La volonté de Dieu correspond-elle à tout ce qui arrive ?

Prière

Rien n'a probablement rendu les chrétiens plus perplexes que les questions concernant la volonté de Dieu. Si Dieu est le souverain gouverneur de l'univers, ne devrions-nous pas pouvoir dire que « tout ce qui arrive est la volonté de Dieu » ? Mais comment accorder cela avec des événements spécifiques, en particulier ceux qui génèrent détresse et souffrance ? Un jeune bébé meurt d'un cancer. Est-ce vraiment la « volonté de Dieu » ? Une jeune mère ou un jeune père est gravement blessé dans un accident. Nous prions sincèrement pour son rétablissement, mais ajoutons pieusement « que ta volonté soit faite ». Si le rétablissement n'arrive pas et que la mort survient, la « volonté de Dieu » a-t-elle été accomplie ? [...]

Ces questions et d'autres encore concernant la volonté de Dieu font partie du sujet plus vaste de la providence [...]. Nous pouvons commencer par énumérer les principaux mots du Nouveau Testament qui expriment le concept de « volonté de Dieu ». Le premier est prothesis (du verbe protithemai), qui signifie « but » (par exemple, Rm 8:28, 9:11 ; 2Ti 1:9). Le second est boule (du verbe boulomai), qui signifie « conseil, but, décision, dessein » (par exemple, Ac 2:23, 4:28 ; Ep 1:11). Le troisième terme est eudokia, qui signifie « bon plaisir, désir » (par exemple, Ép 1:5;9 ; Ph 2:13. Le quatrième terme est thelema (du verbe thelo), qui signifie « volonté, désir » (par exemple, Mt 7:21, 18:14 ; Ap 4:11). Le dernier terme est epitrepo, un verbe qui signifie « permettre » (par exemple, 1Co 16:7 ; He 6:3). Bien que ces mots reflètent certaines connotations distinctes, peu de conclusions peuvent être tirées d'une simple étude de ces mots. En effet, dans une large mesure leur signification tend à se chevaucher. Ainsi, nos distinctions théologiques et nos conclusions dépendront essentiellement de la manière dont les mots sont utilisés dans leur contexte et de leur relation avec le sujet plus vaste de la souveraineté et du libre arbitre. [...]

Puisque Dieu est le souverain de l'univers, il a le contrôle total sur toutes choses. Il a le dernier mot concernant tout ce qui se passe. Rien n'échappe à sa souveraineté. Est-il donc correct de dire : « Tout ce qui arrive est la volonté de Dieu » ? La réponse est oui. Tout ce qui arrive est la volonté de Dieu.

Toutefois, cela doit être soigneusement défini. Si certaines distinctions importantes ne sont pas faites, cette idée peut être théologiquement trompeuse et même dévastatrice sur le plan personnel. Il est vrai que tout ce qui arrive est la volonté de Dieu, mais pas forcément de la même manière. Ce point est extrêmement important. Il semble exister trois sens différents dans lesquels l'expression « la volonté de Dieu » est utilisée. Tout ce qui arrive est la volonté de Dieu dans l'une ou l'autre de ces significations. Mais la distinction entre ces différentes significations à des implications capitales.

Notre objectif va être d'expliquer les trois aspects ou connotations de la volonté de Dieu. Comme nous l'avons déjà indiqué, ces aspects ne sont pas délimités de manière précise par trois mots bibliques spécifiques. De même, il n'existe pas trois mots [français] clairs et précis capturant précisément le sens de ces trois connotations, bien que plusieurs suggestions aient été proposées. Certains suggèrent que la volonté de Dieu est soit intentionnelle, soit préceptive, soit permissive. D'autres préfèrent les termes intentionnel, provisionnel, et permissif. Sam Stone suggère que nous parlions de ce que Dieu accomplit, de ce qu'il préfère et de ce qu'il permet[1]STONE, Sam E.. Knowing God's Will, Part Three : Man Should Choose God's Will. The Lookout, 1980, p. 92-93.. Plus haut, j'ai parlé du but de Dieu, du désir de Dieu et de la permission de Dieu. Chacune de ces suggestions a une certaine validité, et chacune pourrait s'appliquer avec un certain degré d'adéquation aux trois catégories présentées ci-dessous. Je n'ai pas de préférence exclusive pour l'une d'entre elles, bien que la terminologie de Stone semble très bien fonctionner.

Ma réflexion se porte sur les événements qui ont réellement lieu, et non ceux qui pourraient avoir lieu ou pourraient idéalement avoir lieu. Tout ce qui se produit réellement relève de la volonté de Dieu dans l'un des trois sens suivants. Cela peut arriver 1) selon le désir de Dieu et la décision de Dieu. Ou bien cela peut se produire 2) selon le désir de Dieu et la décision de l'homme. Enfin, cela peut se produire 3) selon la décision de l'homme et la permission de Dieu. Chaque événement entre dans l'une de ces catégories, mais uniquement dans l'une d'entre elles. Il n'y a pas de chevauchement possible.

1. Selon le désir de Dieu et la décision de Dieu

Certains événements se produisent parce que Dieu veut qu'ils se produisent et parce qu'il prend lui-même les mesures nécessaires pour qu'ils se produisent. Dieu veut qu'ils se produisent, en ce sens qu'il choisit délibérément de les faire se produire. On l'appelle parfois la volonté souveraine de Dieu parce qu'il veille souverainement à ce qu'elle s'accomplisse, elle dépend d'aucune contingence et n'est donc pas conditionnée. On l'appelle parfois sa volonté déterminante, car elle se réfère à ce que Dieu décide d'accomplir Lui-même (par opposition à ce qu'il ordonne à d'autres de faire, par exemple). On l'appelle parfois sa volonté intentionnelle, car il s'agit de ce que Dieu veut faire par sa propre puissance et son propre pouvoir. On l'appelle aussi sa volonté décrétive, car il s'agit de ce qu'il décide d'accomplir Lui-même dans son décret éternel. On pourrait l'appeler sa volonté prédéterminante ou préordonnante ou prédestinante, puisque la détermination d'accomplir ces objectifs-ci a été prise avant la création de quoi que ce soit. Quel que soit le terme choisi, l'essentiel est que Dieu ne désire pas seulement que ces choses se produisent, Il détermine également qu'elles se produiront ou les fait se produire. « Dieu le veut » signifie dans ce cas « Dieu le cause ».

1.1. La perspective déterministe

[N.D.L.R. : Dans cette section l'auteur expose la position déterministe propre au calviniste, sans pour autant y adhérer.]

Cet aspect ou cette conception de la volonté de Dieu est très important dans le système théologique déterministe, puisqu'il est à toutes fins pratiques équivalent au décret éternel et exhaustif. La volonté décrétive ou déterminante de Dieu est donc considérée comme universelle et exhaustive. Tout est la volonté de Dieu dans le même sens, c'est-à-dire dans le sens où il détermine les choses. J. G. Howard appelle cela la « volonté déterminante de Dieu » et elle inclut tout. Il déclare,

Les Écritures nous enseignent que Dieu a un plan prédéterminé pour chaque vie. Il porte sur ce qui va arriver. Il est inévitable, inconditionnel, immuable, irrésistible, exhaustif et intentionnel. Il est aussi, pour la plupart, imprévisible. Il inclut tout, même le péché et la souffrance. Il implique tout, même la responsabilité et les décisions humaines. Dieu « fait tout par lui-même » [...] Il ne réagit pas aux situations ; Il les créé [...] Tout ce qui arrive, arrive dans le cadre de la volonté déterminante de Dieu[2]HOWARD, Grant J.. Knowing God's Will-And Doing It!. Grand Rapids, MI: Zondervan, 1976, p. 12. [...] Votre carrière, votre conjoint, votre logement, vos notes à l'école, vos amis, vos maladies, vos accidents, vos médailles, vos voyages, vos revenus, votre retraite, etc. font tous partie de la volonté de Dieu, mais ne vous sont pas révélés à l'avance[3]Ibid., p. 15..

Dans un livre populaire, intitulé Decision Making & the Will of God, Garry Friesen fait une remarque similaire sur ce que lui appelle la volonté souveraine de Dieu : « La volonté souveraine de Dieu peut être définie comme le plan prédéterminé de Dieu concernant tout ce qui se passe dans l'univers[4]FRIESEN, Garry, MAXSON, Robin J.. Decision Making & the Will of God: A Biblical Alternative to the Traditional View. Portland, OR: Multnomah Press, 1980, p. 32. Voir p. 82.. » « Il est le Déterminant Absolu de tout ce qui se passe. Il a une volonté souveraine exhaustive[5]Ibid., p. 202.. »

Berkhof approuve en déclarant que : « la théologie chrétienne a toujours reconnu la volonté de Dieu comme la cause ultime de toutes choses[6]BERKHOF, Louis. Systematic Theology. London: Banner of Truth Trust, 1939, p. 76.. » Cette « volonté décrétive » est celle « par laquelle Il décide ou décrète tout ce qui doit arriver[7]Ibid., p. 77. »

Ce discours est similaire à celui de Bavinck :« Le décret de Dieu est son dessein éternel par lequel il a prévu tout ce qui doit arriver. L'Écriture affirme partout que tout ce qui est et arrive est la réalisation de la pensée et de la volonté de Dieu, et a son origine et son idée dans le conseil ou décret éternel de Dieu[8]BAVINCK, Herman. The Doctrine of God. Grand Rapids, MI: Eerdmans, 1951, p. 369.. »

Ainsi, « la réponse finale à la question de savoir pourquoi une chose est et pourquoi elle est telle qu'elle est doit toujours demeurer : "Dieu l'a voulu", selon sa souveraineté absolue[9]Ibid., p. 371.. »

[...] Le texte-preuve favori pour soutenir ce point de vue est Éphésiens 1:11, qui dit que Dieu « opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté ». Il n'y aurait aucune exception. Tout serait inclu, comme les péchés, la maladie, les mauvais traitements infligés aux enfants, la torture, les accidents, l'incrédulité et l'envoi des incroyants en enfer.

Bien entendu, le déterministe ne peut pas s'en tenir là, puisque la Bible affirme que certaines choses qui se produisent ne sont pas voulues par Dieu. Par exemple, le verset de 2 Pierre 3:9 affirme que Dieu veut qu'aucun ne périsse, alors que certains périssent néanmoins. Comment expliquer cela ? La réponse du déterministe est que Dieu a deux volontés. En plus de la volonté décrétive exhaustive qui s'accomplit infailliblement, il y a la volonté préceptive ou morale, qui consiste en des lois et des devoirs auxquels les hommes sont tenus de se conformer. L'accomplissement de cette volonté dépend des choix de l'homme, qui peut désobéir aux commandements de Dieu[10]FRIESEN, Garry. Decision Making & the Will of God. p. 151 ; BERKHOF, Louis. Systematic Theology, p. 77.. Des passages tels que 2 Pierre 3:9 et 2 Timothée 2:4 sont présentés comme exprimant la volonté morale de Dieu[11]FRIESEN, Garry. Decision Making & the Will of God, p. 232-233..

Il est important de comprendre que pour le déterministe, il ne s'agit pas de deux aspects différents de la volonté de Dieu, en ce sens que certaines choses entrent dans la première catégorie et d'autres dans la seconde. Cela ne peut guère être le cas, puisque la volonté décrétive est englobante. Il s'agit plutôt de deux niveaux de sa volonté. La volonté décrétive est le niveau le plus élevé (ou le plus profond). Elle est secrète, cachée et inaccessible. Dieu a déterminé ce qu'il a l'intention de faire, de sorte que le cours de l'histoire est inconditionnellement fixé. Cependant, il ne nous en a pas dit grand-chose, sauf par le biais de prophéties prédictives. Naturellement, dès qu'une chose se produit, elle n'est plus cachée. La volonté préceptive est la volonté révélée de Dieu. Dieu a jugé bon de nous faire connaître ce niveau de sa volonté. Cette distinction entre la volonté secrète et la volonté révélée de Dieu, qui est assez fréquente dans la théologie déterministe[12]BERKHOF, Louis. Systematic Theology, p. 77-78 ; BAVINCK, Herman. The Doctrine of God, p. 237-238; HODGE, Charles. Systematic Theology. Grand Rapids MI : Eerdmans, [n.d.], vol. 1, p. 403-404., serait exprimée dans Deutéronome 29:29 : « Les choses cachées sont à l’Eternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos enfants, à perpétuité, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi ». (De 29:29)

Cela signifie que, parfois, au niveau de sa volonté révélée, Dieu exprime le désir que quelque chose se produise, alors qu'il décrète que cela ne se produira pas au niveau de sa volonté secrète. Par exemple, 1 Timothée 2:4 dit que Dieu « veut » (thelo en grec) que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Cela exprime la volonté désirée ou préceptive de Dieu. Évidemment, tous les hommes ne parviennent pas à la connaissance de la vérité et ne sont pas sauvés, ce qui signifie que la volonté souveraine et décrétive de Dieu, sa volonté secrète, a déterminé que cela ne se produirait pas. De même, 2 Pierre 3:9 dit que Dieu « ne veut pas » (boulomai en grec) qu'aucun périsse mais que tous arrivent à la repentance. Toutefois, il ne s'agit là que de la volonté morale de Dieu. Puisque certains périssent, sa volonté souveraine et secrète doit être qu'ils ne se repentent pas et qu'ils périssent. Néanmoins, du moins dans l'esprit du déterministe, « la volonté décrétive et la volonté préceptive de Dieu ne peuvent jamais être en conflit[13]HODGE, Charles. Systematic Theology, vol. 1, p. 404. ».

1.2. La perspective biblique

[N.D.L.R. : Dans cette section l'auteur expose sa propre position, compatible avec l'arminianisme.]

Il existe une catégorie dénommée volonté décrétive ou intentionnelle de Dieu, c'est-à-dire ce que Dieu veut accomplir Lui-même. Cette catégorie se porte sur les choses qui arrivent par le désir de Dieu et la décision de Dieu. Ce concept est incontestablement enseigné dans l'Écriture. Cependant, il n'implique pas la perspective déterministe car le concept scripturaire de la volonté décrétive de Dieu ne s'applique pas à tout ce qui arrive. Il faut accorder cette perspective avec le concept d'indépendance relative que Dieu a accordée à la fois aux processus naturels et à ses créatures morales libres. Dieu ne cause pas tout, mais il cause ou détermine bien certaines choses. Il veut définitivement que certaines choses se produisent. Comme le disent les versets suivants :

« Il y a dans le cœur de l’homme beaucoup de projets, Mais c’est le dessein de l’Eternel qui s’accomplit ». (Proverbes 19:21)

« Les desseins de l’Eternel subsistent à toujours, Et les projets de son cœur, de génération en génération » (Ps 33:11).

« L’Eternel des armées a pris cette résolution : qui s’y opposera ? Sa main est étendue : qui la détournera ? » (Ésaïe 14:27)

Selon l'Écriture, quelles choses sont incluses dans la volonté décrétive de Dieu, ces choses que Dieu désire voir se produire et décide d'accomplir ? La première est la création. Apocalypse 4:11 dit que tout ce qui existe a été créé par la volonté de Dieu (thelema). L'événement significatif consécutif à la création est la chute de l'homme, le péché d'Adam et Eve. Toutefois, il n'y a absolument rien dans la Bible qui suggère que Dieu a décrété ou déterminé que cela devait arriver. Une fois que cela s'est produit, ou plutôt, une fois que Dieu a su à l'avance que cela se produirait, il a eu la volonté d'accomplir l'œuvre de rédemption par son Fils incarné en Jésus-Christ. Cette œuvre devient alors l'élément central de la volonté intentionnelle de Dieu. Selon Actes 2:23, Jésus a été « livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu ». Dès le commencement, la volonté ou le plan (boule) de Dieu était que le Sauveur soit livré à la mort. Sa prescience du caractère et des penchants de Judas lui a permis d'utiliser les libres choix de ce traître pour y parvenir. Actes 4:28 dit que lorsque les ennemis de Jésus l'ont mis à mort, ils ont fait « tout ce que [Sa] main et [Son] conseil avaient arrêté d’avance ». L'acte rédempteur a été voulu par Dieu. C'est-à-dire qu'il a été voulu qu'il se produise, il a été prédestiné à se produire. Cela ne signifie pas que Dieu a causé la trahison de Jésus par Judas ou le clouage de Jésus à la croix par les Romains. Encore une fois, il a utilisé ce qu'il savait d'avance de leurs choix libres comme moyen pour réaliser son plan infaillible.

Très souvent dans l'Écriture, la mission rédemptrice de Jésus est désignée comme « la volonté de Dieu ». Jésus a déclaré : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre » (Jn 4:34). « [J]e ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 5:30).

Les versets de Psaumes 40:6-8 sont attribués à Christ dans le livre inspiré des Hébreux : « je viens [...] pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10:7).

Lorsque Jésus « s'est donné lui-même pour nos péchés » afin de nous délivrer du présent siècle, il l'a fait « selon la volonté de notre Dieu et Père » (Ga 1:4).

Dans la douleur de Gethsémané, Jésus a prié pour que la coupe de la souffrance soit éloignée de lui, mais il s'est soumis au Père par les mots suivants : « Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Lc 22:42).

La volonté du Père, la volonté intentionnelle et décrétive, était que Jésus boive la coupe de la souffrance rédemptrice pour tous (He 2:9).

La mort salvatrice de Jésus étant le point central de la volonté intentionnelle de Dieu, la plupart des autres choses qui en font partie conduisent ou découlent de ce point précis. Cela comprend notamment le choix souverain de Dieu d'Israël pour en faire un instrument unique de préparation, et tous les actes de providence spéciale liés à l'histoire d'Israël. Dieu a d'abord établi ce but immuable (boule) avec Abraham (He 6:17), puis avec d'autres individus spécifiques de la lignée d'Abraham. Par exemple, c'était le dessein de Dieu (prothèse) de choisir Jacob plutôt qu'Ésaü pour devenir le fils d'Isaac par lequel la préparation de la rédemption se poursuivrait (Rm 9:11). Selon Actes 13:36, David a également été choisi pour servir le dessein de Dieu (boule). Si Dieu a voulu qu'une personne ou une nation participe à cette grande histoire, elle ne pouvait résister à cette volonté (Rm 9:18-19). [...] À maintes reprises, la volonté intentionnelle de Dieu a inclus sa détermination à utiliser ou à punir une nation particulière dans le processus de perfectionnement d'Israël pour sa tâche. Les prophètes ont continuellement loué Dieu pour ces éléments spécifiques de son plan, notamment « ce que l’Eternel des armées a résolu contre l’Egypte » (Es 19:12) « la résolution que l’Eternel a prise contre Edom, Et les desseins qu’il a conçus contre les habitants de Théman » (Jr 49:20) et : « le dessein de l'Éternel contre Babylone » (Jr 51:29).

En ce qui concerne son projet d'utiliser Sennacherib, roi d'Assyrie, le Seigneur dit : « N’as-tu pas appris que j’ai préparé ces choses de loin, Et que je les ai résolues dès les temps anciens ? Maintenant j’ai permis qu’elles s’accomplissent » (Es 37:26).

En ce qui concerne son propre peuple, la volonté intentionnelle de Dieu a déterminé sa conquête et sa captivité : « La colère de l’Eternel ne se calmera pas, Jusqu’à ce qu’il ait accompli, exécuté les desseins de son cœur » (Jr 23:20).

Toutefois, il a également prévu de les délivrer de la captivité : « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Eternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance » (Jr 29:11).

En ce qui concerne tous ces aspects et d'autres de la providence spéciale de Dieu, Ésaïe dit : « O Eternel ! tu es mon Dieu ; Je t’exalterai, je célébrerai ton nom, Car tu as fait des choses merveilleuses ; Tes desseins conçus à l’avance se sont fidèlement accomplis » (Es 25:1).

Comme Dieu le déclare, ses desseins sont certains : « Mes arrêts subsisteront, Et j’exécuterai toute ma volonté. [...] Je l’ai dit, et je le réaliserai ; Je l’ai conçu, et je l’exécuterai » (Es 46:10-11).

De même que Dieu avait pour but d'utiliser Israël pour amener le Rédempteur dans le monde, de même il avait pour but de rendre ce dispositif caduc après la venue de Christ. Comme nous le voyons dans Romains 9-11, il s'agissait en partie d'une sanction méritée par Israël en raison de son incrédulité, et en partie de l'intention de Dieu, qu'Israël ait accepté le Messie ou non. Ce dernier point est vrai du fait que la nécessité du rôle d'Israël en tant que peuple exclusif de Dieu a cessé avec la venue du Christ. Donc, Dieu a toujours eu l'intention de réunir tous les Israélites croyants et tous les gentils (non juifs) croyants, en un seul corps nouveau appelé l'Église. C'est le point principal du livre des Éphésiens, et c'est la clé pour comprendre le passage souvent mal compris d'Éphésiens 1:1-11. [...]

[Pour en savoir plus voir : Commentaire biblique d'Éphésiens 1:4-11]

Un autre aspect de la volonté intentionnelle de Dieu est la manière dont est constitué ce nouveau corps unifié en Christ. Avant Christ, Dieu avait pour volonté d'entrer en relation d'alliance avec les personnes qui descendaient par naissance naturelle d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Dans l'ère chrétienne, la volonté de Dieu est d'appeler ses enfants toute personne née d'une manière particulière, à savoir la nouvelle naissance, d'eau et d'Esprit, selon la Parole. Comme le dit Jean 1:12-13 : « Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu ».

La naissance qui fait entrer dans la famille ou le royaume de Dieu n'est pas une naissance qu'un humain peut accomplir par un acte de sa propre volonté. Un pécheur peut recevoir Jésus et croire en son nom, mais l'œuvre de la nouvelle naissance ou de la régénération est quelque chose que seul Dieu peut accomplir. Jésus dit : « [...] si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3:5).

Un pécheur peut rencontrer le Seigneur dans l'eau du baptême et savoir que Dieu est présent et agit en lui donnant l'Esprit promis (Ac 2:38-39), mais il ne sera pas plus capable de voir l'Esprit et l'œuvre de l'Esprit que de voir le vent (Jn 3:8). Il s'agit d'un acte spirituel. Jacques 1:18 dit : « Il nous a engendrés selon sa volonté, par la parole de vérité, afin que nous soyons en quelque sorte les prémices de ses créatures ».

Nous naissons en croyant et en suivant les promesses et les instructions de la Parole de Dieu, mais c'est un exercice de la volonté de Dieu qui fait que la naissance ait lieu. Ainsi, lorsque Dieu nous appelle « selon son dessein » (Rm 8:28), voici comment il procède : il nous appelle par la Parole à recevoir l'Esprit dans le baptême chrétien, dans un acte de renaissance spirituelle. Tel est le dessein de Dieu pour rassembler sa famille à l'ère du Nouveau Testament (2Ti 1:9).

En dernier lieu, nous pouvons noter que le dessein de Dieu culmina dans l'œuvre consistant à « conduire à la gloire beaucoup de fils » (He 2:10). Dès le commencement, le plan de Dieu a été de glorifier tous ceux qu'il appelle aujourd'hui selon les conditions qu'il a fixées. C'est-à-dire qu'il a décidé de ressusciter d'entre les morts et de donner un corps immortel comme celui du Christ ressuscité aux personnes répondant aux conditions fixées. « La volonté de mon Père, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6:40).

Par sa prescience, Dieu savait qui seraient ces personnes avant même la création. Il pouvait donc les prédestiner à la gloire dès ce moment précis. « Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né de beaucoup de frères » (Rm 8:29).

Nous avons vu que les choses qui arrivent selon le désir de Dieu et la décision de Dieu ont principalement trait à l'exécution du plan de la rédemption. Ces choses ne concernent pas « tout ce qui arrive dans le monde ». Il n'y a aucune base biblique soutenant une volonté secrète, exhaustive et déterminante de Dieu. Dieu a bien une volonté déterminante ou intentionnelle, mais il nous a révélé ses desseins. Paul a dit aux anciens d'Éphèse qu'il leur avait proclamé « tout le plan [boule] de Dieu » (Ac 20:27 S21). Dieu ne nous a rien caché. Nous connaissons les grandes lignes de ses intentions pour nous et pour le monde. Et nous savons que si Dieu l'a prévu, cela se réalisera certainement.

2. Selon le désir de Dieu et la décision de l'homme

Certaines des choses que Dieu désire, il décide de les accomplir lui-même. Toutefois, il y a des choses que Dieu désire qui peuvent s'accomplir ou non, en raison du fait qu'il a laissé à l'homme le soin de décider si ces désirs-ci doivent s'accomplir ou non. Dans l'exercice de sa liberté souveraine, Dieu a créé l'homme avec un libre arbitre et une indépendance relative. Il a ensuite exprimé à l'homme sa volonté en lui indiquant ce qu'il désire de lui. Dieu honore l'intégrité de la liberté dont il a doté l'homme et lui permet, pour ces types de désir, de décider de les réaliser ou non. Parfois, à notre honte et à notre propre ruine, nous ne les réalisons pas. Cependant, très souvent, nous qui avons reçu cette responsabilité, nous accomplissons la volonté de notre Créateur. Beaucoup de choses se produisent ainsi selon le désir de Dieu et la décision de l'homme.

Cet aspect de la volonté de Dieu est parfois appelé sa volonté désirante ou sa volonté préférentielle. C'est correct, mais ce n'est pas assez précis. Dieu désire aussi les choses qu'il décide lui-même de réaliser. Le facteur distinctif de cet aspect particulier de la volonté de Dieu n'est pas son désir, mais le fait que la décision de l'homme déterminera si ce désir se réalise ou non. Une autre expression couramment utilisée pour ce contexte est celle de volonté préceptive ou morale de Dieu, mais elle est également trop limité. Elle ne se réfère qu'à une partie des choses qui s'effectuent selon le désir de Dieu et la décision de l'homme. Il existe des choses qui sont dans cette catégorie sans être exactement des préceptes ou des commandements, mais plutôt des choses que Dieu désire ou veut simplement.

2.1. Les préceptes de Dieu

Le concept de la volonté préceptive de Dieu est valable et constitue une partie importante des choses concernées par cette catégorie générale. La Bible parle souvent de la volonté de Dieu en référence aux commandements ou aux lois auxquels nous sommes censés obéir. Elle met un accent important sur le besoin de connaître la volonté de Dieu. Elle nous a été révélée dans l'Écriture, certes, mais nous avons la responsabilité de l'étudier et de la méditer afin de comprendre comment nous devons l'appliquer dans nos décisions quotidiennes. Éphésiens 5:17 dit « C'est pourquoi ne soyez pas stupides, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur » (S21) . Dans Colossiens 1:9, Paul affirme « nous ne cessons de prier Dieu pour vous; nous demandons que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle ». En Romains 2:18, Paul évoque les hypocrites qui « connais[sent] sa volonté » et l'enseignent même, alors qu'ils n'y obéissent pas eux-mêmes.

Cela nous amène à un autre accent présent dans l'Écriture, à savoir que nous devrions être désireux de faire ou d'obéir à la volonté préceptive de Dieu. Nous devons « [vouloir] faire sa volonté » (Jn 7:17). Nous devons « [faire] de bon cœur la volonté de Dieu » (Ep 6:6). Dieu peut nous rendre « capables de toute bonne œuvre pour l’accomplissement de sa volonté » (He 13:21). Jésus dit : « Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Mt 12:50 ; Mc 3:35).

Et aussi que : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7:21).

Nous devons donc nous efforcer de « discerner quelle est la volonté de Dieu » (Rm 12:2), c'est-à-dire de se mettre à l'appliquer dans notre propre vie, car : « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1Jn 2:17).

Ainsi, « vous avez besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis » (He 10:36).

C'est de cette manière que Dieu nous guide, à savoir par sa volonté préceptive révélée. « Voilà le Dieu qui est notre Dieu éternellement et à jamais ; Il sera notre guide jusqu’à la mort » (Ps 48:14). Ésaïe 58:11 dit « L’Eternel sera toujours ton guide ».  Ainsi, nous sommes encouragés à être « des hommes faits, pleinement disposés à faire toute la volonté de Dieu » (Col 4:12) et à vivre « selon la volonté de Dieu » (1Pi 4:2).

2.2. Les désirs de Dieu

Il ressort clairement des passages ci-dessus que l'expression « volonté de Dieu » apparaît assez souvent avec cette connotation de volonté préceptive de Dieu. Il est également clair que cette volonté, étant livrée par Dieu à la décision de l'homme pour son accomplissement, est contrecarrée et non réalisée en d'innombrables occasions. Tout péché contrarie la volonté de Dieu dans ce sens précis de la volonté. Il existe également d'autres exemples où la volonté de Dieu est évoquée dans un sens plus général d'un désir de Dieu pour nous, où l'idée de précepte ne semble pas prévaloir, mais où il est toujours possible que les décisions de l'homme contrecarrent ces désirs-ci de Dieu. Concernant ce dernier cas, le passage le plus évident concerne le désir de Dieu que tous les hommes soient sauvés. Le verset 2 Pierre 3:9 enseigne que le Seigneur

« use de patience envers vous, ne voulant [boulomaï] pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance ».

Dieu désire que personne ne périsse, mais dans leur rébellion obstinée, beaucoup périront malgré tout, allant ainsi à l'encontre du désir de Dieu. Dieu veut également que tous viennent à la repentance, mais tous ne le font pas. Paul nous dit que Dieu

« veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Ti 2:4),

mais tous ne le font pas. De même, Jésus dit que

« ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits » (Mt 18:14).

Il y a encore d'autres endroits où Dieu exprime ses désirs et indique que leur réalisation est conditionnée par des décisions humaines. Dieu dit « Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices » (Mt 9:13, 12:7 ; Os 6:6 ; He 10:5:8). Les docteurs de la loi et les pharisiens « en ne se faisant pas baptiser par lui, ont rendu nul à leur égard le dessein [boule] de Dieu » (Lc 7:30). Pierre dit que « c’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés » (1Pi 2:15),

en d'autres mots c'est le désir de Dieu. La déclaration de Paul dans I Thessaloniciens 4:3 semble également appropriée : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification ». Dieu nous a donné des préceptes à respecter, et il désire que nous y obéissions et atteignions la sanctification. En ce qui concerne les désirs de Jésus, Marc 7:24 nous dit qu'une fois, Jésus est entré dans une maison pour se reposer et « désirant que personne ne le sache ; mais il ne put rester caché ».

La référence la plus significative de cet aspect de la volonté de Dieu se trouve sans doute dans Matthieu 23:37, lors de la lamentation de Jésus sur Jérusalem :

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! »

Ce passage démontre très clairement que les désirs de Dieu sont parfois contrecarrés par les décisions des hommes. Certains pensent que cela détruit la souveraineté de Dieu et ont ainsi inventé le concept d'une volonté souveraine et secrète par laquelle Dieu détermine en réalité tout ce qui arrive. Au vu de ce passage et d'autres, ce concept nous mettrait dans la position délicate de devoir affirmer que Dieu fait parfois des choses (selon sa volonté secrète) contraires à ses propres désirs (tels qu'ils sont exprimés par sa volonté révélée). Nous devrions ainsi dire que Dieu désire que tous se repentent et soient sauvés, tout comme Jésus désirait rassembler Jérusalem sous sa puissance salvatrice, mais qu'il a toutefois déterminé que certains ne se repentiraient pas et ne seraient pas sauvés. Il n'y a aucun moyen pour un déterministe d'expliquer ce conflit qui est manifeste ici.

Ce problème est résolu lorsque l'on comprend que ces deux aspects de la volonté de Dieu (sa volonté déterminante et sa volonté désirante, pour utiliser les termes d'Howard[14]HOWARD, Grant J.. Knowing God's Will, p. 19, 313.) ne se confondent pas mais sont distincts et se réfèrent à des éléments complètement différents. Comme nous l'avons vu dans la dernière section, la volonté déterminante de Dieu n'est pas exhaustive, de nombreuses choses se trouvent en dehors de son champ d'application. Les choses qui sont selon le désir de Dieu et la décision de l'homme sont de cette nature. Elles ne font pas partie des choses que Dieu a déterminées. Elles constituent un aspect complètement distinct de la volonté déterminante de Dieu. Il n'y a donc pas de conflit ou de contradiction lorsqu'une décision humaine va à l'encontre d'un désir de Dieu ou d'un précepte de Dieu, car de telles décisions ne sont pas le résultat de la volonté intentionnelle ou déterminante de Dieu.

3. Selon la décision de l'homme et la permission de Dieu

Le troisième et dernier aspect de la volonté de Dieu concerne les choses que Dieu ne veut pas, mais qu'Il permet à l'homme de réaliser par sa liberté. C'est ce qui est parfois appelé la volonté permissive de Dieu, bien que la façon dont ce terme est habituellement utilisé ne corresponde pas exclusivement à cette troisième catégorie. Dans l'usage le plus précis de ce terme, la volonté permissive de Dieu englobe tous les actes libres des hommes, y compris ceux de la deuxième catégorie ci-dessus, c'est-à-dire les choses que Dieu désire de nous et qu'il nous permet d'accomplir par nos propres choix. Ainsi, bien que parfois, par commodité, j'utilise le terme de volonté permissive pour ce troisième aspect de la volonté de Dieu, à proprement parler, il s'applique aussi à la catégorie précédente.

Ce qui distingue cette troisième catégorie d'événements n'est donc pas la présence de la permission de Dieu, mais l'absence d'un désir déclaré de Dieu qu'ils se produisent. Bien que Dieu ne les détermine pas et ne les désire pas expressément, il permet néanmoins que ces événements se produisent. Cela inclut les événements qui sont contraires à ses désirs exprimés, comme les péchés de l'homme. Ces événements relèvent de la volonté de Dieu uniquement dans le sens où Il permet qu'ils se produisent. Cependant, cet aspect de la volonté de Dieu comprend également toute une série de choses à propos desquelles Dieu n'a exprimé aucun désir ou préférence, des choses que nous appelons parfois « opinions personnelles » ou « choix subjectifs ». Il s'agit des décisions que nous prenons, préconnues par Dieu, dont il n'a aucune raison d'empêcher leur concrétisation. Ainsi, il permet ou autorise qu'elles se produisent telles que nous les avons projetées.

C'est un aspect de la volonté de Dieu qui n'est pas vraiment reconnu par les théologiens déterministes. Comme nous l'avons vu, ils parlent bien de la permission de Dieu, mais il s'agit en fait d'une partie de la volonté décrétive ou déterminante de Dieu. Comme le dit Berkhof,

« la volonté décrétive de Dieu est la volonté de Dieu par laquelle il vise ou décrète tout ce qui doit arriver, qu'il veuille l'accomplir effectivement (causalement), ou qu'il permette que cela se produise par l'intermédiaire de l'action sans contrainte de ses créatures rationnelles ». Cela correspond également à sa volonté secrète, qui « concerne toutes les choses qu'Il veut soit accomplir, soit permettre, et qui sont donc absolument fixes[15]BERKHOF, Louis. Systematic Theology, p. 77-78. ».

Il convient de préciser cette affirmation de deux manières. Comme nous l'avons vu, dans le système déterministe, les seules choses qui entrent dans le champ de la permission de Dieu sont les péchés de l'homme. Aucune bonne œuvre ni aucune décision de type « opinions personnelles » ne se trouve dans le champ de la permission, ce sont des choses que Dieu opère. De plus, comme nous l'avons vu[16]Voir ci-dessus, p. 219 et suivantes., dans le système déterministe, il n'existe pas de véritable permission. Le terme est employé par euphémisme comme dispositif pour décharger Dieu de la responsabilité du péché. La « permission » est efficace. Par conséquent, même les choses qui sont permises font partie de la volonté décrétive de Dieu.

Or, dans les Écritures, il n'en est pas ainsi. Il y a des choses que Dieu ne détermine pas et ne désire pas nécessairement, des choses que Dieu permet réellement de réaliser en fonction des décisions de l'homme. Par exemple, Actes 14:16 fait référence à la non-intervention de Dieu dans les coutumes des nations païennes avant Christ : « Dieu, dans les âges passés, a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies ». Cela implique le fait qu'il leur a permis de suivre la voie de l'idolâtrie et de l'avilissement, c'est-à-dire qu'il a autorisé leurs actes pécheurs. Un autre exemple a trait à un désir de Paul qui relève plus ou moins du domaine de l'opinion. Il exprime son intention de passer un temps avec l'église corinthienne :

« Je ne veux pas cette fois vous voir en passant, mais j’espère demeurer quelque temps auprès de vous, si le Seigneur le permet » (1Co 16:7).

Paul reconnaît qu'il ne pourra réaliser son projet que si Dieu le lui permet, car il sait que, dans sa providence souveraine, Dieu peut empêcher une telle visite s'Il le veut. Hébreux 6:3 parle d'une manière similaire. Après avoir énoncé en Hébreux 6:1-2 la nécessité d'approfondir l'étude de la doctrine chrétienne, l'auteur dit : « C’est ce que nous ferons, si Dieu le permet ». Le verbe utilisé dans ces deux derniers passages est epitrepo, qui est le verbe habituel pour dire « permettre, autoriser ». Un passage illustrant la puissance providentielle de Dieu pour entraver les décisions de l'homme est Actes 16:7, qui dit que « arrivés près de la Mysie, ils se disposaient à entrer en Bithynie ; mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas ». Le verbe ici (comme dans Actes 14:16) est eao qui signifie également « permettre ». Dans tous ces passages, nous voyons soit Dieu exercer sa volonté permissive, soit les auteurs bibliques reconnaître le contrôle souverain de cette volonté permissive.

Plusieurs passages du Nouveau Testament évoquent le même principe, mais en utilisant le verbe theló qui signifie « désirer, vouloir ». Dans ces passages, le concept de volonté permissive est déductif. L'un d'eux est Actes 18:21, où Paul dit : « [...] Je reviendrai vers vous, si Dieu le veut ». Un autre est 1 Corinthiens 4:19 : « Mais j’irai bientôt chez vous, si c’est la volonté du Seigneur [...] ». La pensée de ces versets (et même la structure des mots dans le dernier) est semblable à celle des versets qui disent « si Dieu le permet ». Il n'y a aucune raison de penser que Paul parle d'un acte déterminé ou du désir de Dieu. Il ne s'agit pas d'un « si Dieu le cause » ou « si Dieu le désire », mais « si Dieu le permet ».

Un autre passage qui enseigne clairement le concept de la volonté permissive de Dieu se trouve dans Jacques 4:13-15. Jacques réprimande ceux qui font des plans sans tenir compte du contrôle providentiel de Dieu sur toutes choses : « A vous maintenant, qui dites: Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous trafiquerons, et nous gagnerons! Vous qui ne savez pas ce qui arrivera demain! [...] ». Jacques indique ensuite la bonne manière d'énoncer nos projets : « [...] Vous devriez dire, au contraire: Si Dieu le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou cela ». Dans ce passage, « si Dieu le veut » est semblable dans sa forme et sa signification à « si Dieu le permet ». Jacques nous rappelle tout d'abord que nous ne vivrons demain que si le Seigneur le permet. « Car en lui nous avons la vie [...] » (Ac 17:28). Si Dieu décidait à n'importe quel moment de nous retirer la vie, il pourrait le faire. Cependant, dans la plupart des cas, il nous permet de continuer à vivre. Il en va de même pour les projets que nous pouvons avoir pour demain ou pour n'importe quel moment du futur. Dieu peut nous permettre de tenter de les réaliser sans y interférer. Toutefois, si pour une raison quelconque, il pense que ce serait mieux, il peut les empêcher de mille façons différentes.

Plusieurs autres passages du Nouveau Testament sont probablement mieux compris dans le sens de la volonté permissive de Dieu. Paul parle de son désir de se rendre à Rome et indique qu'il demande : « continuellement dans mes prières d’avoir enfin, par sa volonté, le bonheur d’aller vers vous » (Rm 1:10).

Il demande également aux chrétiens romains de prier « en sorte que j’arrive chez vous avec joie, si c’est la volonté de Dieu [...] » (Rm 15:32).

Cet acte de prière consiste à demander à Dieu de lui permettre de réaliser son projet. Lorsque le prophète Agabus a déconseillé à Paul d'aller à Jérusalem, Paul a déclaré qu'il irait même si cela impliquait qu'il soit tué à cause de Christ (Ac 21:10-13). Lorsque les compagnons de Paul ont vu que personne ne pouvait l'en dissuader, ils ont simplement dit : « Que la volonté du Seigneur se fasse ! » (Ac 21:14).

C'est-à-dire que nous accepterons tout ce que le Seigneur permet de se faire. C'est probablement aussi l'idée de 1Pierre 3:17 : « Car il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu’en faisant le mal. ».

Ainsi que 1Pierre 4:19 : « [...] que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu remettent leur âme au fidèle Créateur, en faisant ce qui est bien ».

Pierre veut-il dire que Dieu fait souffrir les chrétiens ou qu'il désire qu'ils souffrent ? Probablement pas. Plus probablement, il dit que si Dieu nous permet de souffrir, alors nous devons l'accepter de la manière indiquée.

Il est très important de voir que le concept de volonté permissive de Dieu est un concept de souveraineté.

Certains pensent que tout ce qui est moins que la causalité ou la détermination est un déni de la seigneurie souveraine de Dieu, mais ce n'est absolument pas le cas. La clé de la souveraineté est le contrôle, pas nécessairement la causalité. Par sa prescience absolue de tous les plans du cœur des hommes, et par sa prérogative et sa capacité absolues de permettre la réalisation de chaque plan particulier ou de l'empêcher, Dieu maintient un contrôle complet et souverain sur l'univers tout entier. Rien ne peut se produire sans qu'il le permette. S'il décide qu'une chose ne doit pas se produire, il l'empêche. La capacité d'empêcher signifie que Dieu a le dernier mot en toute chose. Psaumes 2:1-4 présente une image de ce type de souveraineté. Nous y voyons un groupe de dirigeants rebelles des nations comploter contre le Seigneur : « Brisons leurs liens, Délivrons-nous de leurs chaînes !» Quelle est la réponse de Dieu ? Tire-t-il les ficelles comme s'il s'agissait de marionnettes ? Non, il les laisse simplement se débattre, car il sait qu'il a le contrôle : « Celui qui siège dans les cieux rit, le Seigneur se moque d'eux ». Ils ont oublié de dire : « Si le Seigneur le permet ! »

Nous devons également nous rappeler que l'idée de permission dans ce contexte est celle d'une permission physique, et non morale.

4. Conclusion

Il est donc vrai que « tout ce qui arrive est la volonté de Dieu ». Tout ce qui arrive relève de la volonté souveraine de Dieu, dans un sens ou dans un autre. Il est crucial de comprendre qu'il y a trois sens différents dans lesquels cela peut être vrai, et que pour un événement donné ou un aspect de celui-ci, un seul des sens est valable. Parfois, un événement est la volonté de Dieu dans le sens où il le désire et où il le décide. Il se produit parce que Dieu le fait se produire. Néanmoins, comme nous l'avons vu, cette volonté intentionnelle de Dieu est limitée dans l'Écriture, principalement à l'exécution du plan de la rédemption. Parfois, un événement est la volonté de Dieu dans le sens où il le désire et où l'homme décide de faire ce que Dieu désire. Cela s'applique principalement aux commandements de Dieu et à son désir de nous sauver. Enfin, un événement est parfois la volonté de Dieu dans le sens où une personne ou un groupe de personnes décide de réaliser une chose que Dieu permet de se produire.

Ces distinctions sont cruciales, surtout lorsque nous sommes confrontés à des tragédies et des souffrances provoquées par les actes pécheurs ou inconsidérés de personnes tierces, comme dans le cas d'un meurtre ou d'un accident mortel causé par un conducteur ivre. À moins d'avoir de très bonnes raisons de penser autrement, nous ne devrions pas dire d'un tel événement que c'était « la volonté du Seigneur » dans un sens intentionnel ou causal. Nous pouvons et devons dire que le Seigneur a permis que cela se produise. Cela est d'ailleurs le cas pour la plupart des choses qui se produisent dans l'univers que Dieu a créé avec la notion de libre arbitre. Même une tragédie qui se produit par le biais des processus de la nature doit être considérée de cette manière, puisque Dieu a établi une indépendance relative également dans le domaine naturel. Il est vrai que dans sa providence spéciale et souveraine, Dieu pourrait empêcher tout événement de se produire, y compris toute catastrophe ou tragédie. Cependant, nous devons reconnaître à Dieu le droit de respecter l'intégrité de la liberté qu'il a accordée à son monde, et nous devons faire confiance à sa sagesse pour savoir quel bien peut être tiré de ces épisodes tragiques qu'il laisse se produire.


Source : COTTRELL, Jack. What the Bible Says about God the Ruler. Oregan : Wipf & Stock, 2000, p. 299-317. (Reproduit avec autorisation)

Toute reproduction interdite

Références

Références
1STONE, Sam E.. Knowing God's Will, Part Three : Man Should Choose God's Will. The Lookout, 1980, p. 92-93.
2HOWARD, Grant J.. Knowing God's Will-And Doing It!. Grand Rapids, MI: Zondervan, 1976, p. 12
3Ibid., p. 15.
4FRIESEN, Garry, MAXSON, Robin J.. Decision Making & the Will of God: A Biblical Alternative to the Traditional View. Portland, OR: Multnomah Press, 1980, p. 32. Voir p. 82.
5Ibid., p. 202.
6BERKHOF, Louis. Systematic Theology. London: Banner of Truth Trust, 1939, p. 76.
7Ibid., p. 77
8BAVINCK, Herman. The Doctrine of God. Grand Rapids, MI: Eerdmans, 1951, p. 369.
9Ibid., p. 371.
10FRIESEN, Garry. Decision Making & the Will of God. p. 151 ; BERKHOF, Louis. Systematic Theology, p. 77.
11FRIESEN, Garry. Decision Making & the Will of God, p. 232-233.
12BERKHOF, Louis. Systematic Theology, p. 77-78 ; BAVINCK, Herman. The Doctrine of God, p. 237-238; HODGE, Charles. Systematic Theology. Grand Rapids MI : Eerdmans, [n.d.], vol. 1, p. 403-404.
13HODGE, Charles. Systematic Theology, vol. 1, p. 404.
14HOWARD, Grant J.. Knowing God's Will, p. 19, 313.
15BERKHOF, Louis. Systematic Theology, p. 77-78.
16Voir ci-dessus, p. 219 et suivantes.
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