Dieu est-il l'auteur du péché ? Le point de vue de Jean Calvin sur la question

Jean Calvin

[N.D.L.R. : Le calvinisme affirme que Dieu détermine la volonté de l'homme de sorte que l'homme choisisse toujours ce que Dieu veut. La principale critique remetant en question cette doctrine est que si Dieu est la cause seconde du péché, il semble aussi en être le responsable. Dans ses écrits, Jean Calvin a tenté de répondre à cette contradiction entre déterminisme théologique et responsabilité morale de l'agent déterminé.]

Étant donné que la théologie de Jean Calvin est basée sur une combinaison de l'Écriture, de l'expérience de son propre cœur et des écrits d'Augustin, nous pouvons comprendre pourquoi ses écrits sont remplis de tant de contradictions. Nous allons considérer l'argumentaire de Jean Calvin au sujet des causes secondes du péché humain en ses propres termes. Il est clair que Jean Calvin est lui-même confus sur cette question. Ses écrits sont remplis de contradictions qui ne sont jamais entièrement expliquées. Néanmoins, les calvinistes d'aujourd'hui s'attendent à ce que le lecteur accepte simplement ses écrits comme véridiques, que ses déclarations soient ou non bibliques, sensées ou logiques.

Calvin affirme que Dieu a tout prédéterminé :

« Nous notons également que nous devons considérer la création du monde afin que nous puissions réaliser que tout est soumis à Dieu et régi par sa volonté et que lorsque le monde a fait ce qu'il peut, rien ne se passe autre que selon ce que Dieu décrète[1]CALVIN, Jean. Acts: Calvin. Crossway Books, 1995, p. 66.. » (Gras ajouté)

« Premièrement, la prédestination éternelle de Dieu, par laquelle, avant la chute d'Adam, il décréta ce qui devait arriver concernant toute la race humaine et chaque individu, était fixée et déterminée[2]CALVIN, Jean. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge: James Clarke & Company, 2000, p. 121.. » (Gras ajouté)

« Dieu avait sans aucun doute décrété avant la fondation du monde ce qu'il ferait de chacun de nous et avait assigné à chacun par son conseil secret sa part dans la vie[3]CALVIN, Jean. Calvin’s New Testament Commentaries. Grand Rapids: Wm. B. Eerdmans Publishing, 1965, vol. 7, p. 20.. » (Gras ajouté)

« Autant que Dieu élit les uns et non les autres, la cause ne se trouve en rien d'autre que dans son propre dessein [...] avant que les hommes ne naissent, leur sort est assigné à chacun d'eux par la volonté secrète de Dieu [...] le salut ou la perdition des hommes dépend de sa libre élection[4]CALVIN, Jean. Calvin’s Bible Commentaries: Romans. Forgotten Books, 2007, p. 262–263.. » (Gras ajouté)

 

Calvin affirme que la prédestination de Dieu dépend de sa volonté secrète :

« Que celui qui voudrait se méfier d'une telle incrédulité, garde toujours à l'esprit qu'il n'y a pas de pouvoir, de jeu ou de mouvement aléatoire dans les créatures, qui sont tellement gouvernées par le conseil secret de Dieu, que rien ne se passe qu'il n'aie sciemment et volontairement décrété[5]CALVIN, Jean. Institutes of the Christian Religion. Philadelphia: The Westminster Press, 1960, vol. 1, ch. 16, par. 3.. » (Gras ajouté)

« Lorsque [Augustin] emploie le terme permission, le sens qu'il y attache apparaîtra le mieux à partir d'un seul passage (De Trinity, lib. 3, cap. 4), où il prouve que la volonté de Dieu est la cause suprême et première de toutes choses, car rien ne se passe sans son ordre ou sa permission[6]Ibid., vol. 1, ch. 16, par. 8.. »(Gras ajouté)

« Mais quand ils se rappellent que le diable et toute la suite des impies sont, dans toutes les directions, tenus par la main de Dieu comme par une bride, de sorte qu'ils ne peuvent ni concevoir aucun mal, ni planifier ce qu'ils ont conçu, ni quoiqu'ils aient pu prévoir, déplacer un seul doigt pour le perpétrer, à moins que [Dieu] le permette, voire, à moins qu'il ne l'ordonne ; ils ne sont pas seulement liés par ses chaînes, mais sont même forcés de lui rendre service, — quand les pieux pensent à toutes ces choses, ils ont de larges sources de consolation[7]Ibid., vol. 1, ch. 17, par. 2.. » (Gras ajouté)

Calvin nie que Dieu soit l'auteur du mal :

« Premièrement, il faut observer que la volonté de Dieu est la cause de toutes les choses qui arrivent dans le monde ; et pourtant Dieu n'est pas l'auteur du mal[8]CALVIN, Jean. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge: James Clarke & Company, 2000, p. 169.. » (Gras ajouté)

Calvin affirme que Dieu est l'auteur du mal :

« Combien est insensé et frêle le soutien de la justice divine offert par la suggestion que les maux viennent à l'existence, non par Sa volonté mais par Sa permission [...] C'est un refuge tout à fait frivole que de dire que Dieu les permet par omission, alors que l'Écriture le montre non seulement consentant, mais auteur de ces maux[9]Ibid., 176.. » (Gras ajouté)

Calvin reconnaît le paradoxe apparent :

« Pour moi, je prends un autre principe : Quelles que soient les choses qui sont faites à tort et injustement par l'homme, ces mêmes choses sont les œuvres bonnes et justes de Dieu. Cela peut sembler paradoxal à première vue pour certains [...][10]Ibid., 169.. » (Gras ajouté)

Calvin définit les causes secondaires de Dieu en l'homme :

« En outre, ce que j'ai dit auparavant doit être rappelé, que puisque Dieu manifeste sa puissance par des moyens et des causes inférieures, il ne doit pas en être séparé[11]Ibid., 170.. » (Gras ajouté)

Calvin définit les causes primaires en Dieu :

« Mais là où il s'agit des conseils, des volontés, des ambitions et des efforts des hommes, il est plus difficile de voir comment la providence de Dieu règne ici aussi, puisque que rien n'arrive que par son assentiment et que les hommes ne peuvent délibérément rien faire à moins que Il ne l'ait inspiré[12]Ibid., 169.. » (Gras ajouté)

« En effet, les impies se targuent d'être compétents pour réaliser leurs souhaits. Mais les faits montrent à la fin que par eux, inconsciemment et involontairement, ce qui a été divinement ordonné est mis en œuvre[13]Ibid., 170.. » (Gras ajouté)

« Pour l'homme qui réfléchit honnêtement et sobrement sur ces choses, il ne fait aucun doute que Dieu soit la cause première et principale de toutes choses[14]Ibid., 171-172.. » (Gras ajouté)

"Mais de toutes les choses qui arrivent, la cause première doit être comprise comme étant Sa volonté, parce qu'il gouverne ainsi les natures créées par lui, de sorte qu'il détermine tous les conseils et les actions des hommes selon la fin qu'il a décrétée[15]Ibid., 173.. » (Gras ajouté)

Calvin concède que ce que Dieu permet, il en est l'auteur :

« C'est un refuge tout à fait frivole que de dire que Dieu les permet par omission, alors que l'Écriture le montre non seulement consentant, mais auteur de ces maux[16]Ibid., 177.. » (Gras ajouté)

Calvin résume le dilemme :

« Mais l'objection n'est pas encore résolue, que si tout est fait par la volonté de Dieu, et que les hommes n'inventent rien que par sa volonté et son ordination, alors Dieu est l'auteur de tous les maux[17]Ibid., 178.. » (Gras ajouté)

« Ils objectent encore : les hommes n'étaient-ils pas prédestinés par l'ordination de Dieu à cette corruption qui est maintenant présentée comme la cause de la condamnation ? S'il en est ainsi, lorsqu'ils périssent dans leurs corruptions, ils ne font rien d'autre que de subir le châtiment de cette calamité dans laquelle, par la prédestination de Dieu, Adam est tombé et a entraîné toute sa postérité avec lui. N'est-il donc pas injuste de se moquer ainsi cruellement de ses créatures ? J'admets que par la volonté de Dieu tous les fils d'Adam sont tombés dans l'état de misère où ils se trouvent maintenant ; et c'est bien ce que j'ai dit d'abord, qu'il faut toujours revenir au bon plaisir de la volonté divine, dont la cause est cachée en lui-même. Mais il ne s'ensuit pas immédiatement que Dieu s'expose à cette accusation[18]CALVIN, Jean. Institutes of the Christian Religion. Philadelphia: The Westminster Press, 1960, vol. 3, ch. 23, par. 4.. » (Gras ajouté)

« Pensant que la difficulté ici peut être résolue par un seul mot, certains sont assez stupides pour négliger de considérer ce qui occasionne la plus grande ambiguïté ; à savoir, comment Dieu peut être libre de culpabilité en faisant la chose même qu'il condamne en Satan et le réprouvé et ce qui doit être condamné par les hommes[19]CALVIN, Jean. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge: James Clarke & Company, 2000, p. 179. » (Gras ajouté)

« Nous apprenons que rien n'arrive si ce n'est ce qui semble bon à Dieu. Comment alors Dieu peut-il être exempté du blâme dont Satan avec ses instruments est passible[20]Ibid., 180.? » (Gras ajouté)

Calvin répond au dilemme :

« Ce que j'ai soutenu sur la diversité des causes ne doit pas être oublié : la cause proche est une chose, la cause éloignée en est une autre[21]Ibid., 181.. » (Gras ajouté)

« Certaines personnes effrontées et obtuses nous accusent de calomnie en soutenant que Dieu est fait l'auteur du péché, si sa volonté est la cause première de tout ce qui arrive. Car ce que l'homme commet avec méchanceté, poussé par l'ambition, l'avarice ou la convoitise ou tout autre motif dépravé, Dieu le fait de sa main dans un but juste, quoique pour des motifs cachés - cela ne peut être assimilé au terme péché[22]Ibid., 181.. » (Gras ajouté)

« Faut-il alors imputer à Dieu la culpabilité du péché, ou lui inventer une double volonté de sorte à être en désaccord avec lui-même ? J'ai montré qu'il veut la même chose que le criminel et le méchant, mais d'une manière différente. Il doit être soutenu qu'il y a une diversité de manières avec lesquelles il veut de la même manière, de sorte qu'à partir de cette variété qui nous rend perplexes, une harmonie peut être magnifiquement conçue[23]Ibid., 184.. » (Gras ajouté)

Calvin admet :

« Comment il a été ordonné par la prescience et le décret de Dieu quel était le futur de l'homme sans que Dieu ne soit impliqué en tant qu'associé dans la faute comme auteur ou approbateur de la transgression, ceci est clairement un secret qui surpasse tellement la compréhension de l'esprit humain, que je n'ai pas honte de confesser mon ignorance[24]Ibid., 124.. » (Gras ajouté)

Conclusion

Jean Calvin a eu du mal à défendre sa thèse car elle est intrinsèquement contradictoire. Avez-vous remarqué qu'il a catégoriquement nié l'accusation selon laquelle Dieu est l'auteur du péché pour l'affirmer plus tard ? Même sur une base philosophique, Calvin était incapable de défendre véritablement sa propre thèse. L'argument des causes secondes ne tient simplement pas, que ce soit d'un point de vue philosophique ou scripturaire.


Source : ZEBELL, Timothy. Is God the Author of Sin. [en ligne] 2016, ch. 5. Disponible à l'adresse : https://authorofsin.pressbooks.com/. Reproduit avec autorisation.

Références

Références
1CALVIN, Jean. Acts: Calvin. Crossway Books, 1995, p. 66.
2CALVIN, Jean. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge: James Clarke & Company, 2000, p. 121.
3CALVIN, Jean. Calvin’s New Testament Commentaries. Grand Rapids: Wm. B. Eerdmans Publishing, 1965, vol. 7, p. 20.
4CALVIN, Jean. Calvin’s Bible Commentaries: Romans. Forgotten Books, 2007, p. 262–263.
5CALVIN, Jean. Institutes of the Christian Religion. Philadelphia: The Westminster Press, 1960, vol. 1, ch. 16, par. 3.
6Ibid., vol. 1, ch. 16, par. 8.
7Ibid., vol. 1, ch. 17, par. 2.
8CALVIN, Jean. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge: James Clarke & Company, 2000, p. 169.
9Ibid., 176.
10Ibid., 169.
11Ibid., 170.
12Ibid., 169.
13Ibid., 170.
14Ibid., 171-172.
15Ibid., 173.
16Ibid., 177.
17Ibid., 178.
18CALVIN, Jean. Institutes of the Christian Religion. Philadelphia: The Westminster Press, 1960, vol. 3, ch. 23, par. 4.
19CALVIN, Jean. Concerning the Eternal Predestination of God. Cambridge: James Clarke & Company, 2000, p. 179
20Ibid., 180.
21Ibid., 181.
22Ibid., 181.
23Ibid., 184.
24Ibid., 124.
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