Commentaire biblique de Romains 8:28-30

Ciel echelle

Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. (Romains 8:28-30)

Ce passage essentiel fait référence à trois notions clés [...] : la prescience (proginosko), la prédestination/préordination (proorizo) et le dessein (prothesis). Elles font toutes référence à des activités de Dieu.

Dans ce passage, la relation entre ces notions semble être la suivante [...] :

  1. Le propos général est le fait que les circonstances de la vie d'un croyant concourent au bien, ou plus exactement, que Dieu les fait concourir au bien.
  2. Ce « bien » correspond au « dessein » de Dieu. Ce dessein, quant à lui, consiste à ce que les croyants soient conformés « à l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né de beaucoup de frères ».
  3. Ce dessein s'accomplit pour « ceux qui sont appelés selon son dessein ». Ces derniers correspondent à « ceux qui aiment Dieu ».
  4. L'ordre dans lequel s'effectue ces évènements dans leur vie, en vue de cette fin, est le suivant :
    • Dans l'éternité passée :
      • prescience/connus d'avance
      • préordination/prédestination
    • Dans le temps présent et à venir :
      • appelés
      • justifiés
      • glorifiés

De manière logique, donc, la prescience précède la prédestination. Les versets 29 et 30 semblent en effet établir intentionnellement un ordre des évènements :

Connus d'avance ⇒ prédestinés ⇒ appelés ⇒ justifiés ⇒ glorifiés

(On peut noter que la prescience précède logiquement l'élection de même dans 1 Pierre 1:2 [...].)

La prescience semble pouvoir être comprise de diverses manières.

  1. Un sens proche de l'élection pourrait convenir : reconnu par amour comme étant à lui. Il est certain que la prescience, dans ce verset, est personnelle d'une façon directe : ceux qu'il a connus d'avance.
  2. Un sens similaire à la préordination (pré-planification) semble moins probable. Ce sens paraitrait plus approprié pour les choses que pour les personnes (bien que ce ne soit pas une objection irréfutable). De plus, si tel était le sens, le terme qui le suit « prédestiné » serait une tautologie (il répèterait la même idée). Certains répondent à cette objection en disant que la répétition sert à ajouter un but à la pré-planification : « ceux qu'il a connus d'avance [c'est-à-dire ceux ayant été planifiés], il les a aussi prédestinés [même sens] à [afin de] ». Cependant, cela va à l'encontre de la structure grammaticale, y compris le parallélisme de la phrase avec la répétition distincte du « et aussi » (kai).
  3. Le sens de prescience (simple) est également possible. Même si la prescience ne semble pas aussi appropriée pour les personnes que pour les choses relatives à ces personnes, il reste possible de traduire cela par « pour [ce] qu'il a connus d'avance [à leur sujet] » (il faut probablement ajouter l'idée d'un « à leur sujet »  pour correspondre à la notion de prescience telle qu'exprimée en Actes 26:5).

Toutefois, ce dernier sens me semble improbable ici, étant donné l'accent particulièrement personnel (à moins que l'on ne veuille considérer « ceux qu'il a connus d'avance » comme une sorte de synthèse correspondant à « ceux dont il a connu d'avance la foi »). Je considère donc la première des trois significations comme plus probable. (Et dans ce cas, la terminologie classique de la théologie systématique, plaçant l'« élection » comme l'une des deux sous-sections de la « prédestination », n'est pas précisément en accord avec l'utilisation des termes dans ce passage).

Quelle est alors la signification de la « préordination/prédestination » ? (1) Elle suppose la préconnaissance personnelle. Ainsi, leur identité en tant que personnes connues de Dieu est déjà établie avant la « prédestination ». (2) La prédestination/préordination parle donc du dessein de Dieu pour ceux qui sont déjà connus de lui, à savoir que, par l'appel, la justification et la glorification, ils soient rendus pleinement conformes à l'image de son Fils. Il ne s'agit pas d'être prédestiné à figurer parmi les élus (à être chrétien) mais d'un dessein prédestiné de Dieu pour les élus. Un dessein dans lequel Dieu œuvre dans les circonstances de vie des élus. Cela correspond précisément au sens du mot « prédestiné » que suggère Éphésiens 1 [...].

Il reste toutefois une question fondamentale : Sur quelle base s'effectue la prescience et l'identification aimante de ces personnes reconnues comme étant siennes (= élection) ? Le passage ne nous le dit pas, sur ce point, il ne dit absolument rien. Il nous dit que, depuis l'éternité, Dieu « a connus d'avance » les siens. Cependant, il ne nous dit pas s'il existe un fondement particulier à ce fait, et, si oui, quel est ce fondement. Nous devrons définir ce point par d'autres sources. Par conséquence, un aspect particulièrement important à considérer, est que ce passage n'affirme ni n'infirme que la sélection éternelle est conditionnelle ou inconditionnelle.

Arminius suggère pourtant que le terme « connu d'avance » de Dieu, signifie « précédemment aimé et considéré avec affection par lui comme sien » mais renvoie aussi « la prescience de la foi en Christ », puisque « le premier ne peut être vrai sans le second ». « Dieu ne peut "aimer préalablement et considérer affectueusement comme sien" un pécheur à moins qu'il ne l'ait connu à l'avance en Christ, et qu'il ne l'ait regardé comme un croyant en Christ[1]ARMINIUS, James. The Writings of James Arminius. Grand Rapids, MI : Baker, 1956, vol. 3, p. 313-314. ». Il se peut qu'il ait raison, mais cette dernière idée est au mieux implicite, et non explicite, dans ce que Paul dit dans ce passage.

Une autre observation. Je trouve également intéressante la façon dont Jewett (un calviniste pas orthodoxe en tous points) conclut ses observations sur ce passage : « [Dieu] nous sauve non pas en fonction de nos œuvres, mais selon son dessein et sa grâce, qui nous ont été donnés en Jésus-Christ "depuis l'éternité"[2]JEWETT, Paul K.. Election and Predestination. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 1985, p. 26. ». Nous ne pouvons qu'être d'accord, tout en observant qu'il a saisi la juste emphase de Paul opposant le salut par le dessein éternel de Dieu et les œuvres par l'initiative de l'homme. Opposition qui ne répond en rien à la question de savoir si l'homme doit remplir la condition de la foi. En effet, dans la Bible, la foi est également continuellement mise en franche opposition avec les œuvres.

[N.D.L.R. : Leighton Flowers évoque une quatrième manière d'interpréter le mot prescience dans ce passage : « ce mot peut être compris simplement comme le fait de connaître quelqu'un ou quelque chose dans le passé, c'est-à-dire ceux connus auparavant (les saints d'autrefois). Si Paul avait l'intention d'utiliser le mot proginōskō dans ce sens, alors il voulait dire : "parce que nous avons vu comment Dieu a conduit toutes choses pour le bien de ceux qu'il connaissait dans l'ancien temps, nous savons qu'il fera de même pour ceux qui l'aiment et sont appelés par lui maintenant"[3]FLOWERS, Leighton. Foreknew = Foreseen or Forodainer or Formerly Known?. In : Soterilogy 101 [en ligne]. 2016-01-07 [consulté le 2022-01-11]. Disponible à l’adresse : https://soteriology101.com/2016/01/07/foreknew-foreseen-or-foreordained-or-formerly-known/ ».]

[Découvrez aussi le sermon de John Wesley en lien avec ce passage : La prédestination : Sermon 58 de John Wesley]


Source : PICIRILLI, Robert E.. Grace, Faith, Free Will: Contrasting Views of Salvation: Calvinism and Arminianism. Nashville, TN : Randall House, 2002, p. 76-79. Reproduit avec l'autorisation de Randall House.

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Références

Références
1ARMINIUS, James. The Writings of James Arminius. Grand Rapids, MI : Baker, 1956, vol. 3, p. 313-314.
2JEWETT, Paul K.. Election and Predestination. Grand Rapids, MI : Eerdmans, 1985, p. 26.
3FLOWERS, Leighton. Foreknew = Foreseen or Forodainer or Formerly Known?. In : Soterilogy 101 [en ligne]. 2016-01-07 [consulté le 2022-01-11]. Disponible à l’adresse : https://soteriology101.com/2016/01/07/foreknew-foreseen-or-foreordained-or-formerly-known/
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