Résurrection de Jésus : Bart Ehrman et les limites de la méthode historique

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[Note éditoriale : Cet article fait partie d’un dossier sur la résurrection de Jésus et répond à une objection critique spécifique. L’argument des faits maximaux complet est présenté dans l’étude principale.
Lire l’étude principale : Peut-on défendre historiquement la résurrection de Jésus ? Exposé de l’argument maximaliste ]

1 Présentation de Bart Ehrman

Le critique contemporain le plus influent sur le thème de la résurrection de Jésus est probablement Bart D. Ehrman, spécialiste du Nouveau Testament. Ancien évangélique, il a depuis abandonné la foi et est devenu l'un des critiques les plus marquants du christianisme ces deux dernières décennies. Toute étude des objections contemporaines à la thèse de la résurrection serait incomplète sans une analyse de ses arguments.

Ehrman a débattu à maintes reprises de la résurrection de Jésus et a également beaucoup écrit sur le sujet. Bien qu'un examen approfondi de l'ensemble de ses écrits sur le sujet soit sans doute utile, pour les besoins de cette étude, nous nous limiterons à l'analyse de son argumentation la plus aboutie, telle qu'elle est présentée dans son livre How Jesus Became God [Comment Jésus est devenu Dieu].

L'argumentation d'Ehrman contre la croyance en la résurrection peut être décomposée en trois objections fondamentales. La première est que, même si elle a eu lieu, la résurrection ne peut être établie par la méthode historique. La deuxième est que les récits de la résurrection dans les Évangiles sont trop contradictoires pour être fiables. La troisième est que la résurrection s’appuie généralement sur l’argument d’un tombeau vide : Or, selon Ehrman, Jésus n’a certainement pas été enseveli dans un tombeau, et donc il n’y a pas d’argument de tombeau vide qui tienne.

Par rapport à mon argument maximaliste en faveur de la résurrection, Ehrman, comme la plupart des autres sceptiques que nous aborderons, rejette la prémisse 2, c’est-à-dire l’affirmation de la crédibilité des Évangiles en tant que sources historiques. J'ai déjà traité en détail les objections générales d'Ehrman à ce sujet dans mon étude sur la paternité des Évangiles. Je ne reviendrai pas sur ce sujet ici. Nous nous concentrerons donc sur les trois arguments d'Ehrman contre la résurrection que j’ai mentionnés.

2 Les historiens peuvent-ils enquêter sur les miracles ?

Examinons d'abord les affirmations d'Ehrman selon lesquelles les miracles, comme la résurrection, échappent à ce que l'histoire peut établir. Comme il le dit lui-même : « En tant qu'historien, je ne pense pas que nous puissions démontrer, historiquement, que Jésus est effectivement ressuscité. Soyons clairs : je ne dis pas non plus le contraire ; à savoir que les historiens pourraient utiliser leurs disciplines pour démontrer que Jésus n'est pas ressuscité. Je soutiens que, lorsqu'il s'agit de miracles comme la résurrection, les sciences historiques ne sont d'aucune aide pour établir exactement ce qui s'est passé1EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 132. »

C'est une déclaration remarquable. On peut se demander pourquoi Ehrman estime que la résurrection ne peut être établie par l'enquête historique. Sa réponse est que les historiens n’ont pas le droit de se référer aux miracles pour expliquer les faits. Comme il le dit : « La première chose à souligner est que chacun a des présupposés. […] Permettez-moi donc de souligner que les historiens, dans leur travail, ont bel et bien des présupposés. […] En revanche, certains présupposés sont tout à fait inappropriés pour les historiens qui cherchent à établir ce qui s’est passé dans le passé. […] [Pour] des présupposés que la grande majorité d'entre nous ne partage pas, la reconstruction historique ne peut s'appuyer sur eux. Quiconque nourrit ces présupposés doit les taire, les ignorer ou les étouffer dans ses investigations historiques. […] La croyance qu'un miracle chrétien […] s'est produit dans le passé est ancrée dans un ensemble particulier de croyances théologiques. […] Sans ces croyances, il est impossible d'établir que des miracles ont eu lieu. Puisque les historiens ne peuvent présupposer ces croyances, ils ne peuvent pas démontrer historiquement que de tels miracles se sont produits2EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 144-14. »

Le premier point semble un peu étrange. Si tous les autres historiens croyaient soudain à la résurrection de Jésus, cela obligerait-il Ehrman à l'accepter ? Il semble étrange qu'Ehrman soit contraint de changer d'avis s'il veut continuer à être historien, simplement parce que tout le monde est en désaccord avec lui. Comment faire progresser l'histoire si chacun doit se contenter de se conformer aux présupposés de la plupart des autres historiens ? Le critère d'Ehrman semble donc rendre tout progrès dans la recherche historique impossible.

Mais la véritable difficulté pour Ehrman réside dans sa seconde considération. Pourquoi ne pourrait-on conclure à un miracle qu'en présupposant des croyances religieuses ? C'est précisément ce que contestent les apologètes dans leur défense de la résurrection. Leur argument principal est que la résurrection constitue la meilleure explication des preuves historiques, qui peuvent être établies strictement à l'aide des outils de l'histoire. Il semble qu'Ehrman mette ici la charrue avant les bœufs. Il lui faudrait d'abord démontrer l'échec de l'argument historique en faveur de la résurrection, avant de conclure qu'il est impossible d'en déduire qu'elle a eu lieu sans s'appuyer sur un présupposé théologique.

Il est possible qu’Ehrman exprime ici, de manière particulièrement maladroite, une objection envers l’apologétique évidentialiste popularisée par Norman Geisler, selon laquelle tenter d’établir un miracle sans avoir d’abord démontré l’existence de Dieu reviendrait à présupposer ce que l’on cherche à prouver. Comme l'écrit Geisler : « La méthode historique seule est insuffisante pour établir la vérité du christianisme (ou de toute autre vision du monde) sur la seule base des faits historiques. Par exemple, on ne peut légitimement soutenir que la résurrection du corps de Jésus de Nazareth (même si elle pouvait être établie par des preuves historiques) constitue un fondement suffisant pour soutenir l'ensemble de la vision chrétienne du monde. Il faut que cet événement soit interprété comme un miracle (c’est-à-dire un événement surnaturel) pour remplir cette fonction. Mais il ne peut être qualifié de surnaturel que s’il existe un Être Surnaturel (Dieu), et présumer l’existence d’un tel Être revient à supposer ce que l’on doit démontrer. Autrement dit, on ne pourrait pas savoir qu’un tel événement est un acte spécial de Dieu sans déjà savoir qu’un Dieu existe et peut agir de la sorte3GEISLER, Norman L. Christian Apologetics. 2nd ed. Grand Rapids: Baker Academic, 2022, p. 80–81. »

L’idée de Geisler est donc la suivante : Dieu doit exister pour que les miracles soient possibles, et il faudrait donc prouver l’existence de Dieu avant de pouvoir affirmer qu’un miracle a eu lieu. Si Ehrman adopte cette perspective, on comprend qu’il considère que l’on doit avoir un présupposé théologique pour conclure qu’un miracle s’est produit.

Malheureusement pour Ehrman, si tel est son raisonnement, Geisler a tout simplement tort de dire qu'il faut préalablement établir l'existence de Dieu pour établir un miracle. Geisler confond l'ordre de l'être avec celui de la connaissance. Il est certes vrai que Dieu doit exister pour que les miracles soient possibles. Mais cela n'implique pas que nous devions savoir que Dieu existe pour savoir que les miracles sont possibles. Il suffit de savoir que l’existence de Dieu est possible, pour que l’on puisse également considérer les miracles comme possibles. Autrement dit, tant que l’existence de Dieu n’a pas été réfutée de manière concluante, les miracles doivent rester, au minimum, une possibilité épistémique. Si Dieu pouvait exister, alors il pourrait accomplir des miracles. Et s'il existait, alors il n'y a absolument aucune raison de ne pas inférer que Dieu a été la cause d'un événement si c'est la meilleure explication. On peut procéder à cette inférence sans présupposer que Dieu existe. Ehrman a donc manifestement tort sur ce point. Comme le soutient Robert Larmer : « Bien qu’il soit vrai que, dès lors qu’un événement est qualifié de miracle, on s’engage à reconnaître l’existence de Dieu, cela n’empêche en rien que cet événement puisse fonctionner comme une preuve en faveur de Dieu, car c’est précisément sur la base du fait que le théisme fournit la meilleure explication de cet événement que l’on est disposé à le qualifier de miracle. Soutenir le contraire reviendrait à affirmer qu’un cadavre, dont l’existence est le mieux expliquée par l’hypothèse d’un meurtre, ne pourrait pas constituer une preuve de l’existence d’un meurtrier. Certes, une fois que l’on décrit ce cadavre comme la victime d’un homicide, on s’engage à reconnaître l’existence d’un meurtrier, mais cela n’implique en rien que le cadavre ne puisse servir de preuve de ce meurtre. De façon analogue, le fait qu’un événement soit qualifié de miracle n’implique nullement qu’il ne puisse servir de preuve en faveur de l’existence de Dieu. Il n’y a donc aucune raison logique d’écarter l’idée que des événements le mieux compris comme des actes d’intervention surnaturelle de Dieu puissent être considérés comme fournissant une preuve de l’existence de Dieu4LARMER, Robert A. The Legitimacy of Miracle. Lanham: Lexington Books, 2013, p. 146. »

Mike Licona ajoute : « Ehrman confond les conclusions historiques et leurs implications théologiques. La plupart des gens admettraient que si Jésus est ressuscité des morts, Dieu est probablement le meilleur candidat pour expliquer ce phénomène. Pour Ehrman, puisque Dieu relève de la théologie et non de l'histoire, toute investigation de l'historicité de la résurrection de Jésus est illégitime. Mais c'est faire l'histoire à l'envers. Les historiens devraient aborder leurs données sans présupposer ni exclure a priori la possibilité d'une intervention divine ayant ressuscité Jésus5LICONA, Michael R. The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach. Downers Grove: IVP Academic, 2010, p. 177. »

Supposons maintenant qu'on autorise Ehrman à stipuler que les historiens, par définition, ne peuvent pas faire référence au miraculeux, du moins pas dans le cadre de leurs investigations historiques. Même si nous limitons arbitrairement le champ de l'histoire pour exclure les investigations sur le miraculeux, nous pouvons toujours développer un argument philosophique en faveur de la résurrection en nous appuyant sur des preuves historiques pour étayer nos prémisses. Ainsi, même si l'on admet avec Ehrman que les miracles échappent au champ de l'historien, cela ne dit rien sur la connaissabilité, la justifiabilité ou la probabilité de la résurrection. Tout le débat sur le droit des historiens à enquêter sur les miracles est une fausse piste. En effet, déterminer si de telles investigations constituent une pratique de l'étude de l'histoire n'est qu'une question sémantique. Quelle que soit la manière dont on décide de tracer ces limites, nous pouvons toujours enquêter sur le miraculeux, que nous choisissions ou non de stipuler que cette investigation relève de la « pratique historique ».

Philip Goff a très bien exprimé ce point dans sa critique d'un débat entre Bart Ehrman et Mike Licona : « Au lieu de contester l'histoire, on a passé beaucoup de temps à débattre de la possibilité pour un historien, en tant qu'« historien », de plaider en faveur d'un miracle. Cela me paraît très absurde. On pourrait définir le mot « historien » comme on le souhaite. La question intéressante est certainement de savoir si nous avons de bonnes raisons de croire6GOFF, Philip. Can You Prove a Miracle?. In : Conscience and Consciousness [en ligne]. 2022-04-20 [consulté le 2025-07-18]. Disponible à l’adresse : https://conscienceandconsciousness.com/2022/04/20/can-you-prove-a-miracle/. »

Enfin, nous pourrions également laisser de côté la question de savoir si la résurrection était un miracle ou non. Nous pouvons certainement établir que Jésus est revenu à la vie grâce aux outils de l'enquête historique. Et cela est valable, que les historiens puissent ou non identifier l'événement comme un miracle. Comme le dit Licona, « les historiens doivent souvent laisser la cause d'un événement sans réponse. Mais cela ne les empêche pas de tirer des conclusions historiques. Les historiens sont certains que Carloman est mort en 771 après J.-C., bien qu'ils ne sachent pas si son frère Charlemagne l'a fait assassiner ou s'il est mort de causes naturelles. […] De la même manière, les historiens pourraient conclure à la résurrection de Jésus sans déterminer la cause de cet événement. Ils peuvent répondre au quoi (c'est-à-dire ce qui s'est passé) sans répondre au comment (c'est-à-dire comment cela s'est produit) ou au pourquoi (c'est-à-dire pourquoi cela s'est produit)7LICONA, Michael R. The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach. Downers Grove: IVP Academic, 2010, p. 177. »

Ehrman l'admet lui-même : « Il est théoriquement possible d'affirmer que Jésus a été crucifié et enseveli, puis qu'il a été vu vivant, physiquement, par la suite. Un historien pourrait, en théorie, argumenter sur ce point sans faire appel à la causalité divine, c'est-à-dire sans affirmer que Dieu a ressuscité Jésus d'entre les morts8EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 149. »

3 Les récits de résurrection sont-ils contradictoires ?

Abordons maintenant la deuxième objection d'Ehrman à la croyance en la résurrection. Il soutient que les récits de résurrection dans les Évangiles sont irrémédiablement contradictoires, ce qui, selon lui, les remet entièrement en question. Comme il le dit lui-même : « Nous avons déjà vu pourquoi les Évangiles sont si problématiques pour les historiens qui souhaitent savoir ce qui s'est réellement passé. C'est particulièrement vrai pour les récits évangéliques de la résurrection de Jésus. S'agit-il du type de sources que les historiens recherchent lorsqu'ils examinent un événement passé ? Même si l'on fait abstraction du fait qu'ils ont été rédigés quarante à soixante-cinq ans après les faits, par des personnes qui n'étaient pas là pour voir ces événements se produire, qui vivaient dans différentes régions du monde, à différentes époques et parlaient des langues différentes, ils sont par ailleurs truffés de contradictions, dont certaines sont irréconciliables. En fait, les Évangiles divergent sur presque tous les détails de leurs récits concernant la résurrection9EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 133. »

Avant d'examiner de manière critique les exemples de contradictions présumées entre les récits présentés par Ehrman, je souhaite faire une remarque méthodologique préliminaire : les contradictions entre les récits concernant des détails secondaires témoignent de leur indépendance, ce qui pourrait renforcer notre confiance dans la véracité des événements sur lesquels ils concordent. Comme le rappelle Mark Pierson : « Avant d’examiner si les tentatives d’harmonisation exigent autant d’artifices que le suppose Ehrman, il convient de faire une remarque importante concernant l’historiographie. La véracité des événements centraux rapportés par une source historique n’est pas remise en cause par l’existence d’incohérences portant sur des détails périphériques et sans grande importance. Autrement dit, penser que des contradictions apparentes sur des points relativement secondaires d’un récit suffisent à discréditer les faits centraux relève d’une « mauvaise historiographie ». C’est d’autant plus vrai lorsque les sources en question ont démontré, de manière générale, leur fiabilité. Quatre exemples tirés de l’histoire permettent d’illustrer ce principe. Premièrement, l’historien grec Thucydide était préoccupé par le fait que tous les récits écrits de la guerre du Péloponnèse ne concordaient pas. Cependant, puisqu’il avait lui-même servi comme général durant la guerre, ces divergences ne devaient pas l’empêcher de savoir si la guerre avait eu lieu et qui en était sorti vainqueur. Deuxièmement, le grand incendie de Rome au premier siècle est relaté par trois sources principales […] qui diffèrent sur certains détails intéressants. […] Malgré les réponses variées contenues dans ces sources, aucun historien sérieux ne mettrait en doute la réalité de l’incendie de Rome. Troisièmement, les survivants du Titanic se sont contredits quant à savoir si le navire s’était brisé en deux ou était resté intact. Cela peut sembler un point de désaccord étrange pour des témoins oculaires, mais le fait que le Titanic ait coulé n’a été contesté par personne. Enfin, il n’existe sans doute aucun événement historique récent ayant suscité plus de désaccords que la mort du président John F. Kennedy. […] Et pourtant, le fait central, l’assassinat de Kennedy à Dallas par arme à feu, demeure un fait accepté. Le même principe historiographique devrait être appliqué aux Évangiles. Pratiquement toutes les questions soulevées par Ehrman à propos des divergences dans les récits de Pâques concernent des détails périphériques ; or le cœur de chaque récit s’aligne de manière remarquable avec les autres, ce qui renforce leur crédibilité sur l’événement central de la résurrection de Jésus10PIERSON, Mark A. “Defending the Core Facts of Good Friday and Easter Sunday”. In: BOMBARDO, John J. and FRANCISCO, Adam S., eds. The Resurrection Fact: Responding to Modern Critics. Saint Louis: Concordia Publishing House, 2016, p. 34–35. »

Mais qu'en est-il des exemples précis d'Ehrman ? Les récits de résurrection sont-ils aussi contradictoires qu'il le prétend ? Ehrman nous donne une liste de ses meilleurs exemples : « Lisez les récits et posez-vous quelques questions fondamentales : Qui fut la première personne à se rendre au tombeau ? Était-ce Marie-Madeleine seule (Jean) ? Ou Marie avec une autre Marie (Matthieu) ? Ou Marie avec une autre Marie et Salomé (Marc) ? Ou Marie, Marie, Jeanne et plusieurs autres femmes (Luc) ? La pierre était-elle déjà roulée lorsqu'elles arrivèrent au tombeau (Marc, Luc et Jean), ou elle ne l’était explicitement pas (Matthieu) ? Qui y virent-elles ? Un ange (Matthieu), un homme (Marc), ou deux hommes (Luc) ? Sont-elles allés immédiatement raconter à certains des disciples ce qu'elles avaient vu (Jean), ou non (Matthieu, Marc et Luc) ? Qu'ont dit la ou les personnes présentes au tombeau aux femmes de faire ? Dire aux disciples que Jésus les retrouverait en Galilée (Matthieu et Marc) ? Ou se rappeler ce que Jésus leur avait dit plus tôt lorsqu'il était en Galilée (Luc) ? Les femmes sont-elles alors allées rapporter aux disciples ce qu'on leur avait dit de leur dire (Matthieu, Luc et Jean), ou non (Marc) ? Où l'ont-elles vu ? Seulement en Galilée (Matthieu), ou à Jérusalem (Luc) ? Il existe d'autres divergences, mais celles-ci suffisent à faire passer le message11EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 134. »

Il s'agit d'une liste type de « contradictions » supposées exister dans les récits de résurrection des Évangiles. Cependant, rappelons-nous qu'une contradiction requiert que deux propositions mutuellement incompatibles soient affirmées comme vraies simultanément et en employant les termes dans le même sens. Pour que la liste de contradictions d'Ehrman soit valide, ces exemples doivent manifester de véritables incompatibilités. Dans la section suivante, je soutiendrai que ces exemples ne manifestent pas nécessairement une véritable incompatibilité. Ce domaine a été largement abordé par d'autres apologètes ; je m'efforcerai donc d'être aussi synthétique que possible.

Premièrement, combien de femmes se sont rendues au tombeau ? La réponse est que nous ne le savons pas exactement, car aucun des Évangiles ne prétend fournir la liste complète. Par conséquent, il n'y a pas de contradiction. Une contradiction ne pourrait apparaître que si l'un des Évangiles prétendait donner la liste complète et que certains noms manquaient dans cette liste par rapport à une autre. Or, ce n'est pas le cas. Comme le dit Jake O'Connell, « aucun évangéliste ne prétend donner la liste complète des femmes qui ont accompagné Marie-Madeleine au tombeau. Lorsque Matthieu dit par exemple que l'autre Marie l'accompagnait, cela ne signifie pas qu’elle était la seule autre personne avec elle. Cela n'exclut donc pas Salomé ni les autres femmes mentionnées par Luc. Et il en va de même pour les autres évangélistes12O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 175. »

Deuxièmement, les femmes ont-elles vu la pierre à l’entrée du tombeau être déplacée ? Matthieu serait le seul Évangile qui pourrait indiquer que les femmes ont vu un ange rouler la pierre. Dans Matthieu 28:1-2, nous lisons : « Après le sabbat, à l'aube du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie allèrent voir le sépulcre. Et voici, il y eut un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre, et s'assit dessus. » (LSG). Cette traduction suggère donc que le roulement de la pierre a eu lieu au moment où les femmes arrivaient au tombeau. Cependant, le verbe principal de la phrase, « il y eut un grand tremblement de terre », est à l’aoriste de l’indicatif (ἐγένετο). L’aoriste peut, en effet, être utilisé au plus-que-parfait pour décrire des événements en arrière-plan. Une traduction au plus-que-parfait impliquerait que la pierre avait déjà été roulée à l’arrivée des femmes. La traduction de la version Ostervald (ou la version NASB en anglais) utilise un plus-que-parfait : « Après le sabbat, à l'aube du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent pour voir le sépulcre. Et voici, il y avait eu un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur, descendu du ciel, était venu, avait roulé la pierre en dehors de l'entrée du sépulcre, et s'était assis dessus. » (OST) Cette traduction peut être appuyée par Matthieu 14:3, où le même verbe est également traduit au plus-que-parfait. Étant donné que cette traduction est au moins aussi plausible que celle qu'Ehrman préfère, on ne peut pas dire qu'il y ait nécessairement contradiction. Comme le soutient John Wenham : « À première vue, on pourrait croire que le grand tremblement de terre s'est produit après l'arrivée des femmes et que les gardes étaient allongés par terre pendant que l'ange transmettait son message. Mais en y regardant de plus près, il apparaît peu probable que Matthieu ait voulu que ses lecteurs comprennent les choses ainsi. […] L’image suggérée serait en effet étrange : les gardes étendus comme morts, tandis que les femmes s’approchent de l’ange resplendissant, qu’il leur parle à l’extérieur du tombeau, les conduit à l’intérieur pour leur transmettre un message, puis qu’elles quittent le jardin précipitamment. Il est plus probable que Matthieu veuille simplement faire comprendre à ses lecteurs que les soldats sont partis peu avant l’arrivée des femmes. […] Il est fréquent dans le Nouveau Testament que le temps aoriste doive être traduit par un plus-que-parfait en français. Ainsi, Matthieu 28:2-4 pourrait être placé entre crochets [comme une parenthèse narrative] et traduit sans la moindre impropriété : « Et voici, il y avait eu un grand tremblement de terre ». […] On peut donc conclure que le tremblement de terre a eu lieu avant l’arrivée des femmes et que les gardes effrayés étaient déjà partis lorsqu’elles sont arrivées13WENHAM, John. Easter Enigma: Are the Resurrection Accounts in Conflict? Eugene: Wipf & Stock, 2005, p. 77-78. »

Troisièmement, combien d'hommes ou d'anges les femmes ont-elles vus au tombeau ? Aucun des Évangiles ne prétend non plus dresser une liste exhaustive. Il est vraisemblable que les anges soient décrits comme des hommes dans les Évangiles de Marc et de Luc, car ce serait  ainsi qu'ils sont apparus. Comme le dit Wenham, « Bien que le personnage soit simplement décrit comme un « jeune homme », toute la scène est décrite comme empreinte de crainte et d’effroi, en partie suscités par la nature de sa robe blanche. C’était un jeune homme surnaturel. En d’autres termes, c’était un ange, représenté comme tous les anges dans la Bible, non pas comme une créature ailée, mais comme un homme14WENHAM, John. Easter Enigma: Are the Resurrection Accounts in Conflict? Eugene: Wipf & Stock, 2005, p. 85. » De plus, il n'était pas rare que les Juifs de l'Antiquité décrivent les anges de cette manière. Comme le souligne O'Connell, « Qu’il soit plausible que Marc considère le jeune homme comme un ange ressort du fait que les sources juives anciennes conçoivent souvent les anges comme des jeunes hommes (par exemple, Tobie 5:5-10 ; 2 Maccabées 3:26), et du fait que le jeune homme portait une robe blanche, qui est l’habit courant des anges (par exemple, Daniel 10:6 ; 2 Maccabées 11:18)15O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 170. » La mention par Luc de leur présence à deux implique qu'il y en avait au moins un. Et c'est tout ce que requièrent les récits de Matthieu et de Marc. Wenham affirme à juste titre : « Il faut dire une fois pour toutes que la mention de deux anges par un évangéliste et d'un seul par un autre ne constitue ni une contradiction ni une divergence. S'il y en avait deux, alors il y en avait bien un. Lorsque des critiques érudits font grand cas de la précision de tels récits, ils manquent de bon sens16WENHAM, John. Easter Enigma: Are the Resurrection Accounts in Conflict? Eugene: Wipf & Stock, 2005, p. 87. » Et O'Connell résume : « Marc et Matthieu ne disent pas qu'il n'y avait qu'un seul ange ; le fait qu'ils n'en mentionnent qu'un seul ne signifie pas qu'il n'y en avait pas deux17O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 175. » Il s'agit donc d'une différence, et non d'une contradiction.

Quatrièmement, qu'ont dit les anges aux femmes ? Les anges leur ont-ils dit que Jésus les retrouverait en Galilée ou leur ont-ils demandé de se souvenir de ce que Jésus leur avait dit en Galilée ? Je ne vois pas pourquoi les anges n'auraient pas pu dire les deux. Cela me semble être un autre exemple de différence plutôt que de contradiction. Et comme le rappelle Andrew Loke, « les différences ne sont pas les mêmes choses que des contradictions. […] Les différences peuvent être comprises comme complémentaires plutôt que contradictoires18LOKE, Andrew. Investigating the Resurrection of Jesus Christ: A New Transdisciplinary Approach. London: Routledge, 2020, p. 102–103. »

Cinquièmement, les femmes ont-elles raconté aux disciples ce qu'elles avaient vu ? Je pense que la réponse est clairement oui. La référence de Marc au fait qu'elles n'ont rien dit à personne peut être interprétée comme signifiant qu'elles n'ont rien dit à personne en chemin pour informer les disciples. Une telle interprétation est plus que justifiée par le contexte. Comme l'observe O'Connell : « Il est certainement plausible que lorsque Marc dit que les femmes n'ont rien dit à personne, il veuille dire qu'elles n'ont rien dit à personne alors qu'elles revenaient du tombeau ; mais qu'elles ont bien dit quelque chose aux disciples une fois arrivés. Deux faits le suggèrent. Premièrement, il est peu probable que les femmes aient désobéi à l'ordre d'un ange, et l'ange leur avait ordonné de le dire aux disciples. Deuxièmement, un verset très similaire se trouve plus tôt dans l'Évangile selon Marc (1:44) : Jésus dit au lépreux qu'il vient de guérir : « [Ne] rien dire à personne », puis ajoute : « Va te montrer au sacrificateur. » Il était clair que le lépreux ne devait rien dire à personne sur le chemin, mais une fois arrivé chez le prêtre, il devait dire quelque chose19O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 170. »

Sixièmement, Jésus est-il apparu aux disciples uniquement en Galilée ou à Jérusalem ? Il me semble qu'il leur est apparu dans les deux endroits. Selon Luc, les disciples n'ont pas cru les femmes jusqu'à ce que Jésus leur apparaisse à Jérusalem. Une reconstitution plausible des événements serait donc la suivante : les femmes racontent aux disciples ce qu’elles ont vu ; ceux-ci ne les croient pas jusqu’à ce que Jésus leur apparaisse à Jérusalem ; après quoi, ils obéissent à son ordre de se rendre en Galilée et le revoient là-bas. On peut aisément considérer cela comme un cas où Luc complète certains détails omis par Matthieu. Il n'y a là aucune contradiction nécessaire. Cela correspond également aux schémas de déplacement connus des pèlerins juifs de l’Antiquité se rendant à Jérusalem. Comme le note O’Connell, « des apparitions en Galilée, puis à Jérusalem, puis de nouveau en Galilée, correspondent exactement à ce que faisaient souvent les pèlerins à Jérusalem : monter à Jérusalem pour la Pâque, puis retourner dans leurs villes d'origine (dans le cas des disciples, en Galilée) pendant environ quarante jours, puis revenir à Jérusalem pour la Pentecôte. Nous n'aurions donc aucune difficulté à admettre qu'il y a eu des apparitions à la fois en Galilée et à Jérusalem, et que Matthieu et Marc ont choisi de ne relater que les apparitions en Galilée, tandis que Luc a choisi de ne relater que celles à Jérusalem20O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 170. »

En effet, étant donné l'élégance avec laquelle ma reconstitution des événements fait correspondre les déplacements des disciples aux schémas connus des pèlerins à Jérusalem à cette époque, et étant donné que cette correspondance n'est pas directement suggérée par les Évangiles eux-mêmes, mais plutôt exigée par une lecture cohérente de ceux-ci, je pense que nous sommes plus que fondés à affirmer que ma reconstitution est historiquement plausible. Cette correspondance confirme que ce type de déplacement de la part des apôtres aurait effectivement eu lieu ; il ne s'agit pas simplement d'une manière de faire en sorte que les textes bibliques concordent entre eux.

Ehrman anticipe cette lecture, mais affirme qu'elle est impossible, car dans l'Évangile selon Luc, Jésus ordonne aux disciples de rester à Jérusalem jusqu'à ce qu'ils reçoivent le Saint-Esprit, ce qui ne se produit qu'au chapitre 2 des Actes des apôtres. Il serait donc impossible qu'ils quittent Jérusalem pour le rencontrer en Galilée. Cependant, cet ordre est donné dans le contexte où Jésus leur demande de prêcher l’Évangile à toutes les nations. L’ordre de rester à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils reçoivent le Saint-Esprit signifie qu’ils ne doivent pas commencer à prêcher l’Évangile à toutes les nations depuis Jérusalem avant d’avoir reçu l’Esprit. Cela ne signifie pas qu'ils ne pouvaient pas quitter brièvement Jérusalem pour une autre raison. Cette interprétation est d'ailleurs clairement visible dans le récit de Luc lui-même, puisque, au verset suivant (Luc 24:50), Jésus emmène effectivement ses disciples hors de Jérusalem jusqu’à Béthanie pour son ascension. Si l'on adoptait le littéralisme rigide d'Ehrman pour interpréter l'ordre de Jésus de rester à Jérusalem au verset 49, on devrait conclure que Jésus contraint ses disciples à enfreindre son propre ordre dès le verset suivant. En revanche, mon interprétation de cet ordre donne tout son sens au récit de Luc et à son contexte, tout en le rendant compatible avec le récit de Matthieu.

De plus, même en adoptant l'interprétation hyperlittérale d'Ehrman, O'Connell propose une autre possibilité : « Il n'est pas certain que les paroles de Jésus rapportées au verset 49 aient été prononcées le jour de Pâques, car il est plausible qu'elles aient été prononcées quarante jours après Pâques, c'est-à-dire après les apparitions galiléennes. Cela devient évident lorsque l'on réalise qu'il y a un intervalle de temps quelque part entre Luc 24:36-53. Luc semble indiquer dans son Évangile que l'Ascension a eu lieu à Pâques : Jésus monte au ciel dans les versets 50 à 53, et cet événement semble se produire juste après les paroles de Jésus dans les versets 44 à 49. Ces paroles semblent avoir été prononcées au moment de l'apparition de Jésus aux Douze le jour de Pâques (Luc 24:36-43). Cependant, même si tout cela semble se dérouler le même jour, ce n'est pas le cas. En effet, dans les Actes des apôtres, Luc nous dit que l'ascension a eu lieu quarante jours après la résurrection de Jésus. Ainsi, à moins que Luc ne se contredise ouvertement, les événements de Luc 24:36-53 ne peuvent pas tous s'être produits le jour de Pâques, car cela impliquerait que l'ascension ait eu lieu le jour de Pâques au lieu de quarante jours plus tard. Il doit donc y avoir un décalage temporel quelque part dans ces versets21O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 171. »

J'ai été bref dans l'analyse de ces prétendues contradictions. J'espère malgré tout avoir démontré que les récits ne sont pas nécessairement contradictoires. Il existe une manière raisonnable de les interpréter de manière à ce qu'ils se complètent. Comme le conclut Pierson, « si ces solutions proposées ne satisferont pas tout le monde, elles suffisent à démontrer que les conflits apparents sont loin d'être aussi inconciliables qu'Ehrman le laisse entendre. Il s'agit de simples différences, et non de contradictions, chacune impliquant des points mineurs d'importance secondaire22PIERSON, Mark A. “Defending the Core Facts of Good Friday and Easter Sunday”. In: BOMBARDO, John J. and FRANCISCO, Adam S., eds. The Resurrection Fact: Responding to Modern Critics. Saint Louis: Concordia Publishing House, 2016, p. 39. »

4 L’ensevelissement de Jésus dans un tombeau est-il improbable ?

Enfin, selon Ehrman les disciples ont eu des visions de Jésus ressuscité, ce qui les a convaincus de sa résurrection. Il nie l'existence d'un tombeau vide, car il ne croit pas que Jésus ait été enseveli dans un tombeau. Comme il l'explique : « Je tiens à souligner que ce sont des visions, et rien d'autre, qui ont conduit les premiers disciples à croire en la résurrection. On affirme souvent qu'une combinaison de facteurs a conduit à cette foi : la découverte du tombeau vide et les apparitions de Jésus. Mon point de vue est que le tombeau vide n’a absolument rien à voir avec cela23EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 184. »

Il conteste la réalité du tombeau vide en s'appuyant sur le fait qu'il ne s'agissait pas de la norme pour les victimes de crucifixion. Les victimes étaient généralement laissées sur leur croix pour être dévorées par les animaux ou jetées dans une fosse commune. Il estime donc que c'est très probablement ce qui est arrivé à Jésus. Pour cette raison, il juge l’hypothèse du tombeau vide improbable. Comme il l'explique : « Mon avis actuel est que nous ne savons pas, et que nous ne pouvons pas savoir, ce qu’il est advenu du corps de Jésus. Mais il est absolument vrai que, pour autant que nous puissions en juger sur la base de toutes les sources disponibles, ce qui arrivait normalement au corps d’un criminel crucifié, c’est qu’il était laissé à la décomposition et aux animaux charognards. La crucifixion visait à dissuader publiquement de toute activité politiquement subversive, et cette dissuasion ne s’arrêtait pas à la douleur et à la mort, elle se poursuivait jusque dans les ravages infligés au cadavre après coup. […] Ma seconde raison de douter que Jésus ait reçu une sépulture décente tient au fait qu’à l’époque, les criminels de toutes sortes étaient, en règle générale, jetés dans des fosses communes. […] Il est possible que Jésus ait constitué une exception, mais les preuves que ce fut le cas sont plutôt maigres. Les personnes crucifiées étaient généralement laissées sur leur croix en pâture aux animaux, et l’une des peines pour les crimes infamants consistait à être jeté dans une fosse commune, où un cadavre en décomposition devenait rapidement indistinguable des autres. […] Ma troisième raison de douter de la tradition concernant la sépulture concerne la gouvernance romaine de la Judée à cette époque. […] Pilate n’était pas un préfet bienveillant qui prêtait une oreille attentive aux protestations de la population qu’il gouvernait. Était-il le genre de gouverneur à rompre avec la tradition simplement parce qu’un membre du conseil juif lui demandait gentiment d’accorder une sépulture décente à une victime de la crucifixion ? Rien ne nous permet de le penser24EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 157–163. »

On peut supposer que le meilleur que l’on puisse dire en faveur de l’argument d’Ehrman, c’est que, s’il a raison, alors cela constitue une certaine forme de preuve inductive contre l’existence du tombeau vide. Certains spécialistes ont répondu qu’Ehrman exagère son propos. Craig Evans, par exemple, suggère que nous ne savons pas très bien ce qu’il advenait en général des corps des victimes de la crucifixion et affirme : « En fait, nous ne savons pas à quel point il était « normal » dans l’Empire romain de laisser le cadavre sur la croix sans sépulture. Qu’il s’agissait d’une pratique fréquente ne fait aucun doute. Mais les données sont plus nuancées que ne le supposent Ehrman et d’autres25EVANS, Craig A. “Recognizing Burial Traditions and Evidence”. In: BIRD, Michael F., EVANS, Craig A., GATHERCOLE, Simon J., HILL, Charles E. and TILLING, Chris, eds. How God Became Jesus: The Real Origins of Belief in Jesus' Divine Nature—A Response to Bart Ehrman. Grand Rapids: Zondervan, 2014, p. 74. » Ehrman néglige également le fait qu’il n’existe absolument aucune preuve que l’ensevelissement dans des fosses communes ait jamais été pratiqué en Israël. Comme le souligne O’Connell : « les preuves indiquent que les fosses communes étaient un phénomène romain ; les Juifs n'enterraient pas leurs morts de cette manière. Il n'existe aucune preuve archéologique de telles fosses en Israël et aucune source littéraire ne les mentionne. Il n’est pas surprenant que cette forme d’inhumation n’ait pas été pratiquée en Israël, compte tenu de l’importance que les Juifs accordaient à la sépulture26O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 142. »

Evans présente quelques exemples de victimes de la crucifixion ayant bénéficié d'une sépulture décente. Cela démontre que l'argument inductif général d'Ehrman contre l'ensevelissement de Jésus dans un tombeau est déjà assez faible, car nous savons, indépendamment de tout, que les Évangiles ne racontent pas une histoire sans précédent. Il donne notamment un exemple tiré des écrits de l'historien juif Philon : « Un passage intéressant à ce sujet se trouve chez Philon (v. 20 av. J.-C. – v. 50 apr. J.-C.), dans son récit des abus et de la chute de Flaccus, gouverneur d’Égypte. Il se plaint notamment des insultes infligées à Agrippa Ier, récemment nommé, lors de sa visite à Alexandrie : profanation des synagogues, pillage des maisons juives, flagellation et crucifixion de certains membres du conseil juif (le jour même de l’anniversaire de l’empereur), rien de moins. Le fait que ces malheureux aient été crucifiés, puis privés de sépulture, un jour où l'on montre normalement de la clémence, souligne seulement la brutalité et l'insensibilité du gouverneur. Ehrman pense que ce passage n'apporte aucun soutien aux récits des Évangiles selon lesquels Pilate aurait autorisé que le corps de Jésus soit descendu de la croix et inhumé dignement. Si Jésus avait été crucifié à Alexandrie, l’argument d'Ehrman serait plus recevable. Mais Jésus a été crucifié à Jérusalem, en terre d'Israël, où d'autres facteurs politiques et religieux étaient en jeu. Ce qui importe dans le passage de Flaccus pour notre propos, c’est que cet épisode malheureux démontre qu’il faisait partie de la pratique romaine, dans certaines circonstances, de permettre que les corps des crucifiés soient descendus de la croix et ensevelis. S’il n’en avait rien été, cette partie de la plainte de Philon perdrait toute sa force27EVANS, Craig A. “Recognizing Burial Traditions and Evidence”. In: BIRD, Michael F., EVANS, Craig A., GATHERCOLE, Simon J., HILL, Charles E. and TILLING, Chris, eds. How God Became Jesus: The Real Origins of Belief in Jesus' Divine Nature—A Response to Bart Ehrman. Grand Rapids: Zondervan, 2014, p. 74–75. »

Evans cite également un autre exemple tiré de Josèphe : « Il est simplement erroné d'affirmer que les Romains ne permettaient pas l'ensevelissement des condamnés à mort, y compris des crucifiés. Les corps étaient en réalité remis à ceux qui en faisaient la demande. Josèphe lui-même a formulé une telle requête auprès de Titus, fils de Vespasien, et Titus l’a acceptée (Vie, § 420-421). Bien entendu, les autorités romaines refusaient souvent l’inhumation, que la demande soit faite ou non, surtout en cas de « haute trahison ». […] Mais la crucifixion, en particulier en temps de paix, juste à l’extérieur des murs de Jérusalem, obéissait à une logique différente. Compte tenu des sensibilités et des coutumes juives, une sépulture était attendue, voire exigée28EVANS, Craig A. “Recognizing Burial Traditions and Evidence”. In: BIRD, Michael F., EVANS, Craig A., GATHERCOLE, Simon J., HILL, Charles E. and TILLING, Chris, eds. How God Became Jesus: The Real Origins of Belief in Jesus' Divine Nature—A Response to Bart Ehrman. Grand Rapids: Zondervan, 2014, p. 76. »

Evans soutient que Josèphe indique que les victimes de la crucifixion étaient régulièrement enterrées en Judée avant le soulèvement juif de 66 apr. J.-C., sur la base d'un passage de La Guerre des Juifs (3.317). Il explique : « Dans son récit de la révolte juive contre Rome, Josèphe s’en prend aux rebelles iduméens qui ont assassiné certains des prêtres en place, puis n'ont pas veillé à ce que leurs corps soient inhumés convenablement. Ce qui nous intéresse ici n’est pas tant l’action des rebelles que ce que Josèphe dit au sujet des attentes liées à la sépulture : […] La déclaration selon laquelle « les Juifs sont si soucieux des rites funéraires que même les criminels condamnés à la crucifixion sont descendus de la croix et enterrés avant le coucher du soleil » fait référence à une période de paix, avant que la rébellion juive n’éclate en 66. Quelle que soit la manière dont les gens mouraient (exécution, accident ou causes naturelles), les Juifs inhumaient les morts, qu'ils soient juifs ou païens, saints ou pécheurs. Même crucifiés par les autorités romaines, les morts étaient ensevelis29EVANS, Craig A. “Josephus' Testimony and the Burial of Jesus”. In: BECK, W. David and LICONA, Michael R., eds. Raised on the Third Day: Defending the Historical Reliability of the Resurrection of Jesus. Bellingham: Lexham Press, 2020, p. 143–145. »

Sur la base de ces observations, il conclut : « En résumé, il n’y a rien d’inhabituel dans le fait rapporté par les Évangiles qu’un membre du Sanhédrin ait demandé l’autorisation de descendre le corps de Jésus pour lui donner une sépulture conforme aux pratiques funéraires juives concernant les condamnés. Cela s'accorde pleinement avec tout ce que nous savons par la littérature comme par l'archéologie30EVANS, Craig A. “Getting Burial Traditions and Evidence Right”. In: BIRD, Michael F., EVANS, Craig A., GATHERCOLE, Simon J., HILL, Charles E. and TILLING, Chris, eds. How God Became Jesus: The Real Origins of Belief in Jesus' Divine Nature—A Response to Bart Ehrman. Grand Rapids: Zondervan, 2014, p. 89. »

Mais les preuves ne se limitent pas aux témoignages écrits. Il existe également des preuves archéologiques attestant que les victimes de la crucifixion bénéficiaient parfois d'une sépulture respectueuse dans un tombeau. L’exemple le plus frappant est celui d’un ossuaire contenant les ossements d’un certain « Jehohanan, fils de Hagkol », découvert en 1968 par l’archéologue Vassilios Tzaferis. Cette découverte est remarquable, car l’os du talon portait encore un clou de fer, indiquant que Jehohanan avait été crucifié, mais aussi qu’il avait reçu une sépulture appropriée. L’idée que cela aurait également pu être le cas pour Jésus n’est donc pas impossible, étant donné l’existence de précédents. De plus, les ossements ont été datés de la période correspondant au mandat de Ponce Pilate, ce qui remet directement en question l'affirmation d'Ehrman selon laquelle Pilate n'aurait jamais permis une telle chose.

Mark Pierson formule ce point de manière incisive mais précise : « En 1968, les ossements d'un homme juif de l'Antiquité ont été retrouvés dans un ossuaire, avec un clou de fer encore fiché dans son talon droit et un morceau de bois adhérant à ce dernier. Il est clair qu’il est mort sur une croix. Les ossuaires servant à recueillir les os d’un corps dont la chair s’était décomposée après l’inhumation, ce spécimen fournit une preuve tangible que la sépulture était parfois accordée aux victimes de la crucifixion. De plus, l’ossuaire et son contenu datent de la fin des années 20 apr. J.-C., soit précisément l’époque où Pilate était gouverneur. Pilate, qui avait condamné cet homme à la croix, comme il l’avait fait pour Jésus, avait donc aussi dû autoriser son inhumation. Ehrman connaît cette preuve archéologique, mais l’oublie commodément lorsqu’il affirme que Jésus n’a pas été enseveli. En raison de cette omission, ainsi que d'autres négligences flagrantes, de ses spéculations sur le credo primitif et de sa démonstration peu convaincante contre la fiabilité des Évangiles, le rejet de la sépulture de Jésus par Ehrman va à l'encontre des données historiques31PIERSON, Mark A. “Defending the Core Facts of Good Friday and Easter Sunday”. In: BOMBARDO, John J. and FRANCISCO, Adam S., eds. The Resurrection Fact: Responding to Modern Critics. Saint Louis: Concordia Publishing House, 2016, p. 33–34. »

Mais même si l'on concède à Ehrman que les victimes de la crucifixion étaient généralement laissées sur leur croix ou jetées dans des fosses communes, des arguments inductifs aussi généraux sont assez faciles à ignorer lorsqu'il existe des preuves concrètes de la réalité d'un événement inhabituel ou atypique. C'est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons dans le cas de l’ensevelissement de Jésus. Puisque Jésus était loin d'être typique, même selon le regard sceptique d'Ehrman, il n'est pas surprenant que son ensevelissement ne le soit pas non plus.

Les preuves testimoniales spécifiques de l'ensevelissement de Jésus dans un tombeau sont tout simplement incontestables. Tous les Évangiles concordent sur ce point. Or, étant donné qu'Ehrman considère que les divergences supposées entre les récits de la résurrection constituent une forte objection à leur fiabilité concernant cet événement, il devrait logiquement reconnaître que leur accord unanime sur l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie plaide en faveur de leur crédibilité sur ce point précis. Jake O'Connell observe : « Le tombeau vide est attesté par les quatre Évangiles, ce qui signifie que nous disposons de quatre sources attestant de l'événement. On pourrait objecter que ces quatre sources ne sont pas indépendantes les unes des autres. […] Cependant, Matthieu, Luc et Jean possèdent tous des informations sur le tombeau vide qui ne se trouvent pas dans Marc, et ils ont donc dû disposer d'autres sources pour le récit du tombeau vide […] ; nous disposons donc bien de quatre sources différentes32O’CONNELL, Jake H. The Resurrection of Jesus: A Historical Examination of the Gospel Narratives and the Post-Resurrection Appearances. Eugene: Wipf & Stock, 2014, p. 130. »

Paul lui-même affirme explicitement dans 1 Corinthiens 15 que Jésus a été enseveli. Ainsi, même en accordant une certaine valeur à l'argument inductif général d'Ehrman concernant la sépulture de Jésus, toutes les preuves spécifiques vont dans le sens opposé et annulent cet argument.

On a beaucoup insisté sur le fait que, selon les récits évangéliques, ce sont des femmes qui ont été les premières à découvrir le tombeau vide. William Lane Craig, par exemple, a soutenu que le témoignage des femmes n’était pas considéré comme digne de foi par les Juifs de l’Antiquité, et qu’il est donc peu probable qu’on ait inventé des femmes comme premières témoins du tombeau vide. Comme il l’explique : « Les femmes sont mentionnées comme témoins de la crucifixion, de l'ensevelissement et de la découverte du tombeau vide. À moins qu’elles n’aient véritablement été témoins, il semble inexplicable qu’on les ait choisies elles plutôt que les disciples eux-mêmes. […] Étant donné le statut inférieur des femmes dans la société juive [de cette époque] et leur inaptitude à être des témoins légaux, l’explication la plus plausible de ce que les femmes (et non les disciples masculins) aient été désignées comme les découvreuses du tombeau vide, alors que les Évangiles affirment que les disciples étaient à Jérusalem ce week-end-là, est qu’elles ont en réalité fait cette découverte. Cette conclusion est confirmée par le fait qu’il n’y aurait eu aucune raison pour l’Église chrétienne primitive de vouloir humilier ses propres chefs en les montrant cachés à Jérusalem, par peur, tandis que les femmes accomplissaient courageusement les derniers rites envers le corps de Jésus, à moins que ce ne soit effectivement ce qui s’est passé33CRAIG, William Lane. “Assessing the New Testament Evidence for the Historicity of the Resurrection of Jesus”. In: DAVIS, Stephen T., KENDALL, Daniel, S.J., and O’COLLINS, Gerald, S.J., eds. The Resurrection: An Interdisciplinary Symposium on the Resurrection of Jesus. Oxford: Oxford University Press, 1997, p. 355, 366–367. »

Pour ma part, j’ai tendance à penser que Craig, comme la plupart des apologètes, accorde beaucoup trop d’importance à ce fait, car les Évangiles ne présentent pas le témoignage de ces femmes comme un argument en faveur de la réalité du tombeau vide. Rien dans le texte ne suggère que nous, lecteurs, devrions croire en la réalité du tombeau vide sur la base de leur témoignage. Elles sont simplement incluses comme des personnages de l'histoire. Comme le souligne Ehrman,  « la première chose à souligner, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un tribunal juif dans lequel des témoins sont appelés à témoigner. Nous parlons de traditions orales concernant l’homme Jésus34EHRMAN, Bart D. How Jesus Became God: The Exaltation of a Jewish Preacher from Galilee. New York: HarperOne, 2014, p. 166. »

Cela dit, même si certains apologètes exagèrent ce point, cela ne signifie pas pour autant que ce fait n’a aucune portée probante. Si l'on ne peut pas dire qu'il serait absolument impensable que quelqu'un ait pu inventer des femmes dans ce rôle, ce ne sont pas non plus les figures que l'on s'attendrait à voir choisies pour ce rôle si l'on cherchait à construire une histoire convaincante. Leur présence constitue donc un indice favorable à l’historicité du tombeau vide, même si cela ne constitue pas une preuve décisive. Comme le concluent Timothy et Lydia McGrew : « Ce point ne doit pas être exagéré, car le Talmud rapporte des désaccords sur le degré de crédibilité qu’il convient d’accorder au témoignage des femmes. […] Néanmoins, il serait clairement préférable, pour renforcer la crédibilité d'une histoire inventée, de placer un groupe d'hommes respectables au tombeau, comme premiers témoins de la résurrection du Christ, plutôt qu'un groupe de femmes35MCGREW, Timothy and MCGREW, Lydia. “The Argument from Miracles”. In: CRAIG, William Lane and MORELAND, J. P., eds. The Blackwell Companion to Natural Theology. Chichester: Wiley-Blackwell, 2009, p. 608. »

En résumé, puisque l'idée que les victimes de crucifixion soient autorisées à être ensevelies n'est pas sans précédent, et que toutes les sources qui évoquent ce point affirment que cela a été le cas pour Jésus, je conclus que quelle que soit la force de l'argument inductif général d'Ehrman contre cela, elle est surmontée par des contre-preuves en faveur de l’ensevelissement de Jésus dans un tombeau.

5 Conclusion

En conclusion, cette section a examiné les trois principaux arguments de Bart Ehrman contre la croyance en la résurrection fondée sur des données historiques. Nous avons vu que son affirmation selon laquelle les historiens ne peuvent pas faire appel aux miracles n'est ni justifiée ni pertinente. J’ai tenté de montrer qu’Ehrman exagérait considérablement les contradictions supposées entre les récits de la résurrection. Dans chaque cas, il est possible d'harmoniser les récits de manière plausible. Enfin, nous avons constaté que sa remise en cause de l’historicité du tombeau vide n’est pas convaincante et qu'elle ignore plusieurs éléments de preuve pertinents.

 


Source : PALLMANN, David. Resurrected: The Case for the Resurrection of Jesus [vidéo en ligne]. YouTube, 2025. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=UqI0EQcsUe4

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