Alternative à la doctrine de la double prédestination

Monde


[La doctrine calviniste de la double prédestination stipule qu’une partie de l’humanité est élue inconditionnellement par Dieu à la félicité éternelle et que l’autre partie est élue par lui à la réprobation éternelle.]

Wesley a proposé une alternative à cette doctrine […]. Cette alternative est l’arminianisme classique, qui n’est pas ce que la plupart des calvinistes pensent. Trop souvent, la situation est présentée sous la forme d’un faux dilemme : soit le salut par la justice des œuvres est vrai, soit le salut par une élection inconditionnelle est vrai. Comme tous les arminiens classiques, Wesley affirmait son premier principe en tant que fondement : « Dieu est l’auteur de tout bien qui se trouve en l’homme et que ce dernier peut accomplir »[1]WESLEY, John. Free Grace. In : The Works of John Wesley. Grand Rapids : Zondervan, s. d., vol. 3, Sermons 71-114, p. 545.. Contrairement à ce que beaucoup pensent, Wesley en arminien classique affirmait que le salut est entièrement « par grâce » et qu’il n’a rien à voir avec un quelconque mérite de l’homme :

[La grâce] est libre EN TOUS ceux à qui elle est donnée. Elle ne dépend pas de quelque pouvoir ou mérite inhérent à l’homme ; non, à aucun degré, grand ou petit. Elle ne dépend, en aucune manière, des bonnes œuvres ou de la justice du destinataire. Elle ne dépend pas de ses efforts. Elle ne dépend ni de son bon caractère, ni de ses bons désirs ou de ses bonnes intentions, car tout cela provient de la libre grâce de Dieu[2]Ibid..

Toutefois, Wesley ne croyait pas que cette position de « libre grâce » concernant le salut allait de pair avec une élection inconditionnelle. Pour lui, le salut est donné par Dieu à toute personne qui répond librement à l’évangile par la repentance et la foi, qui ne sont ni des dons de Dieu, ni des « bonnes œuvres », mais des réponses humaines au don la grâce prévenante de Dieu. Il affirmait le péché originel incluant une dépravation totale dans le sens d’une incapacité spirituelle. Mais il affirmait également le don universel de la grâce prévenante ou habilitante de Dieu qui restaure la liberté de la volonté : « La vraie puissance pour « travailler ensemble, avec Lui » était de Dieu »[3]WESLEY, John. Predestination Calmly Considered. In : The Works of John Wesley. Grand Rapids : Zondervan, s. d., Vol. 10, Letters, Essays, Dialogs and Addresses, p. 230.. Cette puissance pour travailler au salut avec Dieu et qui est entièrement son œuvre, est simplement la grâce qui appelle, éclaire et rend capable. C’est cette grâce que Dieu implante dans un cœur humain à cause de son amour et à cause de l’œuvre de Christ[4]Ibid., p. 232-233.. Mais on peut résister à cette grâce; elle n’est pas irrésistible. Elle est donnée à chacun dans une certaine mesure. L’élection est simplement la prescience de Dieu au sujet de l’homme qui recevra gratuitement cette grâce pour le salut (Romains 8:29)[5]Ibid., p. 210.. La réprobation est simplement le rejet de cette grâce par l’homme et la prescience que Dieu en a.

Wesley interroge les calvinistes et ceux qui sont tentés de rejoindre leurs rangs sur ce qu’ils leur semble rendre Dieu plus glorieux : « En quoi cela apporte-t-il plus de gloire à Dieu de sauver l’homme de manière irrésistible que de le sauver en tant qu’agent libre par une grâce telle que l’homme puisse y adhérer ou y résister [6]Ibid., p. 231.? » Pour Wesley, la dernière solution rend Dieu plus glorieux parce qu’elle n’exige pas qu’il haïsse quiconque ou traite qui que ce soit injustement. Pour Wesley, la gloire de Dieu repose sur son caractère moralement parfait plus que sur son omnicausalité, chose qu’il rejette comme quelque chose d’impropre pour Dieu, étant donné le mal dans le monde.

William Klein, spécialiste biblique arminien auteur de The New Chosen People, fait partie de ceux qui ont travaillé sur le problème de Romains 9 et d’autres passages concernant l’élection sans en conclure qu’ils exigent de croire en une prédestination inconditionnelle et individuelle. Il présente dans son ouvrage une étude détaillée des langues d’origine des passages bibliques considérés comme étant en faveur de la prédestination individuelle, soit pour le ciel, soit pour l’enfer. Il conclut que les auteurs du Nouveau Testament traitent de l’élection pour le salut en des termes qui se rapportent essentiellement, si ce n’est exclusivement, à un corps[7]KLEIN, William. The New Chosen People. Eugene, OR : Wipf & Stock, 2001, p. 257.. Sa conclusion théologique d’ensemble est que « Dieu a choisi l’église en tant que corps, plutôt que les individus qui peuplent ce corps »[8]Ibid., p. 259.. Klein trouve tout au long de l’Écriture de quoi soutenir cette vision mais mentionne en particulier 2 Jean 1 et 13.

Cependant, selon Klein, l’élection de Jésus Christ par Dieu est encore plus fondamentale que l’élection corporative (celle du corps) : « Christ est le Choisi de Dieu, et l’église est choisie en Lui »[9]Ibid., p. 260.. Les deux sont inextricablement liés. Il met l’accent sur Romains 5 où Paul parle d’ « Adam » et « Christ » comme de personnes représentatives et, en un sens, formant un corps[10]Ibid., p. 262.. Ensuite, Romains 9 présuppose cette idée de la solidarité du corps dont Klein dit qu’elle est partout présupposée dans le monde de la pensée biblique[11]Ibid., p. 260-261.. De même que le « premier Adam » représente l’humanité déchue en Romains 5 et que « Christ, le Nouvel Adam » représente l’humanité nouvelle, ainsi en Romains 9 « Jacob » représente le peuple de Dieu et « Esaü » représente ce qui n’est pas le peuple de Dieu. Selon Klein, comment donc une personne devient-elle élue par Dieu ? « De même qu’Israël est devenu le peuple choisi de Dieu lorsque Dieu a choisi Abraham et qu’Abraham a répondu avec foi, ainsi l’église trouve son élection dans sa solidarité avec Christ et sa propre élection »[12]Ibid., p. 264.. Par la foi, une personne entre en Christ, c’est-à-dire dans son église et devient ainsi « élue ». Exercer la foi en Christ c’est entrer dans son corps, c’est-à-dire dans son église et par là devenir un des « élus »[13]Ibid., p. 265..

À ce stade, il sera utile et presque nécessaire de citer abondamment Klein, car plusieurs passages de son livre résument très bien la principale alternative à la vision du haut calvinisme concernant l’élection et le salut. Il s’agit d’un bref exposé de la théologie arminienne classique :

En ce qui concerne la provision du salut et la détermination de ses bénéfices et de ses bénédictions, le langage des auteurs du Nouveau Testament fait autorité. Dieu a décrété dans sa volonté souveraine de pourvoir au salut. Dans cet objectif, il a envoyé Jésus sur le chemin autorisant cela, à travers sa vie d’homme, sa mort et sa résurrection (Hé 10:9-10). Il avait pour but d’étendre sa miséricorde à son peuple et d’endurcir et punir les incroyants. Il a prédestiné ou prédéterminé ce dont les croyants jouiront grâce à leur position en Christ. Nous pouvons attribuer le salut et tout ce qu’il implique au seul bon plaisir de Dieu.

La volonté de Dieu ne détermine pas spécifiquement quels individus recevront ce salut. Le terminologie du « vouloir » les embrasse tous et non un nombre restreint. La volonté de Dieu n’est pas restrictive ; il veut que tous soient sauvés. Toutefois, on ne peut se procurer le salut qu’au travers des conditions divines. Bien que Jésus désire révéler Dieu à tous, seuls ceux qui viennent à lui par la foi trouvent Dieu et le salut qu’il procure. Le fait que certains ne parviennent pas au salut ne peut être qu’imputé à leur refus de croire, à leur volonté de suivre leur propre chemin plutôt que celui de Dieu. Si Dieu désire le salut pour tous, il veut (dans un sens plus fort), donner la vie à ceux qui croient. Ces notions ne sont pas incompatibles entre elles. Dieu est à l’initiative de l’offre de salut et les hommes doivent recevoir celle-ci selon les conditions divines : la foi en Christ. Dieu fait bien plus que simplement offrir le salut : Il « attire » les hommes (Jean 6:44) pour qu’ils viennent à Christ. De fait, les hommes viennent à Christ parce que Dieu le leur permet (Jean 6:65). Cependant, ces actions d’« attirer » et de « rendre capable » ne sont ni sélectives (seuls quelques-uns seraient choisis pour cela) ni irrésistibles. La crucifixion de Jésus fut le moyen employé par Dieu pour attirer tous les hommes à Christ (Jean 12:32). Elle est la provision de Dieu pour leur salut. Tous peuvent répondre à la proposition de Dieu. Ils doivent le faire en plaçant leur confiance en Christ. Puisque Dieu attire tous les hommes au moyen de la croix et désire que tous se repentent de leurs péchés et trouvent le salut, ce n’est donc pas sa volonté de déterminer des individus précis pour le salut. Bien que Dieu ait toujours su qui sera sauvé et bien qu’il ait choisi ces personnes pour être le corps en Christ, cela n’empêche pas que les hommes doivent se repentir et croire pour que la volonté de Dieu soit accomplie[14]Ibid., p. 281-282..

Quelqu’un pourrait dire : « Tout cela est bien beau, mais cela rend Dieu moins glorieux ! » La bonne réponse est : « En quoi ? » Le critique pourrait dire : « Cela limite Dieu ». La réponse est : « Dieu n’est-il pas souverain sur sa souveraineté ? Dieu peut-il se limiter en donnant un libre arbitre aux êtres humains ? Si le fait que Dieu rende le salut dépendant de la décision des êtres humains est entièrement basé sur son propre choix volontaire, en quoi cela est-il moins glorieux ? La croix était-elle moins glorieuse parce qu’elle n’était pas un étalage de force, de puissance et de majesté, mais une soumission à la souffrance ? La vision du haut calvinisme de la gloire de Dieu ne serait-elle pas basée sur une notion humaine de la gloire ? »

Jack Cottrell, auteur de plusieurs livres sur la théologie arminienne, utilise l’idée d’une autolimitation divine comme un concept utile pour décrire la grandeur et la bonté de Dieu, comme l’est également le concept d’élection conditionnelle des individus. Comme d’autres critiques du haut calvinisme, il avance que cette tradition mène inévitablement à un déterminisme créant une distance aussi bien avec le concept de libre arbitre qu’avec les attributs d’amour et de compassion de Dieu. Il affirme que le Dieu du calvinisme est un Dieu dont la souveraineté est marquée par l’omnicausalité et l’inconditionnalité[15]COTTRELL, Jack. The Nature of Divine sovereignty. In : PINNOCK, Clark H. [ed.]. The Grace of God, The Will of Man. Grand Rapids : Zondervan, 1989, p. 106–107.. Le péché, le mal, les souffrances d’innocents dans l’histoire ainsi que la réalité de l’enfer tombent à la lumière de cette conception en contradiction avec la bonté de Dieu. Un Dieu à la souveraineté omnicausale et inconditionnelle serait l’auteur de tout cela. La seule façon de l’éviter, affirme justement Cottrell, est de souscrire à une autolimitation divine allant au-delà de ce que les calvinistes peuvent normalement admettre. Selon Cottrell,

Dieu se limite lui-même non seulement en créant le monde tel qu’il l’a fait, mais aussi et encore davantage, par la sorte de monde qu’il a choisi de créer. C’est-à-dire qu’il a choisi de créer un monde qui soit relativement indépendant de lui […] Cela signifie que Dieu a créé des êtres humains comme des personnes ayant un pouvoir inné d’initier des actions. C’est-à-dire que l’homme est libre d’agir sans que ses actes aient été prédéterminés par Dieu et sans les coactions simultanées et efficaces de Dieu. En temps normal, l’homme est autorisé à exercer son pouvoir de libre choix sans interférence sans contrainte ni ordination préalable. En n’intervenant pas dans leurs décisions, sauf si ses desseins spéciaux l’exigent, Dieu respecte à la fois l’intégrité de la liberté qu’il a donnée aux êtres humains et l’intégrité de son propre choix souverain de créer des créatures libres en premier lieu[16]Ibid., p. 108..

Bien sûr, Cottrell n’est pas le premier théologien à penser cela. On peut trouver cette pensée, par exemple, chez le théologien réformé suisse Emil Brunner (et Cottrell le cite comme source). Toutefois, Cottrell explique l’idée de l’autolimitation divine de façon claire et brève et la considère comme nécessaire pour comprendre comment Dieu est souverain quoique ne contrôlant pas toute chose de façon déterministe. Ceci conduirait en effet tout droit à la double prédestination, et par là, à saper, si ce n’est détruire, la bonté de Dieu.

En créant ce monde particulier avec la liberté humaine octroyée par Dieu permettant à l’homme de se rebeller et de pécher, Dieu s’est attaché à réagir de certaines manières et pas d’autres. Cela ne réduit aucunement sa souveraineté parce que c’est une expression de sa souveraineté ! Selon Cottrell, et je suis d’accord avec lui, bien que ce ne soit pas explicitement enseigné dans les Écritures cela est supposé partout. Par exemple, dans le récit biblique Dieu est peiné, se radoucit, promet et réagit. Toutes ces choses sont des expressions de la conditionnalité, ce qui implique une limitation volontaire. Dieu a de façon évidente accordé aux êtres humains un degré de liberté pouvant le blesser ou le contrarier (jusqu’à un certain point seulement, bien entendu). Dieu demeure omnipotent et omniscient. Il est donc plein de ressources pour tout et il est capable de répondre à tout ce que fait une personne libre de la manière la plus sage qui soit afin de préserver son plan et d’atteindre les buts qu’il désire.

Il y a un point où je suis légèrement en désaccord avec Cottrell. Il s’agit de son affirmation concernant le fait que Dieu conserve un « contrôle souverain » quand bien même il s’autolimite. Tout en rejetant le déterminisme, il maintient que « Dieu garde le contrôle total sur toute chose », parce que « si Dieu n’a pas le contrôle total, il n’est alors pas souverain »[17]Ibid., p. 111.. Cela me semble une affirmation a priori (entièrement présupposée), qui ne trouve pas de justification par sa propre proposition de l’autolimitation divine. Un Dieu qui n’exerce pas de pouvoir déterministe n’a pas le contrôle sur tout. Je préfère dire que Dieu est « en charge, mais pas au contrôle. » Il me semble que le fait de tout contrôler d’une manière totale implique quelque chose en quoi ni moi, ni Cottrell ne croyons : le déterminisme divin.

En prenant en considération le contexte des affirmations de Cottrell sur l’autolimitation divine et la doctrine de l’élection (du moins ce que je cite ici), nous comprenons que ni Cottrell, ni aucun non-calviniste, ne pense que « Dieu garde le contrôle total sur toute chose », y compris le contrôle de qui sera sauvé ou non. Si nous voulons exploiter l’idée de l’autolimitation divine pour éviter la double prédestination nous devrions aussi abandonner le concept de contrôle total, sinon nous reprenons d’une main ce que nous donnons de l’autre.

À ce stade, un lecteur calviniste ou autre peut s’arracher les cheveux et hurler (au sens figuré) : « Qu’en est-il du libre arbitre ? Qu’est-ce que le libre arbitre ? Edwards n’a-t-il pas prouvé que le libre arbitre n’existe pas, si ce n’est de faire ce qui est en accord avec notre motif le plus fort ? » Cottrell et d’autres critiques du haut calvinisme font appel au libre arbitre, allant jusqu’à dire qu’il peut limiter Dieu ou, mieux exprimé, que Dieu permet au libre arbitre une indépendance relative. Pour Edwards et la plupart des calvinistes, bien sûr, cela ne limite pas Dieu car Dieu contrôle même les décisions et actions libres des êtres humains.

Cela nous ramène tout droit au déterminisme divin, chose que beaucoup de calvinistes nient, mais en vain. Après tout, comment Dieu contrôle-t-il ou même gouverne-t-il les décisions et les actions humaines à moins de définir les motifs ? Ces derniers sont en fait ce qui contrôle les décisions et les actions. Cela fait de Dieu la source du péché et du mal parce qu’elles découlent des motifs (qu’Edwards appelait dispositions) et dépendent de ceux-ci.

Je traiterai la question du libre arbitre dans son aspect calviniste (compatibilisme) et son aspect non-calviniste (incompatibilisme) au chapitre 7 de mon livre (sur la grâce irrésistible). Le libre arbitre libertarien consiste en ce que la volonté n’est pas entièrement déterminée par les motifs et qu’elle est donc capable de choisir autrement que ce qu’elle choisit. Pour le moment, je me contenterai de dire que j’admets que le libre arbitre libertarien est quelque peu mystérieux, mais je ne pense pas qu’il soit impossible ou illogique. Beaucoup de philosophes ne le pensent pas non plus. D’ailleurs, je pense vraiment avec Cottrell, Wesley et d’autres non-calvinistes cités ici, que sans la liberté « libertarienne », présupposant une souveraineté divine qui s’autolimite, nous allons inévitablement vers le déterminisme divin avec toutes ses conséquences logiques et délétères.

Alors, quel mystère est à privilégier ? Avec lequel une personne peut-elle vivre ? Le mystère de la façon dont Dieu est bon face à sa préordination et sa détermination du péché, du mal, des souffrances des innocents ainsi que des souffrances éternelles des réprouvés (qui sont réprouvés par le dessein et le contrôle de Dieu), ou le mystère de l’origine des choix du libre arbitre libertarien ? Je m’attache plus à préserver et à défendre la réputation de Dieu comme inconditionnellement bon, qu’à résoudre le problème du libre arbitre.

Je veux terminer ce chapitre sur l’élection inconditionnelle (et la réprobation, qui est nécessairement en corrélation), en faisant appel à certains textes spécifiques des Écritures. Revenons encore à Jean 3:16. Chacun le connait par cœur. Il dit que Dieu aime « le monde ». Les calvinistes ne croient pas que ce passage fasse référence à chacun sans exception, ou alors, ils disent, (avec John Piper), que Dieu aime les non-élus, mais d’une manière différente. Ces deux explications de Jean 3:16 n’ont pas de sens. Les meilleurs exégètes de Jean 3:16 affirment que cela signifie « toute la race humaine »[18]Par exemple A. T. Robertson cité dans VINES, Jerry. Sermon on John 3:16. In : ALLEN, David L. [ed.], LEMKE, Steve W. [ed.]. Whosoever Will: A Biblical-Theological Critique of Five-Point Calvinism. Nashville, TN : Broadman & Holman, 2010, p. 17.. Il y a même certains calvinistes qui ne peuvent pas être d’accord avec leurs collègues calvinistes pour dire que dans ce passage, « le monde » fait seulement référence aux élus. Ils reconnaissent que l’interprétation qui limite « le monde » à seulement quelques personnes de toute tribu et nation devrait aussi le limiter dans d’autres versets qui mentionnent « le monde », dans l’évangile de Jean.

Quant aux calvinistes qui pensent que Dieu aime « le monde entier » mais pas de la même façon, il s’agit d’une étrange sorte d’amour qui correspond difficilement au contexte de Jean 3:16. « Car Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde afin qu’il juge le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui » (3:17). Si « le monde » au verset 16 signifie chaque personne, alors le verset 17 dit clairement que Jésus est venu pour sauver tout homme, ou pour donner à chacun cette possibilité. Cela entre en conflit avec l’affirmation de Piper et d’autres que bien que Dieu aime les non-élus qui sont inclus dans « le monde », au verset 16, il n’a sûrement pas envoyé Jésus dans le monde pour sauver les non-élus ! Les deux interprétations calvinistes de Jean 3:16 sont impossibles; elles s’effondrent. Ce passage est là comme un édifice contre l’élection inconditionnelle et son côté sombre et inévitable qu’est la réprobation inconditionnelle.

Finalement, qu’en est-il de 1 Timothée 2:4, qui dit que Dieu veut que « tous les hommes » soient sauvés, et où le grec ne peut être interprété autrement que par toute personne sans exception ? Après tout, le même mot grec pour « tous » est utilisé en 2 Timothée 3:16, concernant l’inspiration des Écritures. Si ce terme ne signifie pas littéralement « tous » en 1 Timothée 2:4, il ne signifie pas « tous » en 2 Timothée 3:16. Tous les calvinistes pensent que, littéralement, cela signifie vraiment « tous » en 2 Timothée 3:16 (« toute Écriture est inspirée de Dieu »). 1 Timothée 2:4 (qui n’est pas le seul passage à universaliser la volonté de Dieu pour le salut, mais qui est moins ouvert à d’autres interprétations), ainsi que Jean 3:16, sont une preuve qui s’oppose à l’élection inconditionnelle, doctrine qui, en dehors d’affirmer l’universalisme, mène nécessairement à la réprobation inconditionnelle.


Source : OLSON, Roger E.. Against calvinism : Rescuing God’s Reputation from Radical Reformed Theology. Grand Rapids : Zondervan, 2011, p. 128-135.

Références

Références
1WESLEY, John. Free Grace. In : The Works of John Wesley. Grand Rapids : Zondervan, s. d., vol. 3, Sermons 71-114, p. 545.
2Ibid.
3WESLEY, John. Predestination Calmly Considered. In : The Works of John Wesley. Grand Rapids : Zondervan, s. d., Vol. 10, Letters, Essays, Dialogs and Addresses, p. 230.
4Ibid., p. 232-233.
5Ibid., p. 210.
6Ibid., p. 231.
7KLEIN, William. The New Chosen People. Eugene, OR : Wipf & Stock, 2001, p. 257.
8Ibid., p. 259.
9Ibid., p. 260.
10Ibid., p. 262.
11Ibid., p. 260-261.
12Ibid., p. 264.
13Ibid., p. 265.
14Ibid., p. 281-282.
15COTTRELL, Jack. The Nature of Divine sovereignty. In : PINNOCK, Clark H. [ed.]. The Grace of God, The Will of Man. Grand Rapids : Zondervan, 1989, p. 106–107.
16Ibid., p. 108.
17Ibid., p. 111.
18Par exemple A. T. Robertson cité dans VINES, Jerry. Sermon on John 3:16. In : ALLEN, David L. [ed.], LEMKE, Steve W. [ed.]. Whosoever Will: A Biblical-Theological Critique of Five-Point Calvinism. Nashville, TN : Broadman & Holman, 2010, p. 17.
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