Comment distinguer un mystère d'une contradiction en théologie

Resurrection


Cela fait maintenant trente-cinq ans que j'enseigne la théologie chrétienne à toutes sortes de personnes, principalement des étudiants, mais aussi des membres d'églises. Un problème auquel je suis constamment confronté est celui des chrétiens bien intentionnés, mais malavisés qui pensent que la croyance chrétienne exige d'embrasser des contradictions logiques. Ils appellent presque toujours ces contradictions des « mystères » et pensent qu'il est spirituel de croire ce qui est illogique. De nombreux chrétiens, et d'autres, confondent ce qu'il nous est impossible de faire ou de comprendre avec ce qui est simplement illogique.

Voici quelques exemples : « La résurrection de Jésus est illogique, mais nous devons y croire », « La Trinité est une contradiction (que Dieu est "un en trois et trois en un"), mais nous devons y croire », etc. Vous voyez l'idée.

Ces chrétiens bien intentionnés ne se rendent pas compte qu'ils sapent la crédibilité du christianisme et ouvrent la porte à toutes sortes d'absurdités. Ils soutiennent d'une part que la croyance en la résurrection et en la Trinité est illogique, qu'elle exige un sacrifice intellectuel, mais, d'autre part, ils n'hésitent pas à critiquer d'autres visions du monde, religions ou systèmes de croyance non-chrétiens parce qu'ils sont illogiques.

Emil Brunner, l'un des principaux théologiens suisses du XXe siècle, très influencé par Søren Kierkegaard, a dit à juste titre, dans Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu, que la croyance chrétienne est une croyance intelligible, et non un non-sens. Il a rejeté les appels chrétiens à l'illogisme ou à une « logique spéciale ». La logique est la logique, a-t-il dit à juste titre. « [les] propositions [de la dogmatique], non seulement ne doivent pas s'opposer à la vérité de la révélation, mais encore ne doivent-elles pas se contredire entre elles, et aussi peu doivent-elles s'opposer à la réalité, c'est-à-dire qu'elles ne doivent pas être telles que pour les maintenir il faille ou nier ou fausser les faits donnés par la réalité »[1]BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 105.. De même, « Il n'y a pas de raison de douter que Dieu reconnait pour justes les vérités mathématiques et les lois logiques, non qu'elles se trouveraient au-dessus de Dieu, mais elles découlent de la pensée et de la volonté de Dieu »[2]BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 309..

Il ne fait aucun doute que Kierkegaard réprimanderait son disciple du XXe siècle et, sur ce sujet, Brunner s'écarte de Kierkegaard (du moins de la pensée du « Danois mélancolique »). Cependant, Brunner a entièrement raison et, dans le cas contraire, s'il avait tort, la croyance chrétienne serait ésotérique, et non sensée et intelligible.

Le problème est que de nombreux chrétiens spirituels, mais confus, pensent en quelque sorte que la raison ou la logique, est quelque chose de mauvais. Principalement, lorsqu'elle est utilisée pour tenter de comprendre la révélation (la Parole de Dieu). Ils confondent « mystère » et « inintelligibilité ». Ils s'empressent d'embrasser et de faire appel à quelque chose « en Dieu » que nous devons croire et qui non seulement transcende la logique, mais la brise. Le résultat est souvent un système de croyance qui se résume à un non-sens inintelligible. Et beaucoup en sont fiers comme d'un signe de la transcendance de Dieu et de leur audacieuse spiritualité.

J'ai entendu un jour un pasteur terminer un sermon par l'affirmation suivante : « L'attitude du chrétien envers le monde séculier devrait être "Ne m'embrouillez pas avec les faits, mon opinion est déjà faite" ». Il n'est pas étonnant que tant de jeunes chrétiens abandonnent cette vision du christianisme peu de temps après être entrés au lycée ou à l'université et avoir été mis sous pression pour penser avec logique et se confronter à la réalité.

Clarifions maintenant certains concepts. Le terme « mystère » désigne deux choses. Premièrement, ce qui est inconnu est un mystère jusqu'à ce que cela soit découvert ou révélé. Deuxièmement, ce qui dépasse l'entendement est un mystère. On parle de « contradiction » lorsque deux ou plusieurs propositions sont considérées comme vraies, mais que le fait de les croire vraies viole le principe de non-contradiction selon laquelle « A » ne peut pas être « non-A ».

La doctrine de la Trinité est un mystère, mais pas une contradiction. Il ne s'agit pas de dire que Dieu est une personne et trois personnes, ce serait une contradiction. Il ne s'agit pas non plus de dire que Dieu est un Dieu et trois dieux, ce serait là aussi une contradiction. Il s'agit de dire qu'en Dieu, trois personnes distinctes (non séparées) partagent une même nature, substance ou essence. C'est un mystère, car dans notre monde, nous ne trouvons pas de parallèle exact à cela et nous ne pouvons pas reproduire cela ou comprendre pleinement comment cela existe. Mais il n'y a aucune contradiction logique à l'affirmer.

La résurrection de Jésus-Christ est un mystère, mais pas une contradiction. Il s'agit du fait que Dieu a transformé le corps du Christ en lui donnant une nouvelle vie ayant une nature adaptée au Ciel. Ce n'est pas parce que la science ne peut pas le reproduire que c'est « illogique ». Il n'y a pas de contradiction logique à l'affirmer. Cependant, nous n'en trouvons aucune analogie exacte dans notre monde, et nous ne pouvons pas comprendre entièrement comment cela fut fait, car cela ne peut être fait que par Dieu.

Bien sûr, il y a des gens qui mettent sur le même plan « mystère » et « contradiction », mais ils ont tout simplement tort. Même la science reconnaît les mystères de la nature, tout en évitant les contradictions. Le fait que la lumière, par exemple, présente simultanément des caractéristiques de particules et d'ondes n'est pas une contradiction, même si la façon dont elle peut être les deux est un mystère, du moins jusqu'à présent.

J'oserai spéculer, sur la base de mes propres expériences d'enseignement pendant trente-cinq ans, que la plupart des chrétiens américains fervents ont été amenés à croire par quelqu'un ou sont simplement arrivés sans aucune incitation à la pensée suivante : que la croyance chrétienne exige un sacrifice intellectuel, qu'elle exige de croire l'impossible, qui signifie pour eux l'illogique. Très peu d'entre eux savent que des myriades de théologiens chrétiens ont, au cours des siècles, résolu les contradictions apparentes de la révélation, s'il y en a, et que l'orthodoxie chrétienne de base, aussi problématique soit-elle pour les non-croyants, ne contient aucune contradiction logique intrinsèque.

[Pour ce qui est du compatibilisme calviniste, le « calvinisme antinomique » le considère comme une contradiction qu'il faut accepter, et le « calvinisme orthodoxe » comme un mystère, voir : Étude sur le déterminisme théologique dans le calvinisme]


Article original : OLSON, Roger E.. A Crucial but Much Ignored (or Misunderstood) Distinction for Theology: "Mystery" versus "Contradiction". In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2014-01-23 [consulté le 2020-05-31]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2016/02/a-crucial-but-much-ignored-or-misunderstood-distinction-for-theology-mystery-versus-contradiction/

Références

Références
1BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 105.
2BRUNNER, Emil. Dogmatiques I : La doctrine chrétienne de Dieu. Genève : Labor et Fides, 1964, vol. 1, p. 309.
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