FAQ : Toutes les réponses aux questions que vous vous posez sur l'arminianisme (partie 1/5)

FAQ

Depuis plus de vingt ans que je m'efforce de promouvoir une compréhension correcte de l'arminianisme classique, de nombreuses questions m'ont été posées à ce sujet. Il semble qu'il y ait beaucoup de malentendus concernant cette position doctrinale. Dans cette série d'articles, je vais tenter de répondre à toutes les « questions fréquemment posées » sur l'arminianisme classique. Mon objectif est de faire en sorte que les questions et les réponses soient claires, concises et précises.

Pour ceux d'entre vous qui douteraient de ma capacité à répondre avec autorité aux questions sur l'arminianisme classique, je vous partage simplement le fait que durant toute ma vie j’ai adhéré à cette position et que j'ai consacré les vingt dernières années (au moins) à l'étudier et à l'expliquer, notamment dans mon livre Arminian Theology : Myths and Realities (InterVarsity Press).

1. Qu'est-ce que l'« arminianisme classique » ?

L'« arminianisme classique » n'a aucun lien avec l'« Arménie ». Il s'agit d'un courant théologique chrétien associé au théologien néerlandais du XVIIe siècle Jacobus Arminius (†1609). Je l'appelle également « synergisme évangélique », « synergisme » se référant à la « coopération » entre Dieu et ses créatures ; car les croyances d'Arminius ne lui sont pas propres, elles existaient avant lui. Par exemple, le théologien anabaptiste Balthasar Hubmaier défendait à peu près les mêmes croyances environ un siècle avant Arminius.

En bref, l'arminianisme classique est la conviction que Dieu veut réellement que tout le monde soit sauvé. C'est la raison pour laquelle Dieu a envoyé, pour tous les êtres humains sans distinction, son Fils Jésus vivre, mourir et ressusciter sur terre. La croyance arminienne affirme également que Dieu ne sauve pas les êtres humains sans leur libre consentement, mais qu’il leur procure une « grâce prévenante » (grâce qui précède et prépare) permettant de libérer leur volonté de l'esclavage du péché et de les rendre ainsi libres d'entendre, de comprendre et de répondre à l'appel de l'Évangile. La grâce de Dieu est toujours résistible, ainsi l'élection au salut, la « prédestination », est conditionnelle : Dieu décrète que tous ceux qui croient seront sauvés et sait à l'avance qui croira.

L'arminianisme classique est une branche de la théologie protestante et considère donc que le salut est un don gratuit de la grâce de Dieu. Celui-ci n'est en aucun cas issu d’un quelconque mérite provenant de l’homme ; le salut ne peut être qu'accepté. Selon Arminius et tous les arminiens classiques, la justification des pécheurs par Dieu s’effectue seulement « par la grâce par le moyen de la foi » et uniquement sur la base des œuvres de Christ. La grâce de Dieu en, et par Jésus est la cause effective du salut et de la justification, alors que la foi est la cause instrumentale.

2. L’arminianisme est-il une église ou une dénomination ?

Ce n’est ni une église, ni une dénomination en soi. Cependant il existe de nombreuses dénominations dans lesquelles l'arminianisme classique est intégré en tant que théologie du salut ou de diverses manières au sein de confessions de foi. John Wesley, le fondateur du méthodisme, était un arminien comme la plupart de ses disciples. Le méthodisme, sous toutes ses formes y compris celles qui ne portent pas directement cette appellation, est généralement arminien. Les églises méthodistes calvinistes ont autrefois existé. Elles suivaient la position du compagnon de route de Wesley, George Whitefield. Pour autant que je sache, elles ont toutes disparu ou ont fusionné avec des dénominations de tradition réformées-calvinistes. « Officiellement », les dénominations de tendance arminienne sont celles de tradition dite « de la sainteté » (par exemple, l'Église du Nazaréen) et celles de tradition pentecôtiste (par exemple, les Assemblées de Dieu). L'arminianisme est également la croyance générale des baptistes libres également appelés baptistes généraux. De nombreuses assemblées « de Frères » [anabaptistes-piétistes] sont également arminiennes. Cependant, il est important de noter que l’on peut trouver des arminiens dans de nombreuses autres dénominations qui ne sont pas « officiellement » arminiennes d’un point de vue historique, comme le sont, par exemple, de nombreuses conventions et conférences baptistes.

3. Pourquoi désigner une théologie par le nom d'un homme ? Pourquoi ne pas tout simplement se dire « chrétiens » ?

Ce serait l'idéal, mais il est trop tard pour cela. Les arminiens ne vouent pas un culte à Arminius, il n'était rien d'autre qu'un représentant et un éminent défenseur d'une position biblique sur le salut. Les arminiens n'utilisent cette étiquette que pour se distinguer des calvinistes et des luthériens, deux traditions protestantes qui, historiquement et théologiquement, s'en tiennent à ce que l'on appelle le « monergisme » et rejettent ainsi toute forme de « synergisme » dans le processus du salut. Le « monergisme » est la croyance en ce que le salut n'implique aucune coopération entre Dieu et le pécheur ; Dieu sauve le pécheur sans son libre consentement.

Les arminiens n’ont pas un profond attachement à l'étiquette « arminianisme ». Beaucoup ne l'utilisent même pas. Cependant, c'est une position et une étiquette théologique qui est en général représentée faussement par ses détracteurs, en particulier par les calvinistes conservateurs, de sorte que ceux qui se savent arminiens ressentent le besoin de présenter une défense face à ces fausses accusations et représentations. Certains préfèrent se qualifier simplement de « non-calvinistes », mais cela me semble moins pertinent qu’« arminiens », du fait que « non-calviniste » est un terme plus ambigu. En effet les luthériens, par exemple, sont également « non-calvinistes » bien qu'ils affirment leur opposition envers le synergisme évangélique, tout comme les calvinistes.

Les arminiens ne sont donc pas un mouvement, un parti ou un clan de chrétiens. Ce sont simplement des chrétiens protestants qui, contrairement à beaucoup d'autres, croient en une grâce restauratrice qui libère la volonté des hommes pour leur permettre de résister ou d'accepter la grâce salvatrice.

4. Pourquoi l'intérêt pour l'arminianisme est-il devenu, aujourd'hui, si croissant ? Pourquoi créer des blogs et publier des livres autour d’une « théologie faite par l'homme » ?

Depuis les années 1990, l'arminianisme et la théologie arminienne ont subi de nouvelles pressions de la part des partisans déclarés du calvinisme, soit la croyance que Dieu élit les personnes au salut sans condition, que le Christ est mort uniquement pour les élus et que la grâce salvatrice est irrésistible. Ces nouveaux calvinistes radicaux n'étaient pas disposés à adopter une approche « vivre et laisser vivre » envers les autres théologies évangéliques. Au contraire, ils ont tenté de marginaliser, voire parfois d'exclure les arminiens du mouvement évangélique, en allant jusqu’à présenter l'arminianisme comme plus « catholique » que réellement « protestant ». Un éminent théologien calviniste, rédacteur en chef d'un mensuel évangélique, a déclaré dans un article qu’il n’est pas plus cohérent de se dire « arminien évangélique » que de se dire « catholique évangélique ».

Au cours des trente dernières années, le calvinisme a connu une forte croissance dans le christianisme évangélique américain. Parallèlement à cette croissance, une image de plus en plus négative des arminiens est apparue, les faisant passer pour des chrétiens hérétiques et non des chrétiens authentiquement évangéliques. L'évangélisme américain a longtemps été œcuménique envers les chrétiens protestants de perspectives théologiques différentes. Aujourd'hui, soudainement, de nombreux évangéliques réformés/calvinistes jugent l'arminianisme comme « humaniste », « centré sur l'homme », « hétérodoxe », « au bord du précipice de l'hérésie », « n’honorant pas la Bible », etc. Ainsi, progressivement, les arminiens évangéliques ont ressenti le besoin de défendre leur théologie contre les idées reçues issues de distorsions et de déclarations mensongères.

Toute théologie est « faite par l'homme », y compris le calvinisme. Par contre cela ne veut pas dire que les théologies ne soient que des inventions humaines. Elles se veulent être les tentatives les plus abouties des hommes, d’interpréter la Bible sous la direction du Saint-Esprit, de la tradition chrétienne et de la raison. De nombreux calvinistes prétendent que le calvinisme est une « transcription de l'Évangile », ce que les arminiens rejettent aussi bien pour le calvinisme que pour toute autre théologie, y compris l'arminianisme. Nous, théologiens, interprètes de la Bible, ne sommes que des « vases d’argiles », comme l'apôtre Paul l'a affirmé, cherchant à suivre la lumière de la Parole de Dieu où qu’elle nous conduise.

5. N'existe-t-il pas un « juste milieu » entre le calvinisme et l'arminianisme ?

Non, il n'existe pas de juste milieu qui soit logique et cohérent. En réalité, l'arminianisme est déjà le juste milieu entre le calvinisme et le « semi-pélagianisme ». Cette dernière doctrine est une hérésie (ainsi déclarée par le deuxième synode d'Orange en 529, synode approuvé par tous les réformateurs) selon laquelle les pécheurs sont capables d'exercer une bonne volonté envers Dieu sans la nécessité de l’assistance de la grâce de Dieu.

En accord avec le semi-pélagianisme qui reste encore une position extrêmement populaire au sein du christianisme américain, l’arminianisme croit et affirme que les pécheurs ont un libre arbitre. En accord avec le calvinisme, l’arminianisme croit et affirme qu’en ce qui concerne le salut, le libre arbitre dépend de la provision de l’assistance de la grâce prévenante de Dieu. Livrés à eux-mêmes, sans le pouvoir libérateur de la grâce, les pécheurs n'exercent jamais une bonne volonté envers Dieu, mais sous l’influence de la grâce libératrice et habilitante, plusieurs se tournent vers Dieu qui a fait le premier pas en les appelant à se repentir et à croire.

Contrairement au semi-pélagianisme mais en accord avec le calvinisme, l'arminianisme croit et affirme que l'initiative du salut provient de Dieu et qu’ainsi la possibilité même du salut dépend de Dieu. Contrairement au calvinisme et en accord avec le semi-pélagianisme, l’arminianisme croit et affirme que les pécheurs peuvent résister à la grâce de Dieu et que, pour être sauvés, ils doivent accepter librement cette grâce.


Article original : OLSON, Roger E.. Arminianism FAQ 1 (Everything You Always Wanted to Know...). In : Roger E. Olson: My Evangelical, Arminian Theological Musings [en ligne]. Patheos, 2014-07-04 [consulté le 2020-06-15]. Disponible à l’adresse : https://www.patheos.com/blogs/rogereolson/2014/07/arminianism-faq-1-everything-you-always-wanted-to-know/

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