La prédestination : Sermon 58 de John Wesley

John Wesley

Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né de beaucoup de frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. (Romains 8:29-30)

Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut, comme notre bien-aimé frère Paul vous l’a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée. C’est ce qu’il fait dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, dans lesquelles il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine. (2 Pierre 3:15-16)

2. Il n’est pas improbable que, parmi les points des lettres de saint Paul, considérés comme difficiles à comprendre, l’apôtre Pierre fasse référence à ce dont Paul parle dans les chapitres huit et neuf de son épître aux Romains. Qui sont ceux qui, depuis plusieurs siècles, ont « tordu » le sens de ces passages « pour leur propre ruine » ? Hélas, pas seulement les personnes ignorantes, mais aussi plusieurs des plus instruites au monde, et pas seulement les personnes « mal affermies », mais également beaucoup de celles qui semblent bien ancrées dans les vérités de l’Évangile.

3. « Difficile à comprendre », nous pouvons très bien l’admettre lorsque l’on considère que les hommes les plus instruits et enrichis par tous les bienfaits de l’éducation n’ont cessé de porter sur ces points des regards différents. Et cette même considération, qu’il existe une si grande divergence d’opinion au sein des hommes les plus instruits, les plus sages et les plus pieux, devrait rendre tous ceux qui abordent aujourd’hui ce sujet extrêmement méfiants et circonspects. Je ne comprends pas pourquoi nous observons l’inverse dans toutes les régions chrétiennes du monde. Aucun écrivain sur terre ne semble plus affirmatif que ceux qui s’expriment sur ce sujet difficile. Quand ces mêmes hommes écrivent sur n’importe quel autre sujet, ils sont remarquablement modestes et humbles. Mais sur ce seul point, ils mettent de côté toute méfiance envers eux-mêmes, et parlent d’une manière infaillible ex cathedra.

Cela est particulièrement observable chez quasiment tous ceux qui professent la notion de décrets absolus. Il est sûrement possible d’éviter cela : Tout ce que nous proposons peut l’être avec modestie et avec déférence envers les hommes sages et bons qui sont d’un avis contraire. D’autant plus que tant de choses ont déjà été dites, sur chaque partie de la question, tant de volumes ont été écrits, qu’il n’est guère possible de dire quoi que ce soit qui n’ait pas été dit auparavant. Tout ce que je voudrais offrir à présent, non pas aux amateurs de la controverse, mais aux hommes de piété et de sincérité, ce sont quelques brèves indications qui pourront je l’espère éclaircir le passage cité ci-dessus.

4. Plus je réfléchis régulièrement et attentivement à ce passage, plus je suis enclin à penser que l’apôtre ne décrit pas ici (comme beaucoup l’ont supposé) une chaîne de causes à effets. Cette pensée ne semble pas l’avoir effleuré. Je suis plutôt d’avis qu’il présente simplement la méthode par laquelle Dieu agit, l’ordre dans lequel les différentes étapes du salut se succèdent. Je considère que cela apparaît clairement à tout investigateur sérieux et impartial, scrutant l’œuvre de Dieu soit en amont, soit en aval ; soit du début à la fin, soit de la fin au début.

5. Tout d’abord, regardons vers l’ensemble de l’œuvre de Dieu dans le salut de l’homme, en la considérant de son commencement jusqu’à sa fin dans la gloire. La première étape est la prescience de Dieu. Dieu a connu par avance ceux de toutes les nations qui croiraient, depuis le commencement du monde jusqu’à l’achèvement de toutes choses. Mais afin d’éclairer cette question obscure, il faut bien comprendre que lorsque nous parlons de la prescience de Dieu, nous ne parlons pas selon la nature des choses, mais à la manière des hommes. Parce que si nous parlons selon la nature des choses, il n’y a pas en Dieu de pré-connaissance ou d’après-connaissance. Le temps est seulement le petit fragment de l’éternité qui est attribué aux enfants de l’homme. Tout temps, ou plutôt toute éternité est présente pour lui au même instant. Il ne sait pas une chose avant l’autre ou une chose après l’autre, mais il voit toutes les choses d’un seul regard, d’éternité en éternité. Parce que tout temps avec tout ce qu’il contient est présent pour lui à l’instant même, il voit à l’instant tout ce qui était, est ou sera jusqu’à la fin du temps. Mais attention : nous ne devons pas croire que ces choses sont parce qu’il les connaît. Non ; il les connaît parce qu’elles sont. Si l’on s’autorise à comparer les réalités des hommes avec les réalités profondes de Dieu, je dirais ceci : C’est tout comme j’ai connaissance que le soleil brille. Pourtant le soleil ne brille pas parce que je le sais, mais je le sais parce qu’il brille. Ma connaissance implique que le soleil brille ; mais elle ne le provoque en aucun cas. De même, Dieu sait que l’homme commet le péché ; parce qu’il connaît toute chose. Mais nous ne commettons pas le péché parce qu’il le sait : plutôt il le sait parce que nous le commettons. Sa connaissance suppose notre péché, mais ne le cause en aucun cas. En un mot, le regard de Dieu embrasse tous les âges depuis la création jusqu’à l’achèvement comme un seul moment. Ainsi, il voit à l’instant même ce qui est dans les cœurs de tous les enfants de l’homme. Il connaît tous ceux qui croient ou ne croient pas en tout lieu et en tout temps. Pourtant, ce qu’il connaît, que ce soit la foi ou l’incrédulité, n’est en aucun cas causé par sa connaissance. Les hommes sont libres de croire ou de ne pas croire, de la même manière que si Dieu n’en savait rien.

6. En effet, si l’homme n’était pas libre, il ne pourrait être tenu responsable de ses pensées, de ses paroles ou de ses actes. S’il n’était pas libre, il ne serait pas de nature à recevoir récompense ou punition ; il ne serait pas de nature permettant de lui attribuer vertu ou vice, ou de le considérer moralement comme étant bon ou mauvais.

7. Poursuivons : « Ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils ». C’est la deuxième étape (en parlant selon la manière des hommes : parce qu’il n’y a ni avant ni après en Dieu). En d’autres mots, Dieu a décrété d’éternité en éternité que tous ceux qui croient au Fils de son amour deviendront semblables à son image, seront sauvés de tout péché intérieur ou extérieur, vers une entière sainteté intérieure et extérieure. En conséquence, il est évident que tous ceux qui croient réellement au nom du Fils de Dieu « obtiendront le salut de leur âme pour prix de leur foi » et ceci en vertu du décret inchangeable, irréversible et irrésistible de Dieu : « Celui qui croira […] sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. »

8. « Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ». C’est la troisième étape (en continuant de se rappeler que nous parlons à la manière des hommes). Pour le formuler de manière plus large : En vertu de son décret établi selon lequel les croyants seront sauvés, ceux qu’il prédestine ainsi, il les appelle extérieurement et intérieurement. Extérieurement par la grâce de sa Parole, et intérieurement par son Esprit. Cette application intime de Sa parole en direction du cœur semble être ce que certains appellent « l’appel efficace ». Cet appel entraîne le fait d’être appelés enfants de Dieu, d’être favorisés « dans le Bien-Aimé », d’être gratuitement justifiés « par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ».

9. « Ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ». C’est la quatrième étape. Il est généralement admis que le mot « justifié » est ici compris dans un sens particulier. Il signifie qu’il les a rendus justes ou bons. Il a exécuté son décret, « les rendant semblables à l’image de son Fils » ou comme nous le disons habituellement, il les a sanctifiés.

10. Enfin « ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés ». C’est la dernière étape. Après les avoir « rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière », il leur donne « possession du royaume qui [leur] a été préparé dès la fondation du monde ». C’est l’ordre selon lequel, « d’après le conseil de sa volonté », le plan qu’il a établi depuis l’éternité se déroule. Il sauve ceux qu’il a connus d’avance, les vrais croyants de tout lieu et tout temps.

11. La même grande œuvre du salut par la foi, selon la prescience et le décret de Dieu, peut apparaître sous un jour encore plus clair, si nous la considérons à reculons, de la fin vers le début. Supposons donc que vous fassiez partie de cette « grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue », qui loue « celui qui est assis sur le trône, et […] l’Agneau […] aux siècles des siècles ». Vous ne trouveriez personne dans cette grande foule qui soit entré dans la gloire sans être conforme à cette grande vérité : « [Sans la] sanctification […] personne ne verra le Seigneur ». Il n’y aura donc pas une seule personne dans cette foule immense qui n’aura été sanctifiée avant d’être glorifiée. C’est par la sainteté que chacun a été préparé pour la gloire, selon la volonté immuable du Seigneur, afin que la couronne, acquise par le sang de son Fils, ne soit donnée qu’à ceux qui sont renouvelés par son Esprit. Il est devenu « l’auteur d’un salut éternel » uniquement pour « ceux qui lui obéissent », intérieurement et extérieurement, par le cœur et par la parole.

12. Et si vous considérez tous ceux qui sont maintenant sanctifiés sur terre, vous verrez qu’aucun d’entre eux n’a été sanctifié avant d’avoir été appelé. Ils furent d’abord appelés, non seulement par un appel extérieur, à travers la parole et les envoyés de Dieu, mais aussi par un appel intérieur, à travers l’Esprit. Ce dernier déverse sa parole dans le cœur, et ouvre ainsi la possibilité de croire au Fils unique de Dieu grâce au témoignage rendu dans l’esprit de l’homme qu’il est enfant de Dieu. C’est par ce moyen même qu’ils ont tous été sanctifiés. C’est par l’amour de Dieu répandu dans le cœur des hommes que chacun d’entre eux a été capable d’aimer Dieu. Aimant Dieu, il en vient à aimer son prochain comme lui-même, et se dote du pouvoir de marcher dans tous les commandements divins sans reproche. Il n’y a pas d’exception à la règle. Dieu appelle un pécheur à lui, autrement dit le justifie avant de le sanctifier. Et par cela, la conscience de sa faveur, il fait naître en lui cette affection de filiation et de reconnaissance, d’où provient toutes bonnes volontés, bonnes paroles et bonnes œuvres.

13. Qui sont ceux qui sont ainsi appelés par Dieu, sinon ceux qu’il avait auparavant prédestinés, ou décrétés, à « être semblables à l’image de son Fils »? Ce décret (si on parle à la manière des hommes) précède l’appel de tout homme : Tout croyant a été prédestiné avant d’avoir été appelé. En effet Dieu n’appelle personne, si ce n’est « d’après le conseil de sa volonté », selon ce plan d’action (prothesis), qu’il avait établi avant la fondation du monde.

14. Une fois de plus : De même que tous les appelés étaient prédestinés, de même tous ceux que Dieu a prédestinés, il les connaissait d’avance. Il savait, il les voyait déjà en tant que croyants, et c’est pour cela qu’il les prédestinait au salut, selon son décret éternel : « Celui qui croira […] sera sauvé ». Nous percevons ainsi l’ensemble du processus de l’œuvre de Dieu, depuis la fin vers le début. Ceux qui ont été glorifiés sont ceux qui ont été préalablement sanctifiés. Ceux qui ont été sanctifiés sont ceux qui ont été préalablement justifiés. Ceux qui ont été justifiés sont ceux qui ont été préalablement prédestinés. Ceux qui ont été prédestinés sont ceux que Dieu a connus d’avance en tant que croyants. Ainsi, le dessein et la parole de Dieu restent inébranlables comme les piliers du ciel : « Celui qui croira […] sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Par conséquent, Dieu n’est pas responsable du sang des hommes ; car quiconque périt, périt par sa propre volonté et sa propre action. « Vous ne voulez pas venir à moi », dit le Sauveur aux hommes. De même, qu’il leur dit : « il n’y a de salut en aucun autre ». Ils « ne croient pas » alors qu’il n’existe aucun autre moyen pour accéder au salut présent et éternel. Par conséquent, leur sang retombera sur leur propre tête ; et Dieu maintient la « légitimité de sa parole » quand il affirme qu’il « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ».

15. Nous pourrions résumer tout cela de la manière suivante : le Dieu tout-puissant, infiniment sage, voit et sait, de l’éternité jusqu’à l’éternité, tout ce qui est, qui était et qui vient, à travers un présent éternel. Pour lui, rien n’est passé ou futur, mais toutes les choses sont présentes. Si nous parlons selon la vraie nature des choses, il n’a donc aucune pré-connaissance, aucune après-connaissance. En effet, le cas contraire ne pourrait être en accord ni avec les paroles de l’Apôtre : « [chez le Père] il n’y a ni changement ni ombre de variation », ni avec le témoignage que Dieu rend de lui-même à travers le prophète : « je suis l’Éternel, je ne change pas ». Pourtant, lorsqu’il s’adresse à nous, sachant de quoi nous sommes faits, connaissant la faiblesse de notre compréhension des choses, il s’abaisse à notre niveau en parlant de lui-même à la manière des hommes. Ainsi, par égard à notre faiblesse, il parle de son propre conseil, de son dessein, de son plan, de sa prescience. Pourtant Dieu n’a pas besoin de conseils, de dessein, ou de plans pour accomplir son œuvre. Loin de nous l’idée d’imposer ces choses au Très-Haut, en voulant le mesurer à nous-mêmes ! C’est simplement par compassion pour nous qu’il parle ainsi de lui-même, comme s’il connaissait d’avance les choses du ciel et de la terre, et comme s’il les prédestinait ou les ordonnait d’avance. Mais pouvons-nous imaginer que ces expressions doivent être prises au pied de la lettre ? Face à une personne ayant une conception si grotesque, Dieu répond : « Tu t’es imaginé que je te ressemblais ? » Au contraire : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, Autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, Et mes pensées au-dessus de vos pensées. » Je connais, décrète, travaille, de telle manière qu’il ne t’est pas possible de le concevoir : Mais pour te donner une faible et scintillante connaissance de mes voies, j’utilise le langage des hommes, et je m’adapte à tes conceptions provenant de ta condition infantile.

16. Que pouvons-nous donc retenir de tout ce discours ? Tout simplement et rien de plus que : (1) Dieu connaît tous les croyants ; (2) Il veut qu’ils soient sauvés du péché ; (3) à cette fin, Il les justifie, (4) les sanctifie et (5) les élève dans la gloire.
Oh, que les hommes louent le Seigneur pour sa bonté, et qu’ils se contentent de ce simple discours, sans chercher à pénétrer dans des mystères trop profonds que les anges même ne peuvent sonder !


Article original : WESLEY, John, JACKSON, Thomas [ed.]. Sermon #58: On Predestination. In : The Works of John Wesley (1872). Kansas City, MO : Beacon Hill’s, 1979, vol. 6, p. 226. Disponible à l’adresse : https://www.whdl.org/sites/default/files/publications/ENV_John_Wesley_058_on_predestination.htm

Source des citations bibliques La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

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