La doctrine de la sécurité éternelle, développements et formes actuelles

Cle serrure

Dans cette étude, on présentera les développements historiques et les formes actuelles de la doctrine de la sécurité éternelle inconditionnelle dans le protestantisme évangélique.

On montrera premièrement son influence dans l’augustinisme et le calvinisme. On présentera la forme particulière qu’elle prend actuellement de manière dépendante de la notion calviniste de prédestination.

Puis on introduira historiquement la doctrine de la sécurité conditionnelle, des pères de l’Église jusque dans les milieux protestants non-calvinistes et notamment dans l’arminianisme. On montrera ensuite comment la sécurité éternelle a gagné les milieux non-calvinistes et quelle forme particulière elle prend actuellement indépendamment de la notion calviniste de prédestination.

Enfin, on conclura de manière critique sur le double sujet de la foi chez les tenants de la sécurité éternelle inconditionnelle.

Introduction à la doctrine de la sécurité éternelle

La prédestination déterministe et la sécurité éternelle de certains élus sont des concepts qui ont été enseigné dans le gnosticisme au IIe siècle. Certains pères de l’Eglise comme Irénée et Clément d’Alexandrie ont témoigné de cette orientation de pensée et en ont relevé les caractéristiques :

« Les Valentiniens [gnostiques], dit Irénée, affirment qu’ils seront sauvés, non à cause de leur conduite, mais parce qu’ils sont spirituels par nature. […] Clément d’Alexandrie rapporte que les partisans de Basilide [gnostique] mènent une vie déréglée, comme des personnes que leur perfection autorise à pécher ; elles seront sauvées, dit-il, malgré leurs péchés, à cause de leur élection[1]. »

Le gnosticisme influença ensuite le manichéisme, apparu au IIIe siècle, qui énonçait aussi ces concepts :

« En août 392, […] Fortunatus, [presbytre manichéen] donna cette professio : « […] que [Dieu] a envoyé un Sauveur comme Lui-même; que la Parole née à la fondation du monde, est venue après la formation du monde parmi les hommes; qu’il a choisi des âmes dignes de lui-même selon sa propre volonté sainte […]; que sous sa direction, ces âmes retourneront donc de nouveau au royaume de Dieu selon la sainte promesse de celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi [2]. »»»

C’est à partir du Ve siècle qu’Augustin, converti du manichéisme et influencé par lui[4], introduisit ces concepts dans le christianisme[3][5][6]. Plus tard, au XVIe siècle, certains réformateurs influencés par Augustin les inclurent dans leur propre théologie[7][8].

« La prédestination ébauchée par les gnostiques, développée par Saint Augustin et accréditée par l’autorité puissante de ce père de l’Église, complétée au neuvième siècle par Gottschalk, affaiblie ou plutôt falsifiée par saint Thomas, remise en lumière par Bradwardine, n’a revêtu qu’au seizième siècle, sous la plume de Calvin, la forme rigide et soignée que nous connaissons[9]. »

La doctrine augustinienne stipule que Dieu a prédéterminé tout ce qui arrive dans l’univers. Cette vision déterministe de la providence divine exclut que les hommes possèdent un libre-arbitre libertaire, du moins, ce fut la position de Luther[10][11][12]. Néanmoins d’autres théologiens tels qu’Augustin[13] et Calvin[14] pensaient que le déterminisme divin est compatible avec la liberté humaine (compatibilisme).

Dans le mode de providence divine dit du « calvinisme » d’inspiration augustinienne, Dieu aurait prédéterminé ceux qui iraient au paradis et ceux qui iraient aux souffrances éternelles, indépendamment des personnes, (on parle de double prédestination). D’autre part, Dieu aurait prédéterminé tous les actes de ses créatures, y compris leurs péchés[15]. Cette théologie a été soutenue notamment par les réformateurs Luther[16] et Calvin[17][18].

La sécurité éternelle dépendante de la notion calviniste de prédestination

D’un autre coté, Augustin affirma au Ve siècle, le concept du don de la « persévérance irrésistible »[19], qui devint plus tard le cinquième point de la sotériologie calviniste. Cette doctrine stipule que les prédestinés au salut, quoi qu’il advienne au cours de leur vie, persévéreront inéluctablement et seront sauvés[20].

Or, si l’élu au sens calviniste persévèrera certainement, en revanche la certitude d’être prédestiné ne lui est pas acquise. En effet, selon Augustin[21] ou Luther[22] personne ne peut savoir, sur la base de sa propre perception, s’il fait partie des « élus à la persévérance » ou non. Calvin va jusqu’à dire que Dieu peut créer chez certains, des effets qui ne peuvent être distingués de ceux découlant de la « vraie » grâce irrésistible de Dieu, mais que ces effets s’évanouissent dans le temps (grâce évanescente)[23]. Il ne peut donc y avoir en théorie, dans le calvinisme aucun moyen pour le croyant d’avoir durant sa vie « l’assurance du salut », du moins en rapport à la notion d’élection[24].

Comme on l’a vu, le concept de la « persévérance des saints » est circonscrit à la sphère divine. Il n’a ni application, ni utilité autre qu’informative dans la sphère humaine[25]. Par contre, si un croyant tente de se l’approprier, alors la nature fondamentale de sa croyance pour le salut est modifiée. En effet, si un croyant est tenté de penser qu’il fait partie des élus au salut selon la définition calviniste, il peut alors croire qu’il persévéra irrésistiblement[26].

Il s’agit là d’une sécurité éternelle indépendante de la foi au seigneur Jésus, c’est-à-dire une « sécurité inconditionnelle ». Il faut noter que l’assurance de faire partie des prédestinés au salut a été évoquée par Calvin[27][28], bien qu’elle entre en tension avec d’autres de ses enseignements[29].

Très schématiquement, on peut dire que le calvinisme est adopté aujourd’hui par une moitié des protestants ; notamment les réformés, les presbytériens, et une partie des baptistes[30]. En outre, depuis les années 1980-90, la pensée calviniste a été ravivée par le mouvement dit du « nouveau calvinisme » au sein du christianisme évangélique[31].

C’est dans ce milieu que l’on trouve la doctrine de la « persévérance des saints », mais aussi sa doctrine dérivée de la sécurité éternelle inconditionnelle basée sur la notion calviniste de prédestination[32][33].

Introduction à la doctrine de la sécurité éternelle conditionnelle

Les pères de l’Église précédant Augustin réfutaient le déterminisme comme étant païen. Sur les cinquante premiers auteurs chrétiens qui écrivirent sur le débat entre libre arbitre et déterminisme, tous soutinrent le libre arbitre chrétien contre le déterminisme stoïcien, gnostique ou manichéen[34][35][36]. Augustin lui-même enseigna ce point de vue pendant vingt-six ans avant 412[37], soit jusqu’à sa controverse avec les pélagiens[38][39][40]

Lors du second concile d’Orange (529), l’objet fut de trancher entre augustinisme et semi-pélagianisme, soit la croyance que l’homme peut se convertir sans l’assistance de la grâce de Dieu. Le concile statua en faveur d’une position que l’on peut appeler « semi-augustinisme »[41][42]. Les cannons du concile condamnèrent la double-prédestination et définirent que la foi faisait intervenir le libre arbitre humain tout en résultant, même à ses débuts, de la grâce de Dieu, (la grâce prévenante)[43].

D’autre part, le consensus des premiers pères était que les vrais chrétiens peuvent perdre la foi, c’est-à-dire apostasier[44]. On appelle cette vue sécurité conditionnelle » (à la foi), que l’on a aussi appelée « préservation conditionnelle des saints ».

La théologie arminienne apparut au XVIIe siècle sur la base des idées de Jacobus Arminius en réaction au calvinisme. Elle se veut en accord avec le consensus théologique de l’Église primitive et avec la plupart des points du semi-augustinisme[45]. L’arminianisme considère que la liberté humaine est incompatible avec le déterminisme divin mais compatible avec la prescience divine[46]. Ainsi, dans l’arminianisme on parle de prédestination par prescience[47].

Les arminiens croient aussi en la sécurité conditionnelle et donc en la possibilité d’apostasie. Cependant pour beaucoup d’entre eux, celle-ci n’est pas irrémédiable tant que dure la vie. De fait, plusieurs figures majeures de l’arminianisme depuis les remontrants[48] jusqu’à John Wesley[49] ont enseigné le caractère non-irrémédiable de la perte de la foi.

Dans cette optique, s’il est possible d’arrêter librement de croire, et donc de ne plus être reconnu comme enfant de Dieu pour un temps, il est toujours possible durant la vie, de se tourner à nouveau vers lui. Dans ce schéma, l’assurance du croyant repose uniquement sur sa relation présente avec Christ au travers de la foi[50].

Toujours de manière schématique, on peut dire qu’aujourd’hui, une moitié des protestants se réfère à la théologie arminienne. On la trouve notamment chez les méthodistes, les pentecôtistes et certains baptistes[51]. Il faut noter néanmoins que dans le christianisme évangélique populaire se trouve aussi une forte proportion de semi-pélagianisme[52], celui-ci recoupant l’arminianisme sur les autres questions liées à la providence divine[53].

La sécurité éternelle indépendante de la notion calviniste de prédestination

C’est au XIXe siècle, qu’on assiste au sein du protestantisme évangélique, à l’émergence de l’idée d’une persévérance inéluctable indépendante de la notion calviniste de prédestination. Sous l’influence de l’évangélisme et des missions, la doctrine de la « persévérance des saints » tomba en disgrâce. Les expressions « sécurité du croyant » et « sécurité éternelle » commencèrent à la remplacer[54]. Par la suite, on utilisa aussi l’expression « une fois sauvé, toujours sauvé »[55].

A partir des années 1830, dans les milieux « baptistes du sud », s’initia un départ du calvinisme strict[56]. Dans ce milieu, on retrouve dès 1841 les premières utilisations du terme « sécurité du croyant »[57].

Un phénomène similaire eut lieu chez les frères de Plymouth. En 1840, John N. Darby, un anglican calviniste, formula la doctrine dispensationaliste[58]. Le dispensationalisme a été popularisé lors du réveil associé à Dwight L. Moody, puis au travers de la Bible Scofield (1909)[59]. Le concept de dispensations associé à celui de sainteté imputée semblent avoir servi d’appui à la notion de sécurité éternelle[60][61]. En 1913, un frère de Plymouth utilisa pour la première fois le terme « sécurité éternelle »[62]. Dans les années 1920, les premiers non-calvinistes adoptèrent le dispensationalisme[63]. C’est ainsi que la croyance en la sécurité inconditionnelle indépendante de la notion calviniste de prédestination, se répandit dans des milieux évangéliques de tendance arminienne[64].

Dans la théologie hybride résultante, l’homme a la liberté de faire le choix de la foi par la grâce divine. Par contre cette même liberté lui est retirée une fois qu’il a cru. Il ne peut donc plus librement cesser de croire[65] et quand bien même il le pourrait, cela ne peut être définitif[66]. On appelle parfois cette vue « arminianisme à quatre points ».

De nos jours, on trouve une telle théologie par exemple chez les « baptistes du sud », aux Etats-Unis[67]. En France, on la trouve typiquement chez les églises d’influence darbyste comme par exemple les CAEF[68][69].

Dans les mêmes milieux, un développement supplémentaire de la sécurité éternelle dénommé théologie de la « grâce gratuite » a pu être observé à partir des années 1980[70]. Ses partisans enseignent que celui qui s’est réellement converti sera sauvé pratiquement quoi qu’il fasse, indépendamment de toute forme de persévérance[71].

Conclusion

La sécurité éternelle inconditionnelle associée à la notion d’élection au salut fut présente dans le gnosticisme (dès le IIe s.) puis dans le manichéisme (dès le IIle s.). Elle est apparue dans le christianisme au Ve siècle avec l’augustinisme puis notamment le calvinisme. Il s’agissait de formes moins caractérisées où il n’était pas possible de s’approprier personnellement le concept d’élection et de persévérance inéluctable. Néanmoins, Calvin évoqua cette possibilité au XVIe siècle en contradiction avec d’autres de ses enseignements. Au XIXe siècle, la sécurité éternelle fut affirmée indépendamment de la notion calviniste de prédestination. De nos jours, deux formes distinctes de la sécurité éternelle inconditionnelle, se côtoient dans le protestantisme évangélique :

(1) L’idée, dépendante de la notion calviniste de prédestination, que le croyant peut avoir la foi dans le fait qu’il fait partie des élus de toute éternité et donc qu’il persévérera inéluctablement.

(2) L’idée, indépendante de la notion calviniste de prédestination, que le croyant peut avoir la foi que sa conversion initiale lui donne accès à la persévérance inéluctable. Plus récemment, certains vont jusqu’à dire qu’il sera finalement sauvé quoi qu’il fasse, indépendamment de toute persévérance.

Dans ces deux versions de la sécurité éternelle, on peut observer une tension entre la foi actuelle en la personne de Jésus, et la foi dans un élément du passé qui serait lui aussi capable à valeur égale, d’assurer le salut final[72][73].

Il parait évident que ces doctrines sont susceptibles, à des degrés divers, d’amener les croyants à une fausse assurance, et de ce fait à l’insouciance vis-à-vis du péché[74].


Notes et références

Sources des citations bibliques : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

[1] CHENEVIERE, Jean Jacques. De la prédestination et de quelques dogmes Calvinistes combattus par la raison, le sentiment et l’Ecriture. [Sixième essai.] Genève : Ab. Cherbuliez, 1834, p. 407-408. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=F-kQAAAAYAAJ&pg=407

[2] OORT, Johannes van. Augustine and Manichaeism: New Discoveries, New Perspectives. Verbum et Ecclesia, 2006, vol. 27, n°2, p. 715-716. Disponible à l’adresse : https://pdfs.semanticscholar.org/b0a2/a6876aa38652a1336e6d858f22d768d393dd.pdf.

[3] OORT, 2006, p. 709, 723.

[4] WILLSON, Ken. The Foundation of Augustinian-Calvinism. Montgomery, TX : Regula Fidei Press, 2019, chap. 4.

[5] MCKINLEY, O. Glenn. Where Two Creeds Meet. Kansas City, MO : Beacon Hill Press, 1965, p. 20-26. Disponible à l’adresse : https://whdl.org/sites/default/files/resource/bruce/9780834126688.pdf

[6] MCCLINTOCK, John, STRONG, James. Augustine. In : The Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature. New York: Haper and Brothers, 1981. Disponible à l’adresse : https://www.biblicalcyclopedia.com/A/augustine.html

[7] MCKINLEY, 1965, p. 73-74.

[8] SHILLING, Henry. The gift of the gods : a study of the historical development of the doctrine of eternal security. Freeport, PA : Fountain Press, 1951, p. 35-38, 44-51, 55-58. Disponible à l’adresse : http://www.imarc.cc/br/pdf/Bk_10007.pdf

[9] BARTHE, J.. Histoire abrégée de la prédestination jugée par la raison et Saint Paul aux Romains. Strasbourg : Silbermann, 1864, p. 57. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=_A1XAAAAcAAJ

[10] VESTRUCCI, Andrea. Recalibrating the Logic of Free Will with Martin Luther. Theology and Science. 2020, vol. 18, n° 3, p. 358-382. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1080/14746700.2020.1786216

[11] LUTHER, Martin. De Servo Arbitrio. Chap. 7, p. 113. Cité par : O’Hare. The Facts About Luther. TAN Books, 1987, p. 266-267. L’homme est comme un cheval. Est-ce que Dieu saute en selle ? Le cheval est obéissant et s’adapte à chaque mouvement du cavalier et va où il le veut. […] Par conséquent, la nécessité, et non le libre arbitre, est le principe directeur de notre conduite.

[12] BARTHE, 1864, p. 28-29.

[13] KATHERIN, Rogers. Augustine’s Compatibilism. Religious Studies, 2004, vol. 40, n°4, p. 415-435. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.1017/S003441250400722X

[14] HELM, Paul. Calvin the Compatibilist. In : Calvin at the Centre. New York : Oxford University Press, 2010, p. 227-272. http://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199532186.001.0001

[15] WESLEY, John. Les sermons de Wesley. In : 456-bible [en ligne]. 2003 [consulté le 2020-05-19], Sermon 54, De la libre grâce. Disponible à l’adresse : http://yves.petrakian.free.fr/456-bible/livres1/wesley_sermons3.htm

[16] LUTHER, 1987. Dieu est l’auteur de ce qui est mal aussi bien que de ce qui est bon, et, comme Il accorde le bonheur à ceux qui ne le méritent pas, il en est de même lorsqu’il damne ceux qui ne méritent pas leur sort.

[17] CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne par Jean Calvin. Genève : E. Beroud, 1888, vol 3, chap. 21, art. 7, p. 430. Disponible à l’adresse : https://archive.org/details/institutiondelar00calvuoft/. Adapté de l’ancien français : Nous disons donc, comme l’Ecriture le montre évidemment, que Dieu a une fois décrété par son conseil éternel et immuable, lesquels il voulait prendre à salut, et lesquels il voulait dévouer à perdition.

[18] BARTHE, 1864, p. 41-43.

[19] DAVIS, John Jefferson. The Perseverance of the Saints: A History of the Doctrine. JETS, 1991, vol. 34, n°2, p. 213. Disponible à l’adresse : http://evangelicalarminians.org/files/Davis%20History%20of%20the%20Perseverance%20of%20the%20Saints.pdf

[20] DAVIS, 1991, p. 213.

[21] DAVIS, 1991, p. 213. […] Augustin ne croit pas que le chrétien puisse dans cette vie savoir avec une certitude infaillible qu’il est en fait parmi les élus et qu’il finira par persévérer.

[22] DAVIS, 1991, p. 216. La question de savoir si le croyant, maintenant en état de grâce, resterait en grâce jusqu’à la fin était pour Luther une question ouverte.

[23] CALVIN, Jean. Institution de la religion chrétienne. Genève : Guers, 1818, 3.2.11, p. 19-20. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=Q9pdR5Fp3fgC&pg=PA19. [L]’expérience pourtant nous montre que les réprouvés sont quelquefois touchés d’un sentiment presque égal à celui des élus ; en sorte que, selon leur opinion même, ils doivent être mis au nombre des vrais fidèles. […] Dieu, pour les convaincre dans le fond de leur conscience et les rendre entièrement inexcusables, s’insinue dans leurs esprits, et leur fait sentir les effets de son amour autant que sa bonté peut être goûtée sans l’Esprit d’adoption. […] Ainsi s’en va en fumée l’objection que l’on pourroit faire sur ce sujet, savoir, que si Dieu montre véritablement sa grâce aux réprouvés, cela devroit être perpétuel et stable. Car rien n’empêche que Dieu ne puisse donner sa grâce à quelques-uns en une telle mesure qu’elle s’évanouisse avec le temps.

[24] DAVIS, 1991, p. 216.

[25] PURKISER, W. T.. Concepts contradictoires de la sainteté. Lenexa, KS : Éditions Foi et Sainteté, 2008, p. 87. Disponible à l’adresse : https://www.whdl.org/sites/default/files/publications/FR_purkiser_concepts_0.pdf

[26] BARTHE, 1864, p. 61, 66.

[27] CALVIN, 1888, p. 451. Adapté de l’ancien français : […] Cela a été donc très mal parlé de la part de saint Grégoire, de dire que nous savons bien de notre vocation, mais que de notre élection nous en sommes incertains.

[28] BARTHE, 1864, p. 62.

[29] DAVIS, 1991, p. 213. Contrairement à Calvin et à ceux de la tradition réformée postérieure, cependant, Augustin ne croit pas que le chrétien puisse dans cette vie savoir avec une certitude infaillible qu’il est en fait parmi les élus et qu’il finira par persévérer.

[30] AKIN, James. A Tiptoe Through Tulip. In : EWTN [en ligne]. 1993. Disponible à l’adresse : https://www.ewtn.com/catholicism/library/tiptoe-through-tulip-1163. Dans les milieux protestants, il existe deux camps majeurs en matière de prédestination : le calvinisme et l’arminianisme. Le calvinisme est courant dans les églises presbytériennes, réformées et baptistes. L’arminianisme est courant dans les églises méthodistes, pentecôtistes et baptistes

[31] OPPENHEIMER, Mark. Evangelicals Find Themselves in the Midst of a Calvinist Revival. In : The New York Times [en ligne]. 2014. Disponible à l’adresse : https://www.nytimes.com/2014/01/04/us/a-calvinist-revival-for-evangelicals.html. L’évangélisme est en plein renouveau calviniste. […] [Au] cours des 30 dernières années environ, les calvinistes ont gagné en importance dans d’autres branches du protestantisme et dans des églises qui se préoccupaient peu de théologie. […] « L’une des préoccupations est que les nouveaux diplômés de certains séminaires baptistes ont infiltré des églises qui ne sont pas calvinistes, et ne le disent pas aux églises ou aux comités de recrutement qui ne sont pas calvinistes », a déclaré le professeur Olson. D’après ce qu’il a entendu, les jeunes prédicateurs « attendent plusieurs mois, puis commencent à approvisionner la bibliothèque de l’église avec des livres » de calvinistes comme John Piper et Mark Driscoll. Ils organisent des cours spéciaux sur des sujets calvinistes, a-t-il dit, et ils dotent l’église de collègues calvinistes. « Souvent, l’église finit par se diviser, les non-calvinistes fondant leur propre église », a déclaré le professeur Olson.

[32] PICIRILLI, Robert E.. Grace, Faith, Free Will : Contrasting Views of Salvation: Calvinism and Arminianism. Nashville, TN : Randall House Publication, 2002, p. 184. Je dois cependant remarquer que tous ceux qui croient en la doctrine populaire appelée « sécurité éternelle » ne sont pas fondamentalement calvinistes. Il s’agit là de la position de ceux que j’appelle « sous-calvinistes [NDT : sub-calvinists]. »

[33] PURKISER, 2008, p. 87. « néo-calvinisme »

[34] MCINTIRE, C.T.. Free Will and Predestination: Christian Concepts. In : LINDSAY, Jones [ed.]. The Encyclopedia of Religion. (2 ed.). Farmington Hills, MI: Macmillan Reference USA, 2005, vol. 5., p. 3206–3209.

[35] CHADWICK, Henry. Early Christian Thought and the Classical Tradition. Oxford, UK: Clarendon Press, 1966, p. 9.

[36] WILSON, Kenneth. Augustine’s Conversion from Traditional Free Choice to « Non-free Free Will: A Comprehensive Methodology. Tübingen: Mohr Siebeck, 2018, p. 41–94.

[37] WILSON, 2018.

[38] Manichaeism. In : HANEGRAAF, Wouter J. [ed.]. Dictionary of Gnosis and Western Esotericism. Leiden: Brill. 2005, vol. 2, p. 757–765.

[39] BONNER, Gerald. Augustine, the Bible and the Pelagians. In : PAMELA, Bright [ed.]. Augustine and the Bible. Notre Dame, IN: University of Notre Dame Press, 1999, p. 227–243.

[40] SCHAFF, Philip. History of the Christian Church. New York, NY: Charles Scribner’s Sons, [1867], 2002, vol. 3, p. 789, 835.

[41] OAKLEY, Francis.The Medieval Experience: Foundations of Western Cultural Singularity. Toronto : University of Toronto Press, 1988, p. 64.

[42] THORSEN, Don. An Exploration of Christian Theology. Grand Rapids: Baker Books, 2007, chap. 20.3.4.

[43] OLSON, Roger E.. Arminian Theology : Myths and Realities. Downers Grove : InterVarsity Press, 2009, p. 81.

[44] WITZKI, Steve. La pensée des pères de l’Église concernant l’apostasie [Early Christian Writers on Apostasy]. In : Arminianisme Évangélique [en ligne]. 2020-01-25, [consulté le 2020-06-15]. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/la-pensee-des-peres-de-leglise-concernant-lapostasie/

[45] KEATHELY, Kenneth D. The Work of God: Salvation. In AKIN, Daniel L. [ed.]. A Theology for the Church. Nashville: B&H Academic, chap. 12.

[46] WILEY, H. Orton, CULBERTSON, Paul T.. Introduction à la théologie Chrétienne. Kansas City, MO : Beacon Hill Press, 1991, p. 101-104. Disponible à l’adresse : https://www.whdl.org/sites/default/files/publications/FR_wiley_intro_teologie_chretienne.pdf

[47] WILEY, 1991, p. 265-266.

[48] L’opinion des remontrants. In : Arminianisme Évangélique [en ligne]. 2020, chap. 5, art. 5. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/lopinion-des-remontrants/. Adapté de l’ancien français : Cependant, bien que les vrais croyants puissent tomber dans ces graves péchés détruisant leur conscience, nous ne croyons pas qu’ils soient immédiatement privés de tout espoir de repentance ; bien que nous reconnaissions qu’il soit possible que cette situation puisse en arriver là, nous croyons que Dieu, selon la grandeur de sa miséricorde, peut à nouveau les rappeler à la repentance par sa grâce. Nous pensons même que de tels rappels ont souvent lieu, quand bien même les croyants déchus n’en ont pas une « pleine conscience », cela ne signifie pas que cet acte de grâce n’ait pas eu lieu.

[49] WESLEY, John. Sérieuses réflexions sur la persévérance des saints. In : Arminianisme Évangélique [en ligne]. 2020, chap. 8, art. 29. Disponible à l’adresse : https://arminianisme-evangelique.fr/serieuses-reflexions-sur-la-perseverance-des-saints/. Si un croyant fait naufrage quant à la foi, il n’est plus un enfant de Dieu. Donc il peut aller en enfer, oui, et il ira même certainement en enfer, s’il persiste à ne pas croire.

[50] PURKISER, 2008, p. 106.

[51] AKIN, 1993.

[52] OLSON, Roger E.. American Christianity and Semi-Pelagianism. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2011-02-20 [consulté le 2020-07-16]. Disponible à l’adresse : https//www.patheos.com/blogs/rogereolson/2011/02/american-christianity-and-semi-pelagianism/

[53] CALDWELL, Wayne E.. Semi-Pelagianism. In : GRIDER, J. Kenneth, TAYLOR, Willard H.. Beacon Dictionnary of Theology. Kansas City, MO : Beacon Hill Press, 1983, p. 477-478. Disponible à l’adresse : https://www.whdl.org/beacon-dictionary-theology

[54] MOODY, Dale. The Word of Truth: A Summary of Christian Doctrine Based on Biblical Revelation. Wm. B. Eerdmans Publishing, 1990, p. 361. Au XIXe siècle, sous l’influence de l’évangélisme et des missions, la doctrine de la persévérance des saints tomba en disgrâce. Dans deux branches du christianisme évangélique, les termes qui commencèrent à remplacer la « persévérance des saints » furent la « sécurité du croyant » et la « sécurité éternelle ».

[55] SHILLING, 1951, p. 48.

[56] MOODY, 1990, p. 364.

[57] MOODY, 1990, p. 364. Le 5 Aout 1841, une oraison funèbre sur Jean 6:37 d’Edward Steane, […] fut intitulée The security of Believers. L’expression fut introduite dans le landmarkisme des baptistes du sud par J. R. Graves, au travers de son éditorial du 3 mai 1873 qui rejetait l’expression « persévérance des saints » et proposait l’expression « sécurité du croyant ». Ce fut là le titre d’un livre de W. P. Bennett en 1895.

[58] ICE, Tomas, D.. The Calvinistic Heritage of Dispensationalism. Liberty University, 2009, p. 3. Disponible à l’adresse : https://digitalcommons.liberty.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1010&context=pretrib_arch

[59] MOODY, 1990, p. 362.

[60] PATON, Jeff. Un examen historique de la doctrine de la sécurité éternelle. In : Blog de réflexion chrétien [en ligne]. 2013. Disponible à l’adresse : https://reflexionsjesus.wordpress.com/2021/01/03/un-examen-historique-de-la-doctrine-de-la-securite-eternelle/. Le tournant le plus significatif se fit lors de l’avènement de la théologie du dispensationalisme. J. N. Darby mit cette doctrine en mouvement avec les Frères de Plymouth, et elle fut ensuite catapultée au premier plan avec le réveil associé à D. L. Moody. L’importance de la contribution du dispensationalisme au développement de la sécurité éternelle, réside dans l’approche par laquelle elle divise les Écritures. Les dispensationalistes considéraient en effet que Dieu a un plan de salut spécifique pour chacune des différentes époques, appelées « dispensations ». Cela semblait donner une latitude suffisante pour accepter l’idée « biblique » de sécurité inconditionnelle associée à celle de libre arbitre libertaire. Ainsi, émergea l’idée d’un évangile permettant à tous les hommes d’entrer librement dans la vie éternelle tout en leur refusant cette même liberté une fois entrés. Cette idée devint ensuite pleinement acceptée dans le christianisme du XXe siècle.

[61] WILEY, 1991, p. 315. [Pour les Frères de Plymouth] le croyant est saint dans sa « position » mais non pas dans son « état ». La sainteté est donc imputée plutôt qu’impartie. […] La « position » est éternelle, et de là, comme la théorie des Frères de Plymouth, aboutit logiquement à la soi-disant doctrine de « la sécurité éternelle ».

[62] LEHMAN, Chester K.. Eternal Security. In : The Mennonite Encyclopedia: A Comprehensive Reference Work on the Anabaptist-Mennonite Movement. Scottsdale : Mennonite Publishing House, 1956, vol. 2, p. 253. Disponible à l’adresse : https://gameo.org/index.php?title=Eternal_Security. La sécurité éternelle […], qui dans la logique calviniste correspond à la « persévérance des saints », a été utilisée, en tant que terme spécifique, par Walter Scott (Frères de Plymouth) dès 1913 (SCOTT, Walter. Selections from Our Fifty Years Written Ministry. London : Alfred Holness, 1913, p. 186).

[63] ICE, 2009, p. 9. L’un des premiers groupes non calvinistes à adopter une orientation dispensationaliste se trouve dans le pentecôtisme au milieu des années 1920.

[64] PURKISER, 2008, p. 87.

[65] PATON, 2013.

[66] MCKINLEY, 1965, p. 45. […] il y a au moins trois points de vue différents sur la sécurité inconditionnelle. (1) Certains pensent que si quelqu’un abandonne la foi, c’est une preuve certaine qu’il n’a jamais été vraiment converti. (2) D’autres croient qu’une âme, une fois sauvée, sera finalement sauvée, même si entre-temps elle chute, car Dieu la rattrapera d’une manière ou d’une autre et elle ne sera pas perdue. (3) D’autres encore croient que nos péchés, passés, présents et futurs, sont tous pardonnés et que nous irons au ciel quoi que nous fassions après la conversion.

[67] The 2000 Baptist Faith and Message. In : Southern Baptist Convention [en ligne]. 2000, chap. 5. Disponible à l’adresse : https://bfm.sbc.net/bfm2000/

[68] En France le mouvement des frères est principalement représenté par le groupe d’églises CAEF, voir : NEWTON, Ken, NEWTON, Jeanette. The Brethren Movement Worldwide: Key information 2019. Lockerbie : OPAL Trust, 2019. Disponible à l’adresse : https://online.fliphtml5.com/ycin/agxm/#p=147

[69] KITT, Allan. La sécurité éternelle des élus. Servir en L’attendant, 2001, vol. 6. Disponible à l’adresse : https://www.servir.caef.net/?p=6193

[70] WILKIN, Bob. What Is Free Grace Theology? In : Grace Evangelical Society. [en ligne]. 2014-09-01. Disponible à l’adresse : https://faithalone.org/grace-in-focus-articles/what-is-free-grace-theology/

[71] PURKISER, 2008, p. 88.

[72] BARTHE, 1864, p. 70. Quel intérêt pour moi, quelle consolation dans le sacrifice du Sauveur ? Si je suis élu, Dieu seul m’en procure les bénéfices ; de toutes manières et malgré toutes les circonstances j’étais assuré de mon salut, décrété de tout éternité.

[73] EGBERTS, Egbert. Une « tulipe » peu ordinaire : le calvinisme en question. Olonzac : Éditions l’Oasis, 2016, § Une réconciliation limitée ? Il est à craindre que s’opère dans ce genre de Calvinisme ce qui s’est passé dans le Judaïsme : la foi vivante et personnelle est évacuée au profit de l’élection. On n’est plus sauvé par la foi, mais par l’élection. Un tel glissement serait fatal. Je m’empresse de dire qu’il y a des croyants profonds et exemplaires dans le milieu calviniste. Pourtant, cette tendance ne plaide pas en faveur d’une recherche de cette foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (Hébreux 11.6).

[74] PURKISER, 2008, p. 108.


Article original : La sécurité éternelle inconditionnelle, développements et formes actuelles. In : Blog de réflexion chrétien [en ligne]. 2021-03-23 [consulté le 2021-04-26]. Disponible à l’adresse : https://reflexionsjesus.wordpress.com/2021/03/23/la-securite-eternelle-inconditionnelle/ (Reproduit avec autorisation)

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