Les prophéties accomplies « de force » dans les Évangiles : un indice d’historicité ?

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Pourquoi certains accomplissements maladroits de prophéties renforcent la fiabilité des récits.

1 Introduction

Il existe de nombreux arguments en faveur de la fiabilité historique des Évangiles, fondés sur leur contenu. Parmi ceux-ci figurent l'exactitude des auteurs des Évangiles concernant les lieux géographiques et les noms, ainsi que les coutumes locales et les références culturelles. S'ajoutent à cela des coïncidences non intentionnelles, des détails superflus, des allusions inexpliquées et la cohérence des personnalités tout au long des récits évangéliques. Tous ces arguments reposent sur l’idée que certains éléments des Évangiles sont peu susceptibles d’avoir été inventés, car ils sont difficiles à fabriquer artificiellement et correspondent aux caractéristiques connues d’un témoignage fiable. Ensemble, ils forment un puissant argument abductif en faveur de la fiabilité historique des Évangiles. La plupart de ces arguments ont déjà fait l’objet d’études, que ce soit sous forme écrite ou dans des vidéos. Cependant, j'aimerais ajouter à ce répertoire un argument supplémentaire qui, à ma connaissance, n'a pas encore été développé en détail. Je l’appelle l’argument des prophéties accomplies de force (en anglais : forced-fulfilled prophecy).

2 Description du phénomène

Le phénomène de base sur lequel repose cet argument est relativement simple et peu controversé. On trouve dans les Évangiles certains cas où les auteurs semblent forcer des événements de la vie de Jésus à correspondre à des prophéties de l’Ancien Testament, de sorte que l’accomplissement paraît maladroit et artificiel. C’est-à-dire que le lien n'est pas évident et ne semble pas découler d’une manière naturelle. Donnons quelques exemples pour mieux comprendre de quoi il s’agit.

Un bon exemple se trouve dans Matthieu 2:15. Après avoir raconté la fuite de Joseph et Marie en Égypte pour protéger Jésus du massacre des innocents ordonné par Hérode, l’évangéliste écrit : « Il [Jésus] y resta [en Égypte] jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J'ai appelé mon fils hors d'Égypte. » Le problème apparaît lorsqu’on lit le passage correspondant dans Osée 11:1. En effet, ce verset ne semble pas parler du Messie, mais plutôt présenter une personnification d’Israël : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. » L’auteur de l’Évangile de Matthieu semble donc avoir forcé un rapprochement prophétique entre un événement de la vie de Jésus et ce passage d’Osée. Il a imposé un accomplissement de prophétie. Comme le note Craig Blomberg : « Matthieu écrit donc clairement non seulement en tant qu'historien, mais aussi en tant que théologien, animé d'une intention apologétique, afin de montrer que Jésus est le véritable accomplissement des espérances de l’Ancien Testament en un roi davidique parfait. Cela a également des implications pour l'apologétique contemporaine. On observe parfois qu’il y aurait plus de deux cents accomplissements de prophéties dans les Évangiles, et que la probabilité que tous se réalisent en une seule personne est extrêmement faible. Le problème, c’est que seules quelques-unes des prophéties de l’Ancien Testament accomplies dans les Évangiles relèvent vraiment de la catégorie des prédictions directes1BLOMBERG, Craig L. Jesus and the Gospels: An Introduction and Survey. Nashville: B&H Academic, 2009, p. 201–202. »

L’auteur de l’Évangile selon Matthieu fait la même chose en Matthieu 13:34-35 : « Jésus dit à la foule toutes ces choses en paraboles, et il ne lui parlait point sans parabole, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète: J'ouvrirai ma bouche en paraboles, Je publierai des choses cachées depuis la création du monde. » Mais là encore, lorsque nous consultons le passage de référence, dans le Psaume 78:1-2, il semble qu'il s'agisse simplement de Dieu parlant à Israël, sans aucune intention prophétique. « Mon peuple, écoute mes instructions ! Prêtez l'oreille aux paroles de ma bouche ! J'ouvre la bouche par des sentences, Je publie la sagesse des temps anciens. » Nous voyons donc, une nouvelle fois, l’auteur de l’Évangile selon Matthieu forcer un lien prophétique, alors que cela ne semble pas être l’intention de l'auteur du texte de l'Ancien Testament.

Nous retrouvons à nouveau ce phénomène en Matthieu 4:12-16 : « Jésus, ayant appris que Jean avait été livré, se retira dans la Galilée. Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, située près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephthali, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète: Le peuple de Zabulon et de Nephthali, De la contrée voisine de la mer, du pays au-delà du Jourdain, Et de la Galilée des Gentils, Ce peuple, assis dans les ténèbres, A vu une grande lumière ; Et sur ceux qui étaient assis dans la région et l'ombre de la mort La lumière s'est levée. » Bien que la référence d’Ésaïe 9:1-2 soit en un sens prophétique, elle ne prédit pas vraiment ce que l’auteur de l’Évangile de Matthieu affirme : « […] Si les temps passés ont couvert d'opprobre Le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, Les temps à venir couvriront de gloire La contrée voisine de la mer, au-delà du Jourdain, Le territoire des Gentils. Le peuple qui marchait dans les ténèbres Voit une grande lumière ; Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort Une lumière resplendit. » Ainsi, le lien que Matthieu établit semble artificiel et forcé.

On observe ce schéma également dans l'Évangile de Jean 19:28-29 : « Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l'Écriture fût accomplie: J'ai soif. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l'ayant fixée à une branche d'hysope, ils l'approchèrent de sa bouche. » La prophétie supposée accomplie ici provient du Psaume 69:21, qui dit : « Ils mettent du fiel dans ma nourriture, Et, pour apaiser ma soif, ils m'abreuvent de vinaigre. » Mais le rapprochement est vraiment tiré par les cheveux : le Psaume 69 n’est certainement pas prophétique, et Jésus n’a jamais reçu de nourriture empoisonnée sur la croix. L'accomplissement est artificiel, forcé par l'auteur de l'Évangile de Jean.

Ce phénomène, comme nous l'avons vu, est particulièrement répandu dans l'Évangile selon Matthieu. Comme l'observe R. T. France : « Les nombreuses citations et allusions à l'Ancien Testament ne sont évidemment pas propres à Matthieu ; on les retrouve dans tout le Nouveau Testament […]. Mais parmi les Évangiles, Matthieu se distingue par sa présentation soutenue et créative de ce thème de l'accomplissement en Jésus. Et son expression la plus caractéristique se trouve dans la série de « Formula-Quotations », qui constituent un trait distinctif de cet Évangile2FRANCE, R. T. The Gospel of Matthew (NICNT). Grand Rapids: Eerdmans, 2007, p. 11. » Cependant, ce phénomène ne se limite pas à Matthieu. Il apparaît fortement dans Jean 19, et se retrouve également, dans une moindre mesure, chez Marc et Luc. On le rencontre aussi dans les Actes des Apôtres qui, selon la plupart des spécialistes, ont le même auteur que l’Évangile de Luc et poursuivent des buts similaires. Par conséquent, quelles que soient les implications de ce phénomène pour les Actes, elles s’appliquent également à Luc. (Voici des exemples : Matthieu 1:23 ; Mt 2:15 ; Mt 2:17-18 ; Mt 2:23 ; Mt 4:14-16 ; Mt 13:35 ; Mt 27:9-10 ; Jean 19:24 ; Jn 19:28-29 ; Jn 19:36-37 ; Marc 1:2-3 ; Luc 3:4-6 ; Actes 1:16-21 ; Ac 28:26-27).

3 Analyse explicative : de la maladresse à la contrainte historique

Ayant établi qu’il existe bel et bien un phénomène d’« accomplissements forcés » de prophéties dans les Évangiles, et dans une certaine mesure dans les Actes, la question qui se pose est la suivante : pourquoi ce phénomène existe-t-il ? Pour beaucoup de chrétiens qui, comme moi, ont une haute conception de l’Écriture, ce phénomène peut, à première vue, sembler embarrassant. Après tout, de prime abord, on a l’impression que les auteurs des Évangiles lisent très mal l’Ancien Testament, croyant qu’il prédit des choses qu’il n’évoque même pas, ou qu’ils arrachent des versets à leur contexte de manière flagrante. Pourtant, il paraît très peu vraisemblable que des auteurs aussi manifestement instruits que ceux des Évangiles se trompent à ce point dans leur lecture de l’Ancien Testament. Cela devrait nous inciter à approfondir la question. Comme le rappelle Klyne Snodgrass : « Nous devons nous garder d’imposer aux auteurs du Nouveau Testament les normes interprétatives contemporaines (ce que les exégètes libéraux ont tendance à faire) ou d’imposer des interprétations artificielles à une « prophétie » (comme accomplissement d’une prédiction) lorsque la prédiction n’était pas envisagée par l’auteur de l’Ancien ou du Nouveau Testament (ce que les conservateurs ont tendance à le faire)3SNODGRASS, Klyne. “The Use of the Old Testament in the New”. In: BLACK, David Alan et DOCKERY, David S., éd. New Testament Criticism and Interpretation. Grand Rapids: Zondervan, 1991, p. 427. »

Les Juifs de l’Antiquité employaient souvent une méthode d’interprétation biblique appelée midrash qui, sous certaines formes, cherchait à découvrir de nouveaux sens allégoriques dans certains textes de la Bible hébraïque. Comme le rappelle Moisés Silva : « Le processus d'interprétation, amorcé à l'époque de l'Ancien Testament, s'est développé grâce à la tradition orale (et parfois écrite) au fil des siècles, les auteurs du Nouveau Testament se trouvant au milieu de ce processus. Même l’application talmudique la plus extravagante peut résulter d’une accumulation de déductions, couche après couche, de sorte que nous ne voyons plus le lien entre le point de départ et l’aboutissement. Il se peut que les auteurs du Nouveau Testament, sans rejeter par principe un tel processus herméneutique, évitent son application extrême. Il se peut, en effet, que la différence entre l’interprétation biblique et l’interprétation rabbinique, à cet égard, soit davantage quantitative que qualitative. Si tel est le cas, nous ne devons pas nous étonner de rencontrer, dans le Nouveau Testament, des passages difficiles qui révèlent des ressemblances avec les méthodes rabbiniques4SILVA, Moisés. “The New Testament Use of the Old Testament”. In: CARSON, D. A. et WOODBRIDGE, John D., éd. Scripture and Truth. Grand Rapids: Baker, 1983, p. 161. » Sachant que cette pratique était relativement acceptée parmi les Juifs de l’Antiquité, elle constitue une explication très probable de ce qui se joue dans les passages étudiés plus haut. Les auteurs des Évangiles cherchaient à mettre en lumière des sens nouveaux dans ces textes anciens. Mais alors, pourquoi cette impression de maladresse et ces tentatives un peu laborieuses pour y trouver des prédictions sur la vie de Jésus ?

Nous sommes maintenant en mesure de formuler l’argument des prophéties accomplies de force. Je propose que le caractère forcé de ces accomplissements s’explique le mieux par l’hypothèse selon laquelle les auteurs des Évangiles rapportaient fidèlement les événements réels de la vie de Jésus, puis cherchaient activement à les retrouver dans l’Ancien Testament. Cette hypothèse rend compte de la maladresse constatée, car elle suppose que les auteurs des Évangiles avaient en quelque sorte « les mains liées » par les faits historiques. Ils devaient forcer le texte de l’Ancien Testament à correspondre aux réalités qui s’étaient déroulées dans la vie de Jésus. Considérons l’alternative : si les auteurs des Évangiles ne s’étaient pas sentis contraints par les faits historiques, et s’étaient au contraire sentis libres d’inventer des choses comme bon leur semble, ils auraient facilement pu gommer les maladresses dans leurs récits. Par exemple, plutôt que de faire raconter des paraboles à Jésus dans Matthieu 13:34-35, l'auteur de l'Évangile de Matthieu aurait pu lui faire raconter à la fois une énigme et une parabole, ce qui aurait été beaucoup plus proche du Psaume 78:1-2, le texte que l'auteur de Matthieu prétend être accompli. Mais il ne le fait pas : il laisse maladroitement cette prétendue prophétie n’être qu’à moitié accomplie, alors qu’il aurait pu, très simplement, en donner l’accomplissement complet. Comme le commente R. T. France : « Matthieu, pour de bonnes raisons théologiques, prit au sérieux la dimension historique de sa tâche : il voulait rapporter à son Église les événements de la vie et de l’enseignement de Jésus dans lesquels il voyait un accomplissement advenu. Avoir une théologie de “l’accomplissement en Jésus” n’est pas incompatible avec, mais exige au contraire, une narration historique minutieuse5FRANCE, R. T. Matthew: Evangelist & Teacher. Eugene: Wipf & Stock, 2000, p. 201–202. » De même, si l’auteur de l’Évangile de Jean avait purement inventé son récit, il aurait facilement pu faire en sorte que Jésus reçoive effectivement un aliment empoisonné sur la croix (ou ailleurs dans son récit), ce qui aurait constitué un accomplissement plus clair et explicite du Psaume 69:21. Tout cela suggère que les auteurs des Évangiles entendaient relater avec exactitude ce qu’ils considéraient comme les faits de l’histoire et qu’ils n’étaient pas disposés à les modifier pour faire apparaître Jésus comme accomplissant plus clairement ces prophéties supposées. C. H. Dodd l’explique ainsi : « Il existe certes une relation étroite entre les témoignages et la première formulation de la théologie chrétienne ; mais la théologie dépendait du témoignage, et non l’inverse. Ce n’était pas pour étayer une théologie déjà formulée que l’Église primitive a scruté les Écritures ; c’était pour trouver une explication à des faits attestés, dont beaucoup semblaient aller à l’encontre de leurs croyances héritées, voire des Écritures telles qu’elles étaient alors comprises. Les faits eux-mêmes ont exercé une pression sur leur compréhension de la prophétie et de son accomplissement, et ont dicté le choix des témoignages. […] Fondamentalement, les rédacteurs de la tradition étaient asservis aux faits, même s’ils ont parfois mis à rude épreuve leurs liens6DODD, C. H. Historical Tradition in the Fourth Gospel. Cambridge: Cambridge University Press, 1963, p. 49. » Et Gregory Boyd ajoute : « Si le Jésus des Évangiles avait été créé à partir des textes de l’Ancien Testament qu’il « accomplit », […] pourquoi accomplit-il certains de ces textes si maladroitement ? […] À mon avis, le fait même que le Jésus représenté dans les quatre Évangiles « accomplisse » souvent si maladroitement des passages de l’Ancien Testament est une preuve solide que les auteurs de ces œuvres ne dressaient pas un portrait de Jésus à partir de ces textes. Au contraire, cette maladresse démontre qu’ils s’efforçaient de découvrir une nouvelle signification christocentrique dans l’Ancien Testament à partir d’événements qui s’étaient réellement produits dans la vie et le ministère de Jésus7BOYD, Gregory A. Crucifixion of the Warrior God. Vol. 1. Minneapolis: Fortress Press, 2017, p. 104. »

4 Examen des hypothèses concurrentes

Bien sûr, certaines de ces prophéties maladroitement accomplies peuvent s'expliquer autrement. Par exemple, on peut penser que l’affirmation de Matthieu 2:15, selon laquelle Osée 11:1 (« J’ai appelé mon fils hors d’Égypte ») serait accompli, s’explique par le fait que l’auteur de Matthieu cherche à faire entrer Jésus dans une typologie du nouveau Moïse. Autrement dit, l’auteur veut que la vie de Jésus soit parallèle à celle de Moïse. Ainsi, de même que Pharaon avait ordonné le massacre des enfants israélites à la naissance de Moïse, Matthieu met en scène Hérode massacrant les enfants de Bethléem à la naissance de Jésus. De même que Moïse est sorti d’Égypte, Matthieu fait sortir Jésus d’Égypte, et cite Osée 11:1 pour établir ce lien. Dans ce cas, le caractère maladroit ou étrange s'explique par le fait que l'auteur a dû forcer son histoire à s'inscrire dans celle de Moïse. Comme l’explique W. D. Davies : « Cela nous amène au deuxième élément d'accomplissement énoncé dans [Matthieu]. Jésus est un second Moïse. Heureusement, nous sommes épargnés par les spéculations, car une citation directe nous guide directement vers l'Exode. Dans Matthieu 2:13ss, la fuite de Joseph, Marie et l'enfant Jésus en Égypte et leur séjour dans ce pays sont décrits, et dans le verset 2:15, il est affirmé que cela eu lieu « afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J'ai appelé mon fils hors d'Égypte8DAVIES, W. D. The Setting of the Sermon on the Mount. Cambridge: Cambridge University Press, 1964, p. 78. » [Le verset est ainsi retenu pour sa valeur typologique plutôt que pour sa clarté prophétique, ce qui produit un rapprochement forcé qu’il serait difficile de rendre plus convaincant, même par une invention narrative.]

Je pense que cette hypothèse alternative est valable dans ce cas, et peut-être dans quelques autres. Cependant, elle n'explique pas l'intégralité de ces prophéties accomplies de force. Par exemple, l’affirmation de Matthieu selon laquelle Jésus accomplit la prophétie d’Ésaïe concernant Zabulon et Nephthali n’a aucun rapport avec la vie de Moïse. De même, la prétention de Jean que l’offrande de vinaigre et de fiel à Jésus sur la croix accomplirait le Psaume 69:21 n’a aucun lien avec la vie de Moïse. Ainsi, l’idée que la maladresse de ces accomplissements supposés s’explique par les efforts des auteurs pour relier des événements historiques réels à l’Ancien Testament possède une puissance et une portée explicatives supérieures à celle qui consiste à voir dans ces rapprochements une tentative forcée de faire entrer Jésus dans un archétype mosaïque. Comme l’explique R. T. France : « Dans plusieurs cas (notamment Osée 11:1 et Jérémie 31:15), le texte n'aurait aucune raison d'être mis en relation avec l'histoire de Jésus, si ce n'est par le contenu spécifique de l'incident auquel il se rapporte. Il existe une interaction mutuelle entre le récit et le texte : le texte est choisi en raison de sa pertinence par rapport à l'événement relaté, mais le récit est formulé de manière à souligner la correspondance9FRANCE, R. T. The Gospel of Matthew (NICNT). Grand Rapids: Eerdmans, 2007, p. 14. »

Je n’ai encore jamais vu d’hypothèse proposée qui rende compte de l’ensemble des accomplissements maladroits et forcés de prophéties dans les Évangiles et les Actes aussi bien que celle qui affirme que les auteurs se contraignaient simplement aux faits de l’histoire. Ainsi, par inférence à la meilleure explication — et tant que les sceptiques ne nous auront pas fourni une meilleure hypothèse — nous pouvons conclure que le phénomène des prophéties accomplies de force constitue un nouvel élément de preuve en faveur de la fiabilité historique des Évangiles et des Actes. Bien que ce phénomène ait souvent été utilisé par les sceptiques comme argument contre la Bible et ait souvent été source d'embarras pour les croyants, si je ne me trompe pas, il constituerait plutôt une preuve importante de la fiabilité historique substantielle de la Bible.

5 Conclusion

Cette étude a exploré la question délicate des Évangiles et des Actes qui semblent parfois extraire des versets de l’Ancien Testament hors de leur contexte original pour appuyer leurs propres arguments théologiques. J’ai soutenu qu’il s’agit bien d’un schéma réel dans le Nouveau Testament. Cependant, j’ai également soutenu que, contrairement aux apparences initiales, ce schéma s’explique le mieux par le fait que les auteurs des Évangiles se contraignaient aux faits de l’histoire, préférant laisser subsister la maladresse plutôt que de modifier les faits afin de produire un accomplissement plus fluide. Si j’ai raison sur ce point, alors, loin d’être une source d’embarras, ce phénomène des prophéties accomplies de force devrait renforcer la confiance du chrétien dans la fiabilité historique du Nouveau Testament. Je conclurai par les paroles de R. T. France : « C'est plutôt à partir de l'Évangile lui-même, de ses intérêts exprimés et de ses objectifs apparents, que nous devrions tenter de comprendre comment Matthieu envisageait sa tâche. Nous avons vu plus haut des raisons de penser que Matthieu avait un sens aigu de l'importance de l'histoire. Et nous avons mis l'accent tout au long de ce chapitre sur sa conviction que c'est dans cette histoire que se trouvait l'accomplissement des desseins de Dieu tels qu'ils sont exposés dans l'Ancien Testament et l'histoire d'Israël. Accomplissement et histoire ne sont pas en conflit ; l'accomplissement se déroule dans l'histoire. En effet, il est difficile de comprendre ce que signifie « accomplissement » s’il n’existait pas une histoire réelle dans laquelle le modèle s’accomplit. L’enthousiasme indéniable de Matthieu pour découvrir des motifs d’accomplissement, et les méthodes interprétatives qu’il emploie pour y attirer l’attention — ce qui a conduit certains à comparer son œuvre à certains aspects du “midrash” ultérieur — doivent être vus non comme affaiblissant son sens de la responsabilité historique, mais plutôt comme exigeant un rapport soigneux des faits sur lesquels repose toute la revendication d’accomplissement10FRANCE, R. T. Matthew: Evangelist & Teacher. Eugene: Wipf & Stock, 2000, p. 205. »

 


Source : PALLMANN, David. The Argument From Forced-Fulfilled Prophecy [vidéo en ligne]. YouTube, 2023. [consulté le 28 juillet 2025]. Disponible à l'adresse : https://www.youtube.com/watch?v=iBIqba6jrbw

Références

  • 1
    BLOMBERG, Craig L. Jesus and the Gospels: An Introduction and Survey. Nashville: B&H Academic, 2009, p. 201–202
  • 2
    FRANCE, R. T. The Gospel of Matthew (NICNT). Grand Rapids: Eerdmans, 2007, p. 11
  • 3
    SNODGRASS, Klyne. “The Use of the Old Testament in the New”. In: BLACK, David Alan et DOCKERY, David S., éd. New Testament Criticism and Interpretation. Grand Rapids: Zondervan, 1991, p. 427
  • 4
    SILVA, Moisés. “The New Testament Use of the Old Testament”. In: CARSON, D. A. et WOODBRIDGE, John D., éd. Scripture and Truth. Grand Rapids: Baker, 1983, p. 161
  • 5
    FRANCE, R. T. Matthew: Evangelist & Teacher. Eugene: Wipf & Stock, 2000, p. 201–202
  • 6
    DODD, C. H. Historical Tradition in the Fourth Gospel. Cambridge: Cambridge University Press, 1963, p. 49
  • 7
    BOYD, Gregory A. Crucifixion of the Warrior God. Vol. 1. Minneapolis: Fortress Press, 2017, p. 104
  • 8
    DAVIES, W. D. The Setting of the Sermon on the Mount. Cambridge: Cambridge University Press, 1964, p. 78
  • 9
    FRANCE, R. T. The Gospel of Matthew (NICNT). Grand Rapids: Eerdmans, 2007, p. 14
  • 10
    FRANCE, R. T. Matthew: Evangelist & Teacher. Eugene: Wipf & Stock, 2000, p. 205