Résurrection de Jésus : Richard Carrier, Paul et la thèse du corps spirituel

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[Note éditoriale : Cet article fait partie d’un dossier sur la résurrection de Jésus et répond à une objection critique spécifique. L’argument des faits maximaux complet est présenté dans l’étude principale.
Lire l’étude principale : Peut-on défendre historiquement la résurrection de Jésus ? Exposé de l’argument maximaliste]

1 Présentation de Richard C. Carrier

Richard Carrier est l'un des critiques de l'apologétique concernant la résurrection les plus populaires sur Internet. Je précise que Carrier est titulaire d'un doctorat, car ses partisans reprochent souvent aux analyses qui le critiquent d’omettre ce point. Sa méthode pour argumenter contre la résurrection est, à certains égards, similaire à celle de Bart Ehrman, mais très différente à d’autres égards. Dans son article, de plus de 100 pages, The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb [Le Corps spirituel du Christ et la légende du tombeau vide], il expose son approche générale visant à rejeter la pertinence des témoignages du Nouveau Testament concernant la résurrection de Jésus.

En résumé, l’hypothèse de Carrier se fonde sur l’idée que Paul constitue notre source la plus ancienne concernant la résurrection de Jésus. Selon Carrier, Paul aurait eu une sorte d’hallucination qui, en lien avec ses propres lectures discutables des Écritures hébraïques, l’aurait convaincu que Jésus était ressuscité d'entre les morts. Comme il l’explique : « Je crois que la meilleure explication, compatible avec les découvertes scientifiques et les preuves existantes, […] est que les premiers chrétiens ont eu des hallucinations du Christ ressuscité, sous une forme ou une autre1CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 184. »

Cependant, Carrier ne pense pas que Paul considérait cette résurrection comme impliquant le même corps que celui que Jésus avait habité sur terre. Selon lui, le corps de Jésus serait resté dans le tombeau et se serait décomposé. Selon Carrier, Paul imaginait que l’âme de Jésus avait reçu, dans les cieux, un corps spirituel et non physique. Les Évangiles seraient donc une légende postérieure, car certains chrétiens ont fini par interpréter le corps ressuscité comme étant un corps physique. Dans ce nouveau courant, l’idée du tombeau vide est naturellement apparue. Comme il le précise : « Les faits suggèrent que les premiers chrétiens, au moins jusqu'à Paul, pensaient que l'« âme » du Christ avait été enlevée au ciel et revêtue d'un nouveau corps, après avoir laissé définitivement son ancien corps dans le tombeau. Le récit subséquent selon lequel Jésus serait réellement sorti du tombeau avec le même corps que celui qui y avait été déposé, laissant derrière lui un tombeau vide à la stupéfaction de tous, était probablement une légende qui s’est développée au cours du premier siècle, en commençant par un « tombeau vide » métaphorique dans l'Évangile de Marc, écrit très probablement après la mort de Paul2CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 105. »

2 Paul et la nature du corps de résurrection

La majeure partie des débats autour de l’hypothèse de Carrier porte sur l’idée que Paul envisageait le corps ressuscité de Jésus comme étant non physique. Le point le plus disputé concerne notamment son interprétation de l’expression paulinienne « corps spirituel » (1 Co 15:44). La question est de déterminer si Paul, en parlant de « spirituel », entend exclure toute dimension matérielle. Le contraste établi par Paul entre le corps naturel et le corps spirituel concerne-t-il leur composition métaphysique ? La réponse est probablement négative. James P. Ware résume les principales difficultés de cette interprétation ainsi :

« (1) Il n’y a, dans les lettres de Paul, aucun indice que l’idée d’une opposition « spirituel / matière » ait eu une quelconque place dans sa pensée ; et une telle notion n’a aucun lien avec le reste de sa théologie.

(2) L’idée que le verset 44 introduirait le concept d’un nouveau corps, distinct par sa substance du corps semé dans la mort, méconnaît la structure syntaxique utilisée par Paul dans ce verset. […] Le sujet grammatical implicite des verbes de ce verset est le corps mortel et charnel, semé dans la corruption […], puis ressuscité pour une vie immortelle […]. Il décrit ainsi deux modes d'existence contrastés d'un seul et même corps : l'un avant la résurrection, l'autre après.

(3) Interpréter ce corps comme un « corps composé d’esprit », distinct par sa substance du corps charnel, ignorerait totalement le sens lexical réel et l’usage des termes clés employés par Paul et dans le monde antique en général. Cette interprétation se heurte ainsi, de manière récurrente, à l'hypothèse non justifiée selon laquelle Paul opposerait la chair et le spirituel en 15:443WARE, James P. Paul’s Theology in Context: Creation, Incarnation, Covenant and Kingdom. Grand Rapids: Eerdmans, 2019, p. 324–325. »

De plus, dans 1 Corinthiens 2:14-15, Paul oppose l'homme naturel à l'homme spirituel, désignant ainsi les incroyants et les croyants. En qualifiant les croyants de « spirituels » dans ce passage, Paul ne cherchait pas à dire qu’ils avaient des corps immatériels. Comme le formule Mike Licona : « Il est clair ici que Paul n'oppose pas les êtres physiques aux êtres éthérés. Il oppose plutôt ceux qui sont gouvernés ou animés par leurs désirs charnels et pécheurs, et qui pensent selon la sagesse du monde, à ceux qui sont gouvernés par les désirs saints et une sagesse divine centrée sur Dieu. […] En d'autres termes, lorsqu'il emploie les termes « naturel » et « spirituel », Paul ne fait pas référence à la substance des anciens et des nouveaux corps, mais à leur mode d'existence4LICONA, Michael R. The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach. Downers Grove: IVP Academic, 2010, p. 409–410. »

Si j'apprécie les spécialistes tels que Ware et Licona qui ont critiqué l'idée de Carrier selon laquelle Paul ne croyait pas en un corps ressuscité physique, et si je pense effectivement que Carrier interprète mal Paul, il existe un risque important à centrer le débat uniquement sur ce point. Le risque est de laisser Carrier choisir le terrain en donnant l’impression que l’argument en faveur de la résurrection doit principalement reposer sur 1 Corinthiens 15. Comme mon argument maximaliste en faveur de la résurrection accorde la priorité au témoignage des Évangiles, j'ai l'occasion de présenter d’autres réponses aux arguments de Carrier, qui sont régulièrement négligées, et pourtant solides.

3 Le sujet des hallucinations

Outre l'accent mis sur l'hypothèse de la résurrection spirituelle, de nombreuses objections portent sur la pertinence des hallucinations pour expliquer les apparitions de la résurrection. Dans sa critique de près de 400 pages, S. Ross Hickling consacre ainsi plus de 100 pages à contester la pertinence des hallucinations pour expliquer les apparitions multisensorielles de Jésus à plusieurs personnes à la fois, y compris à des individus sceptiques comme Thomas, telles que décrites dans les Évangiles. Comme l'explique Hickling : « Concernant la manière dont Jésus-Christ a été perçu après sa résurrection, […] si les disciples avaient considéré Jésus comme une hallucination, il serait alors apparu sous une forme glorieuse, conformément à d'autres traditions religieuses. Or, Jésus-Christ ressuscité n'est représenté nulle part comme ayant une apparence rayonnante ou grandiose qui impressionnerait ceux qui le contempleraient. Au contraire, l'apparition de Jésus sous une forme corporelle est tout à fait ordinaire. […] [De plus,] Thomas, le disciple qui ne croyait pas à la résurrection de Jésus, fut convaincu qu'il s'agissait de lui après l'avoir rencontré. […] Ceci est pertinent à l'égard de la discussion de Carrier sur les disciples atteints d'hallucinations, car Thomas était incrédule face aux témoignages de la résurrection de Jésus-Christ. Ainsi, si Thomas ne croyait pas que les autres disciples avaient déjà vu Jésus ressuscité, comment aurait-il pu, dans un contexte de groupe, être prédisposé à halluciner Jésus ressuscité5HICKLING, S. Ross. An Evidential Analysis of Dr. Richard Carrier’s Objections to the Resurrection of Jesus Christ. NP: Independently published, 2020, p. 261–262 ? »

Malgré tous les arguments pertinents avancés par Hickling, ils sont tout simplement inopérants contre Carrier. Car Carrier n'admet pas que les apparitions de la résurrection, telles qu'elles sont décrites dans les Évangiles, aient réellement eu lieu. Ce n'est pas le genre d'apparitions que son hypothèse des hallucinations vise à expliquer. Il pense plutôt que les hallucinations expliquent en partie la croyance initiale de Paul. L'expérience de la résurrection de Paul échappe au type de défense proposé par Hickling, car Paul ne nous fournit aucun détail à son sujet. Selon Carrier, les récits des Évangiles sont des développements légendaires ultérieurs plutôt que le témoignage de témoins oculaires. Comme il le dit : « Il est également possible que [Matthieu] relate une expérience hallucinatoire réelle, […] mais nous n’avons pas à le supposer. Quoi qu’il en soit, ce passage n’apporte aucune preuve que la tradition de l’apparition de Jésus à Matthieu dérive d’une rencontre réelle avec un Jésus en chair et en os. […] La tradition de l’apparition chez Matthieu est hautement stylisée. […] Si Matthieu s’inspire ou réinterprète une tradition de l’apparition réelle, alors cette tradition ne contient aucun élément probant en faveur d’une résurrection de la chair6CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 190. »

Après avoir clarifié le contenu exact de l'hypothèse de Carrier, nous sommes mieux à même de déterminer quelle prémisse de mon argument en faveur de la résurrection est visée. Carrier, tout comme Ehrman, conteste la seconde prémisse.

4 La crédibilité des Évangiles

Carrier conteste l'idée que les Évangiles puissent servir de preuve de la résurrection, car ils ne proviennent pas de personnes en mesure de savoir si Jésus était physiquement ressuscité. L'objection de Carrier à l'utilisation des Évangiles repose essentiellement sur l'hypothèse de leur caractère tardif et légendaire. Sans cela, il ne peut légitimement limiter le champ de la discussion aux écrits de Paul. Plutôt que de suivre la longue lignée des spécialistes ayant critiqué Carrier pour avoir prétendu que Paul ne croyait pas en une résurrection spirituelle, je me concentrerai sur l'argument de Carrier selon lequel les Évangiles sont tardifs et peu fiables. Bien que je pense que Carrier se trompe dans son interprétation de Paul, ce sujet a déjà été largement traité par d'autres. En me concentrant plutôt sur les tentatives de Carrier visant à écarter les Évangiles de la discussion, je pourrai proposer une réponse différente à ses arguments et ainsi apporter quelque chose d'original à la discussion.

4.1 Les Évangiles sont-ils des récits crédibles ?

Il commence sa discussion sur les raisons pour lesquelles nous devrions écarter les Évangiles de toute considération sérieuse en présentant un aperçu des objections sceptiques courantes concernant les sources de ces textes. Il écrit : « Dans la génération qui a suivi Paul, quelqu'un a écrit ce qui était probablement le tout premier récit de l'« Évangile » de Jésus-Christ. Ce livre aurait été écrit par un auteur inconnu nommé Marc, qui selon la tradition aurait été le scribe de Pierre. On ignore quand le livre a été écrit. La plupart des spécialistes estiment qu'il a été écrit vers 70 de notre ère, avec une marge d'erreur d'une dizaine d'années. Mais il est clair que Paul ignorait tout de cette œuvre ; nous pouvons donc être pratiquement certains qu'elle ne circulait pas de son vivant. Pourtant, cet Évangile contient la première apparition connue d'une histoire de tombeau vide. Tous les autres récits s'appuient sur cette histoire et ne font que l'embellir ou la modifier pour correspondre à l'idéologie de chaque auteur. Comme la plupart des spécialistes le reconnaissent, Matthieu et Luc ont clairement utilisé Marc comme source, répétant les mêmes éléments dans le même ordre, avec un vocabulaire et une structure de phrases similaires, non seulement pour ce récit, mais pour l'ensemble de l'Évangile. Et bien que Jean ne cite pas directement Marc comme source, il est probable que son récit en dérive finalement. En dehors de simples conjectures, rien n’indique que l’un d’entre eux ait disposé d’une autre source d’information comme base pour les changements ou ajouts qu’il a apportés7CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p.155. »

J'énumère donc ici quatre objections distinctes. Premièrement, les auteurs des Évangiles sont inconnus. Deuxièmement, les Évangiles doivent être tardifs, car Paul n'en cite aucun. Troisièmement, Matthieu, Luc et Jean ne sont que des embellissements de Marc. Quatrièmement, les auteurs des Évangiles n'avaient aucune autre source d'information que Marc. Examinons-les une après les autres.

Tout d'abord, dans mon étude Qui a écrit les Évangiles ?, j'ai présenté un argument détaillé réfutant l'affirmation de Carrier selon laquelle les auteurs des Évangiles seraient inconnus. Pour défendre son dossier, Carrier affirme simplement que l'attribution de Marc comme scribe de Pierre est légendaire. Or, la source la plus ancienne soutenant cette attribution traditionnelle provient de Papias de Hiérapolis, qui, comme je l'ai soutenu dans mon étude sur la fiabilité historique des Actes, écrivait dès les années 90. Comme Carrier date Marc d'environ 70, il ne s’agit donc que d’un intervalle de 20 à 30 ans. De plus, j'ai soutenu que Papias connaissait personnellement les apôtres. Par conséquent, nous n'avons aucune raison de conclure que l'attribution du deuxième Évangile à Marc est légendaire. Il en va de même pour les autres Évangiles.

4.2 Les Évangiles sont-ils des récits tardifs ?

Deuxièmement, Carrier suggère que les Évangiles sont tardifs, car Paul ne cite jamais Marc. Il suppose également que les autres Évangiles sont postérieurs à Marc. Ainsi, si Marc a été écrit après les écrits de l'apôtre Paul, alors les autres Évangiles le sont également. Mais même si l'on admettait ce point, il n'en découlerait rien de particulièrement significatif. Rappelons que Paul est probablement mort entre 64 et 68 de notre ère. Par conséquent, même si tous les Évangiles ont été rédigés après cette période, ils ne se trouvent pas pour autant en dehors de la période de vie de leurs auteurs supposés. Autrement dit, cela ne signifie pas automatiquement qu'ils sont trop tardifs pour être considérés comme des sources fiables.

De plus, on peut contester le fait que Paul ne cite aucun évangile. Dans 1 Corinthiens 11:23-25, par exemple, il dit : « Car j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; c'est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit: Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. » Ces paroles correspondent étroitement à celles de Jésus rapportées dans Luc 22:18-20. Il est donc possible de supposer que Paul cite directement l’Évangile de Luc. Après tout, il prétend avoir reçu cette information de quelque part avant de l’enseigner à l’Église de Corinthe. Comme le soulignent Greg Boyd et Paul Eddy, « personne ne conteste que les paroles de Paul présentent un parallèle frappant avec le récit de la Cène que l'on trouve dans les quatre Évangiles, en particulier celui de Luc (Luc 22:17-20). […] Le texte lui-même suggère que Paul s’appuie sur une tradition reçue. Il introduit ses propos avec une terminologie juive classique pour désigner la « réception » et la « transmission » d’une tradition sacrée (v. 23). Cela laisse entendre que Paul transmet un enseignement qui lui a été transmis par d’autres. Dans cette optique, lorsqu’il dit avoir « reçu du Seigneur » cet enseignement, il est naturel d’y voir la conviction que cette tradition remonte aux paroles et aux actes du Seigneur lui-même. Par cette tradition, transmise maintenant par Paul, les Corinthiens « reçoivent du Seigneur » l'enseignement de la Cène. Cette conclusion est confirmée par le fait que les paroles de Paul suivent une « forme verbale totalement figée », comme le montre la comparaison avec Luc 22:19-208EDDY, Paul Rhodes and BOYD, Gregory A. The Jesus Legend: A Case for the Historical Reliability of the Synoptic Jesus Tradition. Grand Rapids: Baker Academic, 2007, p. 218, 220. »

Cette hypothèse est d'autant plus plausible que certains spécialistes suggèrent également que Paul fasse référence à l'Évangile de Luc lorsqu'il utilise l'expression « selon mon Évangile » (Rm 2:16 ; Rm 16 :25 ; 2Ti 2 :8) dans ses épîtres. Étant donné que Luc est traditionnellement considéré comme un compagnon de Paul et que je considère les preuves en faveur de l'attribution du troisième Évangile à Luc comme solides, l'idée que la ressemblance entre 1 Corinthiens 11 et Luc 22 ne serait qu'une simple coïncidence me semble peu probable.

Par ailleurs, certains chercheurs estiment que les déclarations eschatologiques de Paul dans les épîtres aux Thessaloniciens pourraient témoigner d'une dépendance à l'égard du chapitre 24 de l'Évangile selon Matthieu. Les similarités thématiques, ainsi que la présence de vocabulaire typiquement matthéen chez Paul dans ces passages, sont particulièrement évocatrices. Comme l'explique Bernard Orchard, « sans chercher à attribuer de dates précises aux Évangiles, tout en restant ouvert à l'hypothèse d'une datation précoce, nous allons exposer ici les preuves de l'utilisation par Paul de la tradition littéraire que l'on retrouve dans notre Matthieu grec. Les lettres aux Thessaloniciens offrent le meilleur et le plus clair exemple de l’adaptation par Paul de l’enseignement eschatologique que l’on trouve principalement chez Matthieu. […] Dans Matthieu 23-25 et dans la section eschatologique des deux lettres, nous trouvons le même enseignement, les mêmes métaphores et comparaisons, ainsi que les mêmes mots clés, dont certains sont extrêmement rares. […] Paul utilise les mêmes mots clés et les mêmes illustrations que Matthieu pour décrire la soudaineté de la venue du Seigneur, comme : un voleur dans la nuit, les douleurs de l'enfantement, l'arrivée soudaine de l'époux, la venue soudaine du déluge alors que la vie se poursuivait normalement, une venue en puissance et en gloire avec ses anges et au son d’une grande trompette. D'autres réminiscences puissantes de Matthieu se trouvent dans Galates 1:12, 16 ; 1 Corinthiens 7:1ss ; 9:14. […] Bien sûr, il est certain que Paul a pleinement exploité l'imagerie eschatologique de l'Ancien Testament, mais certains détails supplémentaires qu'il ajoute ne se trouvent réunis que chez Matthieu et plaident fortement en sa connaissance directe9ORCHARD, Bernard. “The Matthean Tradition before A.D. 150”. In: ORCHARD, Bernard and RILEY, Harold, eds. The Order of the Synoptics: Why Three Synoptic Gospels? Macon, GA: Mercer University Press, 1987, p. 118–120. »

Dans son excellent ouvrage The Sayings of Jesus in the Churches of Paul [Les Paroles de Jésus dans les Églises de Paul], David Dungan soutient fermement que les thèmes de Matthieu et de Luc se retrouvent dans tout le corpus paulinien. Selon lui, les preuves sont tout aussi convaincantes que celles qui permettraient de supposer que divers livres du Nouveau Testament ont influencé de nombreux auteurs patristiques. Comme il l'explique, « bien qu'un Tertullien et un Irénée aient pu la plupart du temps conserver des citations explicites et claires, on ne peut en dire autant de Justin Martyr, de I Clément ou de II Clément. Néanmoins, le degré de clarté avec lequel ils citent les traditions reste élevé. Mais si l'on remonte plus loin, jusqu'à Polycarpe, Ignace ou les autres Pères apostoliques, on constate des citations de sources traditionnelles beaucoup moins explicites. […] L’argument selon lequel Paul ne connaissait que quelques paroles de Jésus, sous prétexte qu’il n’en mentionne que quelques-unes de manière explicite, ne tient plus. Les nombreuses correspondances verbales entre ses lettres et les évangiles synoptiques, ainsi que d'autres parallèles plus indirects dans les exhortations éthiques, montrent que Paul utilisait, et citait, un nombre conséquent d'enseignements de Jésus10DUNGAN, David L. The Sayings of Jesus in the Churches of Paul: Use of the Synoptic Tradition in the Regulation of Early Church Life. Philadelphia: Fortress Press, 1971, p. 149. »

Bien sûr, Carrier pourrait essayer d'inverser la dépendance en suggérant que Matthieu et Luc ont puisé ces éléments chez Paul plutôt que l'inverse. Mais ce n'est pas une question que je souhaite explorer ici. Le point que je souhaite avancer est simplement que Carrier ne peut pas affirmer avec beaucoup d’assurance que Paul ne témoigne d'aucune connaissance des Évangiles. Une telle affirmation est loin d'être acquise.

4.3 Les histoires de résurrection se sont-elles développées au fil du temps ?

Passons maintenant à la troisième objection de Carrier. Selon lui, lorsque l'on compare les récits de la résurrection dans les Évangiles, placés côte à côte et dans l'ordre chronologique, on peut clairement voir l'histoire devenir de plus en plus légendaire à chaque nouvelle version. Selon lui, « il ne peut raisonnablement être mis en doute que les Évangiles présentent des embellissements légendaires du récit de base de Marc. Peu importe les éléments qui auraient été inventés, il est clair qu’au moins certains l’ont été. Marc raconte une histoire simple : un membre du Sanhédrin enseveli Jésus ; des femmes se rendent au tombeau et le trouvent ouvert ; elles y rencontrent un jeune homme vêtu de blanc, puis s’enfuient. Mais lorsque nous arrivons à Matthieu, Joseph est devenu un « disciple de Jésus » (Mt 27:57) qui l’enseveli « dans un sépulcre neuf » (27:60) ; le jeune homme est devenu un ange descendant du ciel (Mt 28:2-5) ; les femmes ont vécu un « grand tremblement de terre » et ont vu l’ange descendre et ouvrir le tombeau (Mt 28:2) ; des gardes ont été ajoutés à l’histoire (Mt 27:62-66 ; 28:4, 28:11-15). Il ne fait aucun doute que nous sommes en présence d'un vaste embellissement légendaire. […] On observe la même tendance dans les deux autres Évangiles. Luc, qui ne connaît pas Matthieu et se montre moins enclin au surnaturel, « embellit » lui aussi le récit hérité de Marc, quoique de manière moins spectaculaire. […] Jean reprend certains des embellissements de Luc, mais fait entièrement sienne l’histoire11CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 165–166. »

De toute évidence, l'objection de Carrier repose entièrement sur sa théorie synoptique préférée. Plus précisément, elle repose sur la thèse de la priorité marcienne. Les lecteurs réguliers de mes travaux savent que je suis assez sceptique quant à la priorité de Marc. J’ai consacré plusieurs études à défendre l’idée que Matthieu serait en réalité le premier Évangile à avoir été rédigé et que Marc serait le dernier des synoptiques12PALLMANN, David. The Synoptic Problem. In : Faith Because of Reason. YouTube, s.d. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/playlist?list=PLzjQv4A03oikLOYNUz8KuVBj8gQ7Q_0hj

(consulté le 22 juillet 2025)
. Si ce type de théorie est correct, il n’existe alors pas de trajectoire claire d’évolution des récits de la résurrection. On constaterait simplement que le niveau de détail varie d’un récit à l’autre, sans suivre de progression évolutive identifiable. Cela rend d'autant plus plausible l'idée que le niveau de détail reflète les préférences des auteurs respectifs plutôt qu'une légende qui se serait développée avec le temps.

Mais même en admettant la priorité de Marc, nous n'avons pas un cas aussi flagrant d'évolution légendaire que Carrier le prétend. Parmi les Évangiles, c’est Matthieu qui présente le récit de la résurrection le plus élaboré, avec un ange descendant du ciel et un tremblement de terre. Or, selon la chronologie adoptée par Carrier, Matthieu est le deuxième Évangile à avoir été rédigé. Cela suffit à compromettre la progression fluide du moins spectaculaire au plus spectaculaire que Carrier voudrait faire apparaître dans les récits de la résurrection. Comme le fait remarquer David Wood : « Dans l'Évangile selon saint Jean, nous trouvons une quantité impressionnante de poissons dans le filet, et Jésus apparaît dans une pièce fermée à clé. Luc est encore plus stupéfiant, avec Jésus qui disparaît instantanément, puis monte au ciel. Mais Matthieu demeure le plus spectaculaire. Il y est question d'un violent tremblement de terre, d'un ange saisissant la pierre et la roulant, ainsi que de plusieurs morts qui ressuscitent et errent dans les rues de Jérusalem. Remarquez que le schéma de l'évolution suit exactement la direction inverse requise par [cette] théorie13WOOD, David. “A Response to Dan Barker’s Question: ‘Did Jesus Really Rise from the Dead?’”. In: HOLDING, J. P., ed. Defending the Resurrection: Did Jesus Rise from the Dead? NP: Tekton Apologetics Press, 2009, p. 86. » Enfin, l’analyse de Carrier fait abstraction des raisons indépendantes de penser que les auteurs des Évangiles tentaient de rapporter des faits historiques. Si l'on prend ces raisons au sérieux, l'idée selon laquelle les différences entre les récits tiennent davantage aux choix rédactionnels des auteurs qu'à un processus de légendarisation est renforcée.

4.4 Les Évangiles sont-ils des récits basés sur des sources crédibles ?

Abordons maintenant la quatrième objection de Carrier : comment peut-il prétendre que les auteurs des Évangiles n'avaient aucune autre source d'information que Marc ? Cela implique en effet que Matthieu et Jean n’ont pas été rédigés par des apôtres de Jésus qui auraient pu s’appuyer sur leurs propres souvenirs. Or, Carrier n'a rien fait pour démontrer l'invalidité de cette hypothèse. L’Évangile selon Jean contient d'ailleurs un verset affirmant explicitement qu’il a été écrit par un témoin oculaire : Jean 21:24. Carrier évoque brièvement ce point en disant que « Jean prétend s'inspirer d'un témoin oculaire anonyme, mais seulement dans une section de son Évangile qui semble avoir été ajoutée par un autre auteur14CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 156. »

Je suis d'accord avec Carrier pour dire que Jean 21:24 a probablement été ajouté par un autre auteur (probablement Papias) peu après la mort de Jean. J'ai défendu cette hypothèse dans mon étude sur l'attribution des Évangiles. Cela n'empêche toutefois pas le fait que ce verset affirme explicitement que l'Évangile a été écrit par un témoin oculaire. L’implication chez Carrier semble être qu’une telle déclaration ne peut être fiable que si elle provient de la plume de l’auteur principal. Mais je doute sincèrement que Carrier croirait à l'attribution johannique, même si Jean 21:24 avait été rédigé par le même auteur que le reste de l'Évangile. Quoi qu'il en soit, ce verset constitue au minimum une preuve que l’Évangile selon Jean était considéré dès les origines comme émanant d’un témoin oculaire. Carrier n’a rien fait pour réfuter ce point.

Et qu'en est-il de l'Évangile selon saint Luc ? Dans son prologue, Luc est explicite sur le fait qu’il a utilisé plusieurs sources. Carrier en est parfaitement conscient, puisqu’il écrit : « Luc prétend disposer de nombreuses sources, mais il ne précise pas lesquelles, ni à propos de quels épisodes, ce qui n’est donc d’aucune utilité ici15CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 156. » Mais reprocher à Luc de ne pas nommer précisément ses sources, c’est passer à côté de l’essentiel. Carrier affirme en effet que Luc ne dispose d’aucune source autre que Marc pour ses récits de résurrection. Or, cette affirmation dans le prologue de Luc nous donne au moins une raison de douter de cette affirmation. De plus, Luc identifie en réalité ses sources, du moins de manière générale : il dit qu’il s’est appuyé sur les témoignages de ceux qui, dès le commencement, ont été des témoins oculaires. Je suggèrerai qu'au moins l'un de ces témoignages est très probablement l'Évangile de Matthieu. Plus loin dans son article, Carrier affirme d'ailleurs que Matthieu et Luc sont indépendants l'un de l'autre, en écrivant : « On observe la même tendance dans les deux autres Évangiles. Luc, qui ne connaît pas Matthieu et se montre moins enclin au surnaturel, « embellit » lui aussi le récit hérité de Marc, quoique de manière moins spectaculaire16CARRIER, Richard C. “The Spiritual Body of Christ and the Legend of the Empty Tomb”. In: PRICE, Robert M. and LOWDER, Jeffery Jay, eds. The Empty Tomb: Jesus Beyond the Grave. Amherst, NY: Prometheus Books, 2005, p. 165. »

Il semble qu'en 2005, au moment de la publication de The Empty Tomb [Le tombeau vide], Carrier adhérait encore à une forme de l'hypothèse des deux sources, selon laquelle Matthieu et Luc auraient utilisé, chacun de leur côté, Marc ainsi qu'une source perdue appelée « Q ». Toutefois, Carrier n'a pas maintenu cette position. Depuis au moins 2017, il défend désormais l'hypothèse de Farrer, qui affirme explicitement que Luc connaissait l'Évangile de Matthieu. Comme le dit Carrier : « Qu'est-ce qui est le plus simple ? Que Matthieu et Luc aient utilisé deux sources dont l'existence ne peut être que supposée ? Ou que Matthieu n'ait utilisé qu'une seule source (et inventé le reste) et que Luc n'ait utilisé que Marc et Matthieu (et inventé le reste) ? Cette dernière théorie ne nécessite aucune source hypothétique ad hoc. Elle s'appuie uniquement sur des preuves et des textes dont nous disposons réellement. C'est donc l'hypothèse la plus simple. […] De plus, contrairement aux preuves de l'hypothèse Q, il existe [dans cette hypothèse ci] des preuves concrètes que Luc a copié Matthieu17CARRIER, Richard C.. Why Do We Still Believe in Q?. In : Richard Carrier [en ligne]. 2017-04-26 [consulté le 2025-07-18]. Disponible à l’adresse : https://www.richardcarrier.info/archives/12352. »

Carrier ne semble pas réaliser à quel point cela contredit son explication de l’émergence des récits de résurrection dans les Évangiles. L'adoption de l'hypothèse de Farrer affaiblit son hypothèse évolutionniste à au moins deux niveaux. Premièrement, cela réfute son affirmation selon laquelle Luc n'utilisait aucune source autre que Marc. L’hypothèse de Farrer implique en effet que Luc utilisait également Matthieu. Or, si Matthieu a été rédigé par un témoin oculaire, comme je l'ai soutenu, alors l'affirmation de Luc dans son prologue selon laquelle il a obtenu ses informations auprès de témoins oculaires est renforcée. En effet, dans le seul cas où nous pouvons identifier l'une de ses sources avec certitude, nous pouvons également confirmer qu'il s'agit d'un témoin oculaire.

Deuxièmement, l’hypothèse de Farrer remet en cause le scénario proposé par Carrier concernant l’évolution progressive des récits de résurrection. Le passage que nous avons cité précédemment, dans lequel Carrier affirmait sa croyance antérieure en l’indépendance de Luc par rapport à Matthieu, visait à expliquer pourquoi le récit de Luc semblait moins spectaculaire que celui de Matthieu. Selon lui, Luc ne connaissait pas les enjolivements de Matthieu, et enjolivait lui-même le récit de Marc. Or, désormais que Carrier admet la dépendance de Luc à l'égard de Matthieu, cette explication ne tient plus. Il doit désormais admettre que, selon son hypothèse, Luc avait entre les mains la version grandement amplifiée de Marc donnée par Matthieu, mais qu’il a néanmoins choisi de raconter une version moins spectaculaire de l’histoire. Cela ne cadre pas avec son idée selon laquelle le récit de la résurrection n’a cessé de s’amplifier au fil du temps.

4 Conclusion

Pour conclure, cette section a passé en revue l’argumentaire de Richard Carrier contre l’historicité de la résurrection. Nous avons vu qu'il existe des raisons de douter à la fois de son interprétation de la doctrine paulinienne de la résurrection et de son récit expliquant l'origine des récits de résurrection dans les Évangiles. Carrier ne justifie pas non plus son affirmation selon laquelle nous ne saurions pas qui a rédigé les Évangiles. Il existe également des raisons de penser qu’il se trompe lorsqu’il affirme que Paul ignorait totalement les traditions évangéliques relatives à la résurrection. Son idée selon laquelle ces récits formeraient une légende s'étoffant avec le temps ne correspond pas vraiment au schéma observé dans les textes. Enfin, son affirmation selon laquelle les auteurs des Évangiles n’auraient disposé d’aucune source d’information fiable ne semble pas non plus crédible.

 


Source : PALLMANN, David. Resurrected: The Case for the Resurrection of Jesus [vidéo en ligne]. YouTube, 2025. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=UqI0EQcsUe4

Références

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