école de médecine dans la région. Les prières représentent l'un des nombreux moyens que Dieu détermine. »
  • 80
    WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 231. « La Bible suppose partout que, en matière de salut, Dieu est totalement souverain et que les hommes sont réellement responsables. C'est le "compatibilisme". Selon cette vérité, Dieu utilise des "moyens" (la prédication, l'écoute et la foi en l'Évangile (Rm 10:8-15)) pour accomplir sa fin : sauver son peuple. Une réaction extrême aux erreurs du système arminien, appelée hyper-calvinisme, nie que Dieu utilise les moyens de la prédication, de l'écoute et de la confiance en l'Évangile pour convertir son peuple. L'hyper-calvinisme est la négation non biblique de la responsabilité des chrétiens de prêcher l'évangile ainsi que de la responsabilité des non-chrétiens de se repentir et de croire en Jésus. »
  • 81
    TOON, Peter. The Emergence of Hyper-calvinism in English Nonconformity 1689–1765. Eugene, OR: Wipf and Stock Publishers, 1967, p. 143. « L'hyper-calvinisme a conduit ses adeptes à considérer que l'évangélisation n'était pas nécessaire et à mettre beaucoup l'accent sur l'introspection afin de découvrir si l'on était élu ou non. »
  • 82
    HENDRYX, John. Compatibilism. In : Monergism [en ligne]. 2021 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/topics/free-will/compatibilism. « Il convient de noter que cette position [le déterminisme doux / compatibilisme] n'est pas moins déterministe que le déterminisme dur. Il est manifeste que ni le déterminisme doux ni le déterminisme dur ne croient que l'homme a un libre arbitre [libertarien]. Nos choix ne sont nos choix que parce qu'ils sont volontaires, et non contraints. Nous ne faisons pas de choix contraires à nos désirs ou à notre nature. Le compatibilisme est en contradiction directe avec le libre arbitre libertarien. »
  • 83
    FEINBERG, John S.. No One Like Him. Wheaton, IL : Crossway, 2001, p. 635-636. « Les déterministes doux sont d'accord [avec le déterminisme dur] pour dire que tout ce qui se passe est causalement déterminé [...]. »
  • 84
    FLOWERS, Leighton. We are not Determinists !. In : Soteriology 101 [en ligne]. 2016-05-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://soteriology101.com/2016/05/08/we-are-not-determinists/. « Il n'est pas rare qu'un calviniste me dise qu'il pense que je représente mal le calvinisme parce que je le présente comme s'il était "trop déterministe".[...] Ce que beaucoup de calvinistes jeunes (ou peu informés) semblent ne pas comprendre, c'est que le compatibilisme [...] est une forme de déterminisme. »
  • 85
    Contingence. In : Philosophie Magazine [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.philomag.com/lexique/contingence. « [L]a contingence désigne la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas, ou encore qu’elle soit autrement qu’elle n’est. »
  • 86
    VAN ASSELT, Willem. Reformed Thought on Freedom. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 38. « Dans cette ontologie, la contingence de l'effet peut être associée à une nécessité hypothétique de l'effet [...]. [L]a distinction entre la nécessité absolue (simpliciter : necessitas consequentis) et la nécessité relative (secundum quid : necessitas consequentiae) a permis aux scolastiques réformés de montrer comment la nécessité et la contingence/liberté sont à certains égards compatibles au lieu d'être carrément contradictoires. »
  • 87
    Selon la conception épistémologique, certains éléments abstraits comme les principes de logique ou les mathématiques pourraient aussi faire partie de cette catégorie.
  • 88
    PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, p. 83. « [La nécessité relative] préserve la contingence, car Dieu aurait pu décréter qu'Adam ne tombe pas [dans le péché]. Si Dieu l'avait décrété, alors Adam ne serait pas tombé. Cela signifie qu'Adam aurait pu agir autrement si Dieu l'avait décrété. »
  • 89
    WHITE, Heath. Theological Determinism and the “Authoring Sin” Objection. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 90. « Le déterminisme théologique soutient, en effet, que la volonté de Dieu détermine tout fait contingent. Il ne s'ensuit pas que Dieu porte la même intention que les faits contingents. Tout ce qui arrive est une conséquence, en fait une conséquence déterministe, de l'action de la causalité primaire de Dieu, sans que cela soit forcément une conséquence intentionnelle. »
  • 90
    JAEGER, Lydia. Diverses formes de nécessité dans L’Institution chrétienne. Revue Réformée, 2003, vol. 54, p. 54-69. Disponible à l'adresse : https://www.academia.edu/27936280/DIVERSES_FORMES_DE_NECESSITE_DANS_LINSTITUTION_CHRETIENNE. « Pour Calvin, la distinction entre ces deux niveaux de nécessité [absolue et hypothétique] va de pair avec la contingence du monde, au sens fort du terme : non seulement le monde est dépendant de Dieu et ne peut nullement prétendre à aucune forme d’aséité, mais aussi Dieu aurait pu (au moins dans une large mesure) choisir de décider autrement qu’il ne l’a fait. La nécessité de décret [hypothétique] n’équivaut donc pas à la nécessité logique [absolue] ; le décret de Dieu aurait pu être autre. »
  • 91
    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.8, p. 890.
  • 92
    OKE, Norman R.. Divine Sovereignty. In : Beacon Dictionary of Theology. Kansas City, MO : Beacon Hill Press of Kansas City, 1983, p. 171. « Premièrement, [la souveraineté de Dieu] peut être considérée comme le droit divin d'exercer totalement sa gouvernance ; deuxièmement, son sens peut être étendu jusqu'à inclure l'exercice de ce droit par Dieu. En ce qui concerne le premier aspect, il n'y a pas de débat. En revanche, une divergence d'opinion surgit concernant le deuxième aspect. »
  • 93
    EASTON, Matthew G.. Sovereignty. In : Illustrated Bible Dictionary. London : Thomas Nelson, 1897. Disponible à l'adresse : https://www.biblestudytools.com/dictionaries/eastons-bible-dictionary/sovereignty.html. « [La souveraineté de Dieu] est son droit absolu de faire toutes choses selon son bon plaisir. »
  • 94
    LEONARD, William. Sovereignty of God. In : Holman Bible Dictionary. Nashville, TN : Broadman & Holman, 1991. Disponible à l'adresse : https://www.studylight.org/dictionaries/eng/hbd/s/sovereignty-of-god.html. « [La souveraineté de Dieu est l'enseignement ] [...] que toutes choses viennent de Dieu et dépendent de Dieu. [...] [Ceci] ne signifiant pas que tout ce qui se passe dans le monde est la volonté de Dieu. »
  • 95
    FRIESEN, Garry, MAXSON, Robin J.. Decision Making & the Will of God: A Biblical Alternative to the Traditional View. Portland, OR : Multnomah Press, 1980, p. 32. « La volonté souveraine de Dieu peut être définie comme le plan prédéterminé de Dieu concernant tout ce qui se passe dans l'univers. »
  • 96
    SPROUL, R. C.. Chosen by God. Wheaton, IL : Tyndale House Publishers, 1986, p. 15. « De dire que Dieu prédétermine tout ce qui arrive est une conséquence nécessaire de sa souveraineté. [...] De dire que Dieu prédétermine toutes choses, c’est simplement affirmer que Dieu est souverain sur toute sa création. »
  • 97
    BIGNON, Guillaume. Why this Calvinist doesn't make much of divine "Sovereignty". In: TheoloGUI [en ligne]. 2014-07-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/07/why-this-calvinist-doesnt-make-much-of.html. « Dire que Dieu est souverain peut se contenter, modestement, de signifier qu'il a le pouvoir et l'autorité ultimes sur les affaires humaines. Mais le fait qu'il ait une telle souveraineté sur les humains ne nous dit pas grand-chose sur la mesure dans laquelle Dieu exerce effectivement sa souveraineté. Les arminiens de tous bords sont parfaitement à l'aise pour affirmer que Dieu est "souverain", mais ils nient que Dieu utilise sa souveraineté sur les affaires humaines en déterminant le résultat des choix libres des humains. »
  • 98
    MATHIS, David. Does God ‘Author’ Sin?. In : Desiring God [en ligne]. 2007-08-29 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-author-sin. « Le terme "auteur" est presque universellement condamné dans la littérature théologique. Il est rarement défini, mais il semble signifier que Dieu est la cause efficiente du mal et qu'en causant le mal, il fait effectivement quelque chose de mal. C'est pourquoi [la Confession de foi de Westminster] affirme que Dieu "n'est ni ne peut être l'auteur ou l'approbateur du péché" (5:4). »
  • 99
    MATHIS, David. Does God ‘Cause’ Sin?. In : Desiring God [en ligne]. 2007-08-30 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/articles/does-god-cause-sin. « Il est intéressant de noter que Calvin utilise le terme de "cause", en se référant à l'action de Dieu dans l'apparition du mal, quand il fait la distinction entre Dieu en tant que "cause éloignée" et l'action humaine en tant que "cause immédiate". Soutenant ainsi que Dieu n'est pas "l'auteur du péché", il affirme que "la cause immédiate est une chose, la cause éloignée en est une autre". »
  • 100
    CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 176. « Combien est insensé et frêle le soutien de la justice divine offert par la suggestion que les maux viennent à l'existence, non par Sa volonté, mais par Sa permission. [...] C'est un refuge tout à fait frivole que de dire que Dieu les permet par omission, alors que l'Écriture le montre non seulement consentant, mais auteur de ces maux. »
  • 101
    CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 169. « Premièrement, il faut observer que la volonté de Dieu est la cause de toutes les choses qui arrivent dans le monde ; et pourtant, Dieu n'est pas l'auteur du mal. »
  • 102
    JAMES, Frank A. III. Neglected Sources of the Reformation Doctrine of Predestination Ulrich Zwingli and Peter Martyr Vermigli. Modern Reformation. 1998, vol. 7. « [...] Dieu est absous de toute culpabilité personnelle, ainsi Zwingli peut affirmer que Dieu est "l'auteur, le moteur et l'instigateur" du péché humain. »
  • 103
    CHEUNG, Vincent. The Author of Sin. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2005-05-31 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/01/the-author-of-sin/« Quand quelqu’un prétend que ma vision de la souveraineté divine fait de Dieu l’auteur du péché, ma réaction est : "Et alors ? [...]". [I]l n’y a aucun problème biblique ou rationnel à ce qu’il soit l’auteur du péché. »
  • 104
    EDWARDS, Jonathan. A Careful and Strict Inquiry into the Modern Prevailing Notions of that Freedom of Will. In : Works of President Edwards. New York : Leavitt & Allen, 1858, vol. 2, partie. 1, sec. 9, p. 157. Disponible a l'adresse : https://books.google.fr/books?id=PSlmUO9JLscC. « Si par "Auteur du péché" on entend le pécheur, l’agent ou l’acteur du péché, ou celui qui accomplit une chose mauvaise, alors il serait injurieux de supposer que Dieu est l’auteur du péché. En ce sens, je nie absolument que Dieu soit l’auteur du péché. Mais si par "Auteur du péché" on entend celui qui le permet, ou celui qui ne fait pas obstacle au péché ; et en même temps, le dispensateur de l’ordre des événements, de telle manière que, pour des fins et des objectifs sages, saints et excellents, le péché, s’il est permis ou non entravé, suivra très certainement et infailliblement : je dis, si c’est tout ce que l’on entend par “être l’auteur du péché”, alors je ne nie pas que Dieu soit l’auteur du péché (bien que je n’aime pas et rejette cette expression, car son usage et sa coutume tendent à lui donner un autre sens). Ce n’est pas une injure pour le Très-Haut d’être ainsi l’auteur du péché. »
  • 105
    TALBOT, Mark, PIPER, John [ed.], TAYLOR, Justin [ed.]. Suffering and the Sovereignty of God. Wheaton, IL : Crossway Books, 2006, p. 41-42. « Dieu accomplit toutes choses conformément à sa volonté. Ce n'est pas simplement que Dieu parvient à tourner les aspects mauvais de notre monde en bien pour ceux qui l'aiment ; c'est plutôt qu'il provoque lui-même ces aspects mauvais […]. Cela inclut le fait que Dieu a même permis la brutalité nazie à Birkenau et Auschwitz, ainsi que les meurtres terribles de Dennis Rader et même les abus sexuels d'un jeune enfant. »
  • 106
    TALBOT, Mark, PIPER, John [ed.], TAYLOR, Justin [ed.]. Suffering and the Sovereignty of God. Wheaton, IL : Crossway Books, 2006, p. 70-77. « La préordination de Dieu est la raison ultime pour laquelle tout se produit, y compris l'existence de toutes les personnes et choses mauvaises et la survenue de tout acte ou événement mauvais. Ainsi, il n'est pas inapproprié de considérer Dieu comme le créateur, l'envoyeur, celui qui permet, et parfois même l'instigateur du mal. »
  • 107
    PIPER, John. Spectacular Sins: And Their Global Purpose in the Glory of Christ. Wheaton : Crossway, 2008, p. 54. « Ainsi, lorsque je dis que tout ce qui existe (y compris le mal) est ordonné par un Dieu infiniment saint et tout-sage pour faire briller plus intensément la gloire de Christ, je veux dire que, d’une manière ou d’une autre, Dieu s’assure que toutes choses servent à glorifier son Fils […]. Par "ordonner", j’entends que Dieu a soit causé directement quelque chose, soit l’a permis pour des desseins sages. »
  • 108
    SHEDD, William Greenough Thayer. Calvinism: Pure and Mixed, A Defence of the Westminster Standards. New York : Charles Scribner's Sons, 1893, p. 32-33. « Dieu, par sa providence, a permis que certains des anges tombent volontairement et irrémédiablement dans le péché et la damnation […] ordonnant cela, ainsi que tous leurs péchés, à sa gloire. »
  • 109
    BIGNON, Guillaume. Excusing Sinners and Blaming God. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2017, p. 225. « Cela signifie que l'un [le déterminisme] n'est pas censé exclure l'autre [la permission] ; au contraire, les deux sont censés décrire les véritables aspects du contrôle de Dieu sur le mal, à savoir, d'une part, que Dieu le contrôle pleinement et, d'autre part, que Dieu ne l'approuve pas pour lui-même et que son mode d'action pour l'engendrer diffère de celui qu'il utilise pour engendrer le bien. C'est tout. Le langage de la permission n'est pas un moyen de diminuer le contrôle divin du mal ou d'excuser Dieu pour son implication dans celui-ci. »
  • 110
    GORDON, Bruce, TRUEMAN, Carl. The Oxford Handbook of Calvin and Calvinism. Oxford : Oxford University Press, 2021, p. 46-47. « L'attachement de Calvin à la particularité de la providence de Dieu l'amène à reconnaître une relation plus forte entre la volonté de Dieu et les mauvaises actions que ne le suppose la distinction entre vouloir et permettre. Au contraire, dit Calvin, Dieu est le principe déterminant de toutes les actions humaines, bonnes ou mauvaises. [...] Cependant, Calvin parle parfois de Dieu qui "gouverne" [Calvin 2009, 1.16.2] les actions ou les événements pour qu'ils correspondent à sa volonté. Il y a même des exemples, comme dans l'histoire de Job, où Calvin lui-même écrit que "le Seigneur abandonne son serviteur Job à Satan pour qu'il l'afflige" [Calvin 2009, 2.4.2]. [...] Bien que Calvin n'utilise pas expressément la distinction vouloir/permettre (pour garder Dieu isolé du mal et du péché), il admet une certaine différence entre la volonté de Dieu du bien et la "volonté" de Dieu du mal. Cette différence se trouve dans la position intentionnelle de Dieu envers ce que Dieu réalise. Lorsque Dieu détermine que quelque chose de mauvais doit arriver (que ce soit un péché individuel ou un mal impersonnel), Dieu ne vise pas le mal lui-même, mais le résultat finalement bon vers lequel Dieu dirige ce mal. [...] Quelle que soit la nature de l'action, le décret de Dieu est toujours parfaitement efficace et causalement suffisant [...]. »
  • 111
    PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc., 2009, p. 162. « Il était clairement de la volonté de Dieu que le péché entre dans ce monde, sinon il ne serait pas entré, car rien ne se produit sauf ce que Dieu a éternellement décrété. De plus, il ne s’agissait pas d’une simple permission, car Dieu ne permet que ce qui accomplit son dessein. »
  • 112
    CHEUNG, Vincent. The Light of Our Minds. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2004 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/books/The%20Light%20of%20Our%20Minds.pdf. « Ceux qui voient qu’il est impossible de dissocier totalement Dieu de l’origine et de la continuation du mal tentent néanmoins d’éloigner Dieu du mal en disant qu’il se contente de “permettre” le mal, sans en être la cause. Cependant, puisque l’Écriture elle-même affirme que Dieu décrète activement toutes choses et que rien ne peut se produire en dehors de sa volonté et de sa puissance, il est insensé de dire qu’il se contente de permettre quelque chose : rien ne se produit par la seule permission de Dieu. »
  • 113
    CHEUNG, Vincent. The Light of Our Minds. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2004 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/books/The%20Light%20of%20Our%20Minds.pdf. « Dieu contrôle tout ce qui existe et tout ce qui se produit. Il n’y a pas une seule chose qui arrive sans qu’il l’ait activement décrétée – pas même une seule pensée dans l’esprit de l’homme. Puisque cela est vrai, il en découle que Dieu a décrété l’existence du mal, et qu’il ne l’a pas simplement permis, comme si quoi que ce soit pouvait surgir et se produire en dehors de sa volonté et de sa puissance. Puisque nous avons démontré qu’aucune créature ne peut prendre de décisions totalement indépendantes, le mal n’aurait jamais pu commencer sans le décret actif de Dieu, et il ne peut pas continuer un seul instant de plus sans la volonté de Dieu. Dieu a décrété le mal en dernier ressort pour sa propre gloire, bien qu’il ne soit pas nécessaire de connaître ou d’expliquer cette raison pour défendre le christianisme face au problème du mal. »
  • 114
    CALVIN, John. A Commentary on the Prophet Isaiah. Edinburgh : The Calvin Translation Society, 1847, vol 2, p. 235. « Si Dieu contrôle les intentions des hommes et dirige leurs pensées et leurs efforts vers les objectifs qui lui plaisent, cela ne signifie pas pour autant que les hommes cessent de concevoir des plans et de se lancer dans telle ou telle entreprise. Nous ne devons pas supposer qu’il y ait une contrainte violente, comme si Dieu les entraînait contre leur volonté ; mais d’une manière merveilleuse et inconcevable, il régule tous les mouvements des hommes, tout en leur laissant l’exercice de leur volonté. »
  • 115
    SPROUL, R. C.. Do We Have Free Will?. In : Ligonier [en ligne]. 2021-04-06 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/podcasts/ultimately-with-rc-sproul/do-we-have-free-will. « Nous[, les calvinistes,] croyons que l'homme a le libre arbitre. Je ne connais pas un seul augustinien dans toute l'histoire de l'Église qui n'ait pas affirmé avec force que nous avons le libre arbitre. Nous sommes des créatures volitives. Dieu nous a donné une intelligence et un cœur, et il nous a donné une volonté. Nous exerçons constamment cette volonté. Nous faisons des choix tout au long de la journée, et nous choisissons ce que nous voulons. Nous choisissons librement. Personne ne nous contraint. »
  • 116
    NASH, Ronald. Life's Ultimate Questions: An Introduction to Philosophy. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2010, p. 463. « On peut dire que les êtres humains sont libres dans deux sens différents. La liberté d'indifférence explique la liberté humaine comme la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. [...] Pour être véritablement libre dans le cadre de l'"indifférence", une personne doit avoir la capacité de faire ou de ne pas faire quelque chose. La liberté de spontanéité, en revanche, explique la liberté humaine comme la capacité de faire ce que l'on veut faire. Selon cette seconde conception, la question de la capacité de la personne à faire autre chose que ce qu'elle fait n'est pas pertinente, car la question clé est de savoir si elle est capable de faire ce qu'elle a le plus envie de faire. La liberté d'indifférence est une définition incompatibiliste de la liberté, tandis que la liberté de spontanéité est une forme de compatibilisme. »
  • 117
    FEINBERG, John. No One Like Him. Wheaton, IL : Crossway, 2001, p. 637. « [U]n acte est libre, bien que causalement déterminé, si cet acte correspond à ce que l'agent voulait faire. »
  • 118
    MORELAND, J. P., CRAIG, William Lane. Philosophical Foundations for a Christian Worldview: 2nd Edition. Downers Grove, IL : IVP Academic, an imprint of InterVarsity Press, 2017, chap. Free will and determinism
  • 119
    SPROUL, R. C.. What Is Free Will?. In : Ligonier [en ligne]. 2019-07-01 [consulté le 2021-11-04] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/chosen-by-god/what-is-free-will. « Rappelez-vous que j'ai dit [...] que notre choix est à la fois libre et déterminé. Mais ce qui le détermine, c'est moi, et c'est ce que nous appelons l'auto-déterminisme. L'auto-déterminisme n'est pas la négation de la liberté, mais l'essence de la liberté. [...] [N]ous choisissons toujours selon nos désirs. J'irai même jusqu'à dire que nous devons toujours choisir selon l'inclination la plus forte du moment. »
  • 120
    HELM, Paul. John Calvin’s Ideas. Oxford : Oxford University Press, 2004, p. 164-165. « Calvin parle sans réserve de l'auto-déterminisme de la volonté. [...] [C]e langage peut sembler placer Calvin dans le camp du libertarianisme ou de la causalité agentive. Cependant, Calvin semble redéfinir l'idée d'auto-déterminisme [...] comme étant l'absence de coercition, et cela semble le placer dans le camp compatibiliste [...]. »
  • 121
    PRECIADO, Michael Patrick. Muller’s Compatibilism. Journal of Reformed Theology. 2024, vol. 18, p. 165–166. Disponible à l’adresse : https://brill.com/downloadpdf/view/journals/jrt/18/1-3/article-p151_8.pdf. « [C]ette simultanéité de la puissance s'entend au sens divisé, et non au sens composé. Il convient donc de définir ces termes. [...] [L]e sens divisé considère la volonté de manière absolue, les conditions requises pour l'action ayant été retirées. [...] Le sens composé considère la volonté avec les éléments nécessaires à l'action. Ces éléments sont, par exemple, le décret de Dieu, le concours de Dieu, le dernier jugement de l'intellect, etc. »
  • 122
    Bien que dans cette décomposition nous pouvons dire que l'homme a un libre arbitre libertarien au « sens divisé », nous ne ferons pas référence à cette idée dans la mesure où l'homme exerce ses choix toujours dans le « sens composé ».
  • 123
    DEYOUNG, Kevin. Does Calvinism Teach Puppet Theology?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2013-03-08 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/kevin-deyoung/does-calvinism-teach-puppet-theology/. « Mes analogies de type marionnette ou robot ne sont pas valables [pour décrire le calvinisme], et aucun calviniste ne devrait les utiliser. [...] Dieu n'est pas un marionnettiste qui tire sur des ficelles pour que nous fassions ce qu'il veut indépendamment de notre volonté ou de notre action. Sa volonté précède notre volonté, mais elle ne l'efface pas. »
  • 124
    WARE, Bruce. The Compatibility of Determinism and Human Freedom. In : Founders Ministries [en ligne]. 2012-01-13 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://founders.org/2012/01/13/the-compatibility-of-determinism-and-human-freedom/. « Cependant, ce que nous avons pu voir, c'est un témoignage biblique remarquable selon lequel la détermination par Dieu de ce que les gens font est compatible avec le fait qu'ils réalisent leurs actions déterminées avec une liberté et une responsabilité humaines authentiques. »
  • 125
    WARE, Bruce. The Compatibility of Determinism and Human Freedom. In : Founders Ministries [en ligne]. 2012-01-13 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://founders.org/2012/01/13/the-compatibility-of-determinism-and-human-freedom/. « Selon cette vision [compatibiliste] de la liberté, un agent est libre de faire un choix si et seulement si, au moment où il fait ce choix, il n'est pas contraint ou forcé dans son choix, mais choisit selon sa volonté la plus profonde, son inclination la plus forte, ou selon ce qu'il désire le plus. Bien sûr, puisque l'agent choisit en fonction de son désir le plus profond ou de son inclination la plus forte, cela n'a aucun sens d'imaginer que sa liberté consiste en sa capacité à faire autrement, n'est-ce pas ? »
  • 126
    HORTON, Michael. For Calvinism. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2011, p. 45. « Avant la chute, l'humanité avait la capacité naturelle et morale d'obéir à Dieu avec une fidélité totale et une liberté de volonté. Après la chute, nous avons toujours la capacité naturelle, mais non plus la capacité morale. [...]. Nous avons tout l'"équipement" nécessaire pour aimer Dieu et nos prochains. Néanmoins, la chute nous a rendus moralement incapables d'utiliser ces dons d'une manière qui pourrait nous octroyer la faveur de Dieu. »
  • 127
    HODGE, A. A.. Outlines of Theology. Grand Rapids, MI : Zondervan, 1973, p. 341. « Depuis la chute, les hommes ont la capacité naturelle de faire tout ce qui est exigé d'eux, mais sont dépourvus de la capacité morale de le faire. Par capacité naturelle, [Edwards] entendait la possession par tout agent libre responsable, comme condition de sa responsabilité, de toutes les facultés constitutionnelles nécessaires pour lui permettre d'obéir à la loi de Dieu. Par capacité morale, il entendait l'état moral inhérent à ces facultés, la juste disposition du cœur, nécessaire à l'accomplissement de ces devoirs. »
  • 128
    SPROUL, R. C.. The New Birth. In : Ligonier [en ligne]. 2007-03-01 [consulté le 2021-05-03] Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/new-birth. « Une œuvre monergique est une œuvre réalisée individuellement, par une seule personne. Le préfixe mono signifie un. Le mot erg fait référence à une unité de travail. Des mots comme énergie sont construits sur cette racine. Un travail synergique est celui qui implique une coopération entre deux ou plusieurs personnes ou choses. Le préfixe "syn-" signifie "conjointement". »
  • 129
    ROBINSON, Geoffrey D. Saved by Grace through Faith or Saved by Decree?: A Biblical and Theological Critique of Calvinist Soteriology. Eugene, OR : Wipf and Stock Publishers, 2022, p. 379. « [L]e cœur du calvinisme est un monergisme qui fait effectivement de Dieu le seul acteur de l'histoire humaine [...]. »
  • 130
    HORTON, Michael. For Calvinism. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2011, chap. Perseverance of the saints. « La doctrine de la persévérance des saints reflète la conviction que le salut est systématiquement monergique, c'est-à-dire uniquement dû à la grâce de Dieu, du début à la fin. »
  • 131
    SPROUL, R. C.. Willing to Believe: The Controvesy over Free Will. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2002, p. 73. « Une fois que la grâce opérant la régénération est donnée, le reste du processus est synergique. C’est-à-dire qu’après que l’âme a été changée par la grâce effective ou irrésistible, la personne elle-même choisit Christ. Dieu ne fait pas le choix à sa place. »
  • 132
    SPROUL, R. C.. Chosen by God. Wheaton : Tyndale House Publishers, Inc., 1986, p. 118. « la foi n’est pas monergique. »
  • 133
    BERKHOF, Louis. Systematic Theology. Eerdmans: Grand Rapids, 1949, p. 473, 490. « La régénération est donc à concevoir de manière monergique. Dieu seul œuvre, et le pécheur n'y a aucune part. Ceci, bien sûr, ne signifie pas que l'homme ne coopère pas aux étapes ultérieures de l'œuvre de rédemption. Il est tout à fait évident d'après les Écritures que c’est le cas. […] Toutefois, bien que Dieu seul soit l'auteur de la conversion, il est d'une grande importance de souligner le fait, face à une fausse passivité, qu'il y a aussi une certaine coopération de l'homme à la conversion. »
  • 134
    NASELLI, Andrew David. Keswick Theology: A Survey and Analysis of the Doctrine of Sanctification in the Early Keswick Movement. DBSJ. 2008, vol. 13, p. 54. Disponible à l'adresse : https://andynaselli.com/wp-content/uploads/2008_Keswick_theology.pdf. « Une vision monergique de la régénération est biblique, mais une vision monergique de la sanctification ne l’est pas. »
  • 135
    SPROUL, R. C.. No Shortcuts to Growth. In : Ligonier [en ligne]. 2021-10-04 [consulté le 2021-11-05]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/no-shortcuts-growth. « La sanctification, toutefois, engage également nos efforts. Elle est décrite comme synergique car elle résulte de l'œuvre commune de Dieu et de notre collaboration. »
  • 136
    HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 229. « Lorsque Calvin et Luther nient le libre arbitre, ils n'ont pas en tête des questions métaphysiques [...], mais plutôt la disposition spirituelle découlant du péché, qui est, logiquement parlant, neutre sur la question du déterminisme et du libertarianisme. »
  • 137
    HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « Il est donc raisonnable de conclure que, bien que Calvin n'avoue pas le déterminisme par ces mots précis, il adopte néanmoins une perspective largement déterministe. »
  • 138
    HELM, Paul. Calvin the Compatibilist. In : Calvin at the Centre. New York : Oxford University Press, 2010, p. 227-272. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199532186.001.0001
  • 139
    COUENHOVEN, Jesse. Predestination: A Guide for the Perplexed. London : loomsbury Publishing, 2018, p. 96. « Comme Augustin et Thomas d’Aquin, Luther a conclu que l’enseignement chrétien sur le péché et la grâce montre que, bien que la responsabilité humaine ne soit pas compatible avec la contrainte, elle peut être compatible avec le déterminisme divin. »
  • 140
    LUTHER, Martin, COLE, Henry [trad.]. Martin Luther on the Bondage of the Will: Written in Answer to the Diatribe of Erasmus on Free-will. London : Printed by T. Bensley for W. Simpkin and R . Marshall, 1823, p. 119-120. « [T]out ce que nous faisons, bien que cela puisse nous sembler être fait de manière mutable et contingente, est pourtant, en réalité, fait nécessairement et immuablement, selon la volonté de Dieu. »
  • 141
    MULLER, Richard A.. Providence, Freedom, and the Will in Early Modern Reformed Theology. Grand Rapids : Reformation Heritage Books, 2022, p. 249. « En bref, les définitions réformées traditionnelles ne correspondent ni aux définitions standard du compatibilisme ni à celles du libertarianisme. »
  • 142
    PRECIADO, Michael Patrick. Le compatibilisme de Muller [Muller’s Compatibilism]. Arminianisme évangélique, 2025, [1ère ed. 2024]. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/ressoures/PRECIADO-Michael-P.-Le-compatibilisme-de-Muller.pdf. « À la lumière de ce que nous avons vu, il est clair que le terme « déterminisme » ne signifie pas nécessairement nécessité absolue. Cela signifie que l’affirmation de Muller selon laquelle les orthodoxes réformés n’étaient pas déterministes est correcte dans le sens de la nécessité absolue. Cependant, il se trompe dans le sens du déterminisme entendu comme nécessité hypothétique. Comme nous l’avons vu, les orthodoxes réformés affirment clairement la nécessité hypothétique. »
  • 143
    PRECIADO, Michael Patrick. Le compatibilisme de Muller [Muller’s Compatibilism]. Arminianisme évangélique, 2025, [1ère ed. 2024]. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/ressources/PRECIADO-Michael-P.-Le-compatibilisme-de-Muller.pdf. « Aza Goudriaan, par exemple, observe que « Voetius, Van Mastricht et Driessen représentent tout ce que la terminologie moderne appelle le “déterminisme doux” ou le “compatibilisme”, en affirmant que “la liberté et le déterminisme sont compatibles l'un avec l'autre, et donc que la vérité du déterminisme n'élimine pas la liberté” . Il n'est donc pas anachronique de qualifier les orthodoxes réformés de compatibilistes. »
  • 144
    DIXHOORN, C. Westminster assembly (act. 1643–1652). In : Oxford Dictionary of National Biography. Oxford : Oxford University Press, 2007. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1093/ref:odnb/92780. « La confession de foi de Westminster, dans ses versions originelles et amendées, est devenue « le symbole doctrinal le plus significatif de l'histoire protestante américaine » (Ahlstrom, 131). En effet, les confessions et catéchismes du synode, communément appelés les « Standards de Westminster », sont largement considérés comme les énoncés les plus précis et durables de la théologie réformée moderne. »
  • 145
    SHEDD, William Greenough Thayer. Calvinism: Pure and Mixed, A Defence of the Westminster Standards. New York : Charles Scribner's Sons, 1893, p. 32-33, 38-39. « Le péché fait partie des "quoi que ce soit" qui sont "arrivés", et tous ces événements sont "ordonnés" [...] Rien n’arrive en dehors de son décret. Rien ne se produit par hasard. Même le mal moral, qu’il abhorre et interdit, survient selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu […] L’incapacité de l’homme à expliquer comment Dieu peut rendre les choses certaines sans les rendre contraignantes n’est pas une raison pour nier que [Dieu] puisse le faire ou qu’il l’ait fait. »
  • 146
    JAMES, Frank A. III. Neglected Sources of the Reformation Doctrine of Predestination Ulrich Zwingli and Peter Martyr Vermigli. Modern Reformation. 1998, vol. 7. « [...] Dieu est absous de toute culpabilité personnelle, ainsi Zwingli peut affirmer que Dieu est "l'auteur, le moteur et l'instigateur" du péché humain. »
  • 147
    LUTHER, Martin, COLE, Henry [trad.]. Martin Luther on the Bondage of the Will: Written in Answer to the Diatribe of Erasmus on Free-will. London : Printed by T. Bensley for W. Simpkin and R . Marshall, 1823, p. 119-120. « [Reprenant un point qu'Erasme lui reproche, Luther confirme sa croyance :] [...] que le libre arbitre est un terme vide, car Dieu agit en nous pour le bien et le mal. »
  • 148
    CLARK, Gordon H. Religion, Reason, and Revelation. Philadelphia : Presbyterian and Reformed, 1961, p. 237-238. « Qu'il soit dit sans équivoque que cette vision [du déterminisme théologique calviniste] fait certainement de Dieu la cause du péché. Dieu est la seule cause ultime de tout. Il n'y a absolument rien qui soit indépendant de lui. Lui seul est l'être éternel. Lui seul est tout-puissant. Lui seul est souverain. »
  • 149
    CLARK, Gordon H. Predestination. Unicoi, TE : Trinity Foundation, 2006, p. 18. « Certaines personnes ne souhaitent pas étendre le pouvoir de Dieu sur les choses mauvaises, et particulièrement sur les maux moraux [...]. La Bible enseigne [...] explicitement que Dieu crée le péché. »
  • 150
    SPROUL, R. C.. Almighty Over All: Understanding the Sovereignty of God. Grand Rapids : Baker Books, 1999, p. 54. « Je n’accuse pas Dieu de pécher ; je suggère qu'il a créé le péché. »
  • 151
    MACARTHUR, John. The Doctrine of Election, Part 1. In : Grace to You [en ligne]. 2004-09-19 [consulté le 2024-12-27]. Disponible à l’adresse : https://www.gty.org/library/sermons-library/90-273/The-Doctrine-of-Election-Part-1. « Tu es coupable. Tu es responsable. Tu l'as fait. Tu l'as fait de ta propre volonté. Mais Dieu avait prédéterminé que cela serait fait. Cela faisait partie de son plan prédéterminé et de sa prescience. Cela signifie que prédéterminer, connaître d'avance, ce n'est pas simplement avoir des informations sur ce qui va se passer, mais prédéterminer que cela se produira. »
  • 152
    CHEUNG, Vincent. The Author of Sin. In : Vincent Cheung. [en ligne]. 2005-05-31 [consulté le 2021-11-03]. Disponible à l’adresse : https://www.vincentcheung.com/2005/03/01/the-author-of-sin/« Quand quelqu’un prétend que ma vision de la souveraineté divine fait de Dieu l’auteur du péché, ma réaction est la suivante : "Et alors ? [...]". [I]l n’y a aucun problème biblique ou rationnel à ce qu’il soit l’auteur du péché. »
  • 153
    TALBOT, Mark, PIPER, John [ed.], TAYLOR, Justin [ed.]. Suffering and the Sovereignty of God. Wheaton, IL : Crossway Books, 2006, p. 41-42. « Dieu accomplit toutes choses conformément à sa volonté. Ce n'est pas simplement que Dieu parvient à tourner les aspects mauvais de notre monde en bien pour ceux qui l'aiment ; c'est plutôt qu'il provoque lui-même ces aspects mauvais […] Cela inclut le fait que Dieu a même permis la brutalité nazie à Birkenau et Auschwitz, ainsi que les meurtres terribles de Dennis Rader et même les abus sexuels d'un jeune enfant. »
  • 154
    FRAME, John. Interview with John Frame on the Problem of Evil. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2008-08-20 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/justin-taylor/interview-with-john-frame-on-problem-of/. « La question, cependant, est de savoir si Dieu permet simplement le mal, ou si, en plus, il provoque réellement le mal dans un certain sens. Je pense que ce dernier est vrai. »
  • 155
    PIPER, John. Spectacular Sins: And Their Global Purpose in the Glory of Christ. Wheaton : Crossway, 2008, p. 24. « Dieu est capable, sans “tenter” de manière répréhensible, de faire en sorte qu’une personne accomplisse ce que Dieu a ordonné pour elle, même si cela implique le mal. »
  • 156
    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.8, p. 890. « Le premier homme a chuté, parce que Dieu avait jugé cela opportun. Pourquoi l’a-t-il jugé tel, nous n'en savons rien ! […] L’homme trébuche donc selon ce qui avait été ordonné par Dieu; mais il trébuche à cause de sa méchanceté. »
  • 157
    PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc., 2009, p. 162. « Il était clairement de la volonté de Dieu que le péché entre dans ce monde, sinon il ne serait pas entré, car rien ne se produit sauf ce que Dieu a éternellement décrété. De plus, il ne s’agissait pas d’une simple permission, car Dieu ne permet que ce qui accomplit son dessein. »
  • 158
    GRUDEM, Wayne. Systematic Theology: An Introduction to Biblical Doctrine. Grand Rapids, MI : Zondervan, 2009, p. 330. « Nous confessons que nous ne comprenons pas comment Dieu peut ordonner que nous accomplissions des actes mauvais tout en nous tenant responsables de ces actes, sans qu’il soit lui-même blâmé. »
  • 159
    PALMER, Edwin H.. The Five Points of Calvinism. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2010, p. 24-25. « Toutes les choses qui arrivent dans le monde à tout moment et à travers toute l’histoire, qu’il s’agisse de la matière inorganique, de la végétation, des animaux, des hommes ou des anges (qu’ils soient bons ou mauvais), se produisent parce que Dieu les a ordonnées. Même le péché : la chute du diable du ciel, la chute d’Adam, et chaque pensée, parole ou action mauvaise dans toute l’histoire [...]. Bien que le péché et l’incrédulité soient contraires à ce que Dieu commande […], Dieu les a inclus dans son décret souverain (il les a ordonnés et a causé leur réalisation certaine). »
  • 160
    PIPER, John. Has God Predetermined Every Tiny Detail In the Universe, Including Sin?. In : Desiring God [en ligne]. 2010-04-24 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/interviews/has-god-predetermined-every-tiny-detail-in-the-universe-including-sin. « Dieu a-t-il prédéterminé chaque infime détail dans l’univers, tels que les particules de poussière dans l’air et tous nos péchés qui nous assaillent ? Oui […] La raison pour laquelle je le crois, c’est parce que la Bible dit : "On jette le sort dans le pan de la robe, Mais toute décision vient de l’Eternel." (Proverbes 16:33). »
  • 161
    HART, M. J., HILL, D. J. Introduction and Historical Overview. In : Does God Intend that Sin Occur?. Cham : Palgrave Macmillan, 2022, p. 6-14. Disponible à l'adresse : https://doi.org/10.1007/978-3-031-06570-5_1
  • 162
    JOHNSON, Daniel M.. Calvinism And The Problem Of Evil. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « En quoi l'activité souveraine de Dieu diffère-t-elle de façon notable de celle des êtres humains ? Les calvinistes ont fortement insisté sur une différence d'ordre moral : Dieu est le maître du cosmos, la source de toute existence et de toute bonté, et il existe par lui-même, contrairement aux êtres humains. L'une des conséquences de cette différence est que Dieu n'est soumis à aucune loi extérieure et qu'Il est donc par définition incapable d'agir en rébellion contre une telle loi. Les êtres humains, en revanche, sont soumis à la loi de Dieu. Certains calvinistes ont identifié la rébellion comme l'essence du péché. McCann soutient par exemple que le fait de provoquer volontairement le mal n'est ni nécessaire ni suffisant pour commettre un acte répréhensible. Pour qu'un acte soit répréhensible, il faut qu'il y ait une désobéissance consciente à un commandement divin. Il s'ensuit que Dieu ne fait pas de mal en provoquant le mal puisqu'il n'a aucune loi à laquelle répondre et qu'ainsi il n'agit donc pas de manière rebelle. »
  • 163
    WELTY, Greg. Molinist Gunslingers : God and the Authorship of Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 27-28. « [S]i par "auteur du péché" nous entendons que Dieu est l'auteur du mal, l'agent qui accomplit effectivement l'acte pécheur et avec des intentions mauvaises, alors non, Dieu n'est pas l'auteur du péché. Edwards dit que "ce serait un reproche et un blasphème de supposer que Dieu est l'auteur du péché" dans ce sens. [...] En revanche, selon Edwards, Dieu est l'auteur du péché dans le sens où il a ordonné l'existence du péché. Il est "celui qui dispose et ordonne le péché". Il est "celui qui dispose de l'état des événements, de sorte que, pour des fins et des buts sages, saints et très bons, le péché [...] s'ensuivra très certainement et infailliblement". Donc, si par "auteur du péché" nous entendons "celui qui ordonne que le mal moral se produise effectivement", alors oui (dit Edwards), cela semble être l'enseignement récurrent de l'Écriture. Mais puisque Dieu n'est pas l'auteur du péché au sens premier du terme, il n'a aucune culpabilité morale ou ne mérite aucun blâme à ce sujet. »
  • 164
    PIPER, John. Spectacular Sins: And Their Global Purpose in the Glory of Christ. Wheaton : Crossway, 2008, p. 54. « Ainsi, lorsque je dis que tout ce qui existe — y compris le mal — est ordonné par un Dieu infiniment saint et tout-sage pour faire briller plus intensément la gloire de Christ, je veux dire que, d’une manière ou d’une autre, Dieu s’assure que toutes choses servent à glorifier son Fils […]. Par "ordonner", j’entends que Dieu a soit causé directement quelque chose, soit l’a permis pour des desseins sages. »
  • 165
    MCKENNA, Michael, COATES, D. Justin. Compatibilism. In : The Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne], 2019-11-06. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/compatibilism/. « Selon un courant du compatibilisme classique, la liberté n'est rien de plus que la capacité d'un agent à faire ce qu'il veut en l'absence d'obstacles qui pourraient se dresser sur son chemin. [...] En règle générale, la référence des compatibilistes classiques en matière d'action entravée ou gênée est l'action contrainte. L'action contrainte survient lorsqu'une personne est contrainte par une source externe d'agir contrairement à sa volonté. Pour le compatibiliste classique, le libre arbitre est donc une capacité à faire ce que l'on veut. Il est donc plausible de conclure que la vérité du déterminisme n'implique pas que les agents manquent de libre arbitre puisqu'elle n'implique pas que les agents ne fassent jamais ce qu'ils souhaitent faire, ni que les agents soient nécessairement empêchés d'agir. La cohérence du compatibilisme est ainsi établie. Mais dans quelle mesure la version compatibiliste classique du libre arbitre est-elle convaincante ? »
  • 166
    CARSON, D. A.. How Long, O Lord?. Grand Rapids, MI : Baker Publishing Group, 2006, p. 179.
  • 167
    WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 83.
  • 168
    PICIRILLI, Robert E.. Grace, Faith, Free Will : Contrasting Views of Salvation: Calvinism and Arminianism. Nashville, TN : Randall House Publication, 2002, p. 60. « De nombreux calvinistes professent un "compatibilisme" qui tente de combiner le déterminisme avec la liberté humaine en redéfinissant la "liberté" comme signifiant la liberté de faire ce que l'on désire, plutôt que la liberté de faire quelque chose de différent de ce que l'on fait. »
  • 169
    FRAME, John. The Doctrine of God. Phillipsburg : P&R Publishing Company, 2002, p. 199. « La doctrine selon laquelle Dieu contrôle toutes choses, y compris les décisions humaines, suscite généralement la question suivante : "Comment pouvons-nous alors être responsables de nos actes ?" Répondre à cette question a été une préoccupation majeure des théologiens qui écrivent sur la doctrine de Dieu. »
  • 170
    BEROFSKY, Bernard. Classical Compatibilism. In : TIMPE, Kevin. [ed.], GRIFFITH, Meghan. [ed.], LEVY, Neil. [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 41. « [C]ertains philosophes utilisent le terme "compatibilisme" pour désigner l'opinion selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale ou avec le libre arbitre compris dans un sens selon lequel le libre arbitre est nécessaire à la responsabilité morale. Il n'existe ainsi aucune définition communément admise du "compatibilisme classique". Ainsi, pour celui qui est chargé d'attribuer une signification au "compatibilisme classique", il est plus fructueux et moins arbitraire de commencer par reconnaître la présupposition centrale de l'existence de ce concept. »
  • 171
    FISHER, John M.. Semicompatibilism. In : TIMPE, Kevin [ed.], GRIFFITH, Meghan [ed.], LEVY, Neil [ed.]. The Routledge Companion to Free Will. New York, NY : Routledge Taylor & Francis, 2017, p. 5. « En ce qui concerne le déterminisme causal, le semi-compatibilisme est l'opinion selon laquelle le déterminisme causal est compatible avec la responsabilité morale, indépendamment de la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement. Là encore, le semi-compatibilisme ne prend pas position sur la question de savoir si le déterminisme causal exclut la liberté de faire autrement ; il est donc compatible à la fois avec le compatibilisme classique [...] et le rejet du compatibilisme classique. »
  • 172
    HELM, Paul. Theological Compatibilism: A Case of Faith Seeking Understanding. In : Helm’s Deep [en ligne]. 2009-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2009/05/theoogical-comptibilism-case-of-faith.html. « L'ordination et le soutien par Dieu de toute chose jusque dans ses moindres détails, y compris chaque action humaine, est un type de déterminisme doux, la doctrine selon laquelle le déterminisme est compatible avec la responsabilité morale humaine. »
  • 173
    WINGARD, John C. JR. Confession of a Reformed Philosopher: Why I Am a Compatibilist about Determinism and Moral Responsibility. In : Themelios [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/themelios/article/confession-of-a-reformed-philosopher/. « Tout d'abord, soyons clairs sur la nature du problème pour lequel le compatibilisme est censé être la solution. Le problème de la liberté et du déterminisme, comme on l'appelle souvent, est au fond la question de savoir si la liberté moralement significative (ou l'agence libre), et la responsabilité morale dont cette liberté est censée être une condition nécessaire, sont compatibles avec le déterminisme causal en ce qui concerne les actes des agents humains. »
  • 174
    ALEXANDER, David E., JOHNSON, Daniel M.. Introduction. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 5. « Les calvinistes affirment que la responsabilité morale et toute sorte de libre arbitre nécessaire à la responsabilité morale sont compatibles avec toute sorte de déterminisme impliqué par les vues calvinistes de la providence. »
  • 175
    HELM, Paul. Calvin at the Centre. Oxford : Oxford University Press, 2010, p. 230. « [Calvin] considère que sa vision déterministe est compatible avec la responsabilité humaine. »
  • 176
    BIGNON, Guillaume. Does Compatibilism Entail Determinism? A Pragmatic Argument From Purpose in Evil. In : TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-27 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/does-compatibilism-entail-determinism.html. « Les calvinistes sont également appelés compatibilistes du fait de leur conviction que ce type de déterminisme [provenant de la providence divine] est compatible avec la responsabilité morale humaine. »
  • 177
    CALVIN, John. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge : James Clarke & Company, 2000, p. 124. « Comment il a été ordonné par la prescience et le décret de Dieu ce que serait l’avenir de l’homme, sans que Dieu soit impliqué comme complice de la faute, en tant qu’auteur ou approbateur de la transgression, est manifestement un secret dépassant tellement la compréhension de l’esprit humain que je n’ai pas honte de confesser mon ignorance. […] Je médite chaque jour sur ces mystères de ses jugements, sans que la curiosité de savoir davantage ne m’attire. »
  • 178
    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.23.8, p. 890. « Le premier homme a chuté, parce que Dieu avait jugé cela opportun. Pourquoi l’a-t-il jugé tel, nous n'en savons rien ! […] L’homme trébuche donc selon ce qui avait été ordonné par Dieu; mais il trébuche à cause de sa méchanceté. »
  • 179
    SPROUL, R. C.. Choisis par Dieu. Trois-Rivières : Éditions Impact, 2021, p. 45-46. Disponible à l’adresse : https://fr.ligonier.org/wp-content/uploads/2021/03/PDF_Choisis-par-Dieu.pdf. « Il est facile de confondre mystère et contradiction. Nous ne comprenons ni l’un ni l’autre. Personne ne saisit une contradiction, car les contradictions sont intrinsèquement inintelligibles. Pas même Dieu ne peut comprendre une contradiction. Les contradictions n’ont aucun sens. Personne ne peut leur donner un sens. Les mystères peuvent être compris. Le Nouveau Testament nous révèle des choses qui nous étaient cachées et insaisissables à l’époque vétérotestamentaire. [...] Nous n’avons pas encore atteint les limites de la découverte humaine. Nous savons également qu’au ciel des choses nous étant encore cachées nous seront révélées. Il reste que, même au ciel, nous ne saisirons pas pleinement la signification de l’infinité. [...] Il n’a aucune place pour les contradictions. Il se peut que des mystères soient vrais. Les contradictions ne peuvent jamais l’être, ni ici-bas dans notre esprit ni là-haut dans celui de Dieu. »
  • 180
    SPROUL, R. C.. Choisis par Dieu. Trois-Rivières : Éditions Impact, 2021, p. 43. « [La trinité] ne viole aucune loi de la logique. Elle passe le test objectif de la loi de la contradiction. Dieu est un seul en essence et en trois personnes. Il n’y a rien de contradictoire dans cela. Si nous disions que Dieu est un seul en essence et trois en essence, nous nous trouverions devant une contradiction véritable impossible à résoudre. Le christianisme serait alors désespérément irrationnel et absurde. La Trinité constitue un paradoxe, mais pas une contradiction. »
  • 181
    SPROUL, R. C.. Knowing Scripture. In : Ligonier [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/articles/knowing-scripture. « Derrière le principe de l'analogie de la foi se cache la confiance préalable que la Bible est la Parole inspirée de Dieu. Si elle est la Parole de Dieu, elle doit donc être cohérente et consistante. Les cyniques, cependant, disent que la cohérence est le fléau des esprits faibles. Si cela était vrai, nous devrions alors dire que le plus faible esprit de tous est l'Esprit de Dieu. Or, il n'y a rien d'intrinsèquement petit ou faible à trouver dans la cohérence. S'il s'agit de la Parole de Dieu, on peut légitimement s'attendre à ce que la Bible entière soit cohérente, intelligible et homogène. Nous partons du principe que Dieu, en raison de son omniscience, ne serait jamais coupable de se contredire. Il est donc insultant pour le Saint-Esprit de choisir une interprétation d'un passage particulier qui mettrait inutilement ce passage en conflit avec ce qu'il a révélé ailleurs. Le principe directeur de l'herméneutique ou de l'interprétation réformée est donc l'analogie de la foi. »
  • 182
    BLOCHER, Henri. The ‘Analogy of Faith’ in the Study of Scripture: In Search of Justification and Guidelines. Scottish Bulletin of Theology. 1987, vol. 5, n°1, p. 17-38. Disponible à l’adresse : https://biblicalstudies.org.uk/pdf/sbet/05-1_017.pdf. « À toutes les étapes de l'histoire biblique, la cohérence est hautement valorisée et attribuée à tout enseignement censé provenir de Dieu. [...] La loi du Seigneur est pure, c'est-à-dire parfaitement homogène, et complètement purgée de scories l'image de l'argent et de l'or raffinés ; toutes ses ordonnances vont ensemble comme une dans leur légèreté (Ps. 19:9). [...] En fait, toute la logique de l'appel de notre Seigneur à l'Écriture dans son argumentation [contre les tentations de Satan] (et de même de ses apôtres) s'effondrerait instantanément si la présupposition de cohérence scripturaire était supprimée. »
  • 183
    HODGE, Charles. Systematic Theology. Grand Rapids : Eerdmans, 1940, vol. 1, p. 51. « [L'impossible est incroyable et ne peut donc pas être un objet de foi. L'impossible ne peut pas être vrai; mais la raison en prononçant une chose impossible doit agir rationnellement et non capricieusement. Ses jugements doivent être guidés par des principes qui s'imposent à la conscience commune des hommes. Ces principes sont les suivants : 1. Est impossible ce qui implique une contradiction ; par exemple, que ce qui est ne soit pas ; que le juste soit faux et le faux juste. 2. Il est impossible que Dieu fasse, approuve ou ordonne ce qui est moralement inadéquat. 3. Il est impossible qu'Il nous demande de croire ce qui contredit une loi de la conscience, quelle qu'elle soit, qu'Il a inscrite dans notre nature. 4. Il est impossible qu'une vérité en contredise une autre. Par conséquent, il est impossible que Dieu révèle une chose comme vraie si elle contredit une vérité clairement identifiée, que ce soit par l'intuition, l'expérience ou une révélation antérieure. »
  • 184
    BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 105. « [Les] propositions [de la dogmatique], non seulement ne doivent pas s'opposer à la vérité de la révélation, mais encore ne doivent pas se contredire entre elles, et aussi peu doivent-elles s'opposer à la réalité, c'est-à-dire qu'elles ne doivent pas être telles que pour les maintenir, il faille ou nier ou fausser les faits donnés par la réalité. »
  • 185
    BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 309. « Il n'y a pas de raison de douter que Dieu reconnait pour justes les vérités mathématiques et les lois logiques, non qu'elles se trouveraient au-dessus de Dieu, mais elles découlent de la pensée et de la volonté de Dieu. »
  • 186
    BARTH, Karl. Church Dogmatics. Edinburgh : Bloomsbury Publishing, 1956, vol. 4, p. 186. « Il n’y a en [Dieu] aucun paradoxe, aucune antinomie, aucune division, aucune incohérence, pas même la possibilité d’un tel paradoxe. Il est le Père des lumières chez qui il n’y a ni variabilité ni interaction entre la lumière et les ténèbres (Jacques 1:12). Ce qu'il est et ce qu'il fait, il l'est et le fait en pleine unité avec lui-même. »
  • 187
    ANDERSON, James. Calvinism and the First Sin. In : ALEXANDER, David E. [ed.], JOHNSON, Daniel M. [ed.]. Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 209. « Un modèle bien plus approprié [que le modèle de Domino] serait ce que nous pourrions appeler le modèle "Auteur de la providence". Dans ce cadre, les actes de création et de providence de Dieu sont analogues à la rédaction humaine d'un roman. Au niveau ultime, l'auteur détermine tout ce qui se passe dans son roman. Nous pouvons dire que l'auteur du roman a ordonné que les actions pécheresses aient lieu dans le monde qu'il a créé, mais l'auteur lui-même ne commet aucune action pécheresse et n'approuve aucune d'elles. Au sens large, le romancier est la cause première et ultime suffisante de tout ce qui se passe dans sa création. Pourtant, en même temps, cette causalité d'auteur opère à un niveau très différent des causes intranarratives. »
  • 188
    JOHNSON, Daniel. Divine Providence. In : Stanford Encyclopedia of Philosophy [en ligne]. 2011-01-01 [consulté le 2017-01-25]. Disponible à l’adresse : https://plato.stanford.edu/entries/providence-divine/. « Une analogie utile peut être établie ici avec la relation entre l'auteur d'une histoire et les personnages qui la composent. L'auteur n'entre pas dans l'histoire elle-même, et n'agit pas sur les personnages de manière à les forcer à faire ce qu'ils font. Au contraire, il les crée à travers leurs actions, afin qu'ils puissent se comporter librement dans le monde du roman. Dans le récit traditionnel, la relation de Dieu à ses créatures est similaire à celle de l'auteur. »
  • 189
    MCCANN, Hugh. The Author of Sin?. Faith and Philosophy. 2005, vol. 22, n° 2, p. 146. Cité à l'adresse : https://iep.utm.edu/theo-det/. « L'auteur d'un roman ne fait jamais faire quelque chose à ses créatures, il ne fait que les faire faire. Il en va de même entre nous et Dieu. »
  • 190
    NEAL, Judisch. Theological determinism and the problem of evil. Religious Studies. 2008, vol. 44, n°2, p. 175. « [E]tant donné l'intuition qu'il y a quelque chose de répréhensible à ce que nos actions soient causées directement par un autre agent, on pourrait suggérer que si les effets immédiats de la volonté de Dieu étaient plus éloignés (disons dans l'espace ou dans le temps), nous serions assurés d'une sorte de tampon protecteur entre nos actions et les siennes, et cela donnerait suffisamment de « marge de manœuvre » pour le libre arbitre. »
  • 191
    BIGNON, Guillaume. The Distasteful Conditional Analysis of Ability. In : TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/the-distasteful-conditional-analysis.html. « Traditionnellement, les compatibilistes ont cherché à affirmer une sorte de principe de possibilités des alternatives, en interprétant la notion de "capacité" en des termes compatibles avec le déterminisme. C'est ce qu'ils appellent "l'analyse conditionnelle de la capacité". Ils admettent que, dans le cadre du déterminisme, au moment du choix, étant donné que toutes les choses sont ce qu'elles sont, une personne ne peut pas choisir autrement puisqu'elle est, après tout, déterminée. Néanmoins, ils soutiennent que si, conditionnellement, et contrairement aux faits, la personne avait voulu, choisi ou tenté de faire un choix différent, elle aurait alors agi autrement. Les compatibilistes soutiennent que le libre arbitre et la responsabilité morale requièrent ce type de capacité conditionnelle, et ne requièrent pas le sens [libertarien] plus catégorique de la capacité, qui pour sa part entre en conflit avec le déterminisme et donc entraîne l'incompatibilisme. »
  • 192
    Par cohérence avec le déterminisme philosophique standard, nous utilisons la notion de dispositions internes bien que cette notion s'accorde mieux avec le calvinisme edwardsein. Pour avoir un exposé plus cohérent avec le calvinisme historique, remplacer « dispositions internes » par « décret divin ».
  • 193
    MALET, Nicole. Dieu selon Calvin. Lausanne : L'âge d’homme, 1977, p. 114. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=8eZV62Z6-koC&pg=PA114. « Jamais Calvin ne traite de prédestination des réprouvés en même temps que des élus sans en souligner le caractère profondément mystérieux. Le mystère est double. Le choix que fait Dieu des élus est purement gratuit, il dépend absolument de son bon plaisir. Mais ce qui choque le plus les adversaires de la doctrine de la prédestination, c'est l'injustice qu'elle semble impliquer : pourquoi les uns sont-ils sauvés, non les autres ? Calvin donne toujours à cette question une double réponse : la première consiste à affirmer que l'inégalité dans la prédestination démontre que la bonté de Dieu est vraiment gratuite. L'autre, qui est plutôt un refus de réponse, c'est que le conseil étroit est "secret". »
  • 194
    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 3.21.6, p. 861. « Il n'en reste pas mois que cela a été une bénédiction extraordinaire que Dieu ait daigné choisir Israël et non les autres nations, comme cela est dit dans le psaume : « Il n'a pas fait de même pour toutes les nations; elles ne connaissent pas ses ordonnances » (Psaumes 147:20). Je n'ai pas dit, sans bonne raison, qu'il fallait noter ici une double distinction. Déjà dans l'élection peuple d'Israël, Dieu ne s'est pas astreint à une règle lorsqu'il a mis en oeuvre sa pure générosité. Vouloir l'obliger à appliquer la même règle pour tous serait usurper son droit, alors que l'inégalité même impliquée dans l'élection montre que sa bonté est vraiment gratuite. »
  • 195
    BOETTNER, Loraine. The Reformed Doctrine Of Predestination. Ontario : Devoted Publishing, 2017, p. 116. Disponible à l’adresse : https://www.monergism.com/blog/common-objections-reformed-doctrine-predestination. « Nous pouvons donner à un mendiant et pas à un autre car nous ne devons rien ni à l'un ni à l'autre. »
  • 196
    SPROUL, R. C.. Unconditional election. In : Ligonier [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.ligonier.org/learn/series/what-is-reformed-theology/unconditional-election. « Dieu, comme un gouverneur dans un État, peut permettre que certains criminels coupables se voient infliger la pleine mesure de leur peine. Mais le gouverneur a aussi le droit de gracier, d'accorder la clémence exécutive qu'il déclare. La personne qui bénéficie de la clémence bénéficie de la miséricorde. Si le gouverneur commue la peine d'une personne, cela signifie-t-il qu'il est obligé de le faire pour toutes les autres ? Par quelle règle de justice ? Par quelle règle de droiture est-ce le cas ? Aucune. »
  • 197
    MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 241-242. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-I-Believe-in-Divine-Sivereignty-Contra-Piper.pdf
  • 198
    CARSON, D. A.. The Love of God. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2006-05-01 [consulté le 2025-05-27]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/sermon/the-love-of-god/
  • 199
    COX, Leo G.. Prevenient Grace - A Wesleyan View. Journal of the Evangelical Theological Society,‎ 1969, p. 147-148. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/Cox.-Prevenient-Grace.pdf
  • 200
    PIPER, John. If God Desires All to Be Saved, Why Aren’t They?. In : Desiring God [en ligne]. 2023-04-06 [consulté le 2025-05-26]. Disponible à l’adresse : https://www.desiringgod.org/interviews/if-god-desires-all-to-be-saved-why-arent-they
  • 201
    MCCALL, Thomas. I Believe in Divine Sovereignty. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 209. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-I-Believe-in-Divine-Sivereignty-Contra-Piper.pdf
  • 202
    MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 240. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-We-Believe-in-Gods-Sovereign-Goodness.pdf. « Plutôt que l’universalisme, Piper choisit la stratégie mentionnée précédemment des « deux volontés de Dieu ». Permettez-moi d’être clair : le problème ici n’est pas qu’il existe des distinctions à l’intérieur de la volonté de Dieu. Le problème est plutôt que sa position sur cette question implique que les volontés de Dieu sont contradictoires. »
  • 203
    MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 242. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-We-Believe-in-Gods-Sovereign-Goodness.pdf. « Piper affirme qu'" il existe une inclination sincère dans le cœur de Dieu pour épargner ceux qui ont commis une trahison contre son royaume". Alors pourquoi Dieu ne les sauve-t-il pas ? Pourquoi ne sauve-t-il pas ces pécheurs qu'il a prédéterminés à commettre une trahison contre lui ? La raison est que "la volonté de Dieu de sauver tous les hommes est freinée par son engagement à glorifier sa grâce souveraine". Mais puisque, étant donné (B**), Piper ne peut prétendre que Dieu agit ainsi parce qu'il en tire un bénéfice quelconque, nous sommes en droit de nous demander en quoi le compte des "deux volontés" pourrait être utile. L'œuvre de Dieu consistant à se glorifier ad extra n'est pas – et ne peut logiquement pas être – un avantage pour celui qui est déjà et nécessairement glorifié au maximum. En est-il de même pour les pécheurs ? Est-il vraiment vrai que « Dieu est le plus glorifié en nous lorsque nous sommes le plus satisfaits en lui » ? Dieu damne-t-il alors inconditionnellement les pécheurs en enfer pour leur bien ? Que signifie dire – et le dire d'une manière cohérente avec une telle théologie – que Dieu est bon ? »
  • 204
    MCCALL, Thomas. We Believe in God’s Sovereign Goodness: A Rejoinder to John Piper. Trinity Journal. 2008, vol. 29, n°2, p. 241-242. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/wp-content/uploads/2013/03/McCall.-We-Believe-in-Gods-Sovereign-Goodness.pdf
  • 205
    Le catéchisme d'Heidelberg 1563. In : FATIO, Olivier. Confession et Catéchismes de la Foi Réformée. Genève : Labor et Fides, 1986, p. 135-178, Question 37. Disponible à l’adresse : https://acteurs.uepal.fr/public_files/file/i_6_le_catechisme_d_heidelberg.pdf
  • 206
    SPROUL, R. C.. La sainteté de Dieu. Quebec, CA : Editions Impact, 2020, p. 136. « L’expression la plus violente de la colère et de la justice de Dieu se voit dans la croix. [...] La croix a constitué l'exemple à la fois le plus horrible et le plus magnifique de la colère de Dieu. Son oeuvre rédemptrice est l'acte le plus juste et le plus empreint de grâce de toute l'Histoire. »
  • 207
    CHALLIES, Tim. God’s Mercy and God’s Wrath Meet at the Cross. In : Challies [en ligne]. 2012-08-16 [consulté le 2025-05-04]. Disponible à l’adresse : https://www.challies.com/articles/gods-mercy-and-gods-wrath-meet-at-the-cross/. « [A] la croix, nous voyons la colère et la miséricorde se rencontrer. Nous les voyons toutes deux dans leur plénitude glorieuse : la manifestation ultime de la colère et de la miséricorde de Dieu. [...] En regardant la croix, nous voyons Jésus-Christ purger la juste sentence d'un pécheur. [...] Il fait face à une mesure éternelle de colère pour ses péchés contre un être éternel. Là, sur la croix, il fait face à la justice et aux tourments de l'enfer. »
  • 208
    MACARTHUR, John. The Agony of the Cup. In : Grace to You [en ligne]. 2004-09-19 [consulté le 2011-04-24]. Disponible à l’adresse : https://www.gty.org/library/sermons-library/90-273/The-Doctrine-of-Election-Part-1. « Et le niveau de colère divine est stupéfiant, car notre Seigneur subira des éternités de colère, des éternités de châtiment divin. [...] Je veux dire que pour chaque pécheur pour lequel il est mort, il a subi sa colère éternelle. Pour les millions de pécheurs pour lesquels il est mort, il a subi un million d'éternités de colère. »
  • 209
    KELLER, Tim. Calvin on “He descended into Hell”. In : Reformedish [en ligne]. 2017-07-31 [consulté le 2024-04-24]. Disponible à l’adresse : https://derekzrishmawy.com/2017/07/31/calvin-on-he-descended-into-hell-guest-post-by-tim-keller/. « Les prédicateurs feraient bien de lire attentivement Calvin lorsqu'il explique la phrase du Symbole des Apôtres : "Il est descendu aux enfers" (Institutions II.16.8-12). Calvin soutient que cette "descente aux enfers" de Jésus ne se limitait pas à la mort physique et au tombeau. Il croit qu'elle reflète l'enseignement biblique selon lequel Jésus a souffert non seulement des souffrances corporelles, mais tous les tourments qu'une âme en enfer, séparée de la présence de Dieu, connaîtrait. »
  • 210
    WARE, Bruce. Divine Election to Salvation: Unconditional, Individual, and Infralapsarian. In : BRAND, Chad O. [ed.]. Perspectives on Election: Five Views. Nashville, TN : B&H Academic, 2006, p. 4. « L'élection inconditionnelle au salut peut être définie comme le choix gracieux de Dieu, fait dans l'éternité passée, de ceux qu'il sauverait par la foi à travers la mort expiatoire de son Fils. Un choix basé non sur ce que les élus feraient, sur un choix quelconque qu'ils feraient, sur la façon dont ils pourraient être bons ou mauvais, ou sur quoi que ce soit d'autre de spécifiquement vrai à leur sujet (c'est-à-dire leurs qualités, caractères, décisions ou actions) par rapport aux autres, mais basé uniquement sur le propre plaisir et la propre volonté de Dieu. »
  • 211
    ASSEMBLÉE DE WESTMINSTER. Les Textes de Westminster : quel est le but principal de la vie de l'homme?. Aix-en-Provence : Kerygma, 1988. Disponible à l’adresse : https://leboncombat.fr/wp-content/uploads/2013/09/Confession-de-Foi-de-Westminster.pdf. « Avant que ne soit posé le fondement du monde, Dieu a choisi en Christ, selon son dessein éternel et immuable, et selon le conseil secret et le bon plaisir de sa volonté, les êtres humains prédestinés à la vie et à la gloire éternelle (Ep 1.4,9,11; Rm 8.30; 2 Tm 1.9; 1 Th 5.9). Il l'a fait par sa seule et pure grâce, par amour, et non par une considération préalable de leur foi, ou de leurs bonnes actions, ou de leur persévérance, ou de quelque autre condition ou cause que ce soit (Rm 9.11,13,16; Ep 1.4,9); le tout à la louange de sa grâce glorieuse (Ep 1.6,12). »
  • 212
    STRATTON, Timothy A., MORELAND, J. P.. An Explanation and Defense of the Free-Thinking Argument. Religions, 2022, vol. 13, n°10, p. 988. Disponible à l’adresse : https://dx.doi.org/10.3390/rel13100988
  • 213
    CRAIG, William Lane. God Directs All Things. In : JOWERS, Dennis W. [ed]. Four Views on Divine Providence, Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 60. « Quand vous réalisez que votre décision de croire au déterminisme a elle-même été déterminée, et que même votre prise de conscience actuelle de ce fait en ce moment même est également déterminée, une sorte de vertige s'installe, car tout ce que vous pensez, y compris cette pensée, échappe à votre contrôle. Le déterminisme pourrait être vrai, mais il est très difficile de voir comment il pourrait être rationnellement affirmé, car son affirmation mine la rationalité de cette affirmation. »
  • 214
    WRIGHT, Shawn. 40 Questions About Calvinism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2019, p. 246, 248. « Les infralapsariens [...] représentent la voix majoritaire des calvinistes [...]. [L]a tradition confessionnelle calviniste est résolument infralapsarienne, et ce même si les calvinistes n'ont jamais jugé opportun de condamner le supralapsarisme en le qualifiant d'hérésie. »
  • 215
    PHILIPS, Richard. Lapsarian Views. In : The Gospel Coalition [en ligne]. [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/essay/lapsarian-views/. « C'est sur la base du principe selon lequel, sans un décret préalable de péché, un Dieu aimant n'aurait pas décrété la réprobation pour certaines de ses créatures, que la majorité des réformés défendent l'opinion infralapsarienne. »
  • 216
    BERKHOF, Louis. Systematic theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 118. « [L]a différence ne se trouve pas [...] dans le fait de savoir si la chute de l'homme a été décrétée ou si elle a été simplement l'objet de la prescience divine. Il se peut que cela ait été, comme le dit le Dr Dijk, le point de divergence originel ; mais, assurément, quiconque affirme que la chute n'a pas été décrétée mais seulement prévue par Dieu, serait maintenant considéré comme s'inscrivant dans une ligne arminienne plutôt que réformée. Les supra et infralapsariens admettent tous deux que la chute est incluse dans le décret divin et que la prétérition est un acte de la volonté souveraine de Dieu. »
  • 217
    ALLISON, Gregg. A History of the Doctrine of the Atonement. Southern Baptist Journal of Theology, 2007, vol. 11, n° 2, p. 10, 14-15. « Les Réformateurs ont introduit une autre conception de l’expiation, généralement appelée la théorie de la substitution pénale. [...] [L]a théorie de la substitution pénale de l’expiation, élaborée par les Réformateurs et développée par leurs successeurs »
  • 218
    MARCEL, Pierre-Charles [trad.]. Canons de Dordrecht : le solide fondement. Aix-en-Provence : Kerygma, 1998, chap. 2. « […] Dieu a voulu que Jésus-Christ, par le sang de la croix (par lequel il a confirmé la nouvelle alliance), rachetât efficacement du milieu de tout peuple, de toute nation et de toute langue, tous ceux, et ceux-là seulement, qui de toute éternité ont été élus au salut [...] ; qu'il [...] les purifiât par son sang de tout péché et originel et actuel [...] ».
  • 219
    MCGOWAN, Andrew. The Dictionary of Historical Theology. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2000, p. 12. « L'amyraldisme implique une double volonté de Dieu, par laquelle il veut le salut de toute l'humanité à la condition de la foi, mais veut le salut des élus spécifiquement et inconditionnellement. [...] La difficulté théologique de la volonté de Dieu ayant été frustrée par le fait que tous ne sont pas sauvés est résolue par l'argument selon lequel Dieu n'a voulu leur salut qu'à la condition de la foi. Lorsqu'un individu n'a pas la foi, alors Dieu n'a pas voulu le salut de cette personne. »
  • 220
    DAVENANT, John, ALLPORT, Josiah. An Exposition of the Epistle of St. Paul to the Colossians. London : Hamilton, Adams and Company, 1832, p. 388. « Lors de la nomination ou de l'ordination même d'un Rédempteur, Dieu avait envers moi un certain regard d'amour commun qu'il n'avait pas envers les démons. Ceci apparaîtra plus nettement si nous considérons en quoi consiste la rédemption. Il s'agit du paiement du juste prix dû pour nous captifs, non que nous soyons effectivement délivrés sur la base du paiement du prix, mais nous sommes délivrés dès que nous croyons au Rédempteur. C'est cette ordination de la mort de Christ ou d'un prix satisfaisant, qui découlait de l'amour commun de Dieu envers toute l'humanité, et par conséquent, il est juste de dire qu'elle est étendue, sous cette condition, à tous les hommes individuellement. Et nous pensons que c'est à cela que le célèbre passage fait référence, Jean 3.16, Dieu aime tant le monde, etc. »
  • 221
    PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « [L'antinomie] est une incompatibilité apparente entre deux vérités apparentes. [...] Vous voyez que chacune des deux vérités sont vraies, mais vous ne voyez pas comment elles peuvent être vraies en même temps. Une antinomie n'est ni dispensable ni compréhensible. [...] Elle est inévitable, et elle est insoluble. Nous ne l'inventons pas, et nous ne pouvons pas l'expliquer. Il n'existe pas non plus de moyen de s'en débarrasser, si ce n'est en falsifiant les faits mêmes qui nous y ont conduits. »
  • 222
    HELM, Paul. The Providence of God. Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1994, p. 65. « Dans ces conditions, quelle est la différence entre une incohérence apparente et une incohérence réelle ? Comment savoir que ce que l'on appelle une antinomie ne pourrait pas s'avérer être une incohérence réelle ? »
  • 223
    PACKER, James I. Evangelism and the Sovereignty of God. Nottingham, NG : Intervasity Press, 2010, chap. 2. « Nous ne devons en aucun cas nous étonner de trouver de tels mystères dans la Parole de Dieu, car le Créateur est incompréhensible pour ses créatures. Un Dieu que nous pourrions comprendre de manière exhaustive, et dont la révélation de Lui-même ne nous confronterait à aucun mystère, serait un Dieu à l'image de l'homme, et donc un Dieu imaginaire, pas du tout le Dieu de la Bible. »
  • 224
    LEWIS, C. S.. Le Problème de la Souffrance. Saint-Cénéré : Éditions Pierre Téqui, 2020, chap. 3. « [S]i le jugement moral de Dieu diffère du nôtre à tel point que ce qui est "noir" pour nous puisse être "blanc" pour Lui, l’appeler bon n’a plus pour nous aucun sens ; en effet, dire "Dieu est bon", tout en professant que cette Bonté est totalement différente de la nôtre, revient simplement à dire, en réalité : "Dieu est nous ne savons quoi". Et un attribut de Dieu absolument inconnu ne peut nous fournir aucun motif moral de L’aimer ni de Lui obéir. S’Il n’est pas (au sens où nous entendons ce mot) "bon", nous Lui obéirons peut-être, mais seulement par crainte, comme nous serions également prêts à obéir à un Démon tout-puissant. »
  • 225
    BIGNON, Guillaume. A word on Oliver Crisp's "Deviant Calvinism". In : TheoloGUI [en ligne]. 2014-11-02 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://theologui.blogspot.com/2014/11/a-word-on-oliver-crisps-deviant.html
  • 226
    ANDERSON, James. Libertarian Calvinism?. In : Analogical Thoughts [en ligne]. 2015-02-10 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.proginosko.com/2015/02/libertarian-calvinism/
  • 227
    HELM, Paul. The Westminster Standard - II. In : Helm’s Deep [en ligne]. 2018-01-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2018/01/the-westminster-standard-ii.html
  • 228
    Westminster Confession of Faith A.D. 1647. In : SCHAFF, Philip. The Creeds of Christendom. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2007, vol. 3, p. 601-673. Disponible à l’adresse : https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xvii.ii.html
  • 229
    PRECIADO, Michael Patrick, HELM, Paul [Avant-propos]. A Reformed View of Freedom. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2019, p. 179-180.
  • 230
    HELM, Paul. It Ain’t Necessarily So - Second Half. In : Helm’s Deep [en ligne]. 2011-12-31 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://paulhelmsdeep.blogspot.com/2011/12/it-aint-necessarily-so-second-half.html
  • 231
    CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Aix-en-Provence : Kerygma, 2009, 1.16.9, p. 159.