Peut-on défendre historiquement la résurrection de Jésus ? Exposé de l'argument maximaliste

resurection

1 Introduction

Dans mes travaux précédents, j'ai réfuté l'idée que les quatre Évangiles canoniques étaient anonymes et j'ai soutenu les attributions traditionnelles de paternité à Matthieu, Marc, Luc et Jean. J'ai soutenu qu'il existe de bonnes raisons de croire que ces documents, ainsi que le livre des Actes, sont historiquement fiables. J'ai également établi l'historicité de la persécution des premiers chrétiens1PALLMANN, David. Did the Apostles Really Die as Martyrs?: Defending the Historicity of Early Christian Persecution  [vidéo en ligne]. YouTube, 2025. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=LGsGrfHNBbA. J'ai également dissipé les objections philosophiques à la rationalité de la croyance aux miracles. Tous les éléments sont désormais réunis pour étayer la thèse de l'événement crucial sur lequel repose toute la foi chrétienne : la résurrection de Jésus-Christ.

Dans cette étude, j'expliquerai la structure de mon argument en faveur de la résurrection de Jésus et en quoi il diffère de l'argument, plus populaire actuellement, des « faits minimaux ». Je formaliserai ensuite cet argument et défendrai les points qui n'ont pas été traités dans mes études précédentes. Après quoi, j'examinerai les objections avancées par plusieurs sceptiques contemporains contre la résurrection de Jésus. J'expliquerai pourquoi je crois que ces objections soit ne tiennent pas face à mon argumentation, soit ne tiennent pas en elles-mêmes. Je conclurai en disant que les preuves historiques étayent fortement la réalité de la résurrection de Jésus.

Je m'excuse par avance si les premières parties de cette étude donnent l'impression que je me contente de relier les points, d'éluder les questions controversées, puis de renvoyer mes lecteurs vers mes autres travaux pour plus de détails. Mais, j’ai délibérément conçu mes études précédentes pour soutenir de manière anticipée les prémisses les plus critiques et controversées de mon argumentation en faveur de la résurrection, afin que je n'aie pas à m'enliser dans la défense minutieuse de chaque point que j’avance ici. Par contre, après cette introduction, je vais tenter de répondre aux meilleures objections d’une manière minutieuse et approfondie.

2 Comprendre les approches de la défense de la résurrection

3 Pourquoi privilégier l’approche maximaliste ?

[Note éditoriale :
Avant d’exposer l’argument maximaliste en faveur de la résurrection, il est utile de clarifier un débat méthodologique important dans l’apologétique contemporaine : celui qui oppose l’approche des faits minimaux (Minimal Facts) à l’approche des faits maximaux (Maximal Facts).

L’approche minimaliste (Habermas, Craig, Licona) cherche à établir la résurrection à partir d’un petit noyau de données jugées très largement admises par la recherche critique. Elle vise à éviter les prémisses controversées et s’appuie souvent sur une lecture « neutre » des Évangiles, en utilisant des outils comme les critères d’authenticité pour isoler quelques faits exploitables.

L’approche maximaliste, au contraire, refuse de limiter la démonstration au seul consensus académique. Elle soutient qu’il est possible de considérer les Évangiles comme des témoignages globaux, au moins au sens où ils peuvent refléter fidèlement ce que les premiers témoins affirmaient avoir vécu. Dans ce cadre, le témoignage sur la résurrection ouvre un trilemme : mensonge, erreur sincère, ou vérité.

Cette distinction est essentielle, car plusieurs objections sceptiques visent surtout les limites de l’approche minimaliste. Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe : Faits minimaux ou faits maximaux : quelle méthode pour défendre la résurrection de Jésus ?

Une fois ces distinctions clarifiées, nous pouvons passer à l’argument maximaliste proprement dit et à l’examen des objections critiques.]

4 Défense apologétique de la résurrection du Christ par l’approche des faits maximaux

4.1 Présentation de l’argument

Nous pouvons enfin avancer l'argument en faveur de la résurrection de Jésus. Je le formulerai ainsi :

  1. Il existe des témoignages affirmant que Jésus est ressuscité (Matthieu, Marc, Luc, Jean).
  2. Ces témoignages proviennent de sources crédibles.
  3. Il n’existe que trois possibilités logiques concernant un témoignage crédible : soit il est vrai, soit il est délibérément faux, soit il résulte d’une erreur sincère.
  4. Le témoignage crédible de la résurrection de Jésus n’est pas délibérément faux.
  5. Le témoignage crédible de la résurrection de Jésus ne résulte pas d’une erreur sincère.
  6. Par conséquent, le témoignage crédible de la résurrection de Jésus est vrai.
  7. Si le témoignage crédible de la résurrection de Jésus est vrai, alors Jésus est ressuscité.
  8. Par conséquent, Jésus est ressuscité.

La prémisse 1 est, ou du moins devrait être, la moins controversée de cet argument. Personne ne doute que les quatre Évangiles affirment la résurrection de Jésus, bien que chacun puisse avoir un avis différent sur la vérité de cette prétention. La prémisse 3 devrait également être relativement peu contestée. Toute proposition est en effet soit vraie, soit fausse. Si elle est fausse, c'est soit intentionnellement, soit par erreur sincère. Par conséquent, la prémisse 3 exprime un véritable trilemme. La prémisse 7 est une tautologie et est donc vraie par définition. Les prémisses 6 et 8 découlent déductivement des prémisses précédentes. Ainsi, nous pouvons conclure que les seules prémisses controversées sont les 2, 4 et 5.

La prémisse 2 est sans doute la plus controversée. Elle soutient que le témoignage relatif à la résurrection de Jésus dans les quatre Évangiles est crédible. Par « crédible », j'entends que les sources d’information proviennent de personnes bien placées pour savoir si l’événement a eu lieu, à l’instar d’un témoin oculaire. Or cette prémisse joue un rôle stratégique : elle ferme la porte à l’explication sceptique selon laquelle les Évangiles seraient l’aboutissement tardif d’une tradition orale légendaire, progressivement amplifiée. Si les Évangiles proviennent directement de témoins oculaires ou de leurs disciples immédiats, le sceptique se retrouve alors confronté au trilemme énoncé dans la prémisse 3. Comme le souligne Brant Pitre, « contrairement à ce que certains prétendent, deux des Évangiles qui relatent les apparitions de Jésus après la résurrection se présentent comme des témoignages oculaires de première main : L'Évangile de Matthieu relate l'apparition de Jésus aux onze disciples, dont Matthieu fait partie (Matthieu 28:16-20) ; et l'Évangile de Jean relate l'apparition de Jésus à Jean, le disciple bien-aimé, ainsi qu'à plusieurs autres apôtres, alors qu'ils pêchaient sur le lac de Galilée (Jean 21:1-24). Sans parler des récits contenus dans l'Évangile de Luc, qui décrit le contenu de son Évangile comme étant également basé sur le témoignage des « témoins oculaires dès le commencement » – bien qu'il ne les nomme pas (Luc 1:1-4). Cela ne signifie pas pour autant que vous devez accepter la véracité des récits des apparitions de Jésus. Cela signifie simplement qu'il n'existe aucun fondement historique permettant d'affirmer qu'il n'existe aucun témoignage oculaire des apparitions de Jésus ressuscité. Vous pouvez rejeter ces récits, si vous le souhaitez, mais vous ne pouvez pas dire qu'ils n'existent pas2PITRE, Brant. The Case for Jesus: The Biblical and Historical Evidence for Christ. New York: Image Books, 2016, p. 183. » Lydia McGrew ajoute : « Les Évangiles se présentent indéniablement comme des récits véridiques de la vie et des enseignements de Jésus de Nazareth. Sans qu'il soit nécessaire de les identifier à un genre précis, on peut dire que l'impression immédiate est que les évangélistes entendent raconter ce qui s'est réellement passé3MCGREW, Lydia. The Mirror or the Mask: Liberating the Gospels from Literary Devices. DeWard Publishing, 2019, p. 480. »

Je considère que c’est probablement la prémisse la plus controversée de l’argument, car la grande majorité des spécialistes du Nouveau Testament estiment que les Évangiles sont tardifs, anonymes, et n’ont certainement pas été écrits par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Cela dit, à proprement parler, le défenseur de cet argument n’est pas tenu de défendre la thèse de l’attribution traditionnelle des Évangiles, pourvu qu'il parvienne à démontrer que les récits évangéliques remontent à des témoins crédibles. Plusieurs défenseurs de cette ligne argumentative ont proposé diverses manières de le faire. Cependant, l’approche la plus directe pour défendre la prémisse 2 (et celle que je préfère) consiste à démontrer que cette prémisse est vraie, en montrant simplement que les Évangiles ont bien été écrits par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Comme l’expliquent Timothy et Lydia McGrew : « Si l’on prend au sérieux le témoignage fourni par les sources externes, nous sommes contraints d’admettre deux points : (1) les deux premiers Évangiles ont été écrits très tôt, bien avant 70 apr. J.-C., et (2) ils proviennent, soit directement (Matthieu), soit indirectement (Marc, rapportant les paroles de Pierre), de témoins oculaires indépendants qui ont été les propres disciples du Christ4MCGREW, Timothy and MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane and MORELAND, J. P., eds. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 602. » J’ai déjà longuement défendu la paternité traditionnelle dans une étude précédente, et il n’est donc pas nécessaire d’entrer dans les détails ici. Je ne défendrai donc pas davantage la prémisse 2 dans cette étude, que je considère comme justifiée. La suite de mon étude se concentrera plutôt sur la défense des prémisses 4 et 5.

Il existe un autre type d’objection que l’on pourrait soulever à l’encontre de la prémisse 2, et qu’il vaut la peine d’aborder brièvement. Un sceptique pourrait objecter que, indépendamment de la question de la paternité des Évangiles, nous ne pourrions avoir de témoignage crédible concernant la résurrection de Jésus, car personne ne pouvait savoir qu'elle avait eu lieu, même si elle avait eu lieu. En d'autres termes, si la résurrection a effectivement eu lieu, elle n'a pas été observée directement par un témoin. Cette observation (que personne n'a été témoin de la résurrection elle-même) est évidemment vraie dans une certaine mesure. Personne, hormis Jésus lui-même, n'était présent dans le tombeau au moment de l'événement. Néanmoins, cela n’implique pas que personne n'était en mesure de savoir que Jésus était ressuscité. Une personne pourrait parfaitement être en mesure de savoir que Jésus est ressuscité des morts simplement en sachant 1) que Jésus était mort à un moment donné, et 2) que Jésus était vivant à un moment ultérieur. Ces deux éléments de connaissance réunis permettent de savoir que Jésus est ressuscité des morts. Ainsi, si l'on peut connaître ces deux choses, on peut être en mesure de savoir que Jésus est ressuscité des morts, même sans avoir été témoin direct de la résurrection. Comme le dit Stephen T. Davis, « on souligne fréquemment qu'il n'y avait aucun témoin dans le tombeau au moment crucial et que, par conséquent, la résurrection elle-même n'a pas été observée. C'est exact. Mais certains vont plus loin et soutiennent que, dès lors, la résurrection était « inobservable », qu’en principe, elle ne pouvait pas être perçue par des êtres humains, et que c’est précisément cela qui empêche de considérer la résurrection de Jésus comme un événement historique. […] Je souhaite simplement souligner deux erreurs logiques souvent commises ici : (1) l’inférence allant du fait que la résurrection n’a pas été observée à la conclusion qu’elle ne pouvait pas être observée ; et (2) l’inférence allant de l’idée (même admise) que la résurrection ne pouvait pas être observée à la conclusion qu’elle n’est donc pas un événement historique5DAVIS, Stephen T. Risen Indeed: Making Sense of the Resurrection. Grand Rapids: Eerdmans, 1993, p. 25–26. »

Étant donné que cette objection n’aboutit pas, et que j’ai déjà défendu la prémisse 2 en détail dans une étude précédente, je la considérerai désormais comme acquise. Si la prémisse 2 est vraie, alors le sceptique est confronté au trilemme énoncé dans la prémisse 3. Il ne me reste donc plus qu'à démontrer que le témoignage relatif à la résurrection de Jésus n'est ni délibérément faux, ni une erreur sincère. Si ces hypothèses peuvent être écartées, ou démontrées comme suffisamment improbables, alors nous pourrons conclure que le témoignage de la résurrection est vrai. Et cela, à son tour, impliquerait que la résurrection a bel et bien eu lieu.

4.2 Le témoignage de la résurrection n’est pas délibérément faux

Deux arguments peuvent être avancés contre l'idée que Matthieu, Marc, Luc et Jean mentaient délibérément. Premièrement, il semble qu'ils n'avaient rien à y gagner. Nous ne voyons aucun avantage manifeste pouvant être obtenu par le fait de tromper délibérément des personnes en leur faisant croire que Jésus était ressuscité. Comme l'ont écrit Timothy et Lydia McGrew, « la probabilité a priori d'une telle conspiration dans ce contexte précis n'est pas très élevée. Il est difficile d’imaginer quel mobile aurait pu pousser les disciples à planifier une conspiration visant à convaincre les autres que Jésus était ressuscité. Même avant d'être avertis par le Sanhédrin, après avoir commencé à enseigner la résurrection de Jésus et à répandre le message du pardon en son nom, ils savaient pertinemment qu'une telle prédication ne leur apporterait probablement ni pouvoir social (mis à part une éventuelle influence dans une petite secte méprisée), ni gratification sexuelle, ni richesse, ni rien d’autre  qui puisse attirer des hommes sans scrupules, mais plutôt la persécution et la mort6MCGREW, Timothy and MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane and MORELAND, J. P., eds. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 622. »

Deuxièmement, il semble y avoir toutes les raisons de ne pas mentir sur un tel sujet. Les premiers chrétiens ont subi d'intenses persécutions de la part des Romains. En général, l'un des instincts humains les plus forts est l'instinct de survie. Si les disciples croyaient réellement que Jésus était ressuscité et que cela leur assurait la vie éternelle, alors leur acceptation de mourir pour cette croyance s'explique facilement. En revanche, s'ils ont délibérément menti, il est très difficile d'expliquer leur acceptation de mourir pour ce mensonge. Au final, les preuves s'opposent fortement à l'idée que les témoins de la résurrection étaient des menteurs. Les McGrew observent à nouveau : « À partir du jour de la Pentecôte, les (désormais douze) apôtres ont adopté un comportement qui invitait pratiquement au martyre, persistant à affirmer que Jésus était ressuscité, malgré un danger connu et des menaces explicites et croissantes7MCGREW, Timothy and MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane and MORELAND, J. P., eds. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 611. »

Récemment, une série de critiques s'est élevée contre l'idée que les apôtres soient réellement morts en martyrs ou que les premiers chrétiens aient subi de lourdes persécutions. La critique la plus connue est celle de Candida Moss dans son livre The Myth of Persecution [Le Mythe de la persécution]. Cependant, il est inutile de s'attarder sur ce point, car j'ai déjà abordé Moss et d'autres sceptiques en détail dans une étude précédente. Les sceptiques sur ce sujet sont donc invités à se référer à ma défense approfondie de la véracité du martyre des apôtres publié précédemment8PALLMANN, David. Did the Apostles Really Die as Martyrs?: Defending the Historicity of Early Christian Persecution [vidéo en ligne]. YouTube, 2025. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=LGsGrfHNBbA. Je vais ici me contenter de rappeler que la persécution des premiers chrétiens est attestée dans les Actes, les Évangiles, les écrits de Paul, les écrits de l'Église primitive et même dans des sources romaines telles que Tacite et Suétone.

Les contre-apologètes répondent souvent à cela en insistant sur le fait qu'il est possible de mourir pour un mensonge. Ils citent souvent l'exemple des kamikazes islamistes radicaux, prêts à mourir pour leur foi. Pour autant, cela ne fait pas de l'islam une vérité. Je pense que c'est une bonne réponse à cette affirmation apologétique imprudente, et malheureusement souvent répétée, selon laquelle personne ne mourrait jamais pour un mensonge. Cette affirmation est manifestement fausse. Toutefois, j'aimerais soulever deux points en réponse aux contre-apologètes.

Premièrement, si l’on peut aisément trouver des exemples de personnes qui meurent pour une croyance fausse sans en avoir conscience, il est bien plus difficile de trouver des cas où des individus acceptent librement et consciemment de mourir pour un mensonge dont ils savent qu’il en est un. Or, dans le cas des apôtres, nous avons précisément affaire à des individus qui se trouvent en position de savoir si ce qu’ils affirment est vrai ou faux. Étant à l’origine même de cette proclamation, ils n’étaient pas de simples héritiers d’une tradition : ils étaient précisément ceux qui l’avaient lancée. Dès lors, ils ne pouvaient pas ignorer s’ils rapportaient un fait vécu ou s’ils fabriquaient un récit. À cet égard, ils se distinguent des kamikazes, qui ne sont pas en mesure de déterminer d’une telle manière la véracité ou la fausseté de leurs croyances religieuses.

Deuxièmement, notez que mon argument en faveur de la résurrection ne conclut pas qu'elle a réellement eu lieu simplement parce que les apôtres n'auraient pas pu vouloir mourir pour un mensonge. La prémisse 3 et 5 laissent en effet ouverte la possibilité que les apôtres se soient honnêtement trompés. Les références à la persécution et au martyre servent exclusivement à étayer la prémisse 4, c’est-à-dire pour exclure l'idée que les apôtres aient délibérément menti au sujet de la résurrection. Elles visent à établir la sincérité des témoins. Les exemples souvent présentés comme contre-exemples (tels que les attentats-suicides) renforcent en réalité cette conclusion : de tels individus semblent prêts à mourir précisément parce qu’ils adhèrent sincèrement à leur cause, bien qu’ils puissent se tromper sur la vérité de ce qu’ils croient. De la même manière, il est possible que les apôtres aient été sincèrement dans l’erreur ; la prémisse 4 ne l’exclut pas. Elle affirme seulement qu’ils ne mentaient pas. Et leur disposition à mourir pour cette conviction constitue un indice puissant en faveur de la véracité de cette prémisse 4.

Mike Licona l'exprime très bien : « La disposition des disciples à souffrir et à mourir pour leurs croyances indique qu'ils les considéraient certainement comme vraies. Il est évident qu'ils n'ont pas menti volontairement sur les apparitions de Jésus ressuscité. Les menteurs font de piètres martyrs. Personne ne remet en doute la sincérité du terroriste musulman qui se fait exploser en public ou du moine bouddhiste qui s'immole par le feu en signe de protestation politique. Leurs actes extrêmes ne valident pas la véracité de leurs croyances, mais leur volonté de mourir indique qu'ils y croient sincèrement. De surcroît, il existe une différence importante entre le martyr des apôtres et ceux qui meurent pour leurs croyances aujourd'hui. Les martyrs modernes agissent uniquement par confiance dans les croyances qui leur ont été transmises. Les apôtres sont morts pour avoir affirmé leur propre témoignage d'avoir personnellement vu Jésus ressuscité. Les martyrs contemporains meurent pour ce qu'ils croient être vrai. Les disciples de Jésus ont souffert et étaient prêts à mourir pour ce qu'ils savaient être vrai ou faux9LICONA, Michael R. The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach. Downers Grove: IVP Academic, 2010, p. 370. »

4.3  Le témoignage de la résurrection n’est pas une erreur sincère

4.3.1 Les réponses des sceptiques

La prémisse 5 de mon argument affirme que le témoignage des apôtres sur la résurrection n'est pas une erreur sincère. À la différence de la prémisse 4, la défense de cette thèse est plus délicate, précisément parce que le sceptique dispose d’un large éventail d’hypothèses explicatives pour rendre compte d’une erreur de bonne foi. S'ils ne mentaient pas, peut-être se sont-ils sincèrement trompés en raison de facteurs purement psychologiques, tels que l'anticipation, les hallucinations, l'effet de groupe, la dissonance cognitive ou le deuil ?

La thèse selon laquelle les disciples se seraient sincèrement trompés pour des raisons purement psychologiques soulève une difficulté immédiate : le tombeau vide. Si nous admettons que les disciples se sont sincèrement trompés, nous devons admettre qu'ils croient sincèrement aux récits contenus dans les Évangiles. Cela implique également d'accepter leur témoignage sincère selon lequel le tombeau de Jésus était réellement vide. Cette preuve physique ne peut être expliquée par une hypothèse purement psychologique. Comme le dit Jake O'Connell : « Si le tombeau n'était pas vide, les chrétiens n'auraient pas pu croire à la résurrection de Jésus10O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 130. »

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer pourquoi les apôtres auraient pu se tromper honnêtement au sujet du tombeau vide. Parmi celles-ci, on peut citer l'idée qu'ils se seraient trompés de tombeau, ou que le corps de Jésus aurait été volé ou réenseveli par un tiers. Toutefois, ces hypothèses, prises isolément, ne rendent pas compte des apparitions ni de l’émergence de la conviction que Jésus est ressuscité. Elles peuvent néanmoins être combinées avec des explications psychologiques afin de couvrir l’ensemble des données disponibles. Le problème est que chacune de ces explications est peu plausible. L’idée d’une erreur généralisée sur l’emplacement du tombeau semble hautement improbable, et celle d’un vol du corps paraît tout aussi peu vraisemblable, surtout si l'on en croit le récit de Matthieu selon lequel des gardes surveillaient le tombeau.

Je comprends que la plupart des sceptiques préfèrent rejeter le récit des gardes en y voyant une construction apologétique tardive. Mais dans ce cas, on ne critique plus seulement l’interprétation de l’événement, on remet en cause la prémisse 2 elle-même, qui affirme la crédibilité du témoignage relatif à la résurrection de Jésus, prémisse défendue précédemment. Or, dans le cadre de notre analyse actuelle, nous supposons que le témoignage apostolique est sincère mais erroné. Ainsi, si Matthieu se trompe sincèrement sur la résurrection et tente de nous rapporter ce qu’il croit vrai, la présence de gardes au tombeau ne peut être qualifiée d’invention apologétique.

Ainsi, les hypothèses sceptiques concernant le tombeau vide sont hautement improbables. Cette improbabilité ne ferait que s’accentuer si l’on devait encore y ajouter une explication psychologique destinée à rendre compte des expériences qu’ont eues les apôtres du Jésus ressuscité et leur croyance ultérieure en sa résurrection corporelle.

Nous allons maintenant examiner les principales explications possibles des apparitions de Jésus ressuscité dans les Évangiles, sans pour autant invoquer la résurrection elle-même. Si les sceptiques ont invoqué divers facteurs, tels que la dissonance cognitive et la pensée de groupe, il est important de comprendre qu'il ne s'agit là que d'explications de la manière dont les apôtres sont parvenus à croire en la résurrection. Ces explications ne rendent pas compte des expériences des apôtres concernant Jésus ressuscité, telles qu'elles sont rapportées dans les Évangiles. On peut croire en quelque chose sans l'avoir vécu, et on peut vivre quelque chose sans y croire. L'expérience et la croyance sont donc différentes. Les explications alternatives de la manière dont les disciples sont parvenus à croire en la résurrection ne suffisent pas à expliquer comment ils ont pu faire l'expérience de Jésus ressuscité.

4.3.2 La théorie des hallucinations

La meilleure option pour le sceptique est de suggérer que ces expériences de Jésus ressuscité étaient des hallucinations de deuil. Cependant, de nombreuses difficultés bien connues se posent ici. La plus importante est probablement le fait que, d’après les Évangiles,  Jésus apparaît à des groupes de personnes. Or, les hallucinations, tout comme les rêves, sont privées et ne peuvent être partagées entre différentes personnes. Andrew Loke exprime cette problématique ainsi : « Dans le contexte présent, une hallucination est comprise comme une expérience sensorielle qui se produit en l’absence de stimulation externe correspondante de l’organe sensoriel concerné. […] Il est déraisonnable de penser qu’un groupe de personnes ait perçu la même chose au même moment, alors qu’il n’existe rien d’extra-mental correspondant à leurs expériences. En effet, sans stimulation externe correspondante de l’organe sensoriel concerné, les états mentaux internes de chaque personne au sein du groupe ne pourraient pas concorder sur les divers détails de leur expérience du monde extérieur11LOKE, Andrew. Investigating the Resurrection of Jesus Christ: A New Transdisciplinary Approach. London: Routledge, 2020, p. 98–99. »

Alors, les sceptiques suggèrent parfois l'existence d'hallucinations collectives. Il est toutefois important de comprendre que, dans de telles situations, les personnes ne voient pas exactement la même chose ni ne vivent exactement la même expérience visuelle. Il s'agit de groupes de personnes qui ont toutes des hallucinations individuelles partageant des similitudes. Comme l'explique Jake O'Connell, « l'hypothèse que nous désignons par le terme « hallucinations collectives » est […] l'hypothèse selon laquelle des personnes peuvent, en présence les unes des autres, avoir des hallucinations individuelles très similaires, et que ces hallucinations peuvent être si semblables que les personnes qui les perçoivent peuvent ensuite croire avoir vu la même chose. […] L'hallucination n'est pas transférée de l'esprit d'une personne à celui d'une autre ; chacun a sa propre hallucination dans son esprit. Bien sûr, […] la probabilité que deux personnes aient des hallucinations très similaires au même moment est infinitésimal12O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 86. » Cela peut-il expliquer les apparitions de la résurrection dans les Évangiles ? Cela semble peu probable, car les apparitions impliquent Jésus en train d'accomplir des actes très précis, comme aider les disciples à pêcher, manger avec eux ou inviter Thomas à toucher ses stigmates. Même s’ils avaient eu des hallucinations collectives, il semble peu probable qu'ils l'aient tous vu faire ces choses-là.

De plus, la plupart des exemples réels d'hallucinations collectives sont en réalité des illusions visuelles et non des hallucinations. Loke affirme à nouveau : « Les cas qualifiés d'« hallucinations collectives » […] pourraient être des cas d'illusions, ce qui constitue une erreur d'identification. […] Une étude récente de Bergersen et Habermas (2015) conclut que les hallucinations collectives ne sont pas mentionnées dans la littérature médicale évaluée par des pairs13LOKE, Andrew. Investigating the Resurrection of Jesus Christ: A New Transdisciplinary Approach. London: Routledge, 2020, p. 99–100. »

De plus, les expériences de Jésus ressuscité étaient multisensorielles. Elles ne se limitaient pas à le voir. Elles impliquaient également de l'entendre, de lui parler, de manger avec lui et de le toucher. Bien qu'il soit possible d'avoir des hallucinations auditives, et probablement même des hallucinations tactiles ou gustatives (c'est-à-dire des hallucinations impliquant de sentir ou de goûter des choses qui n’existent pas), ces hallucinations sont beaucoup plus rares que les hallucinations visuelles. Et la probabilité qu'elles se concentrent toutes sur ces individus de la même manière est tout simplement infinitésimale. Comme le soulignent Andrew Loke et Nick Meader , « l'une des difficultés de [l'hypothèse des hallucinations] est que plusieurs Évangiles attestent que les disciples ont touché Jésus. S'il s'agissait d'hallucinations, elles constitueraient des « exceptions à la règle ». Par exemple, Rees a constaté que 2,7% des veuves affirmaient que leur conjoint décédé les avait touchées. De même, Grimby a constaté que 6 % des conjoints avaient eu des hallucinations tactiles. […] Bien que certaines études rapportent des taux légèrement plus élevés, comme celle d'Olson (13%), les estimations médianes des études montrent que les hallucinations tactiles sont bien moins probables que les autres modalités sensorielles14LOKE, Andrew and MEADER, Nick. “Evaluating Psychological Explanations of the Post-Resurrection Jesus Appearances: A Response to Stephen H. Smith”. Journal for the Study of the Historical Jesus, 2024, p. 9–10. » Timothy et Lydia McGrew ajoutent : « Un troisième facteur aggrave ce problème : les hallucinations devraient être non seulement parallèles, mais aussi intégrées. Selon les Évangiles, le Jésus ressuscité interagissait avec ses disciples de nombreuses manières, notamment en mangeant la nourriture qu'ils lui donnaient (Luc 24:41-43) et en leur cuisinant du poisson (Jean 21:1-14). Dans de tels contextes, les disciples interagissaient non seulement avec Jésus, mais aussi entre eux, physiquement et verbalement. L'hypothèse selon laquelle leurs hallucinations polymodales parallèles étaient parfaitement intégrées est tout simplement illusoire, un événement si improbable, du point de vue naturel, semble presque impliquer une explication surnaturelle15MCGREW, Timothy and MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane and MORELAND, J. P., eds. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 626. »

De plus, les hallucinations collectives surviennent généralement chez des individus qui nourrissent une certaine attente ou qui ont été préparés à en avoir. On pourrait soutenir que les prédictions de Jésus concernant sa résurrection ont suscité une telle attente, mais les Évangiles suggèrent en réalité que les apôtres ne s'attendaient à rien de tel. Leurs représentations les montrent découragés et craignant d'être tués. De plus, même après l'apparition de Jésus, beaucoup doutent encore, comme le rapporte Matthieu 28:17. Il y a aussi Thomas l'incrédule, qui ne s'attendait certainement pas à la résurrection de Jésus et qui a refusé d'y croire avant d'avoir pu toucher physiquement ses plaies. Les représentations des apôtres dans les Évangiles ne les montrent pas comme particulièrement sujets aux hallucinations collectives au moment où ils ont vécu leur expérience de Jésus ressuscité. Comme le dit Loke, « étant donné que les hallucinations sont d’origine interne, l’attente est évidemment un facteur pertinent. […] La question est de savoir si tous les « témoins oculaires » croyaient déjà à la résurrection de Jésus. Les preuves historiques indiquent le contraire. Les apparitions de la résurrection ont eu lieu chez Paul et Jacques, tous deux incroyants ; de plus, même parmi les Douze, certains étaient initialement sceptiques16LOKE, Andrew. Investigating the Resurrection of Jesus Christ: A New Transdisciplinary Approach. London: Routledge, 2020, p. 96. »

On pourrait alors se demander pourquoi ces hallucinations collectives sont survenues brutalement trois jours après la crucifixion, coïncidant opportunément avec la découverte du tombeau vide, pour s'arrêter brutalement quarante jours plus tard. Ce phénomène n'est ni typique des hallucinations de deuil, ni des hallucinations collectives. Comme le demande Gary Habermas : « Pourquoi les hallucinations ont-elles cessé après seulement quarante jours17HABERMAS, Gary R. The Resurrection of Jesus, Volume 2: Rebuttals. Nashville: College Press, 2022, p. 663 ? »

Je comprends que les sceptiques veuillent affirmer que ces apparitions aux apôtres pourraient être postérieures et légendaires, ou que l'idée qu’elles aient cessé brusquement après 40 jours est légendaire. Mais cela nous ramène à des objections en lien avec la prémisse 2. Dans le contexte de la défense de la prémisse 5, nous évaluons la plausibilité de l'idée selon laquelle le témoignage des Évangiles sur les apparitions de la résurrection peut être une erreur de bonne foi. Or, d'après ce que nous savons de la nature des hallucinations, même collectives, les apparitions de Jésus dans les Évangiles ne semblent pas correspondre à ces phénomènes.

Une autre difficulté liée à l'attrait des hallucinations, que la plupart des sceptiques, voire des apologètes, n'ont pas perçue, est que les auteurs du Nouveau Testament font preuve d'une grande capacité à distinguer les expériences véridiques des visions. Les auteurs bibliques affirment sans hésiter que Dieu a parlé aux hommes par des visions. Pourtant, ils n'incluent pas les apparitions de la résurrection dans cette catégorie. Si les disciples avaient eu des hallucinations, celles-ci auraient bien plus probablement ressemblé à des visions et auraient été interprétées comme telles. Or, leurs expériences de Jésus ressuscité ne semblent pas avoir été de ce type. Comme le souligne Loke : « Les auteurs du Nouveau Testament font systématiquement référence aux apparitions post-résurrection comme impliquant une apparition extra-mentale dans le monde réel et objectif. Ils distinguent cette compréhension de l'« apparition post-résurrection » de celle d'une « vision », terme qu'ils utilisent pour désigner un phénomène mental subjectif18LOKE, Andrew. Investigating the Resurrection of Jesus Christ: A New Transdisciplinary Approach. London: Routledge, 2020, p. 93. »

Rappelons que l'invraisemblance des hallucinations comme explication est exacerbée par l'invraisemblance des explications du tombeau vide, auxquelles la théorie des hallucinations doit être associée pour expliquer adéquatement l'ensemble des preuves. Il en résulte que la thèse selon laquelle les apôtres se seraient honnêtement trompés est d'emblée hautement improbable. Comme le rappelle William Craig, « l'hypothèse de l'hallucination ne cherche à rendre compte que d'une partie des preuves, à savoir les apparitions. Mais elle ne permet pas d'expliquer le tombeau vide. Pour expliquer le tombeau vide, il faut élaborer une autre théorie et la relier à l'hypothèse de l'hallucination19CRAIG, William Lane. The Son Rises: The Historical Evidence for the Resurrection of Jesus. Eugene: Wipf & Stock, 2000, p. 121. » Habermas et Licona ajoutent : « Les combinaisons de théories conduisent généralement à une plus grande improbabilité, et non à une solution plus probable. Pour qu'une théorie combinée soit vraie, toutes ses sous-théories doivent l'être. Si l'une d'entre elles est fausse, la théorie ne parvient pas à rendre compte correctement de toutes les données. Si une sous-théorie échoue, la combinaison échoue20HABERMAS, Gary R. and LICONA, Michael R. The Case for the Resurrection of Jesus. Grand Rapids: Kregel Publications, 2004, p. 120. »

4.3.3 Les théories dérivées des hallucinations

Il existe bien sûr d'autres moyens d'expliquer comment les disciples ont pu croire sincèrement, mais à tort, à la résurrection de Jésus. Ces explications vont de l'hystérie collective à la dissonance cognitive. Stephen H. Smith et Herman Philipse sont des exemples de défenseurs récents de ce type d'explications. Cependant, à l'instar de l'hypothèse de l'hallucination, ces explications psychologiques sont généralement utilisées pour expliquer l'origine de la croyance des disciples en la résurrection. Les sceptiques ne pensent que rarement, voire jamais, que ces explications puissent également expliquer comment les apparitions post-résurrection, telles que décrites dans les Évangiles, pourraient être des récits sincères mais erronés des témoins oculaires eux-mêmes. Comme l'exprime Aron Lucas, lui-même sceptique : « Si les disciples ont réellement eu des visions étendues, détaillées, intégrées et polymodales de Jésus, au cours desquelles ils ont tous mangé et vécu ensemble, alors ces apparitions ne peuvent évidemment pas s'expliquer par une hallucination. Mais à ma connaissance, aucun partisan de la théorie des hallucinations n'a jamais sérieusement suggéré que les apparitions décrites dans les Évangiles s'expliquaient par des hallucinations. Ceux qui défendent l'hypothèse des hallucinations utilisent les hallucinations pour défaire l’approche des « faits minimaux », et non l’approche des « faits maximaux »21LUCAS, Aron. Review of The Blackwell Companion to Natural Theology. In : The Secular Web [en ligne]. 2018-02-28 [consulté le 2025-07-18]. Disponible à l’adresse : https://infidels.org/library/modern/aron-lucas-natural-theology/. »

Puisque mon argument sur la résurrection est résolument maximaliste, il a le mérite de contourner la plupart des explications psychologiques qui tentent d'expliquer l'origine d'une croyance sincère, mais fausse, en la résurrection. Les hallucinations sont profondément invraisemblables et des facteurs tels que l'hystérie collective, le délire collectif ou la dissonance cognitive sont insuffisants pour expliquer le type d'expériences décrites dans les récits évangéliques de la résurrection.

4.3.4 La théorie de l'évanouissement

Il existe une autre hypothèse qui permettrait d'expliquer à la fois le tombeau vide et les apparitions de la résurrection, sans faire appel à un phénomène psychologique, sans combiner les hypothèses et sans affirmer la réalité de la résurrection. Cette théorie, communément appelée « théorie de l'évanouissement », affirme que Jésus n'est pas mort sur la croix. Il se serait simplement évanoui, puis aurait été enseveli vivant. Plus tard, la fraîcheur du tombeau l'aurait ranimé, et lorsque ses disciples l'ont vu vivant, ils ont cru à tort qu'il était ressuscité. Cette hypothèse a peu de défenseurs de nos jours, car elle implique un nombre impressionnant d'éléments invraisemblables. Cependant, certains apologètes musulmans la défendent, car le Coran les y invite. Il convient d'examiner brièvement les problèmes posés par cette théorie pour balayer l’ensemble des options sceptiques.

D'emblée, il est extrêmement difficile de prendre au sérieux l'idée que Jésus n'est pas réellement mort sur la croix. La crucifixion était une forme d'exécution extrêmement brutale et nous ne connaissons qu’un seul exemple de personne y ayant survécu. L'historien juif Flavius Josèphe raconte qu'après la chute de Jérusalem aux mains des Romains, en 70 apr. J.-C., le commandant romain Titus fit crucifier de nombreux Juifs. Trois d'entre eux étaient des amis de Josèphe. À la demande de Josèphe, Titus les fit descendre de leurs croix et les fit soigner immédiatement. Même après une crucifixion partielle et des soins immédiats, deux d'entre eux sont morts. Il est donc impensable que Jésus, après avoir subi une crucifixion complète et n'avoir reçu aucun soin médical pendant trois jours, ait pu survivre. Comme l'explique Gary Habermas, « malgré les meilleurs soins médicaux disponibles à Rome, un seul des amis de Josèphe survécut, même à leur crucifixion raccourcie. Les deux autres « moururent dans les mains des médecins ». Le point ici est qu’à part ce cas unique d’une victime de crucifixion sauvée, nous ne connaissons aucun autre survivant de la crucifixion dans l’Antiquité22HABERMAS, Gary R. The Resurrection of Jesus, Volume 2: Rebuttals. Nashville: College Press, 2022, p. 484. »

Mais si ces considérations générales ne suffisent pas, rappelons que Jean nous dit qu'une lance fut utilisée pour s'assurer de la mort de Jésus avant qu'il ne soit descendu de la croix. On ne sait pas exactement ce qu'il faut penser de l'affirmation de Jean selon laquelle du sang et de l'eau coulaient de son côté, mais cela pourrait potentiellement indiquer une rupture du cœur, ce qui dissiperait tout doute sur la mort de Jésus. Comme le souligne Habermas, « des sources anciennes rapportent qu'un coup fatal porté aux victimes de la crucifixion garantissait parfois leur mort. La blessure de la lance au côté de Jésus en est un exemple : l'avis médical conclut que l'arme a percé son cœur, assurant sa mort. De plus, si Jésus avait été vivant et que la pointe de la lance avait percé sa cavité pleurale, un bruit de succion évident aurait alerté ses bourreaux23HABERMAS, Gary R. The Risen Jesus and Future Hope. Lanham: Rowman & Littlefield, 2003, p. 16. » Si l'on peut déjà avoir du mal à croire que Jésus n'est pas réellement mort sur la croix, il est encore plus difficile de croire que, s'il n'était pas mort, ceux qui l'ont ensevelli ne l'auraient pas remarqué.

Mais, de loin, la plus grande faiblesse de la théorie de l'évanouissement concerne la question suivante : comment Jésus, même s’il avait survécu, aurait-il pu se libérer lui-même de l’intérieur du tombeau, déplacer la pierre placée devant l’entrée du tombeau avec des mains ayant été transpercées par des clous, échapper aux gardes sans être vu, marcher jusqu’au lieu où ses disciples s’étaient réfugiés avec des pieds ayant également été transpercés, et ensuite réussir à les convaincre qu’il était le Seigneur ressuscité, vainqueur de la mort ? L'invraisemblance de cette histoire est la principale raison pour laquelle presque personne ne prend cette théorie au sérieux. La seule exception serait une poignée d’apologètes musulmans dont le raisonnement découle de leurs engagements religieux plutôt que de la plausibilité de cette théorie. Si les commentaires de David Strauss sur cette théorie ont probablement été galvaudés par les apologètes, ils n'en demeurent pas moins pertinents : « Il est impossible qu’un être sorti à moitié mort du sépulcre, rampant, faible, malade, ayant besoin de soins médicaux […] ait pu donner à ses disciples l’impression qu’il était le vainqueur sur la mort, le Prince de la vie, cette impression qui fut la base de leur ministère ultérieur24STRAUSS, David Friedrich. The Life of Jesus Critically Examined, cité dans : HABERMAS, Gary R. The Resurrection of Jesus, Volume 2: Rebuttals. Nashville: College Press, 2022, p. 485. »

4.3.5 Le scepticisme humien face aux miracles

Les sceptiques admettront peut-être qu'aucune des explications sur la manière dont les apôtres auraient pu se tromper honnêtement n’est probable. Cependant, l'improbabilité de ces scénarios est tout simplement éclipsée par l’improbabilité d'un événement miraculeux. Aussi improbables ou artificielles que puissent paraître ces théories explicatives, elles restent préférables à l'hypothèse d'un miracle. Comme le dit Larry Shapiro, « bien que ce que nous apprenons par le témoignage puisse suffire à justifier certaines croyances, lorsque la croyance porte sur quelque chose d'aussi improbable qu'un miracle, elle se heurte à un fardeau particulièrement lourd. Ce n’est pas un fardeau insurmontable, mais un fardeau qui, dans le cas des miracles rapportés jusqu'à présent, n'a pas été relevé. […] Si un témoignage doit justifier votre croyance en un événement extrêmement improbable, il vous faut de très bonnes preuves qu'il n'existe pas de meilleure explication25SHAPIRO, Larry. The Miracle Myth: Why Belief in the Resurrection and the Supernatural Is Unjustified. New York: Columbia University Press, 2016, p. 59, 85. » J'ai longuement abordé ce type d'arguments dans mon étude défendant la rationalité de la croyance aux miracles. J'y montre pourquoi la version de David Hume de cette objection échoue, tout comme ses versions plus récentes. Je soutiens donc que ce n'est pas un argument valable pour attribuer une probabilité a priori infinitésimale à la survenue d'un miracle. Si un miracle permet d’expliquer un ensemble de preuves bien plus facilement que l'hypothèse naturaliste la plus prometteuse, il n'y a aucune raison de ne pas en déduire qu'il constitue la meilleure explication.

Certains sceptiques pourraient avancer des théories naturalistes plus extravagantes pour expliquer la résurrection de Jésus. Par exemple, peut-être des extraterrestres l'ont-ils ramené à la vie grâce à une technologie inconnue, ou peut-être les êtres humains reviennent à la vie de manière naturelle même si cela est très rare, ou peut-être existe-t-il une autre explication naturaliste inconnue. Ainsi, nous pourrions expliquer la résurrection de Jésus sans pour autant conclure à un miracle. Larry Shapiro suggère une telle approche : « J’admets simplement pour l’instant que Jésus est réellement mort puis ressuscité. Dieu est dans la boîte à hypothèses. […] Mais pourquoi s’arrêter à cette seule hypothèse ?[…] Peut-être que dix-sept dieux ont œuvré ensemble pour ramener Jésus à la vie. Ou peut-être qu’un être quasi omnipotent, pas aussi puissant que le Dieu chrétien, mais très proche, a ramené Jésus d’entre les morts. Des extraterrestres auraient-ils pu ressusciter Jésus ? Ce n’est pas une hypothèse pire que celle de Dieu. On pourrait également envisager la possibilité que, dans des cas très, très rares, des personnes décédées reviennent simplement à la vie par des causes naturelles. […] Pourquoi Dieu serait-il le meilleur candidat et non pas dix-sept dieux, des extraterrestres ou des causes naturelles inconnues26SHAPIRO, Larry. The Miracle Myth: Why Belief in the Resurrection and the Supernatural Is Unjustified. New York: Columbia University Press, 2016, p. 54–55 ? » De même, Raphael Lataster suggère : « Jésus aurait pu ressusciter naturellement, par un mécanisme biologique inconnu ; après tout, nous ne comprenons pas encore parfaitement les lois de la nature. […] Jésus aurait pu ressusciter naturellement, grâce à l’intervention d’un extraterrestre sympathique et non divin. […] Jésus aurait pu posséder un gène mutant rare, voire unique, qui donne lieu à des résurrections ou à des résurrections apparentes. […] Autrement dit, l’hypothèse selon laquelle Jésus est ressuscité ne répond pas à la vraie question : « et alors ? »,  c’est-à-dire à ce qu’elle implique au sujet de l’existence de Dieu27LASTASTER, Raphael. The Case Against Theism: Why the Evidence Disproves God’s Existence. Singapore: Springer, 2018, p. 252–253 »

Pour les besoins de cette étude, je suis prêt à admettre le point de vue de Shapiro et Lataster. Cette étude n’a pas particulièrement besoin d’affirmer que la résurrection de Jésus était un événement miraculeux. Elle se concentre plus spécifiquement sur la justification de la résurrection de Jésus. La qualification de cet événement en tant que miracle nécessiterait une argumentation plus approfondie. Je pense que cela pourrait être assez simple à défendre, et il est d’ailleurs significatif qu'aucun non-chrétien, à ma connaissance, ne croie réellement en une résurrection naturaliste de Jésus. Comme le font remarquer Timothy et Lydia McGrew, « la résurrection est également un élément à valeur probante positive pour le christianisme. Dans toute conception du christianisme digne de ce nom, l’affirmation que Jésus est ressuscité corporellement et miraculeusement d’entre les morts constitue l’une de ses revendications fondamentales. Il est relativement aisé de comprendre que la probabilité que le christianisme soit vrai est plus élevée si la résurrection de Jésus a réellement eu lieu, que si elle ne s’est pas produite, sur la base des éléments contextuels actuels28MCGREW, Timothy and MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane and MORELAND, J. P., eds. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 594. » Andrew Loke ajoute : « Jésus a prédit que sa mort violente et imminente serait suivie peu après de la validation divine par la résurrection. […] La résurrection de Jésus trois jours après sa mort par crucifixion, dans ce contexte précis, exige une explication. Il est illusoire de penser que cet événement, parmi les milliards de morts qui ont eu lieu, est une anomalie scientifique associée par hasard à la revendication d'un individu d’être divin et/ou à sa prédiction d’un tel événement29LOKE, Andrew. Investigating the Resurrection of Jesus Christ: A New Transdisciplinary Approach. London: Routledge, 2020, p. 186. »

Or, dans cette étude, je cherche uniquement à démontrer que Jésus est ressuscité. Les appels de Shapiro et Lataster à des explications naturalistes inconnues supposent tacitement que Jésus est ressuscité. Ces explications ne sont donc pas réellement en contradiction avec la thèse fondamentale de cette étude. Elles proposent simplement une explication alternative sur la manière dont la résurrection de Jésus a eu lieu et non une théorie en opposition avec le fait que Jésus fut ressuscité.

4.4 Par conséquent, le témoignage de la résurrection est vrai

Nous pouvons désormais affirmer avec grande confiance qu'il existe de nombreuses raisons de croire que le témoignage relatif à la résurrection de Jésus n'est ni délibérément faux, ni sincèrement erroné. Comme indiqué dans la prémisse 3, il n'y a que trois possibilités en ce qui concerne un témoignage crédible : soit il est délibérément faux, soit il est erroné de bonne foi, soit il est vrai. Si les deux premières options sont éliminées, il ne reste que la troisième : le témoignage affirmant la réalité de la résurrection de Jésus est vrai. Cela signifie donc que la résurrection a réellement eu lieu.

Ceci conclut la partie positive de mon argumentation en faveur de la résurrection de Jésus. Dans la suite de cette étude, j'examinerai les réponses apportées par plusieurs sceptiques et détracteurs de la résurrection. En mettant en lumière les faiblesses de leurs critiques, j'espère ainsi renforcer la confiance dans mon argumentation positive en faveur de la résurrection.

[Les sections 5 à 11 présentent les principales objections modernes à la résurrection. Chaque objection est résumée ici et examinée en détail dans un article annexe dédié.]

5 Objections principales de Bart Ehrman

[Note éditoriale :
Bart D. Ehrman est un spécialiste du Nouveau Testament et l’un des critiques contemporains les plus connus de la résurrection de Jésus. Son approche se veut strictement historienne : il ne cherche pas à démontrer que la résurrection est impossible, mais à soutenir que les outils de l’histoire ne permettent pas de l’établir.

Ses objections peuvent être résumées en trois axes :

  • Une objection méthodologique : les miracles ne peuvent pas être établis par la méthode historique.
  • Une objection textuelle : les récits évangéliques de Pâques contiendraient trop de divergences pour être fiables.
  • Une objection historique : l’argument du tombeau vide serait fragile, car Jésus n’aurait probablement pas été enseveli dans un tombeau.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 06/04/2026] : Résurrection de Jésus : Bart Ehrman et les limites de la méthode historique.]

6 Objections principales de Richard Carrier

[Note éditoriale :
Richard Carrier est un auteur sceptique spécialisé dans les débats sur les origines du christianisme. Sa critique de la résurrection s’appuie principalement sur une lecture de Paul, qu’il considère comme la source la plus ancienne concernant la croyance pascale.

Son argumentation repose sur trois idées principales :

  • Une résurrection non corporelle : Paul aurait compris la résurrection comme l’acquisition d’un « corps spirituel », distinct du corps terrestre.
  • Une origine visionnaire : la croyance pascale viendrait d’expériences de type hallucinatoire ou visionnaire.
  • Une légende évangélique : les récits de tombeau vide et d’apparitions physiques seraient des développements tardifs, issus de l’évolution des traditions.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 13/04/2026] : Résurrection de Jésus : Richard Carrier, Paul et la thèse du corps spirituel.]

7 Objections principales de Michael J. Alter

[Note éditoriale :
Michael J. Alter est un auteur juif qui se distingue d’une grande partie des sceptiques contemporains par un point majeur : il n’exclut pas d’emblée l’existence de Dieu ni la possibilité de miracles. Son scepticisme n’est donc pas naturaliste, mais repose essentiellement sur une critique du témoignage néotestamentaire.

Sa thèse se structure autour de deux objections :

  • Les Évangiles seraient anonymes et éloignés des témoins oculaires, donc historiquement fragiles.
  • Les textes du Nouveau Testament comporteraient de nombreuses contradictions, notamment dans les récits de résurrection, ce qui discréditerait leur valeur probante.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 20/04/2026] : Résurrection de Jésus : Michael J. Alter et la critique du témoignage néotestamentaire.]

8 Objections principales de Dale Allison

[Note éditoriale :
Dale Allison est un spécialiste du Nouveau Testament et l’un des critiques les plus influents des approches apologétiques contemporaines, ce qui est d’autant plus surprenant qu’il se présente lui-même comme chrétien.

Allison ne cherche donc pas à démontrer que la résurrection est fausse mais à soutenir que les preuves disponibles correctement évaluées ne sont pas suffisantes pour une justification purement rationnelle. Son scepticisme s’articule autour de trois axes principaux :

  • Des réserves méthodologiques concernant la manière dont les apologètes évaluent les récits évangéliques.
  • Une critique de l’historicité de certains épisodes jugés problématiques (ex. la résurrection des saints en Matthieu 27).
  • Un contre-exemple récurrent : celui des miracles analogues dans d’autres religions, en particulier le phénomène tibétain des « corps d’arc-en-ciel ».

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 27/04/2026] : Résurrection de Jésus : Dale Allison et le scepticisme chrétien sur les preuves historiques.]

9 Objections principales de Matthieu McCormick

[Note éditoriale :
Matthew McCormick est un philosophe athée dont la critique s’inscrit dans une démarche comparatiste : il soutient que la qualité des preuves invoquées pour la résurrection de Jésus est comparable à celle des preuves historiquement disponibles pour d’autres croyances aujourd’hui rejetées, en particulier la sorcellerie lors des procès de Salem.

Ses objections se structurent en deux temps :

  1. Une contestation classique de la fiabilité des Évangiles (datation tardive, anonymat, transmission orale, biais religieux).
  2. une objection originale : si l’on accepte les arguments historiques pour la résurrection, on devrait, par cohérence, accepter aussi des événements surnaturels tels que ceux de Salem, pourtant rejetés comme superstition collective.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 04/05/2026] : Résurrection de Jésus : McCormick, Salem et l’argument comparatif contre les miracles.]

10 Objections principales de Robert Greg Cavin

[Note éditoriale :
Robert Greg Cavin adopte une approche essentiellement philosophique. Son argument ne consiste pas à nier directement la résurrection, mais à soutenir une thèse plus radicale : même si les traditions chrétiennes étaient parfaitement fiables, elles ne pourraient pas fournir de preuve suffisante pour établir une résurrection au sens strict.

Son objection centrale repose sur une distinction :

  • une réanimation (un mort revient à la vie) pourrait potentiellement être établie historiquement ;
  • mais une résurrection (transformation en corps glorifié et immortel) excède ce que l’observation humaine pourrait démontrer.

Selon Cavin, les données disponibles ne permettraient jamais de trancher entre ces deux hypothèses, rendant la croyance chrétienne non justifiée par les preuves historiques.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 11/05/2026] : Résurrection de Jésus : Cavin et la distinction entre réanimation et résurrection.]

11 Objections principales de James Fodor

[Note éditoriale :
James Fodor propose l’une des critiques les plus élaborées des argumentaires minimalistes de la résurrection, en particulier ceux de William Lane Craig. Contrairement à d’autres sceptiques, il concède (pour le besoin de sa démarche) à Craig la plausibilité de quatre faits historiques (ensevelissement, tombeau vide, apparitions, croyance des disciples), mais conteste que la résurrection en soit la meilleure explication.

Il avance un modèle explicatif alternatif, le modèle RHBS :

  • Ré-ensevelissement du corps,
  • Hallucinations (individuelles puis collectives),
  • Biais cognitifs et mémoire reconstructive,
  • Socialisation et marginalisation du doute.

Fodor soutient ainsi que les récits et la croyance pascale peuvent s’expliquer sans miracle, par un mélange de psychologie du deuil, dynamique sociale et distorsion mnésique.

Pour préserver la lisibilité du texte principal, l’analyse détaillée de ces objections est présentée dans l’article annexe [qui sera publié le 18/05/2026] : Résurrection de Jésus : James Fodor et l’explication naturaliste RHBS (contre Craig).]

12 Conclusion

Cette étude expose en détail mon argumentaire en faveur de l’historicité de la résurrection de Jésus. J’y explique pourquoi je rejette l’approche dite des « faits minimaux » pour défendre la résurrection et je développe à la place une version syllogistique de l’argument maximaliste. Nous avons vu que si les récits des apparitions de Jésus ressuscité contenus dans les Évangiles reflètent fidèlement ce que les témoins oculaires originels ont déclaré avoir vu, alors trois options s'offrent à nous : soit leur témoignage est vrai, soit il est délibérément faux, soit il s’agit d’une erreur sincère. J’ai soutenu que ces deux dernières hypothèses étaient intenables, ne laissant comme seule option raisonnable que la première, à savoir que leur témoignage était vrai, ce qui impliquait que Jésus était bel et bien ressuscité d’entre les morts.

J’ai renforcé cette démonstration en confrontant mon argumentation aux critiques de sept opposants notoires à l’apologétique de la résurrection : Bart Ehrman, Richard Carrier, Michael Alter, Matthew McCormick, Robert Greg Cavin, Dale Allison et, pour finir, James Fodor. Dans chaque cas, il est apparu que leurs objections ne parvenaient pas à ébranler l'argument maximaliste en faveur de la résurrection de Jésus. C'est pourquoi, à la lumière de ces éléments, je peux affirmer avec confiance, aux côtés de l'apôtre Paul : « Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. Car, puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » (1 Corinthiens 15:20-22).

 


Source : PALLMANN, David. Resurrected: The Case for the Resurrection of Jesus [vidéo en ligne]. YouTube, 2025. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=UqI0EQcsUe4

Références

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    PALLMANN, David. Did the Apostles Really Die as Martyrs?: Defending the Historicity of Early Christian Persecution [vidéo en ligne]. YouTube, 2025. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=LGsGrfHNBbA
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