La prière dans le calvinisme : analyse critique et alternative relationnelle

Femme priere bible
Photo : WHITE, Ben. femme assise sur un banc brun tout en lisant un livre [détail]. In : Unsplash, 2016.

La prière occupe une place centrale dans la spiritualité chrétienne, mais sa signification varie profondément selon les traditions théologiques. Cette divergence soulève une question fondamentale : la prière peut-elle réellement influencer le cours des événements ?

Cet article examine deux conceptions contrastées : d'abord, l'approche calviniste, inscrite dans un cadre déterministe strict, qui tend à limiter le rôle de la prière à la transformation intérieure du croyant. Ensuite, une vision relationnelle non déterministe qui conçoit la prière comme un véritable dialogue capable d’influencer les actions divines tout en favorisant la transformation personnelle du croyant.

1. La prière dans le cadre du déterminisme théologique calviniste

Le déterminisme théologique est classiquement associé au calvinisme et, dans une moindre mesure, au luthéranisme1OLSON, Roger E.. The Classical Free Will Theist Model of God. In : WARE, Bruce. Perspectives on the Doctrine of God: Four Views. Nashville, TN : B&H Publishing Group, 2008, p. 151. « [D]eux principaux modèles de la relation entre Dieu et la créature s’opposent : le compatibilisme et le non-compatibilisme. Le premier est généralement désigné comme le déterminisme divin, et le second comme le théisme du libre arbitre. La forme la plus connue du premier est le calvinisme ; la forme la plus connue du second est l’arminianisme (du moins parmi les protestants). Cependant, de nombreux luthériens, comme Martin Luther lui-même, sont des déterministes divins, surtout en matière de salut. Ils n’aiment pas être qualifiés de calvinistes. De même, de nombreux anabaptistes (par exemple les Mennonites) sont des théistes du libre arbitre et n’aiment pas être appelés arminiens, car leur tradition précède l’arminianisme de près d’un siècle. ». Le calvinisme se retrouve chez les réformés, les presbytériens, ainsi que chez certains anglicans et baptistes, représentant environ la moitié des protestants2BALSERAK, J.. Calvinism. In : LOUTH, A. (ed.). The Oxford Dictionary of the Christian Church (4th ed.). Oxford : Oxford University Press, 2022.. Selon cette perspective, Dieu, par un décret immuable, détermine l'ensemble des événements du monde3ANDERSON, James N.. Calvinism And First Sin. In : Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 204. « Il faut admettre d'emblée, et sans aucune gêne, que le calvinisme est bel et bien attaché au déterminisme divin : l'opinion selon laquelle tout est déterminé en définitive par Dieu. ». La Confession de foi de Westminster l’exprime ainsi :

« Dieu, de toute éternité, par le plus sage et saint conseil de sa propre volonté, a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive »4Westminster Confession of Faith A.D. 1647. In : SCHAFF, Philip. The Creeds of Christendom. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2007, vol. 3, p. 601-673, chap. 17, art. 3. Disponible à l’adresse : https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xvii.ii.html.

Une conséquence majeure découle de cette doctrine : dans la pensée calviniste orthodoxe, la prière ne vise pas à modifier le cours des événements prédéterminés. Cela implique également que la prédétermination de la perdition ou de la félicité éternelle des hommes ne peut être changée par la prière5PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc. 2001, p. 204. « Dire que "Dieu a ordonné que les destinées humaines puissent être changées et façonnées par la volonté de l’homme" est absolument faux. La "destinée humaine" n’est pas déterminée par "la volonté de l’homme", mais par la volonté de Dieu. ». L’écrivain calviniste A. W. Pink résume cette compréhension ainsi :

« La prière n’est pas le fait de demander à Dieu de modifier Son dessein ni de Lui en faire former un nouveau6PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc. 2001, p. 217.. »

Cette impossibilité d’influencer Dieu et son dessein découle également de son immuabilité7CRISP, Oliver. Retrieving Doctrine: Essays in Reformed Theology. Downers Grove, IL : IVP Academic, 2010, chap. John Calvin and Petitioning God, p. 133.. Pour les calvinistes, si Dieu changeait, cela signifierait qu’Il serait imparfait8BERKHOF, Louis. Systematic Theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 59-60. « L’immutabilité de Dieu est un concomitant nécessaire de son aséité. C'est cette perfection de Dieu par laquelle il est dépourvu de tout changement, non seulement dans son être, mais aussi dans ses perfections, ainsi que dans ses desseins et ses promesses. En vertu de cet attribut, il est exalté au-dessus de tout devenir et est libre de toute accession ou diminution et de toute croissance ou décadence dans son être ou ses perfections. Ses connaissances et ses plans, ses principes moraux et ses volontés restent pour toujours les mêmes. [...] Il est important de maintenir l'immutabilité de Dieu par rapport aux doctrines pélagienne et arminienne selon lesquelles Dieu est sujet au changement, non pas dans son être, mais dans sa connaissance et sa volonté, de sorte que ses décisions dépendent dans une large mesure des actions de l'homme. ». Demander à Dieu de changer d’avis revient donc à poursuivre une impossibilité théologique9RAYFIELD, Lee S. Is Intercessory Prayer Defensible on Theological Grounds? Evangel, 1995, vol. 13, n°1, p. 11. « Les objections théologiques soulevées contre la prière d’intercession ont été résumées par V. Brummer : i) Dieu est immuable. Thomas d’Aquin a écrit que la volonté de Dieu est inchangeable et inflexible ; elle a été fixée depuis toute éternité. Pour que Dieu change d’avis, cela impliquerait une imperfection, car un seul état aurait pu être parfait. D’Aquin a conclu de l’immuabilité de Dieu : "Par conséquent, il est approprié que nous ne priions pas Dieu." ». Le théologien calviniste Jonathan Edwards exprime ainsi sa vision de l'accueil des prières par Dieu, conséquente de cette position :

« Il ne faut pas penser que Dieu soit véritablement ému ou rendu favorable par nos prières. […] [Néanmoins,] Il Lui plaît d'accorder sa miséricorde en réponse à la prière, comme s’Il avait été convaincu par celle-ci10EDWARDS, Jonathan. The Most High a Prayer-Hearing God. In : ISAIAH, Thomas [ed.]. The Works of President Edwards. Worcester : Isaac Sturevant, 1908, vol. 8, p. 55.. »

Ainsi, les principaux théologiens calvinistes, à commencer par Calvin, affirment que la prière consiste avant tout en une transformation intérieure du croyant11WOZNICKI, Christopher. Is Prayer Redundant? Calvin And The Early Reformers On The Problem Of Petitionary Prayer. Journal of the Evangelical Theological Society, 2017, vol. 60, n°2, p. 347. « Calvin — à l’instar de Luther et de Bucer — indique que la prière remplit la fonction de « réveiller le cœur ». Cette fonction de « réveil » de la prière est étroitement liée à une autre caractéristique importante de la théologie calviniste de la prière de supplication, à savoir que la prière est principalement pour notre propre bénéfice plutôt que pour Dieu. ». Dans cette perspective, R. C. Sproul résume le sens de la prière en ces termes :

« La prière change bien des choses. Mais la chose la plus importante qu’elle change, c’est nous12SPROUL, R. C. The Prayer of the Lord. ‎ Orlando : Reformation Trust Pub., 2009, chap. Praying to the God Who already Know.. »

Pour interpréter correctement de telles affirmations, il faut garder à l'esprit que dans le calvinisme, Dieu a prédéterminé non seulement les fins, mais aussi les moyens pour y parvenir, la prière en étant l'un d'eux13REZKALLA, Paul. Why Pray if God Has Already Decided Everything?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2017-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/article/why-pray-if-god-has-already-determined-everything/. « Certaines choses se sont produites uniquement parce que nous avons prié pour elles ; elles ne se seraient pas produites si nous n'avions pas prié pour elles. [...] Il est vrai que Dieu a déterminé tous les résultats, mais il a également déterminé les moyens par lesquels ces résultats auront lieu. Si Dieu a déterminé qu'une femme serait guérie d'un cancer, il a également déterminé les prières en sa faveur, sans parler de la naissance des oncologues qui l'opéreront et de l'ouverture d'une école de médecine dans la région. Les prières représentent l'un des nombreux moyens que Dieu détermine. ». Les calvinistes la qualifient de « cause secondaire », entièrement subordonnée à la cause première qu'est Dieu14SPROUL, R. C. Does Prayer Change Things? Phillipsburg, NJ : P&R Publishing, 2009, chap. 2 The purpose of prayer. « L’Esprit de Dieu ne change pas, car Dieu ne change pas. Les choses, elles, changent — et elles changent selon Sa volonté souveraine, qu’Il exerce par des moyens secondaires. La prière de Son peuple fait partie des moyens qu’Il utilise pour accomplir des événements dans ce monde. ». C'est donc uniquement en ce sens déterministe que « des choses changent » par la prière15SPROUL, R. C., BOICE, James M.. [ed.]. Our Sovereign God: Addresses from the Philadelphia Conference on Reformed Theology, 1974–1976. Grand Rapids : Baker, 1977, chap. Prayer and God’s Sovereignty. « Monsieur Sproul, la prière peut-elle changer l'avis de Dieu ? » Remarquez-vous la différence entre cette question et celle que nous abordons ici ? Demander : « La prière change-t-elle les choses ? » est une chose. Demander : « La prière peut-elle changer l'avis de Dieu ? » en est une autre. J'ai regardé cette femme et j'ai répondu : « Je ne le crois pas, si par “l'avis de Dieu” vous entendez ses desseins immuables, ses décrets éternels. ».

Le croyant calviniste peut alors légitimement s’interroger : si sa prière, concernant sa propre situation ou celle d’autrui, intervient comme une surdétermination causale d’événements déjà fixés, peut-elle encore être dite la cause d’un changement réel16DIROBERTS, Kyle. Prayer, Middle Knowledge, and Divine-Human Interaction. Eugene, OR : Wipf and Stock, 2018, chap. 2 Petitionary Prayer and Theology. « Boyd demande quelle réelle différence la prière ferait si le plan de Dieu ne pouvait pas être modifié ? De même, Erickson se demande si, étant donné que le « plan de Dieu est établi et qu'il fera ce qu'il a l'intention de faire, cela a-t-il une importance que nous priions ? » En outre, Paul Helm décrit que la relation entre la providence et la prière de pétition soulève de nombreuses questions théologiques. Par exemple, « Comment Dieu peut-il répondre à la prière en l'exauçant, alors que ses desseins sont immuables ? Et pourquoi, si Dieu est sage et omniscient, a-t-il besoin qu'on le prie ? »? Cette conception peut ainsi conduire à une forme de résignation ou de ritualisme, où la prière est pratiquée par devoir plutôt que dans l’attente réelle d’un effet concret17WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 317. « [Dieu] ne fait pas semblant de répondre à notre prière pour faire seulement ce que de toute façon il allait faire. Nos demandes changent vraiment quelque chose à ce que Dieu fait ou ne fait pas. L'idée selon laquelle tout se passerait exactement comme ça, que nous ayons prié ou pas, [...] rend la prière psychologiquement impossible, en la remplaçant au mieux par un rituel mort. ». À cet égard, Christopher Woznicki, historien de la théologie réformée, souligne :

« Un certain nombre de réformateurs se sont préoccupés de répondre aux chrétiens qui avaient du mal à prier, parce qu’ils croyaient que les décrets inconditionnels de Dieu rendaient la prière de demande dénuée de sens18WOZNICKI, Christopher. Are We Free to Pray ? Evangelical Review of Theology. 2020, vol. 44, n°1, p. 60.. »

2. Une approche alternative : la prière comme dialogue interactif

Au IIIe siècle, Origène (185-253) fut l'un des premiers à s’interroger sur le paradoxe de prier un Dieu immuable, bien qu’il considère, lui-même, que Dieu présente une certaine flexibilité19CRUMP, David. Knocking on Heaven’s Door: A New Testament Theology of Petitionary Prayer. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 279.. Il résume le paradoxe ainsi :

« D’abord, si Dieu connaît d’avance ce qui doit advenir et si cela doit se produire, alors la prière est vaine. Ensuite, si tout arrive conformément à la volonté de Dieu et si ce qu’Il veut est immuable et que rien de ce qu’Il veut ne peut être changé, alors la prière est vaine20Origène, JAY, Eric George [trad.]. Origen's Treatise on prayer. London : S.P.C.K., 1954, p. 97.. »

Une approche alternative s’appuie sur l’idée que l’immuabilité de Dieu, telle que décrite dans la Bible (Malachie 3:6), concerne son caractère et non ses intentions21GUNTON, Colin E.. Act and Being: Towards a Theology of the Divine Attributes. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 2003, p. 126.. Dieu est un être émotionnel, capable de ressentir les souffrances humaines et de se laisser toucher par les prières sincères22FRETHEIM, Terence. God So Enters into Relationships That. Minneapolis : Fortress Press, 2020, chap. 7. « Dieu s’engage dans les relations d’une telle manière qu’il est réellement affecté par ce qui arrive à la relation. ». Ainsi, Dieu choisit d’interagir avec les hommes de manière relationnelle. Dans cette perspective, la prière devient une véritable conversation : les croyants expriment leurs besoins et Dieu peut y répondre activement23REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Puisque Dieu désire une relation personnelle et d'alliance avec nous, nous faire participer régulièrement à la prière de demande est une façon d'encourager une relation conversationnelle. »24WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 316. « La description la plus pertinente de la prière est simplement : "Parler à Dieu de ce que nous faisons ensemble." [...] La prière consiste à partager explicitement avec Dieu mes préoccupations sur ce qui le préoccupe lui aussi dans ma vie. ».

Dans cette mesure, les plans de Dieu peuvent être liés aux actions humaines, faisant de la prière une condition préalable réelle à son action25OLSON, Roger E.. The Classical Free Will Theist Model of God. In : WARE, Bruce. Perspectives on the Doctrine of God: Four Views. Nashville, TN : B&H Publishing Group, 2008, p. 141. « La tradition du libre arbitre a toujours soutenu que, pour certaines choses, Dieu est affecté ou conditionné par les créatures. C’est pourquoi les théistes du libre arbitre affirment des doctrines telles que l’élection conditionnelle et le fait que nos prières peuvent véritablement influencer Dieu. ». De nombreux récits de l’Ancien Testament illustrent cette dynamique relationnelle : Dieu répond aux prières ou modifie un jugement annoncé en réponse à l’intercession ou à la repentance. Moïse, par exemple, implora Dieu pour son peuple, et « l’Éternel se repentit du mal qu’Il avait déclaré vouloir faire à son peuple » (Exode 32:11‑14).

D'autres exemples bibliques renforcent cette dynamique : Ézéchias voit sa vie prolongée de quinze ans après sa prière (Ésaïe 38:4‑5), et Ninive est épargnée après sa repentance (Jonas 3:4‑10). De même, l’intercession d’Amos détourne Dieu d’un jugement annoncé (Amos 7:1‑6).

La Bible montre également que la prière peut être restreinte : Dieu ordonna à Jérémie de ne plus prier (Jérémie 7:16 ; 11:14 ; 14:11), ce qui suggère que les prières antérieures avaient déjà adouci sa résolution. Parallèlement, Dieu ajuste ses décisions selon le comportement des peuples : Il peut revenir sur une punition prévue pour un peuple s'il se repent, ou sur une bénédiction prévue pour un peuple s'il persiste dans le mal (Jérémie 18:7‑10).

En raison de leur conception de l’immuabilité divine, les théologiens calvinistes interprètent ces passages comme de simples anthropomorphismes, c’est-à-dire des procédés de langage destinés à rendre accessible à l’homme une réalité divine qui le dépasse26TURRETIN, François, DENNISON, James |trad.]. Institutes of Elenctic Theology. Phillisburg, NJ : Presbyterian and Reformed Publishing Company, 1992, vol. 1, topic 3, question 29, art. 5. « La repentance est attribuée à Dieu selon la manière des hommes (anthropopathos), mais elle doit être comprise selon la manière de Dieu (theoprepos) : non par rapport à son conseil, mais à l’événement ; non en référence à sa volonté, mais à la chose voulue ; non par rapport à l’affection et à la douleur intérieure, mais par rapport à l’effet et à l’action extérieure, car il fait ce qu’un homme pénitent fait ordinairement. ». À l’inverse, leurs opposants y voient la confirmation que Dieu choisit souverainement d’entrer dans une relation dynamique avec l’homme et accepte d’être réellement influencé par la prière27CRUMP, David. Knocking on Heaven’s Door: A New Testament Theology of Petitionary Prayer. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 284-285. « Friedrich Heiler, a écrit un jour : « La pensée philosophique rationnelle détruit les présupposés essentiels d’une prière simple. Ceux-ci sont : la foi dans le caractère anthropomorphique de Dieu, dans sa présence réelle, dans sa mutabilité, et dans la réalité d’une communion personnelle avec lui. » [...] La prière chrétienne de demande requiert de croire que le Père écoute réellement, qu’il est disposé à être influencé, et qu’il est ainsi engagé dans une communication authentique à double sens avec celui qui prie. ». Dallas Willard souligne que cette conception ne diminue en rien la grandeur de Dieu :

« [Nous voyons] un Dieu qui peut se laisser fléchir par ceux qui se tiennent fidèlement devant lui. [...] Dieu est suffisamment grand pour mener ses affaires de cette manière. Sa nature, son identité, ses plans d'envergure sont immuables. Mais ses intentions sur nombre de sujets particuliers concernant les individus ne le sont pas. Cela ne le diminue en rien. Loin de là28WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 320.. »

3. Coopérer avec Dieu : la prière dans le théisme du libre arbitre

Le théisme du libre arbitre conçoit l’expérience humaine comme reposant sur un libre arbitre libertarien (être libre de faire autrement), garantissant ainsi la responsabilité morale de l’être humain. Cette position, majoritaire dans le christianisme, s’oppose aux conceptions déterministes de la providence divine, notamment celles du calvinisme29OLSON, Roger E.. The Classical Free Will Theist Model of God. In : WARE, Bruce. Perspectives on the Doctrine of God: Four Views. Nashville, TN : B&H Publishing Group, 2008, p. 150. « Il est absolument crucial, pour toutes les formes de théisme du libre arbitre, de croire que les personnes n’exercent un libre choix ou une liberté de décision et d’action que lorsqu’elles pourraient faire autrement que ce qu’elles font. Une personne qui ne peut pas faire X au lieu de Y ne peut pas exercer son libre arbitre en faisant Y, même si elle désire faire Y. Selon de nombreux déterministes divins, tout ce qui est requis pour une décision ou une action libre consiste simplement à faire ce que l’on veut faire, même si l’on ne pourrait pas faire autrement. Les théistes du libre arbitre rejettent cette conception du libre arbitre, qu’ils jugent philosophique, spéculative et contre-intuitive. Elle est également inextricablement liée à une vision du monde déterministe et sape donc la responsabilité du péché et du mal, sauf pour la personne qui les détermine. ».

Dans un cadre de providence non déterministe, la prière trouve naturellement sa place : prier pour que la volonté de Dieu s’accomplisse signifie participer activement à son déploiement dans l’histoire30ODEN, Thomas C.. Classic Christianity : A Systematic Theology. New York : HarperOne, 2009, p. 144. « C'est la foi en la providence qui permet aux chrétiens de prier pour que Dieu les fasse traverser les dangers, prenne soin d'eux et soit présent à leurs côtés au milieu des luttes humaines ordinaires et extraordinaires. Sans la providence de Dieu, prier serait dépourvu de sens. ». La prière devient ainsi une forme de coopération authentique avec Dieu dans l’accomplissement de sa volonté31REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Dans une telle compréhension, il est logique de prier pour que la volonté de Dieu soit accomplie. La prière pour que Dieu exerce sa volonté demande que Dieu réalise ce qu'il désire tout en nous incorporant comme ses mains et ses pieds dans ses actions dans le monde. Elle exprime non seulement notre volonté d'accéder aux désirs de Dieu, mais aussi notre désir de coopérer avec Lui dans la réalisation de ses desseins. ». Dans cette perspective, C. S. Lewis affirme que la prière humaine peut intervernir dans la providence de Dieu :

« Dieu a conçu Son propre plan […] de telle sorte qu’il laisse place à un certain degré de liberté, et peut être modifié en réponse à nos prières32LEWIS, C. S.. God in the Dock : Essays on Theology. Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans, 2014, p. 106.. »

Dans ce mode de providence, la prière n'est pas nécessairement exaucée33REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Puisque Dieu nous donne la liberté par rapport à ses désirs et à ses objectifs, il est possible, et l'Écriture l'indique, que la volonté de Dieu ne soit souvent pas faite. ». Le croyant ignore également dans quelle mesure Dieu prendra effectivement sa prière en compte34WHEDON, Daniel, WAGNER, John D. [ed.]. Freedom of the Will : A Wesleyan Response to Jonathan Edwards. Eugene, OR : Wipf and Stock, 2009, chap. 2. « [L’arminien] n’attend généralement aucun miracle sans équivoque, mais fait confiance pour que cela puisse se faire de la manière que la Sagesse infinie pourra concevoir, conformément à la constitution des choses ; et que, sous condition de sa prière, il puisse en être autrement que si cette prière n’avait pas été offerte. Nous ne savons pas dans quelle mesure la prière des saints constitue une condition pour l’action de Dieu, ni à quel point il requiert la coopération de son Église afin de rendre possibles de telles manifestations de sa vérité qui convaincront les incrédules, et de telles impressions par son Esprit que les volontés libres des hommes, au fil du temps, accepteront et obéiront. ». En revanche, le fait que les événements ne soient pas gouvernés de manière mécanique lui permet de concevoir la prière comme une contribution authentique au déroulement du monde35LEWIS, C. S.. Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer. San Francisco : HarperOne, 2017, chap. 10. « [N]ous sommes instruits, tant par le précepte que par l’exemple, à prier, et la prière serait dénuée de sens dans le type d’univers [déiste et mécaniste] que Pope décrivait. L’un des desseins pour lesquels Dieu a institué la prière pourrait bien avoir été de témoigner que le cours des événements n’est pas gouverné comme un État, mais créé comme une œuvre d’art, à laquelle chaque être apporte sa contribution et, par la prière, une contribution consciente, et dans laquelle chaque être est à la fois une fin et un moyen. ».

Cette interaction entre prière et providence se manifeste dans un exemple biblique remarquable : David apprend que Saül envisage de détruire la ville de Keïla à cause de lui. Il interroge l’Éternel : « Les habitants de Keïla me livreront-ils entre ses mains ? Saül descendra-t-il ? » Dieu répond « oui » aux deux questions (1 Samuel 23:10‑13). Grâce à cette réponse, David quitte la ville. Finalement, Saül ne vient pas, et David n’est pas livré.

Dans ce récit, Dieu révèle sa connaissance de différentes possibilités d’avenir, en fonction des choix de David. Cet exemple contredit toute forme de déterminisme et montre que la prière s’inscrit dans un avenir ouvert, parfaitement connu de Dieu, mais auquel les créatures contribuent réellement36PICIRILI, Robert E. Toward A Non-Deterministic Theology Of Divine Providence. Journal for Baptist Theology & Ministry. 2014, vol. 11, n°1, p. 38-61. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/robert-e-picirilli-toward-a-non-deterministic-theology-of-divine-providence/ « Il est évident que l'Éternel savait exactement ce qui arriverait si David restait à Keïla, et que par Sa révélation, Il a permis à David d'éviter ces deux contingences. Il faut suggérer que c'est une meilleure leçon sur la prescience que n'importe quel traitement philosophico-théologique du sujet qui soit apparu. ». À ce titre, Robert Picirilli recourt à une image éclairant l’action divine :

« [L]'interaction entre nos prières et l'œuvre active de Dieu est exactement la même que si Il ne connaissait pas l'avenir à l'avance, sauf que dans ce cas, Il serait vraiment limité et perdrait le contrôle37PICIRILI, Robert E. Toward A Non-Deterministic Theology Of Divine Providence. Journal for Baptist Theology & Ministry. 2014, vol. 11, n°1, p. 38-61. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/robert-e-picirilli-toward-a-non-deterministic-theology-of-divine-providence/. »

Dans ce cadre, prier pour le salut des perdus est pleinement cohérent. Les croyants prient en sachant que leurs demandes s’harmonisent avec le désir de Dieu de sauver tous les hommes (1 Timothée 2:1‑6 ; 2 Pierre 3:9)38OUTLAW, W. Stanley, PICIRILLI, Robert E. [ed.]. The Randall House Bible Commentary: 1 Thessalonians Through Philemon. Nashville, TN : Randall House, 1990, p. 202. « "Tous les hommes" [en 1 Timothée 2:1‑6] doit être compris comme signifiant « sans exception ». Il s'agit manifestement du même « tous les hommes » dont il est question en 2:1, et qui signifie qu'il convient de faire diverses actions de prière pour tous. C'est-à-dire que personne dans le monde ne devrait être exclu, par principe, des prières des croyants, car c'est la volonté manifeste de Dieu que tous les hommes soient sauvés. ». Bien que le salut soit accessible à tous, Dieu souhaite que le croyant participe au processus comme un « co‑ouvrier » (1 Corinthiens 3:9 ; 2 Corinthiens 6:1). La prière devient ainsi un moyen concret d’influencer la manière dont Dieu conduit quelqu’un vers la foi39WESSLING, Jordan. Interceding for the Lost: On the Effectiveness of Petitioning God for the Salvation of Others. In : CRISP, Oliver D., ARCADI, James M., WESSLING, Jordan [eds.]. Analyzing Prayer: Theological and Philosophical Essays. Oxford : Oxford Academic, 2022. « [N]os requêtes fournissent à Dieu des raisons d’agir, et nous étendons notre charité lorsque Dieu agit sur la base des raisons fournies par nos prières pour le bien-être des autres. Il s’agit d’une manière précieuse pour Dieu d’organiser les choses, car elle prend sérieusement en compte nos demandes les plus profondes concernant autrui, et parce qu’elle nous place au service des autres lorsque nous prions de la manière appropriée. De plus, ce mode de prière peut n’être qu’un des moyens par lesquels Dieu autorise les humains à participer avec Lui à Son règne aimant sur la création. ».

Contrairement à ce que supposent certains calvinistes, la prière dans le cadre du théisme du libre arbitre ne cherche pas à obtenir de Dieu qu’Il agisse de manière irrésistible, c’est-à-dire qu'il « prenne le contrôle de la volonté » d’une personne40WHEDON, Daniel, WAGNER, John D. [ed.]. Freedom of the Will : A Wesleyan Response to Jonathan Edwards. Eugene, OR : Wipf and Stock, 2009, chap. 2. « Les calvinistes prétendent souvent que les prières, même des arminiens, supposent que Dieu peut à tout moment, conformément à son système administratif, convertir tout homme pour lequel ils prient, voire le monde entier, à n’importe quel instant. Mais à ce sujet, les calvinistes se contredisent véritablement. Ils prient, comme le résultat le montre souvent, que Dieu agisse en contradiction avec sa propre élection souveraine. Leur prière, bien qu’elle soit elle-même ordonnée, va souvent à l’encontre des décrets de Dieu. »41PIPER, John. The Pleasures of God: Meditations on God's Delight in Being God. Sisters : Multnomah, 2000, p. 219. « soit vous renoncez à prier pour que Dieu convertisse les pécheurs, soit vous renoncez à l'autodétermination humaine ultime. ».

La prière vise plutôt à ce que Dieu conduise la personne, de manière résistible et volontaire, vers la foi. Il s’agit d’une action qui complète et renforce la grâce prévenante42GRIDER, J. Kenneth. A Wesleyan Holiness Theology. Kansas City, MO : Beacon Hill Press of Kansas City, 1994, chap. 9. « [La perspective arminienne] implique que nous utiliserons des méthodes évangéliques, telles que la prière, pour favoriser un accroissement de la grâce prévenante accordée à la personne que nous cherchons à amener à Christ. », en éclairant le cœur à travers des événements providentiels ou en retirant des obstacles43PICIRILI, Robert E. Toward A Non-Deterministic Theology Of Divine Providence. Journal for Baptist Theology & Ministry. 2014, vol. 11, n°1, p. 38-61. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/robert-e-picirilli-toward-a-non-deterministic-theology-of-divine-providence/. « Dieu peut créer des circonstances qui changent l'esprit des gens sans pour autant interférer avec leur liberté. ». Ces actions restent toujours résistibles, et certaines prières peuvent ne pas être exaucées si leur réalisation devait compromettre la liberté de la personne44REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Nos demandes peuvent rester sans réponse parce que ce que nous demandons exigerait que Dieu supprime la liberté significative de quelqu'un. Les demandes qui exigent que Dieu change la volonté et les choix des autres doivent être tempérées par la condition que Dieu respecte généralement la liberté humaine. ».

4. La prière qui influence Dieu peut-elle changer l’homme ?

Certains calvinistes affirment que la prière qui envisage d'influencer Dieu ne peut servir à transformer l'homme, et serait donc anthropocentrée. Curt Daniel écrit :

« La vérité de la prière est que, en priant, c’est nous qui changeons, pas Dieu. Dieu nous transforme ; nous ne changeons pas Dieu. Sinon, Dieu serait notre serviteur, et non notre souverain45DANIEL, Curt. The History and Theology of Calvinism. Ph.D. Dissertation Scholarly Reprints, 1993, p. 218.. »

Les défenseurs du théisme du libre arbitre affirment que la dimension subjective de la prière, c'est-à-dire son effet sur le croyant, est réelle, nécessaire et essentielle. Loin de s'opposer à la transformation personnelle, cette perspective la favorise de plusieurs manières complémentaires.

D'abord, dans ce cadre, la prière soutient le sens des responsabilités. Si Dieu pourvoyait automatiquement à tous les besoins, l'homme perdrait son sens des responsabilités et deviendrait ingrat46REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « [L]a pratique de la prière de pétition permet à Dieu de nous accorder le bienfait de la liberté en réponse à notre prière. Si Dieu pourvoyait simplement par Sa bienveillance à notre bien, nous perdrions notre indépendance. Nous compterions simplement sur Dieu pour prendre les initiatives qui aboutissent à notre bien plutôt que d'être des participants actifs dans le monde. ». Dans un cadre libertarien, la prière encourage donc une participation active et responsable à l'action providentielle divine47REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « En bref, les bienfaits réalisés par la pratique de la prière de demande sont double : elle nous fait réaliser notre dépendance envers Dieu et encourage l'action de grâce pour ce qui est fourni, et nous encourage à demander librement et à participer à la providence divine pour nous-mêmes et pour les autres. ».

Cette responsabilisation protège également contre l'idolâtrie de soi, car elle rappelle constamment la dépendance humaine envers Dieu. Comme le dit Bruce Reichenbach :

« Chaque fois que nous demandons quelque chose, nous sommes rappelés à notre vraie place dans l'économie divine ; nous sommes les créatures, non le Créateur et le Soutien. « Tout don parfait [descend] d’en haut » (Jacques 1:17), non de nous-mêmes. Puisque l'idolâtrie est un péché, et puisque le péché est une offense grave contre Dieu, la pratique conversationnelle réalise un bien significatif en révélant et en mettant l'accent sur cela48REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer.. »

Mais au-delà de cette dimension subjective, la dimension objective, c'est-à-dire l'exaucement réel de certaines prières, joue un rôle crucial dans la transformation personnelle. Le fait que certaines prières reçoivent une réponse affirmative concrète encourage l'engagement persistant avec Dieu49REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « La dimension objective n'est pas une fin première, mais fonctionne plutôt pour encourager les fins subjectives d'éviter l'idolâtrie et de créer une indépendance responsable. ». En observant quelles demandes sont exaucées et lesquelles ne le sont pas, le croyant peut discerner progressivement la volonté divine50REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer..

Ce processus dynamique d'exaucement et de discernement conduit le croyant à aligner progressivement sa volonté sur celle de Dieu51REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Le changement souhaité est dans les pétitionnaires eux-mêmes, qu'ils choisissent librement de devenir comme Dieu, cherchent ce que Dieu désire, fusionnent leur volonté et leurs intentions avec celles de Dieu, et deviennent l'instrument du changement de Dieu sur terre. Ainsi, alors que pour nous la fonction objective est primaire, pour Dieu, c'est la fonction subjective qui l'est. ». Prier implique d'harmoniser ses désirs avec ceux de Dieu et avec Ses desseins pour le monde52REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Parce que Dieu est celui qui délègue le pouvoir aux humains, notre domination sur la terre reflète Sa seigneurie ultime. Nous devons agir, et en conséquence prier, au nom de Dieu. Dieu prend notre moi et l'envoie dans le monde pour agir comme les mains et les pieds de Sa providence. ». La prière unit ainsi le but objectif, la réalisation de la volonté divine, et le but subjectif, la transformation de l'individu53REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Selon cette vision, prier pour que la volonté de Dieu soit faite fusionne le subjectif et l'objectif, car la demande est que Dieu, en accomplissant sa volonté, réalise ce que nous demandons, et nous amène, ainsi que les autres, à connaître, aimer, comprendre, juger selon et mettre en œuvre sa volonté par la persuasion et l'illumination. ».

Dans la perspective calviniste, toute fin est prédéterminée par Dieu ; dès lors, par simple cohérence logique, la prière ne peut avoir d’effet causal ni sur les événements, ni sur l’homme54OLSON, Roger. Against Calvinism: Rescuing God’s Reputation from Radical Reformed Theology. Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 162. « Quoi qu’il en soit, Dieu l’a décrété d’avance. S’il répond à une prière, par exemple pour le salut d’un proche perdu, c’est parce qu’il l’a décrété d’avance. La prière ne change en réalité rien ; elle n’est qu’un moyen décrété d’avance en vue d’une fin décrétée d’avance. ». L’insistance des théologiens calvinistes à soutenir qu’elle transformerait essentiellement le croyant apparaît surtout comme une tentative de sauvegarder l’importance biblique de la prière dans un cadre théologique intrinsèquement contradictoire55CRUMP, David. Knocking on Heaven’s Door: A New Testament Theology of Petitionary Prayer. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 129-130. « Premièrement, de nombreux auteurs suggèrent que les bienfaits de la prière pour que la volonté de Dieu s’accomplisse concernent principalement la transformation intérieure qui s’opère en nous. [...] Deuxièmement, de nombreux penseurs réformés développent cette suggestion plus avant encore, en affirmant que Dieu ordonne nos prières comme des instruments pour l’accomplissement de sa volonté. [...] Autrement dit, Dieu nous pousse à prier pour les choses qu’il veut nous donner, puis il répond à nos prières « comme si » il était ému à répondre. [...] La seconde proposition [...] tente de construire une solution théologique qui dépasse largement les contours des passages bibliques et laisse derrière elle des dommages textuels considérables. Il est très difficile de lire le Notre Père, sans parler de l’ensemble de l’enseignement de Jésus sur la prière, autrement que comme trompeur, voire déceptif, si les réponses de Dieu aux requêtes ne sont qu'« apparentes »..

Dans le théisme du libre arbitre, en revanche, le fait que Dieu réponde à des prières librement formulées par l'homme réalise pleinement son dessein : décentrer l'homme de lui-même tout en l'amenant à sa propre transformation voulue par Dieu56WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 325. « La prière est par-dessus tout un moyen de former la personnalité. Elle associe la liberté et la puissance avec le service et l'amour. Ce que Dieu obtient de notre vie - et, en vérité, ce que nous obtenons de notre vie - est tout simplement la personne que nous devenons. Il est dans l'intention de Dieu que nous progressions pour devenir le type de personne à qui il puisse accorder le pouvoir de faire ce que nous voulons faire. C'est alors que nous sommes prêts à « régner à tout jamais » (Ap 22.5). ».

Conclusion

L’approche calviniste de la prière, fondée sur le déterminisme théologique et l’immuabilité divine, réduit souvent la prière à un acte intérieur, sans véritable influence sur l’histoire. Cette compréhension, bien qu’intellectuellement cohérente dans son propre système, peine à rendre justice à la dynamique biblique dans laquelle Dieu écoute, répond, se repent, agit ou diffère en fonction des prières humaines.

À l'inverse, une compréhension relationnelle et non déterministe offre une vision plus riche : la prière devient un espace de coopération réelle entre Dieu et l'homme, où la liberté humaine rencontre la fidélité divine dans un avenir ouvert.

Cette conception permet au croyant de s'engager dans la prière avec l'espérance que ses demandes sont écoutées et peuvent réellement influencer le cours de l'histoire, tout en reconnaissant sa dépendance à l'égard de Dieu. La prière retrouve ainsi sa double dimension : la transformation personnelle et la participation à l'œuvre providentielle divine.

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Lecture complémentaire : ROGERS, Ronnie W. If Only You Would Ask: Praying God’s Conditional Promises. Eugene, OR : Wipf & Stock, 2022.

Références

  • 1
    OLSON, Roger E.. The Classical Free Will Theist Model of God. In : WARE, Bruce. Perspectives on the Doctrine of God: Four Views. Nashville, TN : B&H Publishing Group, 2008, p. 151. « [D]eux principaux modèles de la relation entre Dieu et la créature s’opposent : le compatibilisme et le non-compatibilisme. Le premier est généralement désigné comme le déterminisme divin, et le second comme le théisme du libre arbitre. La forme la plus connue du premier est le calvinisme ; la forme la plus connue du second est l’arminianisme (du moins parmi les protestants). Cependant, de nombreux luthériens, comme Martin Luther lui-même, sont des déterministes divins, surtout en matière de salut. Ils n’aiment pas être qualifiés de calvinistes. De même, de nombreux anabaptistes (par exemple les Mennonites) sont des théistes du libre arbitre et n’aiment pas être appelés arminiens, car leur tradition précède l’arminianisme de près d’un siècle. »
  • 2
    BALSERAK, J.. Calvinism. In : LOUTH, A. (ed.). The Oxford Dictionary of the Christian Church (4th ed.). Oxford : Oxford University Press, 2022.
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    ANDERSON, James N.. Calvinism And First Sin. In : Calvinism And The Problem Of Evil. Eugene, OR : Pickwick Publications, 2016, p. 204. « Il faut admettre d'emblée, et sans aucune gêne, que le calvinisme est bel et bien attaché au déterminisme divin : l'opinion selon laquelle tout est déterminé en définitive par Dieu. »
  • 4
    Westminster Confession of Faith A.D. 1647. In : SCHAFF, Philip. The Creeds of Christendom. Grand Rapids, MI : Baker Books, 2007, vol. 3, p. 601-673, chap. 17, art. 3. Disponible à l’adresse : https://www.ccel.org/ccel/schaff/creeds3.iv.xvii.ii.html
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  • 6
    PINK, Arthur. The Sovereignty of God. Lafayette, IN : Sovereign Grace Publishers, Inc. 2001, p. 217.
  • 7
    CRISP, Oliver. Retrieving Doctrine: Essays in Reformed Theology. Downers Grove, IL : IVP Academic, 2010, chap. John Calvin and Petitioning God, p. 133.
  • 8
    BERKHOF, Louis. Systematic Theology. Edinburgh : Banner of Truth Trust, 2021, p. 59-60. « L’immutabilité de Dieu est un concomitant nécessaire de son aséité. C'est cette perfection de Dieu par laquelle il est dépourvu de tout changement, non seulement dans son être, mais aussi dans ses perfections, ainsi que dans ses desseins et ses promesses. En vertu de cet attribut, il est exalté au-dessus de tout devenir et est libre de toute accession ou diminution et de toute croissance ou décadence dans son être ou ses perfections. Ses connaissances et ses plans, ses principes moraux et ses volontés restent pour toujours les mêmes. [...] Il est important de maintenir l'immutabilité de Dieu par rapport aux doctrines pélagienne et arminienne selon lesquelles Dieu est sujet au changement, non pas dans son être, mais dans sa connaissance et sa volonté, de sorte que ses décisions dépendent dans une large mesure des actions de l'homme. »
  • 9
    RAYFIELD, Lee S. Is Intercessory Prayer Defensible on Theological Grounds? Evangel, 1995, vol. 13, n°1, p. 11. « Les objections théologiques soulevées contre la prière d’intercession ont été résumées par V. Brummer : i) Dieu est immuable. Thomas d’Aquin a écrit que la volonté de Dieu est inchangeable et inflexible ; elle a été fixée depuis toute éternité. Pour que Dieu change d’avis, cela impliquerait une imperfection, car un seul état aurait pu être parfait. D’Aquin a conclu de l’immuabilité de Dieu : "Par conséquent, il est approprié que nous ne priions pas Dieu." »
  • 10
    EDWARDS, Jonathan. The Most High a Prayer-Hearing God. In : ISAIAH, Thomas [ed.]. The Works of President Edwards. Worcester : Isaac Sturevant, 1908, vol. 8, p. 55.
  • 11
    WOZNICKI, Christopher. Is Prayer Redundant? Calvin And The Early Reformers On The Problem Of Petitionary Prayer. Journal of the Evangelical Theological Society, 2017, vol. 60, n°2, p. 347. « Calvin — à l’instar de Luther et de Bucer — indique que la prière remplit la fonction de « réveiller le cœur ». Cette fonction de « réveil » de la prière est étroitement liée à une autre caractéristique importante de la théologie calviniste de la prière de supplication, à savoir que la prière est principalement pour notre propre bénéfice plutôt que pour Dieu. »
  • 12
    SPROUL, R. C. The Prayer of the Lord. ‎ Orlando : Reformation Trust Pub., 2009, chap. Praying to the God Who already Know.
  • 13
    REZKALLA, Paul. Why Pray if God Has Already Decided Everything?. In : The Gospel Coalition [en ligne]. 2017-05-01 [consulté le 2021-11-04]. Disponible à l’adresse : https://www.thegospelcoalition.org/article/why-pray-if-god-has-already-determined-everything/. « Certaines choses se sont produites uniquement parce que nous avons prié pour elles ; elles ne se seraient pas produites si nous n'avions pas prié pour elles. [...] Il est vrai que Dieu a déterminé tous les résultats, mais il a également déterminé les moyens par lesquels ces résultats auront lieu. Si Dieu a déterminé qu'une femme serait guérie d'un cancer, il a également déterminé les prières en sa faveur, sans parler de la naissance des oncologues qui l'opéreront et de l'ouverture d'une école de médecine dans la région. Les prières représentent l'un des nombreux moyens que Dieu détermine. »
  • 14
    SPROUL, R. C. Does Prayer Change Things? Phillipsburg, NJ : P&R Publishing, 2009, chap. 2 The purpose of prayer. « L’Esprit de Dieu ne change pas, car Dieu ne change pas. Les choses, elles, changent — et elles changent selon Sa volonté souveraine, qu’Il exerce par des moyens secondaires. La prière de Son peuple fait partie des moyens qu’Il utilise pour accomplir des événements dans ce monde. »
  • 15
    SPROUL, R. C., BOICE, James M.. [ed.]. Our Sovereign God: Addresses from the Philadelphia Conference on Reformed Theology, 1974–1976. Grand Rapids : Baker, 1977, chap. Prayer and God’s Sovereignty. « Monsieur Sproul, la prière peut-elle changer l'avis de Dieu ? » Remarquez-vous la différence entre cette question et celle que nous abordons ici ? Demander : « La prière change-t-elle les choses ? » est une chose. Demander : « La prière peut-elle changer l'avis de Dieu ? » en est une autre. J'ai regardé cette femme et j'ai répondu : « Je ne le crois pas, si par “l'avis de Dieu” vous entendez ses desseins immuables, ses décrets éternels. »
  • 16
    DIROBERTS, Kyle. Prayer, Middle Knowledge, and Divine-Human Interaction. Eugene, OR : Wipf and Stock, 2018, chap. 2 Petitionary Prayer and Theology. « Boyd demande quelle réelle différence la prière ferait si le plan de Dieu ne pouvait pas être modifié ? De même, Erickson se demande si, étant donné que le « plan de Dieu est établi et qu'il fera ce qu'il a l'intention de faire, cela a-t-il une importance que nous priions ? » En outre, Paul Helm décrit que la relation entre la providence et la prière de pétition soulève de nombreuses questions théologiques. Par exemple, « Comment Dieu peut-il répondre à la prière en l'exauçant, alors que ses desseins sont immuables ? Et pourquoi, si Dieu est sage et omniscient, a-t-il besoin qu'on le prie ? »
  • 17
    WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 317. « [Dieu] ne fait pas semblant de répondre à notre prière pour faire seulement ce que de toute façon il allait faire. Nos demandes changent vraiment quelque chose à ce que Dieu fait ou ne fait pas. L'idée selon laquelle tout se passerait exactement comme ça, que nous ayons prié ou pas, [...] rend la prière psychologiquement impossible, en la remplaçant au mieux par un rituel mort. »
  • 18
    WOZNICKI, Christopher. Are We Free to Pray ? Evangelical Review of Theology. 2020, vol. 44, n°1, p. 60.
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  • 23
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Puisque Dieu désire une relation personnelle et d'alliance avec nous, nous faire participer régulièrement à la prière de demande est une façon d'encourager une relation conversationnelle. »
  • 24
    WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 316. « La description la plus pertinente de la prière est simplement : "Parler à Dieu de ce que nous faisons ensemble." [...] La prière consiste à partager explicitement avec Dieu mes préoccupations sur ce qui le préoccupe lui aussi dans ma vie. »
  • 25
    OLSON, Roger E.. The Classical Free Will Theist Model of God. In : WARE, Bruce. Perspectives on the Doctrine of God: Four Views. Nashville, TN : B&H Publishing Group, 2008, p. 141. « La tradition du libre arbitre a toujours soutenu que, pour certaines choses, Dieu est affecté ou conditionné par les créatures. C’est pourquoi les théistes du libre arbitre affirment des doctrines telles que l’élection conditionnelle et le fait que nos prières peuvent véritablement influencer Dieu. »
  • 26
    TURRETIN, François, DENNISON, James |trad.]. Institutes of Elenctic Theology. Phillisburg, NJ : Presbyterian and Reformed Publishing Company, 1992, vol. 1, topic 3, question 29, art. 5. « La repentance est attribuée à Dieu selon la manière des hommes (anthropopathos), mais elle doit être comprise selon la manière de Dieu (theoprepos) : non par rapport à son conseil, mais à l’événement ; non en référence à sa volonté, mais à la chose voulue ; non par rapport à l’affection et à la douleur intérieure, mais par rapport à l’effet et à l’action extérieure, car il fait ce qu’un homme pénitent fait ordinairement. »
  • 27
    CRUMP, David. Knocking on Heaven’s Door: A New Testament Theology of Petitionary Prayer. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 284-285. « Friedrich Heiler, a écrit un jour : « La pensée philosophique rationnelle détruit les présupposés essentiels d’une prière simple. Ceux-ci sont : la foi dans le caractère anthropomorphique de Dieu, dans sa présence réelle, dans sa mutabilité, et dans la réalité d’une communion personnelle avec lui. » [...] La prière chrétienne de demande requiert de croire que le Père écoute réellement, qu’il est disposé à être influencé, et qu’il est ainsi engagé dans une communication authentique à double sens avec celui qui prie. »
  • 28
    WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 320.
  • 29
    OLSON, Roger E.. The Classical Free Will Theist Model of God. In : WARE, Bruce. Perspectives on the Doctrine of God: Four Views. Nashville, TN : B&H Publishing Group, 2008, p. 150. « Il est absolument crucial, pour toutes les formes de théisme du libre arbitre, de croire que les personnes n’exercent un libre choix ou une liberté de décision et d’action que lorsqu’elles pourraient faire autrement que ce qu’elles font. Une personne qui ne peut pas faire X au lieu de Y ne peut pas exercer son libre arbitre en faisant Y, même si elle désire faire Y. Selon de nombreux déterministes divins, tout ce qui est requis pour une décision ou une action libre consiste simplement à faire ce que l’on veut faire, même si l’on ne pourrait pas faire autrement. Les théistes du libre arbitre rejettent cette conception du libre arbitre, qu’ils jugent philosophique, spéculative et contre-intuitive. Elle est également inextricablement liée à une vision du monde déterministe et sape donc la responsabilité du péché et du mal, sauf pour la personne qui les détermine. »
  • 30
    ODEN, Thomas C.. Classic Christianity : A Systematic Theology. New York : HarperOne, 2009, p. 144. « C'est la foi en la providence qui permet aux chrétiens de prier pour que Dieu les fasse traverser les dangers, prenne soin d'eux et soit présent à leurs côtés au milieu des luttes humaines ordinaires et extraordinaires. Sans la providence de Dieu, prier serait dépourvu de sens. »
  • 31
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Dans une telle compréhension, il est logique de prier pour que la volonté de Dieu soit accomplie. La prière pour que Dieu exerce sa volonté demande que Dieu réalise ce qu'il désire tout en nous incorporant comme ses mains et ses pieds dans ses actions dans le monde. Elle exprime non seulement notre volonté d'accéder aux désirs de Dieu, mais aussi notre désir de coopérer avec Lui dans la réalisation de ses desseins. »
  • 32
    LEWIS, C. S.. God in the Dock : Essays on Theology. Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans, 2014, p. 106.
  • 33
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Puisque Dieu nous donne la liberté par rapport à ses désirs et à ses objectifs, il est possible, et l'Écriture l'indique, que la volonté de Dieu ne soit souvent pas faite. »
  • 34
    WHEDON, Daniel, WAGNER, John D. [ed.]. Freedom of the Will : A Wesleyan Response to Jonathan Edwards. Eugene, OR : Wipf and Stock, 2009, chap. 2. « [L’arminien] n’attend généralement aucun miracle sans équivoque, mais fait confiance pour que cela puisse se faire de la manière que la Sagesse infinie pourra concevoir, conformément à la constitution des choses ; et que, sous condition de sa prière, il puisse en être autrement que si cette prière n’avait pas été offerte. Nous ne savons pas dans quelle mesure la prière des saints constitue une condition pour l’action de Dieu, ni à quel point il requiert la coopération de son Église afin de rendre possibles de telles manifestations de sa vérité qui convaincront les incrédules, et de telles impressions par son Esprit que les volontés libres des hommes, au fil du temps, accepteront et obéiront. »
  • 35
    LEWIS, C. S.. Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer. San Francisco : HarperOne, 2017, chap. 10. « [N]ous sommes instruits, tant par le précepte que par l’exemple, à prier, et la prière serait dénuée de sens dans le type d’univers [déiste et mécaniste] que Pope décrivait. L’un des desseins pour lesquels Dieu a institué la prière pourrait bien avoir été de témoigner que le cours des événements n’est pas gouverné comme un État, mais créé comme une œuvre d’art, à laquelle chaque être apporte sa contribution et, par la prière, une contribution consciente, et dans laquelle chaque être est à la fois une fin et un moyen. »
  • 36
    PICIRILI, Robert E. Toward A Non-Deterministic Theology Of Divine Providence. Journal for Baptist Theology & Ministry. 2014, vol. 11, n°1, p. 38-61. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/robert-e-picirilli-toward-a-non-deterministic-theology-of-divine-providence/ « Il est évident que l'Éternel savait exactement ce qui arriverait si David restait à Keïla, et que par Sa révélation, Il a permis à David d'éviter ces deux contingences. Il faut suggérer que c'est une meilleure leçon sur la prescience que n'importe quel traitement philosophico-théologique du sujet qui soit apparu. »
  • 37
    PICIRILI, Robert E. Toward A Non-Deterministic Theology Of Divine Providence. Journal for Baptist Theology & Ministry. 2014, vol. 11, n°1, p. 38-61. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/robert-e-picirilli-toward-a-non-deterministic-theology-of-divine-providence/
  • 38
    OUTLAW, W. Stanley, PICIRILLI, Robert E. [ed.]. The Randall House Bible Commentary: 1 Thessalonians Through Philemon. Nashville, TN : Randall House, 1990, p. 202. « "Tous les hommes" [en 1 Timothée 2:1‑6] doit être compris comme signifiant « sans exception ». Il s'agit manifestement du même « tous les hommes » dont il est question en 2:1, et qui signifie qu'il convient de faire diverses actions de prière pour tous. C'est-à-dire que personne dans le monde ne devrait être exclu, par principe, des prières des croyants, car c'est la volonté manifeste de Dieu que tous les hommes soient sauvés. »
  • 39
    WESSLING, Jordan. Interceding for the Lost: On the Effectiveness of Petitioning God for the Salvation of Others. In : CRISP, Oliver D., ARCADI, James M., WESSLING, Jordan [eds.]. Analyzing Prayer: Theological and Philosophical Essays. Oxford : Oxford Academic, 2022. « [N]os requêtes fournissent à Dieu des raisons d’agir, et nous étendons notre charité lorsque Dieu agit sur la base des raisons fournies par nos prières pour le bien-être des autres. Il s’agit d’une manière précieuse pour Dieu d’organiser les choses, car elle prend sérieusement en compte nos demandes les plus profondes concernant autrui, et parce qu’elle nous place au service des autres lorsque nous prions de la manière appropriée. De plus, ce mode de prière peut n’être qu’un des moyens par lesquels Dieu autorise les humains à participer avec Lui à Son règne aimant sur la création. »
  • 40
    WHEDON, Daniel, WAGNER, John D. [ed.]. Freedom of the Will : A Wesleyan Response to Jonathan Edwards. Eugene, OR : Wipf and Stock, 2009, chap. 2. « Les calvinistes prétendent souvent que les prières, même des arminiens, supposent que Dieu peut à tout moment, conformément à son système administratif, convertir tout homme pour lequel ils prient, voire le monde entier, à n’importe quel instant. Mais à ce sujet, les calvinistes se contredisent véritablement. Ils prient, comme le résultat le montre souvent, que Dieu agisse en contradiction avec sa propre élection souveraine. Leur prière, bien qu’elle soit elle-même ordonnée, va souvent à l’encontre des décrets de Dieu. »
  • 41
    PIPER, John. The Pleasures of God: Meditations on God's Delight in Being God. Sisters : Multnomah, 2000, p. 219. « soit vous renoncez à prier pour que Dieu convertisse les pécheurs, soit vous renoncez à l'autodétermination humaine ultime. »
  • 42
    GRIDER, J. Kenneth. A Wesleyan Holiness Theology. Kansas City, MO : Beacon Hill Press of Kansas City, 1994, chap. 9. « [La perspective arminienne] implique que nous utiliserons des méthodes évangéliques, telles que la prière, pour favoriser un accroissement de la grâce prévenante accordée à la personne que nous cherchons à amener à Christ. »
  • 43
    PICIRILI, Robert E. Toward A Non-Deterministic Theology Of Divine Providence. Journal for Baptist Theology & Ministry. 2014, vol. 11, n°1, p. 38-61. Disponible à l'adresse : https://evangelicalarminians.org/robert-e-picirilli-toward-a-non-deterministic-theology-of-divine-providence/. « Dieu peut créer des circonstances qui changent l'esprit des gens sans pour autant interférer avec leur liberté. »
  • 44
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Nos demandes peuvent rester sans réponse parce que ce que nous demandons exigerait que Dieu supprime la liberté significative de quelqu'un. Les demandes qui exigent que Dieu change la volonté et les choix des autres doivent être tempérées par la condition que Dieu respecte généralement la liberté humaine. »
  • 45
    DANIEL, Curt. The History and Theology of Calvinism. Ph.D. Dissertation Scholarly Reprints, 1993, p. 218.
  • 46
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « [L]a pratique de la prière de pétition permet à Dieu de nous accorder le bienfait de la liberté en réponse à notre prière. Si Dieu pourvoyait simplement par Sa bienveillance à notre bien, nous perdrions notre indépendance. Nous compterions simplement sur Dieu pour prendre les initiatives qui aboutissent à notre bien plutôt que d'être des participants actifs dans le monde. »
  • 47
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « En bref, les bienfaits réalisés par la pratique de la prière de demande sont double : elle nous fait réaliser notre dépendance envers Dieu et encourage l'action de grâce pour ce qui est fourni, et nous encourage à demander librement et à participer à la providence divine pour nous-mêmes et pour les autres. »
  • 48
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer.
  • 49
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « La dimension objective n'est pas une fin première, mais fonctionne plutôt pour encourager les fins subjectives d'éviter l'idolâtrie et de créer une indépendance responsable. »
  • 50
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer.
  • 51
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Le changement souhaité est dans les pétitionnaires eux-mêmes, qu'ils choisissent librement de devenir comme Dieu, cherchent ce que Dieu désire, fusionnent leur volonté et leurs intentions avec celles de Dieu, et deviennent l'instrument du changement de Dieu sur terre. Ainsi, alors que pour nous la fonction objective est primaire, pour Dieu, c'est la fonction subjective qui l'est. »
  • 52
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Parce que Dieu est celui qui délègue le pouvoir aux humains, notre domination sur la terre reflète Sa seigneurie ultime. Nous devons agir, et en conséquence prier, au nom de Dieu. Dieu prend notre moi et l'envoie dans le monde pour agir comme les mains et les pieds de Sa providence. »
  • 53
    REICHENBACH, Bruce. Divine Providence : God's Love and Human Freedom. Eugene, OR : Cascade Books, 2016, chap. 10 Providence and Petitionary Prayer. « Selon cette vision, prier pour que la volonté de Dieu soit faite fusionne le subjectif et l'objectif, car la demande est que Dieu, en accomplissant sa volonté, réalise ce que nous demandons, et nous amène, ainsi que les autres, à connaître, aimer, comprendre, juger selon et mettre en œuvre sa volonté par la persuasion et l'illumination. »
  • 54
    OLSON, Roger. Against Calvinism: Rescuing God’s Reputation from Radical Reformed Theology. Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 162. « Quoi qu’il en soit, Dieu l’a décrété d’avance. S’il répond à une prière, par exemple pour le salut d’un proche perdu, c’est parce qu’il l’a décrété d’avance. La prière ne change en réalité rien ; elle n’est qu’un moyen décrété d’avance en vue d’une fin décrétée d’avance. »
  • 55
    CRUMP, David. Knocking on Heaven’s Door: A New Testament Theology of Petitionary Prayer. Grand Rapids : Baker, 2006, p. 129-130. « Premièrement, de nombreux auteurs suggèrent que les bienfaits de la prière pour que la volonté de Dieu s’accomplisse concernent principalement la transformation intérieure qui s’opère en nous. [...] Deuxièmement, de nombreux penseurs réformés développent cette suggestion plus avant encore, en affirmant que Dieu ordonne nos prières comme des instruments pour l’accomplissement de sa volonté. [...] Autrement dit, Dieu nous pousse à prier pour les choses qu’il veut nous donner, puis il répond à nos prières « comme si » il était ému à répondre. [...] La seconde proposition [...] tente de construire une solution théologique qui dépasse largement les contours des passages bibliques et laisse derrière elle des dommages textuels considérables. Il est très difficile de lire le Notre Père, sans parler de l’ensemble de l’enseignement de Jésus sur la prière, autrement que comme trompeur, voire déceptif, si les réponses de Dieu aux requêtes ne sont qu'« apparentes ».
  • 56
    WILLARD, Dallas. Le grand complot divin. Redécouvrir notre vie cachée en Dieu. Charols : Excelsis, 2018, p. 325. « La prière est par-dessus tout un moyen de former la personnalité. Elle associe la liberté et la puissance avec le service et l'amour. Ce que Dieu obtient de notre vie - et, en vérité, ce que nous obtenons de notre vie - est tout simplement la personne que nous devenons. Il est dans l'intention de Dieu que nous progressions pour devenir le type de personne à qui il puisse accorder le pouvoir de faire ce que nous voulons faire. C'est alors que nous sommes prêts à « régner à tout jamais » (Ap 22.5). »