Un examen historique de la doctrine de la sécurité éternelle

Gnosticisme

Approche historique

La plupart des doctrines du christianisme sont passées par une étape de développement aboutissant à ce que l’on considère aujourd’hui comme l’orthodoxie. Notre compréhension de nombreuses doctrines actuelles est le résultat de batailles théologiques passionnées qui ont éclaté et ont remis en question la pensée commune de leur époque. Le gagnant de ces batailles théologiques est toujours devenu orthodoxie, et le perdant est généralement connu sous le nom d’hérésie.

L’orthodoxie, dit-on, est une opinion émergente, tenue véridique par la majorité. D’un autre coté, l’hérésie est l’opinion d’une minorité déclarée inacceptable par la majorité. Par cette observation, nous pouvons comprendre que « l’orthodoxie » n’est pas nécessairement la « vérité » puisque l’établissement de la vérité ne doit pas être déterminé par un concours de popularité. À notre époque moderne où la « vérité « est déterminée par le dernier sondage d’opinion, nous pouvons voir la nécessité d’un moyen « plus sûr » de déterminer ce qu’est la véritable orthodoxie chrétienne et ce qui ne l’est pas.

John Wesley a avancé le principe suivant : « ce qui est vrai n’est pas nouveau ; ce qui est nouveau n’est pas vrai. » La seule vérité sûre que nous pouvons connaître vient de la Bible. Si ce que nous croyons est une idée nouvelle et inédite qui n’a jamais reçu de sanction au sein de l’Église, nous devons conclure qu’il ne s’agit pas d’une idée biblique.

La plupart des chrétiens sont très méfiants de l’approche des sectes modernes où une personne est élevée au statut de « prophète ». De nouvelles « révélations » de Dieu sont données et ont préséance sur les doctrines de la Bible, les enseignements établis de l’Église primitive, et le poids de la doctrine acceptée durant toute l’histoire chrétienne. Certains de ces groupes ne revendiquent pas avoir de nouvelles révélations, mais ont fondé leur interprétation spéculative au sujet de l’Église du Nouveau Testament sur la base des informations limitées disponibles à son sujet. À la lumière de ces considérations, ils insistent sur le fait que l’Église moderne est corrompue. Leur stratégie est de décrypter le Nouveau Testament et ainsi de restaurer l’Église dans son état d’origine. Ce faisant, ils ont choisi de contourner toute l’histoire de l’Église. L’erreur qu’ils commettent n’est pas dans leur intention, mais dans leur approche. Les informations que la Bible nous procure concernant l’Église du Nouveau Testament ne sont pas suffisamment précises pour nous permettre de recomposer selon sa nature originelle sans l’aide de littérature extra-biblique. Même avec l’aide de toutes les ressources disponibles, il n’est pas possible pour un esprit du XXe siècle de se placer dans le contexte socioculturel particulier dans lequel l’Église est née. Notre compréhension occidentalisée du christianisme ne peut qu’interférer et déformer notre pensée de l’Église primitive.

La meilleure jauge que nous ayons sur les croyances de l’Église primitive est le récit des pères apostoliques. Ils ont été les premiers à posséder quelque chose qui ressemblait au Nouveau Testament que nous avons aujourd’hui sous forme achevée. Certains ont été enseignés par les apôtres eux-mêmes ou en ont été séparés que d’une seule génération. Cela ne veut pas dire qu’ils étaient inspirés ou qu’ils étaient infaillibles, mais selon toute probabilité, ils étaient plus proches dans leur compréhension de la nature essentielle et des pensées non écrites de l’Église primitive. Cela ne veut pas dire qu’ils ont compris plus complètement que ce que nous pouvons comprendre avec une Bible complète et deux millénaires de réflexion sur ses vérités. Ce que nous pouvons simplement conclure, c’est que par rapport à notre génération, ils étaient probablement plus précis sur les sujets dont ils avaient connaissance à leur époque.

Chaque fois que quelqu’un tente de retracer l’histoire d’une doctrine, il doit décider d’une méthode d’approche. Certains partent du début et avancent pour montrer comment la doctrine s’est développée au cours du temps. D’autres partent du présent et remontent le temps, démontrant le lien historique avec le passé. Puisque l’histoire d’une doctrine peut s’étendre sur une longue période, je vais adopter une approche différente : je vais commencer par le milieu. Je crois que cela simplifiera les choses pour la plupart des lecteurs. Je commencerai donc par Augustin, le père de la pensée occidentale. Il sera plus facile pour les lecteurs d’appréhender ce point de référence puisque son influence a eu un énorme impact sur notre théologie moderne. Je retracerai la doctrine de la sécurité éternelle d’Augustin vers notre temps, puis je la retracerai d’Augustin à l’Église primitive pour montrer son influence sur sa pensée.

Augustin et la sécurité éternelle

Beaucoup de doctrines telles que nous les connaissons et comprenons aujourd’hui, se sont développées progressivement à partir de doctrines primitives. C’est le cas avec Augustin. Il n’a pas enseigné la sécurité éternelle telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais il a joué un rôle clé dans l’établissement des bases sur lesquelles cette doctrine a pu se développer. Son influence sur la théologie et la pensée chrétienne dans son ensemble est incontestable.

Cette partie de l’histoire de la sécurité éternelle est celle qui découle de l’influence d’Augustin. Le développement de sa pensée remontant à la naissance du christianisme sera discuté plus tard. Ce qui est important que le lecteur sache, c’est que cette influence existe. Nous examinerons plus tard si elle est conforme aux Écritures.

La façon dont nous abordons les Écritures dépend de nos paradigmes de pensée. Nous les abordons avec des préjugés qui déterminent parfois ce que nous considérons comme étant la vérité. Les croyances fondamentales et les préjugés que de nombreux chrétiens ont aujourd’hui peuvent être trouvés dans l’œuvre d’Augustin. Pour cette raison, « saint » Augustin est mentionné avec une grande faveur par la plupart des théologiens. Beaucoup sont d’accord avec Augustin, alors que d’autres non, cependant tous reconnaissent sa grande influence sur la pensée chrétienne.

Augustin, l’évêque d’Hippone, est né à Thagaste, en Numidie, le 13 novembre 354. Il a été élevé dans une maison divisée où sa mère a tenté de le faire venir au christianisme, et son père, également chrétien, l’a dirigé vers le monde et les connaissances profanes susceptibles de lui apporter des avantages. Lorsque à l’âge adulte, Augustin déménagea à Carthage, il s’intéressa à la rhétorique et fut influencé par l’erreur manichéenne. Il crut et enseigna ces erreurs pendant une période de 9 à 13 ans jusqu’à ce qu’il soit influencé et baptisé en chrétien lors de la Pâques de l’an 387 par Ambroise.

Peut-être qu’il n’y a personne comme Augustin qui n’ait eu un impact si important dans le monde de la théologie. Il était catholique et est responsable d’une grande partie de ce que nous considérons aujourd’hui comme la doctrine « catholique ». Étonnamment, il peut également être crédité comme étant un acteur majeur de la pensée protestante. Voici une courte liste qui montre certaines des doctrines dont il est reconnu qu’il les a introduites dans l’Église.

Contributions d’Augustin

1. La prédestination absolue.
2. L’impossibilité de commettre l’apostasie. (Sécurité éternelle)
3. L’homme n’a pas de libre arbitre libertaire.
4. On ne peut pas savoir si un chrétien est sauvé.
5. Dieu suscite des impossibilités logiques en l’homme.
6. L’autorité suprême de l’Église romaine.
7. Le purgatoire.
8. La prière pour les morts.
9. La damnation des nourrissons et des adultes non baptisés.
10. La sexualité est un péché parce que la dépravation est héréditaire.

Les cinq premières « contributions » semblent identifier ce que l’on appelle aujourd’hui le « calvinisme ». Il s’agit en tout cas de la base de cette théorie. En revanche, les contributions 6 à 10 ne correspondent en aucun cas au modèle protestant du salut, mais au modèle catholique. La question est de savoir comment nous pouvons accepter les cinq premiers points énumérés au regard des erreurs flagrantes sur le salut que cet homme a enseignées et qui supportent le catholicisme romain ? Il est clair que sa vision des choses est au mieux déroutante, au pire contradictoire et complètement non-biblique d’un certain point de vue. Pour cette raison, nous devons considérer ce qu’il a enseigné avec un grand scepticisme. Comment pourrions-nous accepter aveuglément ce qu’il a dit alors que nous savons qu’il n’était manifestement pas cohérent sur le thème du salut ?

Est-ce que cela veut dire que tout ce qu’a enseigné Augustin doit être rejeté du fait de certaines de ses croyances ? Je pense que l’Église catholique est dans une grande erreur sur la question du salut. Cependant, je suis en accord avec elle sur le sujet de la Trinité. Que quelqu’un ait tort sur un point ne signifie pas qu’il ait nécessairement tort sur tous les points ! Je crois qu’Augustin a pu toucher à la vérité sur certaines idées qui ne sont pas énumérées ci-dessus. J’ai défini la liste précédente comme un exemple de ce que je crois être certaines de ses erreurs. Les raisons pour lesquelles je crois que ce sont des erreurs seront abordées plus loin lorsque je tracerai la pensée d’Augustin à sa source. Pour l’instant, je veux seulement établir le point de départ de ces doctrines et les suivre jusqu’à aujourd’hui.

Jean Calvin est une figure plus connue des protestants contemporains. Il a écrit une des théologies systématiques les plus célèbres que le monde ait connu. Ses idées ont imprégné le monde protestant et le feront peut-être encore jusqu’au retour de notre Seigneur.

Calvin a repris certaines idées avancées par Augustin et les a développées. Au lieu d’aborder simplement les idées de prédestination, de persévérance finale et de sécurité des croyants, il a développé un système de pensée incroyable qui connaît peu de rivaux. Jean Calvin s’est approprié les concepts d’Augustin et en a comblé les vides sans réponse, pour former sa théologie. Il a suivi ces idées jusqu’à leur fin logique : Si l’homme n’a pas de libre arbitre libertaire, que Dieu prédestine les hommes de manière absolue, et que tous les hommes ne sont pas sauvés, cela veut dire que Dieu est totalement souverain sur le salut des hommes. Cette approche ignore le cas où Dieu aurait, dans sa souveraineté, donné un libre arbitre libertaire à l’homme. Dans ce cas, l’homme serait responsable de sa propre damnation, mais cela ne signifie pas pour autant que Dieu soit moins souverain. Souveraineté et prédestination ne sont en aucun cas, des termes obligatoirement associés.

L’acronyme du calvinisme est TULIP en anglais. C’est ce que l’on appelle les « cinq points du calvinisme ». On indique ci-dessous les points de la doctrine d’Augustin, auxquels ces points du calvinisme peuvent se référer :

1. Dépravation totale. (pas de libre arbitre libertaire) (3)
2. Élection inconditionnelle. (le salut est décrété indépendamment de tout changement de l’homme) (4) (1)
3. Expiation limitée. (Jésus a « payé » exclusivement pour les « élus » qu’il voulait sauver.) (1)
4. [Grâce irrésistible. (La nouvelle naissance est donnée avant la foi)] (5)
5. Persévérance des saints. (Sécurité éternelle) (2) (1)

C’est comme si Augustin avait eu la plupart des pièces du puzzle et que Calvin avait ajouté les pièces manquantes.

Sur les traces de Calvin, il y a Théodore de Bèze qui a poussé les conclusions de Calvin à ses fins logiques et a développé ce que nous considérerions aujourd’hui comme étant le « calvinisme ». Nous pouvons d’autre part attribuer à cette époque le développement de la théorie calviniste sur l’expiation limitée.

Nous pouvons suivre les traces du calvinisme à travers l’histoire, principalement à travers l’Église d’Angleterre et les puritains. Les baptistes s’en sont tenus à ce système de manière assez constante jusque vers les années 1800. À cette époque, les avis sont partagés sur la question de la prédestination et sur l’étendue de l’expiation. Cela est peut-être dû à l’influence du mouvement Wesleyen ou bien à celui des « New Lights » de Barton Stone et Alexander Campbell. Quelle qu’en soit la raison, il y eut un changement net de pensée à ce moment là.

Le tournant le plus significatif se fit lors de l’avènement de la théologie du dispensationalisme. J. N. Darby mit cette doctrine en mouvement avec les Frères de Plymouth, et elle fut ensuite catapultée au premier plan avec le réveil associé à D. L. Moody.

L’importance de la contribution du dispensationalisme au développement de la sécurité éternelle, réside dans l’approche par laquelle elle divise les Écritures. Les dispensationalistes considéraient en effet que Dieu a un plan de salut spécifique pour chacune des différentes époques, appelées « dispensations ». Cela semblait donner une latitude suffisante pour accepter l’idée « biblique » de sécurité inconditionnelle associée à celle de libre arbitre libertaire. Ainsi, émergea l’idée d’un évangile permettant à tous les hommes d’entrer librement dans la vie éternelle tout en leur refusant cette même liberté une fois entrés. Cette idée devint ensuite pleinement acceptée dans le christianisme du XXe siècle.

Pour comprendre l’impact de ce changement, nous devons nous reporter à la théorie du haut calvinisme. La conclusion logique de la prédestination au salut est le salut infaillible de celui qui est élu. Le fait que les élus n’apostasient jamais définitivement vient du fait qu’ils sont prédestinés. Ils ne sont pas libres de faire autrement. La conclusion logique de la doctrine opposée est que le salut est conditionnel à la foi et accessible à tous. Cette implication de la grâce accessible pour tous nous conduit à la conclusion évidente que nous ne sommes en aucun cas « enfermés » dans le salut. Pourtant si nous adoptons la position selon laquelle nous avons la possibilité de choisir d’être sauvés ou non, cela ne signifie-t-il pas que nous sommes libres de choisir de ne plus être sauvés à un autre moment ? Ainsi, la sécurité éternelle exige logiquement une prédestination absolue.

La théorie calviniste de la « persévérance des saints » consiste en ce qu’un vrai croyant peut être considéré comme tel, uniquement s’il « persévère jusqu’à la fin » dans la foi. Ceux qui s’écartent définitivement de la foi démontrent qu’ils n’avaient pas été élus. Même si la théorie calviniste de la « persévérance des saints » est exprimée différemment de notre idée moderne de la sécurité éternelle, il faut admettre que la logique de la prédestination d’Augustin et de Calvin exige une sécurité éternelle pour les élus. En cela, l’enseignement baptiste et dispensationaliste suit bien cette ligne de pensée, mais sans la marque de la logique et de la cohérence lorsque cet enseignement nie la doctrine de la prédestination absolue.

Nous ne pouvons occulter la dépendance de cette idée à l’égard de celles qui les ont précédées. Le cheminement peut différer un peu, mais il culmine inévitablement vers l’homme nommé Augustin. On ne peut pas faire remonter la doctrine de la sécurité éternelle jusqu’aux pères apostoliques et aux Écritures. Plus tard, cette doctrine s’est répandue dans un temps spécifique de l’histoire, soit vers le début du XIXe siècle. Son origine est liée à la prédestination absolue et à la persévérance des saints, telles qu’elles ont été propagées par les calvinistes. Jean Calvin lui-même n’a pas découvert ces idées, mais il les a trouvées énoncées de manière rudimentaire dans les enseignements de saint Augustin. La piste s’arrête ici, car il n’y a pas d’antécédent chez les Pères de l’Église qui ont précédé Augustin.

Où en sommes nous aujourd’hui ?

Il semble qu’aujourd’hui, une bonne partie des chrétiens [évangéliques] adhèrent sans réserve à cette idée de sécurité éternelle. Il s’agit de la doctrine prédominante de l’Église depuis un siècle et celle-ci continue de gagner en force. Si l’on s’intéresse à la source de cette doctrine, il est nécessaire de savoir d’où Augustin l’a tirée. Si elle découle uniquement des Écritures, nous devons écouter et apprendre de ses précieux enseignements. Si elle provient d’une source extérieure, nous devons la remettre en question et potentiellement la rejeter.

Jusque-là, je voulais seulement vous montrer le lien théologique de la sécurité éternelle avec l’idée de prédestination enseignée par Augustin et Calvin. Comprendre ce lien est vital et nécessaire pour que vous puissiez voir que la sécurité éternelle est une invention basée sur des présuppositions théologiques et non sur un examen biblique et historique.

Si Augustin a raison dans ses conclusions sur la prédestination, alors il doit avoir raison sur la sécurité inconditionnelle des élus. Les deux doctrines vont de pair.

La question historique qui nous fait face est donc : Augustin a-t-il tiré sa doctrine des Écritures ? Ou a-t-il tiré ses conclusions d’une philosophie externe au christianisme ? Adhère-t-il aux enseignements des premiers pères de l’Église sur le sujet ? Ou dévie-t-il de manière radicale des vérités admises par le christianisme historique le précédant ? Ce sont des questions importantes pour tout croyant qui affectionne la vérité.

Augustin, le manichéen

Comme évoqué dans la brève biographie d’Augustin vers le début de cette investigation, nous avons noté qu’il fut un manichéen pendant au moins neuf ans avant d’entrer dans le sacerdoce de l’église catholique romaine.

Le manichéisme était une secte hérétique qui gagna une telle popularité à l’époque d’Augustin qu’elle supplanta presque le christianisme. Le fondateur de cette religion s’appelait Mani, d’où dérive le terme manichéisme. Il vécut vers 216-276 après J.-C. Il entreprit de fonder une religion universelle qui était une combinaison de bouddhisme, de zoroastrisme et de christianisme. Le christianisme auquel Mani avait été exposé était sa forme gnostique à l’encontre de laquelle l’apôtre Jean a vigoureusement écrit dans sa première épître. Il interprétait l’histoire du Nouveau Testament d’une manière allégorique et symbolique de sorte à représenter un nouveau système religieux qui était totalement en contradiction avec le christianisme et ses enseignements fondamentaux.

Nous pouvons voir que les idées d’Augustin ont constitué la base historique de plusieurs doctrines. Celles-ci ont pris alors une importance sans précédent et sont devenues des normes sur lesquelles nos théologies ont été construites. Ces doctrines étaient-elles vraiment des expressions de la philosophie chrétienne ou plutôt celle d’une l’influence manichéenne ? Ce n’est pas une question déplacée puisque plusieurs contributions théologiques introduites par Augustin n’avaient pas été acceptées comme orthodoxes avant cette époque, mais étaient associées au manichéisme. Certains historiens pensent effectivement qu’Augustin a amené cette influence dans l’Église. Il s’agit notamment des doctrines dualistes de la nature mauvaise de la matière et de la pureté de l’esprit, ainsi que la doctrine de la prédestination absolue. Ces deux éléments essentiels sont à la base de la doctrine de la sécurité éternelle qui devait émerger après plusieurs siècles de développement.

En raison de son influence, une grande partie de l’histoire catholique et protestante a été fondée sur la croyance que la matière (le corps physique et ses appétits) est l’incarnation du mal. Cette croyance est indéniablement gnostique et non chrétienne. Cette dualité enseignée par les gnostiques a été illustrée par l’image d’un anneau d’or pur représentant l’esprit et un tas de fumier comme représentant la matière ou le corps. L’anneau peut être enfoui dans le tas de fumier, mais la souillure du fumier ne peut le pénétrer. Il reste aussi pur qu’il l’a toujours été.

[NDT : Le gnosticisme enseignait d’autre part qu’il existe des élus dont l’esprit est prédestiné au salut éternel. Voici ce que certains gnostiques enseignaient : « Les Valentiniens [gnostiques du IIe s.], dit Irénée, affirment qu’ils seront sauvés, non à cause de leur conduite, mais parce qu’ils sont spirituels par nature. […] Clément d’Alexandrie rapporte que les partisans de Basilide [gnostiques, (II-IVe s.)] mènent une vie déréglée, comme des personnes que leur perfection autorise à pécher ; elles seront sauvées, dit-il, malgré leurs péchés, à cause de leur élection. » (CHENEVIERE, Jean Jacques. De la prédestination et de quelques dogmes Calvinistes combattus par la raison, le sentiment et l’Ecriture. [Sixième essai.] Genève : Ab. Cherbuliez, 1834, p. 407-408.)]

Augustin a enseigné que le corps, la chair, était le siège du mal et du péché. C’est pourquoi la procréation était un acte de péché dans son esprit. À ce jour, il se trouve que j’ai entendu des enseignants de la sécurité éternelle se référer à la chair comme une entité qui ne peut s’empêcher de pécher, affirmant en même temps que le péché ne peut affecter l’esprit ni la sécurité spirituelle du croyant. Le gnosticisme semble être vivant aujourd’hui chez ceux qui propagent un salut qui rend l’esprit pur tout en maintenant le caractère pécheur du corps. Un peu de vernis chrétien peut rendre cette doctrine plus attrayante, mais sous ce vernis, elle est toujours païenne et non chrétienne.

Une idée provenant du bouddhisme est que nous devons mourir à « soi ». Être délivré de « soi » pourrait nous amener au Nirvana mais pas au paradis. Le problème ici est que l’idée de « chair » est considérée comme la personne, (soi), qui est matière et donc considérée comme pécheresse. Les Écritures ne nous disent pas que nous devons être délivrés du « moi ». Il n’y a rien de mal à être les personnes telles que nous avons été créés. Le problème de Dieu à notre égard n’est pas notre « personne » ou « soi » mais notre rébellion à son encontre. La chose dont nous devons être purifiés n’est pas le « moi », mais la souillure et la saleté de la chair. Il nous est commandé « purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu ». Jésus lui-même a fait de l’amour approprié de notre « moi » un devoir et une vertu lorsqu’il dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Il y a beaucoup de prédicateurs qui se trompent dans leur façon d’enseigner la « mort à soi-même ». Il est vrai que nous ne devons pas être égoïstes, mais il est également vrai que « l’altruisme » ne nous sauve pas et ne nous rend pas saints. La Bible nous révèle qu’il n’y a personne de plus absolument « mort à lui-même » que le plus vil pécheur. Par exemple, il s’agit de ceux qui peuvent ne pas respecter leur propre santé et leur bien-être en raison de leur dépendance aux drogues et à l’alcool. Ils sont morts à la voix de la raison et de la conscience. Ils ne se soucient pas de l’avenir, ils sont morts à eux-mêmes. […] [NDT : Dans une perspective biblique, la « mort à soi-même » n’a aucun sens, si elle ne fait place à la « vie de l’Esprit ».]

Augustin avait écrit des réfutations au manichéisme avant d’avoir à lutter contre Pélage. Néanmoins, il est clair qu’il a maintenu certains aspects du manichéisme qu’il pensait appartenir à la tradition chrétienne. La difficulté vient lorsqu’on considère le type de christianisme que Mani avait inclus dans cette pensée dont Augustin s’inspire. C’était le « christianisme » gnostique, celui-là même dont l’apôtre Jean nous met en garde! (1 Jean 1:1-9)

Augustin pensait à juste titre que Pélage avait pris une position hérétique en disant que l’homme peut « désirer » son propre chemin dans le royaume de Dieu et n’a pas besoin d’une intervention de l’Esprit pour l’y amener. Pour contrer cet argument, Augustin est allé à l’extrémité opposée en puisant dans la prédestination absolue qui lui avait été enseignée lorsqu’il était manichéen. Il a amené cette croyance avec lui lorsqu’il est devenu chrétien. Ce fut le début de ce qui allait devenir plus tard le calvinisme, puis la sécurité éternelle des temps modernes. En fin de compte, les racines de la sécurité éternelle se trouvent dans le gnosticisme qui a précédé Augustin. Mais c’est Augustin qui a eu l’honneur malvenu de faire lever toute la pâte.

Conclusion

La sécurité éternelle est païenne dans son origine. C’est une pensée qui est en opposition avec la Bible et le christianisme authentique. Sa lignée ne remonte qu’à quelques centaines d’années, puisant son inspiration dans la « persévérance des saints » calviniste qui, elle-même a été tirée de la pensée gnostique et bouddhiste qu’Augustin avait introduite dans l’Église. La sécurité éternelle a une histoire, mais une histoire peu réjouissante pour le chrétien qui en connaît son origine.

Bibliographie

CHRISTIE-MURRAY, David. A History of Heresy. Oxford University Press, 1976.
BERCOT, David W.. Will the Real Heretics Please Stand Up?. Scroll Publishing, 1989.
BRUVE, F. F.. The Spreading Flame. The Paternoster Press, 1995.
HILLS, A. M.. Scriptural Holiness and Keswick Teaching Compared. Salem, OH : Schmul Publishers, 1983.
MCCLINTOCK, John, STRONG, James. Manichaeanism. In : The Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature. New York: Haper and Brothers, 1981. Disponible à l’adresse : https://www.biblicalcyclopedia.com/M/manichaeism.html
MCCLINTOCK, John, STRONG, James. Augustine. In : The Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature. New York: Haper and Brothers, 1981. Disponible à l’adresse : https://www.biblicalcyclopedia.com/A/augustine.html
MCKINLEY, O. Glenn. Where Two Creeds Meet. Kansas City, MO : Beacon Hill Press, 1972. Disponible à l’adresse : https://whdl.org/sites/default/files/resource/bruce/9780834126688.pdf
WYNKOOP, Mildred Bangs. A Theology of Love: The Dynamic of Wesleyanism. Kansas City, MO : Beacon Hill Press, 1972. Disponible à l’adresse : http://wesley.nnu.edu/wesleyctr/books/2601-2700/HDM2663.PDF

[Lectures complémentaires sur le lien entre manichéisme et augustinisme]

Augustinian Calvinism. In : Wikipedia : The Free Encyclopedia [en ligne]. 2021-04-19. Disponible à l’adresse : https://en.wikipedia.org/wiki/Augustinian_Calvinism
BARTHE, J.. Histoire abrégée de la prédestination jugée par la raison et Saint Paul aux Romains. Strasbourg : Silbermann, 1864. Disponible à l’adresse : https://books.google.fr/books?id=_A1XAAAAcAAJ
OORT, Johannes van. Augustine and Manichaeism: New Discoveries, New Perspectives. Verbum et Ecclesia, 2006, vol. 27, n°2, p. 710–728. Disponible à l’adresse : https://pdfs.semanticscholar.org/b0a2/a6876aa38652a1336e6d858f22d768d393dd.pdf
SHILLING, Henry. The gift of the gods : a study of the historical development of the doctrine of eternal security. Freeport, PA : Fountain Press, 1951. Disponible à l’adresse : http://www.imarc.cc/br/pdf/Bk_10007.pdf
WILLSON, Ken. The Foundation of Augustinian-Calvinism. Montgomery, TX : Regula Fidei Press, 2019. Revue : https://www.academia.edu/42012377/A_Review_of_Dr_Ken_Wilson_s_the_Foundation_of_Augustinian_Calvinism_By_Rudolph_P_Boshoff


Article original : PATON, Jeff. A historical examination of the doctrine of eternal security. In : Eternal Security [en ligne]. 2013. Disponible à l’adresse : http://eternalsecurity.us/a_historical_examination.htm

Traduction française : émanant du « Blog de réflexion chrétien », http://reflexionsjesus.wordpress.com/, 2021-01-03.

Source des citations bibliques : La Sainte Bible : nouvelle édition de Genève 1979. Genève : Société Biblique de Genève, 1979.

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