L'arminianisme était-il compatible avec la pensée des premiers reformés ?

Peinture : HOLMAN, Francis. Le rêve de Frédéric III, Électeur de Saxe. 1626.

Arminius a fait valoir contre ses détracteurs qu'il était un théologien réformé dans le respect des limites de la Confessio Belgica (CB) et du Catéchisme de Heidelberg (CH). Après sa mort, une question a dominé la communauté réformée : les normes confessionnelles des Eglises réformées doivent-elles s'en tenir à l'enseignement de la grâce particulière et irrésistible [calvinistes] ? Cette question est restée ouverte jusqu'au Synode de Dordrecht en 1618-1619, qui a répondu de manière décisive par l'affirmative.

1. Thèses sur la compatibilité de la pensée réformée du XVIe siècle avec l'arminianisme

La thèse arminienne (Carl Bangs)

La plupart des spécialistes d'Arminius l'ont considéré comme le représentant d'un courant organique de la théologie réformée du XVIe siècle, plus large qu'il ne l'est devenu après Dordrecht. Carl Bangs était le doyen de cette école de pensée[1]Voir principalement BANGS, Carl. Arminius : A Study in the Dutch Reformation. Nashville : Abingdon, 1971. Pour des exemples d'autres chercheurs qui soutiennent la thèse générale de Bangs, voir la note de bas de page 8 de la question 7 de cet ouvrage.. Il a ancré son argumentation dans la conception que se faisait Arminius de la réforme, soutenant qu'Arminius ne faisait que donner voix à un courant de la théologie réformée hollandaise reposant sur la gratia universalis (grâce universelle) qui datait des premiers jours de la Réforme hollandaise et qui avait toujours fait partie du milieu réformé hollandais[2]G. J. Hoenderdaal était très proche de Bangs sur ce point. Parmi ses nombreux essais, voir en particulier The Debate about Arminius outside the Netherlands. In : Leiden University in the 17th Century. Leiden : Brill, 1975, p. 137-159.. Bien que plus sophistiqué, le traitement de Bangs suit les mêmes lignes que celles de l'interprétation traditionnelle des remontrants[3]Voir, par exemple, BERTIUS, Pierre. An Oration on the Life and Death of That Reverend and Very Famous Man James Arminius. In : The Works of James Arminius. Nashville : Randall House, 2007 [1609], vol. 3, 1:13–47 ; GROTIUS, Hugo. Ordinum Hollandiase Ac Westfrisiae Pietas. Leiden : Brill, 1995 [1613] ; LIMBORCH, Philipp. Historical Relation concerning the Origin and Progress of the Controversies in the Belgic League, upon Predestination and Its Connected Heads. Methodist Review, 1844, n°26, p. 425–460, 556–587 ; BRANDT, Gerard. History of the Reformation and Other Ecclesiastical Transactions in and about the Low-Countries. London : John Nicks, 1723, vol. 4. Un peu plus tard les avocats de cette positions incluent CALDER, Frederick. Memoirs of Simon Episcopius. London: Simpkin and Marshall, 1835 ; OPPENRAAIJ, Théodore. La doctrine de la prédestination dans l’église réformée des Pays-Bas depuis l’origine jusqu’au synode national de Dordrecht en 1618 et 1619. Louvain : J. van Linthout, 1906 ; FOSTER, H. D.. Liberal Calvinism: The Remonstrants at the Synod of Dordrecht in 1618. Harvard Theological Review, 1923, n°16, p. 1–37..

La thèse calviniste (Richard Muller)

Des chercheurs tels que Richard Muller, éminent spécialiste de la scolastique réformée, ont soutenu que la sotériologie d'Arminius constituait une « rupture totale » avec la théologie réformée confessionnelle du XVIe siècle[4]MULLER, Richard A.. God, Creation, and Providence in the Thought of Jacob Arminius. Grand Rapids : Baker, 1991, p. 281. Voir aussi MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. Westminster Theological Journal, 2008, n°70, p. 19-48. Les arminiens Keith D. Stanglin et Thomas H. McCall soulignent parfois les dissemblances entre Arminius et ses contemporains réformés. Ils disent cependant : « Que l'on veuille étiqueter Arminius comme "réformé" n'est pas une question de grande importance pour nous ». (On peut voir dans les chapitres précédents pourquoi la question est d'une grande importance pour les arminiens réformés). Voir STANGLIN, Keith D., MCCALL, Thomas. Jacob Arminius : Theologian of Grace. New York : Oxford University Press, 2012, p. 203. Leur langage est beaucoup plus retenu que celui de Muller, mais ils affirment néanmoins qu'Arminius « a forgé une nouvelle trajectoire au sein de la théologie réformée qui s'en est écartée de manière significative » (ibid.).. Muller reconnaît que les fonctions cléricales et universitaires d'Arminius « indiquent » que les dirigeants réformés qui entouraient Arminius « supposaient » qu'il était réformé. Cependant, Muller soutient qu'il est « incontestable » que les vues d'Arminius contredisent « l'intention des auteurs » de la CB et de la CH et la « lecture ordinaire » qu'en fait la majorité du clergé réformé[5]MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. p. 19, 21, 39. . Muller aurait raison s'il affirmait seulement que le calvinisme sotériologique était adopté par la majorité des penseurs réformés à la fin du XVIe siècle. Il affirme cependant que la théologie confessionnelle réformée a rejeté des points de vue comme celui d'Arminius.

Les Églises réformées de la fin du XVIe siècle étaient devenues de plus en plus favorables à une interprétation des normes confessionnelles dans un sens sotériologiquement calviniste. On peut néanmoins affirmer qu'Arminius représentait un courant de la théologie réformée qui était acceptable au début, mais qui est devenu de moins en moins acceptable, et rendu complètement inacceptable après Dordrecht.

La plupart des arguments de Muller établissent simplement que les vues d'Arminius n'avaient pas le vent en poupe, et non qu'elles étaient proscrites. L'une des preuves de Muller est qu'un synode national à La Haye a désavoué la grâce universelle en 1586[6]MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. p. 29. Muller critique à juste titre le fait que Bangs et Hoenderdaal minimisent le caractère national de synodes comme celui de La Haye en 1585-1586. Néanmoins, le fait de déplacer les dates de la controverse un peu plus tôt n'affecte pas la thèse essentielle de Bangs.. Pourtant, l'argument selon lequel Arminius représentait une approche antérieure, plus large, de ce qui était acceptable dans les Églises réformées n'est pas affecté par le fait que des sentiments calvinistes plus forts étaient devenus dominants au milieu des années 1580. Muller affirme également que l'historien remontrant Gerard Brandt « réserve le terme "réformé" aux adversaires de la grâce universelle », qu'il « ne revendique pas le terme de "réformé" pour ses ancêtres spirituels »[7]MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. p. 28.. Si l'on met de côté l'anachronisme de cet argument, on constate que Brandt a utilisé à plusieurs reprises le terme « réformé » pour décrire des personnes comme Arminius[8]Voir, par exemple, BRANDT. History of the Reformation. 1:308-309, 364-365, 437, et 442..

Ce que l'on se propose de démontrer

L'argument principal de Muller est qu'Arminius s'écarte de la théologie confessionnelle des églises réformées hollandaises. Ce que Muller aurait dû établir, pour soutenir son argument, n'est pas simplement que la plupart des théologiens réformés de l'époque d'Arminius interprétaient leurs normes confessionnelles d'une manière calviniste, ce qui est admis par Bangs. En fait, l'accent mis par Muller sur les différences entre la métaphysique scolastique d'Arminius et celle de certains de ses contemporains calvinistes ne change rien au fait que les confessions réformées transcendent de telles distinctions spéculatives. Muller aurait dû montrer que les confessions réformées proscrivaient clairement des points de vue comme celui d'Arminius.

D'un autre coté, pour soutenir la thèse de Bangs, il faudrait démontrer ce qui suit : Premièrement, la théologie réformée néerlandaise était plus large et moins strictement définie avant le Synode de Dordrecht. Deuxièmement, l'enseignement de la grâce universelle et résistible était présent dans la conscience réformée néerlandaise dès le commencement. Troisièmement, la CB et le CH ont été, et peuvent être interprétées d'une manière moins calviniste, et leurs auteurs auraient pu être sotériologiquement calvinistes sans avoir l'intention que ces documents le soient.

2. L'étendue de la théologie réformée avant Dordrecht

Les partisans de la thèse de Bangs mettent en avant la diversité de la tradition réformée au XVIe siècle. Comme le dit William den Boer, « il est trop simple de considérer Arminius comme un déviant de la théologie réformée »[9]BOER, Den. God’s Twofold Love. p. 43.. Citant Willem Van Asselt, den Boer explique qu'à cette époque il y avait « différentes orientations » au sein de la théologie réformée. Il n'y avait « pas une seule théologie réformée », mais « toute une série de théologies réformées au XVIe siècle »[10]BOER, Den. God’s Twofold Love. p. 43–44. Cf. BOER, Den. "Cum delectu": Jacob Arminius’s (1559–1609) Praise for and Critique of Calvin and His Theology. Church History and Religious Culture, 2011, n°91, p. 73–86..

Les universitaires qui défendent ce point de vue sont trop nombreux pour être cités dans ce bref chapitre. Par exemple, Christine Kooi affirme que l'Église réformée néerlandaise de l'époque était « encore en train de définir son orthodoxie »[11]KOOI, Christine. Review of Pleading for Diversity: The Church Caspar Coolhaes Wanted. In : STUCKRATH GOTTSCHAL, Linda. Church History and Religious Culture. 2018, n°98, p. 166.. Willem Nijenhuis dit que sa théologie était caractérisée par la « pluriformité »[12]NIJENHUIS, Willem. Variants of Dutch Calvinism in the Sixteenth Century. In : Ecclesia Reformata: Studies on the Reformation. Leiden: E. J. Brill, 1994 [1972], p. 167–168.. Alastair Duke dit qu'elle avait un « visage ambivalent ». Ses « différences non résolues », enfouies « comme une bombe à longue mèche jusqu'à ce qu'elle explose dans la dernière décennie du XVIe siècle », ont été examinées uniquement à Dordrecht. Les deux camps y affirmaient être « les héritiers authentiques de la Réforme hollandaise - et la diversité de l'héritage réformé était telle que, en sélectionnant soigneusement les preuves, ils pouvaient tous deux avancer des arguments plausibles »[13]DUKE, Alastair. Reformation and Revolt in the Low Countries. London: Hameldon Continuum, 2003, p. 282.. Linda Gottschalk soutient que l'Église réformée du XVIe siècle se trouvait dans une « phase de plasticité » dans laquelle « les vues théologiques opposées n'avaient pas encore été cooptées par divers groupes d'intérêt ». Ainsi, « calviniste » et « réformé » n'étaient « souvent pas utilisés comme des équivalents ». Le terme « réformé » était fréquemment utilisé pour décrire une conviction théologique « plus large » que le terme « calviniste », qui décrivait souvent une « personne d'influence genevoise aux vues plus étroites »[14]STUCKRATH GOTTSCHAL, Linda. Pleading for Diversity: The Church Caspar Coolhaes Wanted. Gottingen: Vandenhoek and Ruprecth, 2017, p. 54. Parmi d'autres érudits soutenant cette thèse, nous pouvons citer, Nicholas Tyacke, Peter White et Silke Muylaert..

Philip Benedict définit le mouvement réformé non pas en termes de sotériologie mais en termes de différences avec d'autres mouvements[15]BENEDICT, Philip. Christ’s Churches Purely Reformed: A Social History of Calvinism. New Haven, CT: Yale University Press, 2002, xxiii–xxiv, p. 2, 27, 57, 142–43, 155, 181–85. Albert Hardenberg et Anastatius Veluanus, deux des premiers responsables réformés néerlandais, en sont un exemple. Leur iconoclasme, leurs vues eucharistiques et d'autres principes ecclésiologiques étaient calvinistes et les mettaient hors de la communauté des luthériens, alors qu'ils conservaient une sotériologie plus mélanchthonienne.. Les confessions réformées qui étaient ambiguës sur les points les plus fins de la sotériologie exposaient sans équivoque une pléthore de prises de position anti-luthériennes, anti-catholiques et anti-anabaptistes. Si la théologie confessionnelle réformée du XVIe siècle correspondait à la sotériologie calviniste, pourquoi les doctrines contestées au Synode de Dordrecht n'ont-elles pas été aussi clairement exposées que ces autres doctrines ?

Cette image de la diversité avant Dordrecht n'est pas surprenante en raison de la pollinisation croisée entre les luthériens (qui étaient non calvinistes) et les réformés de cette époque. Arminius y fait référence lorsqu'il dit que Luther et Philippe Melanchthon se sont « éloignés par la suite » de leurs points de vue calvinistes sur l'élection, en se référant au théologien luthérien Niels Hemmingsen[16]GUNTER, W. Stephen. Arminius and His Declaration of Sentiments: An Annotated Translation with Introduction and Theological Commentary. Waco, TX: Baylor University Press, 2012, p. 128–129. ARMINIUS. Works. 1:642. Voir FRANDSEN, Hendrik. Hemmingius in the Same World as Perkinsius and Arminius. Praestoe, Denmark: Grafik Werk, 2013. La thèse de Bangs n'a pas besoin de montrer qu'Arminius et ses prédécesseurs étaient mélanchthoniens sur tous les points de la scolastique, mais simplement qu'ils étaient d'accord avec lui sur le calvinisme sotériologique.. En effet, l'approche d'Arminius est très proche des points de vue luthériens, affirmant la gratia universalis et la gratia resistibilis tout en évitant le synergisme[17]Voir SCHMID, Heinrich. HAY, Charles A. [trad.], JACOB, Henry E.. [trad.]. The Doctrinal Theology of the Evangelical Lutheran Church. Minneapolis : Augsburg, 1961 [1876], passim.. L'arminien anglais Peter Heylyn, du XVIIe siècle, parlait ainsi des premiers réformés hollandais comme de ces « théologiens des églises belges qui étaient de la vieille souche luthérienne », qui « étaient davantage portés vers la doctrine mélanchthonienne de la prédestination que vers celle de Calvin »[18]HEYLYN, Peter. Historia Quinqu-Articularis part I. London: Thomas Johnson, 1660, p. 38.. Melanchthon a influencé les premiers ministres réformés néerlandais tels qu'Albert Hardenberg, Joannes Anastasius Veluanus, Johannes Holmannus Secundas, Gellius Snecanus, Caspar Coolhaes et Clement Martenson[19]Voir, par exemple, BANGS. Arminius. p. 93 ; JANSE, Wim, HARDENBERG, Albert. Eines Bucer-Schülers. Leiden: Brill, 1994. ; GOTTSCHALK. Pleading for Diversity. ; DE BOER, Erik A.. Who Are the "Predestinatores"? The Doctrine of Predestination in the Early Dutch Reformation (Joannes Anastasius) and Its Sources (Philip Melanchthon). In : VAN DER POL, Frank [ed.]. The Doctrine of Election in Reformed Perspective: Historical and Theological Investigations of the Synod of Dordrecht 1618–1619. Göttingen : Vandenhoeck and Ruprecht, 2019. ; TRAPMAN, Johannes. Grotius and Erasmus. In : GROTIUS, Hugo. Theologian: Essays in Honor of G. H. M. Posthumus Meyjes. eds. Henk J. M. Nellen and Edwin Rabbie. Leiden: Brill, 1994. ; Holmannus (Johannes) Secundus. In : Biographisch woordenboek der Nederlanden. ed. Abraham Jacob van der Aa. Haarlem: J. J. van Brederode, 1862, p. 309. ; VAN DER STEEN, Jasper. A Contested Past: Memory Wars during the Twelve Years Truce (1609–21). In : Memory before Modernity: Practices of Memory in Early Modern Europe. eds. Erika Kuijpers, et al. Leiden: Brill, 2013, p. 53..

Comme l'explique Stephen Gunter, ces anciens hommes d'église réformés néerlandais représentaient l'un des deux groupes suivants : les rekkelijken et les preciezen. Les rekkelijken souhaitaient une tolérance sur les points les plus fins de la sotériologie et pensaient que les magistrats devaient s'impliquer davantage dans le gouvernement de l'église[20]GUNTER. Declaration of Sentiments. p. 45–47.. En Hollande du Nord, « une forte majorité de magistrats et un nombre important de membres du clergé » appartenaient à ce groupe. Comme le dit Gunter, ils étaient « les premiers artisans de la vie ecclésiale et politique protestante néerlandaise, tandis que les preciezen étaient les "retardataires" réactionnaires. Il n'était pas rare d'entendre : "Wij waren er eerder dan gij" (Nous étions là avant vous !) »[21]GUNTER. Declaration of Sentiments. p. 46. Voir aussi Bangs. Arminius. p. 54–55. ; ainsi que VAN DER STEEN. A Contested Past. chap. "Who Was First?", p. 53.. C'est pourquoi Heylen a remarqué que les opinions des remontrants étaient « plus anciennes que le calvinisme, dans les églises des provinces belges, qui, étant originellement néerlandaises, ont été les premières à embrasser la Réforme, selon le modèle luthérien »[22]HEYLYN. Historia Quinqu-Articularis. p. 38..

La caractérisation de la théologie réformée hollandaise pluriforme des débuts, qui s'est restreinte lorsque les calvinistes genevois ont commencé à exercer une influence sur le mouvement réformé européen, a un fort ancrage parmi les luthériens, les arminiens et de nombreux érudits anglicans au cours des quatre derniers siècles[23]BRANDT. History of the Reformation. 1:308 ; LIMBORCH. Historical Relation. p. 425–460, 556–587 ; TRAPMAN. Grotius and Erasmus. p. 82. Pour les luthériens voir : BENTHEM, Heinrich Ludolf. Holländischer Kirch-und Schulen-Staat. Frankfurt and Leipzig : Försters, 1698; 1:628 ; VON MOSHEIM, John Laurence, MURDOCK, James [trad.]. Institutes of Ecclesiastical History, Ancient and Modern. London: Longman and Company, 1841 [1726], p. 384–385, 401–402 ; voir aussi CALDER. p. 20 ; VAN OPPENRAAIJ. La doctrine de la predestination. p. 120.. Théodore van Oppenraaij, par exemple, a méticuleusement soutenu que les « calvinistes rigides » formés dans des universités calvinistes étrangères ont influencé de nombreux ministres néerlandais, mais que « des prédicateurs à l'esprit plus pénétrant et indépendant ont continué à défendre l'ancienne doctrine », poursuivant ainsi la voie des « premiers réformés néerlandais »[24]VAN OPPENRAAIJ. La doctrine de la predestination. p. 120.. Ce groupe comprenait Hardenberg, Veluanus, Holmannus, Snecanus, Coolhaes et Martenson, ainsi que des personnalités telles que John Isbrandtson, Cornelius Meinardi, Cornelius Wiggertsz, Cornelis Cooltuin, Tyco Sabrants, Hubert Duifhuis et Herman Herbertsz[25]Ces prédicateurs sont cités très tôt par Grotius, Heylyn, Limborch et Brandt. Bangs est la personne qui a le plus discuté de ces personnages sur papier, mais le traitement de Van Oppenraaij est le plus exhaustif à ce jour, bien qu'en dehors d'Oppenraaij, il y ait des études solides sur Hardenberg et Coolhaes et des traitements plus courts sur Veluanus et Duifhuis. Voir, par exemple, KAPLAN, Benjamin J.. Calvinists and Libertines : Confession and Community in Utrecht 1578-1620. Oxford : Clarendon, 1995..

3. L'influence de Melanchthon et de Bullinger

Melanchthon et Heinrich Bullinger ont influencé ces proto-arminiens. Muller répond qu'Arminius et Brandt les ont classés ensemble « comme si ces penseurs étaient tous d'accord »[26]MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 28. Muller note à juste titre qu'Arminius faisait référence à la confession helvétique postérieure de Bullinger.. Pourtant, ni Arminius ni Brandt n'avaient un objectif aussi ambitieux. Ils soutenaient simplement, comme Bangs le fera plus tard, que la théologie réformée antérieure était plus large et pas si étroitement définie qu'elle ne l'était après Dordrecht.

Il n'y a généralement aucun désaccord sur le fait que Melanchthon a influencé ces premiers ministres réformés néerlandais. Le débat porte sur les opinions de Bullinger. Grotius a soutenu, selon Johannes Trapman, que « la prédestination conditionnelle n'était pas une innovation introduite par Arminius, mais qu'elle se trouvait dans les œuvres de Melanchthon et dans la « douce explication » de Bullinger »[27]TRAPMAN, Johannes. Grotius and Erasmus. p. 86 ; GROTIUS. Ordinum Hollandiase. p. 454 ; BRANDT, G.. History of the Reformation. 1:308–309, 364–365, 437, 442.. Les proto-arminiens, dès Clement Martenson et Cornelius Meinardi, ont cité la « douce exposition » de Bullinger pour étayer leur point de vue, et Arminius fit de même[28]ARMINIUS. Works. 1:604, n. 3, p. 622..

La doctrine de la prédestination de Bullinger a toujours fait l'objet d'un débat animé. Des érudits calvinistes tels que Cornelius Venema ont relancé l'argument selon lequel, malgré l'ambiguïté de Bullinger sur cette doctrine, il aurait, au moins par la suite, adopté des vues similaires à celles de Calvin[29]Voir, par exemple, VENEMA, Cornelius P.. Heinrich Bullinger and the Doctrine of Predestination: Author of “the Other Reformed Tradition”? Texts and Studies in Reformation and Post-Reformation Thought. Richard Muller, series ed. Grand Rapids : Baker, 2002; ARCHILLA, Aureio A. Garcia. The Theology of History and Apologetic Historiography in Heinrich Bullinger: Truth in History. San Francisco: Mellen Research University Press, 1992.. Cependant, une solide tradition historiographique insiste sur le fait que Bullinger divergeait fortement de Calvin sur la grâce et la prédestination. Des chercheurs tels que J. Wayne Baker et Richard Greaves ont défendu cette approche dominante[30]BAKER, J. Wayne. Heinrich Bullinger and the Covenant: The Other Reformed Tradition. Athens, OH: Ohio University Press, 1980, p. 165–69. Voir aussi GRAVES, Richard L.. The Origins and Early Development of English Covenant Though. The Historian 21, 1968, p. 21–35. Des universitaires tels que Leonard Trinterud, Jens Moeller, W. A. Clebsch, Kenneth Hagen, Charles McCoy, Peter White, Stephen Strehle, Oliver Crisp et Mark A. Ellis sont fortement d'accord. W. P. Stephens et G. Michael Thomas sont largement d'accord mais en prenant soin de souligner l'ambiguïté de Bullinger.. Baker, dans son livre influent Heinrich Bullinger and the Covenant : The Other Reformed Tradition, démontre de manière convaincante que Bullinger était partisan d'une alliance bilatérale et conditionnelle et d'une doctrine modérée de la prédestination qui présentait des similitudes avec la vision de Mélanchthon sur la grâce universelle et résistible. Baker dit même que Bullinger « ressemble par moments à un proto-arminien »[31]BAKER. Heinrich. Bullinger, the Covenant, and the Reformed Tradition in Retrospect. Sixteenth Century Journal. 1998, vol. 29, p. 371..

On peut comprendre pourquoi Arminius a fait appel à Bullinger. En plus de plaider pour la grâce universelle, Bullinger a dit que « Dieu nous a élus, non pas directement, mais dans le Christ et à cause du Christ, afin que ceux qui sont maintenant incorporés au Christ par la foi soient aussi élus »[32]Second Helvetic Confession, 5.053, 5.060. In : The Constitution of the Presbyterian Church (U.S.A.), Part I, Book of Confessions. Louisville: Office of the General Assembly, 1999, p. 66, 68.. Dieu « a ordonné et décrété de sauver tous ceux qui ont communion et association avec le Christ, son Fils unique, et de détruire ou condamner tous ceux qui n'ont aucune part à la communion ou association avec le Christ. [...] Je ne veux risquer de me perdre en allant plus loin dans le siège du conseil de Dieu. [...] En Christ, par et à travers le Christ, il nous a choisis[33]HARDIN, Thomas [ed.], H.I. [trad.]. The Decades of Henry Bullinger, the Fourth Decade. Cambridge: Cambridge University Press, 1851, p. 186–87. ». De nombreux spécialistes soulignent également que Bullinger a eu de la sympathie pour Jérôme Bolsec lorsque ce dernier a été puni par Calvin pour avoir préconisé la grâce universelle et résistible[34]THOMAS, G. Michael. The Extent of the Atonement: A Dilemma for Reformed Theology from Calvin to the Consensus (1536–1675). Eugene, OR: Paternoster, 2006, p. 72; pour une perspective similaire voir ROUWENDAL, Pieter. The Doctrine of Predestination in Reformed Orthodoxy. In : SELDERHUIS, Herman J. [ed.]. A Companion to Reformed Orthodoxy. Leiden: Brill, 2013, p. 563..

4. L'ambiguïté des normes confessionnelles réformées

L'ambiguïté de Bullinger est comparable à celle des normes confessionnelles réformées du XVIe siècle. Le célèbre érudit réformé John Williamson Nevin a exprimé la perspective commune selon laquelle les confessions réformées étaient ambiguës sur les « points névralgiques du calvinisme » en raison des « différences matérielles dans l'Église elle-même ». En ne prenant pas position « sur de tels points de divergence d'opinion », le CH « est devenue un miroir de la vraie vie de l'Église réformée dans son ensemble »[35]NEVIN, John Williamson. The History and Genius of the Heidelberg Catechism. Chambersburg, PA: Publication Office of the German Reformed Church, 1847, p. 131; Voir aussi HEPPE, Heinrich. The Character of the German Reformed Church, and Its Relationship to Lutheranism and Calvinism. Mercersburg Quarterly Review. 1853, vol. 5, p. 181–207..

Si la sotériologie calviniste était autorisée, voire encouragée, dans les Eglises réformées, en particulier dans la théologie universitaire, elle n'était pas obligatoire. La plupart des normes confessionnelles, conçues pour la chaire et pour la formation théologique et la piété des laïcs, ne se mêlaient pas de ces disputes. Ainsi, comme l'a remarqué H. D. Foster, « avant 1618, on cherche en vain un credo national accepté incorporant les enseignements exclusifs de ce synode [Dordrecht] ». Les remontrants « étaient tout à fait en harmonie avec tout ce que Calvin jugeait nécessaire de mettre dans un credo ou un catéchisme ». Comme l'a soutenu Foster, les documents confessionnels réformés antérieurs à Dordrecht laissaient de côté les détails sur la manière d'être élu. La grâce irrésistible ne figurait pas dans ces documents confessionnels, et la persévérance certaine des saints ne se trouve dans aucune confession réformée avant Dordrecht, à l'exception des Articles irlandais trois ans plus tôt[36]FOSTER. “Liberal Calvinism,” p. 19, 23, 27–28, 30..

Cette ambiguïté explique pourquoi les premiers réformés étaient bien plus accueillants que leurs homologues ultérieurs envers la Confession d'Augsbourg non calviniste des luthériens. Dans les années 1970, Nijenhuis a fait valoir la sympathie de Calvin à l'égard de Melanchthon et de la Confession d'Augsbourg comme une bonne chose pour le dialogue œcuménique réformé-luthérien[37]NIJENHUIS, W.. Ecclesia Reformata: Studies on the Reformation. Leiden: E. J. Brill, 1972, p. 97–98.. On est tenté de se demander si cela n'aurait pas été aussi une bonne chose pour le dialogue au Synode de Dordrecht. Comme le demandait Grotius aux contre-remontrants, « Je demande à ces critiques rigides qui ne jugent rien de tolérable que leur propre opinion, si Melancththon était encore vivant, s'il venait à nous, lui refuseraient-ils la possibilité d'enseigner[38]GROTIUS. Ordinum Hollandias. p. 149.? »

Jeffrey Meyers, examinant la manière dont la doctrine de l'élection « était confessée publiquement par l'Église réformée, et non la manière dont elle était enseignée ou discutée dans les écoles », ne trouve « aucune différence substantielle » entre les confessions réformées et celles des luthériens, qui étaient résolument non calvinistes. Alors que les normes confessionnelles du XVIe siècle étaient plus « ecclésiastiques », « pastorales » et ambiguës sur les points les plus fins de la sotériologie, celles du XVIIe siècle étaient « plus orientées vers les écoles, les institutions ou le clergé, la polémique et la cosmologie » et plus claires sur ces questions. Meyers ne soutient pas que Calvin était plus humaniste et biblique alors que les auteurs réformés ultérieurs étaient plus scolastiques. Il dit simplement que les premières confessions ne fondaient pas leur doctrine de l'élection sur une métaphysique spéculative et ne « fouillaient pas » dans les « conseils secrets de Dieu en dehors de l'Évangile du Christ [...] volonté secrète, cachée de Dieu qui est en contradiction avec sa volonté révélée en Christ et dans l'Évangile [...] et qui nie ou compromet l'universalité de la grâce de Dieu »[39]MEYERS, Jeffrey J.. Light and Shadow: Confessing the Doctrine of Election in the Sixteenth Century. In : The Glory of Kings: A Festschrift in Honor of James B. Jordan, eds. Peter J. Leithart and John Barach. Eugene, OR: Pickwick, 2011, p. 205, 211, 237–39. See also CRISP, Oliver. God Incarnate: Explorations in Christology. London: T&T Clark, 2009, chap. 2 The Election of Jesus Christ, p. 36–39..

5. Le Catéchisme de Heidelberg et la Confession Belgiqua

Une lecture attentive de la CB et du CH soutient cet argument. Si seules les deux premières des « trois formes d'unité » (la CB (1561), le CH (1563) et les Canons de Dordrecht (1619)) avaient existées, l'Église réformée continentale après 1619 n'aurait pas été aussi résolument calviniste sur le plan sotériologique. Dordrecht était une nécessité pour restreindre la définition de la théologie réformée, pour amener les gens à se conformer à cette définition et pour exclure ceux qui ne s'y conformeraient pas. Joel Beeke a raison de dire que Dordrecht « a abordé des questions qui n'avaient pas été traitées ou qui avaient été traitées de manière superficielle par les déclarations confessionnelles précédentes », en particulier la prédestination[40]BEEKE, Joel R.. Debated Issues in Sovereign Predestination: Early Lutheran Predestination, Calvinian Reprobation, and Variations in Genevan Lapsarianism. Göttingen: Vandenhoek and Ruprecht, 2017, p. 56..

Il est courant, hormis pour les calvinistes les plus rigoristes, de reconnaître cette diversité dans les Églises réformées du XVIe siècle (et même les calvinistes rigoristes tels que Joel Beeke la reconnaissent et se contentent de la déplorer). Nevin s'est joint à d'autres figures emblématiques de la réforme comme Philip Schaff et Heinrich Heppe pour faire valoir que le CH n'exclut ni n'affirme les cinq points du calvinisme étant donné que ses auteurs tentaient d'apporter une harmonie dans un spectre réformé doctrinalement large[41]Schaff cité dans BERKHOF, Hendrikus. The Catechism in Historical Context. In : Essays on the Heidelberg Catechism. Dayton, OH : United Church Press, 1963, p. 91. Voir BIERMA, Lyle D.. The Theology of the Heidelberg Catechism: A Reformation Synthesis, Columbia Series in Reformed Theology. Louisville: Westminster John Knox, 2013, p. 2–5, qui parle des très nombreux érudits soutenant cette position..

Comme l'explique Nevin, la raison pour laquelle la sotériologie calviniste « se trouve au-delà » de « l'horizon » du CH est qu'« il y a toujours eu une partie de l'Église réformée qui pensait différemment », et le Catéchisme a été « construit de manière à permettre cette différence ». Son ambiguïté n'était « pas un accident », mais « un dessein délibéré ». Ses auteurs calvinistes, tels que Zacharias Ursinus, « semblent avoir tenu leurs propres convictions théologiques volontairement en suspens, afin de pouvoir être fidèles à la vie ecclésiale objective qui les entourait. Nous savons tous que cela incluait beaucoup de choses qui n'auraient jamais pu être accordées par un calvinisme extrême, au sujet des décrets. Le Catéchisme a donc été conçu de façon à s'abstenir soigneusement de tout cela» . Ainsi, le CH n'a non seulement pas enseigné l'expiation limitée, mais en ce qui concerne la grâce irrésistible, Nevin « refuse de donner une réponse. De même qu'elle n'enseigne pas l'élection inconditionnelle, de même qu'elle ne rend pas le salut indépendant de tout mouvement contraire de la volonté humaine. La doctrine de la persévérance finale des saints, comme on l'appelle, reste dans une large mesure incertaine »[42]NEVIN. The History and Genius of the Heidelberg Catechism, p. 131–32, 135–37..

Beeke déplore que le CH « n'ait pas répondu au besoin réformé de s'attaquer confessionnellement à la doctrine de la prédestination ». Cinquante-cinq ans après sa publication, Dordrecht a été « obligé, en raison du défi lancé par les remontrants (arminiens), de préciser la doctrine biblique de la prédestination de manière plus détaillée [...] ». Beeke conclut que la raison de l'ambiguïté du CH est la situation théo-politique de l'Église réformée de l'époque[43]BEEKE, Debated Issues in Sovereign Predestination, p. 56..

Lyle Bierma est d'accord pour dire que « les auteurs ont intentionnellement évité » l'élection inconditionnelle, probablement « dans un souci d'harmonie doctrinale ». L'électeur Frédéric III a dû faire face non seulement aux calvinistes, mais aussi aux partisans de Melanchthon et de Bullinger. Les « penchants mélanchthoniens de Frédéric et son désir de combler les divisions théologiques dans son royaume » le rendaient réticent à « accorder un statut confessionnel » à la sotériologie calviniste[44]BIERMA, Lyle D., MULLER, Richard A. [ed.]. An Introduction to the Heidelberg Catechism: Sources, History, and Theology. Texts and Studies in Reformation and Post-Reformation Thought. Grand Rapids : Baker, 2005, p. 95–96..

Il a fallu le Synode de Dordrecht, affirme à juste titre Beeke, pour « reprendre la tâche laissée en suspens par le Catéchisme de Heidelberg ». Il demande : « Dordrecht n'est-il qu'un simple renforcement de Heidelberg, étayant des bretelles plus épaisses à ses endroits les plus fragiles, ou s'agit-il en fait d'une nouvelle création ? » [45]BIERMA. An Introduction to the Heidelberg Catechism. p. 57.? Même si Dordrecht ne faisait qu'« étayer des bretelles plus épaisses » aux « endroits les plus fragiles » de la tradition confessionnelle réformée, ces endroits plus fragiles fournissaient le genre d'ambiguïté et de largeur qui permettaient aux points de vue arminiens d'être dans la ligne de la doctrine confessionnelle réformée.

Ces observations mitigent l'argument le plus fort de Muller : puisque Ursinus était l'auteur principal du CH et que son commentaire enseigne l'élection inconditionnelle, le Catéchisme doit être interprété comme excluant la lecture qu'en faisait Arminius[46]MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 34–35.. Cependant, les érudits qui écrivent pour des groupes de personnes aux vues diverses produisent souvent des documents consensuels tout en ayant des vues plus étroites que celles que les documents énoncent. Den Boer a raison lorsqu'il dit que « le Catéchisme a été composé de manière à obtenir une acceptation aussi large que possible [...]. Il a été conçu comme un document de consensus et est resté silencieux sur les points critiques de la controverse - y compris la prédestination ! L'affirmation d'Arminius de sa fidélité au Catéchisme n'est pas vraiment surprenante étant donné le large filet que le Catéchisme avait étendu »[47]BOER, Den. ‘Cum Delectu’. p. 85..

On retrouve la même ambiguïté dans la CB qu'Arminius s'est empressé d'affirmer. L'argument de Muller est double : (1) la plupart des clercs réformés de l'époque interprétaient la CB comme enseignant l'élection inconditionnelle, et (2) il est d'accord avec eux[48]MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 39.. Le premier argument ne fait pas débat, mais le second implique une question herméneutique et non historique. L'interprétation de Muller ne va pas de soi. Il est tout simplement exagéré d'affirmer que les vues d'Arminius ont été « conçues comme une alternative au sens clair et supposé » de la CB[49]MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 46.. De nombreux spécialistes ne sont pas d'accord avec Muller sur le sens « clair » de l'article, et en ce qui concerne son sens « supposé », tout dépend de qui fait la supposition. Comme le dit Edwin Rabbie, « le fait que les arminiens n'aient jamais eu beaucoup de mal à signer l'article 16 de la Confession, qui, soit dit en passant, était considéré comme ambigu (du moins par les arminiens), en dit long »[50]RABBIE, Edwin. General Introduction. In : GROTIUS. Ordinum Hollandiae, p. 7, n. 4.. Comme pour le CH, pour reprendre l'image de Beeke, Dordrecht a dû « étayer » les « points fragiles » de la CB avec des « bretelles plus épaisses »[51]BEEKE. Debated Issues in Sovereign Predestination. p. 57; Voir aussi BOER, Den. ‘Cum Delectu’ p. 85..

La CB n'affirme pas non plus clairement la doctrine de la persévérance des saints affirmée à Dordrecht. Jay Collier soutient que cette doctrine n'avait tout simplement « pas de statut confessionnel répandu avant Dordrecht ». Comme le note Collier, la CB et le CH « ne l'énoncent jamais clairement ». Il affirme de manière convaincante que la possibilité d'apostasie était une option réelle dans la communauté réformée internationale avant Dordrecht. Lorsque le Synode a rejeté la possibilité de l'apostasie des régénérés, il a « comblé les lacunes des confessions précédentes et éliminé la possibilité de toute autre position réformée ». C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Église d'Angleterre s'est trouvée « en désaccord » avec les « orientations internationales des Églises réformées » qui se développaient dans le sens du calvinisme[52]COLLIER, Jay T.. Debating Perseverance: The Augustinian Heritage in Post-Reformation England. Oxford Studies in Historical Theology, NY : Oxford University Press, 2018, p. 10–12, 17–18..

En résumé

Les arguments invoqués à l'encontre de la thèse [arminienne] de Bangs sont les suivants : (1) il y avait des synodes nationaux avant Dordrecht qui étaient calvinistes, (2) le fait que les auteurs des normes confessionnelles étaient calvinistes signifie que les normes elles-mêmes l'étaient, et (3) le calvinisme était majoritaire.

  • Je ne m'oppose pas à l'argument 1. Cela n'ajoute rien à la conversation de dire que, au milieu des années 1580, le calvinisme pur et dur était devenu suffisamment prépondérant pour dominer un synode national. Ce fait ne réfute pas l'existence d'une approche réformée antérieure, plus large et proto-arminienne.
  • L'argument 2 n'est pas plausible à la lumière des preuves accablantes apportées par Nevin, Beeke, Bierma et d'autres, selon lesquelles toutes les opinions des rédacteurs ne se retrouvent pas dans ces documents car ils visaient à rassembler divers groupes théologiques dans un contexte politique très sensible.
  • L'argument 3 n'est pas en débat et n'est pas pertinent vis-à-vis de la thèse de Bangs.

Le fait qu'un sous-groupe [calviniste] majoritaire gagne du pouvoir à un moment donné ne prouve pas que le sous-groupe minoritaire [arminien] était, avant ce moment, une expression illégitime ou désavouée du groupe [des réformés] dans son ensemble. Cela est particulièrement vrai lorsque les frontières confessionnelles du groupe dans son ensemble sont ambiguës sur les points de controverse opposant les sous-groupes majoritaires et minoritaires.

[Pour un avis contemporain sur cette question voir : L'arminianisme est-il réformé ?]


Source : PINSON, Matthew J.. 40 Questions about Arminianism. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2022, p. 69-80. (Reproduit avec l'autorisation de Kregel Publications, 2450 Oak Industrial Drive NE, Grand Rapids, MI 40505-6020. USA.)

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Références

Références
1Voir principalement BANGS, Carl. Arminius : A Study in the Dutch Reformation. Nashville : Abingdon, 1971. Pour des exemples d'autres chercheurs qui soutiennent la thèse générale de Bangs, voir la note de bas de page 8 de la question 7 de cet ouvrage.
2G. J. Hoenderdaal était très proche de Bangs sur ce point. Parmi ses nombreux essais, voir en particulier The Debate about Arminius outside the Netherlands. In : Leiden University in the 17th Century. Leiden : Brill, 1975, p. 137-159.
3Voir, par exemple, BERTIUS, Pierre. An Oration on the Life and Death of That Reverend and Very Famous Man James Arminius. In : The Works of James Arminius. Nashville : Randall House, 2007 [1609], vol. 3, 1:13–47 ; GROTIUS, Hugo. Ordinum Hollandiase Ac Westfrisiae Pietas. Leiden : Brill, 1995 [1613] ; LIMBORCH, Philipp. Historical Relation concerning the Origin and Progress of the Controversies in the Belgic League, upon Predestination and Its Connected Heads. Methodist Review, 1844, n°26, p. 425–460, 556–587 ; BRANDT, Gerard. History of the Reformation and Other Ecclesiastical Transactions in and about the Low-Countries. London : John Nicks, 1723, vol. 4. Un peu plus tard les avocats de cette positions incluent CALDER, Frederick. Memoirs of Simon Episcopius. London: Simpkin and Marshall, 1835 ; OPPENRAAIJ, Théodore. La doctrine de la prédestination dans l’église réformée des Pays-Bas depuis l’origine jusqu’au synode national de Dordrecht en 1618 et 1619. Louvain : J. van Linthout, 1906 ; FOSTER, H. D.. Liberal Calvinism: The Remonstrants at the Synod of Dordrecht in 1618. Harvard Theological Review, 1923, n°16, p. 1–37.
4MULLER, Richard A.. God, Creation, and Providence in the Thought of Jacob Arminius. Grand Rapids : Baker, 1991, p. 281. Voir aussi MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. Westminster Theological Journal, 2008, n°70, p. 19-48. Les arminiens Keith D. Stanglin et Thomas H. McCall soulignent parfois les dissemblances entre Arminius et ses contemporains réformés. Ils disent cependant : « Que l'on veuille étiqueter Arminius comme "réformé" n'est pas une question de grande importance pour nous ». (On peut voir dans les chapitres précédents pourquoi la question est d'une grande importance pour les arminiens réformés). Voir STANGLIN, Keith D., MCCALL, Thomas. Jacob Arminius : Theologian of Grace. New York : Oxford University Press, 2012, p. 203. Leur langage est beaucoup plus retenu que celui de Muller, mais ils affirment néanmoins qu'Arminius « a forgé une nouvelle trajectoire au sein de la théologie réformée qui s'en est écartée de manière significative » (ibid.).
5MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. p. 19, 21, 39.
6MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. p. 29. Muller critique à juste titre le fait que Bangs et Hoenderdaal minimisent le caractère national de synodes comme celui de La Haye en 1585-1586. Néanmoins, le fait de déplacer les dates de la controverse un peu plus tôt n'affecte pas la thèse essentielle de Bangs.
7MULLER, Richard A.. Arminius and the Reformed Tradition. p. 28.
8Voir, par exemple, BRANDT. History of the Reformation. 1:308-309, 364-365, 437, et 442.
9BOER, Den. God’s Twofold Love. p. 43.
10BOER, Den. God’s Twofold Love. p. 43–44. Cf. BOER, Den. "Cum delectu": Jacob Arminius’s (1559–1609) Praise for and Critique of Calvin and His Theology. Church History and Religious Culture, 2011, n°91, p. 73–86.
11KOOI, Christine. Review of Pleading for Diversity: The Church Caspar Coolhaes Wanted. In : STUCKRATH GOTTSCHAL, Linda. Church History and Religious Culture. 2018, n°98, p. 166.
12NIJENHUIS, Willem. Variants of Dutch Calvinism in the Sixteenth Century. In : Ecclesia Reformata: Studies on the Reformation. Leiden: E. J. Brill, 1994 [1972], p. 167–168.
13DUKE, Alastair. Reformation and Revolt in the Low Countries. London: Hameldon Continuum, 2003, p. 282.
14STUCKRATH GOTTSCHAL, Linda. Pleading for Diversity: The Church Caspar Coolhaes Wanted. Gottingen: Vandenhoek and Ruprecth, 2017, p. 54. Parmi d'autres érudits soutenant cette thèse, nous pouvons citer, Nicholas Tyacke, Peter White et Silke Muylaert.
15BENEDICT, Philip. Christ’s Churches Purely Reformed: A Social History of Calvinism. New Haven, CT: Yale University Press, 2002, xxiii–xxiv, p. 2, 27, 57, 142–43, 155, 181–85. Albert Hardenberg et Anastatius Veluanus, deux des premiers responsables réformés néerlandais, en sont un exemple. Leur iconoclasme, leurs vues eucharistiques et d'autres principes ecclésiologiques étaient calvinistes et les mettaient hors de la communauté des luthériens, alors qu'ils conservaient une sotériologie plus mélanchthonienne.
16GUNTER, W. Stephen. Arminius and His Declaration of Sentiments: An Annotated Translation with Introduction and Theological Commentary. Waco, TX: Baylor University Press, 2012, p. 128–129. ARMINIUS. Works. 1:642. Voir FRANDSEN, Hendrik. Hemmingius in the Same World as Perkinsius and Arminius. Praestoe, Denmark: Grafik Werk, 2013. La thèse de Bangs n'a pas besoin de montrer qu'Arminius et ses prédécesseurs étaient mélanchthoniens sur tous les points de la scolastique, mais simplement qu'ils étaient d'accord avec lui sur le calvinisme sotériologique.
17Voir SCHMID, Heinrich. HAY, Charles A. [trad.], JACOB, Henry E.. [trad.]. The Doctrinal Theology of the Evangelical Lutheran Church. Minneapolis : Augsburg, 1961 [1876], passim.
18HEYLYN, Peter. Historia Quinqu-Articularis part I. London: Thomas Johnson, 1660, p. 38.
19Voir, par exemple, BANGS. Arminius. p. 93 ; JANSE, Wim, HARDENBERG, Albert. Eines Bucer-Schülers. Leiden: Brill, 1994. ; GOTTSCHALK. Pleading for Diversity. ; DE BOER, Erik A.. Who Are the "Predestinatores"? The Doctrine of Predestination in the Early Dutch Reformation (Joannes Anastasius) and Its Sources (Philip Melanchthon). In : VAN DER POL, Frank [ed.]. The Doctrine of Election in Reformed Perspective: Historical and Theological Investigations of the Synod of Dordrecht 1618–1619. Göttingen : Vandenhoeck and Ruprecht, 2019. ; TRAPMAN, Johannes. Grotius and Erasmus. In : GROTIUS, Hugo. Theologian: Essays in Honor of G. H. M. Posthumus Meyjes. eds. Henk J. M. Nellen and Edwin Rabbie. Leiden: Brill, 1994. ; Holmannus (Johannes) Secundus. In : Biographisch woordenboek der Nederlanden. ed. Abraham Jacob van der Aa. Haarlem: J. J. van Brederode, 1862, p. 309. ; VAN DER STEEN, Jasper. A Contested Past: Memory Wars during the Twelve Years Truce (1609–21). In : Memory before Modernity: Practices of Memory in Early Modern Europe. eds. Erika Kuijpers, et al. Leiden: Brill, 2013, p. 53.
20GUNTER. Declaration of Sentiments. p. 45–47.
21GUNTER. Declaration of Sentiments. p. 46. Voir aussi Bangs. Arminius. p. 54–55. ; ainsi que VAN DER STEEN. A Contested Past. chap. "Who Was First?", p. 53.
22HEYLYN. Historia Quinqu-Articularis. p. 38.
23BRANDT. History of the Reformation. 1:308 ; LIMBORCH. Historical Relation. p. 425–460, 556–587 ; TRAPMAN. Grotius and Erasmus. p. 82. Pour les luthériens voir : BENTHEM, Heinrich Ludolf. Holländischer Kirch-und Schulen-Staat. Frankfurt and Leipzig : Försters, 1698; 1:628 ; VON MOSHEIM, John Laurence, MURDOCK, James [trad.]. Institutes of Ecclesiastical History, Ancient and Modern. London: Longman and Company, 1841 [1726], p. 384–385, 401–402 ; voir aussi CALDER. p. 20 ; VAN OPPENRAAIJ. La doctrine de la predestination. p. 120.
24VAN OPPENRAAIJ. La doctrine de la predestination. p. 120.
25Ces prédicateurs sont cités très tôt par Grotius, Heylyn, Limborch et Brandt. Bangs est la personne qui a le plus discuté de ces personnages sur papier, mais le traitement de Van Oppenraaij est le plus exhaustif à ce jour, bien qu'en dehors d'Oppenraaij, il y ait des études solides sur Hardenberg et Coolhaes et des traitements plus courts sur Veluanus et Duifhuis. Voir, par exemple, KAPLAN, Benjamin J.. Calvinists and Libertines : Confession and Community in Utrecht 1578-1620. Oxford : Clarendon, 1995.
26MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 28. Muller note à juste titre qu'Arminius faisait référence à la confession helvétique postérieure de Bullinger.
27TRAPMAN, Johannes. Grotius and Erasmus. p. 86 ; GROTIUS. Ordinum Hollandiase. p. 454 ; BRANDT, G.. History of the Reformation. 1:308–309, 364–365, 437, 442.
28ARMINIUS. Works. 1:604, n. 3, p. 622.
29Voir, par exemple, VENEMA, Cornelius P.. Heinrich Bullinger and the Doctrine of Predestination: Author of “the Other Reformed Tradition”? Texts and Studies in Reformation and Post-Reformation Thought. Richard Muller, series ed. Grand Rapids : Baker, 2002; ARCHILLA, Aureio A. Garcia. The Theology of History and Apologetic Historiography in Heinrich Bullinger: Truth in History. San Francisco: Mellen Research University Press, 1992.
30BAKER, J. Wayne. Heinrich Bullinger and the Covenant: The Other Reformed Tradition. Athens, OH: Ohio University Press, 1980, p. 165–69. Voir aussi GRAVES, Richard L.. The Origins and Early Development of English Covenant Though. The Historian 21, 1968, p. 21–35. Des universitaires tels que Leonard Trinterud, Jens Moeller, W. A. Clebsch, Kenneth Hagen, Charles McCoy, Peter White, Stephen Strehle, Oliver Crisp et Mark A. Ellis sont fortement d'accord. W. P. Stephens et G. Michael Thomas sont largement d'accord mais en prenant soin de souligner l'ambiguïté de Bullinger.
31BAKER. Heinrich. Bullinger, the Covenant, and the Reformed Tradition in Retrospect. Sixteenth Century Journal. 1998, vol. 29, p. 371.
32Second Helvetic Confession, 5.053, 5.060. In : The Constitution of the Presbyterian Church (U.S.A.), Part I, Book of Confessions. Louisville: Office of the General Assembly, 1999, p. 66, 68.
33HARDIN, Thomas [ed.], H.I. [trad.]. The Decades of Henry Bullinger, the Fourth Decade. Cambridge: Cambridge University Press, 1851, p. 186–87.
34THOMAS, G. Michael. The Extent of the Atonement: A Dilemma for Reformed Theology from Calvin to the Consensus (1536–1675). Eugene, OR: Paternoster, 2006, p. 72; pour une perspective similaire voir ROUWENDAL, Pieter. The Doctrine of Predestination in Reformed Orthodoxy. In : SELDERHUIS, Herman J. [ed.]. A Companion to Reformed Orthodoxy. Leiden: Brill, 2013, p. 563.
35NEVIN, John Williamson. The History and Genius of the Heidelberg Catechism. Chambersburg, PA: Publication Office of the German Reformed Church, 1847, p. 131; Voir aussi HEPPE, Heinrich. The Character of the German Reformed Church, and Its Relationship to Lutheranism and Calvinism. Mercersburg Quarterly Review. 1853, vol. 5, p. 181–207.
36FOSTER. “Liberal Calvinism,” p. 19, 23, 27–28, 30.
37NIJENHUIS, W.. Ecclesia Reformata: Studies on the Reformation. Leiden: E. J. Brill, 1972, p. 97–98.
38GROTIUS. Ordinum Hollandias. p. 149.
39MEYERS, Jeffrey J.. Light and Shadow: Confessing the Doctrine of Election in the Sixteenth Century. In : The Glory of Kings: A Festschrift in Honor of James B. Jordan, eds. Peter J. Leithart and John Barach. Eugene, OR: Pickwick, 2011, p. 205, 211, 237–39. See also CRISP, Oliver. God Incarnate: Explorations in Christology. London: T&T Clark, 2009, chap. 2 The Election of Jesus Christ, p. 36–39.
40BEEKE, Joel R.. Debated Issues in Sovereign Predestination: Early Lutheran Predestination, Calvinian Reprobation, and Variations in Genevan Lapsarianism. Göttingen: Vandenhoek and Ruprecht, 2017, p. 56.
41Schaff cité dans BERKHOF, Hendrikus. The Catechism in Historical Context. In : Essays on the Heidelberg Catechism. Dayton, OH : United Church Press, 1963, p. 91. Voir BIERMA, Lyle D.. The Theology of the Heidelberg Catechism: A Reformation Synthesis, Columbia Series in Reformed Theology. Louisville: Westminster John Knox, 2013, p. 2–5, qui parle des très nombreux érudits soutenant cette position.
42NEVIN. The History and Genius of the Heidelberg Catechism, p. 131–32, 135–37.
43BEEKE, Debated Issues in Sovereign Predestination, p. 56.
44BIERMA, Lyle D., MULLER, Richard A. [ed.]. An Introduction to the Heidelberg Catechism: Sources, History, and Theology. Texts and Studies in Reformation and Post-Reformation Thought. Grand Rapids : Baker, 2005, p. 95–96.
45BIERMA. An Introduction to the Heidelberg Catechism. p. 57.
46MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 34–35.
47BOER, Den. ‘Cum Delectu’. p. 85.
48MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 39.
49MULLER. Arminius and the Reformed Tradition. p. 46.
50RABBIE, Edwin. General Introduction. In : GROTIUS. Ordinum Hollandiae, p. 7, n. 4.
51BEEKE. Debated Issues in Sovereign Predestination. p. 57; Voir aussi BOER, Den. ‘Cum Delectu’ p. 85.
52COLLIER, Jay T.. Debating Perseverance: The Augustinian Heritage in Post-Reformation England. Oxford Studies in Historical Theology, NY : Oxford University Press, 2018, p. 10–12, 17–18.
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