La pensée des Pères de l'Eglise au sujet de l'expiation

Concil de Nicea

La théologie ante-nicéene primitive affirmait une expiation illimitée. Cela se trouve bien exprimé notamment dans l'enseignement d'Irénée (140-202), d'Hippolyte (170-235) et de Clément d'Alexandrie (150-212).

Dans ses ouvrages, Démonstration de la prédication apostolique et Contre les hérésies, Irénée enseigne que, suite à la désobéissance d'Adam et Ève dans le jardin, chaque être humain souffre des conséquences du péché originel qui sont l'éloignement de Dieu, la mort et la menace de corruption éternelle. Cependant, grâce à l'obéissance du Christ dans l'œuvre de récapitulation, le salut est rendu possible pour « tous les hommes »[1]Irénée. Against Heresies. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 1, 3.18.1. [Version française disponible à l'adresse : https://web.archive.org/web/20160303182301/http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/livre3.html].  Il affirme, « Dieu récapitulant en lui-même cet antique ouvrage modelé qu'était l'homme, afin de tuer le péché, de détruire la mort et de vivifier l'homme »[2]Irénée. Against Heresies. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 1, 3.18.7. [Version française disponible à l'adresse : https://web.archive.org/web/20160303182301/http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/livre3.html].  Cependant, bien que l'œuvre rédemptrice du Christ soit destinée à tous, l'humanité a le libre arbitre de résister à l'appel au salut lancé par le Saint-Esprit, de rejeter la grâce de Dieu en Christ, de suivre de faux enseignements et de subir le jugement final de Dieu pour le péché.

Dans Démonstration du Christ et de l'Antichrist, Hippolyte parle du Fils de Dieu comme de celui qui éclaire les saints, instruit les ignorants, ramène dans la bonne voie les égarés, ne méprise pas les pauvres, et « ne hait pas la femme dont la désobéissance produisit le péché originel, et il ne condamne pas l’homme à l’opprobre, parce qu’il viola la loi qui lui avait été donnée : mais il ouvre à tous le trésor de ses miséricordes, et il désire les sauver tous. Il offre son aide à tous les enfants de Dieu »[3]Hippolytus. On Christ and the Antichrist. In : AnteNicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1886, vol. 5, 3.11. [Version française : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_P%C3%A8res_de_l%E2%80%99%C3%89glise/Tome_8/D%C3%A9monstration_du_Christ_et_de_l%E2%80%99Antechrist_(saint_Hippolyte)]. Hippolyte identifie ensuite ce désir de Dieu de sauver tous les hommes et toutes les femmes comme la raison de l'incarnation du Christ et le fait qu'il fut « mis en lambeaux sur l’arbre de la croix »[4]Ibid., 4..

Clément d'Alexandrie, dans son Discours aux Gentils, proclame l'intention de Dieu de rendre la rédemption possible pour chaque personne par le Fils. Il présente Christ comme celui qui « a tant aimé le genre humain » qu'il « ne se propose d’autre but que le salut des hommes »[5]Clement of Alexandria. Exhortation to the Heathen. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 2, p. 9. [Version française disponible à l'adresse : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_P%C3%A8res_de_l%E2%80%99%C3%89glise/Tome_4/Discours_aux_Gentils_(saint_Cl%C3%A9ment)]. Parce que Christ est le « sauveur de tous les hommes », les « gentils » peuvent être confiants dans le fait que Christ les aime et utilise plusieurs moyens différents pour les amener au salut. Il conclut son appel par cette exhortation « emparez-vous de la grâce » qui est disponible pour tous[6]Ibid., 12..

Au début de la période ante-nicéenne, aucun Père notable tentant de limiter la portée du salut, ou l'expiation, ne peut être légitimement cité. Au contraire, les Pères ont été tentés d'étendre les limites, parfois au-delà même de l'humanité. Origène (185-254), dans son Commentaire sur Saint Jean, écrit que, en tant que « grand prêtre », le Christ s'est offert en sacrifice non seulement pour toute l'humanité mais aussi pour tout « être spirituel », y compris le diable et les anges déchus. Il affirme que le Christ « n'est pas seulement mort pour les hommes, mais aussi pour tous les êtres spirituels [...] Il est mort pour tous sans Dieu, car "par la grâce de Dieu, il a goûté la mort pour tous" »[7]HEINE, Ronald E.. The Fathers of the Church. Washington, MI: The Catholic University of America Press, 1989, vol. 80, 1.255-6.. Origène considérait son enseignement comme le prolongement logique de l'enseignement de la « règle de foi » concernant l'œuvre rédemptrice du Christ[8]Origène. First Principles. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 4, préface, 2..

Alors que la doctrine de l'expiation d'Origène, exagérément optimiste, sera rejetée par les Pères ultérieurs, le travail d'interprétation fondamental de ce sujet a été développé de diverses manières par les auteurs ante-nicéens ultérieurs. Il a trouvé un terrain fertile chez des théologiens comme Victorinus (250-303) qui a explicitement relié la prise en charge de la nature humaine par Christ et son œuvre efficace avec la compréhension platonicienne des universaux. Parce que le Christ a assumé la nature universelle de l'humanité, la nature humaine du Christ est efficace pour toute l'humanité. Il enseigne :

« Mais, lorsqu'il a pris la chair, c'est le Logos universel de toute chair qu'il a assumé. C'est en effet pour cela qu'il a triomphé, en sa chair, de toute puissance de la chair […] [De même, c'est le Logos universel de toute âme.] […] [Ainsi, c'est l'homme tout entier] qui est assumé, non seulement assumé, mais libéré. Car, en lui, toutes choses ont été contenues sous un mode universel : la chair fut universelle, l'Ame fut universelle ; et ces universels ont été élevés sur la Croix et purifiés par le Dieu Logos Sauveur, universel de tous les universels »[9]Citation extraite de KELLY, J.N.D.. Early Christian Doctrines. New York, NY: Harper & Row, 1960, p. 386-7..

L'usage de la philosophie platonicienne dans la compréhension de l'étendue illimitée de l'œuvre rédemptrice du Christ pour l'humanité est devenue courante chez les pères ultérieurs. Nous le voyons par exemple chez Hilaire de Poitiers (300-368), qui enseigne :

« Car il n'avait nul besoin de se faire homme, celui par qui l'homme a été fait. Mais c'est nous qui avions besoin que Dieu se fît chair et qu'il habitât parmi nous, c'est-à-dire qu'il fit sa demeure à l'intérieur même de toute chair, en prenant en lui la chair qui est l'unique chair de tous. [...] Car pour le genre humain, le Fils de Dieu est né [...] L'homme fait à partir de la Vierge devait recevoir en elle la nature de la chair, et devait faire en sorte qu'existe ce corps qu'est le genre humain, sanctifié par la compagnie de ce mélange d'homme et de Dieu. Et de même que tous sont créés en lui du fait qu'il voulût être dans un corps, ainsi lui, devait revivre en tous, par ce qui en lui, est invisible »[10]POTIERS, Hilaire, WATSON, E. W. [trad.], Pullan, L. [trad.]. On The Trinity. In : SCHAFF, Philip [ed.], WACE, Henry [es.]. Nicene and Post-Nicene Fathers Second Series. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1899, vol. 9, 2.25. [Version française disponible à l'adresse : http://www.migne.fr/images/gestionnaire-migne/documents/Hilaire_Trinite_PDF19.pdf].

Si Victorinus représente une ligne d'interprétation de l'enseignement ante-nicéen primitif, Lactance (260-330) représente celle qui suit. Il a continué de développer la compréhension des Pères avant lui concernant la croix en tant qu'exemple d'humiliation pour toute l'humanité. Dans son enseignement sur la « puissance admirable » de la croix qu'il « [tâche] d'expliquer » dans Institutions Divines, Lactance soutient que « pour [que l'humanité voit] qu'il n'y en avait aucun qui ne dût avoir part à l'espérance du salut, [Christ] choisit le genre de mort que l'on faisait souffrir aux personnes les plus viles et les plus méprisables »[11]LACTANCE, FLETCHER, William [trad]. Divine Institue. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1886, vol. 7, IV. 26. [Version française disponible à l'adresse : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit4.htm]. Cependant, il reconnaît que la croix est plus qu'un exemple moral. Le Christ est élevé sur la croix, élevé là où tout le monde peut le voir, afin que sa passion soit « [exposée] a la vue de toutes les nations » et « sauve tous ceux qui mettent sur leur front le signe de son sang »[12]Ibid.. L'œuvre rédemptrice du Christ par l'exemple moral et la mort sacrificielle est destinée à toute la race humaine.

A travers les Pères nicéens et post-nicéens, nous voyons que l'idée d'une expiation illimitée est présente au sein de l'Église. Deux « docteurs » de l'Église orientale, Athanase (296-373) et Grégoire de Nazianze (329-390), et deux docteurs de l'Église occidentale, Ambroise (339-397) et Jérôme (347-420) reflètent bien cet enseignement hérité des Pères qui les précèdent.

Athanase, dans son ouvrage Sur l'incarnation du Verbe, se penche sur la motivation et la nécessité de la venue du Christ. Il déclare : « notre condition devient pour lui la raison de sa descente, et que notre transgression provoqua la philanthropie du Verbe [...] nous sommes devenus la cause de son entrée dans un corps et c’est pour notre salut qu’il a été pris d’amour jusqu’à se rendre humain et paraître dans son corps »[13]Athanase. On the Incarnation of the Word. In : Nicene and Post-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1892, vol. 4, p. 4. Il précise que le « nous » et « notre » font référence, ici, à l'humanité dans son ensemble. Athanase enseigne que tous les hommes sont morts en Adam, mais que, grâce à l'incarnation du Christ et sa mort sur la croix, « la corruption des hommes serait abrogée »[14]Ibid., p. 6, 8.. Dieu, par le Christ, veut que toute l'humanité soit rachetée, bien que cela ne signifie pas que tous seront sauvés.

Grégoire de Nazianze, dans son enseignement sur le Christ contenu dans Quatrième oraison théologique, déclare : « Il est notre rédemption, parce qu'il nous a délivré de l'esclavage du péché, et qu'il s'est livré pour racheter le genre-humain »[15]NAZIANZE, Grégoire. Theological Orations. In : Nicene and Post-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1894, vol. 7, 30.20. [Version française disponible à l'adresse : https://books.google.fr/books?id=JYVZAAAAcAAJ&pg=PA199]. Il soutient que le Fils de Dieu est capable d'être une rançon pour l'humanité et de rendre la rédemption possible pour l'humanité par sa pleine assomption de la nature humaine afin de s'unir « à l'humanité pour la délivrer des peines à quoi elle avait été condamnée »[16]Ibid., p. 199-200.. De Naziance dit qu'il fait cela pour « toute la masse de la nature humaine » qui partage cette nature qu'il a assumée[17]Ibid., p. 30, 21.. Non seulement l'œuvre du Christ sur la croix est suffisante pour toute la race humaine, mais elle est conçue pour toute l'humanité.

Dans une section émouvante de son livre De Caïn et Abel, Ambroise de Milan évoque l'amour salvateur de Dieu pour tous les peuples, et pour chaque individu. Il écrit : « Il est donc l'attendu qui est né d'une vierge et qui est venu pour mon salut et pour le salut du monde entier. [...] Il a constaté que ceux qui souffrent ne peuvent être guéris sans remède. C'est pourquoi il a accordé la guérison aux malades et, par son entremise, a rendu la santé à la portée de tous »[18]MILAN, Ambroise. Cain and Abel. In : Fathers of the Church. New York, NY: Fathers of the Church, 1961, 3.11.. Parce que le salut est mis à la disposition de tous, il poursuit en ajoutant que celui qui subit le jugement de Dieu au final doit « s'attribuer les véritables causes de sa mort, à savoir que l'homme n'a pas voulu être guéri, alors qu'il avait sous la main un remède qui pouvait lui permettre d'échapper à la mort. La miséricorde de Dieu s'est manifestée à tous »[19]Ibid.. Cet enseignement d'Ambroise de Milan se retrouve dans son commentaire Sur le psaume 39 dans lequel il avance : « Il veut que tous ceux qu'il a faits et créés soient à lui ; voudrais-tu, ô homme, ne pas fuir. [...] il cherche même ceux qui fuient ». Ambroise de Milan soutient que le salut est à disposition de tous et que la seule raison pour laquelle des personnes ne sont pas sauvées au final provient de leur « refus d'être guéries »[20]Ambrose. Commentary of Saint Ambrose on Twelve Psalms. Dublin: Halcyon Press, 2000, Psaume 39, note 20..

Jérôme, dans une lettre adressée au noble romain Océanus, aborde explicitement les idées associées à l'expiation limitée (à savoir qu'il existerait des péchés que le Christ ne pourrait pas expier ou que Christ n'est pas mort pour certains pécheurs) en les traitant d'hérésie. Pour réfuter cette position, il déclare : « N'est-ce pas là rendre sa mort inutile ? car en vain est-il mort, s'il ne peut pas donner la vie aux autres. S'il y a encore des hommes au monde dont Jésus-Christ n'ait pas effacé les pêchés, saint Jean-Baptiste s'est trompé quand il l'a montré en disant : "Voilà l’Agneau de Dieu, voilà celui qui ôte les péchés du monde" »[21]Jerome. To Oceanus. In : Nicene and Post-Nicene Fathers, Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1893, vol. 6, lettre 69. [Version française disponible à l'adresse : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/jerome/oceanus.htm]. Christ est mort pour pardonner le péché de chaque être humain.

Aux IVe et Ve siècles, tout en affirmant que le Christ est mort pour tous, les Pères Nicéens et Post-Nicéens abordent plus fréquemment que les pères antérieurs les raisons pour lesquelles tous les hommes ne sont pas sauvés. Jérôme, dans son Commentaire sur les Éphésiens, souligne que Dieu veut sauver toute l'humanité, et que ceux qui ne le sont pas ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Il déclare « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité. Mais parce que nul n'est sauvé sans sa propre volonté, car nous avons le libre arbitre, il veut que nous voulions le bien, afin que, lorsque nous l'aurons voulu, il veuille lui-même accomplir les desseins qu'il a sur nous »[22]Jerome. Commentary on Ephesians. In : The Commentaries of Origen and Jerome on St. Paul’s Epistle to the Ephesians. Oxford: Oxford University Press, 2002, 1.11. [Version française disponible à l'adresse : https://books.google.fr/books?id=FKtDYD3eAJkC&pg=PA83].

Jean Chrysostome (349-407), contemporain de Jérôme, dans Homilia de ferendis reprehensionibus, abonde dans le même sens : « Dieu ne contraint personne par la nécessité et la force, bien qu'il veut que tous soient sauvés, il ne force personne ». Pourquoi donc tous ne sont-ils pas sauvés ? Chrysostome répond : « [...] parce que la volonté de chacun ne suit pas la volonté de Dieu »[23]CHRYSOSTOME, Jean. Homilies on Certain New Testament Texts. In : We Believe in One God, Ancient Christian Doctrine. Downers Grove, IL : IVP Academic, 2009, vol. 1, p. 100.. Dans Homélies sur Éphésiens, il clame que Dieu « désire grandement notre salut » et que la seule raison pour laquelle les méchants ne sont pas sauvés est que c'est ce qu'ils ont choisi[24]CHRYSOSTOME, Jean. Homilies on Ephesians. In : Nicene and Post-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1889, vol. 13, p. 1..

Théodore de Mopsueste (350-428), également contemporain de Chrysostome et Jérôme, écrit dans son Commentaire sur l'Évangile de Jean à propos de la cause du jugement de Dieu sur les injustes dans Jean 3:17-18 : « Le but établi par Dieu n'est pas que quelqu'un soit damné, mais que tous soient sauvés [...] En effet, sa grâce est offerte à tous ceux qui la veulent »[25]MOPSUESTE, Théodore. Commentary on the Gospel of John. In : Ancient Christian Texts. Downers Grove, IL : IVP Academic Press, 2010, p. 34-5.. En fin de compte, ceux qui sont condamnés sont les auteurs de leur propre condamnation, et non Dieu, car Dieu a envoyé son Fils dans le monde afin que tous soient sauvés[26]Ibid..

L'anonyme Ambrosiaster (IVe siècle) reprend l'argument de ses collègues du IVe siècle. Il enseigne que le Christ est mort pour tous et que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés ». Le salut en et par le Christ est disponible pour tous, mais seulement si les gens le veulent. Il déclare : « Car Dieu ne veut pas qu'ils soient sauvés de manière à ce que ceux qui ne le veulent pas le soient »[27]AMBROSIASTER. 1 Timothy 2:4. In : Patrologia Latina. Paris: Migne, 1848, 17.492.. Il compare ensuite cette situation à celle d'un médecin qui fait une déclaration publique de sa profession de guérisseur afin que les gens sachent qu'il veut guérir tout le monde. Cependant, les malades doivent venir le voir pour être guéris[28]Ibid..

Cyrille d'Alexandrie (376-444), dans son Commentaire sur l'Évangile de Jean (1:29), enseigne que le Christ est l'agneau de Dieu « conduit à l'abattoir pour tous, afin de chasser le péché du monde [...] car un seul agneau est mort pour tous [...] »[29]ALEXANDRIE, Cyrille. Commentary on the Gospel of John 2.1. In : New Testament IVa John 1-10, Ancient Christian Commentary on Scripture. Downers Grove, IL: IVP Academic, 2002, p. 68.. Ce « tous » est encore mieux précisé dans son commentaire sur Jean 3:19 lorsqu'il déclare : « Jésus dit que les incroyants avaient la possibilité d'être éclairés, mais ont préféré rester dans les ténèbres. Ces personnes, en fait, en ne choisissant pas la lumière, déterminent leur propre punition contre elles-mêmes [...] à laquelle elles avaient le pouvoir d'échapper »[30]Ibid, p. 128.. De même, dans son commentaire sur Jean 10:27, Cyrille enseigne : « On pourrait dire que dans la mesure où il (le Christ) s'est fait homme, il a fait de tous les êtres humains ses parents, puisque tous sont membres de la même race. Nous sommes tous unis au Christ dans une relation mystique à cause de son incarnation. Mais ceux qui ne gardent pas la ressemblance avec sa sainteté sont éloignés de lui. C'est ce que signifie pour les brebis d'entendre la voix du berger »[31]Ibid., p. 356.. Tous sont réconciliés avec Dieu en Christ, mais ceux qui rejettent ou résistent à l'œuvre de Christ ne feront pas partie de la famille de Dieu.

Prosper d'Aquitaine (390-455), qui suivait l'enseignement d'Augustin sur la prédestination mais en vint à rejeter sa vision limitée de l'expiation, écrit :

« Celui qui dit que Dieu ne veut pas sauver tous les hommes, mais seulement un certain nombre de prédestinés, use d'une expression plus dure qu'il n'est besoin pour marquer la profondeur impénétrable de la grâce de Dieu, puisqu'il est vrai de dire qu'il veut que tous les hommes soient sauvés et qu'ils viennent à la connaissance de la vérité »[32]ACQUITAIN, Prosper. Answer to the Gauls. In : Prosper of Aquitaine: Defense of St. Augustine, Ancient Christian Writers, New York: Newman Press, 1963, vol. 32, p. 8. [Version française disponible à l'adresse : https://books.google.fr/books?id=uebuNrpUVX8C&pg=PA558].

Christ accomplit objectivement l'œuvre de salut pour toute l'humanité, mais la rédemption ne s'applique qu'à ceux qui se repentent, croient et sont baptisés.

Conclusion

À quelques exceptions près, les pères de l'Église primitive présentent un témoignage uniforme de la portée illimitée de l'œuvre salvifique du Christ en général, et de l'expiation en particulier. Ce témoignage traverse l'Orient et l'Occident, les latins et les grecs, et les théologiens du début à la fin de cette période[33]Ibid.. Qu'ils abordent ce sujet directement ou indirectement, dans divers contextes, ils témoignent du fait que le Christ est mort pour toute l'humanité, rendant ainsi la rédemption possible pour toute personne.


Source : BOUNDS, Christopher T.. The Scope of the Atonement in the Early Church Fathers. Wesleyan Theological Journal, vol. 47, n° 2, 2012, p. 9-16. Disponible à l'adresse : https://wtsociety.com/files/wts_journal/WTJ%2047-2.pdf

Références

Références
1Irénée. Against Heresies. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 1, 3.18.1. [Version française disponible à l'adresse : https://web.archive.org/web/20160303182301/http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/livre3.html]
2Irénée. Against Heresies. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 1, 3.18.7. [Version française disponible à l'adresse : https://web.archive.org/web/20160303182301/http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/livre3.html]
3Hippolytus. On Christ and the Antichrist. In : AnteNicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1886, vol. 5, 3.11. [Version française : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_P%C3%A8res_de_l%E2%80%99%C3%89glise/Tome_8/D%C3%A9monstration_du_Christ_et_de_l%E2%80%99Antechrist_(saint_Hippolyte)]
4Ibid., 4.
5Clement of Alexandria. Exhortation to the Heathen. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 2, p. 9. [Version française disponible à l'adresse : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_P%C3%A8res_de_l%E2%80%99%C3%89glise/Tome_4/Discours_aux_Gentils_(saint_Cl%C3%A9ment)]
6Ibid., 12.
7HEINE, Ronald E.. The Fathers of the Church. Washington, MI: The Catholic University of America Press, 1989, vol. 80, 1.255-6.
8Origène. First Principles. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1885, vol. 4, préface, 2.
9Citation extraite de KELLY, J.N.D.. Early Christian Doctrines. New York, NY: Harper & Row, 1960, p. 386-7.
10POTIERS, Hilaire, WATSON, E. W. [trad.], Pullan, L. [trad.]. On The Trinity. In : SCHAFF, Philip [ed.], WACE, Henry [es.]. Nicene and Post-Nicene Fathers Second Series. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1899, vol. 9, 2.25. [Version française disponible à l'adresse : http://www.migne.fr/images/gestionnaire-migne/documents/Hilaire_Trinite_PDF19.pdf]
11LACTANCE, FLETCHER, William [trad]. Divine Institue. In : Ante-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1886, vol. 7, IV. 26. [Version française disponible à l'adresse : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit4.htm]
12Ibid.
13Athanase. On the Incarnation of the Word. In : Nicene and Post-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1892, vol. 4, p. 4
14Ibid., p. 6, 8.
15NAZIANZE, Grégoire. Theological Orations. In : Nicene and Post-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1894, vol. 7, 30.20. [Version française disponible à l'adresse : https://books.google.fr/books?id=JYVZAAAAcAAJ&pg=PA199]
16Ibid., p. 199-200.
17Ibid., p. 30, 21.
18MILAN, Ambroise. Cain and Abel. In : Fathers of the Church. New York, NY: Fathers of the Church, 1961, 3.11.
19Ibid.
20Ambrose. Commentary of Saint Ambrose on Twelve Psalms. Dublin: Halcyon Press, 2000, Psaume 39, note 20.
21Jerome. To Oceanus. In : Nicene and Post-Nicene Fathers, Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1893, vol. 6, lettre 69. [Version française disponible à l'adresse : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/jerome/oceanus.htm]
22Jerome. Commentary on Ephesians. In : The Commentaries of Origen and Jerome on St. Paul’s Epistle to the Ephesians. Oxford: Oxford University Press, 2002, 1.11. [Version française disponible à l'adresse : https://books.google.fr/books?id=FKtDYD3eAJkC&pg=PA83]
23CHRYSOSTOME, Jean. Homilies on Certain New Testament Texts. In : We Believe in One God, Ancient Christian Doctrine. Downers Grove, IL : IVP Academic, 2009, vol. 1, p. 100.
24CHRYSOSTOME, Jean. Homilies on Ephesians. In : Nicene and Post-Nicene Fathers. Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1889, vol. 13, p. 1.
25MOPSUESTE, Théodore. Commentary on the Gospel of John. In : Ancient Christian Texts. Downers Grove, IL : IVP Academic Press, 2010, p. 34-5.
26Ibid.
27AMBROSIASTER. 1 Timothy 2:4. In : Patrologia Latina. Paris: Migne, 1848, 17.492.
28Ibid.
29ALEXANDRIE, Cyrille. Commentary on the Gospel of John 2.1. In : New Testament IVa John 1-10, Ancient Christian Commentary on Scripture. Downers Grove, IL: IVP Academic, 2002, p. 68.
30Ibid, p. 128.
31Ibid., p. 356.
32ACQUITAIN, Prosper. Answer to the Gauls. In : Prosper of Aquitaine: Defense of St. Augustine, Ancient Christian Writers, New York: Newman Press, 1963, vol. 32, p. 8. [Version française disponible à l'adresse : https://books.google.fr/books?id=uebuNrpUVX8C&pg=PA558]
33Ibid.
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