Le rôle de la grâce et des œuvres dans le salut (Philippiens 2:12-13)

Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, mettez en œuvre votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent; car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. (Philippiens 2:12-13)

Introduction historique au paradoxe

Il n'y a pas deux versets de la Bible qui ont été discutés et débattus plus que ceux-ci. Tout au long de l'histoire chrétienne, ces deux versets ont apporté à la fois réconfort et affliction à de nombreux lecteurs de la Bible. Parmi les nombreux érudits bibliques, théologiens et chefs d'église qui ont lutté avec ce passage et qui l'ont commenté, il y a saint Augustin, Martin Luther, John Wesley, Jonathan Edwards et Dietrich Bonhoeffer. Le théologien écossais Donald M. Baillie a qualifié la vérité communiquée ici de « paradoxe de la grâce ».

Tout l'évangile est exprimé dans ces deux versets en quelques mots. Pour de nombreux chrétiens, néanmoins, cela a été et reste un problème difficile à résoudre. Cela est dû à sa nature paradoxale où deux vérités semblent s'opposer et pourtant sont inséparables.

Voici le paradoxe de ce passage : le salut est à la fois « don et œuvre »[1]Pour ceux d'entre vous qui ont suivi le cours Rosetta Stone en allemand, il y a un jeu de mots dans l'interprétation théologique de ce passage dans cette langue : le salut est à la fois Gabe (don) et Aufgabe (œuvre).. C'est un paradoxe que nous connaissons tous si nous avons étudié attentivement nos Bibles. Ephésiens 2:8-9 dit que « Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par la foi et non par les œuvres ; c'est un don de Dieu ». D'autre part Jacques 2:18 dit « Montre-moi ta foi sans les œuvres et je te montrerai ma foi par mes œuvres ».

Probablement aucune vérité du Nouveau Testament n'est aussi difficile à saisir que celle-ci. Cela semble contradictoire. D'une part, le salut vient entièrement de Dieu tel un don pur qui ne peut être gagné. D'autre part, le salut est quelque chose à quoi nous travaillons, dans lequel nous avons un rôle à jouer.

Tout au long de l'histoire chrétienne, et encore aujourd'hui, ce paradoxe a donné lieu à deux interprétations opposées et également erronées. Le pendule oscille entre ces deux extrêmes.

Aux débuts du christianisme à Rome, un moine nommé Pélage a enseigné que nous devons mériter notre salut ; le salut est notre responsabilité. Tout est « œuvre ». Le père de l'Église, Augustin, s'est opposé à Pélage et a enseigné que le salut est l'œuvre de Dieu ; nous n’y contribuons en rien. Dieu choisit qui il veut sauver, et le sauve, sans aucune coopération ou contribution de sa part.

Au cours de la Réforme protestante, Martin Luther et l'Église catholique se sont disputés amèrement à ce sujet. Luther a insisté sur le fait que les personnes sauvées n'ont même pas de libre arbitre. L'homme, argumente-t-il, est comme un cheval monté soit par Dieu soit par le diable et Dieu décide qui sera le cavalier. L'Église catholique, cependant, a insisté sur le fait que les bonnes œuvres jouent un rôle dans le maintien du salut.

Pendant le Grand Réveil en Grande-Bretagne et en Amérique, John Wesley et le revivaliste George Whitefield sont tombés en désaccord et, pendant un certain temps, ont mis fin à leur amitié sur cette question du rôle de Dieu et du nôtre dans le salut. Wesley a enseigné que nous avons un rôle à jouer ; Whitefield a tout attribué à la grâce électrice de Dieu et a nié toute coopération humaine au salut.

Ainsi de suite, la « dispute » a continué. Aujourd'hui, ce débat divise à nouveau également les chrétiens qui craignent Dieu, qui aiment Jésus et qui croient en la Bible. Quelque chose appelé « le nouveau calvinisme » ou mouvement des « jeunes, agités et réformés » dirigé par des enseignants chrétiens comme John Piper nie à nouveau tout rôle humain dans le salut ; tout vient de Dieu et rien ne vient de l’homme.

L'approche explicative

Beaucoup de ces personnes, peut-être comme certains d'entre nous, ont divisé à tort les versets 12 et 13 de Philippiens 2 et les ont opposés l’un à l’autre, en mettant l'accent sur l'un au détriment de l'autre. Soit l'accent est mis sur le verset 12, les êtres humains contribuant à leur salut par de bonnes œuvres, soit l'accent est mis sur le verset 13, Dieu faisant tout lui-même.

Ce que beaucoup ne voient pas, c'est que Philippiens 2:12-13 ne parle pas du salut initial, de la conversion. Il s'agit de la vie chrétienne après la conversion, du maintien d'une relation saine avec Dieu en tant que croyant converti.

En tant que baptistes, comme de nombreux chrétiens évangéliques, nous avons tendance à nous spécialiser dans le salut initial : la conversion. Nous savons tout à ce sujet : nous sommes pardonnés par Dieu du fait de notre simple foi dépouillée de tout et de notre confiance en Jésus-Christ. Les bonnes œuvres ne jouent aucun rôle dans la conversion. Mais nous ne sommes pas toujours aussi sûrs de ce qui vient après cela. Nous devenons confus quant au rôle de la grâce et des bonnes œuvres dans le fait de vivre une vie agréable à Dieu en maintenant une relation saine avec Dieu notre Sauveur.

Pour le dire clairement : comment rester dans la bonne faveur de Dieu après avoir été sauvé ? Est-ce que maintenir une bonne relation avec Dieu et grandir dans la grâce de Dieu est de notre ressort ou celui de Dieu ? Que devons-nous faire pour profiter des bienfaits du salut tout au long de la vie ? Que fait Dieu pour maintenir cette relation ?

C'est là que Philippiens 2:12-13 entre en jeu. Ce passage répond à cette question cruciale par un paradoxe et non par une contradiction. [...] Le verset 13 sonne comme s'il contredisait le verset 12. Or, ce n'est pas le cas. En effet, le mot grec parfois traduit par « mettre en oeuvre » au verset 12 signifie « continuer une tâche ; mener à son terme. » D'autre part, le mot grec traduit parfois par « produire » au verset 13 signifie « fournir la capacité et les moyens, l'énergie ». Alors lisons le passage en gardant à l'esprit le grec :

« Accomplissez votre travail, menez à terme votre salut avec crainte et tremblement, car Dieu vous fournit toute la capacité, les moyens et l'énergie […] ».

Maintenant la lumière se lève. Le sens du passage est plus clair. Quand il s'agit de maintenir une relation saine avec Dieu, nous faisons quelque chose et Dieu fait quelque chose.

Je veux suggérer que ces deux versets expriment ensemble la vie chrétienne, notre relation avec Dieu, comme une bonne nouvelle inconditionnelle. Nous ne sommes pas des marionnettes, étant manipulés par Dieu. Nous sommes des personnes responsables dans une relation personnelle avec un Dieu personnel. Mais, d'un autre côté, nous sommes faibles et Dieu nous donne tout ce dont nous avons besoin pour maintenir une relation forte et saine avec lui.

J'ai trois précisions à apporter sur cette bonne nouvelle, ce paradoxe de la grâce, ces deux versets et la vérité qu'ils disent sur notre relation avec Dieu.

1. La grâce est gratuite !

Autrement dit, il n'y a pas d' « amplificateurs de grâce ». Rien de ce que nous pouvons faire ne peut augmenter la grâce de Dieu envers nous, pour nous, en notre nom. Tout ce dont nous avons besoin pour être et rester dans la faveur de Dieu est fourni par Dieu lui-même. Et cela ne nous coûte rien.

Le problème est que, dans notre faiblesse et notre ignorance humaine, nous voulons souvent penser qu'il y a quelque chose que nous devons faire pour acheter ou renforcer la grâce de Dieu. Que ce soit par peur ou par orgueil, nous créons des « amplificateurs de grâce », c'est-à-dire des actes qui, selon nous, mériteront la faveur de Dieu et renforceront notre relation avec lui.

Certaines églises ont des amplificateurs de grâce formels et officiels. Ils s'appellent des sacrements. En tant que baptiste, je ne crois pas en ceux-ci. Mais nous, les baptistes, avons nos propres amplificateurs de grâce : les bonnes œuvres que nous pensons nécessaires pour garantir d'une manière ou d'une autre la faveur et les bénédictions de Dieu : la dîme, le bénévolat, l'assistance, le témoignage... peu importe.

Lorsque ces bonnes œuvres sont considérées comme des amplificateurs de grâce, elles deviennent comme les piliers que le célèbre architecte Christopher Wren a ajoutés à l'hôtel de ville de Windsor, en Angleterre, en 1689. Les élus de la ville voulaient un nouvel hôtel de ville magnifique avec une grande salle de réunion au-dessus et un espace ouvert pour un marché fermier en dessous. Ils ont chargé Wren, l'architecte de la cathédrale Saint-Paul de Londres, de le concevoir. Wren a utilisé une nouvelle méthode de construction pour soutenir la salle de réunion au-dessus du marché en plein air. Lorsque les élus de la ville ont vu le bâtiment, ils ont été alarmés. Le marché fermier en dessous de la salle de réunion n'avait pas de piliers qui n'étaient distribués qu'à la périphérie. Au milieu, il n'y avait pas de piliers pour soutenir le plafond, qui était également le sol de la salle de réunion qui se trouvait au-dessus. Ils ont demandé à Wren d'ajouter quatre piliers au milieu de l'espace du marché en plein air pour empêcher la chute du premier étage lorsqu'ils se rencontreraient dans leur nouvelle salle de réunion.

Wren a refusé, soulignant à quel point l'espace ouvert était beau sans piliers en son milieu. Mais les élus de la ville ont insisté, alors Wren, amer, a ajouté finalement les piliers. Des années plus tard, le plafond du marché avait besoin de réparations. Les ouvriers ont construit leurs échafaudages autour des piliers, sont montés pour réparer le plafond et ont trouvé quelque chose de choquant. Les quatre piliers ajoutés n'atteignaient pas le plafond. Les piliers de Wren étaient trompeurs; ils ne supportaient rien.

Nos bonnes œuvres, destinées à soutenir et même à accroître la faveur de Dieu, sont comme les piliers trompeurs de Wren. Ils sont beaux et donnent un faux sentiment de sécurité, mais ils ne contribuent en rien à la grâce.

La réalité est que notre relation avec Dieu est soutenue du côté de Dieu ; tout ce dont nous avons besoin pour avoir une bonne relation avec Lui est fourni par Lui. C'est le sens du verset 13.

2. La grâce coûte cher !

Comment ça! Cela ne contredit-il pas le point 1 - « la grâce est gratuite? » Pas vraiment.

La grâce est gratuite pour nous, mais pas pour Dieu.

Une définition populaire de la « grâce » est « les richesses de Dieu aux dépens de Christ ». Quelles sont les richesses de Dieu ? La faveur de Dieu, l'adoption dans sa famille, la paix, la joie, la confiance que notre avenir est assuré en lui.

La Bible appelle cela « la vie abondante » et « la vie éternelle » - pas seulement quelque chose de futur mais disponible maintenant. Tout peut être à nous, maintenant. Mais seulement parce que Dieu lui-même s'est abaissé à notre niveau et a pris notre honte et notre culpabilité et a fait mourir un innocent par la peine capitale sur une croix cruelle.

La grâce de Dieu est gratuite pour nous, mais pas pour Dieu. Cela lui a coûté cher.

C'est ce que voulait dire le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer lorsqu'il condamnait la « grâce bon marché » et promouvait la « grâce coûteuse » - non pas que la grâce nous coûte quelque chose, mais qu'elle coûte cher à Dieu et que nous la déprécions en étant ingrats, en menant une vie de spiritualité paresseuse ou en péchant pour que la grâce abonde.

Cela explique pourquoi nous faisons de bonnes œuvres. Ce ne sont pas des « amplificateurs de grâce », mais des actes de gratitude pour le prix que Dieu a payé pour nous sauver et nous attirer dans une relation avec Lui afin qu'il puisse partager ses richesses avec nous.

3. La grâce est relationnelle

Oui, la grâce est gratuite ; cela ne nous coûte rien, même pour ce qui est de maintenir une relation saine avec Dieu et de profiter des avantages et des bénédictions de sa faveur.

Cependant, notre vie chrétienne est une relation ; ce n'est pas un état. Cela nécessite un entretien et cela signifie que les deux parties ont quelque chose à faire, comme dans toute relation personnelle.

Dieu ne nous impose pas sa faveur, ses bénédictions. Il nous invite à en profiter et propose de nous fournir tout ce dont nous avons besoin pour les avoir.

Alors pourquoi ne profitons-nous pas plus souvent des bénédictions de la faveur de Dieu ? Pourquoi notre relation avec Dieu est-elle souvent si faible et stagnante, voire presque inexistante ?

Plus tôt, j'ai dit qu'il n'y avait pas d'amplificateurs de grâce. Ce n'est donc pas dû au manque d'amplificateurs de grâce, au manque de bonnes œuvres. Dieu n'attend pas que nous exécutions quelque chose pour Lui avant de nous bénir. Sa grâce est toujours déjà pleine et gratuite et nous est offerte.

Il n'y a pas d'amplificateurs de grâce, mais il y a des « bloqueurs de grâce ». C'est la réponse à ce que Paul veut dire au verset 12 : « travailler à son propre salut ». Cela ne signifie pas « construire des piliers » qui n'atteindront même pas le plafond. Cela ne signifie pas non plus « faire plus de bonnes œuvres afin que la grâce soit augmentée ».

Permettez-moi d'illustrer ce que Paul veut dire avec une autre analogie. J'ai une expérience frustrante récurrente pendant ces étés chauds du Texas. J'ai une grande cour avec de nombreux arbres et arbustes décoratifs, mais la maison n'a que deux robinets extérieurs. Quand je vois qu'un de mes buissons a besoin d'eau; qu’il se flétrit sous le soleil brûlant et à des températures supérieures à 38°C. Je connecte mon tuyau de 30 mètres au robinet sur le mur de la maison et j'ouvre le robinet. Ensuite, je traîne le tuyau loin de la maison, au coin de la rue jusqu'au pauvre buisson assoiffé. Je me tiens là et dirige la buse de pulvérisation vers le buisson et appuie sur la détente. Il ne se passe rien. Je retourne m'assurer que le robinet est bien ouvert pour que l'eau coule dans le tuyau. Il l’est. Je reviens et prends la buse et la pointe à nouveau et appuie sur la détente. Encore une fois, rien. Qu'est-ce qui ne va pas?

Ah, finalement je me rends compte que quelque part le long du tuyau, il y a un coude qui arrête l'écoulement de l'eau. La faute ne vient pas de la pression de l'eau; l'eau pousse pour sortir et arroser le buisson assoiffé. Ainsi je marche le long du tuyau et je trouve le ou les coudes et les enlève. Ensuite, l'eau qui est déjà là est libre de s'écouler.

Comme l'eau dans le tuyau, la grâce de Dieu ne manque pas. Elle n'a pas besoin d'être amplifiée. Elle est déjà « activée » par l'amour et la miséricorde de Dieu, notre repentance et notre foi. Mais parfois, lle ne peut pas couler dans notre vie parce que nous avons mis des bloqueurs de grâce sur son chemin, nous leur avons permis de se produire dans nos vies.

Que sont les « bloquants de grâce ? »

Mauvaises attitudes, mauvaises dispositions, mauvaises habitudes, négligence des disciplines spirituelles…

Quand Paul dit : « Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement… », il veut dire « identifiez ces bloqueurs de grâce qui arrêtent le flux de la grâce de Dieu dans votre vie et éliminez-les avec l'aide du Saint-Esprit ». Il ne veut pas dire « travaillez plus dur pour plaire à Dieu avec de bonnes œuvres afin que la grâce de Dieu dans votre vie augmente ».

Et quand Paul dit « car Dieu agit en vous… », il ne veut pas dire « Dieu fait tout et vous ne faites rien », il veut dire « Dieu vous donnera toute la capacité, toute l'énergie, tous les moyens de vous débarrasser des bloqueurs de grâce de votre vie afin que votre relation avec Lui soit à nouveau entière. »

Alors, quels sont les bloqueurs de grâce dans votre vie qui entravent le flux de la grâce de Dieu ?


Article original : OLSON, Roger E.. A Sermon: “Grace Works” Philippians 2:12-13. In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2012-07-28 [consulté le 2022-06-15]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2012/07/a-sermon-grace-works-philippians-212-13/

Source des citations bibliques La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

Références

Références
1Pour ceux d'entre vous qui ont suivi le cours Rosetta Stone en allemand, il y a un jeu de mots dans l'interprétation théologique de ce passage dans cette langue : le salut est à la fois Gabe (don) et Aufgabe (œuvre).
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