L'arminianisme est-il réformé ?

Luther theses

Une légère controverse existe au sein des spécialistes de l'arminianisme concernant le fait de savoir si l'arminianisme classique peut légitimement prétendre faire partie de la tradition théologique réformée. Certains spécialistes réformés non-arminiens y ont aussi pris part. La question est la suivante : Est-ce que l'arminianisme était et est une déviation si importante de la théologie réformée classique qu'il faut considérer cette position comme totalement incompatible avec elle, historiquement et théologiquement ? Ou bien s'agit-il simplement d'une branche de la grande famille de la tradition réformée ?

Comme dans bien d'autres débats similaires, tout dépend de la façon dont on définit le terme « réformé ». D'autre part, je me baserai sur une définition généralement admise de la théologie arminienne classique (telle que je la décris dans Arminian Theology : Myths and Realities) : l'« arminianisme originel ». Celui-ci n'est pas nécessairement wesleyen. Le wesleyanisme soulève d'autres questions par rapport à la compatibilité avec la tradition réformée.

De nos jours, le terme « réformé » est une notion fortement contestée jusqu'à dans son essence. À une extrémité du spectre de sa définition, « réformé » implique l'affirmation et l'adhésion aux « trois formes d'unité » qui sont le Catéchisme d’Heidelberg, la Confessio Belgica et les Canons de Dordrecht. Selon cette définition, les presbytériens ne sont pas réformés. C'est pourquoi, par exemple, l'éditeur Presbyterian and Reformed se nomme ainsi. Tous conviennent qu'ils ont beaucoup en commun, mais certains spécialistes de la réforme définissent le terme « réformé » d'une manière à ce que même les presbytériens en soient exclus.

À l'autre extrémité du spectre de la définition de « réformé » se trouve l'approche luthérienne traditionnelle. Pour de nombreux luthériens « de la vieille école » (par exemple Casper Nervig dans Christian Truth and Religious Delusions), tous les protestants sont soit luthériens, soit réformés. Les anglicans sont une sorte d'hybride et les anabaptistes ne sont pas protestants. Cependant, les méthodistes, eux, sont bien réformés dans cette définition !

Tout proche de l'extrémité de l'approche luthérienne se trouve la Communion mondiale des Églises réformées qui comprend environ 116 dénominations, dont la fraternité remontrante des Pays-Bas. La fraternité remontrante est la dénomination arminienne des débuts dont les racines remontent à Simon Episcopius. D'un autre coté, les « baptistes réformés » sont exclus de cette Communion alors même qu'ils sont calvinistes à cinq points !

De nombreux théologiens réformés « modérés » et modernes, c'est-à-dire des théologiens qui s'identifient eux-mêmes comme réformés et qui sont des théologiens reconnus par les églises réformées, sont plus arminiens que calvinistes : Lesslie Newbigin, Jürgen Moltmann, Adrio König, Alisdair Heron, Alan P. F. Sell, et d'autres. Je m'excuse, par avance, de les avoir qualifié d'arminiens ! J'ai bien conscience qu'ils ne voudraient pas être qualifiés ainsi, mais je trouve leurs sotériologies beaucoup plus proches de l'arminianisme classique que du calvinisme  « TULIP » [acronyme des 5 points du calvinisme].

L’un des principaux points irritants, pour moi comme pour beaucoup d’autres, au sujet du mouvement « Young, Restless, Reformed » [jeune, agité et réformé] est la tendance qu’ont ses dirigeants et ses partisans à vouloir définir le mot « réformé » d’une façon très étroite : centré sur « les doctrines de la grâce » (comme ils les appellent) désignant en fait la « TULIP ». Le mouvement devrait plutôt être appelé « jeune, agité et calviniste ». Sauf que cela ne sonnerait pas aussi bien que « jeune, agité et réformé ». Le problème est que les principaux porte-paroles du mouvement excluraient beaucoup de personnes qui classiquement sont réellement réformés. Et pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas « vraiment réformés » selon les normes reconnues par la Communion mondiale des Églises réformées ! En effet, toutes les dénominations de cette Communion des Églises réformées pratiquent le baptême des enfants.

Est-ce que je me qualifie, moi-même, de « réformé » ? Tout dépend. Je pense qu'Arminius et les premiers remontrants, historiquement, étaient tous théologiquement réformés. Ils n’étaient simplement pas d’accord avec la définition étroite du mot « réformé » prônée par des personnes comme Franciscus Gomarus et le Prince Maurice, c’est-à-dire le pouvoir derrière le Synode de Dordrecht. Les Églises réformées des Provinces-Unies (Pays-Bas) ne disposaient donc pas avant Dordrecht de normes doctrinales faisant autorité excluant les remontrants. Ceux-ci pouvaient en effet affirmer volontiers le Catéchisme d'Heidelberg même s’ils voulaient qu'il soit révisé. C’est Dordrecht qui a rendu l’arminianisme « hérétique » au sein des Églises réformées des Provinces-Unies. Cependant, beaucoup de théologiens réformés partout en Europe n’étaient pas d’accord avec Dordrecht. Certains, de la délégation d’Angleterre, ont même quitté le Synode quand ils ont constaté que ce n’était qu’un tribunal fantoche, et qu'ils ont vu la manière étroite dont le terme « réformé » était défini dans ce synode.

De nombreux arminiens font une distinction entre l'arminianisme « réformé » et « wesleyen ». La différence se situe au niveau de la doctrine wesleyenne de l'entière sanctification. Si la ligne de démarcation se situe bien à ce niveau, alors je me situe du côté réformé, bien que j'aie beaucoup de respect pour mes frères et sœurs wesleyens qui s'efforcent de parvenir à la perfection.

Malgré cela, en Amérique, le terme « réformé » est généralement compris comme synonyme de « calviniste ». Cette manière de comprendre ce terme est en grande partie dû à l'influence puritaine, à l'orthodoxie mise en avant par la  « Old School » du Princeton Theological Seminary et à l'afflux d'immigrants réformés néerlandais. Dans ce cas, bien entendu, je ne peux pas m'identifier comme réformé.

Personnellement, je pense que si les calvinistes baptistes cessaient de se dire réformés cela permettrait de clarifier un peu les choses. Ceux qui appartiennent à des églises réformées peuvent et doivent continuer à se dire réformés, mais dans la mesure où ils sont baptisés (ecclésialement et en termes d'ordonnances), ils devraient simplement se dire calvinistes et non pas réformés.

J'admets avoir un penchant pour les idées claires et nettes. Or, le mot « réformé » n'a plus un sens sans équivoque. Quand quelqu'un dit qu'il est réformé, j'ai très peu de moyens de comprendre ce qu'il veut dire. Je dois lui demander « dans quel sens ? ». S'il me dit : « Je suis calviniste », je dois lui demander : « Mais qu'est-ce qui fait que vous êtes "réformé" ? ». Il est alors probable qu'il me regarde comme si j'étais ignorant alors qu'en fait, c'est habituellement lui qu'il l'est en ce qui concerne la théologie historique.


Article original : OLSON, Roger E.. Is Arminianism “Reformed?”. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2014-02-23 [consulté le 2020-09-13]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/02/is-arminianism-reformed/

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