Éphésiens 1:4 enseigne-t-il que certains sont « élus » pour le ciel et d’autres « élus » pour l’enfer ?

Portes fermées

Problématique

Paul déclare :

En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui. (Éphésiens 1:4)

Les commentaires calvinistes soutiennent généralement que ce passage enseigne l’élection inconditionnelle des croyants. Cette interprétation est-elle valable ?

Réponse

Éphésiens 1 fait partie des trois principaux passages (avec Romains 9 et Jean 6) sur lesquels les calvinistes s’appuient. En d’autres termes, il s’agit d’un des passages les plus importants pour soutenir la position calviniste. Cependant, même ce passage (un de leurs plus solides soutiens), peut être interprété avec sincérité et bonne foi dans une  perspective différence. Une manière d’exprimer cette autre perspective pourrait être : nous sommes « élus » parce que nous sommes en Christ, et non pas élus pour être en Christ. Il existe différentes raisons rendant cette interprétation valable.

Jésus est « l’Élu », et nous sommes élus « en Lui »[1]FOSTER, Roger T., MARTSON, V. Paul. God’s Strategy in Human History. Minneapolis, Minnesota : Bethany House Publishers, 1974, p.  87, 88. « Nous partageons à la fois la position de Christ au côté de Dieu ainsi que l’élection de Christ par Dieu. Dieu a dit du Christ : Celui-ci est mon Fils élu : écoutez-le ! Ailleurs, il est également dit que le Christ est le serviteur que Dieu a choisi. L’élection du Christ n’a, bien entendu, rien à voir avec le fait d’aller au ciel ou en enfer. Il n’a pas été élu pour aller au ciel mais pour être le serviteur de Dieu. Le « serviteur souffrant » de Dieu pour la rédemption des peuples. Il n’y a d’ailleurs pas grand monde que Dieu aurait pu choisir pour remplir la fonction de serviteur souffrant. Jésus était unique, et il était aussi l’élu ou le choix de Dieu car il était le plus proche du cœur du Père. » . Dieu a dit à propos de Jésus : « Celui-ci est mon Fils élu : écoutez-le ! » (Lc 9:35). Bien entendu, cela ne signifie pas que Jésus fut « élu » au sein d’un panel de messies disponibles ! De même, il existe des « anges élus » (1Tm 5:21) mais ceux-ci ne sont pas élus pour le salut (Hb 1:14 ; 2Pi 2:4). Donc, le sens de « élu » ne signifie pas nécessairement « élu inconditionnellement pour le salut » comme peut parfois l’enseigner le calvinisme.

Paul utilise l’expression prépositionnelle « en Christ » dix fois dans les treize premiers versets d’Éphésiens 1. Nous ne sommes pas élus pour être en Christ, mais élus parce que nous sommes en Christ. Le commentateur Klyne Snodgrass écrit : « Les individus ne sont élus qu’en Christ qui est l’unique élu […] Les individus ne sont pas élus puis  arrivent en Christ. Ils sont en Christ et donc élus[2]SNODGRESS, Klyne. Ephesians. Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans Publishing Co., 1996, p. 49.. » Forster et Marston écrivent : « Nous sommes élus en Christ. Cela ne signifie pas que nous avons été élus pour être en Christ[3]FOSTER, Roger T., MARTSON, V. Paul. God’s Strategy in Human History. Minneapolis, Minnesota : Bethany House Publishers, 1974, p.  88.. »

Prenons un exemple parallèle de l’AT : Les descendants de Jacob (la nation d’Israël) n’ont pas été élus pour être de la lignée de Jacob. Ils ont plutôt été élus parce qu’ils étaient de la lignée de Jacob.

De même, Paul ne fait pas toujours référence à des individus, mais à l’Église entière. Les occidentaux ont tendance à lire la Bible comme se référant au « moi », alors qu’elle se réfère souvent au « nous ». Éphésiens 1 en est un exemple. Paul ne se réfère pas à un croyant en particulier, mais à l’Église tout entière. Paul a écrit : « Il nous a élus […] » et non pas « Il m‘a élu […] ». Paul ne veut pas dire qu’un individu a été élu pour être en Christ, il dit plutôt que l’Église entière a été élue pour être en Christ[4]. Il n’y a qu’un seul  individu ayant été décrit dans le NT comme « élu ». Il s’agit de Rufus en Romains 16:13, qui a été « élu dans le Seigneur » (Darby). Même dans ce cas, Rufus n’a pas été élu pour croire, mais plutôt élu en Christ..

Nous sommes élus en Christ, mais de quelle manière arrivons-nous en Christ ?

Le contexte nous apprend que nous devenons des personnes en Christ simplement par la « foi » en Jésus :

Le CONTEXTE ANTÉRIEUR fait référence à la foi du croyant comme clé pour être « en Jésus-Christ » (Ep 1:1). Paul écrit sa lettre « aux saints qui sont [à Ephèse] et aux fidèles en Jésus-Christ » (Ep 1:1). Ce verset est souvent négligé. Le terme « fidèle » (pistoi) peut être traduit par « ceux qui ont la foi » ou par « ceux qui sont fidèles »[5]FOULKES, Francis. Ephesians: An Introduction and Commentary. Downers Grove, IL : InterVarsity, 1989, vol. 10, p. 52.. La majorité des commentaires, incluant ceux de tendance réformée, le comprennent comme se référant à « ceux qui ont la foi ». Nous pourrions mentionner F. F. Bruce[6]BRUCE, F. F.. The Epistles to the Colossians, to Philemon, and to the Ephesians. Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans Publishing Co., 1984, p. 251. « Le terme « croyants » est plus probablement le sens qui doit être donné dans ce passage. » , Andrew Lincoln[7]LINCOLN, Andrew. Ephesians. In : A. T. Dallas : Word, Incorporated. 1990. vol. 42, p. 6. « « fidèle » doit être compris dans le sens d’avoir la foi ou d’exercer la croyance plutôt que d’être digne de confiance ou fiable. En tant qu’adjectif, πιστός signifie « croire » en Gal 3:9. Utilisé comme substantif, il a commencé à prendre le sens semi-technique de « croyant » ; en 2Co 6:15, le croyant (πιστός) est mis en contraste avec l’incroyant (ἄπιστος) (S21), et à l’époque des épîtres pastorales, cet usage semble avoir perduré (cf. 1 Tim 4:10, 12 ; 5:16 ; 6:2 ; Tite 1:6). » , Ernest Best[8]BEST, Ernest. A critical and exegetical commentary on Ephesians. Edinburgh : T&T Clark International, 1998, p. 101. « Utilisé comme un nom dans Ep 1:1, ce terme appartient au même champ sémantique que « saints » et devrait être traduit par « croyants ». », et Clinton Arnold[9]Arnold écrit : « L’adjectif a un sens plus adéquat en tant qu’application de la foi ou de la confiance, d’autant plus que l’objet de cette foi est explicitement énoncé comme « en Jésus-Christ ». Bien que le mot puisse également être compris comme « fidèle », cela est douteux car Paul ne fait aucune distinction dans la lettre à Éphèse entre les chrétiens fidèles et infidèles. ». Donc, si vous avez foi en Jésus, vous faites partie du « nous » mentionné tout au long de l’introduction de Paul. Cela devrait transformer notre façon de lire le reste de ce chapitre :

  • [Dieu] a élu [les fidèles] en lui (Ep 1:4) [DRB]
  • [Dieu] a prédestiné dans son amour [les fidèles] à être ses enfants d’adoption (Ep 1:5)
  • En lui [les fidèles sont] aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant le plan [de Dieu] (Ep 1:11)

En somme, la manière dont nous pouvons être en Christ n’est en rien un mystère. Le texte nous dit clairement que c’est par notre foi.

Le CONTEXTE ULTÉRIEUR fait référence à la foi du croyant comme clé pour être « en Christ » (Ep 1:13-14). Paul écrit explicitement : « En lui vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité, l’Évangile de votre salut, en lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis » (Ep 1:13). Ce passage enseigne qu’être en Christ est conditionné par le fait « d’avoir cru ». Leighton Flowers écrit : « Le premier chapitre d’Éphésiens ne prétend pas que Dieu détermine à l’avance quels individus seront en Christ. Ce passage affirme que Dieu détermine à l’avance les bénédictions spirituelles de ceux qui sont en Christ du fait de leur croyance dans la parole de vérité (Ep 1:1-3)[10]FLOWERS, Leighton. The Potter’s Promise: A Biblical Defense of Traditional Soteriology. Evansville, IN : Trinity Academic Press, 2017, p. 79, 80. ».

D’autres passages montrent que Dieu nous a élus sur la base de sa prescience. Pierre écrit : « [Les chrétiens] sont élus selon la prescience de Dieu le Père » (1 Pi 1:2). Remarquez l’ordre : Dieu nous a élus sur la base de sa prescience des événements futurs, qui inclut notre décision de croire en Christ.

Conclusion

Nous ne disons pas que la lecture réformée de ce passage est exclue par celle que nous venons de présenter. Il est possible de comprendre Éphésiens 1:4 comme une référence à l’élection inconditionnelle. Nous affirmons simplement que notre lecture est tout aussi plausible, si ce n’est plus. Étant donné que ce passage est un des plus pertinents concernant la défense de l’élection inconditionnelle,  il apparait que cette doctrine réformée ne s’avère pas être solide à la lumière de passages qui s’y opposent directement.


Article original : ROCHFORD, James M.. (Eph. 1:4) Does this passage teach that some people are “chosen” for heaven and others are “chosen” for hell?. In : Evidence Unseen [en ligne]. [consulté le 2020-12-07]. Disponible à l’adresse : http://www.evidenceunseen.com/bible-difficulties-2/nt-difficulties/1-2-thessalonians/eph-14-does-this-passage-teach-that-some-people-are-chosen-for-heaven-and-others-are-chosen-for-hell/

Source des citations bibliques sauf indication contraire : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

Références

Références
1FOSTER, Roger T., MARTSON, V. Paul. God’s Strategy in Human History. Minneapolis, Minnesota : Bethany House Publishers, 1974, p.  87, 88. « Nous partageons à la fois la position de Christ au côté de Dieu ainsi que l’élection de Christ par Dieu. Dieu a dit du Christ : Celui-ci est mon Fils élu : écoutez-le ! Ailleurs, il est également dit que le Christ est le serviteur que Dieu a choisi. L’élection du Christ n’a, bien entendu, rien à voir avec le fait d’aller au ciel ou en enfer. Il n’a pas été élu pour aller au ciel mais pour être le serviteur de Dieu. Le « serviteur souffrant » de Dieu pour la rédemption des peuples. Il n’y a d’ailleurs pas grand monde que Dieu aurait pu choisir pour remplir la fonction de serviteur souffrant. Jésus était unique, et il était aussi l’élu ou le choix de Dieu car il était le plus proche du cœur du Père. »
2SNODGRESS, Klyne. Ephesians. Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans Publishing Co., 1996, p. 49.
3FOSTER, Roger T., MARTSON, V. Paul. God’s Strategy in Human History. Minneapolis, Minnesota : Bethany House Publishers, 1974, p.  88.
4. Il n’y a qu’un seul  individu ayant été décrit dans le NT comme « élu ». Il s’agit de Rufus en Romains 16:13, qui a été « élu dans le Seigneur » (Darby). Même dans ce cas, Rufus n’a pas été élu pour croire, mais plutôt élu en Christ.
5FOULKES, Francis. Ephesians: An Introduction and Commentary. Downers Grove, IL : InterVarsity, 1989, vol. 10, p. 52.
6BRUCE, F. F.. The Epistles to the Colossians, to Philemon, and to the Ephesians. Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans Publishing Co., 1984, p. 251. « Le terme « croyants » est plus probablement le sens qui doit être donné dans ce passage. »
7LINCOLN, Andrew. Ephesians. In : A. T. Dallas : Word, Incorporated. 1990. vol. 42, p. 6. « « fidèle » doit être compris dans le sens d’avoir la foi ou d’exercer la croyance plutôt que d’être digne de confiance ou fiable. En tant qu’adjectif, πιστός signifie « croire » en Gal 3:9. Utilisé comme substantif, il a commencé à prendre le sens semi-technique de « croyant » ; en 2Co 6:15, le croyant (πιστός) est mis en contraste avec l’incroyant (ἄπιστος) (S21), et à l’époque des épîtres pastorales, cet usage semble avoir perduré (cf. 1 Tim 4:10, 12 ; 5:16 ; 6:2 ; Tite 1:6). »
8BEST, Ernest. A critical and exegetical commentary on Ephesians. Edinburgh : T&T Clark International, 1998, p. 101. « Utilisé comme un nom dans Ep 1:1, ce terme appartient au même champ sémantique que « saints » et devrait être traduit par « croyants ». »
9Arnold écrit : « L’adjectif a un sens plus adéquat en tant qu’application de la foi ou de la confiance, d’autant plus que l’objet de cette foi est explicitement énoncé comme « en Jésus-Christ ». Bien que le mot puisse également être compris comme « fidèle », cela est douteux car Paul ne fait aucune distinction dans la lettre à Éphèse entre les chrétiens fidèles et infidèles. »
10FLOWERS, Leighton. The Potter’s Promise: A Biblical Defense of Traditional Soteriology. Evansville, IN : Trinity Academic Press, 2017, p. 79, 80.
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